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Full text of "Histoire littéraire de la France"

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DATE  DUE 


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lAAR  Z  5  1994    oC  l 

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HISTOIRE 


LITERAIRE 


DE  LA  FRANCE 


TOME    X. 


HISTOIRE 

LITERAIRE 

DE  LA  FRANCE 

OU  L'ON  TRAITE 

DB  L'ORIGINE  RT  DU    PROGRÈS,  DE  LA  DÉCADENCE 

et  du  rétablissement  des  Sciences  parmi  les  Gaulois  et  parmi  les  François; 
Du  goût  et  du  génie  des  uns  et  des  autres  pour  les  Letres  en  chaque 
siècle;  De  leurs  ancienes  Ecoles;  De  l'Etablissement  des  Universités  en 
France;  Des  principaux  Collèges;  Des  Académies  des  Sciences  et  des  Belles 
Letres;  Des  meilleures  Bibliothèques  anciennes  et  modernes;  Des  plus  célèbres 
Imprimeries;  et  de  tout  ce  qui  a  un  rapport  particulier  à  la  Literature. 

AVEC 

Les  Eloges  historiques  des  Gaulois  et  des  François  qui  s'y  sont  /ait  quelque  réputation, 
Le  Catalogue  et  la  Chronologie,  de  leurs  Ecrits;  Des  Remarques  historiques  et 
critiques  sur  les  principaux  Ouvrages;  Le  dénombrement  des  différentes  Editions  : 
Le  tout  justifié  par  les  citations  des  Auteurs  originaux. 

Par  des  Religieux  Bénédictins  de  la  Congrégation  de  S.  Maur. 

TOME    X 

Qui  comprend  la  suite  du  Douzième  Siècle  de  l'Eglise  jusqu'à  l'an  1124. 

NOUVELLE    l-DII  !!>iJ      rONFORME     \    l\    PRÉCÉDENTE    ET    REVUE 

Par    M.    PAULIN    PARIS,   Membre  de  l'Institut. 

A   PARIS, 

Librairie  de  VICTOR  PALMÉ,  25,  rue  de  Grenelle-Saint-Germain. 


m  nccc  i  wm. 


KRAUS   REPRINT 

Nendeln/Liechtenstein 
1973 


Réimpression  avec  L'accord  de 
L'Académie  des  Inscriptions  et  Belles- Lettres,  Paris 

KRAUS   REPKINT 

A  Division  o.c 

KRAUS-THOMSON  ORGAN1ZATION  LIMITED 

Nendeln/Liechtenstein 

1973 

Printed  in  Germany 
Lessingdruckerei  Wicsbaden 


AVERTISSEMENT 


Le  Lecteur  s'appercevra  aisément ,  en  lisant  le  volume 
que  nous  lui  présentons,  de  la  perte  qu'il  a  faite  par 
la  mort  de  D.  Rivet ,  qui  avoit  entrepris  l'important 
ouvrage  de  l'Histoire  Littéraire  de  France,  et  qui  l'a  si 
heureusement  conduit  jusqu'au  douzième  siècle;  mais  on  ne 
doit  pas  ignorer,  que  les  hommes  n'étant  r>as  immortels, 
ce  sont  des  pertes  auxquelles  il  faut  s'attendre  dans  la 
république  des  Lettres.  Tel  est  pour  l'ordinaire  le  sort 
de  tous  les  grands  ouvrages ,  auxquels  les  auteurs ,  pré- 
venus par  la  mort,  ne  donnent  pas  la  dernière  main.  Ou 
ils  demeurent  imparfaits,  personne  n'osant  entreprendre  de 
les  achever  ;  ou  ils  sont  continués  par  de  nouvelles  plu- 
mes ,  qui  ne  servent  qu'à  faire  regretter  les  premières. 
Les  exemples  n'en  sont  que  trop  connus ,  et  le  Lecteur 
nous  dispensera  d'en   rapporter. 

Nous  ne  nous  flattons  point  d'être  plus  heureux  que 
ces  continuateurs,  ni  de  marcher  dans  la  nouvelle  car- 
rière, où  l'obéissance  nous  fait  entrer,  avec  un  succès  égal 
à  celui  qui  nous  a  précédé.  Nous  nous  attendons  même 
que  les  critiques  seront  plus  hardis  à  attaquer  un  ouvra- 
ge ,  dont  ils  avoient  respecté  le  premier  auteur.  Cepen- 
dant nous  pouvons  assurer ,  qu'aidés  des  mêmes  secoure 
que  D.  Rivet ,  nous  marcherons  sur  ses  traces ,  et  que 
nous  ne  négligerons  rien  ,   pour  justifier  le  choix   que   lea 

Tome  X.  a 

t  * 


ij  AVERTISSEMENT. 

supérieurs  zélés  pour  cet  ouvrage  ont  daigné  faire  de 
nous ,  et  pour  répondre  à  l'attente  du  publie.  Si  malgré 
les  peines  et  les  soins  que  nous  prendrons  pour  réus- 
sir, les  critiques  nous  attaquent,  nous  nous  engageons 
volontiers ,  et  nous  en  donnons  même  ici  solemnellement 
parole ,  d'avoir  pour  eux  tous  les  égards  qu'ils  peuvent 
mériter,  soit  en  profitant  de  leurs  lumières,  soit  en  re- 
poussant leurs  traits,  s'ils  partent  d'une  main  ennemie 
de  la  vérité ,  et  qui  ne  fasse  point  profession  d'impartia- 
lité. Mais  de  quelqu'esprit  que  soient  animés  nos  cen- 
seurs ,  nous  espérons  que  leur  critique  ne  tournera  qu'à 
l'avantage  du  public ,  par  l'occasion  qu'elle  nous  donnera 
de  faire ,  soit  des  additions  et  des  corrections,  soit  des 
apologies ,  qui  serviront  à  éclaircir  les  matières.  C'est  dans 
cette  vue  ,  et  pour  nous  conformer  à  la  méthode  de  notre 
prédécesseur,  que  nous  ferons  nous-mêmes,  à  la  suite  de 
cet  Avertissement,  la  révision  des  volumes  précédens,  pour 
y  ajouter  ce  qui  a  échappé  à  ses  recherches,  et  pour  cor- 
riger quelques  fautes  qui  s'y  sont  glissées. 

Le  volume  que  nous  donnons  au  Public ,  renferme  plu- 
sieurs Auteurs  assez  célèbres,  tels  qu'Yves  de  Chartres, 
l'un  des  plus  grands  ornemens  de  son  siècle,  Marbode  évê- 
quc  de  Rennes,  Guibert  abbé  de  Nogent,  etc.  Mais  les  au- 
tres, qui  font  le  grand  nombre,  sont  peu  connus.  Néan- 
moins parmi  ce  menu  peuple,  ou  cette  populace  de  la 
république  des  Lettres ,  s'il  est  permis  de  se  servir  de 
cette  expression  ,  le  Lecteur  trouvera  des  écrivains  de  mé- 
rite,  qui  ont  à  la  vérité  peu  écrit,  mais  qui  ont  écrit 
avec  beaucoup  de  justesse  et  de  solidité.  Eh!  plût  à  Dieu 
que  les  Auteurs  des  siècles  suivans,  au  lieu  de  nous  donner 
tant  d'énormes  volumes,  et  tant  de  grosses  sommes,  se 
fussent  appliqués  à  marcher  sur  les  traces  de  ceux  qui 
les  avoicnl  précédés,  et  qu'ils  les  eussent  imités  dans  leur 
brièveté  !  Etant  moins  féconds  et  moins  diffus,  peut-être 
auroient-ils  été  plus  exacts;  du  moins  ils  n'auroient  pas 
rebuté  et  accablé  le  Lecteur  par  leurs  immenses  productions. 

Il  est  à  propos  de  prévenir  un  reproche  qu'on  pour- 
roit  nous  faire,  en  prétendant  que  nous  avons  trop 
enflé  le  nombre  de  nos  Auteurs.  A  cela  nous  répondrons, 
que     bien    loin     d'avoir     cherché    à    le     grossir,     nous 


AVERTISSEMENT.  iij 

l'avons  diminué  en  en  retranchant  plusieurs  qui  parois- 
soient  avoir  d'assez  bons  titres,  pour  mériter  une  place 
dans  notre  Histoire  Littéraire.  Nous  n'avons  pas  même 
eu  d'égard  aux  dignités  de  cardinaux,  d'archevêques, 
devêques,  de  princes,  à  moins  que  ceux  qui  en  étoient 
revêtus,  n'eussent  composé  quelqu'écrit,  qui  les  rendit 
dignes    d'être    admis  dans    la   république    des    Lettres. 

'Le      cardinal     Mathieu,    évêque     d'Albane ,    sembloit     y  Mari.  metr.  Rem. 
devoir  occuper  une   place.    Né  de   parens   nobles  et  riches  1-2>p-287- 
dans  le   territoire  de   Reims,    il    fut  élevé  de  bonne  heure 
dans    l'étude    des    sciences,    y    fit    de   grands   progrès ,   et 
devint  dans  la   suite   un  des  prélats  de  son  siècle  les   plus 
distingués    par    leur     sçavoir.        Sa    vie    exemplaire,     soit  Bibi  ciun.p.1302. 
dans    le    clergé    de    Reims,       où    il    fut    chanoine    sous  Men.  iu>.  î.obs.in 
Raoul    le   Verd  ;    soit   dans    le    monastère    de    saint   Martin  mart- Bea  p' m- 
des    Champs,    où     il    embrassa    la    \ie    monastique    et    fut 
prieur;       soit  dans  l'abbaye  de  Cluni,   où  Pierre   le  Véné-  Merr.  hist.  de  saint 
rable   qui   connoissoit   son   mérite,    l'attira    peu   après   qu'il     art'  esC  amps' 
fut    élu   abbé  ;   les  grandes   affaires    ausquelles   il   eut    part    " 
en  qualité    de  légat   du   pape,    surtout   en   France,   '  où  il  ciac  inHon.il, 
tint  plusieurs  conciles;  à  Troyes  en  Champagne   l'an -H 08;  p"  489' 
la  même  année  à  Rouen,    où    il  publia  quelques  réglemens 
rapportés  par   Ordric   Vital  '    et   par  D.    Ressin,    dans   ses  Gaii.  chr.  nov.  t. 
conciles    de   Normandie;    à    Paris     l'an    4129,   '    pour   la  Mat,',  an.' 1.  71,  n. 
réformation  du  clergé  ;  '   le  succès   de   sa   seconde  légation  Ff'h"st7ecci  1  67 
en    France,  '  où    il    ne  contribua    pas  peu    en  -H  30,   '   à  n.  45, 46, 57. 

-•  ».  1  *     11  i<    -x-  1  Ord.l.  12,  p    888. 

laire    reconnoitre    Innocent   II    pour    légitime    pape;      ses  Bess.  conc.Norm. 

liaisons  avec  les  sçavans  qui  le  consultoient  sur  leurs  écrits,  Maftop ^.^ern. 

et    les   lui    communiquoient   pour   qu'il    les   corrigeât;    les  app.  m  not.  fus. 

ouvrages  dont  on  lui  a  en  quelque  sorte  obligation,  comme 

les  sept    livres   de  dialogues,  ou  de  questions  théologiques, 

que  Hugues   d'Amiens   composa    à    sa   sollicitation   et  qu'il 

lui  dédia  ;   enfin   les  écrits  qu'il    y   a  lieu   de  croire    qu'il 

a  composé  lui-même ,  comme  ces  paroles  d'Hugues  d'Amiens, 

abbé   de    Rading,   '  puis    archevêque    de    Rouen,    semblent  Mart.  anecd.  t.  5, 

l'insinuer   :    Scripta   vestra  lœti  suscipimus ,   et  vobis  nostra  p-  983, 

dirigimus,    et  emendanda    committimus    :    tout   cela    offroit 

assurément  une  ample  matière  de  parler  du  cardinal  Mathieu, 

et  pouvoit  lui   mériter  une  place  dans  l'Histoire  Littéraire. 

Cependant,  comme  nous  ne  voyons  aucun  écrit  de  sa  façon, 

a  ij 


W  AVERTISSEMENT. 

nous  n'avons  pas  cru  devoir  lui  donner  rang  parmi  nos 
Auteurs.  Ce  cardinal  mourut  à  Pise,  le  25  décembre  4^ 34- 
Nous  en  avons  agi  de  même  à  l'égard  de  Boëmond 
mort  en  M  M ,  prince  d'Antioche ,  l'un  des  héros  de  la 
première  expédition  des  François  dans  la  Palestine,  où  il 
rendit  son  nom  si  célèbre  par  ses  exploits.  Nous  avons  quel- 
ques lettres  signées  de  lui  ;  mais  comme  elles  lui  sont 
communes  avec  les  autres  princes  et  seigneurs,  ce  qui  a 
été  dit  sur  ce  sujet  dans  l'article  du  chef  de  cette  fa- 
meuse expédition,  nous  a  paru  suffisant. 

Si  nous  n'avons  pas  admis  parmi  nos  écrivains,  Mathieu 
cardinal  d'Albane,  et  d'autres  encore,  recommandables  par 
leur  savoir  et  leur  mérite,  à  plus  forte  raison  avons-nous 
cru  devoir  exclure  l'antipape  Bourdin,  dont  on  ne  connoît 
que  deux  lettres  peu  intéressantes;  et  un  hérésiarque  tel 
que  Pierre  de  Bruis,  qui  ne  paroît  pas  avoir  composé 
aucun  écrit.  Il  est  vrai  que  le  ministre  Paul  Perrin,  dans 
son    histoire    des    Vaudois,    attribue    à    ce    patriarche    des 

Boss.    hist.    des  Zuinghens  et  des  Calvinistes ,  un  livre  de  YAnte-Christ  '  en 

'    '      '  date    de    l'an   4  420;    mais   le    grand  Bossuet   a    fait  voir 

qu'il  n'est  ni   de  Pierre  Bruis,   ni  d'aucun  de  ses  disciples, 

et   qu'il  est  beaucoup  plus   récent.   C'est  donc  en   vain  que 

les  Centuriateurs  de  Magdebourg  s'affligent   de  la   perte  de 

cent,  xn,  c.  5,  p.  ses  écrits,  '  et  témoignent  un  grand  désir  qu'on  les  eût 
conservés.  Vains  regrets,  désirs  frivoles,  mais  dignes  des 
Centuriateurs  de  Magdebourg  !  Quand  bien  même  Pierre  de 
Bruis  auroit  composé  quelques  écrits,  ce  qui  n'est  point, 
car  la  vie  errante  et  vagabonde  de  cet  hérésiarque  ne  le 
lui  permettoit  pas,  au  lieu  d'en  regretter  la  perte,  ne 
seroit-il  pas  à  souhaitter,  que  non  seulement  les  écrits, 
mais  encore  l'Auteur  et  ses  erreurs,  fussent  ensevelis  dans 
un  commun  et    éternel  oubli? 

Loin  de  chercher  à  étendre  nos  limites  au  préjudice 
de  nos  voisins,  nous  les  avons  au  contraire  resserrées  en 
leur  faveur,  et  nous  avons  renoncé  à  des  prétentions  qui 
n'étoient  point  sans  fondement.  C'est  ainsi  que  nous  avons 
cédé  aux  Allemans  Berengose  célèbre  par  ses  écrits,   libris 

caim.  hist.  Lorr.  editis  clarus ,  '  abbé  de  saint  Maximin  de  Trêves,  et  de 
saint  Arnoul  de  Mets,  comme  le  prétend  Dom  Calmet. 
Prétention  qui  peut  être  appuyée  sur  le  nécrologe  de  l'abbaye 


AVERTISSEMENT.  v 

de  saint  Arnoul,  où  il  est  fait  mention  de  Berengose  au 
1\  de  septembre ,  sur  une  lettre  de  l'empereur  Henri  V , 
écrite  à  Brunon  archevêque  de  Trêves,  par  laquelle  il  lui  re- 
commande Berengose  et  le  prie  de  lui  donner  l'investiture 
de  l'abbaye  de  saint  Arnoul  ;  enfin ,  sur  un  privilège  accordé 
l'an  -H 4 5  à  cette  abbaye  par  le  même  empereur,  à  la 
prière  de  Berengose.  Néanmoins,  comme  il  n'est  pas  bien 
évident  qu'il  ait  été  abbé  de  saint  Arnoul,  ce  qui  seul 
lui  donneroit  une  place  dans  notre  Histoire,  nous  l'abandon- 
nons à  l'Allemagne.  Nous  lui  abandonnons  de  même  Conon 
cardinal,  évêque  de  Palestrine,  plus  célèbre  par  sa  légation 
en  France,  que  par  ses  écrits  ;  car  nous  n'avons  de 
lui  que  quelques  lettres  fort  courtes,  sur  des  affaires  qui 
regardoient  sa   légation. 

Il  est  des  Auteurs  que  nous  cédons  aux  Anglois  ;  mais 
il  en  est  d'autres  sur  lesquels  nous  défendons  nos  droits. 
Il  faut  avouer  en  général ,  que  depuis  la  conquête  de 
l'Angleterre  par  Guillaume  duc  de  Normandie,  la  plupart 
des  sçavans  qui  parurent  dans  ce  royaume  étoient  Normans  ou 
François ,  surtout  ceux  qui  avoient  quelques  dignités. 
Outre  que  Guillaume  étoit  trop  habile  politique  pour 
souffrir ,  ou  pour  mettre  les  naturels  d'un  pays ,  dont  il 
venoit  de  faire  la  conquête,  dans  des  places  qui  leur  au- 
roient  donné  du  crédit  :  l'Angleterre  étoit  d'ailleurs  si 
dépourvue  de  gens  de  lettres,  et  de  sçavans  originaires 
du  pays,  sous  le  régne  de  ce  conquérant  et  sous  celui 
de  son  successeur,  que  lorsqu'on  en  trouve  quelques-uns 
de  ce  temps ,  dont  on  n'a  pas  de  preuves  certaines  qu'il 
soit  Anglois,  c'est  un  préjugé  presque  infaillible  qu'il 
étoit   étranger. 

Nous  voulons  bien  abandonner  aux  Siciliens  Maurice  évêque 
de  Catane  en  Sicile ,  auteur  de  l'histoire  de  la  translation 
des  reliques  de  sainte  Agathe,  quoique  nous  ayons  d'as- 
sez bonnes  raisons  pour  le  revendiquer.  Sa  manière  d'écrire, 
partie  en  prose ,  partie  en  vers ,  beaucoup  plus  familière 
aux  François  qu'aux  Italiens ,  dans  le  temps  où  il  a  vé- 
cu ,  fait  d'abord  un  préjugé  en  notre  faveur.  On  sait  de 
plus    que    les    princes   Normans,    qui    avoient    depuis   peu 

fait  la  conquête  de   la  Sicile,  aimoient  beaucoup  mieux,  '  Bon.  ad  sfeb.  p. 

.      ,  n  ,         ,r*  .  •  .   612,  n.  il», 

surtout    dans    ces    commencemens ,    voir    les  eveches    qui 


vj  AVERTISSEMENT. 

étoient  dans  leurs  nouveaux  états,  remplis  par  des  François 
que  par  des  Italiens.  Enfin  le  peu  de  connoissance  que 
Maurice  paroît  avoir  de  la  géographie  du  pays,  montre 
assez   qu'il   étoit   étranger. 

On  ne  trouvera  point  dans  ce  volume  une  Table  chro- 
nologique, telle  qu'on  en  a  donné  à  la  fin  de  ceux  qui 
ont  précédé.  On  nous  a  réprésenté  qu'il  seroit  mieux  de 
réunir  en  un6  seule  table  tous  les  événemens  du  douziè- 
me siècle ,  que  de  les  partager  en  autant  de  volumes  que 
ce  siècle,  plus  fécond  qu'aucun  des  précédens,  pourroit 
en  fournir.  L'avis  nous  a  paru  sage ,  et  nous  avons  cru 
devoir  y  déférer.  Le  Lecteur  ne  nous  désapprouvera  sans 
doute  point  ;  et  il  aura  plus  de  satisfaction  de  voir  à  la 
fin  du  dernier  volume  du  douzième  siècle,  une  Table  chro- 
nologique, qui  lui  remettra  tout  ce  siècle  sous  un  point 
de  vue. 


TABLE 


TABLE 

DE  CE  QUI  EST  CONTENU  DANS  CE  VOLUME. 


Pages. 

Avertissement.  j 

Table  des  Citations.  ix 

S.  Robert,  fondateur  de  Moleme.  4 

Ildebold,  compagnon  de  S.  Robert.  44 

Guillaume  de  Chester  en  Angleterre.  42 

Etienne ,  abbé  de  Notre-Dame  d' Yorck.  4  4 

Gislebert,  évêi]ue  d'Evreux.  -18 

Milon  ,  cardinal  évêque  de  Palestrine.  49 

Bernard  II,  vicomte  de  Bearn  et  de  Bigorre.  20 

Garnier  ou  Warnier  l'homiliaire.  25 
Warnier  ,  religieux  du  monastère  du  Christ ,  ou  de  S.  Sauveur  de 

Cantorberi.  26 

Divers  Auteurs  anonymes.  28 

Thomas  II,    archevêque  d'Yorck.  32 

Lambert,  évêque  d'Arras.  58 

Hugues,  archevêque   d'Edesse,  et  autres  écrivains.  60 

Raoul  de  Caen,  historien  de  la  Croisade.  67 

Hugues,  abbé  de  Flavigni.  73 

Raoul  Tortaire,  moine  de  Fleuri.  83 

Galon  ,  évêque  de  Paris.  94 

S.  Yves,  évêque  de  Chartres.  402 

Josceran,  archevêque  de  Lyon.  -147 
Robert  d'Arbrissel ,  fondateur  de  l'ordre  de  Fontevraud.      453 

André,  grand  prieur  de  Fontevraud.  -168 

Anselme  de  Laon.  -170 
Gislebert  Crispin,  moine  du  Bec,  puis  abbé  de  Westminster. -192 

Martin,  moine  de  Montierneuf ,  et  autres  écrivains.  202 

Baudouin  I ,  roi  de  Jérusalem.  204 

Bernard,  abbé  de  Tyron.  340 

Pascal  U,  pape.  246 


viij  TABLE 

Lambert,  abbé  dePoutieres  ,  et  autres  écrivains.  254 
Drogon,  moine  de  S.  André  de  Bruges.  253 
Otbert  ou  Obert,  évêque  de  Liège.  258 
Jean ,  diacre  et  moine  de  S.  Ouen.  262 
Herbert  de  Norwich,  surnommé  Lozinga.  265 
Autres  écrivains.  267 
Jean,  moine  de  Beze.  270 
Albert  d'Aix.  277 
Gui,  chancelier  et  trésorier  de  l'église  deNoyon.  279 
Léger ,  archevêque  de  Bourges.  280 
Le  Bienheureux  Theodger ,  ou  Dietger ,  évêque  de  Mets.     282 
Hugues  de  sainte  Marie,  moine  de  Fleuri.  385 
Guillaume  de  Champeaux,  évêque  de  Châlons  sur  Marne.    307 
Richard,  cardinal,  archevêque  de  Narbonne.  316 
Frédéric,  évêque  de  Liège.  34  9 
Robert,  abbé  de  S.  Rémi  de  Reims.  523 
Vital,  abbé  de  Savigni,  et  autres  écrivains.  332 
Raoul,  évêque  de  Cantorberi.  356 
Serlon,  évêque  de  Sées.  344 
Marbode,  évêque  de  Rennes.  392 
Ebremar,  ou   Evermer,  patriarche  de  Jérusalem,  et  autres 
écrivains.  394 
Divers  auteurs  anonymes.  404 
S.  Etienne  de  Muret.  440 
Arnoul  ou  Ernulphe,  évêque  de  Rochester ,  et  autres  écri- 
vains. 425 
Guibert ,  abbé  de  Nogent.  433 
Clarius,  moine  de  S.  Pierre  le  Vif.  504 
Calliste  II ,  pape.  505 
Notes  et  observations  diverses  sur  le  tome  dixième.        555 


TABLE 


TABLE 

DES  CITATIONS  CONTENUES  DANS  CE  VOLUME, 

AVEC    LES    ÉDITIONS    DONT    ON    S'EST    SERVI. 


Abbalis  Urspergensis,  chronicon.  Basilese,  4  557,  et  Argen-  au.  Orsp. 
torati,  4  540.  fol. 
Pétri  Abelardi,  pbilosopbi  et  theologi,  abbatis  Ruyensis,  etc.  Abaei.  ep. 

Epistolœ,  inter  ejusdem  opéra.  Parisiis,  4  616.  4°.  2  vol. 

Nolae  in  eumdem  ,  ibidem.  Not. 

Acta  pontifieumCenomanensium,  édita  in  tomo  III.  Analcctorum  Act.  pont.  ccn. 

Mabillonii ,  editionis  in-H°.  et  tomo  unieo  editionis  in— fol. 
Alberici ,  Trium-fontium  in  diœcesi  Lcodiensi  nionaebi ,  cbroni-  Alb.  chron. 

cou,  etc.  Hanoverse ,  4  698.  4°. 
Albcrti,  seu  Alberici,  ecelcsia;  Aquensiscanonici,  bisloria  Ilyero-  Albert.  Aq. 

solimitanae  expeditionis  sub  Gaudofiido  Bullonseo,  etc.  inler 

gesta  Dei  per  Franeos,  tom.  I. 
Natalis  Alexandri,  ord.  FF.  Prsed.  Histoiïœ  Ecelcsiaslicae,  tom.  Aies.bist.ccci.t.6 

VI.  fol. 
Micbaé'lis  Alfordi,  è  S.  J.  Annales  Anglicanae,  etc.  Leodii,  4  665.  AUord.  an.  îm. 

fol.  5  vol.  sic  citatur  :  ad  annum  4  4  44,  ei  sic  de  caetcris. 
Antonii-Dadini  Alleserrse,  rerum  Aqnilanicaruni,  libri  decem.  Aites.  rer.  Aquit. 

Tolosse,  4657.  4°. 
Anibroise  de  Morales,  chronica  gênerai  de  Espana.  5  vol.  fol.  Amb.  Mor. chron. 
Doinni  Edinnndi  Martcnnc,  et  Domni  Ursini  Durand,  vcterum  "J^j   con. 

scriptorum  et  monunientoruni  aniplissiniacollcctio.  Paris,  etc. 

9  vol.  fol. 
Capitnli  ecclcsiœ  Andc^avcnsis,  apologia  pro  S.  Rcnato.  Ande-  Andeg.ecci.  apoi. 

gavi,  4  650.  8°. 
Seeunda  vila  B.  Roberti  de  Arbrisellis,  fnndatoris  ordinis Fonte-  Andr.    vit.  nob. 

braldcnsis  ;  auctore  Andréa ,  niagno  priore  Fonlebraldensi  :  Àrbr' 

apud  Bolland  ad  diem  25  februarii. 
Anglia  sacra,  sive  collectio  bistoriarum,    partim  antiquitùs,  Angi.sac 
Tome  X.  b 


x  TABLE 

partirn  recenter  scriptarum,  etc.  Londini,  1691.  2  vol.  fol. 
Ann.  cist.  Angeli  Manrique,  annales  Cislercienses,  etc.  Lu^duni,  4642. 

etc.  4  vol.  fol.  sic  citantur  :   ad   annum    1100.  et  sic  de 

caeteris. 
Ann.  de  îïgUs.  de  Jacques    le   Vasseur ,   annales    de  l'église  de    Noïon.    Paris. 

Noïon.  i/.~-       »n 

1655.    4°. 

Anon.  Meii.  scrip.  Anonymus  Mellicensis,  de  scriptoribus  ecclesiasticis  :  in  bi- 
bliotheca  ecclesiastica  â  loh,  Alb.  Fabricio  concinnata.  fol. 

Ans.  op.  S.  Anselmi,  Cantuariensis  archiepiscopi ,  opéra,  ex  éditions  D. 

Gabrielis  Gerberon.  Paris.  4675.  fol. 

ep.  Ejusdem ,  epistolaram  libri  quatuor,  ibid. 

not.  Nota?  in  easdcm  epistolas.  ibid. 

vit.  Ejusdem  vita.  ibid. 

Ansel.  Gembl.  Anselmi  Gemblacensis  cbronicon  ;  ad  calcem  chronici  Sigeberti 
editum  ab  Auberto  Miraeo.  Antuerpia3 ,  4 608.  8°. 

Anton,  sum.  iiist.  S.  Antoniiii  ,  summse  historialis  pars  secunda.  Basileae , 
4502.    fol. 

Ant.  Beiiotte.  cat.  Antouii  Bellote,  catalogus  decanorum  ecclesise  Laudunensis,  qui 
babetur  in  ejusdem  opère,  cui  titulus  :  ritus  ecclesise 
Laudunensis  redivivi ,  etc.  Pans.  1002.  fol. 

App.  sac.  Antonii  Possevinî,  è  S.  J.  apparatus    sacer.  Venetiis,  4606. 

5  vol.  loi. 

D'Avanne,  bibi.  Bibliolheca  sanctae  metropolitanae ecclesise Turonensis  :  studio  et 
opéra  Doiuni  Victoris  d'Avanne.  Turonibus,  4  706.  in-12". 

Anb.h.descar.t.i.  Aubery  ,  histoire  générale  des  Cardinaux,  tom.  I.  à  Paris. 
4642.   4°. 

Aug.serm.t.i.app.  S.  Aii-nstiiii  sermones,  tomo  IV.  novae  editionis,  in  appendice. 

Aug.  duPaz,  hist.  Augustin  du  Paz,  histoire  généalogique  de  plusieurs  maisons  il- 
lustres de  Bretagne.  Paris ,  4  64  9.  fol. 

B 

Baii.29avr.  Adrien  Baillet,  vie  des  Saints  ,  au  26  d'avril,  et  ainsi  des  autres 

jours.  Paris,  4701 .  3  vol.  fol. 
Bai.  descrip.  Brit.  Balaeus,  de  scriptoribus  Britannicis  ,  apud  centuriatores  Magde- 

buigenses,  centuria  XI"  et  XII\ 
Arir:. vXl'  Rob'     Baldrici ,    episeopi    Dolensis,  vita  B.   Roberti  de  Arbrissellis, 

apud   Rolland,  ad  diem  23   februarii. 
Baïuz.  mise         Stepliani  Raluzii,  niiscellaneorurn  libri  VII.  Parisiis,  4  678  1 71 3. 

7   vol.  8°. 


DES  CITATIONS.  xj 

Praefatio  in  fronte  tomi  quinti.  pr- 

Ejusdem  praefatio,  in  Antonii  Augustini ,  archicpiscopi  Tarraco-  de  emend. 

nensis,  dialogorum  libros  duos  de  emendatione  Gratiani.  Pa-  gr'  pr' 

ris,  4  672.  8°. 
Eminentissimi  Cardinalis  Baronii  Sorani,  annales  ecclesiaslici,  ad  B1ar2ad  an- loa2, 

nnnum  4  092.  n.  2.  et  sic  decaeteris.  Antuerpiae  ,  46-12.  fol. 
Ejusdem,  notœ  in  martyrologium  Romanum.  „...not.  inmart. 

Gasparis  Barthii,  adversaria.   Francofurti ,  4  624.  fol.  Bart.  adv. 

Pierre  Bayle,  dictionnaire  historique  et   critique,  cinquième  Bayie,  diction. 

édition.  Amsterdam,  4754,    5  vol.  fol. 
Roberti  Bellarmini ,  Cardinalis,  de  scriptoribus  ecclesiasticis,  Bell,  scrip. 

etc.  Paris,  4  644.  8°. 
S.  Bernardi,  Clarsevallensis  abbatis,  opéra  omnia,  à  D.  Joli.  Ma-  Bern.  op. 

billon  édita.  Paris,  4  690.  2.  vol.  fol. 

Ejusdem  vita,   ibidem,   tom.  II.  vit. 

Bernier,  histoire  de  Blois,  dans  l'appendice  ou  les  preuves.  A  Bern.  hist.  de  bi. 

Paris,  4  682.  4°.  app- 

Jean  Bcsly,  histoires  des  comtes  de  Poitou,  et  ducs  de  Guyenne.  Besiy.hist.  dePoi- 

Paris,  4  647.   fol.  tou- 

Bessin,  concilia  Rotomagensis  provinciae.  Rotomagi,  4  74  7.  fol.  Bess.  conc.  nov. 
Le  Beuf,  recueil  de  divers  écrits,  pour  servir  d'éclaircissement  LeBeuf,  t.  2. 

à  l'histoire  de  France,  etc.  tom   II.  A  Paris,  4  738.  42°. 
Le  même,  dissertation  sur  l'hist.  civile  et  ecclésiastique  de  Paris,   ...Dissert. 

etc.  A  Paris,  tom.  I.  4  759,  tom.  II.  4  744 ,  tom.  III.  4  745. 

3  vol.  42°. 
Le  même,  mémoires  concernant  l'hist.  ecclésiastique  et  civile  ...Hist.  d'Aux. 

d'Auxerre.  Paris,  4  742.  vol.  4°. 
Bibliothèques  diverses.  Celles  dont  nous  citons  les  pages,  sont  Bibt. 

celles  dont  on  a  imprimé  les  catalogues.  Lorsque  nous  ne  mar- 
quons pas  la  page,  il  s'agit  des  vaisseaux  mêmes  des  biblio- 
thèques que  nous  avons  visitées  nous-mêmes,  ou  par   le 

moïen  de  nos  amis.  Voici  comme  on  les  cite. 
BibliothecaBigotiana.  Paris,  4  706.  42°.  bu>i.  Bigot. 

Catalogue  des  livres  de  la  bibliothèque  de  M.  de  Caumartin  ,  évê-  ...caum. 

que  de  Blois.  Paris,  4  754.  8°. 
Bibliothèque  Cliartraine,  par  dom  Jean  Liron.  Paris,  4  759.  fol.   ...ciiart. 
Bihliotheca  Cottoniana,  seu  catalogus  librorum  manuscriptorum   ...Cott. 

bibliothecae    Cottonianae,  etc.    Oxonii,  4  696.   fol. 
Bihliotheca    exquisitissima    insignium    et    praestanlissimorum   ...Exq.  Moëtj. 

librorum  in  omnibus  facultatibus  et  linguis  :  per  Adrianum 

h  ij 


...S.  Flo.  Sal. 
.  .  .Maj.  mon. 
...Mini.  Cen. 
...Pp. 

..  .Praem. 

..  Reg.  Angl. 

...Th. 

...S.  Vin.  Cen. 

Boll.  12  jun. 


. .  .App.  Maii. 
Bouq.serip.  Fr. 

Boss.hist.  desVar. 
Bourdigné,  chron. 

Brun.  vit. 

Bul. 


Bult.  hist.    d'Or. 

I.  2. 


Butk.     troph.    de 
Brab. 


xij  TABLE 

Moè'tjens.  Hagae-Comitum,  4  722.  8°. 

S.   Florenti   Salmuricnsis,  bibliothcca. 

Majoris  monasterii,  prope  Turones,  bibliotheca. 

Minimorum  Cenom-anensium. 

Bibliothcca  maxima  veterum  palrum ,  etc.  Lugduni,  4  677. 
27  vol.  fol. 

Bibliothcca  Prcemonstratensis,  cura  et  studio  Joannis  le  Paige. 
Paris,  1 653.  fol. 

Catalogus  librorum  manuscriptorum  bibliothecae  régis  Anglise. 
Londiiq,  4  634.  4°. 

Bibliotheca  théologien,  Lipenii.  Francof.  4685.  2  vol.  fol. 

Bibliotheca  S.  Vincentii  Ccnomanensis. 

Acta  Sanctorum ,  etc.  cura  et  studio  Joli.  Bollandi  et  sociorum 
ejus,  è  S.  J.  Antuerpiae,  4  643,  et  annis  seqq.  sic  autem  citan- 
tur  :  ad  diem  42  junii,  et  sic  de  caeteris.  fol. 

Varias  appendices  ail  Maium,  et  sic  de  caeteris. 

Domni  Martini  Bouquet,  rerum  Francicarum  scriptores,  etc. 
Paris,  4  758-4  733.  fol. 

Bossuet,  histoire  des  Variations.  Paris,  4  688.  2  vol.  4°. 

Jean  de  Bourdigné,  histoire  aggrépative  des  annales  et  chroni- 
ques d'Anjou.  Angers,  4529.  fol. 

S.  Brunonis  vita,  apud  Surium,  ad  diem  sextam  octobris.  Colo- 
nise, 4576.  fol. 

Csesaris  Egassii  Bulaei ,  historia  Universitatis  Parisiensis,  etc. 
tom.  II.  Paris,  4  665.  fol. 

Louis  Bulteau,  de  la  congrégation  de  S.  Maur,  Essai  de  l'hist. 
monastique  d'Orient.  Paris,  4  680.  8°. 

Christophle  Butkens,  Trophées  de  Brabant.  Bruxelles,  4  657.  fol. 


eau.  ep.  n.         Callisti  II.  papas,  epistolae  :  tom.  X.  coneiliorum  Labbei,  sic  ci- 

tantur  :  epist.  4  7,  et  sic  de  caeteris. 
caim.  hist.  Lorr.  D.  Augustin  Calmet,  histoire  ecclésiastique  et  civile  de  Lorraine. 

Nanci,  4  728.  4.  vol.  fol. 
Cam.  chron.  pr.  Canicraccnse  et Alrebatense ebronicon,  seu  historia  utriusque ec- 

cles'se,  à  Baldrico  conscripta.  Prsefatio.  Duaci,  4  645.  8°. 
Cat.  mss.  ADgi.      Catalogi  librorum  manuscriptorum  Anglise  et  Hiberniae,  in  unum 

collecti,  parte rV.  et  siede  cseteris.  Oxonii,  4697.  2  vol.  fol. 


DES  CITATIONS.  xiij 

Catalogus  manuscriptorum  bibliothecae  régis  Franciae,  tom.  III.  cat.  mss.  reg.  Fr. 

fol. 
Catalogus  scriptorum  S.  Anselmi,  apud  Eadmerum,  ad  calcem  cat.  script. s. Ans. 

novae  editionis  operum  S.  Anselmi. 
Guillelmi  Cave,  scriptorum  ecclesiasticorum  historia,  etc.  Ge-  cave. 

nevae,  4705.  fol. 
Hist.  générale  des  Auteurs  sacrés  et  ecclésiast:ques»  etc.  par  ceii.  Mst.  gen  t. 

dom  Rémi  Cellier,  tom.  XVIII.  A  Paris.  47S2.  4°.  18' 

Roberti  Cenalis ,   episcopi  Abrincensis,  historia  Francica.  fol.  cenai.  ust.  Fr. 
Centuriatores  Magdeburgenses ,  centuria  XI  et  XII.  Basileae,  cent.  Magdeb 

4  567,  fol. 
Joannes  Chapeavillus,  de  gestis  pontificum  Leodiensium.  Leodii,  chapeav. 

4613.  5.  vol.  4°. 
Diverses  chroniques.  cnron. 

Chronicon  Andegavense,  apud  Labbe,  tom;  II.  Bibliothecae  ma-  cnron.  Andeg. 

nuscriptorum.  fol. 
Chronicon  Beccense,  in  capite  appendicis,  ad  opéra  B.  Lanfranci    -Bec. 

Cantuariensis  archiepiscopi.  Paris,  4648.  fol. 
Bezuensis  monasterii  chronicon,  auctore  Johanne  Monacho,  in  •  -Bez. 

tom.  I.  Spicilegii  Dacheriani.  4°. 
Chronicon  sacri  monasterii  Cassinensis,  auctore  Leone,  cardinale  •  -Cas. 

episcopo  Ostiensi,  quarta  editio.  Paris,  -1668.  fol. 
Chronicon  Cluniacense,  editum  in  bibliotheca  Cluniacensi.  Pa-  .-.ciun. 

ris.  4644.  fol. 
Chronicon  Virdunense,  auctore  Hugone  Flaviniacensi  abbate  :   ...Hug.  fuv. 

in  tom.  I.  bibliothecae  manuscriptorum  Labbei.  fol. 
Malleacense,  seu  potiùs  S.  Maxentii  in  pictonibus  chronicon  :   ...Maiieac. 

tom.  II.  bibliothecae  manuscriptorum  Labbei.  fol. 
Chronicon Mauriniacensis  monasterii  :  interhistoriaeFrancorum  ...MauriD. 

scriptores,  editos  ab  Andréa  du  Chesne ,  tom.  IV.  Paris. 

4644.  fol. 
Chronicon  Guillelmi  de  Nangis,  monachiS.  Dionysii,  inFrancia,   ...Wang 

tom.  XL  Spicilegii  Dacheryani. 
Clarii,  monachi,  chronicon  S.  Pétri  Senonensis,  etc.  tom.  IL   ...s.-Petrt  vui. 

Spicilegii  Dacheriani. 
Chronicon  Saxonicum,  seu  annales  Saxonicae,  cura  et  studio  Nie.  •  •  .saxon. 

Gibson.  Oxonii,  4690. 
Chronicon  monasterii  Saviniacensis,  apud  Balusium,  tom.  IL   ...savin. 

Miscellaneorum. 
Alphonsi  Ciaconii ,  vitae  pontificum  Romanorum,  et  S.  R.  E.  car-  ciacon.  vit  Rom 


xiv  TABLE 

dinalium,  cum  additionibus  Andréas  Victorelli  et  Ferdinand 

Ughelii  :  tom.  I.  desinensinBonifacio  IX.  Romse,  'l  650.  fol. 
cist. Bibi.  Bibliollieca  patrum  Cisterciensiuni,  etc.  Bonofonte,  4  660.  fol. 

ciar.  ehron.  Clarii,   monachi,  chronicon  S.  Pétri  Senonensis,  etc.  tom.  II. 

Spicilegii  Dacheriani. 
ciun.  Bibi.  Bibliollieca  Cluniacensis.  in  quâ  SS.  PP.  abbatum  Cluniacensium 

vilse,  miracula,  scripta,  etc.  exhibentur.  Paris,  -1614.  fol. 
cou.  iii.Lem.         Lemoviciiii    multiplici    eniditione    illustres,   etc.    Lomovicis, 

4  660.42°.  Cet  ouvrage  est  de  Jean  Collin,    théologal  de 

S.  Junien,  aumônier  du  Roi. 
conc.  tom.  io.       Concilia  ad  Regiam  edilionem  exacta,  studio  Philippi  Labbei ,  et 

Gabrielis  Cossartii,  S.  J.  etc.  tom.  X.  Parisiis,  4  674.  fol. 
Cosn.exord.Font.  Michaëlis  Cosnier ,  Fontis-Ebraldi  exordium.  Flexise,  4  641.4°. 
crow.  scrip.         Guillelmi  Crowaei,  Elenchus  scriptorum  in  Sacram  Scripturam. 

Londini,4  672.  8°. 


D 

Dissert.  apoi.  du  Dissertation    apologétique  pour   le  B.   Robert  d'Arlirisselles, 

fondateur  de   l'ordre  de   Fontevrault ,   sur  ce  qu'en  a  dit 

Bayle.  A  Anvers,  4  704.   42°. 
Dodcch.  chron.      Dodechini,  appendix  ad  chronicon  Mariani  Scoti ,  inter  scri- 

ptores  rerum  Germanicarum  Pistorii.  tom.  I.  Francofurti, 

4  607.   fol. 
Domiay,  hist.  de  Claude   Dormay,    histoire  de  la    ville  de  Soissons.  A  Sois- 

Soissons.  irp""    tn    a        i 

sons,  4  66o.  4°.  2  vol. 
Douj.  praen.  Joannis  Doujat,   praenolionum  canonicarum  libri  V.  Parisiis, 

4  687.4°. 
Dub.  hist.  Par.     Gerardi   Dubois,   historia    ecelesiae  Parisiensis ,  pars    prima. 

Parisiis,  4690.  fol. 
Du  cange,  gioss.  Du  Cange,  glossarium   ad  scriptores  média?  et  infimae  latini- 

tatis,  etc.  nova?  editionis  annorum,4  733-4736.  6  vol.  fol. 
du  ches.   hist.     Historiœ  Normannicse  scriptores,  ex  mss.  codicibus  ad  Andréa 

Du  Chesne  eruti.  Paris,  4649.  fol. 
...Hist.Fr.  Ejusdem ,  historise  Franeorum  scriptores  cosetanei ,  etc.  lom. 

I.  et  H.  Parisiis,  4636.  tom.  III  ibid.  4644.  tom.  IV.  ibid. 

4641.  4  vol.  fol. 
..  Hist  de  Guines,  Le  même,  histoire  généalogique  des  maisons  de  Guines,  d'Ar- 

dres,  de  Gand  et  de  Couci.  Paris,  4634.  fol. 


DES   CITATIONS.  xv 

Le  même,  histoire  d'Angleterre,  d'Ecosse  et  d'Irlande  :  re-  ...Hist.  d'Angi. 

vue,  corrigée  et  continuée  jusqu'à  présent  par  le  sieur  du 

Verdier.  Paris,  1662.  fol. 
M  Dupin,  nouvelle  bibliothèque  des  Auteurs  ecclésiastiques,  Dupin,  i2siec. 

douzième  siècle,  etc.  Paris,  8°. 

E 

Eadmeri,  Cantuariensi  monachi,  historia  Novorum ,  etc.  ad  Eadm.  Wst.no v. 

calcem  operum  S.  Anselmi.  Paris,  1675.  fol. 
Georgii  Eccardi,  corpus  historicum  medii  sévi,  sive  scripto-  |^ard.  script. 

res  de  rébus  Germanicis  à  Carolo  magno ,  ad  finem  sœ- 

culiXV,  etc.  Lipsiae,  1725.  2  vol.  fol. 
Caesaris  Egassii  Bulœi,  historia  Universitatis  Parisiensis,  etc.  Egas.  Bui. 

Paris,  1665.  fol. 


Johannis  Alberti  Fabricii,  bibliotheca  ecclesiastica,  etc.  Ham-  Fabr-  bibl-  eccl- 

burgi,  1/18.  fol. 
Eiusdem,  bibliotheca  mediae  et  infimae  lalinitatis.  Hamburgi,  .■•■Bjt>>.  med    el 

1754.  8°. 
Falconis,  chronicon  Beneventanum  :  inter  historicos  Italicos  Fabo,  chron.  Be- 

116V 

Ludovici  Muratorii.  fol. 
Chrisostomi  Henriquez,  fasciculus  sanctorum  ordinis  Cister-  Fasc.  ss.ord.cist. 

ciensis.  Colonise,  1651.  4°. 
Jean  de  Ferreras,  histoire  générale  d'Espagne,  traduite  par  Ferr.  hist.  d'Esp. 

M.  d'Hermilly  tom.  III.  et  IV.  A  Paris,  1744.  4°. 
M.  l'abbé  Fleuri,  hi  toire  ecclésiastique,  etc.  1.  65.  et  ainsi  Fleuri,  hist.  eccl. 

des  autres.  A  Paris,  4°. 
Floriaeensis  vêtus  bibliotheca,  in  duas  partes  seu  tomosdistri-  Fior  bibi. 

buta.  Lugduni,  1605.  8°. 
Marquadi  Freheri,  corpus  Francicae  historiée  veteris  et  sin-  Freh.  hist.  Fr. 

corae.  Hanoverae,  1615.  fol. 
Pétri  Frizonis  Gallia  purpurata,  quâ  cùm  summorum  pontifi-  Friz.  Gaii.  purp. 

cum,  tùm  omnium  Galliae  cardinalium  res  praeclarè  gestae 

continentur,  etc.  Paris,  1638  fol. 
Fulcherii  Carnotensis,  gesta  Dei  per  Francos  :  seu  historia  Hye-  Fuie.  gest.  Fr. 

rosolimilana,  inter  historicos  Francicos,  ab  Andréa  et  Fran- 
cisco Duchesne  editos,  tom.  IV. 


XVj 


TABLE 


Gaii.  christ,  vet.     Gallia  cliristiana  vêtus,  seu  séries  et  historia  archiepiscoporum, 

episcoporum  et  abbatum  Francise,  etc.  à  fratribus  Sammar- 

thanis  édita.  Paris,  1656.  4  vol.  fol. 
...no.  Gallia  cliristiana  nova,  à  Domno   Dionisio  Sammarthano  et 

sociis  concinnata,  etc.  Paris,  4715-4751.  -10  vol.  fol. 
. . .App.  seu  instr.  Appendices,  seu  instrumenta  ad  singulos  ejusdem  tomos. 
c.auf.  Antisiod.       Gaufridus  Antisiodorensis,  contra  erroresGilberli  Porretani  :  ad 

calcemoperumS.  Bernardi,  editionisanni -1690,  tom.  II.  fol. 
...vu.  s.  Bem.  Ejusdem,  vita  S.  Bernardi,  ibid. 
Gauf.  vos.  chron.  Gaufridi,  prioris  Vosiensis,  chronica  :  tom.  II.  bibliothecae  ma- 

nuscriptorum  Philippi  Labbei. 
Gen.  mœurs  des  Fr.  Louis  le  Gendre,  mœurs  et  coutumes  des  François.  Paris,  4  74  2. 
Genebr.  i.  4.         Gilberti  Genebrardi ,  cborograpbiae  libri  IV.  Paris,  -1585.  fol. 
Gesn.  bibi.  Conradi  Gesneri ,  bibliotheca   universalis.  Tigurii ,  -1583.  fol. 

Gest.  Dei  per  Fr.  Gesta  Dei  per  Francos,  sive  Orientalium  expeditionum ,  et  regni 

Francorum     Hyerosolimitani     historia ,     etc.      Hanoverse, 

4614.   fol. 
Girardi,  hist.  poet.  Lilii— G regorii  Gyrardi ,  de  historia  Poëtarum,  tam  Groecorum, 

quam  Latinorum,  dialogi  deccm.  Lugduni-Batav.  ^  696.  fol. 
Goff.  vind.  Goffridi ,  abbatis  Vindocinensis,  epistolarum  libri  V.  inter  ejus 

opéra  à  Jac.  Sirmondo,  è  S.  J.  édita.  Paris,  4  64  0.  8°. 
Goid.  apoi.  MelchiorisGoIdasti,  S.  R.  Imperii  principum  apologia.  Hanoverae, 

4  644. 
Greg.  Tur  demir.  S.  Gregorii ,  Turonensis  episcopi ,  de  miraculis  S  Martini  libri 

IV.  inter  ejus  opéra  novae  editionis.  Paris,  4  699.  fol. 
Greg. th, î.i, «p.  Gregorii  Vil.  papae,  registrum  epistolarum,  in  fronte  tomi  X. 

conciliorum  Labbei  et  Cossartii. 
Guib.  op.  Venerabilis  Guiberti ,  abbatis  B.  Mariae  de  Noviginto ,  opéra  om- 

nia  :  studio  et  labore  Domni  Lucae  Dacheri.  Paris ,  4  654  .  fol. 
•  ••Not.  Notas  in  eumdem,  ibid. 

...Proi.  in  Gen.     Ejusdem,   prologus  in  Genesim  ,  ibid. 
...De  virginit        Ejusdem,   tractatus  de  virginiiate,  ibid. 
...Praef.  Prœfatio  in  eumdem  tractatum,  ibid. 

...De  vit.  sua.       Ejusdem,  de  vita  sua  libri  III.  ibid. 
GuiU.  Gem.  Willelmi ,  monachi  Gemetiensis,  historias  Normannorum  libri 

VIII.  inter  historiae  Normannicae  scriptores  antiquos.  Paris, 

4  649.  fol. 

Willelmus , 


DES  CITATIONS.  xvij 

Willelmus,    Malmesburiensis   monachus,     de   gestis    regum  Gum.^Maim.  de 

Angliae,  etc.  inter  rerum  Anglicanarum  scriptores  postBedam 

praecipuos.  Francofurti,  4604.  fol. 
Idem,  de  gestis  pontificum  Anglorum,  ibid.  ...De Pont.  Angi. 

Guillelmi  Neubrigerçsis ,   rerum  Anglicanarum  libri  V.  inter  guuj.  Neub.  rer. 

rerum     Britannicarum    scriptores    editos,     Heidelbergae , 

4587.  fol. 

H 

Nicolai     Harsfeldii,     archidiaeoni     Cantuariensis ,     historia  Harsf.  nist.  Angt. 

Anglicana  ecclesiastica .   Duaci,   4622.  fol. 
Helmodi,  historia  Slavorum  :  apul  Bolland.  ad  diem  47  maii.  Heim.  bist.  siav. 
Henricus  Gandavensis,  de  scriptoribus  ecclesiasticis ,  in  biblic—  Henr.  Gand. 

theca  ecclesiastica  à  Joh.  Alb.  Fabricio  concinnata.  Hamburgi. 

4747.  fol. 
Chrisostomi  Henriquez,  menologium  Cisterciense ,  notationibus  Henr.  menoi.  cist. 

illustratum.   Antuerpiae,  4  630.   fol. 
Ejusdem  appendix  ad  menologium  Cisterciense,:  adcalcem  ejus-  ^APP-ad  meno1- 

dem  menologii. 
Ejusdem,  fasciculus  sanctorum  ordinis  Cisterciensis.  Colonise.   ...Fasc.ss.  ord. 

4654.  4°. 
Hermanni,  monachi,  de  miraculis  B.  Marias  Laudunensis  libri  Herman.  de  mir. 

III,  inter  Guiberti  opéra. 
Venerabilis    Hildeberti,  Cenomanensis  primùm  episcopi,  dein  Hild.  op. 

Turonensis  archiepiscopi,  opéra  omnia  :  labore  et  studio  Dom- 

ni  Antonii  Beaugendre,  etc.  Paris,  4708.  fol. 
Ejusdem,  carmina,  inter  eadem  opéra.  ...carm. 

Ejusdem,  epistolae.  ibid.  •  •■*$• 

Hirsaugiense  chronicon  :  auctore  Joanne  Trithemio ,  Spanhei-  Hir.cbron. 

mensi,  et  postea  S.  Jacobi  apud  Herbipolim  abbate.  Tom.  I. 

typis  monasterii  S.  Galli ,  4  690.  fol. 
Diverses  histoires.  Hist> 

Histoire  ecclésiastique  d'Abbeville,  par  le  R.  P.  Ignace-Joseph  Hist.  d'Abbev. 

de  Jesus-Maria,  Carme  déchausse'.  Paris,  4646.  4°. 
Historia  Anglicana  ecclesiastica,  auctore  Nicolao  Harpsfeldio.  ...Angi.  ecci. 

Duaci,  4  622.  fol. 
Hi6toria  Universitatis  Andegavensis ,  auctore  Claudio  Menard ,  ...And.  mss. 

manuscripta,  tom.  I, 
Dissertation  sur  l'antiquité  de  l'Université  d'Angers,  etc.  par  ...Univ.  d'Angers. 

Tome  X.  c 

2* 


XV11J 


TABLE 


Hist.  de  Bret. 
...De  S.  Denis. 

...D'Esp.  deFerr. 

...De  Guines,  pr. 


...Hierosol.  expe- 
dit. 


. .  .De  Verd.  pr. 
....De  Lang. 
...De  Lorr. 
Hist.  de  divin,  off. 

Hom.  suppl. 
Hugo,  an.  Pram. 

Hug.  FI.  chr. 


M.  Pocquet  de  la  Livonicre.  Angers,  -1756.  4°. 
Histoire  de  Bretagne,  par  D.  Lobineau.  Paris,  4  707.  fol. 
Histoire  de  l'abbaye  de  S.  Denis,  par  D.  Michel  Felibien.  Pa- 
ris, 4  706.  fol. 
Histoire  générale  d'Espagne,  traduite  de  l'Espagnol  de  D.  Jean 

de  Ferreras,  par  M.  d'Hermilly.  Tom.  III.  à  Paris,  4  744.  4°. 
Histoire  généalogique  des  maisons  de  Guines,  d'Ardres,   de 

Gand,  et  de  Couci.  A  Paris,  4  654.  fol.  dans  les  preuves. 
Historia  Hierosolimitanse  expeditionis  sub  Godefrido  Bullonio, 

auctore  Alberto ,  seu  Alberico  Aquensi  canonico,  inter  gesta 

Dtii  per  Francos,  tom.  I. 
Histoire  ecclésiastique  et  civile  de  Verdun,  par  un  chanoine  de 

la  même  ville,  dans  la  préface.  A  Paris,  4  745.  4°. 
Histoire  générale  de  Languedoc,  par  D.  de  Vie  et  D.  Vaissette, 

tom.  IL  Paris,  4  754.  fol. 
Histoire  ecclésiastique  et  civile  de  Lorraine,  par  D.  Augustin 

Calmet.  Nanc.i,  4  728.  fol. 
Melcbioris  Hitlorpii,  de  divinis  catholiese  ecclesise  officiis  ac 

ministeriis ,  varii  vetnstissimornm  aliquot  ecclesise  palrum 

ac  scriptorum  libri.  Colonise,  4  508.   fol. 
Jacobi  Hommev ,  Augustiniani,  supplementum   patrum,  etc. 

Paris,  4  684'.  8°. 
Caroli  Ludovici  Hugo,  abbatis  Stivagii,  annalium  sacri  et  cano- 

nici  ordinis  Prsemonstratensis ,  pars  prima,  in  duos  tomos 

divisa.  Nancii,  4734  et  4756.  2  vol.  fol. 
Hugonis,  primùm  monachi  Virdunensis,  postea  abbatis  Flavinia- 

nensis ,  ebronieon    Virdunense ,   tom.  I.   bibliothecae  ma- 

nuscriptorum  à  Philippo  Labbe  editse. 


I 


Jac.  de  Vitr.  hist 
Occid. 


Jacobi  de  Vitriaco,  historiée  Orientalis  et  Occidentalis  libri  in. 

inter  gesla  Dei  perFrancos,  tom.  II. 
Abr.  de  off.  Johannis ,    Abrincensis    episcopi,    dein    Rotomagensis  archi- 

episeopi  ,  liber  de  officiis  ecelesiasticis,  etc.  nunc  ex  codiez 

mss.  bibliothecae  Bigotianae  auctus  et  emendatus.  Rotomagi, 

4  679.  8°. 
Johannis  Saresberiensis.  episcopi  Camotensis,  polyeraticus  ,  seu 

de  nugis  curiahum  et  vestigiis   philosophorum ,  libri   VIII, 

tom.  XXIII.  bibliothecae  patrum. 


Joh. 
eccl. 


Joh.  Saresb.  poli. 


Ivo,  ep. 

217, 

...Not. 

...Vit. 

...Decr. 

pr. 

...Serm 

...Chr. 

DES  CITATIONS.  xix 

Ejusdem,  Metalogicus ,  è  codice  mss.  Cantabrig.  nunc  primùm  Métal. 
editus.  Paris,  4  64  0.  8°. 

Journal  historique,  connu  sous  Je  nom  de  journal  de  Verdun,  im-  Journ.  hist. 
primé  à  Paris,  chez  Ganeau»  mois  de  septembre  4750.  et  ain- 
si des  autres.  -120. 

Journal  des  Sçavans  de  l'année  -17-15.  et  ainsi  des  autres.  A  ...des  sçav. 
Paris,  4°.  * 

Johannis  Iperii,  chronicon  Bertinianum,  tom.  III.  anecdotorum  iper.  t.  3,  anecd. 
D.  Edmundi  Martenne.  Paris,  -1717     fol. 

Ferdinandi  Ughelli,  Florentini,  Italia  sacra,  sive  de  episcopis  itai. sac. 
Italiae,  etc.    Romae.  -1659.  9  vol.   fol. 

Jugemens  des  Sçavans,  par  M.  Baillet.  Paris,  -1685.  5  t.  en  9  Jugem.  des  sçav. 
vol.    -120. 

Ivonis,  Carnotensis  episcopi ,  epistolae  ,  inter  ejusdem  opéra.  Pa- 
ris ,  \  647.  fol.  sic  citantur  ,  ep.  21 7 ,  et  sic  de  cseteris. 

Notae  Francisci  Jureti  ad  easdem ,  ibid. 

Vita  ab  eodem  Jureto  concinnata,  ibid. 

Ejusdem  decretum.  Prsefatio  ,  ibid. 

Ejusdem,  sermones,  ibid. 

Ejusdem,  chronicon,  ibid. 

Francisci  Jureti,  notae  in  epistolas  Ivonis  Carnotensis,   inter  Jum.  not.  in  ep. 
opéra  ejusdem.  von" 


Philippi  Labbei,  è  S.  J.  bibliotheca  nova  manuscriptorum  libro-  Labbe>  bib-  no. 

rum,  etc.  Paris,  -1654.  2  vol.  fol. 
Ejusdem,  concilia  ad  regiam  editionem  exacta,  etc.  tom  X.   ...conc,  tom.  10. 

Paris,    fol. 
Pétri  Lambecii,  Hamburgensis ,  bibliotheca  Caesarea  Vindobo-  Lamb.  bib. 

nensis.  Vindobonae ,  (à  Vienne)  -1665.  8  vol.  fol. 
B.   Kanfranci ,   Cantuariensis   archiepiscopi,  opéra  :   cura   et  lanfr.  op. 

studio  Domni  Lucas  Dachery.  Paris,  -1648.  fol. 
Notas  in  ejus  vitam  et  epistolas,  ibid.  ...Not. 

Godefridi-Guillemi   Leibnitzii,  scriptores  rerum  Brunsvicen-  Leibnit.  sot  Brun. 

sium,  etc,  tom.   II.  Hanoverae,  -1707.  fol. 
Lenglet  du  Fresnoi,  méthode  pour  étudier  l'histoire,  t.  III  et  IV.  Lengi.meth.dbist. 

Paris,    1729.  4°. 
M.Martini  Lipenii,  bibliotheca  theologica.  Francofurti,  4685.  upen.bibi.  iheoi. 

2  vol.  fol. 

c  y 


xx  TABLE 

Lobin.hist.de Par.  D.  Felibien  et  D.  Lobineau,  hist.  de  Paris.  A  Paris,  5  vol.  fol. 
Le  Long,  Mbi.  Fr.  Jacques  le  Long,  de  la  congrégation  de  l'Oratoire,  bibliothèque 

historique  de  France,  etc.  Paris,  4  719.  fol. 
...Bibi.  sac.         Ejusdem,  bibliotheca  sacra.  Paris,  4723.  2  vol.  fol. 
Lud.  Jacob  à  s.  Bibliotheca  ponlificia,  auctore  Ludovico  Jacob  à  S.  Carolo  ,  Car- 
Carol°'  melita.  Lugduni,4643.  4°. 

M 

Mab.  act.  p.  Johannis  Mabillon,  acta  Sanctorum  ord.  S.  Benedicti ,  etc. 

Paris,  4  668-1674.  fol. 
...Ann.  Ejusdem,  annales  ordinis  S.  Benedicti,  etc.  Paris.  6  vol.  fol. 

...App.  Appendix,  tom.    V.  eorumdem  annalium. 

...Anal.  Ejusdem,  analectorum,  tom.  IV.  Paris,  4675-1683.  vol.  8°. 

...mus.  Bal.         Ejusdem,  Muséum  Italicum,  etc.  Paris,  4724.  2  vol.  4°. 
...op. s.  Bern.  t.  Ejusdem,  editio  operum  S.   Bernardi,   in  appendice  tom.  I. 
1,app  Paris,  4690.    fol. 

...Not.inep.  s.b.  Ejusdem  ,  notae  in  epistolas  S.  Bernardi,  ibid.  t.  I. 
s"BemfUS' inep'  Ejusdem  ,  notae  fusiores  in  easdem  epistolas  ,  ibid.  tom.  II. 
...Dipi.  Idem,  de  re  diplomatîca,  etc.  Paris,  4  681.  fol. 

...op.  posth.        Le  même,  ses  opuscules  ou  œuvres  posthumes.  Paris,  4724.  3 

vol.  4°. 
Magn.  Wbi.  ecc'.  Magna  bibliotheca  ecclesiastica  ,  etc.  Colonise,  4  634.  fol. 
Maimb.h.  des  cr.  Maimbourg,  hist.  des  Croisades.  Paris,  4  675  et  4  676.  2  vol.  4°. 
Mainf.  clip.  Fon-  Joannis  delà  Mainferme ,  clypeus  Fontebraldensis.  Salmurii, 
tebr-  tom.  I.  4  684.  tom.  II.  4  688.  et  tom.  III.  4  692.  8°. 

Maim.  de  reg.       Willelmi,  Malmesburiensis  monachi ,  de  gestis  regum  Anglo- 
Angl-  rum,  etc.  inter  rerum  Anglic.  scriptores  postBedam  prseci- 

puos.  Francofurti,  4604.  fol. 
...Depont.  Angi.  Idem,   de  gestis  pontificum   Anglorum,  ibid. 
Manr.  ann.cist.     Angeli  Manrique,  annales  Cistercienses.  Lugduni,  4642.   etc. 

fol.  sic  citantur.ad  ann.  4098.  et  sic  decaeteris. 
. . .inirod  ann  cist.  Introductio  ad  prœdietos  annales,  praefixa  tomol. 
Marb.  op.  Marbodi,  Rhedonensis  episcopi,  opéra,  ad  calcem  venerabilis 

Hildeberti  operum,  edilore  D.  Antonio  Beaugendre.  Paris , 

4708.  fol. 
Pro'egomena ,  seu  praefatio  in  ejus  opéra ,  ibid. 


...Pr. 


•ep-  Ejusdem,  epistolas,  ibid. 

Ejusdem,  carmina,   ibid. 


...Car. 


•Not-  Notas  in  eumdem  ,  ibid. 


DES  CITATIONS. 


xxj 


Pétri  de  Marca,  concordia  sacerdotii  et  imperii,  I.  3.  et  sic  de 

caeteris.  Paris,  4  669.  fol. 
Ejusdem,  dissertatio  ad  concilium  Claromontanum  anni  ^  095. 
Ejusdem,  Marca  Hispanica,  sive  limes  Hispanicus,  etc.  à  Sleph. 

Baluzio  aucta  et  édita.  Paris,  4  688.  fol. 
Le  même,  histoire  de  Bearn,  etc.  Paris,  4  640.  fol. 
Mariana,  de  rébus  Hispanicis  libri  XXX.  Moguntiae,  4606.  4°. 
Guillelmi  Marlot,  metropolis  Rhemensis  historia,  etc.  tom.  II. 

Rhemis,  -1679.  fol. 
Martini  Marrier,  historia  S.  Martini  de  Campis   Parisiensis. 

Parisiis,  4  637.  4°. 
Edmundi  Martenne,  thésaurus  novus  anecdotorum,  etc.  tom. 

III,  et  sic  decseteris  Paris,  4  74  7.  fol. 
Ejusdem  veterum  scriptorum  et  monumentorum,  etc.  amplissi- 

ma  collectio,  tom.  II,  et  sic  de  caeteris.  Paris,  4729.  fol. 
Son  second  voyage  littéraire,  imprimé  à  Paris  en  4  724.  4°. 
Son  histoire  manuscrite  de  l'abbaye  de  Marmoutier,  qu'on  con- 
serve dans  ce  monastère. 
Mathaei  Paris,  monachi  Albanensis,  Angli,  vitae  vigenti-trium  S. 

Albani  abbatum,  in  fronte  caeterorum  ejusdem  operum,  editio- 

nis  Parisiensis,  anni  4^64.  fol. 
Hugonis  Mathoud,  dissertatio  de  vera  Senorum  origine  christiana. 

Paris,  4  687.  4°. 
Ejusdem,  catalogus  archiepiscoporum  Senonensium,  ad  calcem 

praecedentis  dissertationis. 
Anonymus  Mellicensis,  saeculo  XII.  clarus.de  scriptoribus  eccle- 

siasticis,  in  bibliotheca  ecclesiastica  à  Joh.  Alb.  Fabriciocon- 

cinnata.  Hamburgi,  4748.  fol. 
Mémoires  de  l'académie  des  Inscriptions,  tom.  XVII.  4°. 
D.  Hugonis  Menard,  martyrologium  Benedictinum,  duobusob- 

servationumlibris  illustratum.  Paris,  4628.  8°. 
Menologium  Cisterciense,  notationibus  illustratum  à Chrysostomo 

Henriquez.  Antuerpiae,  4650.  fol. 
Auberti  Miraei,  auctuarium  de  scriptoribus  ecclesiasticis,  in  bi- 
bliotheca ecclesiastica  à  Joh.  Alb.  Fabricio  concinnata,  etc. 

fol. 
Ejusdem,  Mantissa,  ad  calcem  auctuarii,  ibid. 
Ejusdem, reru m  Belgicarumchronicon,  siccitaturadann.  4094  , 

et  sic  decaeteris.  Antuerpiae,  4  639.  fol. 
Monasticon  Anglicanum.  Savoy,  4  673.  3  vol.  fol. 


Marca,  con.  1.  3. 

Diss.adconc.CIar. 
..  .Hisp. 


...Hist.  de  Bearn. 

Mariana,   de   reb. 

Hisp. 

Marlot,  t.  2. 


Marr.   hist.  de  S. 
Mart.  des  Ch. 

Mart.  anecd. 

.  ..ampl.  coll. 

...2  voyag.  Iitt. 
..  .Hist.  de  Mann. 


Math.    Paris  ,   de 
Abb.  S.  Alb. 


Mathoud  de  Sen. 
orig.  christ. 

...Cat.  arch.  Sen. 
Mo  11.  scrip. 

M.del'ac.  deslnsc. 

Men   mart.  Ben.  1. 
2.  obs. 

Menol.  Cist. 
Mir.  auct. 


...Mant. 
...Chron. 

Monait.  Angl. 


xxij  TABLE 

Monast.  GaU.ms».  Monasticon  Gallicanum,  seu  historia  centum  octoginta  monaste- 
riorum  ord.  S.  Bened.  è  congreg.  S.  Mauri,  adhuc  manuscri- 
ptum,  à  Domno  Micbaèle  Germain  adomatum,  2  vol.  fol. 

Monb.  1. 1.  Monbncii,  sanctorale,  seu  de  vitisSanctorum,  2  vol. 

Montf.bibi.bibi.  D.  Bernardi  de  Montfaucon,  bibliotheca  bibliothecarum,  etc. 
Paris  J  639.  2  vol.  fol. 

Morin.  de  pœnit.  Johannes  Morinus,  de  pœnitentia.  Paris,  4  651 .  fol. 

Mss.  Divers  manuscrits. 

Mss.  s.  Ebrui.cat.  Manuscriptorum  monasterii  S.  Ebrulfi  in  Normannia,  catalogus. 

Mss.  Fior.  Manuscripta  monasterii  Floriacensis,  seu  S.  Benedicti  super  Li- 

gerim. 

Mss.  du  m.  s.  m.    Manuscripta  monasterii  S.  Michaelis  de  Monte,  in  Normannia. 

Mur.script.it.  Ludovici-Antonii  Muratorii,  rerum  Italicarum  scriptores,  etc. 
tom.  III.  et  sic  de  caeteris.  Mediolani.  4720,  et  seqq.  an- 
nis.  fol. 

N 

Neust.  pia.  Neustria  pia,  etc.  cura  et  studio  R.  P.  Arturi  du  Moutier,  etc. 

Rotomagi,  4  663.  fol. 

0 

LOiseï,  bjst.  de  Ant.  L'Oisel,  hist.  de  Beauvais,  ou  mémoires  des  pays,  ville, 
évêché,  comté,  etc.  de  Beauvais  et  Beauvaisis.  Paris, 
4  74  7.  A0. 

onjphrchron.de  Onuphrii  Panvinii,  chronicon  de  recibus  Italiae. 

ord.vit.'hist.ecci.  Orderici  Vitalis  monachi  Uticensis,  seu  S.  Ebrulphi  in  Norman- 
nia, historiae  ecclesiasticae  libri  XIII.  inter  historiae  Norman- 
nicae  scriptores,  ex  mss.  codicibus  ab  Andréa  Duchesne  eru- 
tos.  Paris,  4  64  9.  fol. 

ou.  Fris,  chron.  Ottonis ,  Frismgensis  episcopi ,  chronicon  :  inter  historicos 
Germanisa,  Urstisii.  Francof.  4585.  fol. 

„.De  gest.  Frid.  Ejusdem,  de  gestis  Fridenci   imperatoris,   libri  decem.  ibid. 

oud.  scrip.  t.  2.  Casimiri  Oudin,  commentarius  de  scriptoribus  ecclesiasticis, 
etc.   tom.  H.   Lpsiae,  4  722.  fol. 

...suppi.  Ejusdem,  supplementum  de  scriptoribus.  vel  scriptis  ecclesia- 

sticis, à  Bellarmino  omissis.  Paris,  4686.  8°. 


DES  CITATIONS.  xxiij 


Antonii  Pagi ,  ord.  Min.  etc.  critica  historiée— chronologica  in  Pagi,  adann.un. 

universos  annales  ecclesiasticos  Caesaris  card.  Baronii,   ad 

ann.  4H7.  et  sic  de  caeteris.  Antuerpse,  4705.   fol. 
Pandulfi  Pisani,  vita  Pascalis  II,  papae  :  apud  Muratori,  rerum  Pand.Pis.vit.Pasc. 

Italiearum  scriptores ,   toin.  III. 
Ejusdem ,  historia   Mediolanensis  ,  ibid.    tom.   V.  ...Hist.  Medioi. 

L'abbé  Papillon,  bibliotbeque  des  auteurs  de  Bourgogne,  tom.  I.  Pap.bib.de Bourg. 

à  Dijon,  -1742.  fol. 
Pascalis   II,   papae ,  epistolae ,    tom.   X.   conciliorum   Labbei.  Pasc.  ep. 
Etienne  Pasquier,  les  recherches  de  la  France.  Paris ,  4  645.  fol.  Pasq.rech.deiaFr. 
Etienne  Perard  ,  recueil  de  pièces  curieuses  pour  l'histoire  de  Perard,  coiiect.  ad 

■o  tac  t      t  i  hist.Burg. 

Bourgogne ,  4  664.  fol. 
Pétri  Cantoris,  verbum  abbrevialum,  è  tenebris  erutum et  notis  Pet.  cant.  verb. 

âbbrGV 

illnstrafum  per  Georgium  Galopinum.  Montibus,  4  659.  4B. 
Pétri  Cellensis,  epistolarum  libri  IX.  inter  ejus  opéra,  édita Pa-  Pet.  ceii.  ep. 

risiis,  4  671.  4". 
Pétri  Diaconi,  liber  quartus  chronici  Cassinensis,  edituscum  tri-  Pet  Diac.  chron. 

bus  prioribus  libris  ejusdem  chronici,  à  Leone Marsicano  com- 

positis,  editio  quarta.  Paris,  4  668.  fol. 
Pctri  Venerabilis,  abbatis  Cluniacensis,  epistolarum  libri  VI.  in  Pet.ven.i.3,ep.4. 

hibliotheca  Cluniacensi  editi.  Paris,  4  614.  fol. 
Ejus'ein,  miraculorum  libri  duo.  ibid.  ...*mirae.  1.2. 

Domni  Bernardi  Pez,  monachi  Benedictini,  thésaurus  anecdo-  Pez, anecd. 

torum  novissimus,  etc.  tom.  II.  et  sic  de  caeteris.  Augustae 

Vindelicorum,  4024.  fol. 
Ejusdem,  variée  disserlationes  in  fronte  unius  cujusque  volumi-  ...Diss.  isag. 

nis. 
Philippi  Hervangii,  abbatis  Bonœ-Spei,  ord.  Praemonst.  opéra  Phu.  ab.  Bon»- 

omnia.  Duaci,  4  624.  fol.  spei'  op- 

Ejusdem,  epislolae,  inter  ejus  opéra.  ...Ep. 

Pétri  Pilhou,  historiée  Francorum  scriptores  veteres  XI.  Fran-  Piih.  scrip.  Fr. 

cof.  1596.  fol.  siccitanturad  pag.  54.  gallicè,  Pithou,  recueil 

de  onze  historiens,  p.  85. 
Johanncs  Pitseus,  de  illustribus  Angli»  scriptoribus.  Paris,  Kts.deU.Ang.scr. 

4649.  4°. 
Appendixad  eumdem.  ibid.  ...App. 


xxiv  TABLE 

Du  piessis,  hist.  de  D.  Toussaint  du  Plessis,  histoire  de  l'église  de  Meaux,  etc.  Paris, 

Meaux.  * 73*.  2  vol.  4°. 

pomm.  hist.  des.  D.  François  Pommeraye,  histoire  de  l'abbaye  de  S.  Oùen  de 

0uen-  Rouen.  A  Rouen,  *0G2.  fol. 

...Hist.  desarchev.  Le  même,  histoire  des  archevêques  de  Rouen.  ARo'ien  \  667.  fol. 

.f.Histfdeiacath.  Le  même,  histoire  de  la  cathédrale  de  Rouen.  A  Rouen,  4686. 

de  Rouen.  r  < 

poss.  app.  Antonii  Possevini,  Mantuani,  è  S.  J.  apparatus  sacer,  etc.  Vene- 

tiis,  *606   et  Colonise,  1608.2  vol.  fol. 
...Bib.  sel.  Ejusdem,  bibliotheca  selecta.  Colonise,  -1607.  fol. 


Rad.  Tancr.         Radulphi  Cadomensis,  gesta  Tancredi  in  expeditione  Hierosoli- 

mitana  :  apud  Martenne  anecdotorum,  tom.  III. 
Reub.scrip.Germ.  Justi  Reuberi,  rerum  Germanicarum  scriptores  Francof.  -1584. 

fol. 
Rie.  Haguist.         Ricardi,  monachi  et  prions  Hagulstadiensis,  historia  ecclesiae 

et  episcoporum  Hagulstadiensium  :  inter  historise  Anglica- 

nse  smptores  X.  Londini,  *652.  fol.  2  vol. 
Rob.  Aitisiod.  chr.  Roberti,  S.  Mariani  apud  Altisiodorum  monachi,  chronologia, 

Trecis,  *608.  4°. 
Rob.  de  Monte,  de  Roberti  de  Monte,  de  abbatiis  et  abbatibus  Normannise  :  ad  cal- 

'  cem  operum  venerabilis  Guiberti,  etc.  Paris,  4  65*.  fol. 
...Ace.  ad.  sig.     Ejusdem,  accessiones  ad  Sigebertum,  ibid. 
Rog.de  hot.  ann.  Rogeri  Hovedini,  annales  Anglorum  :  inter  rerum  Anglicanarum 

scriptores  Savilii,  etc.  Londini,  *595.  et  Francofurti,  *60*  . 

fol. 
Roui»,  h.  deMei.  Sebastien  Rouillard,  hist.  deMelun.  AParis,*628,  4°. 
Rup.  op.  t.  2.       Ruperti,  abbatis  Suitiensis,  opéra.  Tom.  I.  Coloniae-Agrippinse, 

*60*.  fol. 
...in  reg.  s.  Ben.  Ejusdem,  commentarius  in  regulam  S.  Benedicti. 


sand.bib. Beig.  Antonii  Sanderi,  Iprensis  canonici,  bibliotheca  Belgica  manu- 
scripta,  seu  Elenchus  universalis,  Codicum  manuscriptorum 
scriptorum,  in  celebrioribus  Belgii  Cœnobiis,  etc.  pars  prima 
et   secunda.  Insulis,  *64* .  4°. 

sand.  in  Yoss.      Christophori  Sandii,  notse  et  animadversiones  in  Gerardi  Joannis 

Vossii 


DES  CITATIONS.  xxv 

Vossii  libros  de  historieis  latinis.  Amstelodami ,  4  677.  4  6°. 
Joannis  Saresberiensis,  Carnolensis  opiscopi,  metalogicus,  è  co-  saresb.  met. 

dice  mss.  Candabrig.,  nunc  primùm  editus.  Paris,  4610.  8°. 
Caroli   Saussayi,   annales  ecclesiaslicae   Aurelianenses.    Paris.  sauss.an.ecci.Aur. 

4645.  4°. 
Ejusdem,    martyrologium  Gallicanum.   Paris.  4  634.  fol.  ...Mart.  Gaii. 

D.  Martini  Bouquet,  rerum  Francicarum  et  Gallicarum  scripto-  script.  Fr. 

res.  Paris,  4  738-4  753.  fol. 
Seguinus,  de  viris  illustribus  ordinisCisterciensis  :  saepius  cita-  seg.  de  vir.  m. 

tus  in  annalibus  Cistcrciensibus  Angeli  Manrique. 
Sigebertus,    de  scriptoribus  ecclesiasticis,  etc.   in  bibliothsca  sig.  scrip.  ecci. 

ecclesiast.    à   Joli.    Alb.    Fabricio   concinnata.    Hamburgi, 

4  74  8.  fol. 
Simeon  Dunelmensis  monachus,  de  regibus  Angliae,  etc.  inter  sim.  Dun.  dereg. 

bistoriae  Anglicanae  scriptores  X.  editos.  Londini,  4  652.  fol.  Angl" 
Josia3  Simleri,   Tigurmi,  bibliotheca,  instituta  et  collecta  pri-  simi.  bibi. 

muni  à  Conrado  Gesnero,  etc.   Tiguri,  4  574.  fol. 
Sirmondi ,    notae  in  epislolas  Goffridi  Vindocini ,  abbatis,   ab  sirm.  not.  in  ep. 

eodem  Sirmondo  éditas.  Paris,  4  610.  8°. 
Sixti  Senensis,  bibliotbeca  sancta.   Paris,   4  64  0.  fol.  six.  sen. 

Spicilegium  veternm  aliquot  scriptornm ,  etc.  à  Domno  Luca  Da-  spicu.  t.  4. 

chery  editorum.  Tom.  4.  et  sic  de  caeteris.  Paris,  4655- 

4674.  43  v.  4° 
Vincentii  Belvacensis,   spéculum    bistoriale.  Tom.   IV.   typis  spec.  nist. 

Joannis  Mentellin,    4  473.    fol. 
Henrici  Spelmanni ,  concilia  Anglica ,  Scotica  et  Hibernica.  Tom.  speim.  conc. 

II.  Londini,  4664.  fol. 
J.  B.  Souchet,  Notaa  in  epistolas  Ivonis  Carnolensis,  inter  ejus-  souch.not.  inep. 

j        i  Iv0- 

dem  Ivonis  opéra. 

Stephani,   Tornacensis   episcopi,  epistolae,   notis   illustrataa  à  steph.  Torn.  ep. 

Claudio  Molinet.  Paris,  4  679.   8°. 
Thomae  Stubbs,  Dominicani,  chromcon  pontificum  Eboracen-  stub.  de  pont. 

sium   :    inter    bistoriae  Anglicanae  scriplores  X.    Londini, 

4652.  fol. 
Ludovici  VI,  régis  Francorum,  vita,  auctore  Sugero  abbate  :  sug.  vit.  Lud. 

inter  hisloriae  Francorum  scriptores,  ab  Andréa  Ducbesne 

editos,  tom.  4. 
S.    Antonini ,    summa    historialis,    pars    secunda.    Basilcae,  sum.nist.part.2. 

4502.  fol. 
Laurentius    Surius,    Carthusianus  ;    de    probatis    Sanctorum  sur.  ejui. 

Tome  X.  d 


XX  vj 


TABLE 


historiis,  clc.  Colonise  Agrippincc,  4574 -4576.  6  vol.  fol. 
sic  autem  citatur  :  ad  diem  sextam  julii,  et  sic  de  caeteris. 


Theod.  po>n.  t.  2.  Theodori ,  sanctissimi  ac  doctissimi  Cantuariensi  archiepiscopi , 
pœnitentiale.  Toinus  secundus,  qui  prœclara  disciplinas  eccle- 
siast.   nioniimenta  continet  :   opéra  et  studio  Jacobi  Petit 
Paris,   4  674.  4°. 

Theoph.   nayn.      Theopliili  Raynandi ,  theologï  S.  J.  editio  operum  S.  Anselmi. 

eilit  on    S.  Ans.  .         ,       •     'to-i\     e  1 

Lugduni ,  looO.  fol. 
Thés,  anecd.         Domni  Edmundi  Martenne,  et  Domni  Ursini  Durand,  thésaurus 

anecdotorum.  Paris,  4  717.  5  vol.  fol. 
Thev.h.dcssçav.  André  Thevet ,  histoire  des  plus  illustres  et  sçavans  hommes  de 

leurs  siècles,  avec  leurs  portraits  en  taille-douce,  t  ré  sur  les 

véritables  originaux.  Tom.  Il  et  III.  A  Paris,  4  674.4°. 
Thom.  stub.  etc.  Tlioniœ    Stubbs,    chronica    pontificum   Eboracensium   :    inter 

historiée  Anglicanae  scriptores  X.  Londini,  4652.  fol. 
un.  wst.  ecci.      Mémoires  pour  servir  à   l'bist.   ecclesiast.  des  six    premiers 

siècles,  etc.  par  M.  le  Nain  de  Tillemont.  A  Paris,  4693- 

4  742.  46  vol.  4°. 
Trith.serip.c.349.  Joanncs  Tritbemiiis,  de  scriptoribus  ccclesiasticis  ,  cap.  549,  et 

sic  de  caeteris  :  in  bibliotheca  ecclesiast.  Joan.  Alb.  Fabricii. 
. .  chron. Hirsaug.  Ejusflem ,  chronicon  Hirsaugiense  ,  tomusprimus,  typis  mona- 

sterii  S.  Galli,  4690.  fol. 


vass.  ann.  deNoi.  Jacques  le  Vasseur,  annales  de  Noïon.  Paris,  4  653,  gros  in  4°. 

Vet.  dise.  mon.  Yetus  disciplina  monastica  ,  id  est,  collectio  auclorum  de  disci- 
plina monastica  traclantium.  Paris  4  726.  4°. 

ugh.itat.  sac.       Ferdinandi  Ughelli,  Italia  sacra.  Roniae,  4  647,  9  vol.  fol. 

viiief.  vwdes.  u.  Vie  de  S.  Bernard,  par  M.  de  Villefore.  A  Paris,  4704.  4°. 

Vinc Bell. spec  h.  Viiicentii  Bellovacensis,  spéculum  hisloriale,  4475.  fol. 

visch,  bibi  cist.    Caroli  de  Visch ,  bibliotheca  Cisterciensis.  Colonise,  4  656.4°. 

vu.  s.  Godefr.        Vita  S.  Godefridi ,  Ambianensis  episcopi ,  apud  Surium ,  tom.  V. 

vit.  Hug.  apud  B.  Hu^onis  de  Lacerta,  S.  Stephani,  ordinis  Grandimon- 
tensis  institutoris,  discipuli,  vita  :  apud  Martenne  ampliss. 
collect.  Tom.  VI.  Paris,  4729.  fol. 

vu.  Matu.  Menag.  Vita  Mathaei  Ménage,  auctore  /Egidio  Ménage.  Paris,  4  674.  4°. 


DES  CITATIONS.  xxvij 

Gérard  i-Joannis  Vossii,  de  historicis  latinis  libri  Ires  :  inter  ejus  Voss.  de  hisi.  lai 

opéra  édita.  Amstelodami,   1697.   fol. 
AbbatisUrspergensis,  ebronicon.  Argentorati,  1540.  fol.  sic  ci-    uisP. 

talur  :  ad  ann.  M  12.  et  sic  de  caeteris. 
Wibaldi,  abbatis  Stabulensis  et  Corbeïensis  in  Saxonia,  epistolae  :   wibaid.  eP. 

apud  Martenne,    ampliss.  collect.  Tom.  II. 
Arnoldi  Wion,  lignuin  vitae,  etc.  Venetiis,  159S  2  vol.  4°.  winn.  Ug.  vit. 
WillelmiCalculi.Gemeticensismonachi.historiœNorni.lib.  VIII.  wiii.  Gem.  bisi. 

inter  historite  Norin.  scriptores  antiquos.  Pans,  loi  y.  toi. 
WillelmiTyrcnsisa  chiepiscopi,  gestaDei  perFrancos,  seu  histo-  wui.  Tyr. 

ria  rerum  in  partibus  transmarinis  gestarum  :  inter  gesta  Dei 

per  Francos,  édita  Hanoverse,  i  6-1  -I .  fol 


Antoine  Yepez,  chroniques  générales  de  l'ordre  de  S.  Benoît,  tra-  Yep.t.e.an.iojrr. 
duifespar  D.  Martin  Rethelois.  A  Toul,  tom.  VI.  1667.  fol. 
On  les  cite  ainsi  à  l'an  1097,  et  ainsi  des  autres. 


FIN    DE    LA    TABLE    DES    CITATIONS. 


HISTOIRE 


LITTERAIRE 


DE  LA  FRANCE" 


DOUZIEME  SIECLE 

S.  ROBERT 

Fondateur  de  Moleme. 

§  I.  SA  VIE. 

ROBERT  naquit  en  Champagne,  non  en   Normandie, 
comme  le  prétend  'l'annaliste  de  Cîteaux,  l'an  A 024,  Manr.introd. um 
selon  M.  Baillet,   ou  plutôt,  selon   la  chronique  de  £),„■  f.af i? ^"lo 
Molême,    l'an    4  048.    Son  père,    nommé    Thierri,  f^sac.     m.  ord 
et    Ermengarde   sa    mère,    étaient    distingués    par    la    no- 
blesse, les  dignités  et  les  richesses,  mais  plus   encore  par 

Tome  X.  A 

3 


x.is.ecle.       -'  S.   ROBERT, 

leur   piété.    Robert    n'eut   pas  plutôt  atteint   l'âge  de  quinze 
Mab.ib.1.57,11.20.  ans,  '  qu'il  pensa    à    renoncer  au  inonde,    pour  se  consa- 
crer tout  entier  à  Dieu.  Il  se  retira  dès-lors  à  Moutier-la- 
Celle,    maison  de  l'ordre  de   saint   Benoît,  près  de  Troyes, 
où  il  prit  l'habit  religieux,  et  lit  de  si  grands  progrès  dans 
la  piété,    que,    tout  jeune   qu'il  était,    il   fut  fait  prieur  du 
monastère,    par    un   consentement    unanime,    et    peu    après 
élu  abbé  de  saint  Michel   de   Tonnerre.  Mais  voyant   que  les 
religieux    de    cette    abbaye     s'étaient    écartés    de    la     bonne 
voie,  et  qu'il  n'était    point  aisé  de  les  y  faire  rentrer,    il  les 
ii>id.  quitta,  pour  retourner  à  son  premier  monastère.  '  A  peine 
y  étoit-il  arrivé ,  qu'il   fut  obligé  d'eu  sortir,    pour  remplir 
la  place  de  prieur  dans  la  maison  de  saint  Ayoul  de  Provins, 
vacante  par  la   mort  de  celui  qui  l'occupoit.  Mais  peu  après 
il  reçut  un  ordre  du  pape  Alexandre  II,  pour  aller  gouver- 
ib.  i.  62,  n.  44.      ncr  quelques  bermites,  'qui   Pavoient   demandé,    pour  être 
leur  supérieur.   Robert  obéit  aux  ordres  du  pape,  et  se  ren- 
dit au  désir  de  ces  pieux  bermites,  qu'il  alla  joindre  dans  le 
lieu  de  leur  retraite  appelle   Colan,  situé  entre  Tonnerre  et 
Cbably.   Il   trouva    en  eux  de  vrais    bermites,    qui    n'étoient 
occupés  que  des  choses  du   ciel,   et  servoient  Dieu  dans  la 
plénitude  de  leur  cœur,    dans  la   faim  et  la  soif,  le  froid  et 
la  nudité,  et  supportoient  le  poids  du  jour  et  de  la  chaleur 
avec    une  patience  admirable.   Robert  ayant  gouverné   quel- 
que temps  ces  vertueux  bermites,   se  relira  dans  la  solitude 
deMolème,    où   il  jetta  l'an  -107;')  les  fondemens  d'un  mo- 
nastère  de  ce  nom,   en    l'honneur  de  la  sainte  Vierge,   au 
diocèse   de    I.angres.    L'année   de    cette  fondation  est   mar- 
quée par  ce  distique  : 

Anno  miileno  guinlo  cum  septnapeno, 

Sub  paire  Roberto  crevit  domus  haec  in  aperto. 

naio.  Gau.  chrisi'  DoM  Mabillot  ct  lcs  auteurs  du  Gallia  christiana, 
mov.  t.  4,  p.  7->o,  trompés  par  les  termes  équivoques  de  Moniales  Molismen- 
ses,  qui  se  lisent  en  plusieurs  chartes  de  Molême,  ont  cru 
que  S.  Robert  y  avoil  aussi  fondé  un  monastère  de  fdles. 
Mais  outre  qu'on  n'en  trouve  aucun  vestige  dans  les  anciens 
monumens  de  cette  abbaye,  ni  aucune  preuve  dans  la  vie  de 
saint  Robert;  il   paroît  par  ces  chartes  même  et  par  d'autres 


FONDATEUR  DE  MOLEME  5      XII SIECLE 


titres,  que  cette  qualification  désigne  les  religieuses  du 
prieuré  de  Juilli  sous  Ravicre,  dont  le  temporel  et  le  spiri- 
tuel ont  été  administrés  par  les  religieux  de  Molême,  jus- 
qu'à son  extinction,  arrivée  au  commencement  du  quin- 
zième siccle. 

Robert  et  les  compagnons  de  sa  retraite  vécurent  les  pre- 
mières années  dans  une  extrême  pauvreté  et  une  grande 
ferveur.  Mais  l'abondance,  qui  succéda  à  la  disette,  par  les 
libéralités  de  plusieurs  seigneurs,  amollit  les  esprits,  et  ral- 
lentit  cette  première  ferveur.  L'abbé,  dont  la  piété  ne 
souffrit  jamais  aucun  déchet,  fil  ce  qu'il  put  pour  relever 
ses  frères,  et  les  engager  à  ne  se  point  rallentir  dans  la  car- 
rière, où  ils  étaient  entrés,  et  où  ils  couraient  auparavant 
avec  tant  d'ardeur.  '  Mais  voyant  que  ses  exhortations  n'a-  Mab.  ib.  i.  66,  n. 
voient  pas  l'effet  qu'il  desiroit,  et  craignant  de  s'affoiblir  ^""t";*'  sëq- 
lui-même,  il  prit  le  parti  de  se  retirer,  et  alla  se  joindre  à 
de  pieux  solitaires,  qui  menoient  une  vie  très-édifiante 
dans  un  lieu  appelle  Hauz.  11  y  fut  reçu  à  bras  ouverts;  et 
quoiqu'il  leur  donnât  l'exemple,  dans  tous  les  exercices  de 
piété  et  de  pénitence,  qu'ils  pratiquoient,  il  se  regardoit 
comme  le  dernier  de  tous.  Robert  avoit  laissé  à  la  tète  de 
la  communauté  de  Molême  en  la  quittant,  deux  saints  et 
savans  religieux,  Alberic  et  Etienne,  qui  étoient  animés 
du  même  esprit  que  lui,  et  qui  firent  tous  leurs  efforts,  pour 
persuader  aux  discoles  de  remplir  leurs  obligations.  Ceux- 
ci,  au  lieu  d'écouter  leurs  avis  salutaires,  les  méprisèrent, 
et  les  obligèrent  même  par  de  mauvais  traitemens  à  prendre 
le  même  parti  que  l'abbé.  '  Cependant  les  religieux  de  Mo-  Mab.  ib. 
lême,  venant  à  résipiscence,  prièrent  Robert  de  revenir; 
et  n'ayant  pu  l'y  engager,  ils  eurent  recours  au  pape,  qui 
le  lui  ordonna.  Le  saint  homme  obéit  à  des  ordres  si  respec- 
tables, et  de  retour  dans  sa  communauté,  il  fit  tant  par  son 
exemple  et  ses  paroles,  qu'il  remit  les  choses  dans  l'ordre. 

'  Toutefois  un  nombre  considérable  ne  purent  se  résoudre  à  Mart.  t.  6,  amp. 

,.,  '.       1    ■  ».  ,        coll.  praef.  11. 4u.  I 

renoncer  a   certains  usages,    qu  ils  pretendoient  être   auto-  oïd.  vit.   lib.  7 
risés  par   les  statuts  de  plusieurs   saints,   et   pratiqués    par  îîe ^îoiit^dè  abb' 
les  religieux   de  Cluni ,   de  Tours,  et  autres.  Alors,   Robert  Guib.  op. 'p.  311. 
jugeant   qu'ils   pourraient  avoir  recours  à  l'autorité  épisco- 
pale,  pour  se  maintenir  dans  ces  usages,  partit  de  Molême 
avec  six  compagnons,   qui  entroient  dans   ses  vues,    savoir 

Aij 


xiisiecle.       ^       _  S.  ROBERT, 


Alberic,  Etienne,  Odon,  Jean,  Litard  et  Pierre;  et  alla 
trouver  Hugues,  archevêque  de  Lyon,  et  légat  du  saint 
siège,  pour  lui  demander  la  permission  de  se  retirer  dans  un 
lieu,  où  il  pût  observer  la  règle  de  t-aint  Benoît  dans  toute  la 
Manr.ann.cist.ad  rigueur,  avec  ses  compagnons.  '  Le  légat  accorda  au  saint 
Mnart10ib.'n.' 40-41.  abbé  sa  demande,  et  en  expédia,  peu  après  son  départ,  des 
Mab.  ann.  i.  64,  lettres  que  l'annaliste  de  Cîteaux  rapporte.  Robert  ayant 
obtenu  ce  qu'il  desiroit,  revint  à  Molême,  où  il  reçut  la 
lettre  du  légat.  L'ayant  notifiée  à  la  communauté,  il  ab- 
diqua sa  dignité,  laissa  aux  religieux  la  liberté  de  se  choisir 
un  autre  abbé,  et  se  retira.  Il  fut  suivi,  sinon  de  la  plus 
nombreuse,  du  moins  de  la  plus  saine  partie  de  la  commu- 
nauté, au  nombre  de  vingt,  qui  tous  animés  du  même  es- 
prit, quittèrent  Molême,  pour  aller  chercher  un  lieu,  où 
ils  pussent  se  livrer  à  toute  leur  ferveur.  Ce  lieu  fut  Cî- 
teaux qui  étoit  une  forêt  affreuse,  dans  le  diocèse  de  Châ- 
lon.  Renaud,  vicomte  de  Beaune,  à  qui  ce  terrain  appar- 
tenoit,  accorda  généreusement,  du  consentement  de  son 
épouse  et  de  ses  fils,  autant  d'espace,  qu'il  en  falloit,  pour 
bâtir  un  monastère  à  ces  saints  solitaires,  et  pour  les  faire 
Mab.ann.i.  ce, n.  subsister  en  le  cultivant.  '  On  voit  par  ce  récit,  puisé  dans 
les  meilleures  sources,  spécialement  dans  le  grand  exorde 
de  Cîteaux ,  dans  les  annales  de  Manrique  et  de  D.  Ma- 
billon ,  etc ,  qu'il  y  a  beaucoup  de  choses  à  réformer  dans 
l'anonyme  auteur  de  la  vie  de  saint  Robert,  et  dans  quel- 
ques modernes,  sans  même  en  excepter  M.  Baillet. 
Mart.  ib.  '  Robert  et  ses  compagnons  s'arrêtèrent  donc  dans  la  fo- 

Manr.  ib.  c.  2,  n.  r^  ^  £;teaux.   et  ,UUIIjs  fe  toutes  les  permissions  néces- 
saires, pour  s'y  établir,   ils  se  firent  de  petites  cabanes  de 
bois,    et    bâtirent    un    oratoire    en    l'honneur    de    la    sainte 
Vierge  :  ce  qui  est  devenu  un  usage  général  dans  l'ordre  de 
c.  3,  n.  i.  Cîteaux.    Robert  '  reçut  ensuite  le  bâton  pastoral  des  mains 

de  Gaultier,  évêque  de  Châlon,  après  avoir  été  élu  abbé 
par  le  suffrage  unanime  des  frères.  En  même-temps  ils  s'en- 
gagèrent par  une  profession  solemnelle,  non  pas  tant  à  pra- 
tiquer la  règle  de  saint  Benoît ,  qu'ils  avoient  déjà  fait  vœu 
d'observer,  qu'à  la  stabilité  dans  ce  nouveau  monastère,  et 
à  une  nouvelle  manière  de  l'observer  à  la  rigueur,  sans  au- 
cun adoucissement  ni  dispense.  L'époque  de  cette  édifiante 
cérémonie  est  remarquable ,  en  ce  qu'elle  se  fit  le  2\  de  mars 


FONDATEUR  DE  MOLEME.  3      ïh  siècle. 


de  l'année  4  098,  jour  consacré  à  solemniser  la  fête  de  celui 
dont  ils  s'engageoient  à  pratiquer  exactement  la  règle,  et 
dans  toute  la  rigueur.  Le  dimanche  de  Rameaux  concou- 
rut aussi  cette  année  avec  le  2-1  mars,  ce  qui  rendit  encore  » 
la  cérémonie  plus  solemnelle.  L'année  de  cet  heureux  évé- 
nement est  consignée  dans  ce  mauvais  distique,  rapporté 
dans  diflerens  auteurs  : 

Anno  milleno  centeno  bis  minus  uno, 
Sud  Pâtre  Rorerto  cœpit  Cistercius  Ordo. 

Tels  furent  les  premiers  commmencemens  de  la  maison  et 
de  l'ordre  de  Cîteaux.  Nous  ne  nous  étendrons  pas  davan- 
tage sur  les  circonstances  de  cet  établissement,  qui  eut  des 
suites  si  heureuses  pour  l'Eglise,  et  pour  la  France  en  par- 
ticulier.  '  Nous  nous  contenterons  de  dire,  que  ces   nou-  Mab. ann. î.  69,  n. 
veaux  solitaires  donnèrent  à  la  France  un  spectacle  aussi  édi-  104' 
fiant,  que  le  donnèrent  autrefois  les  solitaires  d'Egypte,   et 
qu'ils   retracèrent   dans   leur    manière  de  vivre  ces   grands 
exemples  de  pénitence,  et  ces  austérités,  qu'on  ne  peut  lire 
sans  étonnement  dans  les  vies  des  uns  et  des  autres.  '  Ils  ne  Mich.  Bucning.  in 
dormoient    que  quatre   heures  de  la  nuit;   ils  en  passoient       '    '  Vl  ' 
quatre  à  chanter  les  louanges  de  Dieu,  et  quatre  au  travail. 
Ils  employoient  le  reste  du  temps  jusqu'à  none  à  la  lecture ,  . 
et  à   fendre   des  femlles  de  palmiers ,  qui  leur  servoient  de 
vêtement;   après  quoi   ils   préparaient  leur  nourriture,    qui 
consistoit  en  des  herbes. 

Eudes  1  du  nom ,  duc  de  Rourgogne ,  voulut  aussi  pren- 
dre part  à  cet  établissement ,  et  leur  donna  la  partie  du  ter- 
rain que  le  vicomte  de  Reaune  s'étoit  réservée,  en  dédom- 
mageant le  propriétaire;  ce  qui  l'a  fait  regarder  comme 
fondateur  du  nouveau  monastère,  qu'il  honora  toujours  de 
sa  protection.  Il  le  choisit  pour  le  lieu  de  sa  sépulture;  et 
comme  il  .mourut  dans  un  voyage  de  la  Terre  Sainte,  son 
corps  y  fut  apporté  après  sa  mort.  Henri ,  son  second  fils, 
fit  plus  :  touché  de  la  vertu  de  ces  solitaires,  il  voulut  être 
un  d'entr'eux,  et  embrassa  la  vie  monastique. 

Pour  revenir  à  Robert,  tandis  qu'il  jouissoit  de  la  satisfac- 
tion qu'il  avoit  tant  désirée,  de  pouvoir  se  livrer  sans  réserve 
à  son  goût  pour  la  retraite  et  la  pénitence;  il  reçut  des  or- 
dres du  pape,  qui  l'obligèrent  de   retourner  à  Molême.  Il 

3  * 


XII  SIECLE. 


6  S.   ROBERT, 


obéit,  quitta  avec  douleur  ce  désert  qui  lui  étoit  si  cher; 
et  où  il  laissoit  des  compagnons  avec  lesquels  il  étoit  uni 
par  des  liens  si  étroits ,  et  se  rendit  auprès  de  ceux  qui ,  après 
l'avoir  obligé  de  les  abandonner,  le  contraignoient  de  re- 
venir. Mais  il  eut  la  consolation  de  les  trouver  plus  dociles, 
et  plus  disposés  à  écouter  ses  salutaires  avis.  Dès  ce  moment , 
Molême  cbangea  de  face;  et  le  même  esprit,  qui  souffloit  à 
Cîteaux,  s'étant  répandu  sur  cette  communauté,  elle  se 
soumit  à  tout  ce  que  voulut  et  ordonna  le  saint  abbé;  ensorte 
Mab.  an.  i.  69,  n.  qu'elle  devint  un  autre  Citeaux.  '  Ce  fut  en  l'an  4  099  que 
203-  Robert,    par   ordre  d'Urbain   II  et   du  légat  Hugues,   sortit 

Man.  ib.  n.  43.  de  Cîteaux ,  '  après  avoir  rempli  la  place  d'abbé  environ  un 
an,  pour  retourner  à  Molême,  qu'il  ne  quitta  plus.  Il  laissa 
à  Citeaux  sa  chapelle  et  tout  ce  qu'il  avoit  apporté  avec  lui, 
à  l'exception  de  son  bréviaire.  On  voit  encore  dans  le  trésor 
de  cette  abbaye  le  pseautier  de  saint  Robert,  qui  paroît 
avoir  été  fait  pour  l'usage  de  quelque  monastère  de  Flandre  : 
à  la  fin  de  chaque  pseaume  il  y  a  une  collecte.  Les  pseaumes 
sont  suivis  des  cantiques  qui  se  chantent  dans  les  offices  de 
l'Eglise,  de  plusieurs  prières  excellentes,  avec  l'oraison 
Dominicale  et  le  symbole  des  Apôtres. 

Seroit-il  permis  de  remarquer  ici,  que  les  religieux  de 
Molême,  quoique  coupables  de  résister  à  leur  saint  abbé, 
n'étoient  peut-être  pas  du  reste  aussi  criminels,  que  plu- 
sieurs écrivains  tant  anciens  que  modernes  les  représentent? 
Robert  du  Mont  ne  leur  reproche  aucun  désordre;  selon  lui, 
le  sujet  du  différend  entre  eux  et  S.  Robert,  étoit  que  l'abbé 
vouloit  les  obliger  à  abandonner  les  dixmes  et  les  oblations, 
à  vivre  du  travail  de  leurs  mains,  et  à  quitter  certains  ha- 
billemens.  Les  religieux  en  faisoient  difficulté,  soutenant 
que  les  choses  dont  on  vouloit  les  priver,  avoient  été  au- 
torisées en  occident  par  S.  Maur,  disciple  de  S.  Benoît,  S. 
Colomban^  S.  Odon,  et  qu'elles  étoient  en  usage  dans  les 
autres  monastères.  Si  la  dispute  ne  rouloit  que  là  dessus, 
comme  le  rapporte  un  auteur  célèbre,  il  pourroit  bien  y 
avoir  de  l'exagération  dans  la  peinture  que  quelques  écri- 
vains, et  M.  Baillet  en  particulier,  nous  font  de  ces  moines. 
N'a-t'on  pas  vu  arriver  dans  des  corps  très-respectables  de 
très-grandes  disputes,  pour  des  sujets,  qu'on  pourroit  dire 
très- frivoles? 


FONDATEUR  DE  MOLEME.  7      xn  siècle. 


'  L'annaliste  de  Cîteaux  prétend  que  c'est  une  erreur  gros-  *,anr3an- 1099>  c- 
siere  dans  l'auteur  de  la  vie  de  saint  Robert,  d'avoir  avancé 
que  ce  saint  après  son  départ  de  Citeaux,  pour  retourner  à 
Molême,  avoit  gouverné  les  deux  monastères;  et  qu'en 
cette  qualité  de  supérieur,  ou  de  père  de  celui  de  Citeaux, 
il  avoit  mis  successivement,  pour  le  conduire,  Alberic  et 
Etienne.  Ce  qui  est  faux  selon  Manrique;  parce  que  saint  Ro- 
bert n'a  point  mis  Alberic  à  la  tête  d'un  monastère  dont  il 
avoit  déjà  abandonné  le  soin.  Pour  ce  qui  est  d'Etienne, 
Robert  qui  étoit  mort  en  -H  00,  n'a  pu  en  \  109  le  substi- 
tuer à  Alberic.  Tel  est  le  raisonnement  de  Manrique;  mais  ce 
savant  annaliste  se  trompe  lui-même,  en  prétendant  que  saint 
Robert  est  mort  en  -H  00,  puisque  le  saint  abbé  de  Molême 
a  vécu  pour  le  moins  jusqu'en  \  \  09 ,  '  comme  nous  le  ver-  Mab  ann.  1.  69, 
rons  bientôt.  Ainsi  il  est  très-vraisemblable,  que  S.  Robert, 
même  après  avoir  quitté  la  supériorité  du  nouveau  monas- 
tère, n'en  abandonna  pas  totalement  le  soin  ;  puisqu'il  re- 
gardoit  ces  religieux  comme  ses  enfans,  et  qu'il  en  étoit 
regardé  comme  leur  père.  C'est  pourquoi  il  paroi t  que  ce 
fut  par  son  avis,  qu'ils  élurent  Alberic,  et  après  Alberic 
Etienne,  et  qu'il  eut  part  à  ce  qui  fut  fait  pour  affermir  le 
nouvel  établissement  ;  ensôrte  qu'on  peut  le  regarder  comme 
le  premier  auteur,  non-seulement  de  la  maison,  mais  de 
l'ordre  même  de  Cîteaux. 

'  Avant  que  de  continuer  ce  qui  nous  reste  à  dire  de  saint  Mab.  ib.  n.  îos. 
Robert;   nous  croyons  devoir  relever   ici  la   malignité  d'un 
écrivain ,  qui  jugeant ,  comme  l'on  dit  des  autres   par  lui- 
même,  a  eu  la  témérité  d'avancer,  que  saint  Robert,  après  Guili.    Maim.    de 
avoir  d'abord  embrassé  avec  chaleur  le  projet  de  réforme,  feS4;  ad.  an.  i°3,' 
s'en    étoit    bien-tôt   repenti  ;   et  qu'étant  accoutumé  à  une  Gu'lK  u" 
nourriture   délicate,  il  s'étoit   lassé  d'une  telle   manière  de 
vivre   :   c'est   pourquoi   les  moines  de    Molême  connoissant 
ses  dispositions ,   eurent  l'adresse ,   astu  quodam,  de  demander 
des  ordres  au  pape,   pour  obliger  de  revenir  à  Molême  leur 
abbé,  qui  ne  desiroit   autre  chose  :  Per  obedientiam   Papœ... 
volentem  cogentes.  C'estf  assez  d'avoir  rapporté  une  interpré- 
tation aussi    maligne,   pour   la  réfuter.   Ce    que  nous  avons 
dit   de  Robert,  sur  des  autorités  plus  respectables,  que  celle 
de  Guillaume  de  Malmerbury,   justifie  pleinement  ce  S.  abbé 
contre  un  pareil  reproche,  et  contre  celui  de  légèreté,  que  ses 


ï„  siècle.       »  S-  ROBERT, 


fréquens  changemens  pourroient  porter  à  lui  faire.  En  effet, 
s'il  quitta  Molême,  ce  ne  fut  que  par  le  désir  d'une  plus  grande 
perfection;  et  lorsqu'il  y  revint,  ce  fut,  non  par  inconstance, 
ni  par  d'autres  motifs  de  cette  nature;  mais  par  déférence 
pour  des  ordres  respectables,  auxquels  il  ne  pouvoit  résister, 
spic.  t.  4,  p^237.  L'an  \\Q\  ,  Hugues  I,  comte  de  Champagne,  et  Cons- 
Mab. ann.  1.  70,  n.  tance   gQn   ^p0use t  fiiie.de  Philippe   roi  de  France,   attirés 

par  la  réputation  de  Robert  vinrent  à  Molême  par  dévotion, 
accompagnés  de  plusieurs  grands  seigneurs,  et  y  laissèrent 
des  marques  de  leur  générosité ,  dont  l'acte  est  daté  de  l'an 
-I  -1  OH  ,  du  tems  de  Philippe  évêque  de  Troye,  de  Robert 
évêque  de  Langres,  et  de  Robert  premier  abbé  de  Mo- 
lême :  ce    qui    prouve  qu'il    n'étoit    point   mort  en  -H  00, 

Ad  an.  îioo,  c  2,    comme  le  conjecture  '  Manrique.    Il    ne    l'étoit    point    l'an 

n'  4' p' s  \\  04 ,    lorsque    Richard    évêque    d'Albane    tint    un    concile 

à  Troye  en    Champagne,    puisqu'on    trouve  le    nom  de  Ro- 

Mab.  ib.  n.  75.  bert  premier  abbé  de  '  Molême ,  parmi  les  abbés  qui  signè- 
rent une  charte,  par  laquelle  Hugues  comte  de  Champagne 
confirma   une   donation  qu'il   avoit    faite  l'année   précédente 

ib.  n.  76.  à   l'abbaye  de  Molême.  '  Après  le  concile   ce  prince   alla  à 

Molême,  où  il  fut  reçu  solemnellement  par  saint  Robert,  et 
il  y  fit  une  nouvelle  donation,  qu'il  confirma  l'an  \ -108, 
avant  son  voyage  de  la  Terre-Sainte.  Enfin  saint  Robert  vi- 
voit  encore  l'an  -H -10,  puisque  deux  abbés,  qui  avoient 
un  différend  entr'eux,  l'ayant  pris  pour  arbitre,  il  termina 
leur    querelle    par    un   jugement    rendu    à  Molême  l'an  de 

Mab.  ib.  l.  7i,  n.  l'Incarnation  \\ \ 0.  '  Ce  fut  une  des  dernières  actions  du 
saint   abbé,   qui    vrai-semblablement    mourut    cette    année, 

ib.  n.  100.  comme  le   marque  une  ancienne  chronique  de  Molême.  '  Il 

Bail.  29avr.  n'y  a  donc  point  d'erreur,   comme  le  prétend   M.   '  Baillet, 

de  faire  survivre  saint  Robert  au  bienheureux  Alberic.  Si 
Alberic  est  mort  en  4409,  et  saint  Robert  en  \ -HO,  as- 
surément saint  Robert  doit  avoir  survécu  à  Alberic.  En  sup- 
posant, avec  l'ancienne  chronique  de  Molême,  saint  Robert  né 

Mab. ib.  n.  îoo.  1  an  \ OH 8,  et  mort  l'an  \ -HO,  selon  la  même  chronique  saint 
Robert  auroit  été  âgé  de  92  ou  95  ans.  C'est  l'âge  que  la 
chronique  et  d'autres  monumens  de  Molême  lui  donnent. 
Quant  au  jour  de  sa  mort,  les  sentimens  ne  sont  pas  plus 
unanimes  que  sur  l'année.  Quelques-uns  la  placent  le  29 
d'Avril;    d'autres  le   \ 7  du   même     mois;   Henriquez,    M. 

Baillet, 


FONDATEUR  DE  MOLEME.  9       Xii  siècle. 


Baillet,  '  le  24   Mars.   Robert  lui  inhumé  dans  l'église  qu'il  Bail.  29  avr.   1 

.,    ,  a.-      1    •        «  im  j      1     i-    ■    i     it- Henr.  Menol.  Cist. 

avoit  bâtie  lui-même  en  1  honneur  de  la  Sainte  Vierge.  ad  diem  21  mart. 

L'éclat  des  miracles  que  Dieu  opéra  à  son  tombeau ,  et 
dont  l'information  fut  faite  par  les  ordres  d'Honorius  III, 
engagea  ce  pape  à  lui  décerner  un  culte  public.  Il  fixa  la  fête 
du  saint  au  M  Avril,  ce  qui  a  fait  croire  que  c'étoit  le 
jour  de  sa  mort.  '  Dom  Martenne  a  publié  les  actes  de  Anecd.i.  1,  p.  904. 
l'information  de  ses  miracles  faits  par  les  ordres  d'Honorius. 

g  II. 

SES  ECRITS. 

\  .  tL  est  surprenant  que  saint  Robert  ayant  fourni  une  si  lon- 
Ague  carrière,  et  remplie  de  tant  d'événemens,  qui  l'ont 
souvent  obligé,  soit  d'écrire  des  lettres,  soit  de  faire  des  ins- 
tructions, il  ne  nous  reste  aucune  production,  que  nous  puis- 
sions véritablement  assurer  être  de  lui.  Il  est  vrai  que  l'auteur 
de  la  bibliothèque  de  Cileaux  '  le  fait  auteur  de  plusieurs  ser-  De    Visch.    bibi. 

...  Cist    n  288 

mons  :  Scripsit  diversos  sermbnes  piissimos.  Nous  ne  dou- 
tons point  qu'un  abbé,  qui  avoit  autant  de  lumière  et  de 
zèle  que  Robert,  qui  a  gouverné  pendant  plus  de  trente- 
cinq  ans  l'abbaye  de  IMolemc,  où  certainement  il  avoit 
de  quoi  exercer  son  zelc,  n'ait  fait  différais  sermons  rem- 
plis de  piété,  non-seulement  dans  cette  abbaye,  mais 
encore  à  Colan,  à  Citeaux,  etc.  La  difficulté  est  de  pro- 
duire ces  sermons  ou  instructions,  et  de  faire  voir  par  des 
preuves  solides  que  saint  Robert  en  est  auteur. 

2.  Il  en  est  de  même  des  lettres.  On  ne  peut  douter, 
que  Robert  n'en  ait  écrit  plusieurs  dans  tant  d'occasions, 
où  il  paroît  qu'il  a  dû  le  faire.  On  en  produit  même  quel- 
ques-unes :  mais  sur  quelle  autorité?  Sur  celle  d'un  auteur 
Portugais,  qui  vivoit  dans  le  dernier  siècle,  et  est  mort 
l'an  4  647,  auteur  d'ailleurs,  qui  à  la  vérité  ne  manque 
pas  de  talent  pour  écrire,  mais  sur  la  fidélité  duquel  il 
n'y  a  pas  beaucoup  à  compter  :  c'est  l'idée  que  l'annaliste 
de  Citeaux  nous    donne  lui-même  de  l'écrivain  Portugais  : 

'  Brito    Lusitanus,  dit-il,   nec  pudendus  auctor,  si  tantum  introd.    ad  ann. 
fide  polleret,  ac  stylo  prœstat.  Usl  c" 3' n" 8>  p" 5" 

'  Ce  Brito  nous  a  donné  une  lettre,  qu'il  prétend  avoir  été  Brit.  1. 1,  c  3. 
écrite  par  saint  Robert ,  et  portée  par  saint  Etienne  à  Eudes 

Tome  X.  B 


xa  SIECLE. 


*0  S.  ROBERT, 


Ad  an.  1098,  c.  î,  Duc  de  Bourgogne;  lorsqu'ils  prirent  la  résolution  de  s'é- 
n.6.  et  7,  p.  7.  t a  1>  1  î î'  dans  la  forêt  de  Citeaux.  Manrique,  qui  a  cru  devoir 
rapporter  cette  lettre  avec  la  réponse  du  prince  dans  ses 
annales,  a  soin  d'ajouter,  qu'il  n'y  a  pas  de  sûreté  à  s'en 
rendre  garant  :  Sed  nec  tutum  pro  eis  fuie  jabere.  Nous  ne 
croyons  pas  qu'il  y  ait  plus  de  sûreté  à  garantir  l'autenti- 
cité  d'une  autre  lettre  que  saint  Robert,  de  retour  à  Mo- 
leme,  écrivit  à  ses  frères  de  Cîteaux,  pour  leur  témoi- 
gner la  vive  douleur  qu'il  ressentoit  d'être  séparé  d'eux. 
Henr.  p.  u.  '  Henriquez  ,   dans  son   Fasciculus ,    et    Manrique   dans   ses 

Manr.  ad  an.  noo,  annales',  la  rapportent  d'après  le  même  Bernard  Brito,  qui 
dit  l'avoir  trouvée  avec  plusieurs  autres  lettres  de  s.  Robert. 
Mais  le  style  qui  n'a  rien  de  la  gravité  qui  convient  à  un 
homme  aussi  avancé  en  âge,  que  l'étoit  alors  Robert,  suf- 
firoit  seul  pour  la  rendre  suspecte. 
Lipen,  bibi.  thooi.  5.  Lipen  attribue  à  saint  Robert  une  chronique  de  Cî- 
1. 1,  p.  299.  teaux,  continuée  par  saint  Bernard  abbé  de  Clairvaux,  pu- 

bliée à  Cologne  l'an  H 61 4 ,  par  Aubert  le  Mire,  in-S". 
C'est  ce  qu'on  appelle  le  petit  exorde  de  Citeaux,  dont 
nous  parlerons  dans  l'article  de  saint  Etienne,  à  qui  on  l'at- 
tribue ordinairement.  Ignace  Firmino,  abbé  de  Fitero 
dans  la  Castille,  qui  a  le  premier  publié  cet  ouvrage, 
prétend  qu'il  a  été  composé,  tant  conjointement  que  suc- 
cessivement par  les  trois  premiers  abbés  de  Citeaux,  saint 
Robert,  le  B.  Alberic,  et  saint  Etienne;  de  manière  que  les 
neuf  premiers  chapitres  ont  pour  auteurs  saint  Robert  con- 
jointement avec  Alberic  et  Etienne;  les  huit  chapitres  sui- 
vants ont  été  faits  par  Alberic  et  Etienne;  et  enfin  le  reste 
par  Etienne  seul.  Ignace  Firmino  fonde  sa  prétention  sur 
ces  paroles  du  prologue,  qui  commence  ainsi  :  Nos  Cister- 
cienses  primi  hujus  ecclesiœ  fundatores ,  successoribiis  nostris 
stylo  prœsenti  notificamus  quàm  canonicè,  quanta  autori- 
tate,  à  quibus  etiam  personis,  quibusqtie  temporibus,  cœno- 
Hanr.  ad  an.  1120,  bium  et  ténor  vitœ  illorum  exordium  sumpserit,  etc.  '  Mais 
seq'  l'annaliste  de  Citeaux  prouve  solidement,  que  cette  préten- 
tion est  insoutenable;  et  que  l'ouvrage,  dont  il  s'agit,  n'a 
été  écrit  que  sous  le  gouvernement  de  saint  Etienne  vers  l'an 

Henr.  app.  ad  no-      '  Si  saint  Robert  étoit  auteur  des  premiers  chapitres  de  cet 

nieiicl.  Cisl.  c.  4,     -     •.      •■  -,  ,/,,.»  .      ...        i,  i ,  » 

p.  27.  écrit,  il  ne  se  seroit  pas  donne  a  lui-même  le  titre  d  abbe 


FONDATEUR  DE  MOLEME.  M 


XII  SIECLE. 


à'heureuse  mémoire,  beatœ  memoriœ  Robertus.  D'ailleurs 
cette  expression  n'est  pour  l'ordinaire  en  usage  que  lors- 
qu'on parle  d'une  personne  qui  est  niorte. 

M.  '  de  Villefore  fait,  dans  la  vie  de  saint  Bernard,  un  bel  vie  de  s.  Bernard, 

,.,.„,  i     -,     •  ,       •    •      par    Villefore,   p. 

éloge  de  saint  Robert,  que  nous  souhaiterions  rapporter  ici.  23-31. 
Il  est  trop  long  pour  être  transcrit  en  entier;  et  trop  beau 
pour  ne  l'être  qu'à  demi.  C'est  pourquoi  nous  nous  con- 
tentons de  l'indiquer,  ainsi  que  la  grande  collection  des  Bol- 
landistes,  où  l'on  trouvera  au  29  d'Avril,  non-seulement 
ce  qui  regarde  la  personne  de  saint  Robert,  mais  encore  de 
grands  détails  sur  les  premières  années  de  Cîteaux. 


ILDEBOLD, 

COMPAGISOK    DE    S.    ROBERT. 

ILdebold    mérite    d'avoir  une   place   dans   notre    histoire, 
et   d'être    joint    au    saint    abbé,   dont    il     a  été    un  des 
plus    fidèles  disciples.   Il  fut   un   des  premiers   religieux  de 
Cîteaux,  et  sans  doute  un  des  compagnons  de  saint  Robert, 
lorsqu'il   sortit  l'an    -1098  de  Moleme,   pour  aller   s'établir 
dans  la  forêt  de  Cîteaux.  '  Le  choix  que  le  B.   Alberic  fit  Manr.  ann.  nst.  ad 
de  lui  l'an  M  00 ,  pour  l'envoyer  avec  un  autre  de  ses  re-  î£.'       '  n'    '  p- 
ligieux    nommé  Jean,    solliciter   auprès   du    pape   Pascal    la 
confirmation  de  l'établissement  de  Cîteaux,   fait   son  éloge; 
et  le   succès  de  cette  députation   justifia  l'opinion  qu'Albe- 
ric  avoit  de  son   mérite  et  de  son   talent.  '   L'annaliste  de  n>.  ad  an.  noi,  c 
Cîteaux  ne  doute  pas  qu'Ildebold  n'ait  eu  part  aux  premiers    '       ' p" 
statuts   de   l'ordre,    attribués    à    Alberic,    qui    les  fit  l'an 
•M  0-1.  Nous  ignorons  l'année  de  sa  mort.  S'il   est  le  même 
que    cet    ancien    religieux    de    Cîteaux,    nommé    Elbodon , 
qui  accompagna  S.  Bernard,  lorsqu'il  alla  recevoir    la   bé- 
nédiction  abbatiale    à    Châlons-sur-Marne ,  il    auroit    vécu 
pour  le  moins  jusqu'à  l'an  1115;  puisque  ce  fut  eette  année 
que  le  saint   Abbé   fut  béni  par  Guillaume  de  Champeaux. 


Bij 


XII  SIECLE. 


12  GUILLAUME  DE  CHESTER, 

GUILLAUME  DE  CHESTER, 

En  Angleterre. 

Lei.c.  134.  i  Bal.  i^vioiQCE   '   Leland ,    Balé   et    Pitsée,    comptent  Guillaume 

w£!'p^iw.  **'  '  ^moine  de  Chester  parmi  les  écrivains  Anglois,  selon 
leur  usage  de  faire  honneur  à  leur  pays  de  tous  les  savans 
qui  y  ont  vécu  de  quelque  manière  que  ce  soit,  il  y  a 
beaucoup  plus  de  sujet  de  croire  qu'il  étoit  Normand 
ou  François.  Sans  parler  de  son  nom,  qui  l'insinue  as- 
sez, il  paroît  certain  qu'avant  de  passer  en  Angleterre, 
il  avoit  été  moine  du   Bec,  et  un  des  disciples  de  saint  An- 

Mab.  ann.  i.  es,  selme.  '  Pour  cela,  il  faut  remarquer,  que  le  monastère  de 
Chester,  dédié  sous  l'invocation  de  sainte  Walburge,  qui 
dans  son  origine  étoit  un  monastère  de  religieuses,  avoit 
été  détruit,  et  n'étoit  plus   en   4  092   qu'un  petit  chapitre 

ib:n. 33.  de  chanoines.   '  Alors  Hugues,  comte  de   Chester,  qui  dé- 

siroit  de  fonder  une  abbaye  dans  ses  terres,  s'adressa  à 
saint  Anselme,  le  priant  de  passer  en  Angleterre,  pour  choi- 
sir lui-même  le  lieu  ;  et  il  fit  tant  par  ses  instances,  qu'il 
engagea  le  saint  abbé  de  venir  le  trouver ,  malgré  la  ré- 
pugnance qu'il  avoit  de  faire  ce  voyage.  La  répugnance  de 
saint  Anselme  étoit  fondée  sur  ce  qu'il  craignoit,  en  passant 
en  Angleterre,  qu'on  ne  jettàt  les  yeux  sur  lui  pour  rem- 
plir le  siège  de  Cantorbéri;  ce  qui  arriva  effectivement. 
Saint  Anselme  s'étant  donc  chargé,  à  la  prière  du  comte  de 
Chester,  de  former  un  monastère,  rétablit  celui  de  sainte 
Walburge,    y   envoya   une  colonie  du   Bec,   et    en   établit 

Ans.  1. 3,  ep.  49.  premier  abbé  Richard  religieux  de  son  abbaye.  '  Saint  An- 
selme, dans  une  lettre  qu'il  écrivit  depuis  aux  religieux 
de  Chester,  se  félicite  de  la  part  qu'il  avoit  eue  à  cet  éta- 
blissement, et  de  ce  que  Dieu  s'étoit  servi  de  lui  pour  leur 
donner  Richard,  qu'il  appelle  son  cher  fils. 

Lorsque  saint  Anselme  fut  fait  archevêque  de  Cantorbéri; 

ib.  i.  a,  ep.  34.  ce  qui  arriva  le  25  septembre  de.  l'an  -1095,  '  Guillaume 
fit  à  sa  louange  un  poëme  qu'il  lui  envoya  ;  et  en  reçut 
une  lettre,,  dans  laquelle  le  saint  prélat  répond  avec  une 
extrême  modestie  aux    louanges    que    Guillaume    lui    avoit 


EN  ANGLETERRE.  15       mnaAm 


données.  «  Un  ami,  lui  dit-il,  ne  s'apperçoit  pas  des  dé- 
»  fauts  de  celui  qu'il  aime,  ou  il  les  regarde  comme  fort  lé- 
»  gers.  Au  contraire,  il  voit  souvent  en  lui  du  bien  qui  n'y 
»  est  point;  et  il  exagère  celui  qui  y  est.  Lorsque  c'est  la 
»  charité  qui  fait  ainsi  juger,  il  ne  faut  pas  pour  cela  rece- 
»  voir  l'erreur,  en  considération  de  l'amitié;  ni  mépriser  l'a- 
»  mitié,  à  cause  de  l'erreur  dans  laquelle  elle  tombe.  Mais 
»  il  faut  entretenir  l'amitié  de  telle  sorte  qu'on  corrige  l'er- 
»  reur;  et  chasser  l'erreur,  en  conservant  l'amitié.  Je  vous 
»  remercie  donc,  dit  l'humble  prélat,  de  ce  que  vous  m'ai- 
»  mez  tel  que  vous  me  dépeignez;  et  je  vous  prie  de  ne 
9  me  pas  croire  tel";  et  de  prier  plutôt  Dieu  de  me  rendre 
»  tel  que  vous  m'aimez  et  que  vous  croyez  que  je  suis.  >  Saint 
Anselme  remercie  cependant  Guillaume  de  ses  vers,  et 
ajoute  que,  comme  ils  sont  l'effet  de  sa  charité,  qui  mé- 
rite sa  récompense  (a),  il  lui  envoyé  de  la  prose  pour  ses 
vers,  et  une  exhortation  pour  ses  louanges. 

Cette  lettre  est  une  des  premières  que  saint  Anselme  écri- 
vit depuis  qu'il  fut  placé  sur  le  siège  de  Cantorbéri;  ainsi 
le  poëme  lui  fut  adressé  peu  après  son  sacre.  '  Quoique  Fa-  Fabr.  i.  i  mm. 
bricius  supose  que  saint  Anselme  a  adressé  plusieurs  lettres  à  ™ià\. 
Guillaume  de  Chester,  nous  n'avons  point  de  preuves  cer- 
taines qu'il  lui  en  ait  écrit  d'autres  que  celle-ci,  dans  la- 
quelle il  le  qualifie  son  très-cher  fils. 

Après  la  mort  de  saint  Anselme,  Guillaume  fit  un  autre 
poëme  de  plus  de  200  vers  élégiaques,  en  l'honneur  de 
ce  saint  prélat  :  M.  Baluze  '  a  publié  l'un  et  l'autre  dans  le  Baluz.  t.  4  mise 
quatrième  volume  de  ses  Miscellanea.  La  poésie  n'en  est  p  e  8eq' 
pas  des  meilleures;  mais  elle  est  cependant  au-dessus  de 
celle  de  la  plupart  des  poêles  de  ce  siècle.  On  auroit  pu 
placer  Guillaume  à  la  suite  de  saint  Anselme,  auquel  il  a 
survécu;  mais  nous  ne  savons  de  combien  d'années, 
n'ayant  rien  de  certain  sur  sa  mort. 


(a)  Quoniam  autem  opus  earilalis  non  débet  esse  sine  relribulione ;  pro  car- 
minibus  prosam,  pro  laude  reddo  exhortationem. 


IHS.ECLE.      «  ETIENNE, 


ETIENNE, 

Abbé  de  Notre-Dame  d'Yorck. 

Etienne,  abbé  de  Vitteby,  et  ensuite  «le  Notre-Dame 
d'Yorck  en  Angleterre,  '  nous  apprend,  qu'étant  dans  le 
monde,  il  étoit  lié  d'une  étroite  amitié  avec  le  comte  Alain, 
fils  d'Eudes,  ou  Odon  duc  de  Bretagne.  Une  telle  liaison 
avec  un  prince  François,  donne  lieu  de  croire  qu'Etienne 
étoit  lui-même  François,  soit  bas  Breton,  soit  Normand. 
Nous  pouvons  encore  appuyer  cette  conjecture  sur  ce  que 
les  naturels  du  pays  étoient  presque  tous  exclus  des  dignités 
ecclésiatiques  dans  le  temps  qu'Etienne  fut  élu  Abbé.  Si 
toutefois  ces  conjectures  ne  paroissent  point  solides,  nous 
consentons  de  restituer  aux  Anglois  l'abbé  Etienne. 

Avant  que  d'embrasser  l'état  religieux,  Etienne  qui, 
comme  nous  l'avons  dit,  étoit  fort  lié  avec  Alain  de  Bre- 
tagne, accompagnoit  ce  seigneur,  soit  à  la  cour,  soit  dans 
les  terres  qu'il  avoit  aux  environs  d'Yorck.  Mais  bientôt 
Dieu   lui   fit  connoître  le  danger  où    il    étoit  de   se  perdre 

ibid. p. 384, coi.  1.  dans  le  monde.  '  Fidèle  au  premier  attrait  de  la  grâce,  il 
brisa,  quoique  avec  peine,  les  liens  qui  l'y  retenoient,  et 
se  retira  à  Vitteby,  solitude  du  diocèse  d'Yorck,  très-cé- 
lèbre autrefois  par  deux  monastères,  l'un  de  religieux,  et 
l'autre  de  religieuses;  mais  qui  étoient  alors  l'un  et  l'au- 
tre réduits  à  rien  par  les  incursions  des  Danois,  et  enseve- 

Mabiii.  ann.  t.  5,  lis  sous  les  ruines  qu'avoient  causées  ces  barbares.  '  Guil- 
laume baron  de  Percy,  seigneur  du  lieu,  l'avoit  abandonné 
à  un  saint  liomme,  nommé  Reinfrid,  brave  officier,  qui 
avoit  été  au  service  de  Guillaume  le  Conquérant  :  Rein- 
frid y  avoit  déjà  rassemblé  quelques  solitaires,  avec  les- 
quels il  menoit  une  vie  sainte,  et  qu'il  gouvernoit  sous  le 
titre  de  prieur,  lorsqu'Etienne  vint  se  jetter  entre  ses  bras. 
'  Reinfrid  lui  donna  l'habit  religieux  l'an  \  078 ,  qui  étoit  le 
douzième  du  régne  de  Guillaume  le  Conquérant;  et  peu 
de  tems  après  il  lui  confia  l'administration  du  temporel. 
Etienne  s'acquitta  de  cet  emploi  avec  tant  de  sagesse,  que 


ABBÉ  DE  NOTRE-DAME  D'YORCK.  45 


XII  SIECLE. 


Reinfrid  voulut  encore  se  décharger  sur  lui  du  soin  du  spiri- 
tuel, et  le  fit  élire  abbé.  Etienne  après  avoir  longtems 
refusé,  se  rendit  enfin,  à  la  sollicitation  de  Lanfranc 
archevêque  de  Cantorbéri,  et  de  Thomas  archevêque 
d'Yorck;  et  il  y  fut  même  forcé  par  les  ordres  du  roi. 

Elienne  travailla  avec  succès  à  remettre  les  terres  en 
valeur,  à  rétablir  la  discipline  monastique,  et  à  cultiver 
les  lettres  '  .   Mais  le  Baron  de  Pcrcv  voyant  l'état   floris-  cent.  Magd.  cent. 

.1  ..  ,.,  .,  ,  ,     ,     .'  ,    „    •     e    ■  i  11.  c.   10.  p.  (i49. 

sant  de  ce  lieu  qu  il  avoit  accorde  lui-même  a  Reintrid,  en 
conçut  de  la  jalousie;   et  se  repentant  de  l'avoir   donné,    il 
traversa    en.  toute    occasion   les   desseins    d'Etienne,    pour 
l'obliger  de  quitter.   '  Le    pieux   abbé    eut  encore  beaucoup  Monast.  Angi.  in. 
à  souffrir  des  incursions  des  pirajes  et  de  quantité  de  bri-  v"    ' 
gands  qui  ravageoient  le    pays.  S'étant   assemblés,    ils   fon- 
dirent une  nuit  sur  le  monastère,   le    pillèrent,  mirent   les 
religieux    en    fuite,    et    en    enlevèrent    quelques-uns.    Tant 
de    vexations   portèrent    l'abbé  Etienne  à    avoir    recours  au 
roi  et  à  lui  exposer  sa  triste  situation.  '  Le  roi  en  fut  tou-  uabiii.  ami.  t.  5, 
ebé,    et  lui  donna  la   permission  de    se  retirer  dans  u\\  lieu  p' 
appelle  Lestingham,  qui  éloit   du  domaine  de  la  couronne, 
et  peu  éloigné  de  Vitteby.  Ce  lieu  avoit  été  autrefois  habi- 
té par  un   grand  nombre  de  saints  religieux.   Etienne  après 
avoir    commencé    à    en    relever   les  ruines,   et  avoir  élevé 
quelques  bâtimens  pour  lui  servir  d'asile,   se  fit   consacrer 
abbé  de  son    nouveau   monastère,   afin  que  lui  et  ses  reli- 
gieux pussent    s'y   retirer,    et  y  vivre  tranquillement   sous 
la  protection  du  Roi. 

Guillaume  de  Percy  continuoit  de  vexer  les  solitai-  Monast.  Angt.  p. 
res  de  Witteby,  et  mettoit  tout  en  œuvre  pour  les 
forcer  d'abandonner  ce  lieu.  En  vain  Etienne  eut  recours 
aux  magistrats  et  aux  officiers  du  roi,  pour  arrêter  les 
violences  de  ce  seigneur.  Voyant  donc  que  toutes  ses  dé- 
marches étoient  inutiles,  il  passa  la  mer,  et  vint  implorer 
le  secours  du  roi ,  qui  étoit  alors  en  Normandie.  Ayant 
obtenu  ce  qu'il  demandoit,  il  repassa  en  Angleterre;  mais 
il  ne  jouit  pas  longtems  de  la  paix  qu'il  desiroit.  Le  ba- 
ron de  Pcrcy  n'en  devint  que  plus  furieux;  et  ayant  enfin 
chassé  Etienne,  il  s'empara  du  terrein.  Ces  pieux  solitai- 
res se  retirèrent  à  Lestingham,  '  où  ils  furent  continuelle-  ibid.  p.  385,  coi.  î. 
ment  assaillis  par  des  brigands  qui  pilloient  et  ravageoient 
tout. 


III  SIECLE. 


46 


ETIENNE, 


ii.i.i 


Etienne  ne  sachant  plus  quel  parti  prendre,  alla  répan- 
dre son  cœur  auprès  du  comte  Alain ,  son  ancien  ami ,  et 
lui  fit  le  détail  de  toutes  les  persécutions  et  les  violences 
qu'il  avait  souffertes.  Ce  seigneur  touché  de  compassion, 
offrit  au  pieux  abbé  l'église  de  saint  Olaw ,  qu'il  avait  au- 
près de  la  ville  d'Yorck,  et  lui  conseilla  de  s'y  établir 
après  en  avoir  obtenu  la  permission  du  roi.  Alain  ajouta 
à  ce  don  quatre  acres  de  terre  pour  y  bâtir  un  monastère. 
Le  Roi  agréa  ce  nouvel  établissement;  et  y  consentit  d'au- 
tant plus  volontiers,  que  la  ville  étant  alors  dans  un  grand 
débordement,  il  espéroit  que  l'exemple  des  saints  solitai- 
res pourroit  adoucir  les  mœurs  barbares  des  habitans  ac- 
coutumés à  répandre  le  sang. 

Il  y  eut  encore  de  nouvelles  difficultés  au  sujet  de  cet 
établissement.  Thomas  archevêque  d'Yorck  prétendit 
que  les  quatre  acres  de  terre  relevoient  de  son  église,  et 
qu'Etienne  ne  pouvoit  les  tenir  légitimement  d'une  puis- 
sance séculière.  Cette  contestation  fut  portée  à  Londres 
devant  le  roi  et  toute  la  cour  :  le  comte  Alain  y  défen- 
dit son  droit;  mais  l'archevêque  refusa  de  se  rendre  à  ses 
raisons,  et  le  roi  pour  terminer  le  différend  promit  de 
donner  au  prélat  une  autre  terre  en  échange.  Ce  fut  ainsi 
qu'Etienne  s'établit  à  saint  Olaw.  Guillaume  le  Conquérant 
mourut  dans  ces  entrefaites,  au  mois  de  septembre  4  087, 
laissant  pour  successeur  Guillaume  le  Roux,  qui  eut  pour 
l'abbé  Etienne  la  même  bonté  qu'avoit  eu  son  père.  Ce 
prince  étant  venu  tenir  à  Yorck  son  parlement,  pour  ré- 
,  gler  les  affaires  de  l'état,  il  alla  voir  Etienne  à  saint  Olaw; 
et  ayant  trouvé  qu'il  étoit  trop  à  l'étroit,  il  lui  donna  un 
fond  pour  y  bâtir  une  nouvelle  église ,  et  des  revenus  pour 
l'entretien  des  religieux,  qu'il  affranchit  pour  toujours  de 
toute  imposition.  Le  comte  Alain  donna  aussi  le  bourg 
qu'il  possédoit  près  de  la  ville;  et  se  dépouillant  de  tous 
ses  droits,  il  mit  le  monastère  sous  la  protection  du  roi, 
le  priant  d'en  être  lui-même  le  défenseur  et  le  protecteur. 
Ce  généreux  ami  de  l'abbé  Etienne  ne  survécut  que  peu 
de  temps  à  cette  donation ,  étant  mort  la  même  année  que 
ceci  se  passa,  c'est-à-dire  en  4  088. 

L'année  suivante  le  Roi  Guillaume  le  Roux  tenant  son 
parlement   à  Yorck,    confirma,  à  la  prière  d'Etienne  comte 

de 


n. ht. 


p.  V57. 


Monast.  Angl.  1. 1 
p.  388,  col.  1. 


ABBE  DE  NOTRE-DAME  D'YORCK.  47       wsiecle. 

de  Richemont,  la  fondation  faite  la  précédente  année,  et 
posa  la  première  pierre  de  la  nouvelle  église,  sous  le  titre 
de  Notre-Dame  d'Yorck.  Tel  fut  le  commencement  de 
ce  monastère. 

Etienne  le  gouverna  avec  beaucoup  de  sagesse  et  de  pru- 
dence.   '   Il  excelloit  surtout  dans  cette  vertu,  et  en  donna  Mat>.   ann.   Ben. 
une  grande  preuve  vers  l'an  4096,  dans  la  commission  dé-  p.  n;'i  «»,  n.  46,' 
licate,    dont   le   roi   d'Angleterre    le  chargea   à  l'égard  de  p-371 
l'abbé  de  Selebie.    Cet   abbé  étoit   Benoît,    moine   François 
de  l'abbaye  de  saint  Germain  d'Auxerre,   qui   étant   passé 
en  Angleterre,  y  avoit  construit  un  monastère,  avec  l'aide 
d'Hugues    vicomte    d'Yorck,    et    l'agrément    de   Guillaume 
le  Conquérant.  Il  y  avoit  aussi  bâti  une  église  sous  le  nom 
de  saint  Germain  d'Auxerre,  dans  laquelle  il  mit  un  doigt 
de  ce  saint,   qu'il  avoit  enlevé  furtivement  d'Auxerre 

Benoît  ayant  excité  contre  lui  la  haine  et  l'indignation  de 
tous  ses  religieux,  par  la  cruauté  avec  laquelle  il  en  punit 
deux  qui  s'étoient  enfui,  emportant  avec  eux  une  somme 
d'argent  qu'il  avoit  amassé  pour  les  besoins  du  monas- 
tère; le  roi  informé  de  l'action  barbare  de  l'abbé  de  Se- 
lebie, chargea  Etienne  de  l'arrêter  et  de  le  tenir  sous  bonne 
garde,  jusqu'à  ce  qu'il  en  eût  ordonné  Etienne  ayant  reçu 
ces  ordres  du  roi,  rencontra,  comme  il  s'en  revenoit  à  la 
maison,  l'abbé  de  Selebie,  et  l'ayant  salué  poliment,  il 
lui  témoigna  la  peine  qu'il  avoit  d'être  chargé  d'une  com- 
mission telle  qu'il  l'avoit  reçue  de  la  part  du  roi;  et  ajouta 
qu'il  avoit  ordre  exprès  de  l'arrêter.  Aussi-tôt  Benoît  arra- 
cha son  bâton  pastoral  de  la  main  d'un  domestique  qui  l'ac- 
compagnoit;  et  s'étant  écarté,  il  dit  avec  menaces,  que 
quiconque  oseroit  s'approcher  vde  lui,  auroit  sujet  de  s'en 
repentir.  L'abbé  Etienne  ne  fit  que  sourire;  et  en  homme 
sage  et  prudent,  il  laissa  aller  Benoît,  et  revint  chez  lui. 

'En    4-104,    l'abbé    Etienne   se    trouva    à  Durham   avec  Mabs  t  s,  ann.  i. 

,      .  „    .  ,,   ,  .  .       ,  ,.  70.  n.91.  p.  473. 

plusieurs  prélats,  abbes  et  moines,  qui  s  y  rendirent  pour 
voir  le  corps  de  S.  Cutlibert,  mort  plus  de  400  ans  aupara- 
vant, et  qui  néanmoins  s'étoit  conservé  jusques  là  sain  et 
entier.  On  trouva  encore  le  corps  de  ce  saint  dans  le  même 
état,  sous  le  régne  de  Henri  VIII  en  4537. 

Etienne  gouverna  le  monastère  de  Notre-Dame  d'Yorck 
pendant  24  ans;  c'est-à-dire  depuis  4088,  que  cette  ab- 

Tome  X.  C 


xu  siècle.      '»  GISLEBERT, 

baye  fut   fondée,   jusqu'à  l'an   4W2 ,   qui   fut  celui   de   sa 
Mon.  Angi.  t.  i,  mort,  comme  il  est  marqué  dans  la  liste  des  abbés  '  de  ce 

monastère. 
Hist.  Ecci.  Angiic.  Harpsfeld  '  témoigne  dans  son  histoire  ecclésiastique 
d'Angleterre,  qu'Etienne  travailla  avec  succès  au  rétablis- 
sement de  la  discipline  monastique,  qui  avoit  été  entière- 
ment détruite  par  les  funestes  incursions  des  Danois ,  et 
qu'il  composa  un  écrit  sur  les  moyens  de  réussir  à  la  réta- 
blir. Cet  écrit  ne  nous  paroit  être  autre  chose  que  sa  rela- 
tion touchant  la  fondation  du  monastère  de  Notre-Dame 
d'Yorck,  qui  se  trouve  imprimée  dans  le  Monasticon  Ax- 
glicanum,  tome  I,  p.  584  et  suivantes.  Cette  histoire 
est  écrite  en  style  du  tems',  mais  avec  beaucoup  de  nette- 
té, de  candeur  et  de  piété.  L'auteur  y  fait  le  détail  de 
toutes  les  traverses  qu'il  eut  à  essuyer,  pour  rétablir  le  mo- 
nastère de  Vitteby,  et  pour  fonder  celui  de  Notre-Dame 
d'Yorck  ;  ce  qui  fait  comme  deux  parties  de  cette  petite 
histoire.  C'est  apparemment  ce  qui  a  donné  occasion  à  Boston 
centur.  Magdeb.  et  aux  Centuriateurs  de  Magdebourg  '  après  lui ,  d'attri— 
p.  6Ï9.   '  '  buer   deux  écrits  différens  à  l'abbé  Etienne ,  quoi  qu'il   n'y 

en  ait  réellement  qu'un ,  qui  traite  du  rétablissement  de 
Vitteby  et  de  la  fondation  du  monastère  de  Notre-Dame 
d'Yorck. 


GISLEBERT, 

EVESQUE     D'EVRECX. 

Mab  aci.B  t.  a,   /^(islebert,     évêque    d'Evreux,     étoit    un    prélat    de    son 

p.  J55,  n.  20.  I  T    •  '    1  j-   ...  »  .         i  ,-.. 

v-"  siècle,  distingue  par  sa  vie  edihante  et  ses  lumières  : 
Vir  honestœ  vitœ,  magnœque  litteràrum  scientiœ.  Cependant 
quelque  versé  qu'il  fut  dans  les  lettres,  aucune  produc- 
tion de  sa  plume  n'est  parvenue  jusqu'à  nous;  nous  ne 
connoissons  même  de  lui  que  l'oraison  funèbre  de  Guil- 
Duchesne  Hi^t.  laume  le  Conquérant,  dont  Ordric  Vital  '  parle  d'une  ma- 
nierequi  porte  a  croire  qu  il  l'avoit  lue,  et  qu'ainsi  elle  exis- 
toit  de  son  temps.  C'étoit,  selon  le  témoignage  de  cet 
historien,  un  discours  fort  éloquent,  dans  lequel  l'o- 
rateur  fit   un    grand    détail   de    la    vie,    de   la    piété,    des 


EVESQUE  D'EVREUX  .  19 


XII  SIECLE. 


belles  qualités,  et  des  grandes  actions  du  conquérant  de 
l'Angleterre.  Après  avoir  loué  ce  héros  sur  ses  exploits , 
sa  justice,  sur  la  paix  profonde  qu'il  avoit  établie  dans  tous 
les  pays  de  sa  domination;  il  finit  en  conjurant  toute  l'as- 
semblée de  lui  accorder  le  secours  de  leurs  prières.  Le 
même  prélat  avoit  fait  plusieurs  années  auparavant  la  céré- 
monie des  obsèques  du  B.  Herluin  abbé  du  Bec,  mort  l'an 
1078.  '  Mais  nous  ne  voyons  pas  qu'il  ait  fait  de  discours  Mat>.  ib.  p.  364. 
en  cette  occasion.  Ce  fut  lui  qui  bénit  saint  Anselme  succes- 
seur du  B.  Lanfranc.  Ce  saint  Abbé  ayant  été  élu  arche- 
vêque de  Cantorbéri,  il  écrivit  une  grande  lettre  à  notre 
prélat,  '  pleine  de  témoignages  d'estime  et  de  reconnois-  Ans.  i  3.  ep.  10. 
sance  pour  toutes  les  bontés  qu'il  avoit  eues  pour  lui.  Il  le 
prévient  contre  les  faux  bruits,  que  des  personnes  mal 
intentionnées  pourroient  répandre  au  sujet  de  son  élection, 
et  lui  recommande  sa  chère  abbaye  du  Bec,  que  j'ai  plus 
aimée  dit-il,  et  que  j'aime  plus  que  la  vie  de  mon  corps: 
Quam  plusquam  vitam  corporis  met  dilexi,  et  diligo.  Gisle- 
bert  mourut,  non  l'an  1114,  comme  le  marque  Robert  du 

Mont,  '  mais   l'an  1112.  Rob.  ad. an. nu. 

Bess.  conc.  Nor. 

p.  375. 

* 

MILON,    CARDINAL, 

EVESQCE    DE    PALESTRINE. 

[ilon,  cardinal,  évêque  de   Palestrine,   avoit  fait  pro-  Mab.  opusc.  t.  3, 
fession  de  la   régie  de  saint  Benoît  dans  l'abbaye  de  l'G™\  2/et '3'""' 
saint  Aubin  d'Angers,  où  il  véquit  quelque  temps  avec  saint  Monastic.    GaUic. 
Gérard  religieux   de    la  même  Abbaye,   célèbre    par   sa  pé-  dég.'apud  Labne, 
nitence  et   sa  sainteté.    Son  abbé  l'ayant  envoyé  l'an   -1095  '' 2' 1)lbl'  p   "J<<' 
à  Rome  avec  Girard  prieur  de  saint  Etienne,  le  pape  Urbain 
II  connut  bientôt  son  mérite,   et  ne  tarda  pas  à  lui  donner 
des  marques  de  son   estime.   Il  le   créa  cardinal  évêque  de 
Palestrine,   et  l'envoya  en  France  pour   extirper  la  simonie. 
Il   se   trouva   l'an   1095  au   concile  de    Clermont,   auquel 
présidoit  le  même   pape,  et  l'accompagna  à  Angers.   Après 
la    mort   d'Urbain  II,   arrivée   l'an  1099,    Pascal  II,    son 
successeur,  continua  à  Milon  la  dignité  de  légat  en  France, 
où  il  l'envoya  l'an   1103,   pour  terminer   le  différend    qui 


Mi 
f 


XII  SIECLE. 


•20  BERNARD  II, 


s'étoit   élevé    entre    Norgand    évêque    d'Autun,    et  Hugues 

abbé  de  Cluni,  au  sujet  des  privilèges  de  cette  abbaye.  Ce- 

igh.  itai.  sacr.  t.  la    prouve  que  Ughelli  s'est  trompé  '  lorsqu'il  a  avancé  que 

1,  p.  224,  n.  21.      jjilon  £tQjt  mort  j,an  ^oi.  Il  est  certain  qu'il  vivoit  encore 

en  ^05,  puisqu'il  fut  envoyé  cette  année  légat  en  Fran- 
ce. Ainsi  il  vaut  mieux  s'en  tenir  à  Frizon ,  qui  place  sa 
Gaii.purp.  p.  ii6.  mort  en  l'an  \\\1.  '  Nous  avons  un  bel  éloge  en  vers  de 
ce  Cardinal,  de  la  façon  de  Marbode  évêque  de  Rennes,  qui 
nous  le  représente  comme  le  fléau  des  simoniaques,  et  sem- 
ble même  le  regarder  comme  un  Saint  : 

Nunc  capis  in  cœlis  tua  prœmia,  serve  fadelis. 
Nunc  super  astra  situs,  diademate  nunc  redimitus, 
Nostros  oratus  audi  solvendo  reatus. 

Le  dernier   éditeur   des  œuvres  de  Marbode   n'a   pas  eu 
p.  070.  connoissance    de   cette    pièce;    mais   D.    Mabillon  '   l'ayant 

trouvée  dans  un  manuscrit  de  saint  Aubin  d'Angers,  l'a  pu- 
bliée dans  l'appendice  du  cinquième  volume  de  ses  annales. 
t.  2,  p.  24i.  D.  Martenne  rapporte  dans  son  voyage  littéraire  '  un   élo- 

ge en  vers  du  pape  Pascal  II,  qu'il  a  tiré  du  manuscrit  de 
l'abbaye  d'Abdinghoff,  fait  par  un  Milon,  qui,  dit  Dom 
Martenne,  est  apparemment  le  cardinal  Milon  moine  de 
saint  Aubin  d'Angers,  duquel  on  a  quelques  vers  semblables. 
Nous  n'en  connoissons  pas  d'autres  de  Milon,  que  ceux 
«jue  D.  Martenne  rapporte,  au  nombre  de  49,  dont  la  poé- 
sie n'a  rien  que  de  très-commun.  C'est  un  éloge  magnifi- 
que de  Pascal  II,  dont  le  poëte  dit  que  le  grand  Aristote, 
Ciceron,  Platon,  Ovide,  ne  seroient  point  capables  de  ie 
louer  selon  ses  mérites. 


BERNARD     II, 

Vicomte  de  Bearn  et  de  Bigorre. 


12 


B! 


Hjst.de Bearn, p.  -|)ermrd  étoit  fils  de  Centulle  I  vicomte  de  Bearn, 
et  de  Beatrix  fille  du  vicomte  de  Bigorre,  qui  porta 
cette  vicomte  dans  la  maison  de  Bearn.  Etant  encore  fort 

Hist.  Lang.  t.  2.  jeune,  il  perdit  son  père,  '  qui  fut  assassiné  l'an  4  090.  Cen- 
tulle   ayant  épousé    Beatrix    en  4078,   ou  -1079,    Bernard 


COMTE  DE  BEARN  ET  DE  BIGORRE.         21       m  SIECLE 


son  fils  ne  pouvoit  pas  avoir  plus  de  dix  ans,  lorsqu'il  lui 
succéda.  Pendant  son  bas  âge,  la  comtesse  sa  mère  prit 
le  gouvernement  des  affaires,  et  rendoit  elle-même  la  justi- 
ce à  ses  sujets.  On  la  voit  occuper  le  premier  rang  dans 
une  célèbre  assemblée  des  seigneurs  de  Gascogne  tenue  en 
1096  à  saint  Lé,  pour  la  confirmation  des  privilèges  de  ce 
monastère. 

Lorsque  Bernard  gouverna  par  lui-même,  après  la  mort  Marc,  ib'  p.  813. 
de  Beatrix,  il  résolut,  par  l'avis  de  l'évêque  de  Bigorre, 
et  de  plusieurs  abbés,  seigneurs,  et  de  toute  la  cour  de 
Bigorre,  de  faire  rédiger  par  écrit  les  coutumes  du  pays, 
commes  elles  avoient  été  arrêtées  par  Bernard  I  son  ayeul. 
Pour  l'exécution  de  ce  dessein,  il  assembla  les  personnes  les 
plus  avancées  en  âge,  qui  avoient  eu  part  au  gouvernement 
des  affaires  du  temps  de  Bernard,  ou  qui  pouvoient  avoir 
connoissance  des  anciens  usages.  Ce  fut  sur  leur  rapport 
qu'il  fit  dresser  le  recueil  des  coutumes  anciennes,  qui  fu- 
rent réglées  par  le  consentement  de  la  noblesse,  du  clergé 
et  du  peuple. 

Le  but  de  Bernard  étoit  de  marcher  sur  les  traces  de  ses 
ancêtres,  de  se  conformer  aux  maximes  qu'ils  avoient  sui- 
vies, et  d'établir  dans  les  pays  confiés  à  ses  soins,  un  bon 
gouvernement,  qui  mît  le  pauvre  en  sûreté,  à  l'ombre  et  sous 
la  protection  des  loix  (a). 

Ces  loix  ou  coutumes  contiennent  42  articles  sur  diffé- 
rentes matières,  concernant  les  droits  du  comte,  les  de- 
voirs de  ses  sujets,  et  le  maintien  du  bon  ordre  et  de  la  tran- 
quillité publique.  Voici  en  substance  ce  que  portent  ces 
loix  :  1°.  Lorsque  le  comte  entrera  en  possession  du  com- 
té, soit  qu'il  lui  appartienne  par  droit  de  succession,  soit 
qu'il  l'obtienne  par  son  mariage  avec  la  comtesse,  il  pro- 
mettra avec  serment,  qui  sera  confirmé  par  celui  de  quatre 
gentilshommes  du  pays,  de  ne  faire  aucune  violence  à  ses 
sujets;  et  si  cela  arrivoit,  il  réparera  le  tort  avec  connois- 
sance de  cause.  2°.  Les  gentilshommes,  après  le  serment  du 
comte,  lui  prêteront  serment  de  fidélité,  et  lui  en  don- 
neront caution,  s'il  l'exige.  Les  nobles  et  les  habilans  de 
vallées    doivent    le    même    serment.    5°.    Un    gentilhomme 

(a)  Ut  majorum  vettigiisimitatis,  vigortrtqiminisabatavisprocedentis,  ter- 
rain tibi  commissam  refiret,  pauperes  itftnatrtt  ac  recrearet. 

4  * 


XII  SIECLE. 


22  BERNARD  II, 

ne  pourra  bâtir  un  château ,  ni  en  rebâtir  un  de  pierre ,  sans 
l'agrément  du  comte,  sur  peine  de  démolition.  4°.  Celui 
qui  a  un  château  du  consentement  du  comte,  doit  l'assurer, 
qu'il  ne  sera  fait  aucun  dommage  au  moyen  de  ce  château; 
et  qu'il  le  lui  remettra  entre  les  mains,  lorsqu'il  l'exigera, 
soit  qu'il  soit  irrité,  ou  qu'il  ne  le  soit  point.  5°.  Celui  qui 
possède  un  château  aliéné  pendant  la  minorité  du  prince,  ou 
par  la  nécessité  de  la  guerre,  le  lui  rendra  lorsqu'il  l'exige- 
ra. 6°.  Si  le  comte  a  fait  quelque  injustice  à  un  noble,  ce- 
lui qui  souffre  le  tort  s'adressera  premièrement  à  lui  dans  sa 
maison  par  le  moyen,  de  ses  secrétaires  les  plus  familiers. 
S'il  ne  peut  par  cette  voie  obtenir  justice,  il  s'adressera  aux 
gentilshommes  du  pays,  qui  sommeront  le  comte  par  deux 
fois.  Si  ce  moyen  ne  lui  réussit  pas,  il  fera  entendre  sa  plain- 
te au  corps  du  pays,  fera  sa  preuve,  et  attendra  40  jours; 
après  lesquels,  s'il  ne  reçoit  point  la  satisfaction,  il  pourra 
se  retirer  hors  du  pays.  Si  dans  la  suite  le  comte  le  rappel- 
le, il  lui  rendra  tous  ses  biens,  et  réparera  tous  les  torts  qu'il 
lui  aura  faits,  par  le  déni  de  justice.  7°.  La  franchise,  paix, 
sûreté  et  immunité  seront  conservées  aux  monastères  dans 
les  limites  désignées.  8°.  Si  les  monastères  acquierrent,  ou 
achètent  des  biens  nobles,  ils  seront  obligés  de  fournir  un 
homme  d'armes  de  service.  9°.  La  paix  sera  gardée  en  tout 
temps  aux  clercs,  aux  moines,  aux  dames  et  à  leur  suite. 
Ensorte  que  si  quelqu'un  s'est  réfugié  auprès  d'une  dame, 
sa  personne  soit  en  sûreté,  en  réparant  le  dommage  qu'il  a 
fait.  Les  paysans  seront  toujours  en  paix;  et  leurs  bœufs, 
ni  les  fers  du  labourage,  ne  pourront  être  saisis.  S'ils  sont 
caution  de  leurs  seigneurs,  ils  ne  pourront  être  contraints 
que  jusqu'à  la  concurrence  de  ce  qu'ils  doivent  à  leurs  sei- 
gneurs. Les  articles  4  0,  M,  \1  concernent  la  saisie  et  l'in- 
vasion des  moulins,  etc.  -13°.  Il  est  défendu  aux  paysans 
de  chasser  et  de  pêcher,  si  ce  n'est  pour  l'usage  des  monas- 
tères et  des  gentilshommes. 

44°.  Les  personnes  libres  et  franches  doivent  trois 
corvées  de  charrois  par  an  au  comte ,  un  repas ,  une 
poule  à  Noël,  et  un  agneau  à  la  fête  de  Pâques.  Si  le  com- 
te fait  tort  à  quelque  personne  libre,  elle  lui  en  demandera 
justice;  et  s'il  diffère  de  la  rendre  dans  20  jours,  elle  pour- 
ra choisir  tel  seigneur  qu'il  lui  plaira.  45°.    Les  personnes 


COMTE  DE  BEARN  ET  DE  BIGORRE.         23      Xh  siècle. 

libres  ne  seront  pas  obligées  d'aller  à  la  guerre,  non  plus 
que  les  paysans,  si  ce  n'est  pour  la  défense  de  la  terre.  \  6°.  Les 
habitons  des  vallées  sont  obligés  d'accompagner  le  comte 
dans  les  expéditions  légitimes.  Nous  n'entrerons  pas  dans  un 
plus  grand  détail  sur  ces  règlements.  Toutefois  le  28  est  re- 
marquable, et  mérite  d'être  rapporté  :  il  porte  que  le  com- 
te ne  sera  juge,  ni  l'évêque,  si  ce  n'est  pour  absoudre  les 
âmes  :  Numquam  judex  sit  cornes,  aut  episcopus ,  nisi  de 
sohendis  animabus.  Le  sens  de  cette  loi  est  sans  doute, 
que  le  comte  et  l'évêque  ne  doivent  point  prendre  part 
aux  jugemens,  si  ce  n'est  quand  il  s'agit  de  faire  grâce  aux 
coupables  et  d'user  d'indulgence.  M.  de  Marca  remarque,  '  Hist.  de  Beam.  i. 
que  l'auteur  de  la  fable  du  siège  de  Lourde,  qui  a  transcrit 
les  coutumes  de  Bigorre,  a  fait  une  addition  de  sa  façon  au 
dernier  article,  contre  la  leneur  de  l'ancien  carlulaire  : 
Nemo  a  scripto  foro  appellet,  sed  aliter  ad  eurtem  Sanctce 
Mariœ  de  Podo  tanquam  ad  caput  appelletur. 

Ces  reglemens  donnent  une  idée  fort  avantageuse  de 
Bernard,  et  font  juger  de  ce  qu'on  pouvoit  attendre  de  son 
gouvernement,  s'il  eût  vécu  longtemps;  mais  la  mort  l'en- 
leva dans  un  âge  peu  avancé.  M.  de  Marca  croit  qu'il  mou- 
rut avant  l'an  -M 4 4.  Le  même  auteur  a  tiré,  du  cartulaire 
de  Bigorre,  qui  est  au  trésor  de  Pau,  les  coutumes,  dont 
nous  venons  de  parler,  et  les  a  insérées  dans  son  histoire.'  n>.  p.  su  etsuiv. 
L'édition  ne  nous  en  paroît  pas  bien  correcte,  soit  que  l'é- 
diteur n'ait  pas  eu  assez  d'attention,  soit  que  son  manuscrit 
fût  défectueux.  Voyez  Hist.  Litt.  tom.  9,  p.  567,  et  suiv. 


GARNIER    OU    WARNIER 

L'HOMILIAIRE, 
Religieux  de  Westminster. 

§  I. 

Du    temps   de   Gislebert   Crispin,    abbé    de    Westminster, 
il  y  avoit,  dit  le  P.  Mabillon,  'dans  le   même    monas-  t.s, i. 70, ann.11 
tere  de  Westminster,  un   Warnier,  célèbre  prédicateur,   qui     "  p ' 3' 
fut  appelle  l'Homiliaire,  à  cause  de  ses  sermons.    Le    nom 


XII  SIECLE. 


24  GARN1ER,  OU  WARNIER, 


de  Garnier  ou  Warnier,  qui  n'est  nullement  Anglois,  dé- 
signe un  François,  ou  un  Normand.  On  sait  d'ailleurs  que 
l'Angleterre  étant  alors  sous  la  domination  des  Normands, 
il  y  avoit  un  grand  nombre  de  François  dans  ce  royaume; 
et  il  est  encore  cerlain  que  sur  la  fin  du  XI  siècle,  le  mo- 
nastère de  Westminster  n'étoit  presque  rempli  que  de  moines 
Normands  ou  François  d'origine.  Nous  ne  donnons  toute- 
fois ceci  que  comme  une  conjecture  et  une  présomption 
que  nous  avons  pour  croire  que  Warnier  étoit  François. 
Pos»ev.  app.  t. 2.  Possevin  '  et  Pilsé  le  supposent  Anglois;  l'un  et  l'autre  as- 

D  547   I  Pitseus  de  * 

iiiust.Angi. script,  surent,  après  Balaeus,  que  Warnier  tlorissoit  l'^n  4092,  sous 
Brit^apud/cent.'  Guillaume  le  Roux.  Pitsé  croit  qu'il  fut  abbé  de  Westmins- 
M.igdeb.  cent,  n,  ter,  en  quoi  il  se  trompe  visiblement,  puisque  le  célèbre 
Gisleberl  Crispin  gouverna  ce  monastère  en  qualité  d'abbé , 
selon  Pitsé  lui-même,  jusqu'à  l'an  1117,  c'est-à-dire,  plu- 
sieurs années  après  la  mort  de  Warnier.  Or  Gislebert  ayant 
occupé  cette  place  52  ans,  il  n'est  pas  possible  de  trouver 
un  temps ,  où  Warnier  auroit  pu  être  abbé  de  Westminster. 
On  ignore  celui  de  sa  mort  :  mais  il  faut  qu'il  ait  vécu  pour 
le  moins  jusqu'à  la  fin  de  l'année  1  1  06 ,  puisqu'il  se  trouva 
à  la  translation,  qu'on  fit  le  17  Octobre  de  cette  année, 
du  corps  de  sainte  Witburge  dans  le  monastère  d'Ely.  Tho- 
mas,  moine  de  ce  monastère,  parlant  dans  son  histoire  de 
ingi.  sacr.  t.  p.  l'église  d'Ely,  '  de  cette  translation,  qui  se  fit  sous  Richard 
dernier  abbé,  rapporte  qu'un  religieux  de  Westminster, 
nommé  Warnier,  fort  avancé  en  âge,  s'approcha  du  corps 
de  cette  sainte,  qui  se  trouva,  ainsi  que  ses  habits,  sain, 
entier,  et  sans  corruption;  que  les  mains  et  les  bras  étoient 
flexibles.  Thomas  ajoute,  que  le  même  religieux  les  tou- 
cha et  les  éleva ,  pour  faire  admirer  les  merveilles  de  Dieu , 
et  attira  beaucoup  de  personnes  à  ce  spectacle.  Le  reli- 
gieux de  Westminster,  dont  parle  Thomas  d'Ely,  n'est  in- 
dubitablement autre  que  Warnier  l'Homiliaire.  Ainsi  on 
voit  qu'il  vivoit  encore  l'an  1106,  mais  dans  un  âge  a- 
vancé. 

8  IL 
SES  ÉCRITS. 

Mon .    in    ligno   ry  armer  ,  '  ou  Warnier ,   le   même  qui  est    appelle  War- 
vJmier    par   Wion,    '  et    Vignor ,    par   les    Centuriateurs 

de 


RELIGIEUX  DE  WESTMINSTER.  25      xu  siècle. 


de   Magdebourg,     s  est  rendu  célèbre  par  ses  sermons,   qui  ub.  1,  cent.  Mag- 

,,      ,    r  .  vu       •;•    •         h  î    deb   cent.  XII,  c. 

1  ont  tait  surnommer  l  Homiliaire.  Il   en  composa    un  grand  in,  p.  îoni. 
nombre  pour    toute  l'année,   et  s'aquit  beaucoup    de  répu- 
tation.' Pitsé   fait  un  grand  éloge  de  Warnier,    louant   sur  De  uiustr.  Angi. 
tout   la  pureté  de  ses  .mœurs,  la  solidité  de  sa  science,    et  sm1' • p 
son  éloquence;  et  il   ajoute,  que   voulant  se  rendre  utile  à 
la    postérité  et  immortaliser   son   nom,   il  a  composé  \n  un 
écrit  sous  ce  titre  :  Fasciculus  temporum;  2°  un  livre  d'ho- 
mélies  très-savantes,   Homiliarum  doctissimarum;  à   quoi  il 
ajoute    un    5e    écrit,    Dejlorationes    ss.    Patrumj   imprimé  à 
Râle  en  4  494.  C'est  apparemment  celui  qui  est  ainsi  intitulé  : 
Jerneri  Abbatis  dejlorationes  super  Evangelia  de  tempore  per 
anni  circulum.   Basilœ   'l  494 .    Bild.    Auq.   p.   4  00.  '    Vos-  Lii>.  2,  de  iiist. 

I  al    c    47    D    390 

sius  parle  de  Warnier  aussi  avantageusement  que  Pitsé, 
et  lui  attribue  les  mêmes  écrits,  en  citant  pour  garant  Ros- 
ton  de  Rury.  Néanmoins  '  Fabricius  remarque  que  Ros-  Lin.  7,  bibl.  med. 
ton  de  Rury  et  Ralaeus  '  n'attribuent  à  Garnier  ou  Warnier,  cent x?c." S»?54- 
que  des  homélies,  et  rien  davantage.  Quant  à  l'ouvrage, 
qui  a  pour  titre,  Fasciculus  temporum,  dont  Vossius  et 
Pitsé  font  Warnier  auteur,  c'est  une  méprise  dans  ces 
deux  écrivains,  qui  ont  confondu  Warnier  avec  un  auteur 
beaucoup  plus  récent  que  lui.  Cet  auteur  est  un  savant 
Chartreux  Allemand,  appelle  Werner  Rolewinek,  qui  a 
réellement  composé  un  ouvrage  sous  ce  titre,  Fasciculus 
temporum,  qui  est  imprimé  dans  le  recueil  des  historiens 
d'Allemagne  de  Pislorius,  t.  2.  Fabricius  '  et  Sandius  '  '  dans  g>W. 
ses  notes  sur  les  historiens  Latins  de  Vossius,  ont  relevé  la 
méprise  de  Pitsé  et  de  Vossius,  et  rendu  le  Fasciculus  tem- 
porum à  son  véritable  auteur.  Sandius  ajoute  qu'il  ignore 
ce  que  c'est  que  ce  Fasciculus  temporum,  imprimé  à  Cologne 
en  4  54-1  ,  dont  Charles  du  Moulin  parle  dans  son  ouvrage 
de  la  Monarchie  Françoise.  Ce  dernier  Fasciculus  est  d'un 
auteur  qui  n'éerivoit  que  sous  le  règne  de   François  I. 


Tome  X.  D 


XII  SIECLE. 


26  WARNIER,  MOINE  DU  CHRIST, 

WARNIER, 

RELIGIEUX  DU  MONASTERE  DU  CHRIST, 
ou  de  Saint   Sauveur  de  Cantorberi. 


o: 


itre  Warnier  l'Homiliaire,  religieux  du  monastère  de 
Westminster,  dont  nous  venons  de  parler,  il  y  eut 
encore  un  autre  Warnier,  religieux  de  la  cathédrale  de 
Cantorberi ,  qui  florissoit  dans  le  même  tems.  C'étoit  un 
liomme  savant  qui  étant  tombé  dangereusement  malade, 
se  convertit,  et  embrassa  la  profession  religieuse  dans  un 
monastère,  dont  Ernulpbe,  qui  fut  dans  la  suite  évèque 
de  Rocbester,  étoit  alors  prieur,  c'est-à-dire,  dans  le  mo- 
nastère du  Christ,  ou  de  S.  Sauveur,  qui  étoit  la  cathédrale 
de  Cantorberi.  (Personne  n'ignore  qu'en  Angleterre,  jus- 
qu'au schisme  déplorable  du  Roi  Henri  VIII,  la  plupart  des 
cathédrales,  et  en  particulier  celle  de  Cantorberi,  étoient 
remplies  par  des  religieux  de  l'ordre  de  saint  Renoît.)  Ce  fut 
vers  l'an    1095   qu'arriva    la  conversion    de  Warnier.    Saint 

Ep  103.  i.  3,  p.  Anselme  lui  écrivit  à  ce  sujet  une  lettre,  '  dans  laquelle  il 
l'exhortoit  à  faire  servir  à  l'amour  de  Dieu  la  science,  qu'il 
avoit  employée  à  l'amour  du  siècle;  afin  d'acquérir  la  gloire 
éternelle,  qu'il  méprisoit,  ou  ne  désiroit  que  foiblement; 
au  lieu  de  celle  du  monde,  qu'il  se  proposoit  auparavant 
dans  l'étude  des  lettres.  On  voit  par-là,  que  Warnier  étoit 
savant ,  et  en  état  de  servir  l'Eglise  par  ses  écrits.    S.    An- 

iimi.  Ep.  ii3,  p.  selme  lui  écrivit  encore  une  seconde  lettre,  '  dans  laquelle 
il  l'exhorte  à  être  fidèle  aux  devoirs  du  nouvel  état  qu'il 
a  embrassé;  et  à  s'appliquer  chaque  jour  à  être  dans  les  dis- 
positions où  il  voudroit  être  au  moment  de  sa  mort.  Cette 
lettre  est  la  réponse  à  celle  que  Warnier  avoit  écrite  à 
S.  Anselme,  pour  lui  témoigner  le  désir  qu'il  avoit  de  le 
voir  de  retour  dans  son  Eglise.  Ce  qui  marque  qu'elle  a  été 
écrite  après  que  saint  Anselme  se  fut  exilé  lui-même 
(l'Angleterre  en   4  096. 

Eadm.  hist.  nov.       L'auteur  de  la  vie  de  saint  Anselme  '  nous  apprend  qu'en 

s.  Ansei.  p.*  ni  l'an  -H44  Warnier,  moine  de  Cantorberi,  fut  envoyé  à 
Rome  avec  le  moine  Jean  et  un  clerc  de  même  nom,   pour 


O.U  DE   S.  SAUVEUR  DE  CANTORBERI.      27      XI1  siècle. 


T.  2,  p.  120. 


demander  la  confirmation  de  l'élection  de  Radulphe,  qui 
venoit  d'être  placé  sur  le  siège  de  Cantorbéri,  vacant  depuis 
5  ans  par  la  mort  de  S.  Anselme;  et  pour  prier  le  pape  d'accor- 
der, selon  l'usage  ordinaire ,  le  pallium  au  nouvel  archevêque. 

Ce  Varmer,  moine  de  Cantorbéri,  dont  parle  ici 
Eadmere,  ne  peut  être  Warnier  l'Hoiniliaire,  qui  étoit 
religieux  du  monastère  de  Westminster;  ainsi  on  voit  que 
nous  avons  raison  de  distinguer  deux  Warniers,  qui  floris- 
soient  dans  le  même  teins ,  l'un  dans  le  monastère  de  West- 
minster, l'autre  dans  celui  de  Cantorbéri. 

Quoique  Warnier  de  Cantorbéri  fut  habile,  et  capable 
de  servir  l'Eglise,  comme  on  peut  juger  par  la  lettre  que  lui 
écrivit  S.  Anselme  pour  l'y  exhorter,  néanmoins  il  ne  nous 
reste  aucun  écrit  de  lui;  soit  qu'il  n'ait  rien  composé,  soit 
que  ses  productions  ne  soient  point  parvenues  jusqu'à  nous. 

M.  Uebeuf,  dans  le  recueil  de  ses  divers  écrits  de  4738,  ' 
»  parle  d'un  nommé  Warnier,  qui  lit  à  Rouen  vers  l'an 
»  1000  «ne  longue  satyre  d'un  poëte  Ecossois  retiré  en 
»  France,  nommé  Moriult;  laquelle,  quoique  adressée  à 
»  Robert  archevêque  de  cette  ville,  n'est  pas  exempte 
»  de  termes  un  peu  libres,  ni  d'avanlures  romanesques. 
»  Elle  est  dans  la  bibliothèque  du  Roi,  cod.  4  0240.  M.  du 
»  Cange  a  cité  cette  poésie  dans  son  glossaire.  »  M.  Lebeuf 
a  sans  doute  en  vue  la  citation  suivante,  qui  se  trouve  dans 
le  glossaire  de  M.  du  Cange  '  sur  le  mot  Torta.  Il  y  a  seu-  t.  6, p.  nœ. 
lement  une  différence,  en  ce  que  le  Poëte  Ecossois,  que  M. 
Lebeuf  appelle  Moriult,  porte  le  nom  de  Macer  dans  le 
glossaire.  Vamerius  Mss.  in  Macrum  poëtam  Scottum. 

His  ita  perceptis,  diviscpie  ex  caede  placalis, 

Très  tortas  caldas  ex  humeris  religat, 
Ut  sibi  per  populum  sic  fas  foret  esse  quietam , 

Securamque  suam  cernere  Glycerium. 

Quant  à  l'auteur  de  cette  pièce,  ce  ne  peut  être  War- 
nier de  Cantorbéri.  Elle  ne  convient  ni  à  son  état,  ni  au 
tems  où  il  a  vécu.  Un  pénitent  qui,  touché  de  Dieu,  s'est 
consacré  à  la  pénitence,  peut-il  être  auteur  d'une  pièce 
toute  profane,  remplie  de  paroles  libivs  et  d'avantiwes 
romanesques?  Peut-être  pourroit-on  dire, "'qu'il  la  composa 
avant  sa  conversion.    Mais   si    Warnier  s'est  converti    vers 


xii  siècle.       28  VARNIER,   MOINE  DU  CHRIST. 


l'an  4095,  s'il  a  été  envoyé  à  Rome  en  l'an  4  44 4;  il  n'est 
pas  possible  qu'il  soit  auteur  d'une  satyre  faite  vers  l'an 
4  000.  Les  mêmes  raisons  ne  permettent  pas  d'attribuer 
cette  satyre  à  Warnier  l'Homiliaire;  ainsi  il  faut  encore 
distinguer  l'auteur  de  cette  pièce  des  deux  précédens. 


DIVERS  AUTEURS  ANONYMES. 

1°.  Anonyme  Auteur  d'une  histoire  abrégée 
de  Paschase  Ratbert. 

Cette  vie  abrégée  de  Paschase,  abbé  de  Corbie,  mort 
en  865,  a  été  publiée  par  Dom  Mabillon  '  .  L'auteur 
"  ' p'  °  qui   étoit   moine    de    la    même    abbaye,    composa    son    ou- 

vrage à  l'occasion  de  la  translation  du  corps  du  saint  ab- 
bé, de  l'église  de  S.  Jean  l'Evangéliste  dans  la  grande  église 

ib.  p.  3G9.  de  S.   Pierre.   '  Cette  translation   fut  faite  par  Guy   évêque 

d'Amiens,  à  cause  du  concours  de  peuple  occasioné  par 
le  grand  nombre  de  miracles,  (pie  Dieu  opéroit  au  tom- 
beau du   saint  abbé.  L'anonyme   nous   apprend,  que  ce  fut 

ib;  p.  507.  pr.  par  l'autorité  du  saint  siège.  '  D.  Mabillon  met  cet  événe- 
ment en  l'an  1075,  et  croit  que  notre  anonyme  fit  son 
histoire  abrégée  peu  de  tems  après,  comme  il  paroît  par  la 
forme  des  caractères.  C'est  ce  qui  a  engagé  l'éditeur  à  le  pla- 
cer à  la  fin  du  XIe,  ou  au  commencement  du  XIIe  siècle. 
Les  ternies  dont  se  sert  l'historien,  en  parlant  de  l'abbé 
Foulques,  sous  lequel  fut  faite  la  translation,  insinuent  qu'il 

H.ib.  ann.  i.  co,  n'écrivoit  qu'après  la  mort  de  cet  abbé,  arrivée  en  l'an  4  095.  ' 

Comme     notre     anonyme    emploie,    au     commencement 

de  son  écrit,  les  mêmes  termes  à  peu  près,  dont  s'est  servi 

Act.  t.  5,  p.  3i5,  S.  Gerauld  '  dans  son  prologue  sur  la  vie  de  S.»  Adalhart, 

ni.  t.  o,  p.  5G8,  D.  Mabillon  '  demande  s'il  ne  seroit  pas  aussi  l'auteur  de 
cet  abrégé.  Mais  qui  pourra  résoudre  cette  question,  si 
ce  savant  homme  ne  l'a  pas  fait?  Nous  nous  contenterons 
donc  de  répondre,  que  si  l'histoire  abrégée  de  Paschase 
Ratbert  n'a  été  faite  qu'après  la  mort  de  Foulques,  arri- 
vée en  4  095,   il  ne  paroît  pas  que  S.   Gerauld    puisse    en 

ib  t.n,  p.  873,  n.  être  l'auteur,  étant  mort  '  lui-même  cette  année,  le  5 
d'Avril,  et  avant  Foulques,    qui  ne  mourut   que   sur   la   lin 


DIVERS  AUTEURS  ANONYMES.  29 


XII  SIECLE. 


de  l'année.  L'anonyme  a  pu  avoir  sous  les  yeux  l'ouvra- 
ge de  S.  Gerauld ,  dont  il  se  sera  servi ,  ainsi  que  des  au- 
tres monumens,  qu'il  aura  trouvés  dans  son  Monastère, 
pour  composer  son  abrégé.  On  voit  effectivement  qu'il  a 
puisé  dans  les  mémoires  du  teins  de  Paschase,  et  sur  tout 
dans  les  écrits  du  saint  abbé  de  Corbie,  dont  il  fait  l'énu- 
mération  et  l'éloge.  La  plus  grande  partie  de  son  histoire 
en  est  tirée;  il  ne  pouvoit  pas  même  la  tirer  d'une  autre  sour- 
ce; puisque  les  disciples  de  Paschase  ayant  observé  trop 
scrupuleusement  la  défense  qu'il  leur  avoit  faite  en  mou- 
rant, d'écrire  sa  vie,  n'avoient  laissé  aucun  mémoire  parti- 
culier de  ses  actions.  Aussi  n'en  rapporte-t-il  que  très-peu 
de  particularités;  et  il  s'étend  plus  sur  ses  écrits,  que  sur 
sa  personne,  dont  il  parle  avec  une  réserve  extrême.  En 
faisant  mention  des  titres  que  l'humilité  de  Paschase  lui 
faisoit  prendre,  dont  l'un  étoit  le  titre  de  dernier  des  dia-  u>.  t.  6,  p.  569,  n. 
cres,  il  remarque,  que  quelques-uns  ont  prétendu,  qu'il 
étoit  Romain,  et  le  dernier  des  sept  diacres;  que  S.  Adal- 
hart  étant  allé  à  Rome,  il  fut  si  charmé  de  sa  vertu ,  qu'il 
s'attacha  à  lui,  et  le  suivit  en  France.  On  voit  que  l'au- 
teur ne  veut  point  assurer  les  faits,  dont  il  n'a  pas  des  preu- 
ves certaines.  Mais  il  réfute  ceux  qui  l'ont  confondu  avec 
le  diacre  Paschase,  dont  parle  saint  Grégoire  le  Grand  dans 
ses  dialogues.  Il  donne  une  idée  de  quelques-uns  de  ses 
écrits,  et  apprend  à  quelle  occasion  il  les  a  composés.  C'est 
dommage  que  notre  anonyme  ait  manqué  des  matériaux 
nécessaires  pour  donner  une  juste  étendue  à  son  histoire; 
car  il  étoit  capable  de  les  mettre  en  œuvre,  et  d'en  faire 
un  bon  usage.  Son  écrit  porte  ce  titre  dans  le  manuscrit  : 
Incipit  de  S.  Ratberto,  abbate  Corbeiensi. 

2°.  Anonyme  Historien  de  la  vie  de  S.   Odulpbe. 

Les  continuateurs  de  Bollandus  nous  ont  donné  cette  Bon.  n,  jun.  p. 
vie,  revue  sur  quelques  anciens  manuscrits,  avec  des  5  ,595' 
observations  préliminaires  et  des  notes,  qui  éclaircissent 
le  texte.  Il  est  difficile  de  fixer  le  tems,  auquel  cet  anoni- 
me  a  écrit,  d'autant  que  son  ouvrage  ne  nous  fournit  d'au- 
tre époque,  que  celle  de  Radbode  évêque  d'Utrecht,  qui 
étoit  mort,  lorsqu'il  écrivoit,  et  par  conséquent  après  l'an- 
née ÏM7,  qui  est  celle  de  la  mort  de  ce  Prélat. 


XII  SIECLE. 


30  DIVERS    AUTEURS 


ib.  p.  594,  n. 9.  'L'auteur  étoit  d'Utrecht,  ou  de  Staveren,  lieu  où  S. 
Odulphe  avoit  été  curé,  et  certainement  des  Pays-Bas.  Il 
paroît  qu'il  n'a  écrit  que  long-tcms  après  la  mort  du  saint,  qui 
étoit  né  sous  Louis  le  Débonnaire.  Nous  le  plaçons  au  com- 
mencement du  XIIe  siècle,  ne  trouvant  rien,  qui  puisse 
nous  déterminer  à  croire  qu'il  ait  écrit  plutôt.  Il  a  com- 
posé son  ouvrage  sur  d'assez  bons  mémoires;  mais  il  l'a 
chargé  de  beaucoup  de  lieux  communs,  qui  montrent  plus 
de  piété  que  de  justesse  d'esprit  dans  l'auteur.  Cette  vie  avojt 
déjà  été    imprimée  plusieurs    fois,   avant  que  d'entrer  dans 

ib.  p. 59s,  n.  8.  la  grande  collection  des  Bollandistes.  Elle  avoit  paru  dans 
une  légende  imprimée  à  Cologne  en  4  485,  et  réimprimée 
à  Louvain  en  4  485.  Surius  P avoit  aussi  insérée  dans  son 
recueil  au  12  Juin,  après  en  avoir,  selon  la  coutume,  retouché 
le  style,  quoiqu'il  avoue  qu'elle  est  écrite  avec  gravité. 

3°.  Anonyme  Auteur  d'un  fragment  de  l'histoire  de  France. 

Hist.  au.  t.  8.  p.  '  s~\x    a   déjà    rendu  compte   de    l'ouvrage    de    cet   Histo- 

587.  I  Duch. script.       I    I  •       _      ,  „.,     ,  ~„  , 

Fr.  t  -2,  p.  632.  v^rien,  que  Duchesne  a  public  dans  son  ze  tome  des 
historiens  de  France,  sous  le  titre  de  Fragment  d'Histoire 
d'Aquitaine,  sans  avertir  qu'il  en  donneroit  la  suite  dans 
quelqu'un  des  volumes  suivans  de  son  recueil.  Le  même 
morceau  d'histoire  se  trouve  dans  le  premier  volume  de 
M.  Pilhou,  et  la  suite  dans  le  second,  pag.  407.  Si  on 
avoit  fait  attention  à  cela,  on  auroit  pu  différer  à  parler 
de    cet  auteur  jusqu'à    ce   tems,   qui  paroît   être  le   terme 

ib  iiist.iittp.53H.  de  son  ouvrage,  et  peut-être  celui  de  sa  vie.  D.  Rivet  a 
pris  l'auteur  de  cet  écrit  pour  un  Angoumoisin,  à  la  lecture 
de  la  première  partie;  il  a  même  cru  y  appercevoir  plu- 
sieurs traits  sufiîsans,  pour  le  regarder  comme  un  moine 
de  S.  Cibard  d'Angoulême,  parce  qu'il  est  soigneux  de  rap- 
porter diverses  particularités,  qui  concernent  cette  abbaye. 
Mais  cette  conjecture  paroît  démentie  par  la  suite  de  l'ou- 
vrage  de    cet  anonyme,    que   M.    Duchesne    nous    a    don- 

T.  i,  p. «s.  95.  née  dans  son  '  4e  volume  sous  le  titre  de  Fragment  d'His- 
toire de  France,  depuis  le  Roi  Robert,  jusqu'à  la  mort  de 
Philippe  I,  arrivée  l'an  UOH.  Dans  cette  suite  l'auteur 
ne  fait  plus  aucune  mention,  ni  de  l'Aquitaine  ni  de  PAn- 
goumois;  ensorte  qu'on  peut  dire  que,  s'il  a  été  Angou- 
moisin dans    la  première   partie  de   son   écrit,    où   il  parle 


ANONYMES.  ô\ 


XII  SIECLE. 


d'Angoulême,  il  ne  l'est  plus  dans  la  seconde,  puisqu'il 
n'en  dit  plus  rien  de  particulier.  Il  s'y  renferme  totale- 
ment dans  l'histoire  générale  de  France,  et  n'y  paroît 
plus  être  d'aucun  pays.  '  Nous  n'avons  garde  de  préten-  p-  95. 
dre  qu'il  ait  été  Gascon,  à  cause  de  certains  événemens 
extraordinaires  qu'il  témoigne  avoir  vus  l'an  44  08  dans 
un  lieu  de  cette  province,  nommé  Scyrs,  situé  sur  la  Ga- 
ronne. Nous  vîmes,  dit-il,  le  ciel  étant  très-serain ,  de- 
puis deux  heures  jusqu'à  cinq ,  un  cercle  d'une  grande 
étendue,  dans  lequel  il  y  avoit  trois  soleils,  l'un  à  l'o- 
rient, un  autre  au  midi,  et  le  troisième  au  septentrion. 
Il  paroît  avoir  cru  que  cela  annonçoit  l'invasion ,  que  fi- 
rent vers  ce  tems-là  les  Amoravis  en  Espagne,  où  ils  pri- 
rent plusieurs  villes,  et  firent  de  grands  ravages,  n'épar- 
gnant pas  plus  les  Sarrazins  que  les  Chrétiens.  Il  finit  en 
indiquant  une  éclipse  de  lune,  arrivée  en  1H0  au  com- 
mencement de  la  nuit;  mais  il  n'en  marque  ni  le  mois, 
ni  le  jour  :  cela  prouve  qu'il  a  au  moins  vécu  jusqu'à  cete 
année.  Quant  à  l'éclipsé  indiquée,  ce  ne  peut  être  que 
celle  qui  arriva  le  5  Mai  à  onze  heures  du  soir,  l'an  4 -HO. 

'  A  juger  de  la  profession  de  notre  anonyme  par  la  des-  '•>■  p-  9i,  92. 
cription  qu'il  fait  du  siège  et  de  la  prise  de  Jérusalem  par  les 
croisés,  on  le  prendroit  pour  militaire.  Car  il  y  parle  com- 
me un  homme  qui  a  une  grande  connoissance  de  ce  qui  re- 
garde l'art  de  la  guerre  ;  des  diverses  espèces  d'armes ,  dont 
on  se  servoit  alors;  des  machines  tant  offensives  que  dé- 
fensives, qu'on  employoit  pour  assiéger  et  défendre  les 
villes.  Mais  il  a  pu  puiser  cette  connoissance  dans  les  his- 
toriens, qui  avoient  écrit  sur  cette  matière,  et  auxquels 
il  renvoyé.  Après  avoir  décrit  la  prise  d'Antioche  par  les 
premiers  croisés,  et  le  siège  cruel  que  Boëmond  eut  à  soute- 
nir après  leur  départ,  il  en  est  resté  à  la  levée  de  ce 
siège,  disant  qu'on  peut  en  voir  l'histoire  dans  d'autres 
écrits;  que  pour  lui,  il  se  contente  de  parcourir  rapide- 
ment les  événemens  :  succinctim  sériera  percurrentes  tempo- 
rum  :  il  entasse  effectivement  les  faits  les  uns  sur  les  autres. 
Quoique  son  ouvrage  soit  fait  en  forme  de  chronologie, 
néanmoins  il  place  sous  une  même  époque  des  événemens 
de  différentes  années.  Il  s'étend  beaucoup  sur  ceux  de  la 
première  croisade,   et   passe   assez  légèrement  sur  les   au- 


XII  SIECLE. 


52  THOMAS  II, 


très.  Il  ne  laisse  pas  toutefois  d'en  rapporter  les  principa- 
les circonstances;  de  manière  que  son  écrit,  quoique  chro- 
nologique, n'est  point  sec  et  décharné  comme  le  sont  or- 
dinairement les  compositions  de  cette  espèce.  Il  a  soin  de 
remarquer  les  éclipses  de  soleil  et  de  lune,  les  phéno- 
mènes ,  les  intempéries  de  l'air ,  les  famines  et  autres  évé- 
nemens.  Il  fait  mention  de  quelques  illustres  savans.  Il 
n'approuve  point  les  procédés  du  pape  Grégoire  VII  con- 
tre l'empereur  Henri  IV.  Il  fait  un  bel  éloge  d'Henri  I, 
roi  de  France.  Il  papporte  l'établissement  de  nos  princes 
François    en  Portugal,    d'où    sont    descendus,     comme   l'on 

Hist.  gen.  t.  i,  p.  sait,  les  souverains  de  ce  royaume.  '  L'auteur  de  ce  Frag- 
nient  est  un  moine  de  Fleury  ou  de  saint  Benoît-sur-Loire , 
comme  les  PP.  Ange  et  Simplicien  le  remarquent  judi- 
cieusement dans  l'histoire  généalogique  de  la  Maison  des 
Rois  de  France. 

pith. script. Fr.t.i,  '  M.  Pithou  avoit  publié  cet  ouvrage  avant  M.  Du- 
chesne,  sur  un  ancien  manuscrit  de  l'abbaye  de  Fleury.  C'est 

Duch  it>.u,p.G32.  sur  le  même  manuscrit  que  '  M.  Duchesne  l'a  publié  de 
nouveau  dans  le  4e  volume  de  sa  collection,  comme  il  le 
dit  au  commencement  de  cette  suite.  Mais  on  lit  à  la  tête 
du  premier  Fragment,  qu'il  l'a  corrigé  et  augumenté  en 
plusieurs  endroits,  sur  la  foi  des  anciens  manuscrits. 

THOMAS     II, 

Archevesque  d'York. 

§  \.  HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Maim.   de   pont.  '  rpHOMAS ,     second     du     nom,    autrement    surnommé    le 
Eal 'histPiiov.  i.       J- Jeune,    pour    le    distinguer   de   son    oncle   paternel    de 
uèpont'2Ét!ortub'  m^me  nom»   et  son  prédécesseur  sur  le  siège  archiépiscopal 
d'York   étoit   Normand    de   nation,   et   né  à  Bayeux  même, 
comme  il  paroît.  Il  eut  pour  père  Samson  qui,   avant   que 
de   devenir    chanoine   de    Bayeux,     et    ensuite    évêque   de 
Vorchestre  en  Angleterre,  avoit  été  engagé  dans  le  mariage, 
Rie.  Hagus,  i.  2,  et  eut  au  moins  un  autre  fils,  qui  fut  evêque  de  Bayeux. 
Sa  famille  étoit  opulente  et  distinguée  entre   la  noblesse  du 
pays;  et  Dieu  l'avoit  fait  naître  avec  d'excellentes  disposi- 
tions, 


ARCHEVESQUE  D'YORK.  53      XII SIECLE. 


lions,  pour  en  soutenir  le  brillant.  Son  pcre,  qui  étoit  grand 
homme  de  lettres,  '  prit  soin  de  le  faire  étudier;  '  et  Tho-  Maim.ib.  i.  4,  p. 
mas,  à  l'aide  d'une  grande  pénétration  d'esprit,  fit  beau-  rîc.  iiagus,  ib.  c. 
coup  de  progrès  dans  les  sciences  :  mais  il  en  fit  encore  e' 
davantage  dans  la  vertu.  A  mesure  qu'il  avançoit  en  âge, 
on  découvroit  en  lui  une  bonté  de  cœur,  une  affabilité, 
une  compassion  pour  les  affligés  et  pour  les  pauvres,  une 
généreuse  charité  à  consoler  les  uns,  et  à  soulager  les  mi- 
sères des  autres,  une  discrétion  dans  ses  paroles,  qui  en 
faisoient  un  objet  d'admiration.  A  tant  d'avantages  se  réu- 
nissoient  toutes  les  grâces  extérieures,  et  le  relief  que  lui 
donnoient  une  parenté  puissante,  et  des  amis  illustres  dans 
le  monde.  Une  fortune  aussi  riante  n'eut  point  assez  d'at- 
traits pour  y  retenir  Thomas.  Il  la  foula  généreusement 
aux  pieds,  et  se  consacra  au  service  de  Dieu  dans  l'état  ec- 
clésiastique. 

'  D'abord  il  fut  clerc  de  la  chapelle  de  Henri  I  roi  d'An-  Angi.  sac.  1. 1,  p. 
gleterre  et  duc  de  Normandie.   En   celte  qualité  il  se   vit  de  gest.  reg.  p' 
obligé  de  quitter  son  pays,  et  de  passer  en  Angleterre,  où  231.  |  stub.ib.  p. 
son  père,    alors  évêque   de    Vorchestre,   l'avoit    peut-être 
déjà  appelle,   avant  qu'il  passât  au  service  de  la  cour.  Au 
bout  de  quelque  temps  '  il  devint    prévôt  du  monastère  de  Rie  Hagus,  ib. 
Beverley,    où    étant     tombé     grièvement     malade,     il     fit 
voir  en  quelle  recommendation  il  avoit  la   vertu.    En    effet 
les  médecins  lui   ayant  indiqué  un  remède  qui  tendoit  à  lui 
faire  perdre  sa  virginité,  il  aima  mieux  être  exposé  à  mou- 
rir,  que  de  racheter  sa  vie  à  un  tel  prix.  Dieu  bénit  la  foi 
et  la  constance  chrétienne  de  son  serviteur,  en  lui  rendant 
sa  première  santé,  par  l'entremise  de  saint  Jean  archevêque 
d'York,  patron  de  Beverley. 

'  Gérard    archevêque   d'York   étant  mort  le  vingt-unième  c.  7.  *ngi.  sac. 

D  ,  p    82  297       Stub 

de  mai  -H08,  comme  il  a  été  dit  dans  son  histoire,  l'égli-  ib.  isim.Dun.de 
se  de  Londres  se  trouvoit  aussi  vacinte.  Le  roi  Henri  pen-  re«  AngL  p- 231 
soit  à  nommer  Thomas  à  ce  dernier  siège,  lorsqu'on  le  dé- 
termina à  lui  donner  celui  d'York.    Le  clergé  et  le  peuple 
en  furent  charmés,  et  se  réunirent  avec  joie  à  l'élire  pour 
leur  archevêque,   sept  jours  précisément  après  la  mort  de 
son  prédécesseur.  '  Si-tôt  que  saint  Anselme  son  primat,  en  Ansei.i.3,ep.i4». 
qualité  d'archevêque  de  Cantorberi,   eut  appris  cette  élec- 
tion, il  écrivit  à  Thomas  pour  l'inviter  à  venir  se  faire  sa- 

Tome  X.  E 

5 


XII  SIECLE. 


54  THOMAS 


Ead.  hist.  nov.  1.   crer  à  Ganlorberi,  suivant  la   coutume.  '  Thomas  déjà  pré- 
4' p' 80'  venu   par  l'organe  de   ses   chanoines,    qui   craignoient  que 

leur  église  ne  parût  par-là  soumise  à  celle  de  Cantorberi, 
répondit  poliment  à  l'invitation  de  son  primat;  mais  lui  al- 
p.  80,  su  |  Mjiim.  légua  divers  prétextes  pour  gagner  du  temps.  'Anselme  ne 
Angf-  sac.' fb.  p.  se  rebutant  point,  lui  écrivit  encore,  et  lui  indiqua  le  der- 
p7  nu  mj'  ib'  n'er  dimanche  de  Septembre  pour  la  cérémonie  de  son  or- 
dination. Mais  le  nouvel  élu  persista  toujours  dans  son  re- 
fus pendant  le  vivant  d'Anselme,  et  se  laissa  toujours  ainsi 
séduire  aux  mauvais  conseils  de  ses  chanoines.  Le  |  rimai, 
avant  que  d'en  venir  à  la  dernière  extrémité,  lui  députa  deux 
évêques,  pour  tâcher  de  vaincre  sa  résistance.  Enfin  ce 
moyen  ayant  été  inutile,  et  Anselme  sentant  sa  mort  ap- 
procher, écrivit  à  Thomas  une  lettre,  qui  devint  publi- 
que et  circulaire,  par  laquelle  il  l'intcrdisoit  de  toute  fonc- 
tion de  prêtre,  et  défendoit  sous  peine  d  anathéme  à  tous 
les  évèques  d'Angleterre  de  lui  imposer  les  mains,  jusqu'à 
ce  qu'il  rendît  à  l'église  de  Cantorberi  l'obéissance  que  ses 
prédécesseurs  Thomas  et  Gérard  lui  avoient  rendue.  Le 
roi  et  les  évoques,  entre  lesquels  étoit  Samson  père  de 
l'archevêque  élu,  maintenant  cette  défense  après  la  mort 
d'Anselme,  Thomas  fut  obligé  de  se  rendre,  et  reçut  ainsi 
l'ordination  des  mains  de  Richard  évêqne  de  Londres,  le 
dimanche  vingt-septième  de  Juin  4  4  09.  Au  reste  tant  qu'il 
vécut  depuis,  il  ne  cessa  de  se  repentir  de  n'avoir  pas  été 
sacré  par  saint  Anselme. 
Ead.  ib.  p.  83.  |  'Aussi-tôt  après  son  ordination,  Thomas  reçut  le  pal— 
stu  . ib.  p.  ma.  jjuni]  qUe  ]e  p.,pC  juj  avojt  env0yé  par  un  cardinal,  et  or- 
donna lui-même  divers  évêques  pour  les  Isles  Orcades  et 
autres  églises  d'Ecosse,  nommément  Turgot  pour  celle  de 
ivo,  ep.  2i7.  saint  André.'  Ives  évèque  de  Chartres,  ayant  appris  que 
Thomas  avoit  été  élevé  sur  le  siège  d'York,  lui  écrivit  pour 
lui  marquer  l'idée  qu'il  avoit  de  son  pontificat.  Il  espéroit 
effectivement ,  que  la  conduite  qu'il  y  tiendroit,  seroit  une 
lumière,  qui  dissiperoit,  dit-il,  les  ténèbres  de  ces  na- 
tions barbares,  et  que  les  fruits  qu'y  produiroient  ses  exhor- 
tations et  ses  exemples,  feroient  passer  jusqu'en  France  la 
bonne  odeur  de  sa  réputation. 
Bic^  ii.igus,  ibid.  L'espérance  de  l'évêque  Ives  ne  fut  point  vaine.  '  Tho- 
mas gouverna  son  église  avec  toute  la   vigilance  d'un  bon 


ARCHEVESQUE  D'YORK.  35 


XII  SIECLE. 


pasteur,  et  en  soutint  le  caractère  par  toutes  sortes  de  bon- 
nes œuvres.  Un  de  ses  soins  dans  les"  fréquentes  visites, 
qu'il  taisoit  des  monastères  de  son  diocèse ,  étoit  d'y  main- 
tenir, autant  qu'il  lui  étoit  possible,  la  majesté  du  service 
divin.  '  Il  n'étoit  guércs  moins  soigneux  de  pourvoir  à  leurs  stub.  ib.p.  nia. 
besoins.  Il  fit  de  grands  biens  nommément  à  son  église  ca- 
thédrale et  à  celles  de  Ripon  ,  de  Beverley  et  d'Holy-Iland 
ou  Lindisfarne.  '  Celle-ci  lui  fut  redevable  de  se  voir  réta-  Rie-  Hagus,  ib.  c. 

8     M) 

blie  de    fond   en    comble ,   et   peuplée  de  chanoines    regu-    ' 
liers  ,  qu'il  y  introduisit  le  premier  jour  de  Novembre  4 -H  3. 
Son  attention  pour  cette  abbaye,   qu'il   chérissoit   spéciale- 
ment, alla  jusqu'à  la  fournir  de  livres,  d'ornemens  et  de  tout 
ce  qui  lui  étoit  nécessaire.  Ce  fut  là  une  des  dernières  ac- 
tions de  sa  vie,  '  qu'il  termina  à  Reverley  en  Février  \\\A.  c.  n.  |  stub.  ib. 
Ses  historiens  sont  partagés  sur  le  jour  précis  du  mois.  Les 
uns,    comme    Richard    prieur    d'Holy-Iland,    marquent    sa 
mort  au  seizième,  d'autres  tels  que  Thomas  Stubss  '  et  Go-  Alford.  an.  nu. 
douin  au  dix-neuviéme,  et  enfin  Roger  d'Hoveden  au  vingt-  "'  117' 
quatrième.   Différence   de  dates,    qui  peut  venir  des  diffé- 
rens    jours    de    la    mort    et  de    l'inhumation    de  ce    pieux 
archevêque.  '  Son  corps   fut  porté  à  sa  cathédrale  d'York,  Rie.  Hagus,  ib.  | 
et  enterré  auprès  de  ceux  des  archevêques  Alrede  et  Tho-  Slub'  lb' 
mas  ses  prédécesseurs. 

Guillaume  de  Malmcsburi  remarque,  qu'on  louoit  ex-  Maim.  ib.  p.  274. 
Irèmement  et  avec  justice  sa  chasteté  parfaite,  son  éminen- 
te  piété  et  sa  grande  tendresse  envers  les  clercs.  '  On  a  en-  Hiid.car.p.  1322. 
Ire  les  poésies  d'Hildebert  l'épitaphe  d'un  certain  Thomas , 
qui  n'est  point  autrement  qualifié.  A  cela  près  elle  repré- 
sente tous  les  caractères  de  notre  archevêque,  et  même  le 
mois  où  il  mourut.  En  un  mot,  il  n'y  manque  que  le  titre 
d'archevêque  d'York ,  pour  ne  pas  douter  qu'elle  a  été  faite 
pour  orner  le  tombeau  de  notre  pieux  prélat.  On  en  va 
juger  par  la  lecture. 

EPITAPHE. 

(juein  studio  niorum  naturse  pinxerat  unguis. 

Incausto  tinguil  mors  inimica  suo. 
Nullius  vitii  glacies  hiemavit  in  isto, 

In  quo  virtutes  ver  statuêre  suum. 
Si  quadravit  eum  virtutis  gloria,  nullam 

Eij- 


xn  siècle.      36  THOMAS  II, 

Compulit  in  partem  quaelibet  aura  visum. 

Morum  nobilitas  excessit  sanguinis  ortum. 

Naturam  juvit  moiibus  iste  suis. 
Mens  boiia  disposuit,  sermo  rtoeuit,  manus  egit. 

Hinc  bonus,  bine  melior,   optimus  indè  fuit. 
Tertia  lux  aderat  februi,   cum  terlia  febris 

Nuntia  morlis  adest  perdere  jussa  Thomah. 

§H. 

SES  ÉCRITS. 

Entre     tous     les    anciens     écrivains,    dont    nous    avons 
tiré   l'histoire   de   l'archevêque    Thomas,   aucun  ne   fait 
mention    de  ses    écrits.   Mais  divers  bibliographes  des    der- 
niers siècles  lui  en  attribuent  quelques-uns,  qui  les  ont  au- 
torisés à  lui   donner    place   entre   les  auteurs  dont  ils  ont 
entrepris  de  parler. 
sim.bib.p.659.2.       ^°     Simler ,  qui  cite  Jean  Balée  pour  son  garant,  atteste 
que   Thomas,    qu'il    qualifie  de   Bfiyeux    à   raison    du  lieu 
de  sa  naissance,  et  le  Jeune,  pour  le  distinguer  de  Thomas I 
son    oncle,    composa    un    livre    des    Offices,    Offieiarium, 
Poss.app.t.3,  p.  à   l'usage  de   son   église  d'York.   '  Possevin   et  du  Cange, 
soi.  i  Ducang.'gi.  peut-être  d'après  les  précédens,  disent  la  même  chose.    Mais 
du  Cange  n'a  pas  copié  correctement  l'original   d'où  il   a   ti- 
ré ce  fait;    ayant  écrit  :   à  l'usage  de  l'église  de  Bayeux , 
sim,  bib.  ib.         au  ''eu  :  t'e  l'église  d'York.  '  Simler  fait  une  autre  faute, 
en  donnant  pour  synonymes  Bayeux  et  Bayone;  et  tous  les 
trois  sont  tombés  dans  une  autre  encore  plus  considérable , 
en  supposant   que   notre  archevêque  vivoit  en   4469,   plus 
de  cinquante  ans  après  sa  mort. 
Hist.  ut.  delà  Fr.       Thomas  avoit  sans  doute  connoissance  '  de  deux  autres 
t.  8,  p.  6»,  578.     ouvrages  de    même  nature   que    le  sien,   qu'avoient   public 
quelques    années    auparavant    Jean    de    Bayeux    archevêque 
de  Rouen,  et  saint   Osmond  évêque  de  Salisburi ,  comme  il 
a  été  dit  a  leurs  articles.  Il  y  a  même  toute  apparence,  que 
ce  furent  ces  ouvrages,  qui  lui  firent  naître  l'idée  do  son 
dessein,  et  que  ce  fut  à  l'imitation  de  c  s  deux  grands  pré- 
lats qu'il  se  porta  à  l'exécuter.  On  a  vu  qu'il  aimoit  la  ma- 
jesté de  l'office  divin ,  et  qu'il  étoit  soigneux  de  la  mainte- 


ARCHEVESQUE  D'YORK.       .  57      ÏU  SIECLE. 

nir  dans  l'étendue  de  son  diocèse.  C'étoit  un  motif  suffisant 
pour  que  Thomas  se  prêtât  à  un  travail,  qui  y  devoit  na- 
turellement contribuer.  Mais  son  ouvrage  n'existant  plus, 
vraisemblablement  par  la  raison  qu'il  tomba ,  et  fut  éclipsé 
par  celui  de  saint  Osmond,  '  qui  devint  commun  à  toutes  les  p.  579. 
églises  d'Angleterre  dès  le  XIIe  siècle,  il  n'est  pas  possible 
de  rendre  compte  de  la  manière  dont  Thomas  l'avoit  exé- 
cuté. Ainsi  l'on  ne  sauroit  dire  lequel  de  deux  il  avoit  pris 
pour  modèle ,  ou  celui  de  Jean  de  Bayeux ,  ou  celui  de  saint 
Osmond  :  ou  enfin  s'il  s'y  étoit  fait  un  plan  différent. 

2°.  Thomas  épousa  le  génie  et  entra  dans  le  goût  de 
grand  nombre  de  pieux  personnages  de  son  temps ,  qui  se 
plurent  à  composer  des  chants  ecclésiastiques.  Ce  travail 
littéraire  consistoit  à  mettre  en  musique,  ou  noter  en  plain- 
chant  des  hymnes,  des  répons,  des  antiennes,  etc.  dont 
ceux  qui  prenoient  ce  soin,  fournissoient  souvent  les  paro- 
les, ou  le  texte.  Notre  pieux  archevêque  en  composa  sim.  bib.  &. 
lui-même  un  recueil  à  l'usage  de  son  église  Mais  per- 
sonne ne  nous  apprend ,  s'il  s'en  trouve  encore  aujourd'hui 
quelque  partie  dans  les  anciens  livres  manuscrits. 

5°.  '  Le  différend  entre  Thomas  et  saint  Anselme  de  Can-  Ead.  hist.  nov.  1. 
torberi,  touchant  la  profession  d'obéissance,  que  le  premier  sèi?'i.  s, ep.  ub~ 
refusoit  de  faire  à  l'autre  comme  à  son  primat,  donna  oc-  i55e'pI88  187' '  l" 
casion  à  plusieurs  lettres  de  part  et  d'autre.  On  en  a  cinq  de 
saint  Anselme  à  ce  sujet  ;  mais  il  ne  nous  en  reste  de  la  part 
de  Thomas   qu'une   seule  entière,  avec    le   fragment  d'une 
autre,  qui  paroit  avoir  été  la  dernière  de  son  côté  sur  cette 
contestation ,  et  qui  attira  la  dernière  si  fulminante  ue  saint 
Anselme.  '  Celle  de  notre  archevêque,  que  l'historien  Ed-  Ead.ibid.p.so  1 
mère  et  le  père  Alford  ont  enchâssée  dans  leurs  histoires,  est  n"°s».'  an'  U°8' 
écrite  en  beaux  termes  et  avec  politesse.  On  y  a  quelques  faits 
historiques  ;    mais   elle  tend  principalement  à  éloigner  l'e- 
xécution de  ce  que  saint  Anselme  exigeoit  de  lui  suivant  la 
coutume. 

Il   s'agissoit   de   la   profession   d'obéissance  à  l'église  de 
Cantorberi,  qu'il  devoit  faire  avant  son  ordination,  et  qu'il 
fit  enfin  après  la  mort  de  saint  Anselme,  ainsi  qu'il  a  été  dit 
plus  haut.  '  On  a  été  soigneux  de  la  conserver  à  la  posté-  Ead.  ib.  p.. 83, 1 
rite;  et  elle  se  trouve  dans  Edmere,  d'où  elle  a  passé  en  di-  p'.^'qi*0  l  *' 
vers  autres  recueils. 

5* 


XII  SIECLE. 


38  LAMBERT, 


LAMBERT, 

ËVESQUE     D'ARRAS. 


HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

* 

Lambert  est  devenu  célèbre  dans  l'histoire  par  p'usieurs 
événefhens   de   sa    vie ,    et  fut   dans    son  temps  un   des 

Bai.  mise. i  5,  p.  oracles   de    la   seconde   Belgique.      11  naquit  à  Gnine ,  pe- 

3ii'. 21'300, 3I  '  'ite  vil'0  de  Picardie  à  deux  lieues  de  Calais,  vers  le  mi- 
lieu du  siècle  précédent.  Sa  famille  étoit  distinguée  en- 
tre la  noblesse  du  pays,  et  comptoit  dans  sa  parenté,  les 
maisons   de    Pontliicu    et    de   l'ierrefons.    Elle   prit  so.n    de 

p.  251, 253.  faire  étudier  le  jeune  Lambert;  '  et  il  y  réussit  à  acquérir 

un  riche  fonds  de  sçavoir,  qui  le  lit  briller  depuis  dans  le 

Gai.  eiir.  nov.  t.   ministère  de  la  parole  et  les  fonctions  de  l'épiscopat.  '  Etant 

3'P-32Î-  entré   dans    le    clergé   de  Térouane,    il   en   devint   archidia- 

cre.   De-là  il  passa  au   bout   de  quelque   temps  à  la  collé— 

Bai.  ib.  p.  mo,  giale  de  Lille  '  où  il  remplit  un  canonicat  et  la  dignité 
de  grand-chantre.  Il  s'y  distingua  par  une  éminente  piété, 
et  le  rare  talent  qu'il  avoit  pour  la  chaire,  ('eux  qui  assis- 
toient  à  ses  prédications,  en  étoient  si  touchés,  qu'ils  s'é- 
crioient,  en  lui  appliquant  les  acclamations  que  les  habi- 
tons de  Naïm  donnoient  à  Jesus-Clirist  :  Vu  grand  Prophète 
a  paru  parmi  nous;  et  Dieu  a  visité  son  peuple. 

p.  237.  •  Tel  étoit  Lambert,  '  lorsqu'en    1092,  à  la  mort  de  Gé- 

rard II,  évèque  de  Cambrai  et  d'Arras,  le  pape  Urbain 
II   forma    le  dessein   de  séparer  ces  deux   diocèses,   réunis 

i'.  237,  >ix.  ensemble   depuis  plus  de  cinq    cens  ans.  '  Le  clergé  et  le 

peuple  d'Arras,  profilant  de  la  vacance  du  siège,  n'ou- 
blièrent rien  auprès  du  souverain  pontife,  afin  d'en  obte- 
nir un  évèque  particulier  pour  leur  église.  Urbain  y  donna 
d'autant  plus  volontiers  les  mains,  qu'il  désiroit  plus  ar- 
demment de  rendre  à  la  métropole  de  Reims  ses  douze 
anciens  sullragans,  dont  elle  avoit  perdu  Arras  par  sa  réu- 
nion à  Cambrai  ;  et  Tournai,  qui  ne  faisoit  non  plus  qu'un 


EVESQUE  D'ARRAS.  39      xu  SIECLE> 


seul  diocèse  avec  Noyon.  Cependant  les  Cambraisiens  se 
remuèrent  de  leur  côté,  pour  empêcher ,  l'exécution  du  des- 
sein projette.  Enfin  le  droit  des  uns  et  des  autres  ayant  été 
discuté  dans  le  concile  de  la  province,  tenu  à  Reims  le 
troisième  dimanche  de  carême  de  l'année  suivante  4  095, 
l'archevêque  Renaud  du  Bellai,  qui  y  présidoit,  en  envoya 
le  résultat  au  pape,  qui  ordonna  que  l'église  d'Arras  se  choi- 
sirait sans  délai  un  évêque,  qui  lui  seroil  propre. 

Celte  nouvelle  causa  beaucoup  de  joie  à  Arras;  et  l'on  p.  948,251. 
s'y  prépara  aussi-tôt  par  le  jeûne,  la  prière  et  les  aumônes 
à  procéder  à  cotte  élection.  Les  chanoines  ne  voulant  rien 
faire  qu'avec  la  plus  gratide  maturité,  écrivirent  à  ceux  de 
Lille,  les  priant  de  leur  envoyer  trois  ou  q:;alre  de  leurs 
confrères,  pour  ks  aider  de  leurs  lumières  dans  une  affai- 
re aussi  importante.  Ils  en  nommoient  trois  personnelle- 
ment, Clarcmbaut,  le  chantre  Lambert,  et  un  autre  Lam- 
bert sornommé  de  Cummines,  ou  peut-être  Commines, 
qui  leur  furent  envoyés.  Tout  étant  disposé  pour  l'élec- 
tion, le  dimanche  dixième  de  Juillet,  après  la  grand'mes- 
se,  où  il  se  trouva  une  multitude  de  monde,  le  clergé  élut 
Lambert  grand-chantre  de  Lille,  ce  qui  fut  applaudi  du 
peuple  par  trois  acclamations  réitérées  de  sa  part.  Sur  le 
champ  on  l'intronisa  dans  la  chaire  épiscopale,  malgré 
tout  ce  qu'il  put  faire  pour  l'empêcher,  et  marquer  le  sin- 
cère éloignement  qu'il  avoit  pour  cette  dignité.  Mais  on 
n'eut  aucun  égard,  ni  à  sa  résistance,  ni  à  ses  larmes,  non 
plus  qu'à  celles  de  ses  confrères,  qui  étoient  consternés 
de  la  perte  que  faisoit  par-là  leur  compagnie.  On  le  mit 
cependant  sous  sûre  garde,  de  peur  qu'il  n'échappât. 

'  Les   Artésiens   prirent  ensuite   les  mesures  pour  le  faire  p.  250,  255,  259. 
sacrer.  Mais  toutes  les  instances  qu'ils  firent,  et  que  fit  le  pb°i64-468C' l' 10, 
pape   même   auprès  de  leur  métropolitain,    furent   inutiles. 
Renaud  refusa  toujours,   par  les  raisons  qu'on  a  rapportées 
dans  son  histoire,  de  se  prêter  à  cette  ordination,  et  la  ren- 
voya au  pape.  Il  fallut  donc    prendre   le   parti  de  conduire 
Lambert  à  Rome.  '  Il  partit  pour  ce  voyage  sur  la  fin  de  Bai.  ib.  p.  -2.», 
Décembre;    et    en   passant   par   Dijon,    Hugues    archevêque  p.  ici. 
de   Lyon,    qui    s'y    trouvoit   pour   quelque    fonction    de   sa 
légation,  le  fit  conduire  dans   sa   ville  archiépiscopale,  par 
Hugues,    abbé  de  Cluni.   Lambert,  avec  ceux  de  sa  suite, 


XII  SIECLE. 


40  LAMBERT, 


y  fut  retenu  six  Jours,  à  cause  de  la  rigueur  de  l'hyver,  et 
n'arriva  à  Rome  que  le  vendredi  avant  le  dimanche  de  la 
Quinquagesime.  Dès  le  lendemain  de  grand  matin ,  il  alla 
trouver  le  pape,  et  prosterné  à  ses  pieds,  le  supplia  instam- 
ment de  le  décharger  de  cette  élection.  Urbain  l'ayant  re- 
levé, lui  donna  le  baiser  de  paix,  et  tâcha  de  le  consoler  par 

Bai.  ib.  p.  257  j    ses   discours.   '  Après  quoi   il  ordonna  à  Daïmbert,   arche- 

46ts.  veque  de  Pise,  et  a  Pierre  de  Léon,  de  le  loger  lui  et  sa 

suite.  Au  bout  de  quelques  jours,  le  pape  proposa  en  con- 
sistoire l'affaire  du  nouvel  évêque,  que  quelques  Romains 
voulant  retenir  dans  le  pays,  postulèrent  pour  le  siège 
d'Ostie.  Mais  le  pape  ayant  à  cœur  le  rétablissement  de 
l'évèché  d'Arras,  refusa  d'entendre  à  leur  demande,  et 
sacra  évêque  Lambert  en  présence  de  plusieurs  prélats, 
cardinaux  et  autres,  le  dix-neuviéme  de  mars  4094. 

sa» «s '  P'  258'  'Lambert  passa  encore  quelque  temps  à  Rome;  et  après 
avoir  assisté  au  jugement  qu'Urbain  rendit  en  faveur  de  l'ar- 
chevêque de  Tours  contre  l'évêquc  de  Dol,  il  en  partit  le 
vendredi  après  la  Quasimodo  :  muni  de  bulles,  tant  pour  son 
métropolitain ,  que  pour  sa  propre  église ,  les  abbés ,  les 
abbesses ,  et  le  comte  de  Flandre  ,  afin  qu'elles  lui  ser- 
vissent de  titres.  11  prit  sa  route  par  mer  en  la  compagnie  des 
archevêques  d'Aix  et  de  Tours ,  et  se  rendit  heureusement 
à  son  église,  dont  il  prit  de  nouveau  possession  le  jour  de  la 

p.  269-271.  Pentecôte.    Malgré    tant     de   justes   précautions,       l'arche- 

vêque Renaud  et  le  chapitre  métropolitain  ne  laissoient 
pas  de  regarder  le  nouvel  évêque  comme  usurpateur  du 
siège  d'Arras.  Lambert  l'ayant  appris ,  leur  écrivit  des 
lettres  polies,  mais  fortes,  pour  se  plaindre  de  cette  in- 
jure. Elle  cessa  apparemment,  lorsqu'il  eut  été  à  Reims  faire 
.  sa  profession  d'obéissance  à  son  métropolitain  :  ce  qu'il  exé- 
cuta le  vingt-unième  de  Septembre,  jour  de  la  fête  de  saint 

conc  il».  P.  497.  Matthieu  de  la  même  année  4094;  'et  il  fut  du  nombre  des 

Mab.  anu.  i.  6s»  prélats  qui  y  célébrèrent  alors  un  concile.  '  Peu  de  temps 
après  il  assista  à  un  autre  ,  que  le  légat  Hugues  ,  arche- 
vêque de  Lyon,  assembla  à  Autun. 

Bai  ib  p  273.  'L'année  suivante,  l'archevêque  Renaud  lui  écrivit, 
pour  l'inviter  de  la  part  du  pape  à  se  trouver  à  celui  que  ce 
pontife  avoit  résolu  de  tenir  en  Toscane ,  ou  en  Lombar- 
die.   [1  le  tint  effectivement  à  Plaisance;  mais  Lambert  n'y 

assista 


EVESQUE  D'ARRAS.  4^ 


XII  SIECLE. 


assista  point,  sans  qu'on  en  sache  la  véritable  raison.  '  Ur-  p.  279,  -280.  | 
bain,  après  la  célébration  de  ce  concile,  étant  venu  en  conc.  a»,  p.  47  , 
France  pour  la  tenue  de  celui  de  Clermont  en  Auvergne, 
écrivit  du  Puy-en-Velay  à  notre  évêque  ,  pour  l'y  inviter, 
en  lui  marquant  que  l'église  de  Cambrai  se  disposant  à  l'y 
inquiéter,  il  eût  à  prendre  ses  mesures.  Son  métropolitain 
lui  avoit  déjà  fait  la  même  invitation  de  la  part  du  Pape,  et 
enjoint  d'y  amener  le  plus  qu'il  pourroit  d'abbés  et  au- 
tres supérieurs,  avec  les  seigneurs  de  son  diocèse,  et  nom- 
mément Baudouin  comte  de  Mons. 

'  Lambert  fut  exact  à  l'exécuter,  et  partit  d'Arras  le  vingt-  Bai.  it>.  p  280. 
huitième  d'Octobre,   menant  avec  lui   au  concile  les    abbés 
de    S.    Wast,    d'Anchin,    le    prévôt,     le   chantre,    le   sco- 
lastique  de   sa  cathédrale,  Osbert  écolâtre   de   Bethune,    et 
quelques  autres  des   premiers  du   clergé.    Mais  son   voyage 
ne  fut  pas  tout  à  fait  heureux.  En  sortant  de  Provins,  il  fut 
arrêté  avec  sa  suite,  et  fait  prisonnier  par  Garnier,  seigneur 
de    Château-Pont,  '  qui  le  retint  ainsi    plusieurs  jours.    Le  p.  281. 
pape  l'ayant    appris,    en   écrivit   aussitôt  à  ce  seigneur,   et 
à  Richer,  archevêque  de  Sens,  dans  le  diocèse  de  qui  cette 
violence    s'étoit   commise.  Philippe,  évêque   de    Troycs,    et 
frère   de  Garnier,    en  étant  instruit,   agit    de  son  côté,   et 
réussit  à  délivrer  les  prisonniers  au  bout  de  trois  jours  de  pri- 
son. Garnier  reconnoissant  sa  faute,  en    fit  à  î'évêque  une 
satisfaction  convenable,  et  après  l'avoir  bien  régalé,  le  con- 
duisit jusqu'à  Auxerre.  '  Lambert  arrivé  à  Clermont,   y  fut  p.  282. 
reçu  avec  honneur,   tant  de  la  part  de   Hugues,  archevêque 
de    Lyon,    que    de    colle  du    Pape.   '  Il    fut   un    des   pré-  Galba  chr.  ib.  p. 
lats    du   concile,    qui    y    firent   un  plus  grand  personnage;  323' 
ayant  reçu  la  commission  d'en  diriger  les  actes.  '  A  la  fin  de  Bai.  ib. 
l'assemblée,  il  eut  la  consolation  d'y  voir  confirmer  le  réta- 
blissement de  son  évêché,  après  qu'on  y  eut  fait  la  lecture  des 
titres  qui  le  concernoient.  '  C'est  ce  qui  fut  encore  confirmé  p.  275-2-8.     | 
de  nouveau  dans  la  suite,  par  deux  diverses  bulles  du  pape  ess^è."  P' 
Pascal  II,  successeur  immédiat  d'Urbain.  '  Lambert  retourna  Gaii.  chr.  ib. 
à  son  église,  avec  la  qualité  de  légat  du  s.  siège  dans  la  2  Bel- 
gique, et  se  donna  tout  entier  aux  fonctions  de  son  ministère. 
Jusques-là  ses   fréquens  voyages  ne  lui   avoient  pu  per- 
mettre   de   vaquer  à    l'arrangement  de  son   diocèse.    Mais 
aussi-tôt  après  le  concile  de  Clermont,  il  assembla  son  sy- 

Tome  X.  F 


XII  SIECLE. 


42  LAMBERT, 


node,  et  y  régla  la  division  des  paroisses.  Quant  aux  li- 
Bai.  iii.  p.  26i,  mites  du  diocèse  en  lui-même,  '  elles  avoient  été  déjà 
'*""'  268-  fixées    par    les   bornes    des   deux    royaumes    de    France    et 

d'Allemagne,   telles  qu'elles  étoient  anciennement. 

La  manière  dont  Lambert  gouverna  son  église,  lui  at- 
tira l'estime,  la  vénération,  la  confiance  des  plus  grands 
prélats  et  des  princes  même  de  son  temps.  De  toutes 
parts  on  s'adressoit  à  lui,  comme  à  un  oracle  :  ce  qui  est 
prouvé  par  le  recueil  de  ses  lettres,  où  l'on  en  compte 
plus  de  cent  quarante,  tant  des  siennes  propres,  que  de 
p.  306.  307,  320,  celles  qu'on  lui  écrivit.  '  Les  "deux  papes  Urbain  et  Pas- 
3-23-325,315.         ^^     |cs     ^^    lln,,lu.s_    archevêquc    de.    Lyon ,    Richard 

évêque  d'Albane,  Odon,  Jean  et  Benoît  étoient  si  avan- 
tageusement prévenus  en  faveur  de  ses  lumières  et  de  l'é- 
quité de  ses  jugemens,  qu'ils  y  avoient  souvent  recours, 
et  s'en  rapportoient   volontiers  à   ses  décisions  dans  les  af- 

p.  306,342.  |  ivo.  faircs  les  plus  épineuses.  '  Son  mérite,  sa  piété,  son  zèle 
pour  la  discipline  ecclésiastique  l'avoicnt  aussi  intimement 
lié  avec    S.    Anselme   de  Cn.ntorbéri    et   le   célèbre   Ives   de 

Bai.  ib.  p.  345  Chartres.  Par  les  mêmes  motifs  '  Henri  I  ,  roi  d'Angle- 
terre lui   avoit  donné  beaucoup  de  part  à  l'honneur  de  ses 

p.  336.  bonnes   grâces.    '  Le  légat    Richard  ,   évêque   d'Albane,   fai- 

sant dans  une  lettre  à  Robert  le  jeune,  comte  de  Flan- 
dre, l'éloge  de  Lambert,  manque  d'expressions  pour  rele- 
ver l'estime  éclatante  qu'il  s'étoit  acquise  par  sa  conduite, 
sa  vertu,  son  attachement  pour  le  saint  siège,  qui  croit, 
dit-il,  le  devoir  regarder  comme  le  premier  évêque  de 
l'église  Gallicane. 

Il    s'y    passa    peu    d'événemens    considérables,    auxquels 

p.  275.  |  Mart.   noire   prélat    n'eût    quelque    part.    On    ignore    le   sujet  '  du 

e"!  ' p'   voyage  qu'il  fit  à  Rome  au  commencement  de  l'année  4  099. 

Peut-être  y  fut-il  appelle  exprès  avec  les  autres  évêques 
de  sa  province,  pour  le  grand  concile  que  le  pape  Urbain 
y  célébra  le  second  dimanche  après  Pâques  contre  les  er- 
reurs des  Grecs,  et  auquel  Lambert  assista  avec   les  autres 

ronc.  ib.  p.  cio,  sufTragans  de  Reims.  '  Il  en  étoit  de  retour  au  mois  de 
juillet  suivant;  puisqu'il  se  trouva  à  un  autre  concile  que 
Manassé  son  métropolitain  assembla  à  saint  Orner  le  quator- 
zième du  même  mois,  en  faveur  de  la  trêve  de  Dieu. 

p  658.  '  D'abord   le  pape   Paschal  avoit  commis   Richard   évêque 


EVESOUE  D'ARttAS.  43 


XII  SIECLE. 


d'Albane  son  légat,  pour  absoudre  Philippe  I,  roi  de 
France,  de  l'excommunication  qu'il  avoit  encourue  en  con- 
séquence de  son  mariage  incestueux  avec  Bertrade.  Mais 
il  en  renvoya  depuis  la  commission  à  notre  évêque ,  '  à  p.  742. 
qui  le  roi  écrivit  aussi-tôt  à  cet  effet.  La  cérémonie  s'en 
fit  à  Paris  le  second  de  décembre  1105,  en  présence  de 
deux  archevêques,  Daïmbert  de  Sens  et  Raoul  de  Tours; 
des  évoques  de  Chartres,  d'Orléans,  d'Auxerre,  de  Pa- 
ris, de  Meaux,  de  Noyon ,  de  Scnlis,  de  plusieurs  ab- 
bés, et  de  grand  nombre  d'autres  personnes  clercs  et  laïcs. 
Il  est  aisé  de  juger  de  l'honneur  qui  en  revint  à  notre  pré- 
lat. C'est  de  la  lettre  qu'il  écrivit  incontinent  au  pape, 
que  nous  apprenons  le  détail  de  tout  ce  qui  se  passa  en 
cette  occasion.  I.cs  légats  Jean  et  Benoît  ayant  eon-  Bal.  ib.  p.  306, 
voqué  à  Poitiers  un  concile,  apparemment  celui  de  -HOC,  307' 
voulurent  que  l'évêque  Lambert  fût  de  l'assemblée;  mais 
on    ignore   s'il   y  assista. 

Enfin,  après  que  Lambert  eut  exercé  les  fonctions  d'un 
bon  pasteur  un  peu  plus  de  vingt-deux  ans,  à  compter  depuis 
son  élection,  et  seulement  vingt-un  ans,  ûcux  mois  moins 
trois  jours  depuis  son  sacre,  '  il  mourut  le  seizième  de  Caii.  christ,  ib.  p. 
mai  de  l'année  LL15,  et  fut  enterré  dans  son  église  ca-  ut  t.  aTp!'?™}" 
thédrale,  du  côté  du  chœur,  au  septentrion.  On  voit  en-  aneci.  s.p.eoo. 
core  dans  la  croisée  de  ce  même  côté  le  tombeau  de 
notre  prélat,  avec  sa  représentation,  qui  paroît  d'une  struc- 
ture assez  moderne.  11  n'en  est  pas  de  même  de  son  épi— 
tapbe  qui  se  lit  en  prose  sur  le  mur ,  et  en  ancien  caractère. 
Outre  la  date  de  sa  mort  et  le  rétablissement  de  l'évêché 
d'Arras,  elle  annonce  un  autre  fait  fort  singulier.  Elle  porte 
que  la  sainte  Vierge  avoit  apparu  dans  la  môme  église  à 
Lambert  et  à  deux  Jongleurs  qu'elle  nomme ,  et  qu'elle 
avoit  donné  à  l'évcque  un  cierge ,  qui  avoit  la  vertu  de 
guérir  ceux  qui  étoient  attaqués  du  mal  des  ardens,  alors 
fort  commun  en  France.  Jean  d'Yprcs ,  chroniqueur  de  saint 
Berlin  rapporte  une  autre  Epi  tapbe  qui,  nonobstant  la  pla- 
titude des  vers ,  caractérise  mieux  notre   Prélat.  La  voici  : 

EPITAPHE. 

Vedastns  propiïns  fuit  hnjus  Episrnpus  tirbis  : 
Post  cujus  obilum  proprio  sine  prasule  languens 


III  SIECLE. 


44  LAMBERT, 

Haee  sedes ,  flevit  subjecla  diù  Cameraco. 
Donec  Lambertum  tumulo  qui  clauditur  istn , 
Moribus  egregium  ,  sapientem  ,  religiosura 
Romae  sacravit  Urbanus  Papa  secundus, 
Et  proprium  Sedi  pastorem  reddidit  isti. 
Mundo  decessit ,  cum  Malus  ab  idibus  exit  : 
Prsstet  ei  requiem  Dominus  sine  line  manentem. 

Gaii.  cbr.  ib.  p.  '  Quelques  écrivains  ont  été  dans  l'opinion ,  que  Lam- 
bert avoit   été   honoré  de  la  pourpre  romaine,  sur  ce  qu'il 

Bai.  ib.  p.  281,  est  qualifié  prélat  cardinal,  cardinalem  antistitem ,  '  dans 
les  bulles  d'Urbain  II,  et  de  Paschal  son  successeur,  et  en- 
core ailleurs.  Mais  cette  qualification  ne  signifie  ici  autre 
chose,  sinon  que  Lambert  seroit  é'vèque  en  chef  sans  dé- 
pendance de  celui  de  Cambrai  ,  et  qu'il  auroit  son  siège 
propre  et    distingué    de  l'autre  à  perpétuité.  Il  n'y  a   qu'à 

p.  277-279.  lire  avec  quelque  attention  ces   bulles  des  papes,  '  et  d'au- 

tres dont  elles  furent  suivies,  pour  se  convaincre  que  c'est- 
là    le   sens   propre  et    naturel  de   cette  expression.    L'église 

r-  26i-  d'Arras   ne  l'entendoit   point   autrement,   ainsi    qu'il   paroît 

par  sa  lettre  au  pape  Urbain,  en  lui  adressant  son  évê- 
que  pour  l'ordonner ,  et  le  priant  de  cimenter  si  bien  le 
rétablissement  qu'il  venoit  de  faire,  qu'à  l'avenir  on  ne  put 
le  détruire.  Rétablissement  qu'elle  n'a  pas  cru  pouvoir  mieux 
exprimer  que  par  le  terme  à'incardinationis,  qui  confirme 
à  merveille  l'explication  précédente. 

MI- 
SES ÉCRITS. 

oud.  scri.  t  2,  p.  '/Casimir  Oudin  se  flatte  d'être  le  premier  qui  a  élevé 
v^l'évêque     Lambert    à    la    dignité    d'écrivain    écclésias- 

cave,  p.  513,  i.  tique.  '  Mais  en  parlant  ainsi  il  avoit  oublié  que  Guillau- 
me Cave,  qu'il  copie  néanmoins  souvent,  lui  avoit  déjà 
fait  le  même  honneur.  Lambert  le  mérite  à  plus  d'un  ti- 
tre, puisqu'il  a  eu  la  principale  part  à  des  recueils  fort 
intéressans  pour  la  littérature,  mais  que  jusqu'ici  l'on  n'a 
pas  eu  soin  de  faire  connoitre  pour  ce  qu'ils  sont.  C'est  à 
quoi  nous  allons  tâcher  de  suppléer. 


EVESQUE  D'ARRAS.  45      XII  8lBCLE 


•1°.  '  Un  de  ces  recueils  a  été  mis  au  jour  par  M.  Ra-  Bai.  mise  t.  s,  p. 
luze,  et  fait  près  du  tiers  du  cinquième  volume  de  ces  Mis-  3,3." 
cellanea.    M.    Grignon    docteur    de    Sorbone    et    chanoine 
de  la    cathédrale   d'Arras   lui    en    avoit    procuré  une   copie 
faite  sur  le  manuscrit,  qui  porte  le  nom  de  l'évêque  Lam- 
bert ,    et    qui    est   conservé  à  la   bibliothèque   de    la  même 
église.  On  ne  doute  point  sur  ce  titre  et  sur  la  nature  des 
monumens  qu'il  contient,   que  ce  ne  soit  lui-même  qui  l'a 
dirigé,  ou  au  moins  pris  soin  de  le  faire  faire.  On  y  distin- 
gue trois  parties,  '  dont  plusieurs  pièces   qui  composent  la  spic.  1.  3.  p.  123- 
premiere    et    la    seconde,    avoient    été   déjà   publiées  avant  535;  |  c'0n'cP't.  10,' 
que  M.  Raluze  donnât  le   recueil  entier,  dans  d'autres  re-  5-74 ^fv^ass  (re- 
cueils,   tels   que    la   chronique  Relgique   de    Ferreolus  Lo-  677,' 742, 743. 
crius ,   le    Spicilege    de    Dom    Luc    d  Acheri ,    la    nouvelle 
Ribliothéque   de    manuscrits  du  P.  Labbe ,  et  sa  Collection 
générale   des   conciles.  De   même  Aubert  le  Mire   et  quel- 
ques autres  avoient  aussi  déjà  publié  quelques-uns  des  mo- 
numens  que   comprend  la  troisième   partie   du   recueil  ;  et 
depuis  qu'il  a  paru  dans  le  public,   '  d'autres  écrivains  en  caii.  chr.  nov.  t. 
ont  tiré  plusieurs   pièces  qu'ils   ont   enchâssées  dans  leurs    ' app'  p 
ouvrages ,  comme  on  le  voit  nommément  dans  les  preuves 
du  troisième  volume  du  Gallia  Christiana. 

'La  première  partie  de  cet  important  recueil  contient  Bai.  ib.  p.  237- 
les  actes  du  rétablissement  de  l'évêché  d'Artois  :  c'est-à  2 
dire  les  bulles  qu'expédia  Urbain  II  à  cet  effet ,  celles  de 
Paschal  son  successeur  pour  le  confirmer,  les  lettres  que  l'é- 
glise d'Arras,  Lambert  évêque  élu,  Renaud  archevêque  de 
Reims,  métropolitain  de  la  province  et  autres,  écrivirent  sur 
cette  affaire.  Une  des  pièces  le  plus  considérables  de  cette 
première  partie ,  est  la  discussion  du  droit  de  l'église  de 
Cambrai  et  de  celle  d'Arras,  qui  se  fit  dans  le  concile  pro- 
vincial assemblé  le  troisième  dimanche  de  carême  \  095 , 
et  qui  en  forme  les  actes.  Toutes  ces  pièces  rangées  à 
leur  place ,  sont  liées  entr'elles  par  des  courtes  relations 
des  faits  qui  se  passèrent ,  tant  à  l'occasion  du  rétablisse- 
ment de  ce  siège  épiscopal  en  lui-même,  que  par  rap- 
port à  l'élection  et  l'ordination  du  nouvel  évêque.  Et  afin 
de  rendre  son  écrit  plus  complet ,  l'auteur  a  eu  l'attention 
de  pousser  sa  narration  jusqu'à  la  fin  du  concile  de  Cler- 
mont  en  4095,    dans  lequel  cette  grande  affaire  fut  en- 


XII  SIECLE. 


46  LAMBERT, 


tierement  consommée.  Ce  dessein  l'a  conduit  à  y  faire  en- 
trer les  avantures,  qui  arrivèrent  à  Lambert  en  s'y  rendant. 
Qui  que  ce  soit ,  qui  a  pris  soin  de  diriger  cette  partie 
du  recueil ,  on  ne  peut  lui  refuser  la  justice  de  reconnoî- 
tre  qu'il  avoit  du  goût  et  de  l'habileté.  Quoique  l'évêque 
Lambert  puisse  en  avoir  donné  le  dessein,  et  y  avoir  eu  en- 

p.  257.  core  quelque  autre  part,  on  juge  cependant  '  par  un  endroit, 

que    c'est    quelqu'un    des     clercs    qui    l'accompagnèrent    à 

p.  275.  Rome,    plutôt  que  lui-même,   qui  l'a  exécuté.     Or  il  y  fut 

accompagné  d'Odon  chantre  de  son  église ,  d'Achard  sco- 
lastique  et  de  Drogon  prévôt  d'Aubignai.  L'on  voit  par 
le  détail  où  l'auteur  est  entré  de  la  discussion  du  droit  des 
parties,  c'est-à-dire  des  églises  d'Arras  et  de  Cambrai,  que 

p.  240-214.  la  première  défendit  fort  bien  sa  cause.  '  Entre  les  anciens 

monumens  qu'elle  y  cita,  l'on' remarque  le  second  concile 
d'Afrique ,  celui  de  Sardique ,  les  fausses  décrétâtes ,  les 
lettres  de  saint  Grégoire  pape,  la  vie  de  saint  Rémi,  l'his- 
torien Orose,  et  des  chroniques,  qui  traitoient  des  fon- 
dateurs des  villes.  On  y  lisoit ,  que  Romulus  et  Remus 
avoient  fondé  Rome  et  Reims,  Pompée  Arras  et  Soissons. 

p.  283, 376.  '  La    seconde    partie    du    recueil ,    dont    nous    entrepre- 

nons de  renilre  compte ,  comprend  cent  quarante-quatre 
lettres ,  écrites  par  grand  nombre  de  diverses  personnes 
du  premier  ordre  ;  papes ,  cardinaux ,  légats ,  archevê- 
ques, évêques ,  rois,  princes,  princesses,  et  autres  per- 
sonnes constituées  en  dignité.  L'on  y  voit  non-seulement 
quantité  de  traits  qui  concernent  la  discipline  de  la  pro- 
vince ecclésiastique  de  Reims  pendant  plus  de  vingt  ans, 
mais  aussi  plusieurs  événemens  mémorables ,  pour  son 
histoire ,  et  même  pour  l'histoire  générale  de  la  Fran- 
ce. On  y  trouve  encore  diverses  particularités  curieuses 
touchant  les  mœurs  et  les  coutumes  de  ce  temps-là.  Entre 
ces  lettres  on  en  compte  quarante-neuf  qui  appartien- 
nent à  notre  évêque ,  et  dont  il  importe  de  donner  une 
courte  notice,  au  moins  des  plus  intéressantes. 

p.  288, 289.  'La  première  de  ce  nombre,  et  la  neuvième  dans  l'ordre 

du  recueil,  est  écrite  à  l'église  de  Reims,  en  réponse  à  la  pré- 
cédente ;  par  laquelle  cette  église  avoit  donné  à  Lambert 
avis  de  la  mort  de  Renaud  son  archevêque ,  arrivée  le 
vingt-unième  de  janvier  4096,    et   de   l'élection  de  Ma- 


EVESQUE  D'ARRAS.  47 


XII  SIECLE 


nasse  pour  le  remplacer.  Lambert  assure  les  chanoines  de 
Reims,  qu'ayant  appris  cette  mort,  avant  qu'ils  la  lui  eus- 
sent annoncée,  il  avoit  déjà  fait  faire  à  sa  cathédrale  et 
à  l'abbaye  de  saint  Vaast,  et  ordonné  qu'on  fit  dans  le  reste 
de  son  diocèse,  les  prières  accoutumées  pour  le  repos  de 
l'ame  du  prélat  défunt.  Du  reste  il  approuve  leur  nouvelle 
élection,  et  les  congratule  d'avoir  choisi  un  aussi  digne  su- 
jet, dont  il  fait  l'éloge  en  peu  de  mots.  Sa  lettre  est  du  se- 
cond jour  de  février  de  la  même  année. 

Si  les  antres  lettres  de  notre  évêque,  contenues  dans 
cette  seconde  partie  du  recueil,  sont  postérieures  à  la  pré- 
cédente pour  le  tems,  il  est  visible  qu'on  n'y  en  a  fait  entrer 
aucune  de  celles  qu'il  écrivit  les  trois  premières  années  de 
son  épiscopat,  à  compter  depuis  son  élection.  Or  de  toute 
celles-ci ,  il  n'en  reste  que  deux  qui  se  trouvent  dans  la  pre-  p.  269,  272. 
miere  partie  du  recueil;  l'une  à  l'archevêque  Renaud,  l'au- 
tre aux  chanoines  de  son  église.  Lambert  les  écrivit  quelque 
tems  après  son  ordination  et  son  retour  de  Rome ,  pour  se 
plaindre  de  ce  que  malgré  son  exactitude  à  leur  faire  re- 
mettre les  lettres  du  Pape,  qu'il  en  avoit  apportées,  et 
malgré  les  excuses  légitimes  qu'il  leur  avoit  fait  faire  de  n'a- 
voir pu  jnsques-là  aller  en  personne  rendre  l'obéissance  qu'il 
devoit  à  son  métropolitain,  à  qui  néanmoins  il  en  avoit  en- 
voyé la  profession  par  écrit,  il  étoit  encore  à  recevoir  quel- 
que signe  de  bienveillance,  et  la  moindre  consolation  de  la 
part  de  son  église  métropolitaine;  qu'au  contraire  elle  le 
regardoit,  s'il  falloit  s'en  rapporter  aux  bruits  publics,  com- 
me usurpateur  de  son  siège.  A  la  fin  de  ces  deux  lettres 
vient  la  profession  d'obéissance  de  Lambert  à  l'archevêque 
Renaud.  De-là  on  doit  conclure,  que  le  recueil  dont  il  s'a- 
git ici,  ne  contient  pas  toutes  les  lettres  de  notre  prélat, 
et  qu'il  s'en  est  perdu  beaucoup  d'autres. 

'Une  entre  celles  qui  nous  restent,  et  qui  méritent  d'être  p.  300, 302. 
connues,  est  la  vingt-neuvième  de  la  seconde  partie  du  re- 
cueil ,  adressée  à  Gérard ,  évêque  de  Terouane.  Achard , 
chanoine  et  prévôt  d'Arras,  après  avoir  offensé  son  évêque, 
avoit  quitté  son  église,  et  s'étoit  réfugié  dans  celle  de  Te- 
rouane, où  on  le  retenoit  contre  les  règles,  quoique  son 
évêque  fût  allé  lui-même  le  répéter ,  et  qu'il  eût  prié  plus 
d'une  fois  Gérard  de  le  lui  renvoyer.  Lambert  se  plaint  de 


XII  SIECLE. 


48  LAMBERT, 


ce  violement  des  canons,  et  cite  à  ce  sujet  l'autorité  des 
conciles  de  Carthage,  et  celle  du  pape  saint  Léon  le  Grand, 
dont  il  copie  un  assez  long   texte.  L'auteur  montre    par-là 

p.  299-300.  qu'il  étoit  fort  versé  dans  la  discipline  ecclésiastique.  '  C'est 

ce  qui  paroît  encore  par  la  vingt-cinquième  lettre  du  même 
recueil,  aux  chanoines  réguliers  de  Guastines,  où  le  même 
Achard  s'étoit  auparavant  retiré  sans  la  permission  de  l'é- 
vêque. 

p.  384-306  'Lambert  adresse   deux   de   ses  autres  lettres,  la    trente- 

quatrième  et  la  trente-sixième  du  recueil,  au  pape  Urbain 
II,  avec  le  titre  de  père  des  pères,  qui  est  le  même  qu'é- 
vêque  des  évêques  :  titre  qu'il  donne  aussi  à  Paschal  II,  suc- 
cesseur d'Urbain,  mais  non  pas  toujours  uniformément.  La 
première  à  Urbain  roule  sur  l'affaire  de  Robert,  abbé  de 
saint  Renii  de  Reims.  Mais  pour  éviter  les  redites,  nous  re- 
mettons à  en  rendre  compte  à  l'article  de  Robert ,  un  de  nos 
historiens  de  la  première  croisade.  L'autre  lettre  au  même 
pape,  est  une  simple  recommandation  en  faveur  de  Gérard, 
évêque  de  Terouane,  elle  fut  écrite  après  le  concile  que  ce 
pontife  tint  à  Nisme  au  mois  de  juillet  4096,  en  s'en  re- 
tournant de  France  en  Italie. 

89P  9i'  ^V85^'       ^n   comPte   jusqu'à   douze   lettres   de   l'évêque  Lambert 

135,144'  '  '  au  pape  Paschal,  les  mêmes  que  nous  marquons  à  la  marge. 
Le  recueil  en  contient  au  moins  autant  de  Paschal  à  Lam- 
bert, dont  plusieurs  entre  les  unes  et  les  autres  constatent  la 
dignité    de   légat    dans    la    seconde    Belgique ,    dont    notre 

p.  323, 324.  évêque  étoit  revêtu.  '  Par  une  de  ces  lettres,  il  prie  le  pon- 
tife Romain  de  confirmer  le  jugement  qu'il  avoit  rendu  en 
cette  qualité ,  entre  Jean ,  évêque  de  Terouane ,  et  les 
clercs  de  l'église  d'Ypres  :  jugement  dont  ces  derniers,  qui 
avoient  été  condamnés,  vouloient  appeller  au  saint  siège. 

p  337,338  'Par  une  autre,  il  supplie  le  même  Pape  de  maintenir  ce 

qu'il  avoit  déjà  si  heureusement  commencé.  Il  s'agissoit 
d'une  petite  abbaye  que  Lambert  avoit  érigée  sous  la  règle 
de  saint  Benoît,  avec  l'autorité  du  saint  siège,  et  sous  la  dé- 
pendance de  l'église  d'Arras,  en  un  lieu  nommé  saint  Prix 
de  Fercheres ,  et  que  l'abbé  de  saint  Prix  au  diocèse  de 
Noyon ,  tentoit  de  revendiquer ,  comme  dépendante  de  son 
monastère. 

p.^ 364-367,  375,      '  Les   trois   dernières  lettres  à  Paschal,    les  plus  prolixes 

de 


EVESQUE  D'ARRAS.  49      XIISiBClr. 

de  toutes,  concernent  les  différends  entre  les  chanoines 
de  la  cathédrale  d'Arras  et  les  moines  de  saint  Vaast  d'une 
part;  les  chanoines  de  la  cathédrale  de  Tournai  et  les 
moines  de  saint  Martin  de  l'autre.  Différends  qui,  bien  que 
pour  de  légers  intérêts,  causèrent  de  grandes  agitations  dans 
ces  églises,  et  exercèrent  plus  d'une  fois  la  patience  de 
notre  bon  évêque.  Enfin  il  vint  à  bout  de  les  terminer;  et 
la  cent  quarante-quatrième  lettre,  la  dernière  de  tout  le 
recueil,  est  pour  rendre  compte  au  pape  de  quelle  manière 
il  avoit  réussi  à  concilier  les  intérêts  des  chanoines  et  des 
moines  de  Tournai  en  particulier.  Lambert  finit  cette  let- 
tre en  conjurant  le  pape  avec  de  grands  sentimens  de  foi 
et  de  piété,  de  prier  le  Seigneur  de  lui  faire  la  miséricorde 
de  lui  pardonner  ses  péchés,  et  de  le  retirer  de  la  prison  et 
des  ténèbres  de  cette  vie.  '  11  lui  fait  la  même  prière ,  en  p.  365,  368.  ep. 
finissant  une  autre  de  ces  lettres,  par  où  l'on  voit  que  ce 
pieux  évêque  sentoit  tout  le  poids  de  l'épiscopat,  et  com- 
bien il  avoit  à  cœur  les  biens  futurs.  Presque  toutes  ses  au- 
tres lettres  au  même  Pape,  ne  sont  que  des  recommanda- 
tions en  faveur  de  personnes  qui  imploroient  le  crédit 
qu'avoit  Lambert  auprès  de  ce  souverain  pontife.  La  der- 
nière de  toutes  est  précédée  '  de  l'accord,  ou  transaction  p.  371-376. 
qu'il  fit  entre  les  chanoines  de  Tournai  et  les  moines  de 
saint  Martin. 

Lambert  adresse  aussi  plusieurs  de  ses  lettres  à  l'arche- 
vêque  Manassé   II,    son   métropolitain.  '  Une   des  plus  re-  P.  327,  328. 
marquables  est  celle  qu'il  lui  écrivit  en   réponse  à  ce  qu'il 
exigeoit   qu'on    gardât   un    interdit  général   dans  le  diocèse 
d'Arras,  comme  il  le  faisoit  observer  dans  celui  de  Reims, 

raison  de  l'injure  outrageante  qu'on  avoit  faite  à  Hugues, 
évêque  de  Châlons-sur-Marne,  en  l'arrêtant  et  le  tenant 
prisonnier  dans  son  propre  diocèse.  Lambert  surpris  d'une 
telle  proposition ,  allègue  d'abord  les  raisons  qu'il  avoit 
pour  ne  pas  reconnoitre  qu'elle  vînt  de  la  part  de  son  ar- 
chevêque. Après  quoi  il  lui  montré  par  plusieurs  exemples, 
et  par  ce  qui  lui  étoit  arrivé  à  lui-même  en  se  rendant  au 
concile  de  Clermont ,  que  ce  n'est  pas  là  l'esprit  ni  la  pra- 
tique de  l'église,  et  qu'il  n'y  a  que  ceux  qui  font  les  fautes 
qui  en  doivent  porter  la  peine;  l'interdit  en  étant  une  des 
plus  griéves,  qui  s'étendroit  sur  une  infinité  d'innocens. 

Tome  X.  G 


XII  SIECLE. 


50  LAMBERT, 


p.  3i3.  Le  recueil  ne  nous  présente  '  qu'une  seule  lettre  de  Lam- 

bert à  saint  Anselme  archevêque  de  Cantorbéri,  quoiqu'il 
y  en  ait  deux  de  celui-ci  à  Lambert.  C'est  la  quatre-vingt- 
douzième,  qui  n'est  pas  autrement  fort  intéressante  :  sinon 
qu'elle  est  écrite  en  beaux  termes,  et  avec  beaucoup  de 
politesse.  Lambert  inquiet  de  la  santé  du  saint  archevêque 
lui  en  demande  des  nouvelles,  et  le  secours  de  ses  prières, 
surtout  au  saint  autel. 

p.  344.  Il  fait  la  même  demande  et  en  mêmes  termes  à  Daïmbert 

archevêque  de  Sens,  à  qui  il  adresse  une  autre  de  ses 
lettres,  la  quatre-vingt-dix-neuvième  du  recueil.  C'est 
encore  une  lettre  de  pure  politesse  et  bien  écrite,  par  la- 
quelle il  annonce  à  Daïmbert  qu'il  lui  envoie  une  paire  de 
gants  brodés  en  or  avec  un  manuterge. 

p.  346-348.  'La  cent  cinquième,  la  cent  sixième  et  la  cent  neuvième, 

qui  appartiennent  encore  à  Lambert,  ne  sont  non  plus 
que  des  lettres  de  politesse  et  de  recommandation.  La  pre- 
mière des  trois  est  écrite  au  roi  Louis  le  Gros,  pour  le 
prier  d'honorer  d'une  audience  le  porteur  qui  étoit  cliargé 
de  communiquer  de  vive  voix  à  ce  prince  certaines  choses 
de  la  part  de  notre  évêque.  Dans  celle-ci,  comme  dans 
plusieurs  autres,  l'auteur  ne  prend  dans  l'inscription  que  le 
titre  de  prêtre,  et  ajoute  le  plus  souvent  par  un  autre  trait 
d'humilité,  la  qualification  de  serviteur  inutile.  Les  deux 
autres  lettres  indiquées  sont  adressées,  l'une  à  Raoul  le  Yerd 

p.  307,  358.  archevêque  de  Reims,  dont  il  y  en  a  une  à  Lambert,  l'autre 

p.  300.  au  légat  Ricbard,  évêque  d'Albane,  qui  lui  adresse  une  des 

siennes  dans  le  même  recueil,  et  dont  il  y  en  a  une  autre 
en  sa  faveur,  à  Robert  le  Jeune  Comte  de  Flandre. 

Une  des  belles   lettres  de   l'évêquc   Lambert,  et  des  plus 

p.  348-3ôu.  instructives,  est  la  cenl-dixieme  du  recueil,  écrite  à  un  de 

ses  frères  utérins,  dont  le  nom  n'est  désigné  que  par  une  F. 
Elle  roule  entièrement  sur  le  mensonge  dont  il  tâche  de  lui 
inspirer  de  l'horreur,  par  plusieurs  passages  de  l'écriture 
sainte  propres  à  cet  effet ,  qu'il  lui  copie.  L'auteur  a  voulu 
épargner  à  son  frerc  la  confusion  d'apprendre  à  la  postérité 
en  quoi  il  étoit  coupable  sur  ce  point.  Il  laisse  au  porteur  de 
la  lettre  le  soin  de  le  lui  déclarer  de  vive  voix.  Lambert  y 
fait  mention  de  sa  belle-sœur,  en  se  servant  du  terme  de 
Frutrissa,  pour  celui  de  Fratria,  ce  qui  marque  que  son 
frère  étoit  engagé  dans  le  mariage. 


EVESQUE  D'ARRAS.  ÊM 


XII  SIECLE. 


'  Celle  qu'il  adresse  à  un  nommé  Pomon  supérieur  d'une  p.  317. 
communauté  de  chanoines  près  de  Pavie,  comme  il  paroîl 
par  la  suite,  est  curieuse.  Deux  personnes  de  la  connoissance 
de  Lambert  lui  ayant  raconté  qu'un  chanoine  de  cette  mai- 
son, qui  s'étoit  rendu  moine  depuis,  avoit  vu  et  entendu, 
apparemment  pendant  le  sommeil,  saint  Augustin  célébrer 
la  messe  à  l'autel  qui  étoit  à  son  tombeau,  notre  prélat 
conjure  Pomon  de  lui  en  envoyer  une  relation  avec  les 
paroles  dont  le  saint  s'étoit  servi  dans  la  célébration  des 
saints  mystères.  Mais  afin  d'avoir  quelque  chose  d'autenti- 
que,  Lambert,  en  homme  de  jugement,  prie  Pomon  d'a- 
voir soin  de  marquer  l'année,  l'indiclion,  le  jour,  l'heure 
à  laquelle  cet  événement  étoit  arrivé,  et  de  spécifier  sous 
quel  pape  et  sous  quel  évêque  de  Pavie.  On  ignore  au 
reste,  si  Pomon  fut  soigneux  de  satisfaire  la  louable  cu- 
riosité de  l'évêque  Lambert. 

Presque  toutes  ses  autres  lettres,  que  nous  passons  sous 
silence,  roulent  sur  les  affaires  courantes  de  son  diocèse, 
ou  de  ceux  de  la  métropole ,  dans  lesquels  s'étendoit  sa 
légation.  Quelques  autres  sont  de  simples  lettres  de  recom- 
mandation, de  politesse,,  d'amitié;  et  toutes  font  voir 
les  grandes  liaisons  qu'avoit  leur  auteur,  non-seulement 
en  France,  mais  aussi  dans  les  pays  étrangers. 

C'est  ce  que  montrent  encore  mieux  près  de  cent  autres 
lettres  du  recueil,  qui  ne  lui  appartiennent  que  parce 
qu'elles  lui  sont  adressées,  ou  qu'elles  le  regardent  en  quelque 
sorte.  Nous  avons  déjà  rendu  compte  d'un  grand  nombre, 
en  traitant  de  ceux  qui  les  ont  écrites  en  partie.  Tels  sont, 
le  pape  Urbain  II,  le  légat  Hugues,  archevêque  de  Lyon, 
les  archevêques  de  Reims,  Renaud  et  Manassé  II,  Guillaume 
Bonne-Ame,  archevêque  de  Rouen,  saint  Anselme  de  Can- 
torbéri ,  les  évêques  de  Noyon ,  Radbod  et  Baudri ,  Poppon 
de  Metz  et  Odon  de  Cambrai.  Nous  en  userons  de  même, 
lorsque  dans  la  suite  nous  parlerons  des  autres  grands  hom- 
mes qui  ont  écrit  une  autre  partie  des  lettres  du  recueil  : 
Raoul  le  Verd ,  archevêque  de  Reims ,  les  évêques  Ives 
de  Chartres,  Galon  de  Paris,  Gautier  de  Maguelone, 
Lisiard,  ou  Lietard  de  Soissons,  Robert,  abbé  de  saint  Rémi 
de  Reims ,  et  peut-être  encore  quelques  autres.  A  l'égard 
des  auteurs  de  quelques  unes  de  ces  mêmes  lettres ,  aux- 

Gij 


ni  siècle.      82  LAMBERT, 


quels  nous  ne  donnerons  pas  d'articles  particuliers,  nous  en 
allons  maintenant  dire  deux  mots,  en  faisant  connoître  celles 
qu'ils  ont  écrites;   quoiqu'il   y    en   ait   peu  d'intéressantes. 

Ep.  22,  27,  30,  32,  '  \\  y  en  a  quatre  qui  appartiennent  à  Hugues  de  Pierre- 
fons  évèque  de  Soissons,  et  une  cinquième,  qui  lui  est  com- 
mune avec  Anselme  nouvellement  élu  évèque  de  Beauvais. 
Elles  sont  toutes  écrites  à  Lambert,  et  ne  contiennent  rien 
de  remarquable,  sinon  la  grande  confiance  que  Hugues  avoit 
aux  lumières  de  notre  prélat,  et  l'étroite  amitié  qu'ils  avoient 
contractée  entr'eux  ;  aussi  étoient-ils  proches  parens.  Trois 
de  ces  lettres  concernent  en  particulier  l'injure  que  Hugues 
se  plaignoit  d'avoir  reçue  de  l'abbé  de  saint  Médard,  et  la 

Gaii. chr. vet. t. 3,  satisfaction    qu'il    lui    fit   ensuite.    Cet   évèque,  à  qui    Ives 

p' 49'  de  Chartres   adressa   la   quarante-deuxième   de  ses  lettres , 

étoit  frère  de  Nivelon  II ,  seigneur  de  Pierrefons ,  où  il 
fonda  le  monastère  de  saint  Sulpice,  sous  la  dépendance  de 
l'Abbaïe  de  Marmoutier.  Hugues  tint  le  siège  de  Soissons 
depuis  4  092,  jusqu'en  4403.  Ayant  entrepris  alors  le  pèle- 
rinage de  Jérusalem ,  il  mourut  à  Aquilée  en  Italie ,  où  il 
étoit  allé  pour  s'embarquer  à  quelqu'un  des  ports  du  pais. 

Bai.  ibid.  p.  283,     '  Quatre    autres    lettres   du    même    recueil ,    la    seconde, 

3oo,3i3,355,356.  ja  vjngt_huitieme,  la  quatre-vingt-seizième  et  la  cent-ving- 
tième ,  toutes  adressées  à  Lambert ,  appartiennent  à  deux 
évêques  d'Amiens  :  les  deux  premières  à  Gervin,  qui  gou- 
verna cette  église  depuis  4074  jusqu'en  44  02,  et  les  deux 
autres  au  célèbre  saint   Godefroi  son   successeur  immédiat. 

Gaii.  chr.  vet.  t.  2,  Celui-ci  qui  était  auparavant  abbé  de  Nogent ,  ayant  été 
élu ,  ou  confirmé  évèque  d'Amiens  au  concile  de  Troyes 
en  4404  à  la  fin  de  Mars,  ne  passa  que  dix  ans  et  quelques 
mois  dans  l'épiscopat;  encore  en  interrompit-il  les  fonctions 
pendant  quelque  tems,  par  le  grand  attrait  qu'il  avoit  pour 
la  solitude.  Il  mourut  à  l'abbaye  de  S.  Crespin  de  Soissons, 
le  huitième  de  Novembre  4445,  et  y  fut  enterré.  Nicolas 
moine  du  lieu,  dont  il  sera  parlé  dans  la  suite,  prit  soin 
d'écrire  sa  vie.  Les  quatre  lettres  de  ces  deux  évêques 
au  reste  ne  regardent  que  des  ordinations,  excepté  la  pre- 
mière ,  qui  est  pour  inviter  Lambert  à  la  cérémonie  de  la 
translation  des  reliques  de  saint  Fuscien.  Les  deux  de  saint 
Godefroi  en  particulier  ne  sont ,  l'une  qu'un  simple  exeat, 

p.  97, 2.  |  cam.     et  l'autre  des  lettres  d'ordres.  Mais  '  on  en  a  ailleurs  une 


EVESQUE  D'ARRAS.  55 


XII  SIECLE. 


autre  de  ce  saint  prélat,  écrite  à  Baudri  évêque  de  Noyon,  chr.  pr.  i  Mari.  t. 
pour  l'engager  à  faire  l'histoire  de  l'église  d'Amiens ,  sur  a™.'  d°e3'  p!oïVaSp.' 
ce  qu'il  le  croyoit  auteur  de   celles  de  Cambrai  et  de  Te-  795- 
rouane.  Cette  lettre  est  datée  de  l'abbaye  du  mont  Saint- 
Quentin ,    dont   Godefroi   avoit  d'abord   été   moine,  en  Mai 
44  08,  et  a  été  traduite  en  notre  langue  par  Jacques  le  Vas- 
seur,  dans  ses  annales  de  l'église  de  Noyon. 

La    vingt-quatrième    et    la    cinquante-deuxième    du    re-  Bai.  ib.  p.  399, 314. 
cueil  dont  nous,  continuons  de  rendre  compte ,  roulent  sur 
les   affaires  courantes  de    l'état   où   se   trouvoit  alors   leur 
auteur.   C'est  Manassé ,  évêque  de  Cambrai ,    et   auparavant  p.  294,  318.  |  Gaii. 
archidiacre    de     l'église    métropolitaine     de    Reims,    dont  23-25n°Vspic. t! îsi 
l'élection,     quoique     légitime,    et  approuvée     par    le    saint  p- 4i5- 
siège  et    les    évêques  de    la    province ,    causa   dans   l'église 
de  Cambrai  un  schisme  qui  dura  environ  dix  ans.  Gaucher 
ayant  été  élu  par  le  clergé ,   ne  se  trouva  pas  au  goût  du 
peuple ,    qui    de   son    côte   élut   Manassé.    Dans    la    suite , 
Gaucher  fut  déposé  et  excommunié ,   au   concile   de    Cler- 
mont  en  4095,    et  Manassé  ordonné  pour  gouverner  cette 
église.    Mais    Gaucher    appuyé    de   l'empereur    Henri    IV , 
sçut  s'y  maintenir.  Manassé  étoit   sans   doute   mort,   lors- 
qu'en    4405,   le   B.  Odon   fut  élu    pour  remplir  ce  siège. 

'  La    vingt-deuxième  lettre  du   recueil  n'est  qu'un  simple  Bai.  ib.  p.  300. 
billet     de     Gérard,    évêque    de    Terouane    depuis    4084, 
jusques  vers  4098,   qu'il    fut  déposé,   par  lequel    il   prie 
l'évêque    d'Arras    d'ordonner    prêtre    un    diacre   qu'il    lui 
adressoit. 

'  La  quarante-deuxième  est  une  prière  que  l'église  de  P-  309, 310. 
Noyon,  son  doyen  en  tête,  fait  à  Lambert,  de  con- 
sentir à  l'élection  qu'elle  venoit  de  faire  de  Baudri  pour 
son  évêque,  et  de  vouloir  bien  se  trouver  à  la  céré- 
monie de  son  sacre.  On  y  a  un  bel  éloge  de  l'évêque 
élu  ;  et  ce  qui  y  est  dit  de  lui ,  rapproché  de  ce  que  l'au- 
teur de  la  chronique  de  Cambrai  dit  de  lui-même,  mon- 
tre visiblement  que  ce  sont  deux  personnes  fort  différentes 
l'une  de  l'autre. 

'Par    la   quarante-quatrième,    qui   est    de  Gui  comte   de  p.  810,311. 
Ponthieu,  ce  seigneur  qui  étoit  proche  parent  de  Lambert, 
le  presse  de  se  trouver  à  Abbeville,  le  6amedi  dans  l'octave 
de  la  Pentecôte.    Le   motif  d'une  invitation   si   pressante, 

6  * 


xii  siècle.      54  LAMBERT, 


étoit  d'assister  à  la  cérémonie  du  lendemain  dimanche; 
à  laquelle  il  devoit  créer  chevalier  le  prince  Louis  fils 
du  roi  Philippe,  qui  régna  après  lui  sous  le  nom  de  Louis 
le  Gros. 

p.  311.  La  '  quarante-cinquième    lettre     appartient    à     Clémence 

p.  302,  307.  comtesse  de  Flandre,   mère  dir  comte  Baudouin  VII,  '  à  la- 

quelle notre  prélat  adresse  la  trente-unième  et  la  trente- 
neuvième  des  siennes.  Cette  princesse  l'y  prie  d'engager 
l'archevêque  de  Reims  à  lui  rendre  justice,  dans  le  dif- 
férend qu'elle  avoit  avec  les  clercs  de  la  cathédrale  de 
Terouane. 

p.  312,  315.  'Il   y   en  a   deux,   la    quarante-septième  et  la. cinquante- 

quatrième  ,  de  Philippe  de  Champagne  évoque  de  Châlons 
sur  Marne,  depuis  Ï093  jusqu'à  la  fin  du  même  siècle. 
Par  la  première  il  prie  Lambert  de  conférer  les  ordres 
sacrés  à  des  clercs  que  Poppon  évoque  de  Metz  lui 
avoit  adressés  à  cet  effet,  mais  qu'il  ne  pouvoit  ordonner. 
Par  l'autre  il  l'invite  à  la  dédicace  de  son  église  cathé- 
drale. Il  paroît  par  cette  dernière  lettre ,  qu'il  y  avoit 
une  intime  union  entre  ces  deux  cvêques. 

p.  320,  321.  '  La    soixante-unième    est    une    production    de    la    plume 

des  cardinaux  légats,  Jean  et  Benoît,  que  le  pape  Paschal  II 
avoit  envoyés  en  France  célébrer  des  conciles,  et  qui 
invitent  Lambert  en  des  termes  honorables  pour  lui , 
à  se   trouver  avec  les  abbés   de  son  diocèse,  à  celui  qu'ils 

conc.t.  10, p. 72i.  avoient  convoqué  à  Poitiers,  '  pour  le  mois  de  Novembre 
-H  00.  Suit  un  Post-scriptum  de  la  main  du  cardinal  Jean 
en  particulier,  pour  demander  à  Lambert  la  continuation 
de  son  amitié,  et  l'assurer  de  la  sienne,  et  de  la  confiance 
qu'il  avoit  en  ses  lumières. 

p.  32i,  322.  '  Une     des    plus     intéressantes    lettres    de    tout    le    re- 

cueil, est  la  soixante-troisième,  écrite  à  Lambert  par  Ro- 
ger et  Lisiard,  archidiacres  de  Béarnais,  au  nom  de 
tout  le  clergé  et  de  tout  le  peuple  de  cette  église. 
Elle  nous  apprend  un  événement  qui  ne  se  lit  point 
dans  les  autres  monumens  de  notre  histoire.  On  sçait 
en    quel    triste    état    étoit   réduit   au  commencement  de  ce 

pal382^et  l  ?i  XIIe  siècle,  le  diocèse  de  Béarnais,  destitué  d'évêque 
pendant  deux  ou  trois  ans.  Le  roi  Philippe  et  Bertrade 
y    vouloient  placer  Etienne  de  Garlande,    qui   s'y   portoit 


EVESQUE  D'ARRAS.  55 


XII  SIECLE. 


volontiers  de  lui-même.  Mais  le  pape  et  les  plus  sages 
prélats  de  la  France,  nommément  Ives  de  Chartres,  s'y 
étant  opposés,  le  dessein  projette  ne  put  réussir.  On  élut 
ensuite  Galon ,  qui  fut  sacré  pour  remplir  le  siège  va- 
cant ;  mais  le  roi  s'y  opposa  à  son  tour,  et  il  fallut  cher- 
cher un  autre  évêque.  On  ne  sçauroit  dire  précisément 
en  laquelle  des  trois  conjonctures  arriva  l'événement  dont 
la  lettre  fait  mention  :  si  ce  fût  avant  qu'on  proposât 
Etienne  de  Garlande,  ou  après  qu'il  eût  été  rejette,  ou 
enfin  après  l'infortune  de  Galon. 

Quoiqu'il  en  soit,  '  le  clergé  et  le  peuple  de  Beauvais  Bai.  ib. 
gémissant  de  se  voir  sans  pasteur,  s'accordèrent  à  élire 
pour  leur  évêque  Etienne  archidiacre  de  l'église  de  Paris, 
homme  de  mérite  et  propre  à  remplir  cette  place.  Mais 
il  refusa  constamment  d'y  consentir,  malgré  la  députation 
qu'on  lui  fit  des  premières  personnes  du  clergé  à  cet  effet. 
On  lui  en  fit  une  seconde;  et  son  église  ayant  bien  voulu 
l'accorder,  il  accepta  enfin  son  élection.  Il  est  visible  qu'il 
ne  s'agit  point  ici  d'Etienne  de  Garlande,  qui  étoit  un 
laïc,  et  qui  bien  loin  de  refuser  cette  place,  l'ambitionnoit 
tout  ouvertement.  Les  archidiacres  de  Beauvais,  après 
avoir  fait  ce  détail  à  Lambert,  le  prient  d'employer  ses 
bons  offices  auprès  du  pape,  afin  de  faire  réussir  leur  élection, 
et  de  lui  écrire  en  conséquence  des  lettres  en  bonne  forme. 
Ils  ajoutent  qu'ils  en  ont  obtenues  de  semblables  à  cet 
effet,  de  la  part  de  l'archevêque  Manassé,  et  des  autres 
évêques  de  la  province,  qui  venoient  de  tenir  à  Soissons 
une  assemblée  qu'on  ne  connoît  point  d'ailleurs.  Enfin, 
ils  le  conjurent  d'intéresser  dans  cette  affaire  son  bon  ami 
le  cardinal  légat  Jean,  dont  il  a  été  parlé.  Nonobstant 
toutes  ces  sages  précautions,  l'élection  de  l'archidiacre 
Etienne  échoua ,  comme  les  deux  autres  ;  et  ce  fut  Géofroi 
qui   succéda   à   Galon   dans   le   siège  épiscopal  de  Beauvais. 

'La  soixante-treizième  lettre  n'est  qu'une  simple  re-  p.  330. 
commandation  du  trésorier  de  saint  Quentin,  dont  le  nom 
n'est  désigné  que  par  un  J,  auprès  de  l'évêque  Lambert, 
en  faveur  de  la  personne  qui  la  lui  devoit  remettre.  Mais 
comme  l'auteur  n'avoit  point  de  cachet  pour  apposer 
son  sceau,  il  donne  à  Lambert  un  signe  pour  reconnoître 
la  main  qui  lui  écrit. 


XII  SIECLE. 


56  LAMBERT, 


p.  33i.  'La    soixante-seizième    est    de    Robert    le    Jeune,    comte 

de  Flandres ,  pour  annoncer  à  Lambert ,  qu'il  avoit  été 
obligé  de  rendre  à  l'empereur  l'hommage  qu'il  lui  devoit  ; 
mais  qu'il  s'en  étoit  aquitté,  sans  déroger  en  rien  à  sa 
qualité  de  chrétien ,  ni  à  ses  devoirs  envers  l'église  Ro- 
maine et  celle  de  Reims,  non  plus  qu'à  ses  égards  pour  la 
dignité  de  l'évêque  d'Arras.  C'est  que  l'empereur,  qui 
étoit  alors  Henri  IV,  passoit  dans  ces  pays-là  pour  schisma- 
tique  et  excommunié. 

p.  33i,  332.  '  Celle  qui  suit  immédiatement  dans  le  recueil ,  appartient 

Bai.  ib.  p.  332.  à  Ebremar,  alors  patriarche  de  Jérusalem  ;  '  elle  est  datée  du 
troisième  d'avril  -M  04,  aussitôt  apparemment  qu'il  eût  été 
fait  patriarche;  elle  n'arriva  à  Arras  que  le  dix-neuvieme 
de  Novembre  suivant.  On  y  voyoit  en  plomb  le  sceau  de 
l'Auteur,  avec  une  inscription  en  Grec  qui  portoit  : 
Le  saint  Sépulchre  de  N.  S.  J.  C.  et  une  autre  en  Latin, 
qui  annonçoit  :   Le  sceau  a" Ebremar ,    Patriarche   de    Jéru- 

p.  33',  332.  salem.  '  Le   contenu  de  cette  lettre  se  réduit  à  des  poli- 

tesses, et  à  annoncer  à  Lambert  qu'il  lui  envoyoit  un  anneau 

p.  332, 333.  d'or,  avec  deux  phioles  de  crystal  remplies  de  baume.  '  Lam- 

bert y  répondit  parla  soixante  dix-huitieme  lettre,  qui  suit 
immédiatement  dans  le  recueil  celle  du  patriarche,  et  qui 
lui  fut  envoyée  par  un  archidiacre  de  Terouane. 

cône.  îo,  p.  738,  Il  y  en  a  deux  de  Richard ,  évêque  d'Albane ,  qui  ayant 
été  envoyé  en  \\ 0-i  légat  du  saint  siège  en  France,  présida 
aux  conciles  de  Troyes  et  de  Baugenei ,  tenus  la  même  an- 

p.  765,766.  née,  '  et  six  ans  après  en  assembla  trois  autres,  l'un  à  Cler- 

mont,  l'autre  à  Toulouse,  et  le  troisième  à  Fleuri,  ou  saint 
Benoît    sur  Loire,   desquels    il    ne  reste    pour   tout   monu- 

Bai.  ib.  p  336.  ment  que  deux  fort  courtes  lettres  du  légat.  '  Les  deux 
du  recueil  qui  lui  appartiennent,  sont  la  quatre-vingt-qua- 
trième et  la  cent  onzième.  La  première  est  écrite  à  Robert, 
comte  de  Flandres,  pour  lui  demander  sa  protection  en 
faveur  de  l'évêque  Lambert ,  dont  il  lui  fait  un  bel  éloge  en 
peu  de  mots.  Il  adresse  l'autre  à  Lambert  même ,  pour  l'en- 
gager à  abolir  la  mauvaise  coutume  qui  s'étoit  introduite 
dans  le  diocèse  d'Arras ,  où  il  se  trouvoit  quelquefois  trois 
titulaires  d'une  seule  et  même  église  :  en  sorte  que  lors- 
qu'un des  trois  venoit  à  mourir ,  les  autres  deux  conti- 
nuoient  à  jouir,  en  partageant  entre  eux  ce  qui  en  revenoit 

au 


EVESQUE   D'ARRAS.  57 


XII  SIECLE. 


au  défunt.  Le  recueil  ne  nous  présente  point  de  réponse 
de  notre  évèque  à  la  lettre  de  Richard.  '  Mais  on  y  en  a  p.  3-is,  ep.  io». 
une  autre  qu'il  lui  écrivit  à  une  autre  occasion,  avec  de 
grands  titres  d'honneur  et  la  qualité  d'ami,  en  faveur  de 
celui  qui  la  lui  devoit  remettre.  '  Richard  avoit  été  d'abord  spic 1. 12, p. aos. 
chanoine  de  la  cathédrale  de  Metz,  d'où  son  attachement 
pour  le  saint  siège  l'éleva  aux  premières  dignités  de  l'Eglise. 
'La   cent   douzième    est  de   Gildouin ,    ou    Geldouin ,   qui  p.  350.351.  |Mab. 

/.,,,,,,.,.  -,       j  '         '     1  1        ann.  I.  70,  11.  59. 

après  avoir  ete  abbe  dAnchin,  et  ensuite  dépose  dans  les  11.72,  n.  45. 
divisions  dont  ce  monastère  se  vit  agité  à  la  fin  du  siècle 
précédent,  fut  encore  recherché  pour  remplir  la  même  di- 
gnité. L'évêque  Lambert  eut  quelque  part  à  ce  dernier 
dessein,  par  l'estime  qu'il  portoit  à  cet  ancien  abbé.  C'est 
pour  l'en  remercier,  et  lui  déclarer  son  éloignement  de 
toute  dignité,  que  Gildouin  lui  écrivit  cette  lettre.  Il  étoit 
alors  dans  sa  retraite  de  saint  Berlin,  d'où  il  passa  peu  de 
temps  après  en  Angleterre,  où  il  finit  ses  jours  vers  \Wi. 

'A  son  refus,  les  moines  d'Anchin  élurent  pour  abbé  Bai.  ib.  p.  352. 
Alvisc,  alors  prieur  de  saint  Vaast  d'Arras.  Mais  comme  il 
étoit  profès  de  l'abbaye  de  saint  Berlin  ,  et  qu'il  leur  falloit  le 
consentement  de  Lambert  qui  en  étoit  abbé,  ils  s'adres- 
sèrent à  l'évêque  d'Arras,  pour  le  prier  de  l'obtenir.  C'est 
ce  qui  fait  le  sujet  de  leur  lettre,  la  cent-quatorzième  du 
recueil.  '  Lambert  sensible  à  leur  prière,  écrivit  à  l'abbé  de  p.  3.3. 
saint  Berlin,  et  sa  lettre  est  lacent-seizième. 

'  La  cent  dix-neuvième  esl  un  remerciement  que  Gautier  p.  351, 305. 
II,  abbé  du  Mont  Sainte  Calberine,  autrement  de  la  Tri- 
nité à  la  porte  de  Rouen,  fait  à  notre  évèque,  pour  avoir 
donné  à  son  monastère  une  église  au  diocèse  d'Arras.  En 
reconnoissance,  il  lui  promet  en  son  nom  et  en  celui  de  la 
communauté,  qu'après  sa  mort  on  y  fera  pour  lui  les  mêmes 
•  prières  qu'on  avoit  coutume  de  faire  pour  chaque  abbé  de 
la  maison  ;  et  pour  chacun  des  chanoines  de  sa  cathédrale , 
les  mêmes  qu'on  faisoit  pour  chaque  moine. 

'La    cent    trentième    nous    fait    eonnoilrc    un    évèque    de  p.  3c>. 
Nantes,  nommé  Robert,'  qui  manque  dans  les  listes,  ou  ca-  calt. ebr. vet. t. 3, 
talogues  de  cotte  église,  et  qui  doit  être  placé  entre  Bc-  p' 
noît    de    Bretagne    et    Brice.        C'est    une    lettre    formée,  Bal.  il». 
adressée  à  notre  prélat ,  en  faveur  d'un  nommé  Thiesbolde , 
qui  étant  sorti  du  diocèse  de  Nantes,  pour  aller  fréquenter 

Tome  X.  II 


XII  SIECLE. 


S8  LAMBERT, 


les  écoles  des  autres  pays,  se  trouvoit  alors  à  Arras,  où  des 
personnes  malignes  le  ehargeoient  de  divers  crimes.  Robert 
atteste  son  inocence,  en  le  recommandant  à  l'évêque  Lam- 
bert, et  lui  rend  témoignage  qu'il  n'y  a  rien  en  sa  naissance 
et  sa  conduite  qui  puisse  être  un  obstacle  à  l'élever  aux  ordres 
sacrés  et  aux  dignités  ecclésiastiques. 

De  toutes  les  cent  quarante-quatre  de  la  seconde  partie 
du  recueil,  il  ne  reste  plus  à  faire  connoître  que  la  centième 
et  la  cent-unième,  qui  sont  fort  courtes,  avec  quelques  au- 
tres dont  nous  remettons  à  parler  aux  articles  des  hommes 
de  lettres,  à  qui  elles  appartiennent,   et  qui  viendront  dans 

p   345.  la  suite.  '  La  centième  est  un  billet  de  Henri  I,  roi  d'An- 

gleterre et  duc  de  Normandie ,  pour  remercier  Lambert 
de  certains  avis  qu'il  avoit  reçus  de  lui ,  et  l'assurer  de  sa  bien- 
veillance. La  suivante  est  un  autre  billet  d'un  prêtre  cardi- 
nal de  la  sainte  église  Romaine,  dont  le  r.om  n'est  désigné 
que  par  un  0,  mais  qui  peut  être  le  même  qui  porta  le  pal- 
lium  à  Thomas  II,  archevêque  d'Yorck.  En  effet  son  nom 
n'est  point  non  plus  autrement  désigné  en  celte  autre  occa- 
sion. Quelques-uns  le  nomment  Odeleric.  Quoiqu'il  en 
soit ,  il  donne  à  Lambert  rendez-vous  à  Corbie ,  où  il  lui  de- 
voit   communiquer  les  ordres  du  pape. 

p.  3"-4ou.  'On  a  dans  la  troisième  partie  du  recueil  quatorze  chartes, 

ou  privilèges,  comme  il  sont  qualifiés,  rangés  suivant  l'or- 
dre de  leurs  dates.  Ce  sont  autant  de  monumens  de  la  piété 
bienfaisante  et  généreuse  de  l'évêque  Lambert,  envers  au- 
tant d'abbayes  et  autre?  églises,  tant  de  son  diocèse  que 
d'autres  du  voisinage.  Outre  les  traits  singuliers  de  la  piété 
de  leur  auteur,  on  y  en  trouve  quantité  d'autres,  qui  peu- 
vent beaucoup  servir  à  illustrer  l'histoire  du  pays,  principa- 
lement l'histoire  ecclésiastique  de  la  métropole  de  Reims. 
Il  n'est  point  de  privilège  qui  ne  soit  souscrit  de  plusieurs 
abbés ,  chanoines  et  autres  personnes  constituées  en  di- 
gnité,  d'où  l'on  peut  tirer  des  lumières  pour  rectifier  les  ca- 
talogues des  abbés  du  pays.  On  peut  ajouter  que  ces  privi- 
lèges sont  bien  écrits  à  tous  égards. 

Cette  partie  du  recueil  est  encore  suivie  d'une  quatrième, 
qui  contient  quarante-six  autres  monumens.  Mais  étant  pos- 
térieurs à  notre  prélat ,  nous  remettons  à  en  rendre  compte 
en  une  autre  occasion. 


EVESQUE  D'ARRAS.  59      XII  SIFCIE. 


2°  '  On  est  redevable  à  l'évêque  Lambert  d'un  autre  rc-  conc.  t.  ip,  p.  sog- 
cucil  fort  intéressant.   C'est  la  principale  collection  des  ca-  509' 
nons,  au    nombre   de   trente-deux,  qui    furent  promulgués 
au  grand  concile  de  Clermont  en  Auvergne,  tenu  en  J095, 
et  auquel  il  assista ,  comme  il  a  été  dit.  Nous  disons  la  prin- 
cipale collection,  par  la  raison  qu'il  s'en  trouve  trois  autres  : 
l'une  de  neuf,  l'autre  de  vingt-quatre,  et  la  troisième  de  dix 
autres  canons,  qu'on   nous  donne  tous  comme  appartenans  . 
au  même  concile.  11  seroit  au  reste  fort  difficile  d'alléguer 
une  raison   décisive,  pourquoi   Lambert  qui  prit  soin  de  re- 
cueillir les  trente-deux  de  la  première  réduction,  n'y  joignit 
pas  les  quarante- trois  des  trois  autres  collections.  C'est  sur 
quoi  il  ne  se  présente  que  de    pures  conjectures,  qu'il  vaut 
mieux  supprimer,  que  d'en  fatiguer  le  lecteur,  qui  n'en  de- 
viendroit  pas  plus  instruit. 

Après  tout ,  que  la  première  réduction  soit  due  aux  soins 
de  notre  prélat,  '  c'est  ce  qui  est  attesté  par  un  manuscrit,  r.  soo. 
ancien  de  plus  de  quatre  cents  ans,  dès  la  fin  du  XVIe  siècle, 
qui  porte  en  tête  le  titre  suivant  :  Livre  de  Lambert,  évêque 
d'Arras,  et  dans  lequel  se  lisent  de  suite  les  trente-deux 
canons.  '  C'est  sur  ce  même  manuscrit  que  George  Couve-  r.  sor. 
nier,  docteur  en  théologie,  et  scolastiquc  de  saint  Pierre 
de  Douai,  avoit  fait  la  copie  des  mêmes  canons,  qu'il  en- 
voya à  Rinius,  et  au  moyen  de  laquelle  celui-ci  marqua  les 
variantes  de  ces  canons  dans  sa  collection  générale  des  con- 
ciles. A  ces  variantes  près ,  le  texte  se  trouva  le  même  que 
dans  l'édition  qu'Antonio  Augustinus  en  avoit  déjà  publiée. 
A  la  fin  de  sa  réduction,  Lambert  a  eu  l'attention  de  mar- 
quer le  nombre  des  archevêques,  évêques  et  abbés  qui 
se  trouvèrent  présens  à  ce  concile.  Mais,  comme  nous  l'a- 
vons déjà  observé  en  rendant  compte  de  ses  actes,  à  l'article 
du  pape  Urbain  II ,  de  tous  les  écrivains  qui  ont  entrepris 
de  nous  instruire  de  ce  nombre,  il  ne  s'en  trouve  peut-être 
pas  deux  qui  s'accordent  précisément  en  ce  point. 


Hij 


XII  SIECLE. 


00        HUGUES,  ARCHEVESQUE  D'EDESSE, 


h: 


HUGUES, 

Archevêque   o'Edesse, 
et  AUTRES  ÉCRIVAINS. 

tgues,  dont  nous  entreprenons  de  dire  ici  deux 
-mots,  semble  être  né  dans  la  seconde  Belgique.  Ce 
qui  porte  à  le  croire,  est  sa  dignité  d'archevêque  d'Edesse, 
dont  Baudouin  de  Boulogne  et  Baudouin  du  Bourg,  qui 
étoient  du  même  pays,  furent  successivement  souverains, 
avant  que  de  devenir  l'un  et  l'autre  rois  de  Jérusalem.  Ayant 
été  de  la  première  croisade,  il  porta  jusqu'en  Syrie,  comme 
tant  d'autres  François,  la  doctrine  qu'il  avoit  puisée  à  nos 
écoles.  Quelque  tems  après  que  les  chrétiens  se  furent  ren- 
dus maîtres  d'Edesse,  le  mérite  de  Hugues,  et  sans  doute 
aussi  le  crédit  des  deux  princes  ses  compatriotes,  le  firent 

Mart.  t.  2.  p.  au.  élever  sur   le   siège  archiépiscopal   de   cette   ville.       11    le 

n.  8.  remplissoit  au  moins  des  110!),  comme  en  fait  juger  un  fait 

qu'il  rapporte  dans  une  de  ses  lettres.  On  ignore  le  terme 
précis  de  sa  vie,  quoiqu'il  paroisse  qu'il  vivoit  encore  après 
\\\A. 

Mari.  ib.  'On    ignore   aussi,    s'il   laissa   d'autre    production   de   sa 

plume,  qu'une  lettre  qui  nous  reste  de  lui,  et  se  trouve 
dans  l'histoire  de  la  métropole  de  Reims,  par  Dom  Mar- 
lot.  Elle  est  adressée  à  Raoul  le  Verd,  archevêque  de 
Reims,  et  aux  chanoines  de  saint  Symphorien  de  la  même 
ville.  Il  s'y  agit  de  reliques  de  l'apôtre  saint  Thaddée  et  du  roi 
saint  Abgare,  honoré  dans  le  pays  comme  confesseur,  qu'un 
clerc  de  cette  collégiale,  qui  ayant  passé  en  Syrie  avec  les 
croisés,  se  trouvoitalors  chapelain  du  roi  de  Jérusalem, 
avoit  postulé  pour  son  ancienne  église ,  et  qu'il  lui  envoyoit  : 
Hugues,  après  avoir  fait  ce  détail,  atteste  qu'elles  ont  été 
tirées  de  l'église  métropolitaine  d'Edesse;  et  pour  marque 
de  plus  grande  autenticité,  il  fit  souscrire  sa  lettre  par  l'ar- 
chidiacre, le  doyen  et  le  trésorier  de  la  même  église,  dont 
les  noms  montrent  qu'ils  étoient  tous  Latins. 

spic. 1. 1-2, p. 291.     'Gui,  autre  illustre  élevé   de   nos   écoles,    fut  d'abord 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  6\ 


XII  SIECLE. 


archidiacre  de  l'église  de  Verdun  ,  et  en  grande  estime  au- 
près de  l'évêque  Richer ,  qui  le  députa  quelquefois  à  Rome 
pour  ses  affaires  personnelles.  '  Richard  de  Grandpré  ayant  p.  295. 
été  élu  évêque  à  la  place  du  précédent  mort  en  \\ 07 ,  donna 
aussi  à  notre  archidiacre  des  marques  de   sa  confiance ,  '  et  p.  297. 
voulut   qu'il   l'accompagnât  à    Rome  pour    une  négociation 
délicate.  '  Il  s'agissoit  de  se  faire  absoudre  de  l'excommu-  p.  296. 
nication  que  le  pape  Paschal  II  avoit  prononcée  contre  lui 
la  même  année   au  concile   de  Troyes,   pour  avoir  reçu  de 
la  main  de  Henri  V  l'investiture  de  son  évêché  :   sans  cette 
cérémonie,    il  ne  pouvoit  parvenir    canoniquement   à  celle 
de  son  ordination.  '  L'entreprise  n'ayant  pas  réussi,  Richard  p.  297. 
reprit  la    route   de  France,  et  laissa  à  Rologne  son  archi- 
diacre grièvement   malade.   Gui  ,    dont   le    mal  alloit    tou- 
jours  croissant ,    ne    put   trouver  personne   qui    voulût   lui 
administrer  les  sacremens,  qu'au  préalable  il  ne  promit  de 
ne   point  communiquer   avec   son  évêque  élu    à  moins  que 
le  Pape  ne  l'eût  absous.  Il  fallut  passer  la  condition. 

'  Cependant  Gui  revenu  de  sa  maladie ,  et  de  retour  en  p.  29s. 
Lorraine,  nous  apprend  que  Richard  est  outré  contre  lui, 
et  il  n'ose  se  montrer.  11  employé  ses  parens ,  ses  amis ,  les 
évèques ,  les  abbés ,  pour  tâcher  de  se  conserver  ses  reve- 
nus ;  mais  Richard  insensible  à  toute  sollicitation ,  fait  en- 
lever tous  les  biens  de  l'infortuné  chanoine ,  et  ordonne 
qu'on  se  saisisse  de  sa  personne ,  en  quelque  lieu  qu'on  le 
puisse  trouver.  Dans  cette  extrémité  Gui  prend  le  parti  de 
retourner  à  Rome,  et  passe  à  Cluni  où  il  rencontre  le  lé- 
gat Richard ,  évêque  d'Albane ,  qui  le  retient ,  jusqu'à  ce 
qu'il  employé  en  sa  faveur  auprès  du  nouvel  évêque  les 
prières  et  les  menaces.  Tout  ayant  été  inutile,  il  le  fait 
partir  pour  Rome,  muni  de  recommendations.  '  Le  pape  p.  298. 299. 
Paschal  le  retint  sept  semaines,  et  le  renvoya  avec  deux 
fortes  lettres  en  sa  faveur, 

'  Après  s'être  tenu  quelques  jours  caché  à  Verdun ,  Gui  p.  299. 
ne  sçachant  trop  quel  usage  il  pourroit  faire  de  ces  lettres, 
s'avisa  de  les  porter  sur  le  grand  autel  de  la  cathédrale , 
une  nuit  que  les  chanoines  étoient  à  chanter  matines ,  et 
d'annoncer  à  haute  voix  ce  qu'il  venoit  de  faire.  Aussi-tôt 
les  chanoines  et  autres  clercs,  sans  aucun  respect  pour  la 
sainteté  du  lieu  ,  '  ni  pour  les  châsses  des  saints,  ausquelles  p.  300. 


xn  SIECLE. 


62       HUGUES,  ARCHEVESQUE  D'EPESSE, 


l'indiscret  archidiacre  se  tenoit  attaché,  se  jettent  sur  lui, 
le  traînent  jusqu'au  milieu  du  chœur,  en  le  maltraitant 
horriblement.  Richard  l'ayant  en  sa  puissance,  l'envoie  au 
château  de  Grandpré ,  où  Gui  est  mis  dans  une  étroite 
prison ,  privé  de  toute  consolation  humaine ,  souffrant  la 
faim ,  la  nudité  et  toutes  sortes  d'injures.  Pour  se  délivrer 
d'un  état  aussi  déplorable,  il  est  contraint  de  promettre 
qu'il  satisfera  ses  persécuteurs ,  et  communiquera  avec  eux  ; 
mais  il  n'est  pas  plutôt  en  liberté ,  qu'il  se  réfugie  près  du 
légat  l'évèque  d'Albane,  qui  le  prend  sous  sa  protection. 
L'évèque  de  Verdun  plus  irrité  que  jamais,  dépouille  Gui 
de  tous  ses  bénéfices,  et  les  confère  à  d'autres.  On  voit 
ici  une  de  ces  funestes  extrémités  auxquelles  un  faux  zèle 
et  l'esprit  de  schisme    sont  capables  de  se  porter. 

ibid.  'Rome   sensible    à   tout   ce   que    l'archidiacre    Gui    avoit 

souffert ,  plutôt  que  de  manquer  de  fidélité  au  saint  siège , 
lui  en   marqua  sa    reconnoissance ,  en   le  nommant   évêque 

p.  594,  as».  d'Albane  à  la  mort  du  légat  Richard.   '   C'étoit  précisément 

par  la  même  voie  que  celui-ci  auparavant   simple  chanoine 

p.  300.  de  l'église    de  Metz,  étoit  parvenu  à  cette   dignité  :  '  mais 

l'archidiacre  Gui  n'en  put  jouir ,  la  mort  ayant  prévenu  le 
temps  de  son  ordination.  11  mourut,  comme  on  voit,  pres- 
que aussi-tôt  que  le  légat  Richard,  dont  on  ignore  égale- 
ment la  date  de  la  mort  :  tout  ce  qu'on  sçait  de  certain  sur 
ce  point ,  est  qu'il  vivoit  encore  en  \\\ o  ;  ainsi  on  ne  la 
peut  placer  plutôt  qu'en  LH4,  ou  l'année  suivante. 

ibid.  'Le   clergé    de  Verdun  joignit  à  ses  autres  mauvais  trai- 

temens  contre  son  propre  archidiacre  ,  des  libelles  diffama- 
toires ,  que  Gui  eut  soin  de  réfuter  par  des  écrits  solides  : 
il  y  ajouta  de  plus  une  ample  apologie  pour  justifier  sa  con- 
duite, dans  laquelle,  dit  un  historien  du  temps,  il  faisoit 
en  grand  la  peinture  de  toute  celte  longue  tragédie.  Cet 
ouvrage  ne  paroit  plus  maintenant  nulle  part;  mais  Lau- 
rent de  Liège,  moine  de  l'abbaye  de  saint  Vanne,  qui 
continua  peu  de  temps  après  l'histoire  des  évêques  de  Ver- 
dun ,  en  tira  de  grands  secours  :  c'est  là  incontestablement 
qu'il  puisa  tout  ce  qu'il  nous  apprend  de  cette  tragique 
affaire ,  et  que  nous  avons  copié  en  partie 

Mab.  ann.  i.  61»,      '  Odelric  ,    ou    Ulric  ,     autrement    Udelric  ,    nous     est 
représenté   comme   un  homme  de  mœurs  innocentes  et  de 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  65       x„  S1ECLE 


tres-samte  vie  :  v\r   vitœ    sanctissimœ   et    innocentis.      De  i.  68,  n.  ior>. 
prieur  de  saint  Mihel  en  Lorraine ,  il  en  devint   abbé    im- 
médiatement   après   Sigefroi,    qui  vivoit  encore   en   4  094. 
Il  remplissoit  cette  dignité  depuis  quelque  temps,  lorsqu'on 
octobre    4098,    Richer   évêque  de  Verdun,  restitua  à  son 
monastère   une   chapelle    que    Louis  comte  de  la   Ville   lui 
avoit    enlevée.  '  Depuis  que  l'abbaye  de    saint   Mihel    avoit  l.  go,  n.  oo 
été  transportée  du  lieu  où  elle  fut  d'abord  fondée,  en  l'en- 
droit où  elle  est  aujourd'hui,   on  avoit    toujours    continué 
à   enterrer  les  frères  au  vieux  Moutier,  quoiqu'à  plus  d'une 
lieue   de    distance.    Odelric    plus  sensible  à  cette  incommo- 
dité que  ses  prédécesseurs,  obtint  que  son  monastère  auroit 
son  cimetière  propre.  '  En  4  099    le  même   évêque  Richer,  n.  m 
à   la  prière    de  notre  abbé,  accorda  à  saint  Mihel  le  droit 
de  battre  monnoie  :  on  a  déjà  vu  d'autres  exemples  de  pareil 
droit  accordé    aux  abbayes  ;    et  celle    de    saint  Vincent  de 
Metz  en  jouissoit  au  môme  temps.  'Odelric  vécut  jusqu'en  L.  7i,  a.  a 
■H1S,  et  eut  Lanzon  pour  successeur  immédiat. 

'  Il  y   a   de  notre   abbé   un    assez   longue  lettre   au    pape  Bai.  mise  t.  i,  p. 
Urbain  II,  au  sujet  du  cimetière  dont  il  a  été  parlé.  L'au-  4-'"2, 153 
teur  y  représente  au   pontife  la  fatigue  et  les  inconvéniens 
qu'il  y  avoit  à  porter  si  loin  leurs  morts ,  et  le  prie  en  con- 
séquence de  lui  accorder  la  permission  d'établir  un   cime- 
tière dans  l'enceinte  de    son  monastère;  '  permission   qu'il  r .453. 
auroit    pu,    dit-il,    obtenir  de  l'évêque  diocésain,    et  qui 
auroit  suffit ,  mais  qu'il  a  mieux  aimé  tenir  de   l'autorité   du 
saint  siège  :  c'est  ce  qui  fait  la  seconde  partie  et  conclu- 
sion de  la  lettre.  '  La  première  partie  roule  sur  l'attache-  p.  i,.». 
ment  de  l'auteur   et    de  sa  communauté  pour  le  pape;    ce 
qui  leur  faisoit  partager  ses  divers  sujets  de  joie  et  de  dou- 
leur.  Ici   Odelric   touche  quelques  traits  des  funestes  suites 
du   schisme  en  Lorraine.   Cette  lettre  fut  écrite  '  au  corn-  p.  454. 
mencement  de  l'année   4098,   comme  il  paroît   par  la  ré- 
ponse d'Urbain  en  date  du  vingt  sixième  de  Mars  de  la  même 
année.    Urbain  accorde    volontiers  à    Odelric  sa   demande , 
et  le  congratule  sur  la  consolation  et  le  secours  qu'il  avoit 
donnés  aux  abbés  Rodulphe  et  Lanzon  :  l'un  étoit  de  saint 
Vanne  à  Verdun ,  l'autre  de  saint  Vincent  à  Metz ,  et  souf- 
froient  tous  deux  pour  la  cause  du  saint  siège. 

'  Hezelon  ,     ou    Ezelon  ,    que   nous    plaçons    ici    par    la  Pet.  veu.  i.  3,  ep. 


xii siècle.       64        HUGUES,  ARCHEVESQUE  D'EDESSE, 

raison  qu'on  ignore  le  terme  précis  de  sa  vie ,  fut  un  des 
2.  |  niid.  op.  p.  illustres  moines  de  Cluni  sous  l'abbé  saint  Hugues.  Avant  sa 

911    037  *  / 

retraite  dans  le  cloître  ,   il   etoit  chanoine  de  la  cathédrale 
de  Liège,  où  il  avoit  déjà  brillé  par  son  mérite  et  son  grand 

Pet.  ven.  ib.  sçavoir ,  singulari  scientia ,  '  s'il  n'y  avoit  pas  même  en- 
seigné :  il  est  certain  qu'il  le  fit  au  moins  à  Cluni.  C'est 
de  quoi  l'on  ne  peut  douter ,  voyant  que  saint  Pierre  Mau- 
rice lui  donne  le  titre  de  maître  célèbre  en  son  temps , 
et  qui  avoit  un  don  singulier  de  la  parole,  qu'il  avoit  em- 
ployé heureusement  à  instruire  ses  disciples  ,  autant  des 
principes  de  morale ,  que  de  la  connoissance  des  lettres. 
Mais  comme  il  étoit  fort  entendu  en  architecture ,  le  saint 
abbé  Hugues  l'occupa  particulièrement  à  conduire   le   grand 

ciun.  bib.  p.  458.  édifice    de    l'église  de   Cluni,  '    auquel   il   fit  travailler    les 

Pet.  ven.  ib.  vingt  dernières  années  de  sa  vie.  '  Hezelon ,  au  rapport 
du  môme  saint  Pierre  Maurice ,  s'acquitta  de  cet  emploi 
avec  tant  de  zèle  et  de  succès,  que  personne  n'eut  plus 
de  part  que  lui  à  la  perfection  de  ce  grand  ouvrage  :  on 
n'en  pouvoit  absolument  excepter  que  les  rois  d'Espagne 
et  d'Angleterre,  qui  en  faisoient  la  principale  dépense. 
Si  c'est  un  honneur  pour  Hezelon,  c'en  est  un  autre  en- 
core plus  grand  pour  lui ,  que  de  s'être  prêté  à  un  occu- 
pation aussi  tumultueuse ,  sans  rien  perdre  du  caractère  d'un 
disciple  de  l'humilité  et  d'un  véritable  moine  ,  ainsi  que 
l'atteste  le  respectable  auteur  déjà  cité  plus  d'une  fois. 
Deux  autres  célèbres  chanoines  de  Liège,  Tezelin  et  Al- 
ger imitèrent  quelque  temps  après  l'exemple  d'Hezelon , 
et  se  retirèrent  à  Cluni  pour  y  finir  leurs  jours.  Alger  qui 
a  laissé  des  productions  de  sa  plume ,  reviendra  dans  la 
suite  sur  les  rangs. 

Hua.  ib.  '  Hezelon    est   aussi   compté  entre    les   écrivains  de  cette 

illustre  abbaye,  pour  avoir  pris  soin  d'écrire  la  vie  de  son 
maître  l'abbé  saint  Hugues  mort,  comme  on  l'a  vu,  en 
H 09.  Hildebert  alors  évèque  du  Mans,  et  l'un  des  histo- 
riens du  même  abbé,  avoit  vu  l'ouvrage  d'Hezelon,  et 
s'en  servit  même  pour  composer  le  sien.  Il  en  parle  avec 
éloge  en  deux  divers  endroits;  mais  la  manière  dont  il  s'ex- 
prime, en  lui  associant  toujours  Gilon  autre  moine  de  Cluni  , 
sous  saint  Hugues  et  Ponce  son  successeur,  feroit  naître 
un  doute  :  sçavoir  si  ces  deux  écrivains  qui  vivoient  en- 
semble 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.       .  65       XII  siècle. 

semble   dans   la   même   maison ,    avoient    travaillé   de   con- 
cert ,   et   n'avoient   fait  qu'un    seul  et  même  écrit  ;   ou    si 
chacun  d'eux  avoit  composé  le   sien   séparément.  '  Mais  ce  Mart.  anec  t.  3, 
doute  est  levé  par  la  préface  de  Gilon ,   qui   fait  foi   qu'il  p' 
écrivoit  à   Rome   où  Ponce    l'avoit   envoyé;  au  lieu  qu'He- 
zelon     écrivit    à    Cluni     même.     On     croit    communément 
qu'Hildebert  a   fondu  ces  deux  écrits  dans   le  sien;   ce  qui 
a    sans   doute  le  plus   contribué   à  en  causer  la   perte.   Ce 
n'étoit  pas  néanmoins  l'intention  de  ce  prélat ,  '  qui  y  ren-  HUd.  ib.  p.  937. 
voie  comme  à  une  histoire  plus  ample  sur  certains  évene- 
mens ,  et  mieux  écrite  que  la  sienne  :  Ezlo  atque  Gilo  cla- 
rissimi  scilicet  viri  vigilantius  scripsisse  traduntur.  11  est  clair 
par  ces    paroles    et    celles    qui    précédent    immédiatement , 
qu'Hildebert  n'épuisa  point  en  entier ,  et  ne  fit  pas  entrer 
dans  la  vie  de  saint  Hugues  tout  ce  que  ces  deux  autres 
historiens  en   avoient  écrit  avant  lui;   et  c'est  ce  qui  doit 
rendre  plus  sensible  à  la  perte  de  leurs   ouvrages. 

Quand  il  seroit  certain  '  que  l'abrégé  de  la  même  vie  fait  Bon.  29,  »pr.  p. 

uv  •  1       P  j       t>   11  655  658. 

par  un  anonyme ,  et  publie  par  les  successeurs  de  Bollan- 
dus,  auroit  été  tiré  de  ces  deux  écrits,  comme  porte  le 
titre ,  nous  ne  serions  dédommagés  de  leur  perte  qu'en 
partie  :  peut-être  en  arrivera-t'il  quelque  jour  de  l'un  et  de 
l'autre ,  ce  qui  est  déjà  arrivé  à  l'égard  de  la  préface  de 
celui    de  Gilon.  '  Dom    Martene    et    Dom    Durand    l'ayant  Mart.  ib.  p.  321, 

322 

déterrée  dans  un  manuscrit,  l'ont  rendue  publique  en  4 7-1 7. 
Elle  est  adressée  à  l'abbé  Ponce ,  qui  n'étant  pas  content 
de  ce  qu'Hezelon  avoit  écrit  sur  l'histoire  de  saint  Hugues 
son  prédécesseur ,  engagea  encore  trois  autres  écrivains  au 
moins,  '  Gilon,   Hildebert  du  Mans,   et    Hugues  moine,  de  p.  621.  1  mid.  ib. 

„,       .        ,  .  ,  ,  ,  .    ,       ,T  P-  910.      Bull.   Ib. 

Cluni ,    a   traiter  de  nouveau  le  même  sujet.   Nous  remet-  p.  668. 
tons  à  discuter  ailleurs  si  Gilon,  historien  de  saint  Hugues 
de   Cluni,  est  le  même  que  le  cardinal  évêque  de  Tuscu- 
lum  de  même    nom ,   auteur   de    quelques    autres    écrits , 
comme  le  prétend  la  foule  de  bibliographes. 

'  A     l'égard    d'Hezelon     en     particulier ,     Dom     Mabillon  Mab.  ann.  1.  71,  n. 
a   eu  quelqu'idée,  que  le   recueil  sous  le  titre  de   miracles 
et    sans    nom    d'auteur ,    imprimé    dans    la    bibliotéque    de  ciun.  bib.  p.  447- 
Cluni ,    pourroit   lui  appartenir ,    et  n'être  autre  chose  que 
la  vie  de  saint  Hugues  qu'on  lui  attribue.  Ce  n'est  ici  après 
tout    qu'une   pensée   hasardée.   On   peut  assurer  que   Dom 

Tome  X.  1 

7 


XII  SIECLE. 


66         HUGUES,  ARCHEVESQUE   D'EDESSE. 

Mabillon  étoit  trop  judicieux ,  pour  regarder  un  recueil 
aussi  informe  et  irrégulier  qu'est  celui  dont  il  s'agit , 
comme  l'histoire  ,  ou  la  vie  en  forme  d'un  des  plus  grands 
hommes  de  son  temps,  écrite  par  un  de  ses  propres  disci- 
ples. Aussi  l'idée  qu'Hildebert  nous  donne  de  l'ouvrage 
d'Hezelon ,  est-elle  beaucoup  au-dessus  de  la  nature  et 
du  mérite  de  ce  recueil. 

Il  se  pourroit  faire  néanmoins,  qu'il  seroit  une  production 
de  la  plume  d'Hezelon ,  en  supposant  que  s'étant  apperçu  , 
après  avoir  publié  la  vie  du  saint ,  qu'il  y  avoit  omis 
diverses  choses,  il  auroit  ensuite  entrepris  de  les  recueillir 
sans  beaucoup  d'ordre ,  afin  de  servir  comme  de  supplé- 
ment ,  ou  appendice  à  son  ouvrage.  Mais  en  lisant  cette 
compilation,  l'on  y  reconnoît  plus  naturellement  la  plume 
de  quelqu'autre  écrivain  postérieur ,  qui  aura  pris  soin  de 
la  faire ,  après  avoir  observé  que  ceux  qui  avoient  traité 
cette  matière ,  avoient  oublié  de  toucher  ce  qu'il  en  sçavoit 
d'ailleurs. 

Il  est  visible  au  reste ,  que  l'écrit  a  pour  auteur  un 
moine  de  Cluni ,  disciple  de  saint  Hugues,  et  qui  paroît  y 
avoir  mis  la  main  à  Cluni  même.  Ce  qu'il  y  rapporte, 
ou  il  l'avoit  vu  par  lui-même,  ou  il  l'avoit  appris  de  ses 
frères ,  ou  autres  personnes  dignes  de  créance.  Mais  tout 
n'est  pas  fort  intéressant;  et  c'est  sans  justesse  qu'on  l'a 
intitulé  Recueil  de  Miracles.  Il  mériterait  mieux  le  titre 
de  Recueil  de  Révélations,  Visions,  Apparitions,  qui  en 
font  le  principal  sujet ,  et  qui  y  sont  ordinairement  dé- 
crites en  un  stile  diffus.  Il  s'y  trouve  néanmoins  quelques 
miracles  du  saint  abbé ,  des  exemples  de  ses  vertus ,  d'au- 
tres actions  de  sa  vie ,  et  des  faits  concernant  d'autres 
personnes,  mais  sous  son  gouvernement. 


XII  SIECLE. 


RAOUL  DE  CAEN,  67 

RAOUL    DE    CAEN, 

Historien  de  la  Croisade. 

§  *• 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Raoul    surnommé    de   Caen ,    du    lieu    de    sa    naissance 
en    Normandie ,    est  demeuré   inconnu   depuis   le    temps 
où    il     vivoit,    jusqu'au    commencement   du    XVIIIe    siè- 
cle.  On  déterra  alors  un  ouvrage  de  sa    façon,   qu'il  avoit  Mart.  anec.  t.  3,  p. 
écrit  pour  la  postérité ,  le  seul  monument  qui  le  fasse  con-  107> 108- 
noître.   C'est  l'histoire  de  Tancredc ,   l'un   des  chefs  de   la 
première    croisade,    mort    prince    d'Antioche,    en   4 -H 2.      wili.  Tyr.  1.  n, n. 
Suivant  ce  que  l'auteur  nous  y  apprend  de  sa  propre  per-  18- 
sonne ,   il  naquit  vers  l'an  \  080  ;  '  puisqu'il  n'étoit   encore  Mart.  ib.  p.  150, 
que  dans    sa   première  adolescence ,   au   temps  de  la   prise  n-  57- 
d'Antioche  par  l'armée  des  croisés,  au  mois  de  juin  4  098. 
Il  dit  en  effet,  qu'à  cet  âge  étant  à  Caen  dans   la   maison 
paternelle ,   il   vit ,   comme   une    infinité  d'autres   Occiden- 
taux ,  une  vapeur  rouge  et  horrible  à  voir ,  qui  parut  dans 
l'air ,   la  nuit  qui  suivit  le  sanglant  combat  entre  les  chré- 
tiens et  les  infidèles ,  quelque  temps  avant  la  prise  de  cette 
ville. 

'  Raoul  fit  ses  études  à  Caen  même ,  sous  le  fameux  p.  h2,  pr. 
Arnoul ,  qui  étant  encore  jeune ,  devint  ensuite  patriar- 
che de  Jérusalem  ;  et  ayant  eu  dès-lors  part  à  l'amitié  de 
ce  maître ,  il  s'en  fit  depuis  un  illustre  protecteur.  La 
manière  dont  est  écrit  l'ouvrage  qui  nous  reste  de  lui ,  fait 
juger  qu'il  fit  dans  les  lettres,  autant  de  progrès  qu'on 
étoit  capable  d'en  faire  alors.  On  y  apperçoit  sans  peine, 
qu'il  possédoit  les  auteurs  des  bons  siècles,  et  surtout  les 
anciens  poètes.  Il  avoit  donné  aussi  une  application  par- 
ticulière à  la  versification ,  et  s'y  étoit  tellement  exercé , 
que  sa  prose  retient  tout  le  génie  poétique.  On  découvre 
de  plus  dans  le  choix  des  choses  qu'il  rapporte,  dans  l'ordre 
qu'il  leur  donne,  et  dans  les  courtes  réflexions  qu'il  y  joint, 


XII  SIECLE. 


68  RAOUL  DE  CAEN, 


un    écrivain  qui   avoit  du  jugement,    et  d'autres    connois- 
sances  que  celles  des  belles  lettres. 

p.  109, 110.  '  Vers  -H07,  lorsqu'il  avoit  environ  25  ans,  il  prit  le  parti 

d'aller  à  la  croisade,  ouverte  dès  4096.  Mais  on  ne  voit 
pas  bien  clairement ,  si  ce  fut  en  qualité  de  clerc ,  ou  de 
simple  laïc  :  on  est  cependant  plus  porté  à  croire  que  ce 
fut  en  cette  dernière  qualité,  en  le  voyant  parler  sçavam- 
ment  de  l'art  militaire.  Il  n'y  auroit  aucune  difficulté  à 
s'en  tenir  à  cette  opinion,  et  à  regarder  même  notre  hi- 
storien comme  issu  de  famille  noble ,  et  élevé  dans  les  exer- 
cices des  armes,  s'il  eloit,  comme  l'ont  pensé  les  éditeurs 
de  son  ouvrage,  ce  Raoul  qui  se  fit  beaucoup  de  répu- 
tation en  qualité  de  gouverneur  d'Acre ,  sous  Roger  neveu 
et  successeur  de  Tancrede  dans  la  principauté  d'Antioche. 
Mais  c'est  sur  quoi  l'on  n'a  rien  de  certain.  Gautier  le  chan- 
celier qui ,  dans  son  histoire  de  la  guerre  d'Antioche ,  parle 
avec    éloge    de    ce    gouverneur,    ne    dit   rien   qui   désigne 

p.  m,  pr.  Raoul  de  Caen.  Quoiqu'il  en  soit,  celui-ci  arrivé  en  Syrie, 

choisit  l'armée  de  Boëmond,  et  de  Tancrede,  pour  y 
servir,  peut-être  par  le  motif  qu'étant  Normand,  il  sçavoit 
que  ces  généraux  descendoient  des  princes  de  la  même 
nation.  Raoul  s'attacha  à  l'un  et  à  l'autre,  mais  plus 
particulièrement  à  Tancrede ,  qui  paroît  lui  avoir  donné  de 
son  côté  plus  de  marques  de  considération  et  de  confiance. 
On  n'est  point  instruit  des  autres  avantures  de  notre 
historien;    et   l'on  ignore  également  le   terme   de   sa  vie, 

p.  109,110.  et  son  genre  de  mort.  '  Voyant  toutefois  qu'il  n'a  pas  poussé 

son  histoire  de  la  croisade  au-delà  de  l'année  -H  05, 
malgré  ses  engagemens  à  le  faire ,  on  est  porté  à  juger 
qu'il   n'y  eut  que  la  mort  qui  en  fut  la  cause.  Tout  ce  que 

p.  m,  pr.  l'on  sçait  certainement,   '  c'est  qu'il  ne  mit  la  main  à  son 

ouvrage,    qu'après    la    mort   du    prince   Tancrede,    arrivée 

p.  ii2,  pr.  en  \W2  ,  comme  il  a  été  dit,  '  et  qu'il  dédia  ce  que  nous 

en  avons  au  patriarche  Arnoul ,  mort  lui-même  *en  \  \  \  8 , 
après  six  ans  de  Pontificat.  De  ces  trois  circonstances, 
dont  deux  sont  indubitables,  et  la  troisième  très-fondée, 
on  peut  conclure  que  Raoul  ne  vécut  pas  au-delà  de  l'année 
H15,  et  qu'ainsi  il  mourut  jeune. 


HISTORIEN  DE  LA  CROISADE.  69       XII SIECLB 

§  II. 

SES  ÉCRITS. 

Personne  ne  nous  apprend  qu'il  y  ait  d'autre  ouvrage 
de  Raoul,  que  son  histoire  de  la  première  croisade; 
et  il  n'en  paroît  point  d'autre  sous  son  nom ,  dans  ce  grand 
nombre  de  manuscrits  dont  on  a  publié  tant  de  cata- 
logues depuis  soixante  ans.  Nous  la  nommons  histoire  de 
la  croisade,  par  la  raison  que  l'auteur  y  touche  presque 
tous  les  principaux  évenemens  de  cette  première  guerre, 
qu'on  fit  en  Orient,  contre  les  infidèles  ennemis  du  nom 
chrétien.  Mais  son  dessein  principal  est  d'y  faire  connoitre 
en  particulier  les  grands  exploits  par  lesquels  Tancrede 
issu  des  princes  Normands,  qui  avoient  conquis  la  Calabre, 
la  Pouille ,  la  Sicile ,  et  l'un  des  chefs  de  cette  première 
croisade,  y  signala  sa  sagesse,  sa  politique,  sa  valeur  et  sa 
bravoure.  C'est  pourquoi  l'ouvrage  est  intitulé,  Les  gestes 
de  Tancrede  à  V expédition  de  Jérusalem. 

'  Raoul  en  forma  le  dessein  dès  la  première  année  qu'il  Mart.  anec.  t.  3, 
eut  joint  l'armée  chrétienne  en  Syrie,  et  à  cette  occa-  p' u1,  pr' 
sion.  Comme  Boëmond,  et  sur-tout  Tancrede,  lui  témoi- 
gnoient  beaucoup  de  bonté,  et  le  souffroient  volontiers 
en  leur  compagnie,  il  les  entendoit  tous  les  jours  raconter 
les  grands  évenemens  déjà  arrivés  à  la  croisade ,  et  se  plain- 
dre en  même  temps  de  ce  que  personne  ne  se  mettoit  en 
devoir  d'en  conserver  la  mémoire  à  la  postérité.  En  poussant 
ces  plaintes,  ils  se  tournoient  quelquefois  vers  Raoul, 
comme  pour  lui  faire  sentir  qu'elles  le  regardoient  person- 
nellement. Ils  pouvoient  en  effet  le  connoitre  pour  homme 
de  lettres,  et  le  juger  en  conséquence  capable  d'exécuter 
cette  louable  entreprise.  Raoul  le  comprit  fort  bien ,  et 
prit  dès-lors  la  résolution  de  s'y  prêter.  Mais  il  crut  avoir  p.  112,  pr. 
des  raisons  pour  attendre  la  mort  de  son  principal  héros. 
Il  y  avoit  cependant  dès-lors,  au  moins  deux  autres  histoires 
de  ce  qui  s'étoit  passé  à  la  croisade,  depuis  le  commen- 
cement '  jusqu'à  la  célèbre  bataille  d'Ascalon ,  qui  suivit 
de  près  la  prise  de  Jérusalem.  C'étoit  celle  de  Raimond, 
d'Agiles,  et  de  Pierre  Tudebode,  desquelles  nous  avons 
rendu  compte  sur  la  fin  du  siècle,  précédent.  Mais  les  exem- 

7* 


XII  SIECLE. 


70  RAOUL  DE  CAEN, 


plaires  n'en  étoient  pas  encore  assez  multipliés,  pour  qu'elles 
fussent  parvenues  à  la  eonnoissanee  de  Boëmond  et  de 
Tancrede. 

Il  ne    paroît  pas    même    que    Raoul   les    connût ,     lors- 

p.  111-111.  qu'il   mit    la  main  à  la  sienne.  '  Il  la   commence   par   l'é- 

loge de  son  héros,  qu'il  fait  suivre  de  celui  de  Boëmond, 
sous  qui  il   commandoit  en  second,  comme  un  général  sous 

p.  iu-121.  son  Roi.  '  Après  avoir  décrit  leur  route  jusqu'aux  approches 

de  Constantinople,  et  les  marques  de  courage  et  de  valeur 
qu'y  donna  Tancrede  en  particulier,  il  vient  à  la  manière 
dont  ils  se  tirèrent  des  ruses  et  de  la  mauvaise  volonté  de 
l'empereur  Alexis,  qui  ne  servirent    qu'à   faire    éclater  da- 

p.  121-126.  vantage   la    sagesse  et  la  grandeur  d'ame  de  Tancrede.  '  De 

ce  récit  particulier,  il  pasFe  nu  narré  général  de  ce  que 
fit  toute  l'armée  des  croisés,  en  commençant  par  la  prise 
de  Nicée,  comme  presque  tous  les  autres  historiens  de  la 
même  croisade,  et  sans  perdre  de  vue  son  principal  objet, 
qui  est  de  faire  connoître,  et  relever  les   exploits  particu- 

p.  121-123.  liers  de   son   héros.   Lorsqu'il  en  vient  au   siège  de  Nicée, 

où  tous  les  chefs  des  croisés  se  trouvoient  réunis ,  il  entre- 
prend de  les  caractériser  l'un  après  l'autre ,  en  quoi  il  a 
assez  hien  réussi.  Quoique  Normand  de  nation  ,  et  de  nais- 
sance, il  ne  pallie  point  les  défauts  du  duc  Robert  son 
souverain,  qui  étoit  du  nombre.  Sur  ce  plan  Raoul  continue 
la  suite  de  l'histoire,  jusqu'au  siège  d'Apamée,  en  -H  05, 
où  finit  ce  que  nous  en    avons  de  lui. 

Il  est  indubitable  que  s'il  n'avoit  pas  été  prévenu  par  la 
mort,  il  n'en  seroit  pas  demeuré  là.  Il  faut  se  souvenir 
qu'il  écrivoit  après  4H2,  et  avant  i-H8.  Son  héros  avoit 
encore  vécu  7  ans  depuis  -H Ou,  et  s'étoit  signalé  cette 
même  année  et  encore  dans  la  suite,  par  des  prodiges 
de  valeur,  comme  on  l'apprend  d'autres  historiens  du  temps. 
Raoul  qui  avoit  entrepris  d'écrire,  principalement  à  dessein 
de  faire  connoître  ce  grand  capitaine  pour  tout  ce  qu'il 
étoit,  ne  parlant  ni  de  sa  mort,  ni  même  de  tous  ses  exploits 
de  l'année  4-105,  c'est  une  preuve  peremptoire  qu'il  en  fut 
empêché  par  une  cause  insurmontable.  Or  nous  n'en  ap- 
percevons  point  d'autre  que  la  mort.  Et  l'on  n'est  point 
fondé  à  dire   qu'il  aura  continué  son  histoire ,    et  que    ce 

p.  îoo-no.  qui   nous   manque   sera  perdu.   La  raison   en  est,  '  que  le 


HISTORIEN  DE  LA  CROISADE.  H       Xii  siècle. 


manuscrit  qui  contient  ce  que  nous  en  avons ,  paroit  por- 
ter tous  les  caractères  de  l'original  de  Raoul,  et  finit  néan- 
moins à  l'époque  que  nous  avons  marquée. 

Ce  qu'il  y  rapporte,  il  ne  l'avoit  point  vu  par  lui-même; 
puisqu'il  ne  passa  en  Syrie  que  vers  4-107.  '  Mais  il  l'avoit  p.  m.  pr. 
appris  de   témoins  oculaires   et  dignes  de  foi ,   nommément 
des    princes    Roëmond    et   Tancrede ,   comme    il    le   déclare 
lui-même.   D'ailleurs  se  trouvant  en  personne  dans  le  pais , 
qui  servoit  de  théâtre  à  la  guerre ,  il  s'étoit  mis  au  fait  de 
la  situation  des   villes,  des  places  et  autres  lieux,  pou»  en 
pouvoir   ensuite  parler  sçavamment.    De   sorte   que  ce    qui 
nous  reste  de  son  écrit ,  doit  être  regardé  comme  un  mor- 
ceau  d'histoire    fort   autentique.  '  On  y   trouve  même  plu-  p.  109, 110. 
sieurs  faits ,    et  circonstances  de  faits ,  qui  ne  se  lisent   pas 
dans   les  autres  historiens  de  la  même  expédition.  Tels   sont 
entr'autres   les   différends  et   brouilleries  entre  Tancrede   et 
Baudouin ,    entre   le  même   Tancrede  et  Raimond  comte  de 
saint  Giles  :   l'origine ,  les  sujets  et  les  suites  de  ces  diffé- 
rends. '  Tel  est   encore  le  détail  du  siège  et  de  la  prise   de  p.  i3i,  ho. 
la  ville  de  Tarse  en  Cilicie.  Il  faut  aussi  mettre  de  ce  nom- 
bre '  l'avanture  curieuse    de    Boëmond    prince    d'Antioche  ,  p.  isr.  i  Hist.  nu. 
que    nous    avons    rapportée    ailleurs ,    comme    n'ayant    été  6|0  a  Fr'  l'  8'  p' 
écrite  que  par  l'historien  anonyme  de  la  même  guerre,  que 
Dom   Mabillon  a  publié  ;   mais    que   cet  écrivain   postérieur 
à  Raoul  de  Caen ,  a  certainement   tirée  de  son  ouvrage ,  et 
peut-être  beaucoup  d'autres  choses. 

Quoique  Raoul  soit  principalement  occupé  de  Tancrede 
son  héros,  '  il  ne  laisse  pas  de  rendre  justice  à  la  valeur  Mart.  ib.  p.  130- 
et  à  la  bravoure  des  autres  généraux  de  la  croisade.  On 
ne  peut  par  conséquent  l'accuser  de  partialité ,  ce  qui  est  un 
grand  défaut  dans  un  historien.  Il  est  attentif  à  donner  les 
choses  pour  ce  qu'elles  sont ,  et  parle  ordinairement  avec 
connoissance  de  cause  de  tout  ce  qu'il  entreprend  de  rap- 
porter. Ses  descriptions  sont  vives.,  agréables,  mais  quel- 
quefois  trop   abrégées.   '  Il  a  cru  devoir  charger  son   écrit  p.  120,  121,  124, 

1  r   •       137  139    194  197 

de  plusieurs  harangues ,  le  plus  souvent  trop  longues.  Mais 
suivant  la  coutume  de  la  plupart  des  anciens  historiens,  il 
les  a  mise  en  son  style.  On  a  vu  à  l'article  de  Raimond 
d'Agiles,  que  cet  écrivain  fait  tous  ses  efforts  pour  justifier 
la  découverte  de  la   sainte  Lance ,  et   la  donner  pour  un 


III  SIECLE. 


72  RAOUL  DE  CAEN, 


p.  173-175-179.  événement  autentique  et  incontestable.  Raoul  au  con- 
traire la  traite  hautement  de  supercherie  et  d'imposture.  Il 
est  cependant  vrai  que  Raimond  a  l'avantage  au-dessus  de 
Raoul  d'avoir  vu  lui-même  l'événement  dont  il  est  question. 

p.  152,  n.  6i.  '  Un  autre  trait  remarquable  de  l'écrit   de  notre  historien , 

est  la  description  qu'il  fait  des  mœurs  des  Provençaux  de  ce 
temps-là.  Elle  mérite  d'être  lue.  Il  finit  par  une  des  man- 
œuvres, dont  ils  usoient  dans  la  disette  des  vivres,  qui  ne 
leur  fait  pas  d'honneur. 

Le  style  dont  s'est  servi  Raoul  dans  son  histoire ,  est  gê- 
né, affecté,  et  rien  moins  que  naturel,  mais  plus  latin  que 
celui  des  autres  historiens  de  son  temps.  Il  semble  qu'il  y 
ait  voulu  imiter  le  laconisme  de  Tacite,  ce  qui  le  rend  obs- 
cur en  plusieurs  endroits.  Du  reste  il  retient  plus  le  génie 
de  la  poésie,  que  celui  de  la  prose.  Aussi  l'auteur  avoit-il 

n.  27-32-73-95-  un  goût  particulier  pour  la  versification,  '  qu'il  a  employé 
à  écrire  environ  la  cinquième  partie  de  son  ouvrage  ;  et 
l'on  peut  dire  que  ces  endroits  intercalés  sont  au-dessus  des 
autres.  Il  y  a  effectivement  du  feu,  de  l'élévation,  de  l'é- 
nergie; il  peuvent  mériter,  à  juste  titre,  à  leur  auteur 
la  qualification  de  poëte.  Un  peu  plus  de  douceur,  de  ca- 
dence, d'exactitude  dans  la  mesure  des  syllabes  en  feroit  de 
fort  beaux  poëmes. 

p.  107-210.  '  Dom  Martene    et    Dom    Durand    ayant    déterré    ce   beau 

morceau  d'histoire  dans  un  manuscrit  de  l'abbaye  de  Gem- 
blou,  qui  leur  sembloit  être  l'original  même  de  Raoul 
ils  en  ont  fait   présent  au   public ,    avec  quelques   observa- 

p.  134-136-139.  tions  préliminaires  et  fort  judicieuses.  Malheureusement  ' 
il  se  rencontre  plusieurs  lacunes  dans  l'imprimé ,  à  rai- 
son de  quantité  de  mots  qu'on  n'a  pu  lire  dans  le  manuscrit. 
Depuis  cette  édition ,  qui  parut  en  4  7^  T ,  dans  le  troisième 

Mur.  scri.  it.  t.  5,  volume  des  anecdotes  des  éditeurs ,  '  M.  Muratori  a  publié 

p   279   333  j 

de  nouveau  l'ouvrage  au  cinquième  tome  de  sa  belle  et  am- 
p.  282.  pie  collection  d'historiens  d'Italie.  '  Dans  les  nouvelles  ob- 

servations dont  il  l'a  orné,  il  prétend  que  Tancrede,  le  hé- 
ros de  notre  historien ,  n'étoit  ni  de  race  Françoise,  ni  de 
p.  327,  n.  137.  race  Normande,  mais  Italien  de  nation.  '  Raoul  néanmoins 
le  donne  clairement  pour  originaire  de  France ,  ou  de  Nor- 
mandie ,  qui  est  la  même  chose ,  ainsi  que  Boëmond ,  qui 
l'étoit    incontestablement.    En    effet    parlant  de    ces    deux 

princes , 


HUGUES,  73 

princes,  qui  se  disputèrent  la  souveraineté  d'Antioche,  et 
leur  appliquant  ce  que  Virgile  dit  d'Hector  et  d'Enée,  il 
s'explique  à  leur  sujet  en  ces  termes  : 

Si  duos  praelerea  misisset  Gallica  taies 
Terra  viros, 

puis  reprenant  sa  prose,  il  ajoute  :  jam  dudum  Gallos  ha- 
buissent  reges  Memphis  et  Babylon. 


HUGUES, 

Abbé    de  Flavigni. 

§  I. 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 


XII  SIECLE. 


i 


Hugues,     l'un     des    historiens    le    plus    estimé    de    son 
temps,  naquit  en  4065,   comme  le  montre  la   suite  de 
sa  vie.  '  Il   descendoit  d'une   maison    illustre,    et   comptoit  Mai),  act.  t.  3.  p. 
des  empereurs  entre  ses  ayeux.  Son  père  se  nommoit  Ray- 
nier,   et  sa   mère  Dade  de  Montgaucher.   Celle-ci  étoit  fille 
de  Crotilde   sœur    de   l'empereur   Conrad   le  Salique,   et  se 
trouvoit   par-là    petite-fille    de  l'empereur  Otton  III.   '  Dès  Hug.  fi.  chr.  p. 
sa  jeunesse  Hugues  prévenu  d'une  grâce  singulière ,  se  retira 
à  l'abbaye  de  saint  Vannes  ù  Verdun ,  et  s'y  consacra  à  Dieu 
de  toute  la  plénitude  de  son  cœur  dans  la  profession  monas- 
tique. '  Oudin  suppose,  que  cela  se  fit  sous  le  b.  abbé  Ri-  oud.  scri.  t.  2, p. 
cliard  ;  mais  il  y  avoit  alors  plus  de  trente  ans  qu'il  n'étoit 
plus  au   monde.   En   effet,  '  cet   événement    n'arriva   qu'a-  Hug.  fi. ib. 
près  l'année  4  077   sous  Rodulfe  l'un  de  ses  successeurs,  à 
qui  Hugues  demeura  toujours  très-attaché. 

'En  4085  la  communauté  se  trouvant  persécutée  pour  p. 234. 
son  attachement  à  l'unité,  de  la  part  de  Thierri  évêque  de 
Verdun,  qui  favorisoit  le  parti  de  l'antipape  Guibert  et  de 
l'Empereur,  l'abbé  Rodulfe,  pour  céder  au  temps,  la  trans- 
fera à  Flavigni  au  diocèse  de  Toul,  de  la  dépendance  de 
son  monastère.  '  Hugues  qui  étoit  du  nombre,  voyant  qu'il  p. 235. 

Tome  X.  K 


Xll  SIECLE. 


74  HUGUES, 


n'y  avoit  pas  jour  à  retourner  si— lot  à  saint  Vanne,  pensoit 
à  profiter  de  l'occasion  pour  rentrer  dans  le  monde,  sous 
prétexte  de  perfectionner  ses  études.  Il  se  laissa  néanmoins 
aller  aux  avis  de  son  abbé,  qui  l'ammena  avec  lui  à  saint 
Bénigne  de  Dijon ,   où  le  généreux  abbé    Jarenton   donna   à 

p.  236,237.  cette  communauté  errante  un  asyle  des  plus  gracieux.  '  Afin 

d'établir  une  plus  grande  concorde  entre  les  frères  des  deux 
maisons,  le  pieux  abbé  proposa  à  ses  hôtes  de  faire  à  saint 
Bénigne  le  vœu  de  stabilité,  au  moyen  de  quoi  ils  seroient 
censés  enfans  de   la   maison.   Quelques-uns  en    firent  diffi- 

p.  îïï.  culte,  et  Hugues  plus  que  tout  autre.   '  Il  se  rendit  cepen- 

dant, et  s'en  félicita  dans  la  suite  de  sa  vie. 

p.  Î35-J39.  '  Dès  les  premiers  jours  Jarenton  conçut  pour  lui  une  af- 

fection toute  particulière.  Hugues,  qui  en  comprenoit  le 
prix,  n'oublioit  rien  de  son  côté  pour  se  la  conserver,  et  y 
répondoit  par  une  grande  attention  à  profiter  de  ses  bon- 
tés pour  s'avancer  de  plus  en  plus  dans  la   vertu.   Après  le 

p.  mi.'  concile  de  Clermont  en    1095,  '  le  pape  Urbain  II  chargea 

l'abbé  de  saint  Bénigne,  comme  il  a  été  dit  à  son  arti- 
cle, d'une  commission  délicate  en  Angleterre.  Jarenton, 
partant  pour  l'aller  exécuter,  prit  avec  lui  Hugues,  et  le 
retint  jusqu'à  son  départ  pour  revenir  en  France.  Ils  y  ren- 
trèrent par  la  Normandie ,  d'où  ils  virent  partir  pour  la 
Croisade  le  duc  Robert   et  les   autres  princes  qui   furent   de 

Fuie.  gest.  Fr.  p.  sa   compagnie.       C'étoit   par   conséquent    en    Septembre   de 

H2°-  l'année  4  096. 

Hug.  fi.  ib.  '  Hugues   n'étoit   pas   encore    de   retour   à   Dijon ,    lorsque 

l'archevêque  de  Lyon  et  les  évoques  ses  suflragans  s'assem- 
blèrent à  Mâcon  pour  les  funérailles  de  Pévêque  Landri , 
et  l'ordination  de  son  successeur.  Haganon  évêque  d'Au- 
tun  profita  de  l'occasion,  pour  représenter  à  l'assemblée  l'é- 
tat déplorable,  où  étoit  réduite  l'abbaye  de  Flavigni  située 
dans  son  diocèse.  Il  y  avoit  sept  ans  que  la  mort  lui  avoit 
enlevé  Rainaud  son  abbé ,  frère  du  duc  de  Bourgogne , 
sans  avoir  pu  réussir  à  en  avoir  un  autre.  Le  compatissant 
prélat  insista  sur  ce  point,    et  demanda  Hugues  pour  gou- 

p  *i2.  verner  ce   monastère   désolé.  '  Il  eut  beaucoup  de   peine  à 

l'obtenir,  par  la  raison  que  l'archevêque  président  de  l'as- 
semblée, étant  légat  du  saint  siège,  affectionnoit  Hugues 
et  avoit  d'autres  vues  sur  lui.  Il  semble   même  qu'il   l'avoit 


ABBÉ  DE  FLAVIGNI.  75 


XII  SIECLE. 


déjà  employé  en  quelque  négociation,  puisqu'il  le  quali- 
fioit  son  organe.  '  Mais  le  clergé  et  le  peuple  ayant  appuyé 
la  demande  d'Haganon ,  l'assemblée  y  consentit ,  et  députa 
l'évêque  de  Châlons  sur  Saône  pour  aller  à  saint  Bénigne 
engager  l'abbé  Jarenton  à  ratifier  cette  élection,  et  le  moine 
Hugues  à  l'accepter. 

'Celui-ci  paroit  avoir  bésilé  du  temps  à  se  déterminer;  p.  212. 
car  il  se  passa  un  an  entier  depuis  son  élection  jusqu'à  ce 
qu'il  reçut  la  bénédiction  abbatiale.  Enfin  le  jour  ayant  été 
fixé  pour  cette  cérémonie,  il  alla  trouver  l'archevêque  de 
Lyon,  qui  après  l'avoir  rassuré  et  consolé,  lui  donna  une 
lettre  de  recommandation  très-honorable  à  sa  mémoire  pour 
l'évêque  d'Aulun.  Ce  prélat  en  conséquence,  l'abbé  de 
saint  Bénigne  et  le  nouvel  élu  se  rendirent  à  Flavigni  le 
vingl-deuxiéme  de  Novembre,  jour  de  la  fête  de  sainte  Cé- 
cile, qui  étoit  un  samedi  ^  097  ;  et  le  lendemain  dimanche 
Hugues    fut    solennellement    béni    abbé    de    ce   monastère. 

Dès  les  premiers  jours  il  se  donna  tout  entier  au  rétablis-  r.  212, 213. 
sèment  de  la  maison,  et  commença  par  le  temporel,  appa- 
remment comme  le  plus  dérangé.  '  Il  n'avoit  alors  que  tren-  p.  242. 
te-deux  ans. 

Hugues  jouit  paisiblement  de  sa  dignité  jusqu'en  4099  : 
Mais  '  il  eut  alors  le  malheur  d'encourir  tellement  l'indi-  p.  213-250. 
gnation  de  Norgaud  évêque  d'Autun,  qu'il  ne  lui  fut  plus 
possible,  par  tout  ce  qu'il  put  mettre  en  usage,  de  regagner 
ses  bonnes  grâces.  '  L'origine  de  cette  fatale  et  scandaleu-  p.  243. 
se  avanture,  vint  de  ce  que  l'abbé  de  Flavigni,  qui  avoit 
droit  de  porter  le  premier  son  suffrage  pour  l'élection  de 
l'évêque  diocésain,  n'avoit  pu  se  trouver  en  personne, 
quoiqu'il  y  eût  envoyé  un  député ,  lorsqu'on  s'accorda  à 
élire  Norgaud,  ce  qui  se  fit  le  jour  de  l'Ascension  4  099.  Il 
faut  observer  pour  la  justification  de  notre  abbé,  que  de- 
puis la  mort  de  l'évêque  Haganon,  arrivée  le  vingt-cin- 
quième de  Juin  de  l'année  précédente ,  on  s'étoit  assemblé 
plusieurs  fois  pour  lui  donner  un  successeur r  sans  avoir  pu 
réussir  à  s'accorder,  et  que  Hugues  étoit  allé  autant  de  fois 
à  Autun  pour  concourir  à  cette  élection.  D'ailleurs  après 
qu'elle  fut  tombée  sur  Norgaud,  il  fut  soigneux  de  se  ren- 
dre près' de  lui  pour  l'accompagner  à  Lyon  où  se  fit  son  sa- 
cre. Il  fut  même  le  seul  abbé  qui  l'y  accompagna.  A  son 

Kij 


XII  SIECLE. 


76  HUGUES, 


retour  à  Autun  il  le  régala  de  son  mieux  pendant  deux  jours, 
lui  et   toute    sa   suite ,  à  Couches    terre   dépendante  de  son 
monastère.    En   dernier  lieu  l'évêque  étant  venu  à   Flavigni 
même,   l'abbé  lui  fit  l'accueil  le  plus  gracieux, 
ibid.  Mais    un    malheureux    incident,    dans  lequel   l'évêque    se 

crut  oflensé,   et    ses  droits  blessés,   fit  revivre  sa  première 
p.  243, 244.  indignation,   "   qu'il    poussa  jusqu'à   interdire   l'abbé  de  ses 

fonctions  dff  prêtre,  soulever  ses  propres  frères  contre  lui, 
et  lui  susciter  toute  sorte  d'autres  peines.  Hugues  au  déses- 
poir de  se  voir  en  butte  à  son  propre  évêque,  n'oublia  rien 
pour  tâcher  de  l'appaiser.  Ce  fut  en  vain  qu'il  lui  offrit  de 
lui  faire  toute  la  satisfaction  qu'il  pouvoit  souhaiter,  et 
P-  fcu.  qu'il  se  présenta  à  cet  effet.  '  Ce  fut  en  vain  qu'il  fit  à  Au- 

tun plusieurs  voyages  à  grands  frais,  car  les  abbés  mar- 
choient  alors  avec  beaucoup  de  train.  Ce  fut  en  vain  qu'il 
interposa  des  amis  communs  :  il  ne  put  réussir  ni  à  faire  le- 
ver son  interdit,  ni  à  rentrer  en  grâce,  ni  même  à  avoir 
P**5-  justice.   '   Il  eut  cependant  la  consolation  d'être  absous  des 

censures   par    commission    de  l'archevêque   de   Lyon  absent. 
Mais  rien  ne  le  consoloit  de  voir  la  décadence  de  la   disci- 
pline régulière  dans  sa  maison,   sans  y  pouvoir  apporter  de 
p.  247-251.  remède.  '  Il  eut  besoin  de  toute  sa  vertu  pour  se  soutenir 

au  milieu  de  tant  de  cuisants  chagrins,  dont  le  plus  mortel 
étoit  de  voir  ses  propres  frères  révoltés  contre  lui. 
p- 251-  '  Espérant   toutefois   que   son   absence  y   apporteroit   quel- 

que   changement,    il    quitta    Flavigni    au   grand    regret   du 
peuple ,  et  se  retira  à  la  terre  de  Couches ,  qui  en  dépen- 
doit.  C'étoit  à  la  fin  de  Septembre  de  la   troisième  année  de 
p.»5î, 253.  son  gouvernement,   par  conséquent  en  -1099.  '  Après  quel- 

que séjour  à  Couches,  voyant  que  les  choses  s'aigrissoient 
de  plus  en  plus ,  et  de  la  part  de  son  évêque  et  du  côté  de 
ses  frères,  il  prit  le  parti  de  renoncer  à  sa  dignité  et  de  se 
f,;*54- I  c„onc- l-  retirer  à  saint  Bénigne  en  qualité  de  simple  moine.  '  Il  y 
etoit,  lorsqu  en  ^00  les  légats  Jean  et  Benoît  envoyés  en 
France,  pour  y  tenir  des  conciles,  en  indiquèrent  un,  dont 
l'ouverture  se  fit  le  dernier  jour  de  Septembre  à  Valence 
en  Dauphiné.  Hugues  et  Jarenton  abbé  de  saint  Bénigne 
y  assistèrent;  et  il  s'y  trouva  en  tout  vingt-quatre  tant  ar- 
chevêques qu'évêques  et  abbés.  Dès  l'entrée  du  concile 
Hugues  en  présence  de  l'évêque  d'Autun  et  de  ses  chanoi- 


10,  p.  717-720. 


ABBÉ  DE  FLAV1GNI.  77       xu  SIECLE. 


nés  offrit  à  se  justifier  des  accusations  intentées  contre  lui. 
Mais  ses  accusateurs  gardant  le  silence,  et  l'abbé  Jarenton 
ayant  parlé  en  sa  faveur,  on  lui  donna  la  chappe  et  la  cros- 
se pour  marque  de  son  innocence,  et  il  prit  place  entre  les 
pères  du  concile.  L'évêque  Norgaud  son  grand  adversai- 
re, y  eut  tout  un  autre  sort.  Ses  chanoines  l'y  ayant  accu- 
sé de  simonie  et  de  dissipation  des  biens  de  son  église,  il  y 
fut  déclaré  suspens  de  toute  fonction  épiscopale  et  sacerdo- 
tale. '  Le  concile  fini,  les  légats  renvoyèrent  Hugues  avec  Hug.  fi.  ib. 
une  lettre  de  leur  part,  qui  enjoignoit  aux  moines  de  Fla- 
vigni  et  aux  habitans  du  lieu,  sous  peine  de  désobéissance 
et  menace  d'interdit,  d'aller  jusqu'à  Dijon  au-devant  de 
Hugues,  que  le  concile  avoit  reconnu  pour  leur  abbé,  de 
le  regarder  et  traiter  comme  tel,  en  le  ramenant  à^  son  mo- 
nastère avec  l'honneur  convenable. 

Ces    ordres    des    légats    furent    presque    souverainement  p.  «s. 
méprisés.  11  n'y  eut  que  deux  moines  qui  allassent  au   de- 
vant de  Hugues.  Sur  les  belles  promesses  qu'ils  lui   firent, 
et  qui  ne  furent  point  exécutées,  l'abbé  se  rendit  à  Flavi- 
gni.  Mais   au  lieu  de  l'honneur  et  de  l'obéissance  qu'on  lui 
devoit  rendre,  il  n'y  reçut  que  des  insultes  et  mauvais  trai- 
temens.   Il  se  mit  en  chemin  pour  se  rendre  au  concile  de 
Poitiers,  qui  devoit  suivre  de  près  celui  de  Valence,  et  qui 
se  tint  effectivement  le  dix-huitiéme  de  Novembre  de  la  mê- 
me année.  Il  changea  néanmoins  de  dessein,  et  n'y  alla  pas 
sur  des  réflexions  que  lui  firent  faire  certains  incidens  arri- 
vés alors.  '  La  conduite  au  reste  que  tinrent  en   cette  oc-  p.  256. 
casion  les  moines  de  Flavigni   envers  leur   abbé,  venoit  de 
ce  qu'ils  s'étoient  imaginés  qu'il  vouloit  soumettre  leur  mo- 
nastère à  celui  de  saint  Bénigne  de  Dijon,  ce  qu'il  proteste 
avoir   été  fort  éloigné  de    sa   pensée.   '  Cependant    l'évêque  p.  201,  iet 
Norgaud ,   quoique  déposé  au  concile   de  Poitiers ,  dont  on 
vient  de  parler;  se  transporta  à  Flavigni,    et  y  établit   ab- 
bé '  Girard  prieur  de  la   maison,  et   auparavant   prieur   de  p. 25»,  *6i. 
Couches    '  C'étoit  violer  toutes   les   loix,   et  faire    une  in-  p.  262. 
suite  outrageante  à  Hugues,  qui  n'ayant  été  ni  cité  au  préa- 
lable, ni  entendu  en  sa  défense,  en  appelloit  au  chapitre 
de  la  cathédrale  d'Autun  et  au  siège  métropolitain  de  Lyon  , 
et  au  cas  qu'on  refusât  de  lui  rendre  justice  à  ces  deux  tri- 
bunaux, en  appelloit  au  saint  siège. 


xiisncLi.      78  HUGUES, 


Jusqu'ici  nous  n'avons  fait  qu'abréger  ce  que  Hugues 
nous  apprend  lui-même  fort  en  détail  de  son  histoire , 
qu'il  finit  à  cette  dernière  avanture.  Il  s'en  faut  beaucoup 
que  nous  soyons  aussi  bien  instruits  du  reste  de  ses  actions. 
Il  y  a  toutefois  beaucoup  d'apparence,  qu'après  cette 
dernière  infortune  il  se  retira  à  saint  Bénigne  son  asyle 
Gai.riir.  nov.  t.  4,  ordinaire.  Ce  qu'il  y  a  de  certain,  '  est  que  depuis  ce  temps, 
p' 161  c'est-à-dire,    depuis  l'année  -MOI,     Hugues   demeura     dé- 

pouillé  de   Ja  dignité  d'abbé  de  Flavigni    que    Girard    rem- 
plissoit  encore  en   4^5. 
Mah  ann.t.j,  app.       On   ne    sçauroit  dire  par  quelle  fatalité,   '  il   vint  à   dé- 
Fi.  chY.   p.  235',  cheoir   de    celle   solide  vertu,    qu'il   avoit  fait  paroitre  dans 
247-249.  ses    adversités    précédentes  ;    de    cette     patience     héroïque 

avec  laquelle  il  les  avoit  soutenues;  de  ce  zélé  tout  de 
feu  qu'il  avoit  témoigné  contre  le  schisme  ;  de  ce  grand 
amour  qu'il  avoit  fait  éclater  en  faveur  de  l'unité.  Il  n'est 
Mai»  ib.  |ih.i  72,  malheureusement  que  trop  vrai,  'qu'il  se  laissa  ensuite  sé- 
duire par  les  schisma tiques,  et  qu'il  se  prêta  à  usurper  la 
place  du  vénérable  Laurent  abbé  de  saint  Vanne,  lorsqu'en 
\\\\  il  fut  expulsé  de  son  monastère,  à  raison  de  son  at- 
tachement pour  le  saint  siège.  Hugues,  qui  devoit  sen- 
tir la  grandeur  de  l'injure,  après  l'avoir  soufferte  lui-mê- 
me en  l'occasion  qu'on  a  vue,  ne  fit  point  difficulté  de  la 
faire  souffrir  à  un  autre.  Et  lui  qui  avoit  tonné  auparavant 
contre  le  schisme,  n'eut  aucun  scrupule  de  recevoir  le  bâ- 
ton pastoral  de  la  main  d'un  prélat  qui  le  fomentoit  ou- 
vertement. C'étoit  Richard  de  Grandpré,  nommé  à  levé— 
ché  de  Verdun,  dont  il  a  été  parlé  autre  part.  Cette  action, 
par  laquelle  Hugues  dérogea  et  à  la  noblesse  de  sa  naissan- 
ce et  à  la  profession  de  son  état,  porta  Jarenton  abbé  de 
saint  Bénigne  autrefois  son  maître  et  son  protecteur,  à 
Hist. (ïeverd.i. i,  le  priver  de   sa   communion.  '  Il  occupa   néanmoins    quatre 

p.  227.  a-  1  1  '  •  j     x      • 

ans    entiers  la    place    usurpée,    ce  qui    nous   conduit    jus- 
qu'en \\\§. 

Depuis  ce  dernier  trait  de  l'histoire  de  Hugues ,  on 
ignore  absolument  ce  qu'il  devint  dans  la  suite,  et  quel 
fut  le  terme  de  sa  vie.  Il  est  visible  que  ce  n'est  point  ce 
spic..t.  i2,p.277,  '  respectable  moine  de  même  nom  et  de  la  même  mai- 
son, qui  en  -H 42  engagea  Laurent  de  Liège,  autre  moi- 
ne   du    lieu,    à    continuer  l'histoire    de    l'église  de   Verdun 


ABBÉ  DE  FLAVIGNI.  79 


XII  SIECLE. 


commencée  par  le  prêtre  Berthaire.  Cet  historien  ne  pou- 
voit  ignorer  l'insulte  que  Hugues  de  Flavigni  avoit  faite 
à  l'abbé  Laurent  en  usurpant  sa  place,  et  qu'il  n'a  passée 
sous  silence,  que  pour  l'honneur  de  sa  maison,  dont  Hu- 
gues étoit  originairement  profès.  Encore  moins  pouvoit-il 
ignorer  de  quelle  manière  ce  môme  abbé  en  parle  dans 
son  apologie,  où  il  le  traite  de  fugitif,  d'intrus,  d'excom- 
munié. En  conséquence  il  n'en  auroit  pas  fait  l'éloge, 
comme  il  fait  de  cet  autre  Hugues  son  contemporain.  Au- 
trement ç'auroit  été  démentir  l'abbé  Laurent,  dont  il  re- 
levé extrêmement  le  mérite.  C'est  ce  qui  a  porté  '  Dom  d'A-  Pi",  p.  13,  u. 
chéri  à  distinguer  ces  deux  Hugues,  dès  la  préface  du 
volume,  où  il  a  publié  la  continuation  de  l'histoire  de 
Laurent  de  Liège.  D'ailleurs  étant  éloignés  l'un  de  l'au- 
tre de  près  de  trente  ans,  il  n'y  auroit  que  l'identité  de 
nom,  qui  les  pourvoit  faire  confondre.  Mais  on  sçait  com- 
bien ce  fondement  est  équivoque  et  ruineux.  '  A  saint  ''•  soo. 
Vanne  même  il  y  avoit  alors  encore  un  troisième  Hugues, 
différent  des  deux  autres. 

MI- 
SES ÉCRITS. 

Quelque  fameux  qu'ait  été  Hugues  par  ses  avan- 
tures,  il  l'est  encore  davantage  par  ses  écrits.  Il  est 
vrai  qu'ils  ne  sont  pas  tous  également  connus,  comme 
ils  ne  sont  pas  non  plus  également  intéressants.  Mais  voi- 
ci le  lieu  de  les  faire  connoître  pour  ce  qu'ils  sont,  et 
d'en  discuter  la  valeur.  Il  est  assez  surprenant,  qu'ils 
ayent  échappé,  de  même  que  leur  auteur,  à  la  connois- 
sance  de  Sigebert  son  contemporain  et  presque  son  voisin, 
et  à  celle  d'Honoré  d'Autun,  de  Henri  de  Gand,  de 
Tri  thème,  de  Bellarmin,  de  Posscvin,  d'Aubert  le  Mire, 
et  autres  bibliographes,  qui  ont  précédé  ces  trois  derniers. 

' \°.   II   y    a  de   Hugues    une   célèbre   chronique,   que  le  Lab.bib.no». i  i. 
P.  Labbc  a   tirée    de   l'obscurité   et  imprimée  sur  un   ma-  p' 
nuscrit   du    collège    des    Jésuistes  de  Paris,   qu'on  regarde 
comme    l'original    de   l'auteur.   Quelques  écrivains  la  nom- 
ment ,     mais    fort   improprement ,    chronique    de    Flavigny , 


XII  SIECLE. 


80  HUGUES, 


du  nom  du  monastère,  dont  Hugues  fut  quelque  temps  ab- 
bé. Elle  porte  à  plus  juste  titre  celui  de  cbronique  de 
Verdun  dans  l'imprimé  :  non  tant  à  cause  que  Hugues 
étoit  moine  de  saint  Vanne  à  la  porte  de  la  même  ville, 
P- 98.  que  parce  qu'il  y  traite  en  plusieurs  endroits,  'et  y  donne 

P-  'a  une  attention  particulière  à  l'histoire  de  ce  diocèse.  '  L'édi- 

teur   la  regardoit  comme   un  thrésor  incomparable,   surtout 
pour  l'histoire  du  XIe   siècle,   dans  lequel   l'auteur  a  passé 
la  plus  grande  partie  de  sa  vie. 
p  75-158.  Hugues  a   divisé    son   ouvrage  en   deux    parties,   dont  la 

première  commence  à  la  naissance  de  J.  C.  et  conduit  la 
suite  de  l'histoire  jusqu'à  la  fin  du  Xe  siècle.  Cette  partie  est 
peu  intéressante,  soit  par  la  raison  qu'on  trouve  dans  les 
auteurs  originaux  avec  plus  d'étendue  et  d'exactitude  ce 
qu'elle  contient,  soit  à  cause  de  grand  nombre  de  fautes, 
qui  s'y  sont  glissées,  et  de  ses  autres  défauts.  L'auteur  non- 
seulement  y  a  fait  entrer  sans  choix  et  sans  discernement, 
une  partie  de  ce  qu'il  avoit  lu  dans  les  anciens  chroniqueurs, 
et  les  autres  mémoires,  qu'il  avoit  pu  recouvrer;  mais  il  n'y 
observe  même  le  plus  souvent  presque  aucun  ordre,  et  y 
revient  quelquefois  à  ce  qu'il  avoit  déjà  touché.  C'est  pour- 
p  7<>  quoi  '  l'éditeur  a   cru   rendre    service   aux  gens   de  lettres, 

de  retrancher  du  texte  plusieurs  choses,  qu'ils  n'auroient  pu 
goûter.  D.  Bouquet,  qui  a  donné  une  grande*  partie  de  cet- 
te chronique  dans  différons  volumes  de  sa  collection  des  his— 
scri.fr. t. 3, p. 353-  toriens  de  Franco,  '  assure  que  le  nombre  des  fautes  égale 
3»4,  t  6,  p.  230-  celui  des  mots,  dans  ce  qui  précède  l'an  ÎM9.  Depuis  cet- 
24s!  t.  s .' pP' 286-  ,e  année  ÎM9,  jusqu'en  966,  Hugues  n'a  fait  que  copier 
287   î.  lit»,  t.  8,  Frodoard,    mais   avec    peu   d'exactitude,   comme  le   remar- 

pref.  p.  31,  n.  37.  r  . 

que     encore    D.     Bouquet.     Nonobstant   ces    imperfections, 

l'ouvrage  annonce    que    Hugues   avoit    de  l'érudition,    qu'il 

étoit    bien    fourni  de  livres,  et  qu'il   avoit  été  soigneux    de 

rechercher   les   autres  monumens    propres  à'   l'exécution    de 

son  dessein.   Il  y  cite  quelquefois  des  chartes,  les  ouvrages 

p  98  des  anciens, 'et  y   copie  nommément  l'éloge   en   vers    de  la 

ville  de  Verdun  par  le  prêtre  Fortunat,   depuis    évêque   de 

Le  Beuf,  disseri.   Poitiers.    Hugues  a   voulu  faire  le   critique  sur  l'étymologie 

t.  2.  p.  157.  (ju  terme  latin  qui  signifie  Verdun.  Mais  il  n'y  a  pas  mieux 

réussi    que  ceux  qui  l'avoient  précédé,  sur  d'autres  étymo- 

logies.   Outre  son   objet  principal,  qui  est  l'histoire  presque 

générale 


ABBÉ  DE  FLAVIGNI.  S\      m  sieclb. 

générale  de  ces  temps-là ,  il  s'y  est  proposé  en  particulier 
d'y  donner  la  suite  des  évêques  de  Verdun  et  des  abbés  de 
saint  Vanne  et  de  Flavigni.  Dernier  trait  qui  fait  juger  qu'il 
ne  mit  la  main  à  son  ouvrage,  qu'après  qu'il  eût  été  éta- 
bli abbé  de  cette  dernière  maison,  c'est-à-dire  après  4  097. 
Autrement  il  auroit  passé  sur  Flavigni  aussi  légèrement  que 
sur  tant  d'autres  monastères,  dont  il  ne  dit  rien,  ou  seule- 
ment deux  mots  par  occasion ,  et  parce  que  son  sujet  le 
demande. 

'  La  seconde  partie  de  sa  chronique  commence  en  \  002 ,  p- 139>  2G«- 
et  finit  à  la  seconde  année  du  siècle  suivant.  Elle  comprend, 
comme  on  voit,  une  histoire  de  tout  le  XIe  siècle  entier. 
C'est  cette  partie  qui  a  principalement  mérité  à  son  auteur 
le  titre  d'historien.  On  y  a  une  riche  source  d'évenemens 
pour  l'histoire  de  l'église  Gallicane,  surtout  à  l'égard  de  ce 
qui  se  passa  alors  dans  les  deux  Belgiques.  Sans  cet  ou- 
vrage, non-seulement  on  n'auroit  rien  des  actes  de  plu- 
sieurs conciles  du  XIe  siècle  ;  mais  on  ignoreroit  aussi  qu'ils 
se  fussent  tenus,  et  quels  avoient  été  les  sujets  de  leur  con- 
vocation. C'est  pourquoi  ceux  qui  ont  pris  soin  de  diriger 
des  collections  générales  des  conciles,  depuis  que  la  chro- 
nique de  Hugues  de  Flavigni  est  devenue  publique,  y  ont 
souvent  recours  pour  ce  qui  concerne  le  même  siècle.  L'au- 
teur a  eu  aussi  l'attention  d'y  enchâsser  quantité  de  pièces 
originales,  comme  bulles,  rescrits  des  Papes,  lettres  des 
cardinaux,  des  archevêques,  évêques,  et  des  siennes  pro- 
pres,  sans  quoi  la  plupart  se  seroient  perdues. 

Un  autre  avantage  de  cette  chronique,  est  qu'elle  enfer- 
me grand  nombre  de  traits  qui  font  partie  de  l'histoire  de 
plusieurs  gens  de  lettres  de  ce  temps-là;  et  l'on  a  pu  s'ap- 
percevoir  que  nous  y  avons  souvent  puisé  pour  quelques- 
uns  de  ceux  dont  nous  avons  parlé  dans  le  cours  de  ce  volu- 
me et  des  deux  précédens.  Hugues  est  allé  encore  plus 
loin ,  et  y  a  donné  l'histoire  presque  entière  de  plusieurs 
grands  hommes.  Tels  sont  nommément  le  pape  Grégoire 
VII,  le  légat  Hugues  archevêque  de  Lyon,  le  B.  Ri- 
chard de  saint  Vanne,  le  vénérable  Jarenton  de  saint  Bé- 
nigne de  Dijon.  Quoiqu'il  y  ait  une  autre  histoire  isolée 
de  ce  souverain  pontife,  '  les  successeurs  de  Bollandus  ont  jicm.  jun.  t.  6.  p. 
trouvé  tant  de  choses  importantes  dans  ce  qu'en  dit  notre 
Tome  X  L 


xii  siècle.       82  HUGUES, 


abbé,  qu'ils   ont  jugé  à  propos  de  l'imprimer  avec  un  sage 
discernement  et  de  judicieuses  observations,    à   la  suite  de 

u.  jun.  p.  974-  son  histoire.  '  Ils  ont  fait  le  même  honneur  à  ce  que  Hu- 
gues a  écrit  sur  le  B.  Richard,  et  y  ont  répandu  une  nou- 
velle lumière  par  les  remarques  et  les  courtes  notes,  dont 

Mab.  act.  t.  8,  p.  ils  l'ont  accompagné.  '  Dom  Mabillon  en  a  usé  de  même, 
en  le  publiant  en  forme  de  supplément  ou  d'appendice  à 
la  vie  du  même  abbé  de  saint  Vanne. 

N'oublions  pas  de  dire ,  que  Hugues  a  aussi  été  soigneux 
d'y  faire  sa  propre  histoire  ;  et  sans  sa  chronique  nous  n'en 
sçaunons  que  fort  peu  de  choses,  ou  presque  rien  du  tout. 
Il    s'y    étend    même    beaucoup   sur    ses    propres   avantures; 

p.  235, 247-249.  '  et  à  l'exemple  de  saint  Augustin  dans  ses  confessions, 
que  Hugues  paroit  avoir  beaucoup  lues,  il  a  jugé  à  propos 
d'apprendre  à  la  postérité  le  bien  et  le  mal  qu'il  avoit  fait. 
Ces  endroits  sont  ordinairement  écrits  avec  une  piété 
tendre  et  une  effusion  de  cœur,  capables  de  toucher  ceux 
qui  les  lisent.  C'est  dans  ces  endroits  qu'il  fait  paroître  de 
vifs  sentimens  de  reconnoissance  pour  les  grâces  qu'il  avoit 
reçues  de  la  divine  miséricorde,  et  qu'il  donne  de  grandes 
marques  de  soumission  aux  traits  de  la  justice  divine,  et 
de  patience  dans  les  adversités.  Mais  franchement  il  est 
trop  diffus  dans  cc((e  sorte  de  narrés,  de  prières,  ou  gémisse- 
mens.  Il  l'est  encore  trop  dans  d'autres  détails,  que  son  des- 
sein demandoit  qu'il  abbrégeât. 

Ce  ne  sont  pas  au  reste  les  seuls  défauts  qui  se  trou- 
vent dans  cette  seconde  partie  de  sa  chronique,  qui  con- 
tient d'ailleurs  d'excellentes  choses,  ainsi  qu'il  a  été  déjà 
observé.  Hugues  n'y  a  pas  gardé  assez  d'ordre ,  et  n'y  a  pas 
fait  assez  de  choix.  Quoique  le  titre  annonce  une  chrono- 
logie ,  sinon  exacte  ,  au  moins  suivie ,  les  dates  y  sont  un 
peu  brouillées  ;  et  il  y  a  même  des  anachronismes  et  des  fau- 
tes contre  la  vérité  de  l'histoire.  Nous  n'en  citerons  que 
deux  exemples,  en  des  choses  qui  se  passèrent  du  temps  de 

Mab.  ib.  1.  G4,  n.  l'auteur ,  et  comme  sous  ses  yeux.  '  Il  place  dès  4075    la 
mort    de    Grimolde    abbé    de    saint   Vanne  ;    quoiqu'il    soit 

l.  52,  n.  85.  constant  qu'il  ne  mourut  que  trois  ans  plus  tard.  '  U  s'étoit 

déjà  trompé  sur  la  date  de  la  mort  du  B.  Richard,  prédé- 

l.  67.  n.  23.  cesseur  de  Grimolde.   On  est  surpris  '  de  lire  dans  son  ou- 

vrage ,  que  le  pape  Victor  III  mort  en  -1087,  se  sentant 


ABBÉ  DE  FLAVIGNI.  83 


XII  SIECLE. 


frappé  au  saint  autel,  où  il  célébroit  les  divins  mystères, 
abdiqua  le  souverain  pontificat,  et  mourut  aussitôt,  ce 
qui  est  absolument  faux.  Un  autre  défaut  de  notre  histo- 
rien, est  de  faire  paroître  quelquefois  de  la  prévention  et 
de  la  partialité,  et  d'être  extrême  dans  ses  blâmes  comme 
dans  ses  louanges. 

Sa  chronique  finit  en  l'année  44  02,  sur  laquelle  il  rap- 
porte très-peu  de  faits.  Elle  fut  par  conséquent  écrite  après 
cette  époque  ;  mais  on  n'a  rien  de  certain  pour  en  fixer 
l'année  précise.'  Quelques  écrivains  prétendent  qu'elle  ne  Hist.deVerd.ib.  | 
le  fut  qu'en  444  5,  et  même  encore  plus  tard.  C'est  de 
quoi  ils  ne  donnent  point  de  preuve  :  au  lieu  qu'il  y  en  a 
du  contraire.  En  effet,  si  l'auteur  n'y  avoit  mis  la  main 
qu'en  ce  temps-là,  lorsqu'il  s'étoit  uni  aux  schismatiques 
pour  avoir  la  place  d'abbé  de  saint  Vanne,  et  que  Jaren- 
ton  abbé  de  saint  Bénigne  I'avoit  excommunié  en  consé- 
quence,, auroit-il  parlé  avec  autant  de  force  qu'il  fait  dans 
toute  la  seconde  partie  de  sa  chronique  contre  les  partisans 
du  schisme?  Auroit-il  fait  de  Jarenton  un  des  héros  de  son 
ouvrage?  Y  auroit-il  parlé,  comme  il  y  parle,  avec  autant 
de  zélé  pour  le  bon  ordre,  et  l'observation  des  règles?  Y 
auroit-il  tonné,  comme  il  fait,  contre  Girard,  pour  avoir 
usurpé  sa  place  à  Flavigni,  après  qu'il  auroit  usurpé  lui- 
même  celle  de  l'abbé  Laurent  à  saint  Vanne?  Réflexions 
qui  se  présentent  tout  naturellement,  et  qui  nous  autori- 
sent à  dire,  que  Hugues  entreprit  et  travailla  à  son  ouvra- 
ge dès  \\ti\  ,  lorsqu'ayant  quitté  Flavigni,  il  se  retira  à 
saint  Bénigne  de  Dijon.  Que  s'il  ne  l'a  pas  poussé  au-delà 
de  \ \ 02,  c'est  apparemment  qu'en  étant  là,  il  fut  possé- 
dé du  désir  de  dominer,  et  de  se  voir  de  nouveau  en  pla- 
ce. Ainsi  il  put  arriver,  ce  qui  n'arrive  que  trop  souvent, 
que  cette   passion   éteignit  en  lui  celle  de  l'étude. 

L'éditeur,   qui  a  publié  cette  chronique  au  premier  vo- 
lume de  sa  nouvelle  bibliothèque  de  manuscrits,  '  a  impri-  Lab  bib  nov.t.  î, 
mé  sur  la  fin  du  même  volume  un  catalogue  tronqué  des  p' 
abbés   de   Flavigni.    Ce    catalogue    finit   à   l'abbé    Rainaud, 
prédécesseur    immédiat    de    Hugues    dont    il    s'agit   ici,    et 
se  lit  à  la  tête  de  sa  chronique  dans  le  manuscrit,  qui  l'a 
fournie  à  l'éditeur.  '  La  conformité  qui  se  trouve  entre  ce  p.^2  Niug.  fi. 
qui  est  dit  de  ces  abbés  dans  le  catalogue,  et  la  manière  c  rp' 

Lij 


XII  SIECLE. 


84  HUGUES, 


dont  en  parle  l'abbé  Hugues  dans  sa  chronique,  fait  juger 
que  c'est  de-là  qu'il  a  tiré  ce  qu'il  nous  apprend. 
Lab-.  ib.  p.  269-      '  A  la  suite  de  cette  chronique  l'éditeur  a  ajouté  des  dé- 
272-  bris    d'anciens    monumens,    qui    concernent    l'histoire    du 

monastère  de  Flavigni,  et  qui  bien  qu'informes,  peuvent 
servir  à  éclaircir  en  quelques  endroits  le  catalogue  des  ab- 
bés du  même  monastère,  dont  on  vient  de  parler.  Le  P. 
Labbe  avoit  trouvé  ces  morceaux  d'histoire  entre  les  pa- 
piers du  P.  Sirmond  son  confrère.  Ils  commencent  par  un 
fragment  du  testament  de  l'abbé  Widerade,  qui  en  722  ré- 
tablit le  monastère  de  Flavigni ,  fondé  par  le  roi  Clovis  I , 
et  comprennent  d'autres  fragmens  de  plus  longues  pie- 
ces,  qui  appartenoient  aux  siècles  suivants.  La  plus  récente 
étoit  de  l'année  4  (M  8.  Quelques  imparfaits  après  tout  que 
soient  et  ce  recueil  de  fragments  et  le  catalogue  des  abbés, 
on  peut  néanmoins  en  tirer  du  secours  pour  l'histoire  du 
pais,  et  celle  des  évêques  d'Autun. 
Mab.  ann.  t.  5,  p.  2°.  Longtemps  avant  que  Hugues  consentît  à  usurper  la 
685,1-  dignité  d'abbé  de  saint  Vanne,  il  avoit  écrit  un  traité  con- 

tre ceux  qui  étoient  opposés  à  l'église  Romaine,,  en  soute- 
nant le  parti  de  l'antipape  Guibert  et  de  l'empereur  Henri 
IV  son  protecteur.  Ce  fut  sans  doute  au  temps  que  Hugues 
et  les  autres  moines  de  saint  Vanne,  leur  abbé  à  la  tête, 
souffroient  persécution  pour  la  même  cause  :  ce  qui  les 
contraignit  de  se  réfugier  à  saint  Bénigne  de  Dijon,  après 
avoir  été  quelque  temps  errans.  Ainsi  ce  fut  sous  le  ponti- 
ficat d'Urbain  II,  plutôt  que  sous  celui  de  Paschal  son  suc- 
cesseur, et  avant  que  Hugues  devînt  abbé  de  Flavigni. 
Effectivement  depuis  sa  promotion  il  eut  bien  d'autres  af- 
faires à  discuter,  comme  on  l'a  vu  par  son  histoire.  On  ne 
connoît  point  au  reste  cet  ouvrage,  que  parce  que  nous  en 
apprend  Laurent  abbé  de  saint  Vanne  dans  son  apologie 
aux  chanoines  de  la  cathédrale  de  Verdun.  Suivant  l'idée 
qu'il  nous  en  donne,  il  étoit  fort  en  autorités,  apparem- 
ment de  l'écriture,  des  conciles  et  des  pères,  qui  avoient 
trait  à  la  matière  qui  en  faisoit  l'objet, 
ibid.  'Lorsque  l'abbé  Laurent  ajoute,   que  Hugues  après  avoir 

usurpé,  à  la  faveur  du  schisme,  sa  place  à  saint  Vanne, 
composeroit  un  autre  écrit  contraire  au  précédent,  ce  n'est 
pas  à  dire  pour  cela  qu'il  l'ait  réellement  composé.  Seule- 


ABBÉ  DE  FLAVIGNl.  85 


XII  SIECLE 


ment  il  veut  faire  comprendre  en  s'exprimant  de  la  sorte, 
qu'il  ne  lui  restoit  plus  qu'à  détruire  par  écrit  ce  qu'il  avoit 
établi  par  écrit,  afin  d'être  reconnu  pour  prévaricateur 
dans   toutes  les   formes. 

3°.'Dom  Mabillon  témoigne  avoir  vu  à  Flavigni  même  Mab.  opusc  t.  2, 
le  cartulaire  de  cette  maison,  qui  comprend  un  recueil  de  p 
chartes,  dont  plusieurs  mériteroient  d'être  connues.  Com- 
me le  recueil  est  d'une  écriture  du  temps  de  l'abbé  Hugues, 
il  est  à  présumer  que  ce  fut  lui-même- qui  prit  soin  de  le  diri- 
ger :  d'autant  plus  qu'on  voit  par  sa  chronique,  qu'il  se 
donna  de  grands  mouvemens  pour  rétablir  le  temporel  de 
son  monastère,   fort  négligé  avant  lui. 

4°.  '  Il  y  a  tant  de  traits  de  ressemblance  pour  la  manie-  Act.  t.  3  p.  633. 
re  d'écrire  entre  cette  chronique  et  le  nécrologe  de  cette 
même  maison,   que  si  Hugues  n'a  pas  dirigé  le  nécrologe, 
au  moins  le  nécrologe  a  été  tiré  de  la  chronique.  C'est  le 
jugement  qu'en  a  porté  Dom  Mabillon. 


RAOUL     TORTAIRE, 

MOINE  DE  FLEURI. 


8i. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Raoul,    surnommé  Tortaire,    c'est-à-dire,   de  la    Tour-  Mab.ann.  1. 78,  n 
te    naquit    à    Gien    sur    Loire    au    diocèse   d'Auxerre. 
Dès  son  enfance  il  fut  instruit  des  arts  libéraux,  où  il  fit  de 
grands  progrès  pour  son  temps.  Eusuite  dégoûté  du  monde, 
il    embrassa    la   profession    monastique  à   Fleuri,   ou    saint 
Benoit  sur  Loire.  Les  études,  comme  on  l'a  vu,  y  étoient 
florissantes  depuis  le  savant  Abbon,  qui  les  y  avoit  renou- 
velles ;  et  cette  abbaye  n'avoit  point  cessé  depuis  de  pro- 
duire des  gens  de  lettres,  et  même  quelques  célèbres  écri- 
vains. '  Dans  le  tems  que   Raoul  en  augmenta  le  nombre,  Gaii.  chr.  nov.  t. 
on  y  voyoit  un   Chrétien,   un  Hugues  de   sainte  Marie  et  8' p- x" 
un  Clarius  :  le  premier  célèbre  par  son  grand  sçavoir  et  les 
deux  autres  par  leurs  écrits,  dont  il  sera  parlé  dans  la  suite. 


XII  SIECLE. 


86  RAOUL  TORTAIRE, 


Mab.  ib.  Raoul  y  eût  donc   tous  les  moyens  de  cultiver  et  perfec- 

tionner l'amour  qu'il  avoit  pour  les  lettres.  Aussi  sçut-il  les 
mettre  à  profit  si  avantageusement,  qu'il  acquit  un  grand 
fond  d'érudition  ecclésiastique  et  séculière.  On  prétend 
même  qu'il  possédoit  tout  ce  que  les  anciens  et  les  modernes 
avoient  écrit  jusques-là.  Il  s'appliqua  particulièrement  à 
écrire  en  vers  et  en  prose,  et  y  réussit  autant  que  tout  au- 

Boi.  21.  mart.  p.   tre  écrivain  de  son  siècle.  '  La  poésie  ayant  pour  lui  un  at- 

301       n     9-11 

Ban',  adv.  i.  si,  c.  trait    singulier,    il    la    cultiva    beaucoup,    et   avec    tant   de 

7-  succès  qu'il  a  mérité  d'être  regardé  comme  un   poète  au- 

dessus   du   commun.    Mais  ce  qu'il  y  a  de  plus   digne  de 

Mab.  ib.  louange   en    lui,   '  est    qu'il    s'adonna    tellement  à   l'étude, 

qu'il  ne  négligea  aucun  des  devoirs  attachés  à  sa  profession. 
11  les  remplit  au  contraire  avec  tant  d'exactitude,  qu'il 
étoit  devenu  le  modèle  de  ses  frères,  l'ornement  de  sa  mai- 
son et  l'appui  de  la  régularité.  Sa  vertu  étoit  si  avan- 
tageusement connue,  qu'on  ne  douta  point  que  sa  mort 
ne   fût  précieuse   aux  yeux  du   Seigneur. 

Il  est  étonnant  qu'après  que  l'on  a  publié  divers  écrits 
de  Raoul,  dans  lesquels  on  peut  découvrir  le  temps  précis 
à  peu  près  auquel  il  florissoit,  les  sçavans  se  soient  par- 
tagés  sur  ce  point  en   deux   opinions   aussi   éloignées    l'u- 

Ban.  ib.  |  voss.  ne   de  l'autre,    que    contraires  à  la    vérité    du    fait.  '  Les 

Hist.  Lat.  1. 4,  par.  ,  „    \,.  ,r  ,  ,.. 

3,  c.  il.  uns,  tel  que  Bartlnus  et   vossius,   ont  suppose  qu  il  vivoit 

dès   le   commencement    du  Xe  siècle,   près  de  deux' cents 
oud.  sert.  t.  2,  p.  ans  avant  qu'il  fût  connu  dans  le  monde.  Les  autres  nom- 
433.  i  Mab.UihP  |  Le  ménient    Oudin ,    et    autres    modernes    encore    plus    celé— 
Beuf,  hist^dAux.   Dreg)    prétendent    qu'il    vécut   au-delà   de  l'année  MAA,  et 
même  -H  60.   Mais  ceux-ci  ne  sont  tombés  dans  cette  er- 
reur,  que   pour    avoir   confondu    Raoul   Tortaire,   avec   un 
autre  poète  nommé  Raoul  et  moine  de  Cluni,  qui  a  fait  l'é- 
loge de  cette  illustre  abbaye  en  vers,  et  vraisemblablement 
le  même  qui  écrivit  la  vie  du  saint  abbé  Pierre  le  Vénérable 
après  -H  56. 

Il  étoit  cependant  aisé  de  corriger,  ou  même  d'éviter 
ces  deux  erreurs,  en  lisant  avec  quelque  attention  le  re- 
cueil des  miracles  de  saint  Benoît  fait  par  notre  écrivain. 
Bon.  ib.  p.  346.  Les  partisans  de  la  première  opinion  y  auroient  vu,  '  que 
Raoul  y  rapporte  des  évenemens  arrivés  sous  Rainier, 
Guillaume,  Veran  et  Joscerand,    tous   abbés  de  Fleuri,   au 


MOINE   DE  FLEURI.  87       XII SIECLE 


XIe  siècle,  et  dont  le  dernier  vécut  jusqu'au  commence- 
ment du  suivant.  Ils  y  auroient  vu ,  '  qu'il  y  parle  de  l'ex-  p.  345,  n.  23. 
pédition  de  Guillaume  IX  comte  de  Poitiers  à  la  terre  sain- 
te, qui  ne  se  fit  qu'en  4  4 02 ,  et  que  par  conséquent  il  ne 
pouvoit  écrire  qu'après  cette  date.  Ceux  qui  sont  pour  l'o- 
pinion opposée,  '  y  auroient  trouvé  que  Raoul  ayant  été  p.346, n.  27. 
présent  à  un  miracle  opéré  en  -1095,  il  se  donne  pour  un 
homme  fait,  en  disant  qu'il  se  joignit  aux  autres,  pour 
en  rendre  grâces  à  Dieu.  Or  il  y  a  bien  loin  de  ce  terme  à 
l'année  -1 4 60  et  au-delà. 

C'est    sur    ces    indices,    '  que   Dom    Mabillon ,    et   Cave  Mab.  ib.  1.  38,  n. 
d'après   lui,    avoit  d'abord  jugé,    que   Raoul    florissoit    les  347,  n.ii.  \  ckvl] 
premières  années  de  ce  XIIe  siècle,  et  que  l'auteur  de  l'his-  {^niss".  j,  37°/.' 
toire    encore    manuscrite    de    l'abbaye   de  Fleuri ,    le    croit 
mort  dès  4407.    La   raison  qu'en   donne  celui-ci,   est  que 
Raoul  dans  ses  écrits  ne  t'ait  aucune  mention  d'une  transla- 
tion des  reliques  de  saint  Benoît ,  qui  se  fit  avec  beaucoup 
d'appareil  la  même  année,  ou  la  suivante,  d'une  chasse  en 
une  autre.  Raison  au  reste  qui  n'est  pas  fort  décisive  ;  puis- 
que Raoul  n'ayant  point  entrepris  l'histoire  de  sa   maison  , 
mais   seulement   la   relation   des   miracles  de  saint   Benoît, 
cet  événement  destitué  de   miracles   n'entroit  pas  dans  son 
dessein. 

'Les  premiers  successeurs  de  Bollandus  ont  mieux  réussi,  Boii.  ib.  n.  11. 
que  tous  ceux  dont  on  vient  de  parler,  à  fixer  le  temps  au- 
quel Raoul  écrivoit.  Mais  le  fondement  sur  lequel  ils  s'ap- 
puyent,  est  visiblement  ruineux.  Ils  disent  que  ce  fut  en 
4  447,  et  veulent  que  cette  date  soit  exprimée  dans  le  se- 
cond des  deux  vers  suivants;  par  où  notre  poète  termi- 
ne son  long  poëme  sur  le  martyre  de  saint  Maur,  et  sa 
translation. 

Mille  sui  versus,  sua  demant  crimina  mille  : 
Septies  et  déni  cum  centum  estera  demant. 

Il  est  clair,  qu'il  ne  s'agit  point  ici  de  supputation  chrono- 
logique, et  que  ce  .n'est  qu'une  prière  du  poète,  qui  sou- 
haite que  mille  de  ses  vers  puissent  effacer  un  millier  de  ses 
fautes,  et  que  cent  dix-sept  autres  effacent  le  reste.  Nous 
sommes  presque  persuadés,  que  Raoul  a  voulu  marquer 
par-là  le  nombre  des  vers  qui   composent  son   poëme.    Il 


XII  SIECLE. 


88  RAOUL  TORTAIRE, 


seroit  aisé  à  ceux  qui  ont  le  manuscrit,  où  il  se  trouve  en- 
tier, de  le  vérifier. 

Après   tout  on  n'a  rien  de  plus  précis  et  de  plus  capa- 
ble  de   fixer  les  esprits,    touchant   le   ternie   de   la   vie   de. 
Raoul,     que    le    témoignage    de    Hugues    de    sainte    Marie 

Mss.  son  confrère  et  son  contemporain.      On  a  de  lui  la  conti- 

nuation de  l'histoire  des  miracles  de  saint  Benoît,  qu'il 
écrivit  au  plus  tard  en  ^20,  et  qui  n'est  encore  que  ma- 
nuscrite. Or  il  dit  clairement  dans  la  préface  qui  est  en  tète, 
que  Dom  Raoul  son  vénérable  frère,  dont  il  entreprend 
de  continuer  l'ouvrage,  ce  sont  ses  expressions,  n'étoit 
plus  alors  au  monde.  Et  comme  il  rapporte  des  miracles 
opérés  en  \\\A,  on  en  peut  légitimement  conclure,  que 
Raoul  étoit  mort  dès  la  même  année,  ou  la  suivante  au 
plus  tard. 

Raoul  de  son  vivant  ayant  employé  sa  plume,  non-seu- 
lement à  célébrer  divers  saints,  mais  aussi  à  relever  le 
mérite  de  quelques  amis  gens  de  lettres,  comme  on  le 
verra  par  la  suite,  il  s'en  trouva  après  sa  mort,  qui  firent  usage 
de  la  leur  pour  faire  passer  avec  honneur  sa  mémoire  à  la 

Mai.  ib.  postérité.  '  On  y  consacra  des  épitaphes,  qui   se   lisent   en 

tête  du  recueil  de  ses  poésies,  ainsi  que  l'annonce  le  se- 
cond vers  de  celle  que  nous  allons  copier.  C'est  la  premiè- 
re, qui  est  de  la  façon  d'un  nommé  Francus  Beatus,  et  se 
trouve  un  peu  tronquée  par  le  défaut  du  manuscrit. 

EPITAPHE. 

RODULPHis  fuit  hic  decus ,  ecelesiaeque  columna  , 
Carmina  cujus  in  hoc  corpore,  lector,  habes. 
Imbutus  a  puero  doctrinis  grammaticorum , 

Secli  cum  vita  deseruit  studium. 
Inde  fuit  sacrae  vas  legis  et  historiaruni  : 

Novit  quippe  novum,  quidquid  avumque  fuit. 
Post  in  hoc  Monachus  fuit  et  spéculum  Monachorum  : 
.  .  .  Factis,  vestibus,  ore  Dcum. 
I    tal.  ...  Die  lalo  quod  perfleit  omnia  dulce  : 

Quodque  fide  petiit.  nunc  habeat  specie. 
Sit  cum  Rodulpho  tua  portio ,  France  Béate , 
Ut  similis  1  fias  nocte  dieque  stude. 


§    II. 


MOINE  DE  FLEURI.  89       x„  siècle. 

§    ». 
SES  ÉCRITS, 

Entre  les  écrits  de  Raoul  il  y  en  a  quelques-uns  d'im- 
primés; mais  la  plupart  sont  encore  manuscrits.  Nous 
commencerons  par  discuter  ceux  de  la  première  classe  ,  et 
nous  passerons  ensuite  aux   autres. 

4°.  Le  plus  connu  est  sa  continuation  de  l'histoire  des 
miracles  de  saint  Benoit,  opérés  en  France,  et  principa- 
lement à  Fleuri.  Dès  le  IX  siècle  Adrevald  moine  du  lieu 
«voit  commencé  à  les  recueillir.  Adelcre  ,  Aimon  et  An- 
dré, autres  moines  de  Fleuri,  continuèrent  chacun  en  son 
temps  à  en  faire  la  relation  après  Adrevald.  Ensuite  Raoul 
Tortaire  la  reprit ,  et  après  lui  Hugues  de  sainte  Marie , 
qui  l'a  continuée  jusqu'en  MJ9.  '  Ce  que  Raoul  en  a  re-  Bon.  21  mar.  p. 
cueilli ,  commence  au  règne  de  Henri  I  roi  de  France  en 
^3^  ,  et  en  conduit  la  suite  jusqu'en  1114,  que  Hugues 
entreprit  delà  continuer,  ainsi  qu'il  a  élé  dit  plus  haut. 
Raoul  avoit  élé  témoin  oculaire  d'une  partie  de  ceux  qu'il  p.  345, 346,  n.  27. 
décrit ,  et  avoit  de  bons  mémoires  pour  les  autres.  C'est  de 
quoi  l'on  ne  peut  douter ,  en  le  voyant  attentif  à  nom- 
mer les  personnes  miraculées,  et  les  lieux  où  les  évene- 
mens  étoient  arrivés.  Quoique  son  recueil  soit  ample , 
et  comprenne  quarante-neuf  miracles,  '  i!  l'auroit  encore  p.  350, n.  39. 
grossi  davantage,  si  les  gens  de  lettres,  ou  les  hahitans 
des  lieux  éloignés  de  Fleuri ,  avoient  été  soigneux  de  con- 
server quelque  mémoire  de  ceux  qui  s'y  étoient  opérés. 
On  regarde  ordinairement  cette  sorte  de  relations  comme 
peu  intéressantes.  Mais  celle  de  notre  écrivain  a  son 
mérite  et  son  utilité.  Outre  qu'elle  est  écrite  en  un  fort 
bon  style  pour  le  temps,  et  avec  beaucoup  de  candeur 
et  de  grands  sentimens  de  pieté  ,  elle  peut  servir  à  illus- 
trer la  topographie  et  l'histoire  générale ,  en  faisant  con- 
noître  divers  lieux  et  des  personnes  de  quelque  considéra- 
lion  avec  détail. 
'Le    P.   Jean   du    Bois    Célestin    est    le    premier   qui     en  Fior.Mb.par.  î.p. 

, r  J  149-218 

a  fait  présent  au  public;  l'ayant  imprimée  sur  un  ancien 
manuscrit  de  Fleuri  ,  dans  la  première  partie  de  la  biblio- 
thèque, ou    anciens   monumens  de    celte  abbaye,   qui  pa- 

Tome  X.  M 


XII  SIECLE. 


90  RAOUL  TORTAIRE, 


rut  à  Lyon  m-8°.  en  4  605.  Mais  l'exemplaire  de  l'ouvra- 
ge étant  destitué  du  nom  de  son  Auteur,  l'éditeur  le  donna 
comme    l'écrit    d'un    moine    inconnu,    néanmoins    savant. 

Bon. ib.  p.  301.  '  Dans  la  suite  les  successeurs  de  Bollandus  l'ayant  trouvé 
dans  d'autres    manuscrits,   et   découvert   qu'il   appartient  à 

p.  330. 353.  Raoul  Tortaire  ,      ils  l'ont  publié  de  nouveau  avec  des  no- 

tes de    leur  façon  ,   en  le   rendant  à    son   véritable  auteur. 

Mab.  act.  t.  6,  p.  '  Enfin  Dom  Mabillon  en  a  donné  une  nouvelle  édition  ,;ur 

390-422.  jeg   jeux  précédentes  et  les  manuscrits. 

Bon.  ib.  n.  9.  2°.  '   Après  que  Raoul   eut  écrit  cette   relation   en   pro- 

se, il  la  mit  en  vers,  comme  il  le  dit  lui-même  dans  les 
deux  vers  suivants ,  qui  se  lisent  à  la  tête  de  son  poème. 

Quas  nuper  prosa,  nunc  digTO  carminé  gesta. 
Clamerit  noster  qu»  faciendo  pater. 

n.  ii  '  11  poussa  encore  beaucoup  plus  loin  son   travail  sur  saint 

Benoît,  et  mit  aussi  en  vers  la  vie  du  saint,  l'histoire  de 
sa  translation    en   France  et  les  différentes   relations  de  ses 

n.  îo.  miracles,  qui  avoient  précédé  la  sienne  propre.  '  Les  suc- 

cesseurs de  Bollandus  attestent  avoir  vu  ce  grand  ouvra- 
ge, avec  les  autres  principaux  écrits  de  Raoul,  dans  un 
très-ancien  manuscrit  de   Christine  reine  de    Suéde,    cotté 

Hontf.  bib.  p.  4i,  alors  4  640,  et  depuis  qu'il  a  passé  avec  les  autres 
dans  la  bibliothèque  du  Vatican,  4545.  C'est  selon  toute 
apparence  le  même  que  M.  de  la  Curne  de  sainte  Palaye 
dans  ses  mémoires  à  la  main  témoigne  avoir  vu  dans  son 
voyage  d'Italie.  On  en  juge  ainsi  par  l'énumér^tion  qu'il  fait 

Boii.  ib.  n.  a.  des  écrits,  qui  y  sont  contenus.  '  L'auteur  a  dédié,  ou 
adressé  ce  grand  ouvrage  sur  saint  Benoit  à  Foulques  un 
de  ses  amis  ;  à  qui  il  parle  ainsi ,  en  se  faisant  connoître 
par  son  nom. 

Accipe,  mi  Fulco,  tibi  quai  tetrasticha  mitto  : 

Legislatoris  perlege  gesta  patris. 
Haec  tibi  jucundo    scripsi  Rodulphus  amico  , 

Ut  tua  sit  nostris  mentio  fada  Ubris. 

L'ouvrage  au  reste  ne  paroît  contenir  rien  d'historique, 
qui  ne  se  trouve  dans  la  prose  :  raison  qui,  jointe  à  sa  trop 
grande   prolixité,    a   empêché   les   Bollandistes   d'en   char- 


MOINE  DE  FLEURI.  9i 


XII  SIFXLE. 


ger  leur  recueil.  '  Ils  se  sont  sagement  bornés  à  en  publier  p.  334, 2, 335. 
quarante-six  quatrains  ,  qui  comprennent  la  relation  des  mi- 
racles écrite  par  le  moine  André.  Tous  les  vers  en  sont 
élégiaques,  et  rimes  à  l'hémistiche  et  à  la  fin,  comme 
les  quatre  rapportés  plus  haut.  Apparemment  l'ouvrage 
entier  est  dans  le  même  genre  de  versification. 

5°.  '  Le  manuscrit  du  Vatican  ,  autrefois  de  la  reine  Chris-  p.  3oi,n.  11. 
tine,  dont  il  a  été  parlé,  contient  encore  les  actes  de  la 
vie  et  du  martyre  de  saint  Maur  qui  avoit  souffert  en  Afri- 
que ,  avec  l'histoire  de  sa  translation  à  Fleuri  :  le  tout  mis  en 
grands  vers  rimes  par  notre  poëte.  Dans  cet  autre  ouvrage 
se  lisent  sur  la  fin  les  deux  vers  suivans,  où  l'auteur  ,  qui 
s'est  fait  connoître  par  son  nom  dans  ses  poésies  précédentes, 
nous  apprend  son  surnom. 

Maure  sacer  meritis,  exaudi  yota  precantis. 
Quod  dédit  exiguus  Tortarius,  accipe  munus. 

'  De  ce  long  poëme  le  père  du  Bois ,  qui  l'avoit  trouvé  fior.  bib.  ib  p. 
dans  un  manuscrit  de  Fleuri,  n'a  publié  que  ce  qui  concer- 
ne l'histoire  de  la  translation  du  saint.  Il  a  supprimé  la  par- 
tie qui  comprend  son  martyre ,  et  les  autres  évenemens  de 
sa  vie  ,  sous  prétexte  qu'ils  étoient  suffisamment  connus  dans 
le  public.  Encore  a-t'il  oublié  le  dernier  vers  de  la  partie 
imprimée. 

'  Raoul  a  fait  aussi  une  hymne  en  vers  saphiques  ;  qui  p.  355.  |  Bon.  ib. 
contient  en  précis  toute  l'histoire  du  même  saint  martyr. 
L'éditeur  précédent  l'avoit  trouvée  dans  un  manuscrit  de 
Fleuri  ;  mais  n'ayant  pu  la  déchiffrer ,  il  l'a  laissée  sans  l'im- 
primer. En  nous  annonçant  ce  fait ,  il  semble  par  la  maniè- 
re dont  il  s'exprime,  rapprochée  du  titre  qu'il  donne  à  son 
imprimé ,  qu'il  a  distingué  de  Tortaire ,  Raoul  moine  de 
Fleuri ,  qui  est  cependant  le  même.  Au  reste  l'hymne  dont 
il  est  ici  question  ,  se  trouve  aussi  dans  le  manuscrit  du  Va- 
tican, à  la  suite  des  actes  et  de  l'histoire  de  la  translation. 

4°.  '  Le  même  manuscrit  nous  présente    encore   sous    le  Bon.  ib.  n.  10. 
nom  de  notre  poëte,   un  autre  grand  ouvrage  en  vers  élé- 
giaques,    qui    précède   tous   les   au'res,   dont   on    vient  de 
rendre  compte.  '  Il  y  en   a  même  dans  la    même  biblothé-  Montf.  ib.  p.  82. 
que  un  autre  exemplaire  entre  les  manuscrits  d'Alexandre 
Petau,  à  qui  il  étoit   venu  sans  doute  de  saint  Benoît  sur 


XII  SIECLE. 


02  RAOUL  TORTAIRE, 


Boii.  ih.  Loire ,  soit    médiatemcnt    ou    immédiatement.        Cet   autre 

ouvrage  adressa  à  un  des  amis  de  l'auteur,  est  divisé  en  neuf 
livres,  et  porte  pour  titre  Des  choses  admirables,  ou  sur- 
prenantes, De  mirabilibus.  On  y  compte  environ  mille 
distiques,  qui  font  deux  mille  vers.  Raoul  y  a  fait  entrer 
ce  qu'il  avoil  lu  de  plus  mémorable  touchant  les  divers 
royaumes,  les  guerres,  les  triomphes,  les  actions  de  ver- 
tu, les  excès  de  vice,  les  ingénieuses  saillies  d'esprit,  et 
autres  semblables  sujets.  Ecoulons  le  poète  en  tracer  lui- 
même  le  plan.  On  sera  par-là  au  fait,  pour  juger  du  prix 
de  la  poésie  qu'il  y  a  employée  ;  et  l'on  conviendra  en  lui 
rendant  justice ,  qu'elle  est  au-dessus  de  celle  de  tous  les 
versificateurs  ses  contemporains.  C'étoit  là  cependant  son 
coup  d'essai  ,  comme  il  paroît  le  dire  assez  clairement  dans 
le  dernier  des  dix  vers  que  nous  allons  copier. 

Dum  vaeat,  et  curismens  non  agitatur  avaris 

Dum  îentis  animus  Quclihus  .ibstrahitur  ; 
Flores  de  vernis  metrico  decerpere  pratis, 

Pollice  decrevi,  noster  a, niée,  tibi 
Hic  portenta  tibi,  miracula,  soninia  scripsi, 

Scripsi  de  rébus  hic  inemorabilibus. 
Rectè,  perverse,  versute  dicta  vel  acta 

Pin i .  i.!';i'  fato  contigerint  vario. 
l'rges  ,:ii  f.iinaiii.  Clin,  que  prima  poPtam. 

Adsis  piincipiis  ex  Helicone  meis. 

ibid.  5°.  '  A  la  suite  de  ce  grand  ouvrage  viennent  dans  le  mê- 

me manuscrit  onze  épitres  dti  lettres  de  Raoul  en  vers,  à 
autant  de  ses  amis.  La  première  est  écrite  à  un  nommé 
Garnier  Bourdon ,  le  même  à  qui  il  adresse  l'ouvrage  pré- 
cédent ,  et  commence  ainsi   : 

Accipe  descriptam,  Cuarneri  Burdo,  salutem, 
Dirigit  à  Torla  quam  tibi,  nomen  habens. 

lb'd-  '  La  seconde    est    adressée  à   un    nommé   Bernard  ,    nom 

alors  extrêmement  commun  parmi  les  gens  de  lettres.  En 
voici  les  deux  premiers  vers  : 

Pro  mentis,  Bernarde,  tuis  tibi  verba  salutis 
Paucula  Rodulphus  annotât  ipse  tuus. 


MOINE  DE  FLEURI.  95 


XII  SIECLE 


On  voit  que  notre  poète  dans  ces  deux  exordes  de  let- 
tres ,  a  si  clairement  exprimé  son  nom  et  son  surnom , 
qu'on   ne  peut  aisément  le  confondre  avec  un  autre. 

C'est  néanmoins  ce  qui  est  arrivé  au  copiste,  qui  a  prêté 
sa  main  à  un  des  deux  exemplaires  du  recueil  des  poésies 
de  Tortaire ,  qui  sont  à  la  bibliothèque  ('u  Vatican.  '  Etant  Mab.  an.  i.  78,  u. 
tombé  sur  l'épitaphe  de  Pierre  Abélard,  les  éloges  de  saint 
Bernard ,  de  Pierre  le  vénérable  ,  et  celui  de  l'abbaye  de 
Cluni ,  le  tout  fait  par  Raoul  ,  moine  de  cette  maison , 
sous  le  même  Pierre  le  vénérable ,  il  a  joint  toutes  ces 
pièces  à  celle  de  Raoul  Tortaire.  Il  est  vrai  que  le  nom  de 
l'un  et  de  l'autre  poëte  est  le  même ,  et  que  la  poésie  des 
deux  retient  le  même  génie;  étant  rimée  à  l'hémistiche  et 
à  la  fin  ,  et  y  en  ayant  d'héroïque  et  d'élégiaque.  Mais 
le  surnom  de  Tortaire ,  et  le  temps  auquel  celui-ci  floris- 
soit ,  dévoient  arrêter  et  y  faire  regarder  de  plus  près.  Ce'a 
n'a  pas  empêché  qu'à  la  faveur  de  cette  première  confu- 
sion ,  '  Dom  Mabillon  et  ceux  qui  l'ont  suivi,  n'ayent  attri-  }hid.  j  Le  neuf, 
bué  toutes  ces  poésies  indistinctement  à  Raoul  Tortaire,  486.'  "*'  '  ' P' 
moine  de  Fleury.  Il  est  cependant  incontestable  qu'un  écri- 
vain mort  avant  4420,  comme  nous  avons  montré  que 
l'étoit  Tortaire  ,  et  cela  par  le  témoignage  d'un  de  ses 
confrères ,  sous  les  yeux  de  qui  il  mourut ,  n'a  pu  parler 
de  faits  qui  ne  sont  arrivés  qu'en  H42,  -H  44,  et  encore 
plus  tard.  Reprenons  la  discussion  des  écrits  de  notre 
poète. 

'  Dans  sa  lettre  à  Bernard  ,  il  fait  un  peu  au  long  l'his-  Mab.  ib. 
toire  de  deux  amis,  Amelius  natif  d'Auvergne  ,  et   Amicus 
de  Gascogne.   Celui-ci  avoit  exposé  sa  vie  en  duel  par  at- 
tachement pour  l'autre;  et  ayant  passé  tous  les  deux  en  Italie, 
ils  y  moururent  et  furent  enterrés  à  Verceil. 

'Une    autre    lettre    de    Raoul    écrite    à    Robert,   contient  iwd. 
ls   relation  d'un  voyage  qu'il  avoit  fait ,  en  visitant  plusieurs 
villes  de  France;  il  y  donne  les  descriptions    nommément 
de  Blois  ,  de  Caen  et  de  Bayeux. 

Il  y  en  a  une  autre  adressée  à  un  frère  de  l'auteur , 
qui  le  nommant  adelphe ,  au  lieu  de  frère ,  donneroit  à 
entendre  qu'il  sçavoit  la  langue  Grecque.  C'est  dans  cette 
lettre  que  Raoul  nous  apprend  qu'il  étoit  de  Gien  ,  ou  des 
environs. 


xhsiecle.      M  GAL0N' 


Ses  autres  lettres  sont  adressées  à  Udon ,  Philus,  Sin- 
cope,  et  autres  personnes  aussi  peu  connues.  Ceux  qui  les 
ont  lues,  ne  disent  point  si  elles  contiennent  quelques  traits 
dignes  de  remarques  :  apparemment  ce  ne  sont  ,  comme 
presque  toutes  les  précédentes  ,  que  des  lettres  de  politesse 
et  d'amitié. 

6°.  Le  manuscrit  de  la  bibliothèque  du  Vatican  nous 
présente  encore  un  autre  ouvrage  de  Raoul  Tortaire  : 
c'est  une  histoire  en  vers  de  la  première  croisade,  dédiée 
à  Galon,  évêque  de  Paris  depuis  44  05,  jusqu'en  février 
\  H  6  ,  qui  fut  le  terme  de  sa  vie  ;  circonstance  qui  écarte 
toute  équivoque  par  rapport  à  Raoul  de  Fleuri  et  Raoul 
de  Cluni  ,  et  ne  permet  pas  de  douter  que  le  poëme  n'ap- 
partienne au  premier.  En  effet,  l'autre  qui  écrivoit  encore 
après  4^)6,  et  même  plus  tard,  étoit  trop  jeune  avant 
^-16,  pour   entreprendre   un  ouvrage   de  cette  nature. 

Il  est  aisé  de  comprendre  par  tout  ce  détail ,  que  Raoul 
Tortaire  étoit  un  écrivain  -extrêmement  laborieux.  Le  goût 
singulier  qu'il  avoit  pour  la  rime  dans  les  vers,  lui  coûta 
encore  beaucoup  de  temps  et  de  travail.  D'ailleurs  la  gêne 
et  la  contrainte  l'empêchèrent  de  prendre  tout  son  essor, 
et  sont  cause  que  sa  poésie  n'est  pas  meilleure  ;  quoiqu'il 
soit  vrai  de  dire  que ,  telle  qu'elle  est ,  elle  surpasse  encore 
celle  de  presque  tous  les  autres  versificateurs  du  même 
temps  (4). 

GALON, 

Evesque  de  Paris. 


7,  p.  r>8. 


§  I. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Caii.  chr.  nov.  t.  '  /-i  àlon  dont  on  a  voulu  faire  un  cardinal  de  la  sainte 
^Jéglise  Romaine,  ne  le  fut  jamais,  et  n'a  été  qualifié 
tel,  que  pour  l'avoir  confondu  avec  Galon,  cardinal  diacre 
du  titre  de  sainte  Marie  in  porticu ,  qui  ne  florissoit  que  les 

ivo,  ep.  ioî.  premières  années  du  siècle  suivant.  '  Il  étoit  d'une  honnête 
famille,    quoique    médiocre,    et    du   diocèse   de    Reauvais , 


EVESQUE  DE  PARIS.  95 


XII  SIECLE. 


suivant     toute     apparence.     Ayant    embrassé    l'institut   des 

chanoines  réguliers  à  saint  Quentin,  il  eut  l'avantage  '  d'y  Ep.  104. 

être  élevé  sous  les  yeux  et   par  les  soins  du   célèbre  abbé 

Ives,   qui  devint  depuis  évêque  de  Chartres.  Ce  fut  à  cette 

école  qu'il  acquit  ce   fonds  de  sçavoir   et   de  connoissance  »)>d-  I  A»seI-  vit. 

n    24    "2    11    'S    £D 

de  la  discipline  ecclésiastique,  que  ceux  qui  l'ont  mieux  69. 
connu  louent  en  lui.  A  la  science  il  fut  soigneux  de  joindre 
les  bonnes  mœurs, ..et  passoit  pour  homme  d'une  vie 
exemplaire  et  d'une,  grande  piété;  vir  bene  religiosus.  Saint 
Anselme  qui  l'avoit  beaucoup  pratiqué,  lorsqu'il  étoit  en 
France,  lui  rend  témoignage  qu'il  n'avoit  rien  découvert 
en  sa  conduite,  ou  appris  sur  son  compte,  qui  ne  lui  pût 
faire  honneur.  Un  mérite  aussi  réel  et  généralement  re- 
connu,  fit  choisir  Galon  pour  succéder  à  son  maître,  lors- 
qu'on -1 09^1  celui-ci  fut  élevé  à  l'épiscopat  ;  et  Galon  ne 
tarda  pas  à  s'y  voir  élevé  lui-même. 

Au  bout  de  quelque  temps,  et  en  H  04  ,  comme  il  pa- 
roît,  '  l'église  de   Beauvais,   qui  souffroit    beaucoup    de  ce  ivo,  ep.  «7  89. 
qu'elle    étoit  depuis  plusieurs  années   sans    évêque,    élut  , 
par  la  volonté  du  Roi  et  de  la    fameuse  Bertrade,  Etienne 
de  Garlande.   '  Mais  celui-ci   ayant   été   rejette  comme  in-  Ep.  97, 98. 
capable  et  même  indigne  de  l'épiscopat,   on  procéda  à  une 
autre  élection,  '  qui  fut  faite  par  la    plus  saine  partie  du  Ep.  104. 
clergé,    de    l'avis   des    seigneurs    et    du    consentement    du 
peuple,    et    tomba    sur   l'abbé   Galon.    Tous   les    gens    de 
bien ,  Ives  de    Chartres  à    leur    tête ,    s'en    réjouirent  ;   et 
ce  prélat  se  pressa  d'en  écrire  à  Manassé ,   archevêque    de 
Rheims,    métropolitain  de  la  province,    afin    d'accélérer  le 
sacre  du  nouvel  élu  :  '  mais  les  brigues  d'Etienne  de  Gar-  im. 
lande  et  l'opposition  du  Roi  le  retardèrent.  Ives   cependant 
ne  se  rebuta  pas,  et  travailla  de  tout  son  pouvoir  auprès 
du    pape  à    soutenir   l'élection    de    son  disciple.    D'autres, 
'  nommément  l'archevêque  saint  Anselme,  vinrent  à  l'appui.  Ansei.  1.  3,  ep.  69. 
Anselme  soutenoit  constamment  au   souverain  pontife,    que 
Galon  possédoit  toutes  les   qualités  nécessaires  pour  l'épis- 
copat, et  qu'il  n'éloit  pas  possible  dans  toute  l'étendue  du 
diocèse  de   Beauvais,  de  trouver  quelque  autre,  non  seu- 
lement meilleur  et  plus   propre  à  gouverner  cette  église  , 
mais   qui  lui  fût  même  semblable.  '  Enfin  on  réussit  à  l'or-  ivo.ep.  145. 
donner  ;  mais  il  ne  fut  pas  possible  de  le  mettre  en  posses- 


XII  SIECLE. 


96 


GALON, 


Ep.  110. 


Gall.  christ,  ib.  p. 
55.  |  Pagi ,  an. 
1101,  n.  1. 


Ansel.  vit.  in. 


Ep.  105.  sion   de   son   siège;  '  le    Roi   Philippe   ayant  juré  qu'il   ne 

seroit  jamais  évêque  de  Beauvais. 

Dans  cette  extrémité ,  '  Galon  prit  le  parti  d'aller  à  Rome, 
et  porta  au  pape  une  lettre  d'Ives  de  Chartres,  qui  prioit 
Pasehal  de  voir  ce  qu'il  y  auroit  à  faire  dans  cette  conjonc- 
ture. '  L'ordination  de  Galon  y  fut  confirmée  ;  et  pour  que 
ses  talcns  ne  fussent  pas  inutiles  à  l'église  ,  le  pape  l'en- 
voya légat  du  saint  siège  en  Pologne.  Galon  y  ayant  re- 
médié aux  abus  qui  étoient  à  corriger ,  retourna  à  Rome 
rendre  compte  de  sa  légation  ,  '  et  y  eut  la  consolation  d'y 
revoir  saint  Anselme  de  Cantorberi,  son  anci.n  et  bon  ami. 
C'étoit  par  conséquent  sur  la  fin  de.  l'année  M  05;  puisque 
Anselme  en  partit  alors,  après  y  avoir  passé  seulement  quel- 
ques semaines,  pour  se  rendre  à  Lyon,  où  il  éloit  aux 
fêtes  de  Noël.  Galon  demeura  encore  quelque  temps 
à  Rome,  et  y  assista  à  la  découverte  du  corps  de  saint  Prisque, 
martyr,  dont  le  cardinal  de  ce  titre,  son  ami,  lui  donna 
un  ossement.  A  son  retour  en  France,  il  passa  par  Lyon, 
et  y  vit  de  nouveau  saint  Anselme  :  lui  ayant  montré  la 
relique  dont  on  lui  avoit  fait  présent,  Edmcre ,  compagnon 
de  voyage  du  saint  archevêque; ,  témoigna  désirer  d'en  avoir 
une  partie;  et  Galon  la  lui  accorda  gracieusement. 

Cependant  Foulques,  évêque  de  Paris,  étant  mort  le 
huitième  d'avril  LI04,  le  clergé  et  le  peuple  s'accordèrent 
à  élire  Galon,  pour  le  remplacer.  Le  Roi  Philippe  revenu 
de  son  indignation,  ne  fit  aucune  difficulté  d'y  consentir, 
d'autant  plus  qu'il  avoit  pu  sçavoir  que  Galon  '  étant  à  Rome, 
avoit  agi  en  sa  faveur  auprès  du  pape;  mais  il  fallut  du 
temps  pour  lever  les  obstacles  que  faisoit  naître  la  transla- 
tion d'évèque  d'un  siège  à  un  autre.  '  Galon  fut  même 
obligé  de  faire  un  second  voyage  à  Rome;  le  pape  Pas- 
cal le  reçut  très-favorablement,  et  le  renvoya  les  premiers 
jours  d'avril  de  l'année  suivante  H  05,  avec  une  lettre  de 
recommandation  à  l'église  de  Paris,  dans  laquelle,  en  la 
félicitant  d'avoir  rencontré  un  si  digne  évêque,  il  s'étend 
sur  les  grandes  espérances  qu'il  avoit  conçues  de  sa  capacité 
et  de  son  zèle  pour  le  bien  de  l'église. 

Ce  ne  fut  donc  qu'en  cette  année  qu'il  entra  en  posses- 

wai..  ami.  i .71.11.  sion   de  l'évêché  '  de  Paris,  et  il  ne    commence   lui-même 

que  là  à  compter  les   années  de  son  épiscopat.  On  le  voit 


Gall.  chr.  ib.  |  Ivo 
ep.  144 


Ivo,  ep.  146. 


Bal.  mise.  t.  2 

182,  183. 


EVESQUE  DE  PARIS.  97       xn  srecLE 

à   n'en  pas  douter,  par  une  charte  en  faveur  de  l'abbaye 
de  saint  Denis,  datée  de  l'année  -M 4  0.  Galon  qui  l'a  sous- 
crite, dit  expressément   que  c'étoit   la   cinquième   année  de 
son   épiscopat,  dont    il  n'avoit  exercé  les  fonctions  qu'après 
le  mois  d'avril,  comme  il  paroît  par  la  lettre  du  pape  Pas- 
cal. Il  est  clair  que  ç'auroit  été  la  sixième,  '  si  cet  épiscopat  ivo.  ep.  noi.  p. 
avoit  commencé  dès    -H  04,  suivant   la  prétention  de  quel- 
ques écrivains;  ou  si  la  charte  n'étoit  pas  du  mois  d'avril ,  ou 
d'un  des  précédens  de  l'année  4  4 4  0.  '  Galon  ne  laissoit  pas  conc.t.io,p.74i. 
cependant  de   porter   le  titre  d'évêque  de  Paris,  dès  la  fin      vo' ep' 
de  juillet  4404,   ainsi  qu'on  en  juge  par  le  peu  qu'on  sçait 
de  ce  qui  se  passa  au  Concile  tenu  alors  à  Baugenci. 

Dès  qu'il  fut  entré  dans  le  ministère  épiscopal,   il  figura 
beaucoup  dans  l'église  de  France  :  peu  après  '  il  se  trouva  Oa».  chr.  vet.  t. 
avec    Ives   de   Chartres   et   Geoffroi   de   Béarnais   à  l'élec-  p'^fi!  '   ' "  ' 
tion  de  Raoul,  qui  se  fit  le  quatrième  d'octobre  -H 05,  pour 
remplacer  Odon ,   abbé  de  saint  Quentin ,  successeur  immé- 
diat de   Galon.  '  Le  second   de   décembre  suivant  il  fut  de  conc.  ibl  p.  742. 
la  célèbre   assemblée,  qui   se  tint  dans  sa  ville  épiscopale , 
pour    absoudre    le    roi    Philippe    I    de    l'excommunication 
que  lui  avoit  attirée  son  alliance  avec  Bertrade.  Avant  que 
d'en    venir   là,    les    prélats  députèrent  vers  ce  prince  notre 
évêque  avec  celui  d'Orléans ,  pour  s'assurer  de  ses  disposi- 
tions :  puis  on  prononça  solennellement  la   sentence  d'ab- 
solution. 

'  En   4406,  le   pape   Paseal   s'étant  réfugié   en  France,  eau.  chr.  nov.  ib. 
l'asyle  ordinaire   des  papes  persécutés,  Galon  l'alla  trouver 
à  la  Charité  sur  Loire.    Ce  fut  apparemment  en  cette  oc- 
casion qu'il  lui  porta  '  contre  l'abbé  et  les  moines  de  saint  Duchés,  t.  4,  p. 

t  r  *703    -704    gp#  ^ 

Denis,  les  plaintes  qu'il  détaille  dans  une  de  ses  lettres, 
où  ce  pontife  relève  beaucoup  le  désintéressement  de  notre 
prélat.  Galon  lui  ayant  représenté  en  cette  occasion,  ou 
en  une  autre,  '  la  conduite  plus  qu'irréguliere  que  menoient  Gai.chr.it>.  p.  56. 
les  religieuses  de  saint  Eloi ,  en  obtint  permission  de  les  ex- 
pulser :  c'est  ce  qu'il  exécuta  dès  l'année  suivante,  et  con- 
vertit leur  maison,  qui  est  aujourd'hui  celle  des  Barnabites, 
en  un  prieuré  dépendant  de  l'abbaye  de  saint  Maur  des 
Fossés.  Philippe,  roi  de  France,  étant  mort  à  Melun  le 
vingt-quatrième  de  juillet  4408,  Galon  fut  un  des  pré- 
lats  qui   conduisirent  le  corps   à  saint   Benoît   sur    Loire, 

Tome  X.  N 


XII  SIECLE. 


98  GALON, 


45 


où  ce  Prince  avoit  choisi  sa  sépulture.  De-là  il  se  trouva 
à  la  cérémonie  du  sacre  de  Louis  le  Gros ,  qui  se  fit  à  la 
cathédrale  d'Orléans  le  second  d'août  suivant. 

ibid.  |  App.p.4-i,  'Anselme  autrefois  chanoine  de  Notre  Dame  de  Paris, 
et  alors  chantre  du  saint  Sépulcre  à  Jérusalem ,  voulant 
donner  à  son  ancienne  église  quelques  marques  de  son  sou- 
venir ,  lui  envoya  en  \  i  09  une  portion  de  la  vraie  croix  , 
qui  y  est  encore  conservée.  La  relique  et  les  lettres  dont 
elle   étoit   accompagnée ,    furent   adressées   à  l'évêque   Galon 

Mab.  ib.  i.  78,  n.  et  à  scs  chanoines.  '  Vers  le  même  temps  le  poète  Raoul 
Tortaire,  dont  il  a  été  parlé,  ayant  fait  en  vers  l'histoire 
de  la  croisade,  la  dédia  à   notre   prélat. 

Gaii.chr.ib. p.58.  '  Daïmberl ,  archevêque  de  Sens,  et  les  évêques  de  sa 
province ,  croyant  se  devoir  opposer  au  privilège  que  l'em- 
pereur Henri  V  avoit  extorqué  du  pape  Pascal ,  en  fa- 
veur des  investitures,  tinrent  à  ce  sujet  un  concile  vers 
MM.  Galon  fut  de  l'assemblée ,  et  eut  part  à  la  lettre 
qu'elle    écrivit    à   Josceranne ,    archevêque   de    Lyon ,    et    à 

*pp.  p.  46 ,  48.  |    tout  ce  qui  s'y  fit   de  plus.  '  En  \Wc>  se  trouvant  à  Chà- 

Mart.  ain.  cuil.  t.    .  »  «    i  i      i  i>        i. 

6, p. 319.  Ions   sur  Marne,   a  la  suite   de  la   cour,   avec   1  archevêque 

<le  Rheims,  et  huit  autres  évêques,  il  souscrivit  avec 
eux    le    diplôme    pour    la    fondation   de    l'abbaye   de    saint 

ivo,ep.260.  Victor  à  Paris.  Vers  le  même  temps  '  Geoffroi ,  évêque  de 
Beauvais ,  étant  mort ,  Etienne  de  Garlande ,  chancelier 
de  France ,  se  donna  des  mouvemens  pour  y  faire  trans- 
férer Galon ,  et  avoir  par  ce  moyen  l'évéché  de  Paris ,  qui 
l'auroit  dédommagé  de  l'autre  qu'il  avoit  manqué.  C'est 
apparemment  ce  qui  obligea  notre  prélat  à  faire  un  nou- 
veau voyage  en  Italie  auprès  du  pape.   Toujours  est-il   vrai 

Gaii.  chr.  nov.  i.  '  qu'en  \Mo  il  se  trouvoit   à   Bénévent ,  à   la    suite   de  ce 

7     P      lit. 

pontife.  Etienne  de  Garlande  ne  réussit  point  dans  son 
dessein  ;  et  Galon  continua  à  gouverner  l'église  de  Paris , 
jusqu'au  vingt-troisième  de  février  \M§  qu'il  mourut.  Sa 
mort  est  marquée  à  ce  jour  dans  le  nécrologe  de  l'abbaye 
de  saint  Quentin ,  avec  le  titre  d'éveque  de  sainte  mé- 
moire. 
Hild.  car. p.  1325.  '  Hildebert  alors  évêque  du  Mans,  fit  son  épitaphe  sous 
le  nom  de  Galon ,  neveu  de  notre  évêque ,  qui  y  parle  à 
Girbert ,  évêque  de  Paris  son  successeur  immédiat  :  mais 
de  dix-huit   vers  élégiaques   qu'elle  contient,  il  n'y  a  que 


EVESQUE  DE  PARIS.  99      x,i  siècle. 

le  quinzième  et  le  seizième  qui  méritent  d'être  rapportés. 
Il  y  est  représenté  comme  un  appui  de  la  foi,  et  un  grand 
partisan  de  la  justice  et  de  la  simplicité. 

Vas  fidei ,  vas  justife ,  vas  simplicitatis. 
Occidit  :  illa  suo  vase  cadente  cadunt. 

'  Ce  Galon   au   reste   neveu   de   notre   prélat ,   n'est  autre  spic.  t.  3,  p.  155- 
sans  doute  qu'un  professeur  de  Paris  de  même  nom,   dont  15R' 
il  y  a  quelques  poésies,  et  qui  vers  4-152  s'attira  une  ex- 
communication pour  avoir   outragé  le  chancelier  de  l'église 
de  Notre  Dame.  '  Galon  son  oncle  fut  enterré  à  saint  Vie-  Gaii.  chr.  it>. 
tor,    dans  la   chapelle  de  saint  Denis,   à   main   gauche.  'Il  Man.  ib.  p.  223. 
est  compté  pour  un  des  insignes  bienfaiteurs  de  cette  maison. 


SES  ECRITS. 

A  la  faveur  de  la  confusion  introduite  entre  Ga- 
lon, évèque  de  Paris,  et  Galon,  cardinal,  du  commence- 
ment du  treizième  siècle,  '  on  a  attribué  au  premier  des  enne.  1. 11, p.  32- 
statuts  et  réglemens  synodaux ,  qui  se  lisent  au  sixième  vo-  35' 
lume  de  la  bibliothèque  des  pères,  édition  de  -1645,  et 
dans  les  collections  générales  des  conciles,  depuis  celle 
du  Louvre  inclusivement.  L'auteur  de  la  confusion  et  de 
l'attribution  en  même  temps  '  est  Margarin  de  la  Digne.  Bib.  s.  fio.  sai. 
Ayant  déterré  ces  réglemens  avec  d'autres  qui  appartien- 
nent à  deux  évêques  de  Paris,  Odon  et  Guillaume,  et 
encore  d'autres  qui  sont  l'ouvrage  de  deux  archevêques  de 
Sens,  Pierre  et  Gautier,  il  les  fit  imprimer  in  8°.  à  Paris, 
en  \  578 ,  avec  la  Pragmatique-sanction  de  saint  Louis ,  et 
s'avisa  de  donner  à  Galon  auteur  des  premiers,  le  titre  de- 
vêque  de  Paris  :  '  mais  le  P.  Cossart  les  faisant  paroître  à  conc.  ib.  p.  35. 
son  tour  dans  la  collection  générale  des  conciles,  dont  on 
est  redevable  à  ses  soins  et  à  ceux  du  P.  Labbe ,  son  col- 
lègue, démêla  la  confusion,  et  rendit  les  premiers  à  Ga- 
lon, cardinal,  diacre  de  sainte  Marie  in  porticu.  H  nous 
reste  néanmoins  quelques  autres  petits  écrits  qui  appar- 
tiennent à  notre  évêque. 

-1°.  '  Il  v  a  de  lui   une  constitution    pour   convertir,   en  oaii.  chr.  nov.  t. 

J  r  7,  app.  p.  12-41. 

N  ij 


ÎII  SIECLE. 


4  00 


GALON, 


Vet.  t. 

in. 


Theod.  pœn.  t 
p.  667-670. 


conséquence  des  raisons  qui  y  6ont  déduites,  l'abbaye  de 
saint  Eloi  de  Paris,  habitée  jusques-là  par  des  filles,  en 
un  prieuré  dépendant  de  l'abbaye  de  saint  Maur  des  Fos- 
sés ,  qui  portoit  encore  alors  le  titre  de  saint  Pierre  :  chan- 
gement qui  fut  fait  avec  le  concours  des  deux  puissances, 
la  permission  du  pape  et  l'autorité  royale.  L'écrit  qui  porte 
pour  date  l'année  -H  07,  est  intéressant  à  plusieurs  égards  : 
il  l'est  non  seulement  en  ce  qui  concerne  le  changement 
d'une  maison  considérable  en  une  autre  qui  a  encore  changé 
de  nature  dans  la  suite,  en  passant  aux  Barnabites;  mais 
il  l'est  aussi,  en  ce  qu'on  y  trouve  le  nom  de  tous  les 
chanoines  qui  composoient  alors  le  chapitre  de  la  cathé- 
drale, avec  leurs  dignités  et  grades  de  prêtre,  diacre, 
soudiacre.  On  y  voit  de  plus  quelles  étoient  alors  les  cou- 
tumes établies  entre  les  deux  églises,  c'est-à-dire,  Notre 
Dame  et  saint  Eloi.  Enfin  l'écrit  est  d'un  bon  goût,  et 
en  beau  style  pour  ce  temps-là. 

On  l'a  jugé  si  intéressant  qu'on  en  a  procuré  au  public 
î,  p.  425-  plusieurs  éditions.  '  MM.  de  Sainte  Marthe  l'ont  d'abord 
imprimé  dans  leur  histoire  des  évêques  de  Paris,  au  pre- 
mier volume  de  leur  Gallia  Christiana.  '  Ensuite  Jacques 
Petit,  éditeur  du  Pénitentiel  de  saint  Théodore  de  Can- 
torberi ,  l'a  fait  entrer  dans  le  recueil  des  pièces  curieuses 
qui  composent  le  second  volume  de  cet  ouvrage.  Mais 
cette  édition,  quoique  faite  sur  le  cartulaire  de  la  cathé- 
drale de  Paris,  est  tronquée  au  commencement,  où  il 
manque  plusieurs  lignes  de  l'exorde,  qui  est  un  des  plus 
beaux  morceaux  de  la  pièce.  D'ailleurs  le  nom  de  Galon 
est  défiguré  à  la  fin,  où  on  lit  Talonis,  au  lieu  de  Galonis. 
'  Son  écrit  fut  depuis  inséré  dans  l'histoire  de  l'église  de 
Paris,  par  le  P.  Dubois,  de  l'Oratoire.  Enfin  '  les  auteurs  du 
dernier  Gallia  Christiana  lui  ont  donné  place  entre  les  mo- 
numens  originaux  dont  ils  l'ont  enrichi. 

2°.  L'on  nous  a  conservé  un  autre  écrit  de  1  evêque  Galon; 
et  celui-ci  concerne  la  liturgie.  C'est  une  assez  longue  let- 
tre en  réponse  à  la  prière  que  Lambert,  évêque  d'Arras, 
son  ami ,  lui  avoit  faite  de  l'instruire  sur  la  manière  de  célé- 
brer l'office  canonial  :  car  Lambert  étoit  persuadé  que  les 
églises  particulières  dévoient  se  conformer  à  celle  de  Rome, 
non  seulement  en  ce  qui  regarde  la  doctrine  et  l'administra- 


Dub.his.par.l.  11 
c.  7,  n.  2-4. 
Gall.  chr.  nov.  ib 


Bal.  mise.  t.  5,  p. 

360,  861 . 


EVESQUE  DE  PARIS.  ^(M       XII  srecU5. 


tion  des  sacremens,  mais  encore  en  ce  qui  est  de  la  célé- 
bration de  l'office  divin.  En  conséquence  Galon  lui  dé- 
taille ce  qu'il  en  avoit  observé  pendant  le  séjour  qu'il  avoit 
fait  à  Rome.  Dans  ce  qu'il  lui  dit  touchant  les  petites 
heures,  il  ne  fait  aucune  mention  de  Tierce  par  la  raison 
apparemment  qu'il  n'y  avoit  rien  de  remarquable  à  en 
dire.  Il  s'arrête  principalement  à  la  manière  de  célébrer 
les  Vigiles,  ou  Matines,  et  lui  glisse  deux  mots  touchant 
ce  qui  s'y  observoit  dans  la  chapelle  du  pape.  Dès  lors 
l'église  Romaine  avoit  retranché  le  Gloria  patri  à  l'In- 
troït du  dimanche  de  la  Passion,  et  des  jours  suivants 
apparemment,  ainsi  que  cela  se  pratique  encore  aujour- 
d'hui, et  récitoit  sans  antiennes  et  sans  répons,  les  peti- 
tes heures  trois  jours  avant  Pâque.  Galon,  qui  paroît  n'a- 
voir pas  eu  tout  le  temps  qu'il  auroit  souhaité  pour  cette 
lettre,  remet  Lambert  à  lui  en  dire  plus  au  long  sur  la 
même  matière ,  à  leur  première  entrevue.  L'auteur  à  l'exem- 
ple d'autres  grands  prélats  de  son  temps,  ne  prend  par 
modestie  que  le  titre  de  simple  prêtre  dans  l'inscription. 
C'est  ainsi ,  comme  on  l'a  vu ,  que  saint  Gébouin  arche- 
vêque de  Lyon ,  le  légat  Hugues  son  successeur  immé- 
diat, et  Lambert  d'Arras  en  usoient  quelquefois  à  la  tê- 
te de  leurs  lettres. 

Il  s'est  perdu  quelques  autres  écrits  de  notre  prélat  tels 
que  mémoires,  consultations  et  autres,  '  comme  il  paroît  c|°,nvcote101,P  ™°- 
par  les  lettres  que  le  pape  Pascal  et  Ives  de  Char-  143. 
très  lui  ont  adressées.  Le  premier  fait  mention  nommé- 
ment d'un  mémoire  que  Galon  lui  avoit  envoyé,  tou- 
chant les  serfs  de  son  église ,  que  le  Roi  avoit  déclaré 
habiles  et  recevables  à  témoigner  en  justice  devant  les  tri- 
bunaux publics,  ce  qui  fut  confirmé  par  ce  pape  en  \\\4. 
'  Galon   est  nommé  dans   l'inscription   d'une  longue    lettre  Ic°ncfl'b  p.™  I 

lt_  »       i»o,  op.  xoo . 

à  l'archevêque  de  Lyon  ;  mais  c'est  1  ouvrage  d  Ives  de 
Chartres ,  qui  y  est  aussi  nommé. 


9  * 


XII  SIECLE. 


-102  SAINT  IVES, 


SAINT    IVES, 

EVESQEE    DE    CHARTRES. 


§    I. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Bar. an.  1092, n. 2.     tves,    la   lumière  et    l'oracle    de   l'église   de    France   en 

I vï°'p?248,'ii0l'.     J-son  temps,    on   pourroit    même  dire  de  tout    l'occident, 

naquit    au   territoire   de   Béarnais  vers   l'année   4040.    Son 

père  se  nommoit  Hugues  d'Auteuil ,  et  sa  mère  Hilembur- 

ge.    L'opinion    commune   porte    que    sa    famille   étoit   no- 

ivo.ep.  3,12,22.  ble;  '  mais  Ives  témoigne  lui-même  le  contraire  dans  plu- 

vit.  ib.  sieurs  de  ses  lettres.  '  Dès  sa  plus  grande  jeunesse   il  fut 

appliqué  à  l'étude  des  arts  libéraux;  après  en  avoir  été  instruit 

Egas,  Bui.  1. 1.  p.  en  son  pais,  '  ou  même  à   Paris  selon  d'autres,   il  alla  au 

613.    I   Bob    add.    »,  J.  ,i  -,         .     /.     ,.        i 

ad  sig.  p.  750.  Bec  pertectionner  ce  qu  il  en  sçavoit,  et  étudier  les  scien- 
ces ecclésiastiques.  Il  y  eut  pour  maître  le  célèbre  Lan- 
franc,  et  pour  condisciples  grand  nombre  de  jeunes  gens 
distingués  par  leur  naissance  et  leurs  mœurs;  dont  plusieurs 
furent  élevés  dans  la  suite  aux  premières  dignités  de  l'é- 
glise. C'étoit  par  conséquent  avant  l'année  4062,  que 
Lanfranc  quitta  le  Bec,  et  alla  à  Caen  remplir  la  place 
d'abbé  de  saint  Etienne. 

Le  goût  pour  les  lettres  et  la  pieté  quTve  prit  au  Bec, 
il  le  cultiva  avec  autant  de  succès  que  de  soin.  Toute  son 
occupation,  lorsqu'il  reparut  dans  le  monde,  fut  l'étude  de 
l'antiquité  ecclésiastique  et  la  pratique  de  la  vertu.  L'on  en 
a  la  preuve  dans  les  écrits  de  sa  façon,  qu'il  a  laissés  à  la  pos- 
térité,  et   l'honneur  qu'il  fit   à  tous  les  divers   états  qu'il 

r.aii.  chr.  nov.  t.  remplit.  '  D'abord  il  fut  chanoine  de  Nesle,  illustre  col- 
légiale en  Picardie,  d'où  son  mérite  le  fit  tirer,   pour  gou- 

vet.  t.  i.  p.  77i,  verner  la  nouvelle  maison  '  que  Gui,  evêque  de  Beauvais, 
venoit  de  fonder  pour  des  Clercs,  à  la  porte  de  sa  ville  épis— 
copale.  Cet  établissement  fut  commencé,  non  en  4078, 
comme  l'avancent  la  plupart  des  écrivains,  mais  dès  4067, 
et  finit  au  bout  de  deux  ans,  sous  l'invocation  du  martyr 
saint    Quentin.    Ives  en    étoit    déjà    supérieur  quelques  an- 


EVESQUE  DE  CHARTRES,  403 


XII  SIECLE. 


nées  avant  -1079,  d'abord  sous  le  titre  de  prélat,  ensuite 
sous  celui  d'abbé;  quoique  dans  ses  lettres  il  ne  se  quali- 
fie que  simple  prêtre. 

Bientôt  cette  nouvelle  communauté  s'acquit  une  répu- 
tation merveilleuse.  Non  seulement  Ives  en  augmenta  Nov.  ib.  |  ivo,  vit. 
les  revenus ,  en  y  transportant  quelques  domaines  de  son  p' 
patrimoine;  mais  il  fit  encore  observer  une  régularité  con- 
forme en  tout  aux  anciens  canons,  et  y  ouvrit  une  école  cé- 
lèbre ,  où  il  prenoit  lui-même  soin  de  faire  des  leçons  de 
Théologie.  Cette  manière  de  vivre  établie  à  saint  Quen- 
tin ,  a  fait  regarder  Ives  comme  un  des  plus  illustres  insti- 
tuteurs de  l'ordre  des  chanoines  réguliers.  '  Cet  ordre  étoit  Hist.iitt.  deiaFr. 

,-.  ,     t,  .     ,      t,    •  ,       .  ,  t.  7,  p.  522,  578. 

déjà  connu  a  Rome  et  a  Reims  plusieurs  années  aupara- 
vant; mais  Ives  le  porta  à  sa  perfection.  Dès  son  vivant 
il  eut  la  consolation  de  voir  que  sa  maison  servit  à  l'éten- 
dre en  divers  lieux  de  la  France ,  et  que  son  école  four- 
nit d'exccllens  évêques  à  plusieurs  églises.  '  Ce  fut  dans  ivo,  vit.  ib. 
le  repos  de  sa  retraite  qu'il  composa  les  deux  recueils  de 
canons,  l'un  plus  court,  l'autre  plus  étendu  qu'on  a  de 
lui ,  et  dont  il   sera    parlé   plus    amplement   dans  la   suite. 

Ces  écrits  joints  au  soin  qu'il  prit   lui-même  d'enseigner,  p.  249,11. 2. 1  ord. 
lni  acquirent  dès  lors  le  titre   de   docteur  renommé,  et  des  Vl  *     ■    ,p- 
plus  renommés  de  l'église  de  France  :  Inter  prœcipuos  Fran- 
ciœ     doctores    eruditione    literarum,    tant     divinarum   quam 
sœcularium  fluruit.  A  cela  près  il  ne  figura  pas  encore  alors 
beaucoup    dans    l'église.  '  Le    concile    d'Issoudun    tenu    en  ivo,  ep.   i8i.  | 
1081  ,  fut  la  seule  action  d'éclat  où  on  le  vit  paroître.  107. 

Il  y  avoit  environ  quatorze  ou  quinze  ans  qu'il  gouver- 
noit    l'abbaye   de    saint    Quentin,  '    lorsque  Geofroi  I  évê-  conc.  t.10,  p.429, 

t  /  430    l  Ivo    ep    1 

que  de  Chartres ,  deux  fois  dépose  par  le  pape  Grégoire  2,  s. 
VII  pour  cause  de  simonie,  se  trouvant  coupable  enco- 
re d'autres  crimes,  se  reconnut  indigne  de  l'épiscopat,  et  y 
renonça.  Le  pape  Urbain  II,  qui  le  détermina  à  prendre 
ce  parti ,  écrivit  en  même-temps  aux  Chartrains ,  pour  les 
inviter  à  élire  un  autre  évêque,  et  leur  indiqua  le  véné- 
rable abbé  de  saint  Quentin  ,  dont  il  connoissoit  tout  le  mé- 
rite. L'élection  étant  tombée  sur  lui ,  l'on  se  saisit  de  sa 
personne,  de  peur  que  son  humilité  ne  le  fit  enfuir,  et  on  le 
présenta  au  roi  Philippe,  '  de  qui  il  reçut  le  bâton  pastoral,  ivo,  ep.  322. 
Mais    Richer   archevêque    de  Sens  et  métropolitain    de    la 


uisucix       '04  SAINT  IVES, 


province,  à  qui  appartenoit  de  droit  l'ordination  du 
nouvel  élu,  refusa  son  ministère  sous  divers  prétextes. 
Dans  la  réalité  il    se   trouvoit    piqué ,    de    ce  qu'on    avoit 

Ep.  3.  déposé    Geofroi     sans    sa    participation.       Ives    voyant    les 

choses    à    ce    point ,   vouloit   renoncer    à    son    élection ,  et 

Ep.  i,*.  en    écrivit    sur   ce    pied    au    pontife  Romain.   '  On   le   dé- 

termina toutefois  à  aller  trouver  le  pape  avec  les  députés 
de  l'église  de  Chartres,  qui  lui  portèrent  leurs  plaintes 
touchant  le  refus  de  leur  archevêque.  Urbain  pour  cou- 
per court  ordonna  lui-même  le  nouvel  élu,  et  le  renvoya 
avec  deux  lettres  en  date  du  vingt-quatre  et  vingt-cinquiè- 
me de  novembre,  l'une  au  peuple  de  Chartres,  l'autre 
à  l'archevêque  Richer. 

Presque  tous  nos  écrivains  sont  partagés  sur  l'année  pré- 

Mab.  ib.  i.  68.  n.  cise  et  le  lieu  de  cette  ordination.  '  Mais  Dom  Mabillon 
montre  par  des  preuves  qui  ne  souffrent  point  de  réplique , 
qu'elle  se   fit  à   Alatri,  (a)  où  le  pape   se   trouvoit    alors, 

ivo.ep  3i.  sur    la  fin   de  novembre  -1094.  '  Ives  quoiqu'ordonné  évê- 

que  de  Chartres,  retint  encore  l'abbaye  de  saint  Quentin,  et 
ne  s'en  démit  qu'au  bout  de  quelque  temps  entre  les  mains 

Ep.  3-2.  de    Foulques   évêque    de    Beauvais.   '  Alors  il    écrivit    aux 

chanoines  réguliers,  qui  la  desservoient ,  pour  leur  per- 
mettre d'élire  un  autre  abbé ,  et  les  exhorter  à  faire  un  bon 

ep  193.  choix.  '  Il  ne  laissa  pas   néanmoins  de  continuer  à  la  pro- 

téger tout  le  temps  qu'il  vécut. 

Ep.  1.2.6.  'De   retour   de    son    voyage    d'Italie    en    France,    il    prit 

possession  de  son  église  en  vertu  de  l'investiture   du    Roi , 

Ep.  s.  et  de  l'ordination  du  pape   attestée    par   ses,  lettres.   '  Mais 

Richer  son  métropolitain  ,  bien  loin  de  le  regarder  comme 
évêque,  lui  écrivit  une  lettre  pleine  d'amertume,  de  mé- 
pris, d'injures,  et  ne  le  traitoit  rien  moins  que  d'intrus. 
Ives  y  répondit  avec  politesse,    mais  en  même   temps  avec 

Ep  u.  beaucoup  de  force,  offrant  de  se  justifier  canoniquement.  A 

cet  effet  il  se  présenta  au  concile  d'Etampes,  ou  Richer 
et   les    évêques  de  Paris,    de   Troyes   et  de  Meaux  avoient 

vit.  ib.n.  3.  concerté  de  le  déposer,  et  de  rétablir  Geofroi.  '  Ils  avoient 
pour  prétexte ,  qu'il   étoit  allé  contre   l'autorité   royale ,  et 

(a)  Ives,  dans  sa  lettre  3C  fait  lui-même  mention  de  ce  lieu  où  il  était  alors  à 
la  suite  du  Pape.  Mais  au  lieu  d'.ilatri,  les  éditeurs  ont  lu  à  latere,  qui  ne  signiûe 
rien  en  cet  endroit. 

avoit 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  405      xu  S1ECLE. 


avoij.  violé  les  droits  de  l'église  Gallicane,  pour  s'être  fait 
ordonner  ailleurs.  Mais  Ives  arrêta  le  cours  de  la  procé- 
dure par  un  appel  au  saint  siège;  et  le  pape  trouva  le 
secret  de  pacifier  toutes  choses  à  cet  égard.  Ives  fut  Ep.  o. 
maintenu  dans  son  siège ,  et  Geofroi  concentré  dans  la  par- 
tie du  diocèse  de  Chartres,  qui  étoit  sous  la  domination 
de  Rohert  duc  de  Normandie. 

'A  peine  cependant  notre  prélat  commençoit  à  jouir  Ep  i3-ir>. 
de  ce  calme,  qu'il  eut  le  malheur  de  tomber  dans  la  dis- 
grâce de  sou  prince.  Ne  pouvant  en  conscience,  ni  en 
honneur  donner  le  moindre  signe  d'approbation  à  son  scan- 
daleux mariage  avec  Berlrade  comtesse  d'Anjou,  il  refusa 
généreusement  de  s'y  trouver,  quoique  le  roi  l'y  eût  invi- 
té. Il  fit  encore  plus;  il  le  blâma  hautement  dans  ses  let- 
tres à  divers  évêques,  et  en  écrivit  au  roi  même  avec  une 
vigueur  digne  d'un  évêque  des  premiers  siècles,  sans  sor- 
tir néanmoins  des  bornes  du  respect  dû  à  la  majesté  royale. 
C'étoit  en  4  092;  et  dès  lors  '  ce  zèle  apostolique  coûta   la  Ep  i».  21,  22   1 

...  ,    ,  ,.  ■  1        r.    •  Alb.  cbr.  par.  2.  p. 

liberté   au   généreux    prélat.    Hugues    seigneur    du    Puiset,   143.  |    sug.  vit. 
et  vicomte  de  Chartres,  se  saisit  de  sa  personne,   et  l'en-'1'     p" 300, 
ferma  au  château  du   Puiset   même,  pour   tâcher  de  l'ab- 
ballre,  et   faire  par-là  sa  cour  au  roi  Philippe.   Ives  n'en 
devint  que  plus  ferme;  et  Dieu  ne  le  laissa  pas  sans  con- 
solation dans  ses  liens.  '  Guillaume  de  Ros  abbé  de  Fécam  ivo,  ep.  19. 
entr'autres,  l'y  visita  par  ses  lettres,  où  il  le  félicitoit  de  souf- 
frir pour   la   même   cause   qu'autrefois   Elie  et  saint  Jean- 
Baptiste.  '  Les   Chartrains   de  leur  coté  extrêmement  atta-  Ep.20. 
chés  à  leur  évêque,   formèrent  le  dessein  de  l'aller  délivrer 
à  main  armée;  niais  le  pacifique  prélat  en  étant  averti,  ar- 
rêta  le   coup    par  une   lettre  admirable.   '  Hocl  évêque  du  J^.21^,^-  I 
Mans,  vint  aussi  à  son  secours,  et  agit  si  efficacement  avec 
le  pape  Urbain,  qu'ils  réussirent  à  lui  procurer  son  élargis- 
sement. '  Ives  au  reste  prit  de  justes  mesures  pour  que  son  ivo,  ep.n,  44. 
troupeau  n'eût  point  à  souffrir  de  son  absence. 

'  Rendu  à  son  église ,  il  se  trouva  dans  une  extrême  di-  Ep.  22. 
sette,  à  raison  des  ravages  que  les  gens  du  roi  avoient  faits 
dans  les  domaines  de  l'évéché,  et  se  vit  encore  chargé  de  faus- 
ses accusations.  Assuré  de  son  innocence,  il  en  écrivit  à  Phi- 
lippe, offrant  de  s'en  justifier  juridiquement,  soit  en  concile 
ou  à  la  cour  même  du  Prince.  '  Il  refusa  néanmoins  quelque-  tp.  35. 
Tome  X.  0 


insu.:U.       ^06  SAINT  IVES, 


temps  après  d'assister  à  celui  de  Reims,  tenu  en  4  094, 
quoiqu'il  y  eût  été  invité,  par  la  raison  qu'il  ne  devoit  pas 
être  jugé  hors  de  sa  province.  Ce  fut  apparemment  sur  le 

Ep.  46.  même  principe  '  qu'il  ne  voulut  point  promettre  de  se  trou- 

ver à  un  autre  convoqué  à  Troyes  pour  le  dimanche  après 
la  Toussaint,  sans  avoir  eu  au  préalable  l'avis  du  pape  Ur- 
bain. On  ne  connoit  point  autrement  ce  concile;  et  l'on 
ignore  si  notre  prélat  en  fut.  Seulement  on  sçait  que  les 
archevêques  de  Reims,  de  Sens  et  de  Tours  en  dévoient 
être,  et  apparemment  les  évêques  de  leurs  provinces. 

Ep  sh.  En   \  095  fut  célébré  '  le  grand  concile  de  Clermont  en 

Auvergne,  auquel  le  pape  présida  en  personne.  Ives  fut 
du  nombre  des  évêques  qui  le  composèrent,  et  eut  l'bon- 
neur,  après  la    tenue   de  cette  assemblée,  d'accompagner  le 

conc.  ib.  p.  G03.  pontife  Romain  '  jusqu'à  Tours.  Urbain  y  tint  un  autre  con- 
cile auquel  Ives  assista ,  comme  il  avoit  fait  à  toutes  les 
autres  assemblées  que  ce  pape  avoit  célébrées  sur  sa   route. 

Mab.  ib.  i.  69,  n.  Le  concile  de  Tours  fut  tenu  au  mois  de  mars  -1096;  '  et 
l'année  suivante  Ives  se  trouvoit  dans  le  Nivernois,  sans 
qu'on  sçache  à  quelle  occasion ,  à  moins  que  ce  ne  fût  en- 
core pour  quelque  concile.  En  ce  voyage  il  dédia  solem- 
nellcment  l'église  du  monastère  de  saint  Etienne,  assisté  de 
Gui,  évêque  diocésain,  de  Gautier  de  Chàlons  sur  Saône, 
et  d'Humbaud   d'Auxerre. 

Il  ne  se  passa  presque  point  de  choses  considérables  dans 
l'église  de  France  durant   son  épiscopat,  auxquelles  il  n'eût 

Conc  ib.  p.  7i6-  beaucoup  de  part.   '  Il  fut  du  concile  d'Etampes  en  J099, 

95,Ioo.  "  ' ef>'  et  de  celui  de  Poitiers  l'année  suivante,  ou  le  Roi  Phi- 
lippe et  Rertrade  furent  excommuniés  de  nouveau ,  et 
où  les  bons  évêques  eurent  beaucoup  à  souffrir  de  la  part 

conc.  ib.  p.  710.  du  comte  de  Poitiers.  '  Le  légat  Richard  évêque  d'Albane 
en  ayant  convoqué  un  autre  à  Troyes  en  \  \  04 ,  Ives  s'ex- 
cusa d'abord  d'y  aller,  et  ne  laissa  pas  de  s'y  trouver.  Le 
sujet  de  l'assemblée  étoit  l'absolution  du  roi ,  qui  fut  néan- 

ivo,  ep.  U4.  moins  différée  à  un  autre  temps.  '  Le   trentième   de  juillet 

de  la  même  année  se  tint  un  autre  concile  à  Reaugenci  pour 
le  même  sujet.  Ives  y  assista  encore,  et  rendit  compte  au 
pape  Pascal  H  de  ce  qui  s'y  étoit  passé.  L'absolution  du 
roi  ayant  été  encore  retardée,  Ives  engagea  le  souverain 
pontife  à  l'accélérer,   et  à  user  de  quelque  indulgence  en- 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  407      x„  siècle. 

vers  ce  prince.  Il  se  justifia  par-là  du  blâme  dont  le  char- 
geoient  quelques-uns,  d'avoir  eu  le  plus  de  part  à  son  ex- 
communication. '  Dès  auparavant  il  avoit  donné  des  preu-  Ep.  23. 
ves  du  contraire;  puisqu'il  avoit  agi  auprès  d'Urbain  II,  pour 
suspendre  l'exécution  de  ce  dessein,  et  en  avoit  fait  donner 
avis  au  roi  par  le  premier  officier  de  sa  cour.  Enfin  '  Phi-  Conc  ib.  p.  742. 
lippe  fut  solemnellemenl  absous  à  Paris  au  commencement 
de  décembre  \  \  05  ,  et  voulut  qu'Ives  fût  de  la  cérémonie. 
Avant   cette  époque,  il  lui    avoit  déjà  rendu  l'honneur  de  spic  1. 12,  p.  2or., 

,  '      '  .,  ,*  ,.    ,a  ,  ,    297.    |   Mart.    ani. 

ses  bonnes  grâces,  comme  il  paroit  par  un  diplôme  accorde  coi.  1. 1,  p.  83i. 
à  sa  prière  en  faveur  de  l'église  de   Chartres. 

'  Au  bout  de  trois  ans  ce  prince  étant  mort  le  vingt-neu-  sug.  ib.  p.  293. 
vieme  de  juillet  \\ 08 ,  on  conseilla  aussi-tôt  après  ses  funé- 
railles, à  son  fils  Louis  le  Gros  de  se  faire  sacrer  sans  délai. 
Ce  fut  Ives,  ce  prélat  si  respectable  et  si  rempli  de  sagesse, 
dit  l'abbé  Suger,  qui  ouvrit  cet  avis,  En  conséquence  on 
manda  Daimbert  archevêque  de  Sens,  qui  en  fit  la  céré- 
monie à  Orléans  le  second  jour  d'août  suivant,  assisté  de 
tous  ses  suffragans,  du  nombre  desquels  étoit  notre  pré- 
lat. A  peine  étoit— elle  finie ,  que  les  députés  de  l'église  de 
Reims,  qui  prétendoit  être  la  seule  en  droit  de  sacrer  nos 
rois,  arrivèrent  et  firent  leur  opposition.  '  Ives  se  chargea  ivo,  ep.  179. 
de  leur  répondre,  et  de  justifier  le  sacre  de  Louis.  C'est 
ce  qu'il  exécuta  par  une  belle  lettre  circulaire  adressée  à 
l'église  Romaine  et  à  toutes  celles  qui  avoienl  connoissance 
de  la  plainte  du  clergé  de  Reims;  y  montrant  que  sa  pré- 
tention n'est  fondée  ni  sur  la  raison,  ni  sur  la  coutume,  ni 
sur  la  loi.  Ives  ne  borna  pas  là  son  affection  pour  son  prince. 
'  Il  l'engagea  encore  à  se  marier ,  pour  raffermissement  de  Ep.  239. 
la  maison  royale,  et  la  tranquillité  de  l'église  et  de  l'état. 

En  \  H  2  Joscerannc  archevêque  de  Lyon ,  indigné  ,  Mab.  ib.  1.  72,  n. 
comme  plusieurs  autres,  du  traité  conclu  l'année  précé- 
dente entre  le  pape  Pascal  et  l'empereur  Henri  V,  tou- 
chant la  concession  des  investitures  faite  à  ce  prince,  voulut 
assembler  un  concile  à  Anse  pour  s'y  opposer.  Y  ayant 
invité  les  évêques  de  la  province  de  Sens,  Ives  ne  fut  point 
d'avis  qu'ils  y  assistassent  ;  et  ils  ne  s'y  trouvèrent  point 
en  effet.  Il  craignoit  sans  doute  de  rallumer  un  feu  qui  pa- 
roissoit  éteint ,  et  qui  se  ralluma  bientôt  après.  Ne  pouvant  y 
apporter  d'autre  remède  ' ,  il  en  écrivit  d'une  manière  pa-  ivo,  ep.  214. 

O  ij 


ni  siècle.       108  SAINT  IVES, 


thétique  à  Brunon ,  archevêque  de  Cologne ,  qu'il  sçavoit 
avoir  grand  crédit  à  la  cour  impériale,  afin  qu'il  l'employât 
à  faire  cesser  un  schisme ,  qui  depuis  plus  de  trente  ans  di- 
visoit  le  sacerdoce  et  l'empire. 

Ce  zèle  et  cette  sollicitude  pastorale  pour  le  bien  de  l'é- 

Ep.  18.  glise  en  général  '  éclatoient  dans  toutes  les  occasions  où   il 

s'agissoit  du  violement  du  bon  ordre,  même  de  la  part  des 
papes  et  de  leurs  légats.  Nous  en  avons  diverses  preuves 
dans  le  recueil  de  ses  lettres.  En  cette  sorte  de  rencontre 
l'amour  des  règles   l'emportoit    sur    toute   considération  ;  ci 

Ep.  21.  Ives  ne  reconnoissoit  pas  même  ses  meilleurs  amis.  '  Il  étoit 

fort  lié  avec  Hugues  archevêque  de  Lyon ,  légat  du  saint 
siège,  et  lui  avoit  donné  des  marques  de  son  attachement, 
lorsque    le   pape    Urbain    l'eut    rétabli    dans    cette   dernière 

Ep.  no.  dignité,  dont  il  avoit   été  destitué  par  Victor   III _  '  Néan- 

moins Hugues  s 'étant  avisé  d'arrêter  le  sacre  de  Daïmberl 
archevêque  de  Sens,  jusqu'à  ce  qu'il  eût  reconnu  la  pri- 
matie  de  Lyon  sur  cette  autre  métropole,  Ives  hii  écrivit  à 

Ep  67.  ce    sujet   avec  une  vigueur    vraiment  épiscopale.   '    Hugues 

s'en  tint  offensé,  et  en  porta  ses  plaintes  au  pape,  qui  en 
conçut  du  refroidissement  pour  notre  généreux  évêque. 
Mais  celui-ci  n/en  devint  que  plus  ferme ,  comme  il  paroît 
par  sa  lettre  à  ce  pontife ,  et  en  prit  occasion  de  faire  voir 
qu'il  ne  tenoit  à  l'épiscopat,  que  pour  en  soutenir  l'honneur 
et  le  droit  des  églises  :  fermeté  qui  lui  auroit  peut-être  attiré 

Gofl. vmd. i. 2, ep.  la  disgrâce  du  pape  et  de  l'archevêque,  '  sans  l'a  médiation 
de  Geoffroi  abbé  de  Vendôme,  qui  se  trouvant  alors  à 
Rome,  justifia  Ives  auprès  du  pontife  Romain,  et  passant  en- 
suite par  Lyon  à  son  retour  en  France,  fit  sa  paix  avec  le 
légat  Hugues. 

ivo,  ep.  87, 89,97,  Au  bout  de  quelque  temps  '  Ives  ayant  appris  qu'on  vou- 
loit  donner  à  l'église  de  Beauvais  pour  évêque  Etienne  de 
Garlande,  dont  il  connoissoit  l'incapacité  et  les  autres  dé- 
fauts, mit  tout  en  œuvre  pour  traverser  son  élection  et  em- 

Ep.  io2, 104,  io5,  pêcher  son  sacre,  en  quoi  il  réussit.  '  Au  contraire  il  favo- 
risa et  appuya  de  tout  son  pouvoir  celle  qu'on  fit  ensuite  de 
Galon  abbé  de  saint  Quentin,  dont  le  mérite  lui  étoit  par- 
faitement  connu. 

Ce  n'est  pas  seulement   par  rapport  au  maintien  des  ca- 
nons et  de  la  discipline  ecclésiastique,  en  ce  qui  regarde  le 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  409 


XII  SIECLE. 


spirituel,  que  paroissoit  ïa  généreuse  intrépidité  de  notre 
prélat;  elle  se  montrent  encore  en  ce  qui  concerne  les  cou- 
tumes ou  devoirs  temporels  des  églises  envers  les  souve- 
rains. '  Ives  en  a  laissé  des  exemples  bien  marqués.  Le  roi  Ep.  2s. 
Philippe  lui  ayant  ordonné  de  se  trouver  avec  les  troupes 
de  l'église  de  Chartres,  en  un  certain  endroit  où  il  devoit 
avoir  une  entrevue  avec  Henri  roi  d'Angleterre  et  duc  dé 
Normandie ,  mais  y  ayant  joint  des  conditions  qui  n'étoient 
pas  d'usage,  Ives  prit  la  liberté  de  lui  en  faire  des  remon- 
trances aussi  fortes  que  respectueuses.  De  même  '  Etienne  Ep.  49. 
comte  de  Chartres  et  de  Blois,  exigeant  de  l'église  de 
Chartres  un  devoir  inusité,  Ives  s'y  opposa  avec  une  vi- 
gueur digne  d'un  évêque  attaché  aux  intérêts  de  son  église. 

Tant  d'occasions  où  il  donna  des  marques  éclatantes 
de  son  habileté  dans  toutes  sortes  d'affaires,  de  son  amour 
et  de  son  zèle  dans  le  maintien  du  bon  ordre ,  lirent  passer 
sa  réputation  dans  les  pays  étrangers.  Rome  qui  le  connois- 
soit  mieux  que  les  autres,  le  craignoit  et  le  respectoit  en 
même  temps.  L'Angleterre  révéroit  son  mérite,  sa  vertu, 
et  avoit  souvent  recours  à  ses  lumières.  C'est  ce  qu'on 
voit  par  les  liaisons  qu'avoit  Ives  avec  le  roi  Henri  I, 
la  reine  Mathilde  et  plusieurs  évêques  du  royaume.  '  Ma-  Ep.  107,  us,  m. 
thilde  entre  autres  avoit  pour  le  pieux  évêque  une  estime 
singulière,  dont  on  découvre  de  grands  traits  dan6  les  let- 
tres qu'il  lui  écrivoit.  A  sa  considération  elle  fit  à  l'église  de 
Chartres  un  riche  présent  en  cloches,  dont  le  prélat  sçut  lui 
faire  un  remerciment  d'un  excellent  goût  pour  ce  temps-là 

Si  l'église  entière  et  les  pays  étrangers  tirèrent  tant  de 
secours  de  l'épiscopat  d'Ives,  celle  de  France  en  particu- 
lier, et  principalement  le  diocèse  de  Chartres  en  tirèrent 
encore  davantage.  Pour  en  donner  une  juste  idée,  il  fau- 
droit  faire  ici  une  analyse  presque  entière  du  recueil  de  ses 
lettres.  On  y  verroit  par  ses  avis  et  ses  décisions  à  toutes  sor- 
tes de  personnes,  qu'il  fut  en  son  temps  le  conseil  des  évêques 
et  l'oracle  des  simples  fidèles.  On  y  verroit  par  les  instru- 
ctions et  les  éclaircissemens  qu'elles  contiennent,  combien 
il  aimoit  la  pureté  de  la  foi  et  des  mœurs,  et  l'observation  de 
la  bonne  discipline,  et  combien  il  a  travaillé  en  faveur  de 
l'une  et  de  l'autre.  Ce  n'est  point  pousser  les  choses  trop  loin, 
que  de  dire  à  sa  gloire,  qu'on  fut  particulièrement  redevable 
à  ses  soins  de  l'espèce  de  renouvellement  qui  se  fit  alors  dans 


xu  socle.       "°  SAINT  1VES, 


l'église  Gallicane,  tant  parmi  les  clercs  que  les  laïcs,  et  que 
ses  écrits  servirent  à  maintenir  dans  la  suite. 

Quelque  sévère  au  reste  que  fut  Ives  dans  ses  décisions 
sur  les  points  de  morale  et  de  discipline,  sa  conduite  étoit 
pleine  de  lumière,  de  sagesse,  de  modération,  de  dou- 
ceur. Ce  fut  par-là  qu'il  sçut  gagner  le  cœur  de  ceux  dont 
il  avoit  combattu  les  passions.  On  a  pu  en  remarquer  un 
exemple  en  la  personne  du  roi  de  France  Philippe  I.  On  en 
a  un  autre  à  l'égard  d'Etienne  comte  de  Chartres  et  de 
Blois,    qui    après   avoir   eu   quelques   contestations   avec   le 

Mart.am .coi.  t  i.  zélé  prélat,   '  lui   rendit   tellement  ses  bonnes  grâces,   qu'à 

p.  62i,  62î.  ga  prjere  jj  abolit   la    pernicieuse  coutume    établie    par    ses 

prédécesseurs,  de  piller  à  la  mort  de  l'évêque  de  Chartres 
la  maison  épiscopale  et  tous  les  domaines  de  sa  dépen- 
dance :  mais  sa  douceur  n'alla  jamais  à  tolérer  le  vice.  En- 

ivo,  ep.  5.  tre  les  autres  preuves  qu'il  en  donna,  '  il  le  fit  voir  parti- 

culièrement dans  ce  qu'il  mit  en  usage  pour  faire  cesser  la 
conduite  scandaleuse  que  tenoient  un  seigneur  de  son  dio- 
cèse, nommé  Guillaume,  et  Adélaïde  proche  parente  d'A- 
dèle comtesse  de  Chartres.  Ce  fut  par  sa  sagesse   et  sa  dou- 

Ep.  7.  ceur  qu'il  ouvrit  les  yeux  à  l'infortuné  Roscelin  ,  '  qui  après 

avoir  renoncé  à  ses  erreurs,  embrassa  la  pénitence,  comme 
on  l'a  vu  dans  son  histoire. 

A  tant  d'excellentes  qualités  Ives  joignoit  encore  un 
cœur  compatissant  envers  ceux  qui  étoient  dans  l'oppres- 
sion ,  ou  en  quelque  autre  genre  de  peine.  Dans  ces  oc- 
casions il  se  faisoit  un  plaisir  et  un  mérite  d'employer  en 
leur  faveur  le  crédit  qu'il  avoit  auprès  des  Grands.  Entre 
grand  nombre  de  traits  de  cette  générosité  bienfaisante  que 
nous  fournissent  les   lettres   du   tendre   prélat,  il   suffit  de 

Ep.  253,  354, 258,  dire  '  que  saint  Godefroi  évêque  d'Amiens ,  Geofroi  arche- 
vêque de  Rouen  ,  et  Hubert  évêque  de  Senlis  se  trouvant 
dans  le  cas,  en  sentirent  d'heureux  effets  :  le  premier  au- 
près de  Louis  le  Gros,  les  deux  autres  auprès  du  pape  Pas- 

ord.  vit.  i.  io,  p.  cal  II.  '  Ce  pontife  ayant  été  obligé  de  se  réfugier  en 
France,  Ives  eut  l'honneur  de  le  recevoir  chez  lui,  où 
il  célébra  la  fête    de  Pâques  en  M  07 ,  et  '  l'y  retint  le  plus 

Mab.  ann. i.  69,  n.  qu'il  lui  fut  possible.  '  Geofroi  abbé  de  Vendôme,  '  con- 
traint de  quitter  son  monastère  par  les  vexations  du  seigneur 
du  lieu  ,  trouva  une  retraite  aussi  gracieuse  qu'honorable  au- 
près de  notre  généreux  évêque. 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  \\\       x„  siècle. 


Mais  rien  ne  fut  au  dessus  du  soin  qu'Ives  prit  de  l'ins- 
truction de  son  clergé  et  de  son  peuple,  autant  que  les  be- 
soins de  l'église  et  de  l'état  auxquels  il  étoit  obligé  de  se 
prêter,  le  lui  pouvoient  permetlre.  '  Si-tôt  qu'il  eut  pris  ivo, ep.  6, 12. 
possession  de  son  église,  il  se  mit  à  instruire,  à  corriger, 
à  détruire,  et  à  planter.  11  avoit  du  talent  et  du  zèle  pour 
le  faire;  et  il  trouva  de  quoi  exercer  l'un  et  l'autre.  Les 
sermons  qui  nous  restent  de  lui ,  tant  imprimés  que  manus- 
crits, et  qui  ne  sont  apparemment  que  la  moindre  partie  de 
ceux  qu'il  prononça  devant  son  peuple,  font  foi  qu'il  lui 
distribuoit  souvent  le  pain  de  la  parole.  Non  content  de  lui 
parler  de  vive  voix ,  '  il  lui  adressoit  aussi  quelquefois  des  Ep.  u. 
lettres  pastorales ,  dont  nous  avons  un  beau  modèle  dans 
le  recueil   de  ses  autres  lettres. 

Pour   ce   qui    est   de   sa    conduite    particulière,    quelque  Baii.«3dec.p. 288. 
occupé  qu'il   fût  du  soin  de  son  troupeau  et  de  tant  d'au- 
tres affaires  étrangères ,   il   étoit  aussi  intérieur  et  recueilli 
en   Dieu ,    que  lorsqu'il  vivoit  à  saint  Quentin  de  Beauvais. 

C'est  cette  piété  que  Robert  de  Torigni  n'a  pas  oublié  de  Rot),  add.  ad  sig 
relever  dans  l'éloge  de  ce  grand   éveque,   qui   le   portoit  à  \vo,  ep.  6. 
se  plaindre  dès  le  commencement  de  son  épiscopat ,  d'être 
obligé   de   se  prêter  à  des  occupations  tumultueuses,  qui  le 
privoient  de  l'union  intime  avec  Dieu,  et  de  cette  aimable 
tranquillité  que  demande  la  prière.   C'est  encore  cette  piété 
qui  lui  inspira  de  favoriser  tant  de  pieux  établissemens  où 
Dieu  devoit  être  servi  en  esprit  et  en  vérité.  Outre  ce  qu'il 
avoit  déjà  fait  en  faveur  de  saint  Quentin  de  Beauvais,  '  il  vu.  p.  252,  n.  16. 
fonda  de  nouveau  à  la  porte  de  sa  ville  épiscopale  l'abbaye 
de  saint  Jean  en  vallée  pour  des  chanoines  réguliers.  Le  cé- 
lèbre Bernard   moine  de  saint  Cyprien   de  Poitiers,  s'étant 
retiré  au  diocèse  de  Chartres,  '  et  y  ayant  obtenu  du  sei-  Ep.283. 1  Mab.  ib. 
gneur  du  lieu  un  fonds  pour  y  construire  un  monastère,  Ives 
se  porta  à  cet  établissement  avec  tant  de  zèle  et  de  succès, 
qu'il  a  mérité  d'en  être  regardé  comme  le  fondateur  conjoin- 
tement avec  le  b.  Bernard.  Le  monastère  se  nomma  Tiron, 
du  nom  de  la  petite  rivière  voisine,  et  devint  dans  la  suite 
chef  d'ordre.   '  Celui  de  Hautes-Bruieres  de  religieuses  de  ivo,  vit.  ib. 
l'ordre  de  Fontevraud  doit  aussi  sa  fondation  au  même  pré- 
lat, qui  établit  encore  un  hôpital  pour  les  malades,  et  fut 
bienfaiteur   de   l'ordre   de  Cluni,  '  et  des  abbaves  de  Mar-  $>.  288.  |  Mab. 

lb.  D.    16. 


III  SIECLE. 


412  SAINT  IVES, 


moutier,    de    Bonneval    et    de    Bourgmoyen,    à   Blois. 

Rob.  add.  ad  sig.      'ives  dans  ses  pieuses  libéralités,  n'oublia  point  sa  propre 

W8,  n°i.  P'  église.  On  a  déjà  parlé  du  service  signalé  qu'il  lui  rendit, 
en  la  faisant  décharger  de  ces  criantes  coutumes,  qui  étoient 
de  vrais  pillages.  11  prit  soin  d'embellir  la  cathédrale,  et 
de  la  fournir  de  livres  et  d'ornemens.  Il  renouvella  et  ag- 
grandit  considérablement  la  maison  épiscopale,  à  laquelle 
il  joignit  une  maison  de  campagne  pour  les  divers  usages 
des  évèques.  Les  écoles  étoient  fort  fréquentées  dès  le 
temps  de  saint  Fulbert;  et  le  lieu  où  elles  se  tenoient  de- 
voit  être  fort  spacieux.  Ives  le  fit  rebâtir  tout  à  neuf,  et 
laissa  encore  à  son  église  et  à  ses  chanoines  diverses  autres 

oiTi9am'ii9U'  '"  111*r(Iues  de  sa  généreuse  bienveillance.  Enfin  '  il  eut  quel- 
que part  à  la  fondation  de  l'abbaye  de  saint  Victor  à  Paris, 
qui  se  fit  en  -I-H5  :  au  moins  sa  souscription  se  lit-elle  au 
bas  de  la  charte  du  roi  Louis  le  Gros  pour  cet  établisse- 
ment. 

Il  reste  à  dire  quelque  chose  des  liaisons  de  notre  saint 
prélat.  Sans  parler  des  papes,  de  rois,  des  princes  et  prin- 
cesses, il  en  avoit  avec  presque  tous  les  grands  personnages 
de  son  temps.  On  en  voit  paroitre  la  plupart  dans  les  ins- 
criptions de  ses  lettres;  mais  nous  ne  rappellerons  ici  que 
ceux  avec  qui  il  étoit  lié  d'une  manière  plus  intime.  De 
ce  nombre  étoient  saint  Bernard  de  Tiron ,  dont  il  vient 
d'être  parlé,  et  le  b.  Bobert  d'Arbrisselles.  Jl  avoit  donné 
au  premier  la  bénédiction  abbatiale;  et  à  la  considération 
de  l'un  et  de  l'autre,  il  s'étoit  employé  à  la  fondation  de  l'ab- 

ivo,  eP.  39.  baye  de  Tiron  et  du  monastère  de  Hautes-Bruyères.  '  S'é- 

tant  lié  d'amitié ,  dès  qu'il  étudioit  au  Bec ,  avec  saint  An- 
selme, ils  continuèrent  toujours  leur  union,  depuis  que 
celui-ci    fut   abbé,    et    ensuite   archevêque    de    Cantorbéri. 

ï*p"  66**  nov"  ''      "s  eurent  la  mutuelle  consolation  de  se  voir,   lorsqu'en 
M 03  Anselme  vint  en  France,   pour  de-4à  aller  à  Borne 
Ayant   pris  sa  route  par   Chartres,   l'évêque   Ives  le  reçut 
avec  beaucoup  d'honneur,  et  lui  persuada  avec  la  comtesse 
Adèle ,    d'attendre    l'automne   pour    ce    long    voyage ,    afin 

Ber70hist71de1Bl    éviter  les  chaleurs  de  l'été.  '  A  son  retour  sur  la  fin  de 

app  p  8.  '  juin  de  l'année  -1-105,  Anselme  passa  de  nouveau  à  Char- 
tres, et  eut  le  plaisir  d'y  voir  encore  son  bon  ami  :  il  y  fit 
même  un  séjour  considérable;  puisqu'y  ayant  souscrit  une 

charte 


EVESQUE  DE  CHARTRES.      .  W3 


XII  SIECLE. 


charte  en  faveur  des  chanoines  de   Bourgmoyen   de   Blois, 
le  vingt-quatrième  de  juin,  il  n'en  partit  que  pour  se  rendre 
à  l'Aigle  le  vingt-deuxième  de  juillet  suivant 
'Il  y   avoit   aussi  une  étroite   union  entre  Ives  et  Lam-  ivo, ep.  m.  |  Bai. 

i    .   .     ,    a  ,,,  ..  ,,  i    ,  j       mise.  t.  5,  p.  28(3, 

bert  eveque  d  Arras,    comme   il   paroit   par   une   lettre   du  35e. 

premier,  insérée  parmi  celles  de  l'autre,  qui  lui  en  a  écrit 

une   des   siennes,   pour  le  remercier   d'un   service    signalé 

qu'Ives    venoit   de   rendre   à  l'église  d'Arras,  et  des  autres 

qu'elle  en  avoit    déjà   reçus    en  d'autres   occasions.    Depuis 

que  '  notre    prélat    eut   béni  Geoffroi  abbé  de  Vendôme,   ce  Lab.  bib  nov.t.  1, 

qu'il  fit  le   vingt-troisième  de  septembre  4093,  il  se  forma  p 

entre  eux  une  amitié  persévérante,  qui  est  attestée  par  les 

\  9  premières  lettres  du  second  livre  du  recueil  de  celles  de 

Geofroi,    toutes  écrites   à    l'évêque    de    Chartres.  '  L'épître  Mab.ib.  n.98. 

par  laquelle  Hugues  de   Sainte   Marie   moine   de   Fleuri,    et 

l'un  des  sçavans  de  son  siècle,  lui  dédia  en  \\\0  sa  grande 

chronique,   montre  qu'ils    avoient  ensemble  des  liaisons  de 

littérature. 

'  Ives  vécut  jusqu'à  la  vieillesse,  et  mourut  plein  de  gloire,  ivo,  ep.  254. 
de  mérites,  et  en  odeur    de    sainteté.  '  Mais   les    Ecrivains  Hist. chr. p.  J54, 1. 

.      ,  •  ,  ,    e     .  .       ■  ,      ■  |Ivo,vit.p.248,n. 

tant  anciens  que  modernes  sont  fort    partages   sur   le  jour  2.  |  p.asa.n.  is.  1 

précis  et  l'année  de  sa  mort.  Les  uns  la  placent  dès  l'année  nV.'iRob.addf.uV. 

JHJ4;  d'autres  lui    assignent  l'année  suivante.    Ceux-ci    la    I £jb- ^^"b  \ 

marquent  au   premier   de  janvier    H  16;    ceux-là,    comme  ra,  n".  125.  kgas. 

Robert    de   Torigny,  la  renvoyent  en  \\\7  :  enfin  d'autres  caVe.'p.'wi. 

la  fixent  au  vingt-troisième  de  décembre  (I)  4446;  et  leur 

opinion    mérite  la  préférence,  étant  celle  des  historiens  He- 

linand    de    Froidmont    et    d'Alberic    de  Troisfontaines.  Ives 

pouvoit  être  alors  dans  la  soixante  dix- septième  année  de  son 

âge,  et  avoir  passé  vingt-cinq  ans  et  un  mois  dans  l'épisco- 

pat,  à  compter   du   jour    de  son  ordination.  '  Il   fut  enterré  Rob.  add.  ib.  1 

Gill   chr  vçt  t  3 

dans  le  chœur  de  l'église  abbatiale  de  saint  Jean  en  Vallée,  p.  488,2.  1  Bon.' 
dont   il   étoit  le  fondateur,   comme  il  a  été  dit.  f!n  a  trois  '''  p  218 
épitaphes  consacrées  à  sa  mémoire  :  l'une  est  de  la  façon  de 
Philippe  albé  de  Bonne-Espérance;  mais  on  ignore  qui  sont 

\ 

(1)  On  voit  par  c>>tte  époque  combien  s'est  éloigné  de  la  vérité  Bernard  de  la 
Guionie,  qui  parlant  de  notre  prélat  avec  éloge,  ne  le  place  que  sous  le  pape 
Anastase  IV.  vers  le  milieu  de  ce  siècle,  et  le  fait  disciple  de  Gilbert  de  la  Poirée. 
André   Thevel   dans   sa  cosmograplne  s'en  est  encore  bien  plus  éloigné,  en  le    Mur  scrl    H.  t.  3, 
renvoyant  à  la  On  du  quinzième  siècle,  sous  le  roi  de  France  Charles  VIII.  p.  440. 

t  fl        Tome  X.  P 


XII  SIECLE. 


MA  SAINT  IVES, 

les  auteurs  des  deux  autres.  Celle  que  nous  copions  ici, 
et  que  nous  préférons  aux  autres,  par  la  raison  qu'elle 
exprime  mieux  le  caractère  de  ce  grand  évêque,  a  été  tirée 
d'un  ancien  manuscrit  du  président  Barnabe  Brisson,  et  se 
trouve  imprimée  en  divers  recueils. 

EPITAPHE. 

Mente,  manu,  Unguâ,  doctrinâ,  corporis  usu, 
Prudens,  muniûcus,  aflabilis,  utilis,  insons  : 
Firma  columna  domus  Domini,  quam  jure  salubri 
Fovit,  munivit,  influxit,  jugiter  auxit, 
Consilio,  scriptis  quo  viveret  ordine,  rébus. 
Cujus  opem  gralis  a?ger,  rem  sensit  egenus, 
Istius  urbis  apex,  memorandus  Episeupus  Ivo, 
Hac  situs  expectat  adventum  judicis  urna. 

Outre  ces  trois  épitaphes  qui  contiennent  un  précis  de 
l'histoire  de  notre  prélat,  le  P.  Fronteau  chanoine  régu- 
lier de  sainte  Geneviève,  a  composé   sa  vie  qui  est  impri- 

Boii.  20  mai,  p.  mée  à  la  tête  de  son  décret  dans  la  dernière  édition,  'et 
que  les  successeurs  de  Bollandus  ont  fait  entrer  dans  leur 
grande  collection  d'actes  des  saints,  avec   quelques  remar- 

Baii.  ib.  p.  282-  qUes  de  leur  façon. 'M.  Baillet  de  son  côté  en  a  publié 
une  autre  au  vingt-troisième  de  décembre,  entre  ses  vies 
des  saints.  Enfin  un  troisième  écrivain  donna  vers  le  même 
temps  un  petit  volume  in  42  portant  ce  litre  :  L'esprit  d'Ives 
de  Chartres  dans  la  conduite  de  son  diocèse,  et  dans  les 
cours  de  France  et  de  Rome.  L'écrit  a  été  imprimé  à  Paris 
chez  Anisson  en  \  70-1 ,  et  représente  assez  bien  en  qua- 
torze chapitres  la  conduite  d'Ives  dans  les  trois  différens 
états  qu'annonce  le  frontispice.  Les  bibliographes  et  autres 
écrivains  qui  ont  parlé  de  cet  excellent  évêque,  sont  pres- 
que sans  nombre.  Nous  avons  profité  de  ce  qu'ils  en  ont 
dit  de  meilleur;  mais  sans  nous  îirrêter  aux  vies  entières 
dans  lesquelles  nous  n'avons  pas  trouvé  tout  ce  qui  nous 
paroît  nécessaire  pour  le  représenter  tel  qu'il  étoit;  nous 
en  avons  dirigé  une  autre  tirée  pour  la  plus  grande  partie 
de  ses  propres  écrits,  et  pour  le  reste,  d'auteurs  contem- 
porains. 

Trit.  scri.  c.  349.      '  rves  se  rendit  aussi    rccommandable   par   sa   sainteté  de 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  f!5 


XII  SIECLE. 


vie,  que  par  son  grand  sçavoir  :  nec  minus  sanctitatc  quant 
scientia  venerandus.  Son  sçavoir  est  suffisamment  connu  par 
les  écrits  qui  nous  restent  de   sa  façon;  '  et  sa  sainteté  lui  ivo.  vit.  p.  247.  n. 

.,.,.,  ,  ,  ,     ,      ..  ,       1.  |  252,11.20. 

attira  des  les  premiers  temps  beaucoup  de  vénération  de 
la  part  des  peuples,  nommément  de  celui  de  Chartres. 
On  fut  cependant  plusieurs  années  sans  célébrer  aucune 
fête  en  son  honneur;  et  l'on  paroît  ignorer  s'il  a  jamais  été 
canonisé  dans  les  formes.  Seulement  le  pape  Pie  V  en  4570 
donna  une  bulle,  pour  transférer  au  vingtième  de  mai  la 
fête  qui  se  faisoit  alors  en  sa  mémoire  le  vingt-troisicme 
de  décembre,  par  la  raison  que  ce  dernier  jour  tombant 
toujours  en  avant,  ne  convient  pas  à  la  solemnité  des  fêtes. 
Un  autre  indice  de  sa  sainteté  est  le  traitement  que  lui  firent 
subir  les  Calvinistes  au  temps  de  leurs  ravages,  en  rédui- 
sant en  cendres  ses  reliques,  comme  celles  des  autres 
saints. 

'  Il  ne  faut  pas  au  reste  confondre  Ives  évêque  de  Char-  p.  252.  n.  m.  1 
1res,  avec  un  autre  Ives  cardinal,  prêtre  du  titre  de  saint  t.  1,  p.  127,  128. 
Laurent  in  Damaso,  auparavant  chanoine  régulier  de  saint 
Victor  à  Taris,  et  mort  en  4442,  ou  l'année  suivante.  La 
même  observation  est  à  faire  à  l'égard  d'un  troisième  Ives 
surnommé  de  Chartres,  et  qualifié  docteur,  qui  avoit  étu- 
dié sous  Gilbert  de  la  Poirée ,  depuis  évêque  de  Poitiers. 
Celui-ci  le  cita  pour  sa  défense  au  concile  de  Rheims  en 
4-148,  avec  Rotrou  un  autre  de  ses  disciples,  alors  évêque 
d'Evreux ,  et  dans  la  suite  archevêque  de  Rouen. 

On  a  dit  plus  haut   qu'Ives  évêque  de  Chartres,    eut  la 
consolation  de  voir  avant  sa  mort  quelques-uns  de  ses  dis- 
ciples élevés  aux  premières  dignités  de  l'église  :  mais  nous 
n'avons  de  connoissance  particulière  que  des  suivans.  '  Jean  Hug.  fi.  chr  p. 
Romain  de  naissance,   reçut  quelque-temps  des  instructions 
d'Ives  à  saint  Quentin  de  Reauvais.  En  étant  ensuite  sorti, 
il  se  rendit   moine  au    Rec,    et    devint  depuis    évêque  de 
Tusculum   et  légat  du  saint  siège    Un  '  autre  de   ses  dis-  Bon.  27  jan.  p. 
ciples  de   même  nom    que  le  précédent ,   après  avoir  per-       ' u"  ' 
fectionné  sous  lui  ce  qu'il  avoit  déjà  appris  à  l'école  d'U- 
trecht,    fut   évêque   de  Térouane ,   et  vécut  si   saintement 
d.'ins  l'épiscopat,  que  l'église  le  compte  au  nombre  des  saints 
qu'elle  honore.  '  Il  paroît  par  la  manière  dont  Ives  recom-  ivo,  ep.  43,50. 
mande  au  pape  Urbain    II ,   et  à  Richer  évêque  de  Sens , 


XII  SIECLE. 


H6  SAINT  IVES, 


Guillaume  élu  évêque  de  Paris  en  -1095,  qu'il  !e  regar- 
doit  comme  un  de  ses  élevés.  Galon  successeur  de  Guil- 
laume,  avoit  aussi  l'avantage,  ainsi  qu'on  l'a  montré  à  son 

Ep.  176, 178.  article,  d'être  élevé  de  la  même  école.  '  Wulgrin  d'abord 
chancelier  de  l'église  de  Chartres,  puis  élu  évêque  de  Dol 
au  concile  de  Troyes  en  4  407,  est  reconnu  pour  un  de  ses 

Mari.  t.  s,  p.  329.  disciples.  '  On  met   aussi  de   ce  nombre  Samson  de  Mau- 

ivo,  ep.  not.  p.  voisin  archevêque  de  Reims,  mort  en  \\§\  ;'  Odon  suc- 
cessivement chanoine  régulier,  ensuite  abbé  de  saint  Quen- 
tin de  Beauvais  après  Galon,  se  donne  clairement  lui-même 
pour  élevé  de  notre  saint  prélat,  dans  une  assez  longue 
lettre  qu'il  lui  adresse,  pour  lui  exposer  l'état  de  sa  cons- 
cience. 

Thev.  t.  2,  p.  125.  "Thevet  dans  son  histoire  des  hommes  sçavans,  a  cru 
nous  donner  le  portrait  au  naturel  de  l'évêque  Ives,  qu'il 
a  fait  graver  en  taille-douce,  sur  un  autre  que  lui  avoit 
fourni  un  ancien  livre  de  la  bibliothèque  du  cardinal  Geor- 
ges d'Amboise.  Ives  y  est  représenté  avec  les  cheveux  qui 
lui  tombent  jusques  sur  les  épaules,  une  calote  qui  lui  cou- 
vre presque  toute  la  tête,  une  ample  et  longue  robe,  à 
laquelle  est  attaché  un  capuchon  pendant  par  derrière. 

§  II. 
SES  ÉCRITS. 

Rohb.add.adsig.  ' -Q  obert     de    Torigny,    abbé     du    Mont    Saint    Michel, 

p  7oo.  JLtqui    écrivoit  dans  le    siècle   où   mourut  Ives  de  Char- 

tres, atteste  dans  le  petit  éloge  qu'il  a  fait  de  lui,  que  ce 
prélat  avoit  laissé  beaucoup  d'illustres  monumens  de  sa 
science  et  de   son   habileté;   et   cependant    il  n'en  spécifie 

MeU.  scri.  c  95.  aucun.  '  L'anonyme  de  Molk,  qui  publia  vers  le  même 
temps    son    catalogue    d'écrivains    ecclésiastiques,    nomme 

sig.  scri.  c.  iG7.  quatre  de  ces  monumens; 'et  Sigebert  plus  ancien  que  l'un 
et  l'autre,  comme  étant  contemporain  d'Ives,  les  réduit  à 
son  décret,  et  au  recueil  de  ses  lettres.  Mais  il  est  venu 
dans  la  suite  une  foule  de  sçavans,  qui  s'intéressant  à  la 
gloire  de  ce  grand  évêque,  ont  fait  des  recherches  à  ce 
sujet,  et  en  ont  découvert  plusieurs  autres.  On  en  a  im- 
primé les  principaux;  et  les  autres  ne  sont  encore  que  ma- 
nuscrits. En  voici  le  dénombrement  à  la  tête  duquel  nous 
placerons  ceux  qui  ont  déjà  été  imprimés. 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  117      ,ii  siècle. 

J°.  Le  plus  célèbre  de  tous  est  sa  collection  des  canons, 
sur  quoi  il  y  a  diverses  observations  à  faire.  La  plupart, 
ou  même  presque  tous  les  écrivains  qui  ont  entrepris  d'en 
parler,  n'en  reconnoissent  qu'une  seule  collection;  mais 
il  en  faut  distinguer  et  admettre  deux,  par  les  raisons  qu'on 
va  voir. 

Ives  n'étant  encore  qu'abbé  de  saint  Quentin  de  Beauvais, 
et  faisant  alors  une  de  ses  principales  occupations  de  l'étude 
de  l'antiquité  ecclésiastique,  comprit  de  quelle  utilité  seroit 
un  bon  recueil  de  canons  et  autres  régies  en  usage  dans  l'é- 
glise. Il  y  en  avoit  déjà  plusieurs  avant  ce  temps-là,  comme 
nous  l'avons  remarqué  en  parlant  de  ceux  de  Reginon  de 
Prom,  de  Bouchard  de  Vormes,  à  l'article  d'Olbert  abbé 
de  Gembiou.  Mais  Ives  qui  en  connoissoit  les  défauts, 
quoiqu'il  ne  les  ait  pas  tous  évité  lui-même,  les  jugeant 
insuffisans,  conçut  le  dessein  d'un  autre  recueil,  et  se  mit 
tout  de  bon  à  l'exécuter.  La  manière  dont  il  s'y  prit  pour 
en  venir  à  bout,  est  remarquable;  'et  c'est  de  lui-même  Iv0>  decr.  Pr  P 
que  nous  l'apprenons  dans  Tassez  grande  préface  qu'il  a 
mise  en  tête.  Ayant  rassemblé  en  un  corps,  avec  le  tra- 
vail qu'on  peut  imaginer,  les  extraits  des  régies  ecclésias- 
tiques que  lui  purent  fournir  tant  les  lettres  ou  décré- 
tais des  papes,  et  les  actes  des  conciles,  que  les  traités 
des  pères  et  les  constitutions  des  rois  catholiques,  il  les 
rangea  ensuite  en  un  certain  ordre.  Le  motif  qui  le  porta 
à  entreprendre  ce  pénible  travail,  fut  de  rendre  service 
au  public,  en  faisant  ensorte  que  ceux  qui  n'avoient  pas 
ces  écrits  en  main,  pussent  prendre  dans  son  recueil  ce 
qui  leur  conviendroit  :  et  afin  que  chacun  y  pût  trouver 
aisément  ce  qu'il  auroit  à  chercher,  il  y  a  observé  l'ordre 
suivant.  11  dit  qu'il  y  traitera  d'abord  de  la  foi,  qu'il 
nomme  le  fondement  de  la  religion  chrétienne,  ensuite 
des  sacremens,  puis  de  la  conduite  des  mœurs,  enfin  de  ce 
qui  concerne  les  différentes  affaires,  c'est-à-dire  celles  dont 
il  appartient  à  l'église  de  connoître.  A  ces  quatre  chefs 
principaux  l'auteur  rapporte  tout  ce  qu'il  a  cru  devoir  dis- 
cuter dans  son  ouvrage,  sous  divers  livres,  ou  parties  sub- 
divisées en  plusieurs  titres. 

'  Prévoyant    qu'il    se   poUrroit    trouver    des   lecteurs   qui  îwd. 
n'entendroient  pas  assez  ce  qu'il  dit,  ou  cjui  croiroient  y  ap- 
1  o  * 


III  SIECLE. 


418  SAINT  IVES, 


percevoir  de  la  contradiction,  il  a  soin  de  les  avertir  de 
ne  se  pas  presser  de  les  blâmer,  mais  de  considérer  atten- 
tivement ce  qui  est  dit  suivant  la  rigueur  du  droit,  ou  sui- 
vant l'indulgence,   par   la  raison  que  tout  le  gouvernement 

p.  1-6.  ecclésiastique  est  fondé  sur  la  cliarité.  '   C'est  par  ce  prin- 

cipe, ajoute-t-il,  en  le  montrant  fort  au  long,  que  l'é- 
glise tantôt  se  tient  à  la  sévérité  des  régies,  et  tantôt  s'en 
relâche  par  condescendance.  Ce  qu'lves  dit  ici,  a  trait  à 
la  méthode  qu'il  a  suivie  dans  sa  collection,  en  y  insé- 
rant sur  le  même  sujet  des  canons  de  l'une  et  de  l'autre  es- 
pèce, c'est-à-dire  de  rigoureux  et  de  modérés.  Mais  de 
peur    qu'on   ne    crût   que    cette  condescendance  ou   modé- 

P.  2-  ration   pût  avoir  lieu  dans   tous  les  cas ,   '  il    fait   observer 

•  qu'il  est  de  deux  sortes  de  préceptes,  comme  de  deux  sor- 
tes de  défenses.  Il  y  en  a  de  droit  divin ,  qui  sont  éta- 
blis par  la  loi  éternelle,  et  d'autres  qui  ne  sont  que  de  dis- 
cipline, établis  par  les  hommes  en  vue  d'un  plus  grand 
bien.  Les  premiers,  dit-il,  sont  immuables  et  par  consé- 
quent ne  souffrent  point  de  modération  ;  mais  il  n'en  est 
pas  de  même  des  autres. 

Tel  est  en   général   le   plan   sur  lequel    Ives  dirigea  ses 

Douj.  pran.  i.  3,  deux  collections.  '  Il  donna  à  la  première  le  titre  de  pan- 

c  28  n    1    I  Poss 

app.  t.  2,p.306.  |  normie,  formé  de  deux  mots,  l'un  grec,  l'autre  latin  : 
Bau.  23  dec.  p.  comme  p0ur  exprimer  un  corps  de  toutes  les  loix,  ou 
régies  du  droit  ecclésiastique.  (Quelques  puristes  trop  dé- 
licats en  ceci,  voudroient  qu'on  lût  pannomie;  mais  les 
anciens  manuscrits  ne  le  souffrent  pas.  D'autres  en  plus 
grand  nombre  ont  tenté  d'enlever  à  Ives  l'honneur  de 
cet  ouvrage ,  prétendant  qu'il  n'en  a  composé  d'autre 
sur  cette  matière  que  son  décret  :  mais  c'est  ce  qu'ils  ne 
réuss:ront  jamais  à  persuader  aux  personnes  instruites.  Les 
raisons  sur  lesquelles  ils  établissent  leur  sentiment ,  sont 
Douj.  ib.n.4.  trop  foibles  à  cet  égard.  '  Ils  disent  d'une  part  qu'à  la  fin 
de  cet  ouvrage  il  y  a  diverses  choses  prises  des  décrétales 
de  Calixte  II  et  d'Innocent  son  successeur  après  Hono- 
rius,  qui  ne  furent  papes  que  plusieurs  années  après  la 
mort  d'Ives.  Ils  allèguent  d'ailleurs  que  la  pannormie  n'est 
autre  chose  que  l'abrégé  du  décret  de  notre  auteur,  que 
fit  en  son  temps  un  certain  Hugues  qualifié  évêque  de 
Châlons  sur  Marne,  comme  le  rapporte  Vincent  de  Bcau- 
vais. 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  W9      XII  SIECLE 


Rien    de    plus    foible    que   ces    prétendues   raisons.    Par 
rapport  à  la  première,  il  n'est  point  étrange  qu'il  soit  arrivé 
à  la  pannormie  ce  qu'ont  souffert  dans  tous  les  siècles  tant 
d'autres  ouvrages  originaux,  qui  après  être  sortis  des  mains 
de    leurs   auteurs,   ont   reçu    des    additions  étrangères,    au 
moins  dans  plusieurs  de  leurs  exemplaires.  C'est  justement 
le  sort  qu'a  eu  la  pannormie,   comme   il  seroit    aisé  de  le 
justifier  par  les  deux  fort  anciens  manuscrits  de  ce  recueil,'  ibid. 
que   Dom    Mabillon    atteste   avoir    vus   aux   abbayes    d'An- 
chin   et  de  Rlandimberg.   Ils  portent  l'un  et  l'autre  le  nom 
d'Ives   de   Chartres,    et   ne  contiennent    rien   des   additions 
alléguées.  '  On    a    encore    la    même    preuve    dans    l'ancien  Bai.  de  em.  Gr. 
manuscrit   de   saint  Victor,    et  dans   un   autre  qu'avoit   en  pr' n' 
main  Dom  Antonio  Augustinus. 

L'autre  raison  sur  laquelle  on  lui  dispute  cet  ouvrage, 
n'a  pas  plus  de  solidité.  Ce  n'est  point  un  Hugues  évêque 
de  Châlons  qui  fit  l'abrégé  dont  il  s'agit,  puisque  cette 
église  n'a  point  eu  d'évêque  de  ce  nom  depuis  le  temps 
d'Ives  de  Chartres,  '  mais  Haimond  de  Bazoches  qui  la  Aib.  chr.  par.  2, 
gouvernoit  au  milieu  de  ce  douzième  siècle.  Et  bien  loin 
que  cet  abrégé  ne  fût  autre  que  la  pannormie,  ainsi  qu'on 
le  suppose,  il  nous  est  une  preuve  du  contraire,  en  ce  qu'il 
montre  qu'elle  existoit  auparavant,  en  ayant  été  tirée, 
et  non  du  décret  du  même  auteur.  C'est  Alberic  de  Trois- 
fontaines  qui  l'atteste,  et  qui  mérite  d'autant  plus  de  créance, 
qu'on  sçait  certainement  qu'il  ne  parle  dans  sa  chronique 
que  d'après  les  historiens  qui  l'avoient  précédé.  «  Ce 
»  Barthelemi  évêque  de  Châlons,  dit  Alberic  sur  l'année 
»  H$\,  mourut  dans  son  pèlerinage  de  Jérusalem;  et 
»  l'on  élut  pour  évêque  l'archidiacre  Haimond  de  Bazo- 
»  ches,  homme  recommandable  par  sa  noblesse  et  sa  vertu, 
»  qui  a  fait  le  manuel  des  décrets  suivant  la  pannormie 
»  d'Ives  de  Chartres.  »  Témoignage  aussi  clair  que  décisif, 
et  qui  ne  demande  point  de  commentaire. 

Celui  de  Vincent  de  Beauvais,  pris  dans  son  vrai  sens, 
ne  l'est  pas  moins  :  à  cela  près  qu'au  lieu  d'Haimond,  '  il  Douj.  ib.  a  5. 
nomme  Hugues,  l'évêque  de  Châlons  abréviateur  de  l'ou- 
vrage de  notre  prélat.  En  effet,  après  avoir  parlé  du  tra- 
vail de  celui-ci  qu'il  qualifie  aussi  abrégé^  par  rapport  aux 
sources  d'où  il  avoit  été  tiré,  il  ajoute  que  l'auteur  l'inti- 


III  SIECLE. 


-120  SAINT  IVES, 


tula  pannormie;  mais  que  comme  il  n'étoit  pas  d'une  petite 
étendue,  l'évêque  de  Châlons  entreprit  de  l'abréger,  et 
en  fit  un  petit  livre  portatif,  qui  fut  intitulé  la  Somme  des 
décrets  d  Ives.  Voilà  justement  le  manuel  ou  enchiridion 
dont  parle  Alberic,  comme  tiré  de  la  pannormie,  qui  par 
conséquent  en  étoit  fort  différente. 
Bai.  ib.  n.20.  'C'est  ce  que  le  sçavant  M.   Bal  uze  a  voit  déjà  prouvé  par 

un  autre  raisonnement.  L'abrégé  fait  par  l'évêque  de  Châ- 
lons, dit-il,  sur  le  témoignage  de  Vincent  de  Beauvais 
qu'on  vient  de  lire,  portoit  pour  titre  la  Somme  des  décrets 
d'Ives.  Or  la  pannormie  dans  trois  anciens  manuscrits  de 
l'abbaye  de  saint  Aubin  d'Angers,  et  dans  un  quatrième 
de  la  bibliothèque  de  saint  Victor  à  Paris,  est  intitulée  uni- 
formément partout  pannormie,  et  jamais  somme  des  dé- 
crets. Il  en  est  de  même  des  éditions  qui  ont  été  faites; 
ce  qui  montre  que  les  manuscrits  dont  on  s'est  servi,  rete- 
noient  le  même  titre.  Nous  l'avons  vu  nous-mêmes  inti- 
tulée de  la  même  sorte,  dans  un  autre  ancien  manuscrit  de 
l'abbaye  de  saint  Ouen  à  Bouen.  Dans  tout  ceci  se  pré- 
sente encore  une  autre  observation,  qui  tranche  la  diffi- 
culté sans  aucun  retour;  c'est  que  le  manuscrit  de  saint 
Victor  est  plus  ancien  que  l'abréviateur,  quel  qu'il  ait  été. 
Il  est  donc  hors  de  contestation  que  son  écrit  n'est  point  la 
pannormie,  et  qu'il  n'y  a  nulle  raison  de  la  refuser  à  Ives 
de  Chartres  son  véritable  auteur. 
Douj.  ib.  n.  9.  '  On  fait  encore  naître  à  son  sujet  une  autre  question  :  sça- 

voir  si  elle  a  précédé  le  décret  du  même  prélat,  ou  si  elle 
n'est  venue  qu'après?  M.  Doujat  paroît  pencher  pour  la 
seconde  alternative,  et  en  apporte  quelques  foibles  rai- 
Bai,  ib.  sons  :  mais  '  M.  Baluse  se  déclare  ouvertement  pour  la  pre- 
mière, qui  mérite  la  préférence,  en  ce  que  le  décret  est 
non  seulement  plus  ample,  mais  aussi  mieux  travaillé  que 
Pagi  ann.  un,  la  pannormie,  et  qu'il  y  régne  beaucoup  plus  d'ordre.  '  Un 
historien  de  la  fin  du  siècle  même  où  est  mort  l'évêque 
Ives,  et  qui  n'a  écrit  que  d'après  ceux  qui  l'avoient  pré- 
cédé, comme  Alberic  de  Troisfontaines,  nous  apprend 
qu'Ives  publia  son  décret  en  -1 090,  un  an  précisément  avant 
qu'il  fût  élevé  à  l'épiscopat.  Il  faut  à  ce  compte  que  la 
pannormie  fût  déjà  sortie  des  mains  de  son  auteur  quelques 
années  auparavant. 

On 


EVESQUE   DE  CHARTRES.  424       x„  sijjcle. 

On  ne  doit  pas  croire  au  reste,  qu'Ives  eût  en  main  '  tous  Ko,  decr.  pr.  p.  1. 
les  livres  originaux  qu'il  indique  en  général  dans  sa  préface, 
comme  les  sources  d'où  il  a  tiré  ce  qu'il  rapporte.  Les  livres 
étoient  alors  trop  rares,  pour  qu'il  fût  [  ossible  d'en  rassem- 
bler un  aussi  grand  nombre  dans  deux,  trois  ou  quatre  bi- 
bliothèques. Mais  il  en  a  puisé  la  plus  grande  partie  dans 
les  recueils  qui  avoienl  précédé  le  sien  :' nommément  dans  Douj.  it>.  n.  3. 
•celui  du  fameux  Isidore,  compilateur  des  fausses  décréta- 
les,  et  dans  ceux  de  Reginon,  de  Roucbard,  et  peut-être 
encore  d'autres.  Et  il  l'a  exécuté  de  manière  qu'il  a  copié 
jusqu'aux  fautes  de  ces  compilateurs.  Isidore  avoit  rangé 
ses  décrétâtes  suivant  l'ordre  des  temps  auxquels  les  papes, 
qu'il  en  fait  auteurs,  ont  vécu.  Ives  a  changé  cet  ordre,  et 
lui  a  préféré  celui  des  matières.  '  Les  constitutions  des  rois  c.2-7,  n.  3. 
catholiques  qu'il  y  employé ,  comme  il  l'annonce  dans  sa 
préface,  sont  le  code  Théodosien,  le  code,  le  digeste,  ou 
pandectes  de  Justinien,  et  les  capitulaires  de  nos  Rois. 

La  pannormie  est  divisée,  non  en  dix  livres,  ainsi  que 
quelques  écrivains  l'ont  avancé,  mais  en  huit  seulement,  et 
chaque  livre  subdivisé  en  titres,  ou  articles.  On  y  en  comp- 
te quelquefois  jusqu'à  seize;  et  c'est  le  plus  haut  nombre. 
Elle  eut  cours  parmi  les  gens  de  lettres,  après  même  que 
l'auteur  eut  publié  son  décret.  On  a  vu  que  ce  fut  elle 
qu'Haimon  de  Razoches  abrégea  ;  '  et  l'on  croit  avoir  des  conc.  28,  n.  5. 
preuves  que  c'est  dans  la  pannormie  plutôt  que  dans  le  dé- 
cret que  Gratien  a  puisé  pour  sa  compilation.  Du  reste  '  la  n.  io. 
préface  qui  est  en  tète  étant  la  même  qui  se  lit  au-devant 
du  décret  a  donné  occasion  de  confondre  très-souvent  en- 
semble les  deux  écrits. 

'  Nous  avons  deux  éditions  de  la  pannormie  :  l'une  m-4°  ntid.  |  Bai.  ib.  n. 

23    ClVC    D     541 

faite  à  Basle  en  4  499,  par  les  soins  de  Sebastien  Brant.  Mais  2.' 
celle-ci  est  pleine  de  fautes.  '  L'autre,  qui  est  i?t-8°  et  beau-  Bib.  s.  Fio.  sai. 
coup  plus  correcte,   parut  en  4  557  à  Louvain  chez  Etienne 
Valere  pour  Antoine-Marie  Bergagne.   Elle   fut  dirigée   par 
Melchior  de  Vosmedian  docteur  ès-arts  et  en  théologie,  qui 
prit  soin  d'en  donner  le  texte  dans  son  intégrité.  Mais  il  en 
a  confondu  le  titre  avec  celui  du  décret  de  notre  prélat  :  ce 
qui  feroit  juger  qu'il  a  été  du  nombre  de  ceux  qui  ont  con- 
fondu ensemble  les  deux  ouvrages. 
2°.  '  Ives  voyant  l'accueil   favorable   qu'on    feisoii  à  sa  Bai.  ib.  n.  24. 

Tome  X.  Q 


XII  SIECLE. 


422  SAINT  IVES, 


pannormie,  forma  le  dessein  d'un  plus  ample  ouvrage  sur  la 
même  matière,  et  ne  tarda  pas  à  l'exécuter,  en  composant 
ce  qu'on  nomme  son  décret.  La  pannormie  lui  servit  de  plan 
dans  cette  seconde  opération.  Il  ne  fit  que  changer  un  peu 
l'ordre  des  sujets  dont  elle  traite,  les  discuter  avec  beaucoup 
plus  d'étendue,  et  y  en  ajouter  de  nouveaux.  De  sorte  qu'il 
poussa  cette  nouvelle  compilation  jusqu'à  dix-sept  livres,  ou 
parties,  dont  chacune  est  divisée  en  grand  nombre  de  cha- 
pitres, qui  vont  quelquefois  jusqu'à  trois  cent  soixante-dix- 
huit,  et  même  quatre  cent  trente-cinq,  comme  la  cinquiè- 
me et  sixième  partie.  Il  est  vrai  que  ces  chapitres  sont  ordi- 
nairement fort  courts,  quoiqu'il  y  en  ait  quelques-uns,  nom- 
mément dans  la  première  et  seconde  parties  qui  tiennent  une 
et  deux  pages  entières.  Du  reste  l'auteur  y  a  retenu  la  pré- 
face entière  de  la  pannormie  :  ce  qui  a  donné  occasion,  ainsi 
qu'on  l'a  vu,  de  confondre  les  deux  ouvrages.  Cette  pré- 
face commence  par  ces  mots  :  E.rcerptiones  regularum  eecle- 

Trit.  scri.  c.  349.  siasticarum,  '  dont  on  a  formé  le  titre  de  l'ouvrage  dans  quel- 

ivo,  ep.  262.  ques  exemplaires  manuscrits,  '  et  qu'Ives  emploie  lui-même 
équivalemment  pour  le  désigner,  lorsqu'il  en  parle  dans  ses 

Bai.  ib.  |  Douj. ib.  lettres,  le  nommant  collectiones  canonum.  '  Dans  un  an- 
cien manuscrit  de  saint  Victor  à  Paris  l'ouvrage  ne  porte  en 
tête  ni  titre,  ni  nom  d'auteur.  Seulement  on  lit  à  la  fin  : 
Explicit  liber  canonum  ;  et  sur  la  feuille  suivante  il  est  mar- 
qué d'une  main  plus  récente,  que^ce  recueil  de  canons  ap- 
partient à  Ives,  ci-devant  évêque'  de  Chartres,  et  qu'on  le 
nomme  Décréta  Ivoniani,  en  quoi  l'on  apperçoit  visible- 
ment une  faute  ;  le  copiste*  ayant  écrit  Ivoniani,  au  lieu 
de  Ivoniana,  les  décrets  d'Ives.  Mais  l'ouvrage  n'est  guéres 
plus  connu  que  sous  le  nom  de  décret,  qui  est  le  titre  qu'il 
porte  dans  les  imprimés,  apparemment  en  conformité  des 
manuscrits,  sur  lesquels  on  l'a  donné  au  public. 

ivo, decr.  pr. p. 6,  'A  la  tête  après  la  préface,  vient  la  table  des  dix-sept 
livres  ou  parties,  suivant  lesquelles  l'auteur  a  jugé  à  pro- 
pos de  distribuer  les  matières  qu'il  entreprend  de  discuter  : 
table  qu'Ives  a  pris  lui-même  soin  de  diriger,  et  qui  a 
mérité  les  éloges  du  premier  éditeur,  pour  le  bel  ordre 
qui  y  régne.  Il  auroit  pu  la  louer  aussi  pour  l'idée  juste 
qu'elle  donne  de  l'étendue  et  de  la  variété  des  ma- 
tières qui  y  sont  traitées.   La  méthode  qu'y  suit  l'auteur, 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  ^3 


XII  SIECLE. 


consiste  à  rapporter  sous  chaque  titre  ou  chapitre,  les 
passages  des  pères  de  l'église,  et  autres  écrivains  ecclé- 
siastiques ,  des  conciles  tant  œcuméniques  que  provin- 
ciaux,  des  décrétales  des  papes,  et  quelquefois  des  or- 
donnances des  princes  catholiques  qui  y  ont  rapport  :  de 
sorte  que  s'il  y  avoit  autant  de  choix  et  d'exactitude,  qu'il 
y  a  de  recherches  et  d'érudition,  ce  scroit  un  répertoire 
inestimable.  11  ne  laissa  pas  d'être  d'une  très-grande  uti- 
lité pour  les  gens  de  lettres,  qui  n'auroient  pu  avoir  sans 
de  grosses  dépenses,  ni  lire  sans  dégoût  tous  les  livres  que 
notre  auteur  y  a  découpés  et  rangés  par  ordre.  On  le  re- 
garda même  comme  le  plus  étendu  et  le  plus  parfait  qui 
eût  paru  jusqu'alors.  Aussi  cut-il  le  plus  de  vogue  avec  la 
pannormie  du  même  auteur,  jusqu'à  ce  que  le  fameux  re- 
cueil de  Gratien ,  qui  ne  fut  connu  qu'au  bout  de  plus  de 
soixante  ans,  eût  pris  le  dessus.  '  M.  de  Marca  compte  Marca,  con.  1.  3, 
celui  de  notre  prélat  pour  la  première  collection  de  l'un 
et  l'autre  droit,  qui  ait  été  faite  en  Occident.  Il  est  ce- 
pendant certain  que  Reginon  de  Prom  avoit  fait  entrer 
dans  la  sienne  plusieurs   traits  du  droit    civil. 

'Quelques  écrivains  sont  dans  l'opinion,  qu'Ives  a  puisé  Douj.  ib.n.8. 
la  plus  grande  partie  de  son  ouvrage  dans  celui  de  Bou- 
chard de  Vomies,  si  l'on  en  excepte  la  seconde  et  la  pé- 
nultième partie.  Mais  d'autres  maintiennent  que  cela  ne 
paroît  vrai  qu'en  ce  que  l'un  et  l'autre  copient  les  mêmes 
canons  ou  décrets.  Il  seroit  après  tout  fort  difficile  de  l'en 
justifier  pleinement;  puisqu'on  le  voit  copier  ses  fautes, 
quelquefois  même  jusques  dans  les  titres.  Il  y  a  aussi  beau- 
coup d'apparence  qu'Ives  a  puisé  de  même  dans  Reginon , 
d'où  Bouchard  a  tiré  lui-même,  selon  M.  Baluze,  envi- 
ron six  cent  soixante-dix  chapitres  pour  enrichir  sa  compi- 
lation. 

Quelques  écrivains  du  nombre  desquels  est  D.  Beaugen- 
dre,  ont  voulu  ravir  à  Ives  de  Chartres  l'honneur  de  cet 
ouvrage,  pour  le  transférer  à  Hildebert,  évêque  du  Mans, 
puis  archevêque  de  Tours.  Ils  appuient  leur  prétention 
sur  ce  que  dit  Hildebert  dans  une  de  ses  lettres ,  où  il 
parle  d'un  recueil  de  décrets  qu'il  avoit  entrepris  de  ré- 
duire   en    un    volume ,   mais    que   ses    occupations    ne    lui 

Q  ij 


III  SIECLE. 


124  SAINT  IVES, 


avoient  pas  permis  d'achever,  (a)  D.  Beaugendre  conclut 
de-là  qu'il  faut  qu'Hildebert  ait  pour  le  moins  commencé 
Cet  ouvrage,  saltem  inchoaverit,  et  qu'Ives  de  Chartres, 
prélat  studieux  et  laborieux  y  aura  mis  la  dernière  main. 
Car,  ajoute  l'éditeur  d'Hildebert,  il  ne  tombe  pas  sous  le 
sens  que  deux  auteurs  assez  éloignés  l'un  de  l'autre,  ayent 
entrepris  le  même  ouvrage,  sans  se  communiquer,  et  se 
soient  tellement  rencontrés,  qu'ils  employent  les  mêmes 
paroles.  Pour  renverser  sans  ressource  cette  prétention , 
nous  n'avons  besoin   que  de  la    lettre  qu'on  nous  oppose   : 

Hiid.  op.  p.  123,  '  c'est  la  vingt-septième  du  second  livre.  Elle  a  été  écrite 
à  la  fin  de  l'an  4148,  ou  au  commencement  de  l'an  1119, 
sur  la  mort  de  Matbilde  reine  d'Angleterre,  arrivée  l'an 
-H  4  8.  Ces  époques  sont  certaines  et  établies  par  D.   Beau- 

ib.  p.  124,  not.  gendre  lui-même.  C'est  dans  cette  lettre  que  Hildebert 
parle  de  l'ouvrage  qu'il  avoit  entrepris,  et  que  ses  occu- 
pations ne  lui  avoient  pas  permis  d'achever.  L'ouvrage 
n'étoit  donc  point  achevé,  lorsque  Hildebert  écrivoit  à  la 
fin  de  4448,  ou  au  commencement  de  44-19.  Qu'on  nous 
dise  à  présent  comment  Ives  de  Chartres  mort  deux  ans 
auparavant,  c'est-à-dire  en  4  4  47,  pour  le  plus  tard,  a 
pu  mettre  la  dernière  main  à  l'ouvrage  d'Hildebert,  qui 
n'étoit  encore  que  commencé  à  la  fin  de  l'an  4448,  pour 
le  plutôt?  Ce  sont-là  de  ces  raisons  sans  réplique,  qui  dis- 
pensent d'en  ajouter    d'autres. 

Concluons  donc  que  c'est  à  tort  qu'on  a  voulu  faire 
honneur  à  Hildebert  du  décret  d'Ives  de  Chartres;  et  que 
si  l'évêque  du  Mans  a  composé  quelque  ouvrage  de  ce 
genre,  il  n'est  point  parvenu  jusqu'à  nous;  soit  qu'il  n'y 
ait   point  mis  la  dernière  main,   soit  qu'il  soit  perdu. 

Quant  au  prologue  du  décret  qui  se  trouve  à  la  lin  des 
lettres  d'Hildebert  dans  toutes  les  éditions  des  Pères,  et 
que  D.  Beaugendre  prétend  qui  appartient  à  l'évêque  du 
Mans,  nous  n'avons  encore  besoin  que  de  l'aveu  de  l'édi- 
teur, pour  renverser  cette  prétention.  Car  enfin , 'puisque 
ce    prologue,    comme   D.    Beaugendre    lui-même   en    con- 

(a)  Exceptiones  autem  decretorum  quas  in  utium  volamen  ordinare  dispnsui- 
mu*.  ad  suum  jLnem  nondumperduclœ  sunt  Opus  enim  hoc  libtrum  curUpectut 
dttiderat,  etc. 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  425       x„  siècle. 

vient,  ne  se  trouve  dans  aucun  manuscrit  d'Hildebert , 
quelle  raison  peut-on  avoir  de  le  lui  attribuer ,  et  de  l'en 
croire  auteur?  Ce  sera  apparemment  sur  le  fondement  de 
la  lettre  dont  nous  avons  parlé ,  que  nous  avons  fait  voir 
montrer  tout  le  contraire.  En  un  mot  l'ouvrage  d'Ives  de 
Chartres  étoit  fini  en  4  446;  et  celui  de  Hildebert  ne  Pé- 
trit pas  encore  en  H18,  lorsqu'il  écrivoit  la  lettre  vingt- 
septième.  Ainsi  il  est  évident  qu'Ives  n'a  pu  mettre  dans 
son  écrit  ce  qui  n'étoit  pas  encore  sorti  de  la  plume  de 
l'évèque  du  Mans. 

Nous  n'avons  que  deux  éditions  du  décret  d'Ives  de 
Chartres;  la  première  donnée  en  l'an  4  564  ,  par  Jean  du 
Moulin  docteur  en  droit  canon  dans  l'université  de  Lou- 
vain  ;  la  seconde  en  l'an  4647  à  Paris,  publiée  par  le  P. 
Fronteau  chanoine  régulier  de  sainte  Geneviève. 

3°.  De  tous  les  ouvrages  d'Ives,  le  plus  considérable 
et  le  plus  estimé  avec  raison  des  sçavans,  est  le  recueil  de 
ses  lettres. 

'Ces  lettres  sont  au  nombre  de  289,  en  y  compre-  ivo, ep. p.  1-124 
nant  une  charte  d'Ives,  et  une  (4  )  assez  longue  lettre  d'Hu- 
gues abbé  de  Pontigni  et  de  saint  Rernard,  à  Odon  abbé  de 
Marmoutier,  qu'on  trouve  à  la  fin  en  forme  d'appendice. 
Elles  ont  toutes  été  écrites  durant  son  épiscopat,  à  l'ex- 
ception de  la  287e  qu'il  écrivit  n'étant  encore  qu'abbé. 

Il  est  visible  que  celui  qui  a  pris  le  soin  de  dresser  ce 
recueil ,  n'y  a  pas  toujours  gardé  exactement  l'ordre  chro- 
nologique. Car  outre  que  la  287e  devroit  être  la  première 
pour  la  raison  qu'on  vient  de  voir,  il  y  en  a  plusieurs  au- 
tres déplacées.  Par  exemple ,  la  7e  à  Roscelin  n'a  été 
écrite  certainement  qu'après  plusieurs  de  celles  qui  la  sui- 
vent; puisque  l'auteur  avoit  déjà  plusieurs  années  d'épis— 
copat  lorsqu'il  l'écrivit.  Il  en  faut  dire  autant  de  la  25e 
au  pape  Urbain  II ,  n'ayant  été  écrite  qu'après  la  7e  année 
de  son  épiscopat.  Au  contraire  la  277e  qui  est  adressée  à 
Hildebert,    nouvellement    élu     évêque     du     Mans,     devroit 

(1)  II  parott  que  Juret  n'a  joint  cette  lettre  de  Hugues  de  Pontigni  et  de  saint 
Bernard  k  celles  d'Ives,  que  parce  qu'il  a  cru  que  l'évèque  de  Chartres,  dont  il  est 
parlé  dans  la  lettre,  n'est  autre  qu'Ives  lui-même.  Mais  c'est  une  méprise  certaine  ; 
car  l'évèque  de  Chartres  dont  il  est  question  dans  celte  lettre,  n'est  autre  que 
Geofroi  II.  successeur  immédiat  de  saint  Ives  dans  l'évêché  de  Chartres. 


m  siècle.       ^6  SAINT  IVES, 


être  placée  bien  plus  haut;  puisqu'elle  est  de  l'an  -1097. 
On  a  mis  à  la  tête  deux  lettres  du  pape  Urbain  II,  sur  l'or- 
dination d'Ives,  qui  servent  comme  d'introduction  à  toutes 
les   suivantes. 

Tous  les  sçavans  conviennent  que  ce  recueil  de  lettres 
est  un  des  plus  précieux  monumens  de  l'érudition  ecclé- 
siastique  que  nous  ayons  pour  la   fin  du  onzième  et   pour 

Baii.-23decp.287.  le  commencement  du  douzième  siècle.  M.  Baillet,  ce 
critique  célèbre,  en  parle  ainsi  dans  la  vie  de  l'auteur. 
»  On  a  dans  le  recueil  des  lettres  d'Ives  les  principaux 
t>  points  de  la  doctrine,  des  mœurs  et  de  la  discipline  de 
»  son  temps;  et  surfout  beaucoup  de  décisions  excellentes 
»  sur  divers  cas  de  conscience  et  sur  diverses  questions  de 
s  droit  qu'on  lui  proposoit.  On  y  voit  partout  une  con- 
»  noissance  profonde  des  affaires  de  l'église,  une  droiture 
»  de  cœur  merveilleuse,  une  science  et  une  capacité  de 
»  très-grande  étendue,  un  zèle  pour  la  pureté  de  la  foi 
>  et  des  mœurs,  et  pour  l'observation  des  canons,  tou- 
»  jours  fort  ardent,  mais  toujours  éclairé,  discret  et  lem- 
»  péré  par  une  modération  et  une  sagesse  admirables  .  »  Dès 

sig.  scri.  ecci.  c.  le  vivant  de  l'auteur,  '  Sigebert  en  a  parlé  comme  d'un  re- 

6  ' p' 1   '  cueil    de    lettres    fort    utiles;    et    spécifiant    la   soixantième 

écrite  en  \  099  à  Hugues  archevêque  de  Lyon  et  légat  du 
saint  siège  en  France,  il  dit  que  cette  lettre,  toute  courte 
qu'elle  est  pour  les  paroles,  est  remplie  de  citations,  de 
canons  et  d'autorités  des  saints  pères,  qui  la  rendent   très— 

Aib.chr.  par.  2,  p.  instructive.  '  Alberic  moine  de  Troisfontaines,  nous  repré- 
sente  ce  recueil  comme  un  ouvrage  qui  inspire  partout 
l'amour  du  bien  et  de  la  justice,   et   la  haine  du  mal  et  de 

Donnai,   tiist.de  l'injustice.   '   Entr'autres  livres  légués  vers  l'an  -H  50   à  la 
s' r'  cathédrale   de  Soissons    par    l'évêque    Anculfe,   on    marque 

le  décret  et  les  lettres  d'Ives  de  Chartres,  par  où  l'on  voit 
l'estime  que  ce  prélat  faisoit  de  l'un  et  de  l'autre  ouvrage. 
Il  seroit  à  souhaiter  que  nous  pussions  entrer  dans  le  dé- 
tail de  ce  qu'un  recueil  si  excellent  contient  au  moins  de 
plus  important  et  de  plus  curieux.  Mais  comme  cela  nous 
conduiroit  bien  au-delà  des  bornes  que  nous  nous  sommes 

Dupin,  12 sie.p.  3-  prescrites,  et  que  d'ailleurs  '  M.  Dupin  nous  a  prévenu 
là-dessus,  en  nous  donnant  une  notice  assez  exacte  du  con- 
tenu de  chaque  lettre,    nous  nous  contenterons  d'observer 


EVESUUE  DE  CHARTRES.  427       in  siècle. 

que  ce  qui  rend  encore  ce  recueil  plus  précieux,  ce  sont 
divers  points  de  l'histoire  tant  civile  qu'ecclésiastique  de 
France,  qu'on  chercheroit  inutilement  ailleurs. 

'C'est  dans  cette  source  qu'il  faut  surtout  puiser  les  ivo,  epist.  13,  n, 
principales  circonstances  et  les  suites  fâcheuses  du  funeste 
divorce  du  roi  Philippe  I,  avec  la  reine  Rerte  sa  légitime 
épouse,  et  de  son  scandaleux  mariage  avec  Bertrade  de 
Montfort  que  ce  Prince  avoit  enlevée  au  comte  d'Anjou 
son  mari  :  '  c'est-là  principalement  qu'on  peut  aussi  ap-  Ep.  189. 
prendre  les  raisons  d'état  qui  portèrent  le  roi  Louis  VI  à 
se  faire  sacrer  en  44  08,  non  à  Reims,  mais  à  Orléans. 
Il  y  a  même  quelques  lettres  qui  peuvent  beaucoup  servir 
pour  les  généalogies  de  diverses  anciennes  maisons  de 
France  ;  sçavoir  la  quarante-cinquième  pour  les  généalo- 
gies des  maisons  de  Meulent  et  de  Crespi  ;  la  cent  vingt- 
neuvième  pour  les  généalogies  des  maisons  de  Vendôme  et 
des  vicomtes  de  Blois  ;  et  la  deux-cent  onzième  pour  celle 
des  comtes  de  Flandres  et  des  comtes  de  Rennes. 

11  est  bon  d'ajouter  qu'il  y  en  a  deux  sur  l'eucharistie; 
sçavoir  la  deux  cent  cinquante-unième  à  Manassès,  évêque 
de  Meaux,  de  laquelle  MM.  de  P.  R.  ont  tirée  la  quatrième 
leçon  de  leur  quarante-troisième  office  du  saint  sacrement  ; 
et  la  deux  cent  qualrevingt-seplieme  à  Haiméri  abbé  d'An- 
chin,  où  il  décide  que  les  apôtres  reçurent  dans  la  dernière 
cène  le  corps  de  Jesus-Christ  passible  tel  qu'il  l'étoit  alors  : 
au  lieu  qu'actuellement  nous  le  recevons,  en  communiant, 
impassible  tel  qu'il  est  depuis  sa  résurrection.  Cette  der-  Bib.  s.  yin.  cen 
niere  lettre  a  paru  si  importante  à  Jean  Ulimier  prieur  des 
chanoines  réguliers  de  saint  Martin  de  Louvain,  qu'il  a  jugé 
à  propos  de  la  joindre  aux  traités  sur  l'eucharistie  de  Lan- 
franc,  d'Alger,  de  Guitmond,  d'Adelman  et  de  Pierre  le 
véitérable ,  dans  un  recueil  imprimé  à  Louvain  en  4  564 , 
in  8°  :  '  d'où  elle  a  passé  dans  la  bibliothèque  des  Pères  de  Bib.pp.t.  i.p.487- 
Margarin  de  la  Bigne,  et  encore  en  d'autres  recueils. 
'  Touchant  la  deux-cent  soixante-seizième  il  est  important  Mab.  an.  i.  72,  n. 

,    ¥  ,  j      T  3,  et  t.  5,  app.  p. 

de  sçavoir  que  ce  n  est  point  a  Jean  archevêque  de  Lyon,  682. 
comme    portent    les    imprimés,   mais   à    Josceranne    arche- 
vêque de   la    même    ville,   qu'elle  a  été   écrite.    Cette   re- 
marque est  nécessaire  pour  qu'on  ne  s'obstine  pas  à  vou- 
loir  grossir  le  catalogue   des   archevêques  de  Lyon,   d'un 


XII  SIECLE. 


1-2$ 


SAINT  IVES, 


Ducliesne.  t.  I,  p. 
271. 


Mab.  ann  I.  G9,  n 
59. 


El'. 


et  seqq. 


Le  Beuf,  dissert, 
sur  l'hist.  de  Paris, 
t    2,  p.  172. 


Pasq  Rech.  de   la 
Fr.  p.  880. 


Bili.  Bigot,  part.  2, 
p.  l«l. 


prétendu  Jean  qui  n'a  jamais  existé.  A  l'égard  de  la  deux 
cent  soixante-dix-septieme  dans  laquelle  saint  Ives  accuse 
Hildebert  nouvellement  élu  évêque  du  Mans,  d'avoir  mené 
une  vie  licencieuse  depuis  qu'il  eût  été  fait  archidiacre,  il 
est  encore  bon  de  sçavoir  que  François  Juret  dans  ses  notes 
sur  cette  lettre,  a  prétendu  que  ce  n'est  pas  à  Hildebert, 
comme  le  porte  l'imprimé  de  la  première  édition,  mais 
à  un  autre  nommé  Aldebert,  comme  le  porte  un  ancien 
manuscrit  de  saint  Victor,  que  cette  lettre  a  été  écrite. 
Mais  pour  réfuter  cette  prétention  de  Juret,  il  suffit  de 
remarquer  que  ce  n'est  pas  dans  la  seule  adresse  de  cette 
lettre  que  Hildebert  est  nommé  Aldebert;  '  puisqu'il  est 
encore  nommé  de  même  dans  une  des  poésies  de  Baudri 
son  contemporain  et  son  ami.  Au  reste  '  cette  lettre  ne 
sçauroit  préjudiciel'  en  rien  à  la  réputation  de  cet  illustre 
évêque  du  Mans  ;  puisque  tout  ce  qu'Ives  y  a  avancé  à 
son  désavantage,  il  dit  ne  le  sçavoir  que  de  ceux  qui  n'a- 
voient  voulu  ni  conseiller,  ni  consentir  à  son  élection,  et 
qui  étoient  ainsi  intéressés  à  le  décrier. 

Si  le  recueil  des  lettres  d'Ives  est  un  précieux  monu- 
ment de  son  érudition  ecclésiastique,  il  ne  l'est  pas  moins 
de  sa  modestie  et  de  son  humilité.  C'est  sans  doute  par  un 
effet  de  cette  modestie,  qu'écrivant  sa  vingt-huitième  let- 
tre au  roi  Philippe,  il  n'y  prend  point  d'autre  qualité  que 
celle  d'humble  clerc ,  ou  chapelain  de  sa  majesté.  '  Dans  le 
plus  grand  nombre  de  ses  autres  lettres,  il  ne  se  qualifie 
que  d'humble  ministre  ou  serviteur  de  l'église  de  Chartres. 

'On  voit  par  la  lettre  cent  dix-huitieme  que  ses  lumières 
sur  la  géographie  n'étoient  pas  fort  étendues,  et  qu'il  ne 
connoissoit  guéres  l'antiquité  des  métropoles  de  France, 
que  par  une  vue  superficielle  qu'il  avoit  jettée  sur  les  an- 
ciennes notices  des  Gaules. 

Il  ne  faut  pas  oublier  que  '  ses  lettres  ne  sont  pas  moins 
remplies  que  son  décret,  de  citations  des  pandectes.  du 
code,  des  novelles  et  des  instituts  de  Justinien. 

11  s'est  fait  trois  éditions  différentes  du  recueil  entier 
des  lettres  de  notre  saint  et  sçavant  prélat.  La  première 
parut  à  Paris  chez  Sebastien  Nivelle  ;  '  quelques  exem- 
plaires portent  en  \  584 ,  et  les  autres  en  \  585  :  je  ne 
sçai  s'il  n'y  en  a  pas  qui  portent  encore  en  4583;  '  puisque 

le 


EVESQUE  DE  CHARTRES.     .  429      X1I SIECLE. 


'  le  père  le   Long   marque  expressément    cette   date.  C'est  Le  Long,  Mb.  Fr. 
François  Juret  qui   a  donné  cette  édition  in  4°,  comme  on 
le  voit  par  son    épître  dédicatoire  sans   date  à  Pierre    Pi- 
thou.  Le  privilège   est  de  -1 578 ,  ce   qui  pourrait  porter  à 
croire  qu'il   y  en   avoit  déjà   eu   une  édition   précédente  : 
mais  il   est  certain   qu'il  n'y  en  a  point   eu  d'autre  avant 
celle-ci.    La  seconde  parut  aussi  à  Paris  chez  Sebastien  Cra-  Bib.  caum.  p.  a. 
moisy  en  4640  in  4°.  '  Lipen  la  met  dès  l'année  précédente  Lip.bib.  theoi.  t. 
4609.   Ce  fut  encore  Juret  qui  donna  cette  édition,  comme    ' 
il    paroît    par    une   nouvelle    épître    dédicatoire    adressée   à 
Jacques-Auguste  de   Thou    premier   président  du  parlement 
de  Paris.    Celle-ci  est   préférable  à  la  première  ;   car    outre 
que  Juret  y  a  corrigé  plusieurs  fautes ,   et  rempli  plusieurs 
lacunes  qui    se  trouvoient  dans  la  précédente,   il  y  a  joint 
de  sçavantes  observations  qui  en  éclaircissent   le   texte,   et 
servent  beaucoup  à  éclaircir  l'histoire  de  l'auteur,  et  à  faire 
connoître  les  personnes  à  qui  ses  lettres  sont  adressées.  Il 
y  a  aussi  des  notes   de  Jean-Baptiste  Souchet  qui  sont  un 
•supplément  à  ce  qui   manque  dans  celles  de  Juret.   '  Nous  Bib.  s.  vin.  cen 
sommes  redevables  de  la   troisième  édition  au  père  Fron- 
teau   chanoine  régulier   de   sainte    Geneviève,    qui   a   suivi 
en    tout   la    seconde    de   Juret,    dans  son    édition    générale 
des  œuvres  de  notre  prélat ,   publiée  à  Paris  chez  Laurent 
Cottereau  en  4647,  in  fol. 

Outre  ces  trois  éditions  du    recueil    entier,    il   s'en  est 
fait  plusieurs  autres    d'un    certain    nombre  de  lettres ,   soit 
réunies   ensemble,   soit    imprimées    séparément.  '  Nous    ne  Bar.  an.  noo,  etc. 
faisons   pas  ici   le   dénombrement   de    toutes  celles  qui  se 
trouvent  dans  '  les  annales  de  Baronius,   soit  dans    la  col-  çonc.  t.  io,p.486, 
lection  des   conciles;    le   détail   en   seroit   ennuyeux.    Nous 
dirons  seulement  '  qu'André  Duchesne  a  inséré  dans  sa  col-  £irctaesne, l-  4>  p 
lection    des    historiens    François    toutes    celles   qui    concer- 
nent l'histoire  de  France,  les  regardant  comme  des  monu- 
mens  et  des   originaux   excellens  pour  servir   à   l'histoire. 
Elles  sont  au  nombre  de  quarante-six. 

Une  des    plus  considérables    entre    celles   qui   sont  dans 
Duchesne,    est  la    489e    du    grand    recueil.  '  Cette   lettre  Le5i£nf-  blb-  Fr- 
qui    traite    du    sacre    et    du    couronnement    de    nos    rois , 
a  été  imprimée   séparément ,    premièrement   en    latin  sous 
ce  titre  :  De  consecratione  Ludovici  régis,  à  Sens  en   4  564  , 

Tome  X.  R 

1  t 


m  siècle.      130  SAINT  IVES, 

in  4°.  par  les  soins  de  Claude  Gousl  lieutenant  général  de 
la  même  ville,  et  puis  traduite  eu  François,  à  Chartres, 
eu  -1394  ,  aus>i  in  4°.  Cette  édition  Lrançoise  paroît  avoir  été 
i  l'occasion  du  sacre  dn  roi  Henri  IV.  La  même 
lettre  se  trouve  encore  t;int  en  latin  qu'en  françois,  dans 
le  cérémonial   françois   de   M.    Godefroi ,    t.    i,   p.    127   et 

Gow.apoi.p.  133-  430.  La  soixantième  écrite  en  l<>99  à  Hugues  arche- 
vêque de  Lyon,  au  sujet  des  investitures  des  évêques  et 
des  abbés,  qui  est  la  seule,  comme  on  l'a  vu  ci-dessus, 
que  Sigebert  ait  sp  a  été  imprimée  par  les  soins  de 

Melchior  Goldast,  entre  les  apologies  '1-  l'empereur  Henri 
IV.  que  le  même  Goldast  publia  à  Hanovre  en  104-1 .  Il 
est  bon  d'être  averti  que  l'archevêque  Hugues  lit  à  eette 
lettre  une  i  [ue  M.   Baluze  a  déterrée,   et  qu'il  nous 

a  donne  -es  Mtstellanea. 

On   a  vu    ci-devant    que    la    deux  cent   quatrevingt-sep- 

tieme    à    Haimeri    abbé    d'Ânchin,    a  été    imprimée,    aussi 

rément,   par   Ulimmier   et   par   Margarin    de  la  .BL'ne. 

L>mb.  bib.  t  2,  p.  >'ous  apprenons  de  '  Lambeeius  qu'on  conserve  dans  la 
bibliothèque  de  l'empereur  à  Vienne,  un  excellent  ma- 
nuscrit des  lettres  d'Ives  de  Chartres,  sur  lequel  il  dit 
qu'on  pourroit  corriger  quantité  de  fautes  qui  se  trouvent 
dans    les     imprimés.     Ce     niaiiu>erit     est     apparemment     le 

Po». t. s, p. sot.  même  que  celui  dont  parle  Possevin  'qui  se  gardoit  de  son 
temps   à   Vienne  chez   Wolfgand    I^izius,  et    dont  il  paroit 

Mùntf.bUo.p.  ii38,  qu'on  faisoit  une  estime  particulière.  Dom  Montfaucon 
indique  un  autre  manuscrit  qui  ne  contient  que  -74  let- 
-  ;  mais  qui  a  cela  de  particulier,  qu'on  lit  à  la  fin  une 
'•  rimée ,  qui  commence  ainsi  :  Alpha  et  oméga,  magne 
/'  «.  Si  c'est  notre  prélat  qui  a  lui-même  dresse-  l'ancien 
recueil  de  n?s  lettres,  comme  il  y  a  lieu  de  le  croire,  il 
pourroit  bien  y  avoir  ajouté  cette  prose  en  forme  d'épi- 
logue, pour  consacrera  Dieu  l'ouvrage  entier. 

Quelques  peines  que  lurei  se  soit  données  pour  ramasser 
tout'  lires  d'Ives,    il   lui  en   a  éebapé   trois    qui   mé- 

ritent d'être  jointes  aux  autres,  lorsqu'on  en  fera  une  nou- 
I  lion.   Ces  lettres  sont   la  vingtième  du  second   livre 
de  celles   de  Geofroi   de    Vendôme,    où    il    est   traité    de   la 
ration    de   l'eitrême-onction  ;   une  autre  au    pape   Pas- 
cal II,  en  faveur  de  l'abbaye  de  saint  Pierre  de  Chartres,  que 


BVESQ1  E  DE  CHARTRES.  L5< 


III  SIECLE. 


ri [i         .    a  tirée  de  l'abbaye  d'Evron  dan?   le  Maine, 

et  qu'il  a  insérée  dans  ses  notes  sur  Lanfranc,  p.  360  ;  et 
enfin  '  une  à  Adèle,  comtesse  de  Blois,  sur  le  dessein  qu'a-  Msb.  dipi.  p     m 
voit  cette  princesse  de  rétablir  l'ancien  m<  de  saint  so*'*"'1'6 

Martin   en  vallée.    Dom    Mabillon    nous   a    donné   cette  der-- 
niere    non    seulement    imprimée,    mais    en''  vée    sur 

iial.    dans  -  and    ouvrage    de    la    diplomatique. 

Sanderus    j .  « i      d'une   quatrième   lettre  sur  les   mystères  ont.  bs 
de  la  messe,  qui  se  trouve  parmi  les  manuscrits  de   l'ab-  P"1-?-42- 

de  saint  Arnaud  :  a  lis  i  inun<  il  n'en  dit  rien  de 
plus ,  nous  ne  pouvons  point  en  donner  une  plus  ample 
notice. 

Outre  les  lettres   qui    :  le    recueil    de 

luret,  il  y  manque  aussi  trois  chartes  de  notre  prélat.  '  La  bt.  h   >■-  r    - 

•    en    faveur    des  -    de  PreuTP-8- 

Bourgmoyen  à  Blois,  est  datée  de  Chartres  le  24  Juin 
1-109  :  eue    est   remarquable  en  ce  q  'autres  témoins, 

elle  fut  souscrite  par  le  grand  saint  Anselme  archevêque  de 
Cantôrberi ,  qui  par  conséquent  étoit  alors  à  Chartres.  On 
est    n  tte   pièce  \   Jean   Bei   iei   qui   nous    l'a 

donnée    parmi    le.-  preuves    de   son    histoire    de  Blois.       La  *ub.  an.  t.  5,  app. 
seconde  est  la  charte  de  fondation  de  l'abbaye  de  Tiron  ,  en  p-680*881- 

er  -I -MO,  écrite      in  l'église  1res . 

et  à  laquelle  Ives  souscrit  le  premier.    Le 

début  de  cette  lettre  est  un  récit  des  I  apparitions 

extraordinaires,    qui   précédereul  l'arrivée    a   Chartres  du  B. 
ird,   fondateur  et  institi.'  cette  maison,    qui  étoit 

venu  demander  à  Ives  et  à  moines  le  fonds  sur  le- 

quel  il    vouloit    la    bâtir.    On    voit    dans    les   souscripti 
quelles  étaient  alors   les   dignités,    établies    dans    l'église   de 
Chartres,    qu'il   y   avoit    •  -    et   plusieurs   pré- 

vôts.   Dom   Mabillon    l'ayant  laire   de 

Tiron ,   lui  a  donné    :  irrni    les    pièces  qui   composent 

l'appendice  du  cinquième  tome  de   -  -    Annales.       La    troi-  Guib.  not  p  ?*i 
sieme  charte  est    un   acte   public   en  faveur  de  l'abbaye  de 
Bonneval,   adressé   a    l'abbé   Bernier;  que  D 
publié  à  la   fin  de  ses  not'  Nogent. 

On  peut  aussi  compter  parmi  les  omissions  du  recueil  de 
lettres,  donné  par  luret,      deux  sentences  dlves,   que  la  -  :      '  poolls, 
ques  Petit  a  fait  imprimer  à  la  suite  du  pénitentiel  de  - 

R  ij 


m  siècle.      432  SAINT  IVES, 

Théodore  archevêque  de  Cantorberi.  La  première  est  une 
sentence  qu'Ives  prononça  contre  trois  prévôts  de  sa  ca- 
thédrale, qui  vexoient  beaucoup  les  chanoines  leurs  con- 
frères et  les  pauvres.  La  seconde  est  un  jugement  qu'il 
rendit ,  comme  commissaire  du  légat  apostolique  Hugues 
archevêque  de  Lyon,  sur  le  différend  qui  étoit  alors  entre 
les  moines  de  Marmoutier-lez-Tours ,  et  ceux  de  saint 
Martin  des  Champs  à  Paris,  pour  la  possession  de  l'église 
d'Hienville ,  située  dans  la  paroisse  du  Puiset ,  au  diocèse 
de  Chartres.  Par  ce  jugement  l'église  d'Hienville  fut  pour 
toujours  adjugée  aux  moines  de  saint  Martin  des  Champs, 
et  ceux  de  Marmoutier  furent  absolument  déboutes  de 
leurs  prétentions. 

du  cange,  gi.  n.  '  Enfin  on  pourroit  encore  ajouter  aux  lettres  d'Ives  de 
Chartres,  le  règlement  qu'il  fit  en  faveur  de  sa  cathédrale, 
dont  il  est  parlé  dans  le  nécrologe  de  la  même  église  en 
ces  termes  :  Junioratus  omnes  hujus  Ecclesiœ  et  precarias 
in  communes  redegit  usus,  et  eas  in  posterum  personis  dis- 
tribui  tam  suo  quam   apostolico    privilegio,    vetuit.  Il   paroi t 

ibid.  1 1. 5,  p. 803.  par  '  l'explication  que  M.  du  Cange  donne  des  mots  de  ju- 
ninratus  et  de  precaria ,  que  saint  Ives  régla  que  tous  les 
vicariats  dépendans  de  sa  cathédrale,  et  toutes  les  corvées 
qui  leur  étoient  dues  entreroient  dans  la  manse  commune, 
et  que  personne  n'en  seroit  plus  dorénavant  pourvu  à  titre 
de  personat  ou  de  bénéfice.  Il  eut  soin  de  faire  confirmer 
ce  règlement  par  un  rescrit  du  pape  :  mais  il  ne  paroît  pas 
que  ni  l'un  ni  l'autre   soient  venus  jusqu'à  nous. 

Pour  revenir  au  recueil  imprimé  des  lettres  d'Ives ,  une 
preuve  certaine  qu'il  ne  contient  peut-être  que  la  moindre 
partie  de  celles  qu'il  écrivit  pendant  son  épiscopat,  c'est 
que  presque  toutes  les  lettres  qui  composent  le  second 
livre  de  celles  de  Geofroi  de  Vendôme,  sont  adressées  à 
ce  prélat.  Cependant  il  n'y  en  a  qu'une  seule  de  lui,  sça- 
voir  la  vingtième  du  même  livre.  Est-il  vraisemblable  qu'I- 
ves n'ait  fait  que  cette  seule  réponse  à  Geofroi,  et  qu'il 
ait  gardé  le  silence  sur  les  autres  lettres  de  cet  abbé. 

sand.  wb.  Beig.  'Avant  que  de  finir  cet  article;  il  est  à  propos  de  re- 
marquer, afin  qu'on  ne  multiplie  pas  sans  sujet  les  écrits 
de  l'évêque  de  Chartres,  que  l'ouvrage  ainsi  intitulé  dans 
un  manuscrit   de  l'abbaye  de  saint  Amand,  Ivonis  Carnot, 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  435      msiKlt. 

de  excommunicatis ,  nisi  denunciati  fuerint ,  non  vitandis, 
n'est  autre  chose  que  sa  cent  quatrevingt-sixieme  lettre  à 
Laurent  moine  de  la  Charité,  où  ce  point  de  discipline 
ecclésiastique  est  expressément  prouvé. 

4°.       Après   les  lettres  d'Ives ,    on  nous    a   donné  dans  i™,  serm.  p.  M9- 
l'édition  de  ses  œuvres  de   4647,  un  recueil    de  ses  ser- 
mons qui  sont  au  nombre  de  vingt-quatre. 

Les  six  premiers  sont  plutôt  des  opuscules  ou  des  trai- 
tés particuliers,  que  de  simples  sermons.  Aussi  '  l'auteur  Ep.  231. 
lui-même  citant  le  cinquième,  où  il  traite  des  rapports 
qui  se  trouvent  entre  l'ancien  et  le  nouveau  sacerdoce,  ne 
l'appelle  point  autrement  qu'un  livret  :  In  libella,  dit-il, 
quem  composui  de  convenientia  veteris  et  novi  saeerdotii. 
C'est  de  même  sous  le  titre  de  livres  ou  traités  qu'ils  sont 
presque  toujours  désignés  dans  les  manuscrits.  Par  exemple, 

dans  un  manuscrit  de  l'abbaye  de  Liessies  en  Hainault,  sand.ib.  par.  î,p. 
ils  sont  ainsi  indiqués  :  De  sacramenlis  dedicationis  liber 
unus ;  de  sacris  ordinibus  liber  unus,  etc.  Cependant, 
comme  il  est  porté  que  les  trois  premiers  ont  été  pro- 
noncés en  plein  synode ,  on  ne  peut  douter  que  ce  ne 
soit  autant  de  discours  que  notre  pieux  et  sçavant  prélat  a 
prononcés  pour  l'instruction  de  son  clergé,  non  tant  en 
forme  de  sermons,  que  de  leçons  d'un  maître  à  ses  dis- 
ciples. 

Comme  ces  six  premiers  sermons  ou  petits  traités  sont 
des  plus  considérables  de  tous,  et  qu'ils  paroissent  avoir 
fait  beaucoup  d'honneur  à  notre  prélat,  nous  ne  pouvons 
nous  dispenser  d'en  donner  une  notice  au  moins  géné- 
rale. 

'  Dans  le  premier  qui  est  intitulé  de  sacramentis  neo-  ivo,  serm.  p.  259- 
phytorum,  l'auteur  après  avoir  parcouru  les  mystères  opé- 
rés dans  les  six  premiers  âges  du  monde,  et  avoir  marqué 
l'institution  du  baptême,  s'applique  à  expliquer  toutes 
les  cérémonies  que  l'église  employoit  dans  l'administra- 
tion de  ce  sacrement,  et  à  en  développer  les  sens  mys- 
térieux et  spirituels;  ce  qu'il  fait  avec  beaucoup  de  lumière, 
d'ordre  et  de  netteté.  '  Dans  le  second  qui  a  pour  titre  de  p.  282  ses. 
excellentia  sacrorum  ordinum,  et  de  vita  ordinatidorum , 
après  avoir  marqué  quels  sont  les  signes  d'une  vraie  voca- 
tion à  la  cléricature ,  et  expliqué  ce  que  signifie  le  mot  de 
1  1  * 


XII  SIECLR. 


4  34  SAINT  IVES, 


clerc,  il  explique  en  détail  ce  qui  regarde  les  sept  ordres 
ecclésiastiques  de  portier,  de  lecteur,  d'exorciste,  d'aco- 
lythe,  de  soudiacre,  de  diacre  et  de  prêtre;  marquant 
avec  beaucoup  d'exactitude  les  fonctions  de  chaque  ordre, 
et  les  obligations  de  ceux  qui  y  sont  promus  :  il  prétend 
de  plus  qu'il  n'y  a  aucun  de  ces  sept  ordres,  que  Jesus- 
Christ  lui-même  n'ait  en  quelque  sorte  exercé  en  personne 

p.  265, 1.  pendant  sa    vie   mortelle.   Il  est  remarquable  que  '    distin- 

guant les  prêtres  des  évèques,  il  dit  que  les  premiers  sont 
les  successeurs  et  les  vicaires  des  soixante-dix  disciples  de 

p.  265-268.  Jesus-Christ ,  et   les   seconds   les  successeurs  des    apôtres. 

Dans  le  troisième,  intitulé  de  significationibus  indumento- 
rum  sacerdotal  i  um ,  après  avoir  parlé  de  l'origine  des  ha- 
bits sacerdotaux  qu'il  dit  avoir  été  institués  sur  le  modèle  de 
ceux  de  l'ancienne  loi,  il  en  donne  des  raisons  mystiques, 
et  s'étend  sur  les  vertus  représentées  et  figurées  par  ces 
saints  vêtemens.  On  y  voit  que  les  habits  des  diacres,  des 
prêtres,  des  évêques  et  des  cardinaux-prêtres,  étoient 
alors  les  mêmes  que  ceux  dont  ils  se  servent  encore  à  pré- 
sent, quoique  la  forme  en  ait  été  changée  par  la  suite  des 
temps.  En  lisant  ces  trois  premiers  sermons,  on  s'apperçoit 
qu'ils  sont  une  suite  l'un  de  l'autre;  que  le  second  sup- 
pose le  premier,  et  que  le  troisième  est  un  supplément  de 
ce  qui  manque  dans  le  second. 

p. 269-272.  'Le  but    du    quatrième  qui  a    pour    titre,    de    sacramen- 

tis  dedicationis ,  est  de  montrer  que  toutes  les  cérémonies 
religieuses  que  l'église  emploie  dans  la  consécration  de  ses 
temples  matériels ,  ne  sont  que  des  images  mystérieuses 
de  ce  qui  se  fait  par  le  baptême  dans  la  consécration  des 
temples  spirituels,  qui  sont  les  fidèles.  C'est  un  sermon  qui 
est  assurément  digne  des  lumières  et  de  la  piété  de  l'auteur. 

p. 273-284.  '  Le  cinquième  intitulé  de  convenientia  veteris  et  novi   sacri- 

/ïm  (il  faut  lire  sacerdotii)  est  un  véritable  traité  où  l'auteur 
s'étend  beaucoup  à  prouver  que  le  sacerdoce  de  l'ancienne 
loi  n'a  eu  d'autre  fin  que  de  figurer  et  représenter  celui  de  la 
nouvelle,  et  que  le  culte  grossier  que  la  synagogue  rendoit  à 
Dieu,  n'étoit  qu'un  tableau  du  culte  vraiment  religieux  que 
l'église  lui  rend  aujourd'hui.  Ce  discours  suffiroit  seul  pour 
nous  convaincre  qu'Ives  a  été  de  son  temps  un  des  sçavans  les 
plus  profonds  dans  l'intelligence  des  grands  mystères  conte- 


EVESQLIE  DE  CHARTRES.  455       X11 S1ECLE 

nus  dans  les  écritures  de  l'un  et  l'autre  testament.  '  Enfin  le  p.  284-286. 
dessein  du  sixième  qui  a  pour  titre  cur  Deus  natus  et  passus  est? 
est  de  prouver  la  nécessité  de  l'incarnation  et  de  la  mort  du 
Fils  de  Dieu.  Le  principal  raisonnement  dont  l'auteur  se  sert 
pour  cela,  est  que  si  Dieu  avoit  sauvé,  comme  il  le  pouvoit, 
l'homme  pécheur  par  sa  seule  volonté  et  sans  le  sacrifice  de 
son  Fils,  il  auroit  à  la  vérité  manifesté  sa  puissance  qui  est  sans 
bornes;  mais  il  n'auroil  pas  satisfait  à  sa  souveraine  justice, 
qui  demandoit  d'une  part  que  le  pécheur  ne  demeurât  pas 
impuni,  et  de  l'autre,  que  le  diable  ne  fût  pas  privé  des 
droits  qu'il  avoit  acquis  sur  l'homme,  par  la  victoire  qu'il  avoit 
remportée  sur  lui,  sans  avoir  mérité  d'en  être  dépouillé.  Ives 
développe  et  étend  ce  raisonnement,  et  ajoute  plusieurs 
choses  qui  font  voir  qu'il  étoit  aussi  habile  dans  les  matières 
théologiques  ;  que  versé  dans  celle  du  droit.  Ives  paroît 
avoir  composé  ce  sixième  discours  qui  est  beaucoup  plus 
court  que  les  précédons,  et  qui  n'a  aucun  air  de  sermon, 
sur  le  modèle  du  célèbre  traité  de  saint  Anselme ,  Cur  Deus 
homo?  Nous  pouvons  ajouter  que  cet  écrit  de  l'évêque  de 
Chartres  n'est  qu'un  précis  et  un  abrégé  de  celui  du  saint 
archevêque  de  Cantorberi. 
'  On  conserve    dans    la  bibliothèque    du    roi    d'Angleterre  Bib.  reg.  Angi.  p. 

,  ...         r        ■      r  »  ■  ■       j     P-  152.  vin.  12. 

un  manuscrit  qm  porte  en  tête,  lvonis  tarnot  episcopi ,  de 
sacrarnentis  ecclesiasticis,  libri  quatuor.  Ces  quatre  livres  ne 
seroient-ils  pas  les  quatre  premiers  sermons  d'Ives  dont 
nous  venons  de  parler?  Ce  sont  en  effet  comme  quatre 
livres  particuliers  auxquels  ce  titre  peut  fort  bien  conve- 
nir, en  entendant  par  les  mots  de  sacremens  de  l'église,  non 
ce  que  nous  appelons  proprement  les  sept  sacremens  de 
l'église,  mais  en  général,  comme  fait  notre  auteur ,  tous 
les  signes  sacrés  que  l'église  emploie  dans  ses  cérémonies, 
et  dans  tout  le  culte  extérieur  qu'elle  rend  à  Dieu.  Ce  sont  sand  par.i,p.359, 

n  .  .1    Montf.    bib.   p. 

encore  apparemment  ces  quatre  premiers  sermons  qui  sont  1359,  etc. 
aussi  désignés   sous  le  nom  '  d'un  livre  des  sacremens,  dont  Mab.  ann.  t.  3,  p. 

3-iR 

il  est  fait  mention  dans  plusieurs  bibliographes ,  et  dont 
Gui  évêque  du  Mans  fit  présent  vers  l'an  4-150  à  sa  ca- 
thédrale, avec  le  décret  de  notre  Ives  de  Chartres  :  Eccle- 
siœ  nostrœ,  dit  l'auteur  de  la  vie  de  l'évêque  Gui,  dé- 
créta cum  libro  de  sacrarnentis ,  quœ  Ivo ,  Carnotensis  episco- 
pus ,   abbreviavit ,    noscitur   cotUulisae,    Peut-être   néanmoins 


XII  SIECLE. 


4  36 


SAINT  1VES, 


Iyo,  serm.  p.  286- 
304. 


P.  293,  1. 


que  ce  livre  des  sacremens  n'est  autre  chose  que  le  pre- 
mier sermon  de  sacramentis  neophitorum.  Après  cette  petite 
digression  qui  étoit  nécessaire,  revenons  à  notre  sujet. 

'  A  l'égard  des  dix-huit  autres  sermons  de  notre  prélat , 
il  y  en  a  quinze  qui  sont  des  instructions  courtes,  mais 
lumineuses  et  solides,  sur  les  principales  fêtes  de  l'année, 
sçavoir  l'Avent,  la  Nativité  du  Seigneur,  la  Circoncision, 
la  Purification ,  la  Septuagésime ,  le  commencement  du 
jeûne,  ou  le  mercredi  des  Cendres,  le  Carême,  l'Annon- 
ciation, le  dimanche  des  Rameaux,  la  cène  du  Seigneur, 
ou  le  jeudi  saint,  Pâques,  l'Ascension,  la  Pentecôte,  et 
la  chaire  de  saint  Pierre.  Les  trois  derniers  sont  des  ins- 
tructions sur  l'oraison  Dominicale,  sur  le  symbole  des  Apô- 
tres, et  sur  les  habits  adultérins  ou  mondains,  tant  des 
hommes  que  des  femmes.  '  On  apprend  de  l'un  de  ces 
sermons  que  la  loi  de  la  continence  pendant  le  carême, 
pour  les  personnes  mariées,  étoit  encore  alors  en  vigueur, 
au  moins  dans  l-'église  de  France.  Le  commencement  de 
celui  de  la  cène  du  Seigneur  a  paru  si  important  à  MM. 
de  P.  R.  qu'ils  en  ont  fait  la  cinquième  leçon  de  leur  of- 
fice quarante-troisième  du  saint  sacrement.  Il  est  bon  d'être 

Bjb.  reg.  Angi.  p.  averti  que  '  dans  un  manuscrit  du  roi  d'Angleterre,  celui 
de  l'avent  a  pour  litre,  de  distinctione  adventus  Domini; 
parce  qu'en  effet  ce  sermon  traite  du  double  avènement  de 
Jcsus-Clirist  dans  l'humilité  de  sa  chair  mortelle  dans  la 
plénitude  des  temps,  et  dans  toute  la  gloire  de  sa  majesté 
divine  à  la  fin  des  temps. 

Le  premier  qui  a  entrepris  de  donner  au  public  les  ser- 
inons d'Ives,  est  Melchior  Hittorpius,  qui  fit  entrer  les 
vingt-un  premiers  dans  son  recueil  d'anciens  écrits  sur  la 
liturgie,     imprimé   à     Cologne    chez    Gervin    Calenius     en 

Bib.  Th.  2,  p.  702.  4  568.  in-fol.  '  et  réimprimé  à  Rome  en  4594.  et  à  Paris 
en  4624.  Dans  ce  recueil  ils  ont  pour  titre  :  B.  Ivonis 
Carnot.  episcopi,  de  ecclesiasticis  sacramentis  et  officiis,  de 
prœcipuis  per  annum  festis ,  sermones  nunc  primum  editi. 
Ce  titre  confirme  la  remarque  qu'on  a  déjà  faite,  que  le 
livre  ou  les  quatre  livres  des  sacremens,  qui  dans  quelques 
manuscrits  portent  le  nom  d'Ives,  ne  sont  que  le  premier 
ou  les  quatre  premiers  de  ses  sermons.  Du  recueil   d'Hit— 

Bib.  s.  vin.  cen.     torpius,  'les  mêmes  sermons  sont  passés  dans  l'édition  gé- 

générale 


152,   VIII,    13. 


Bib.  mini,  cen 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  437       Xu  siècle. 

nérale  des  œuvres  d'ives,  faite  à  Paris  en  4647  par 
les  soins  du  père  Fronteau;  l'éditeur  y  a  ajouté  trois 
autres  sermons,  dont  le  premier  qui  est  sur  les  habits  adul- 
térins, avoit  déjà  été  publié  par  Jurct  sur  un  manuscrit 
de  saint  Victor,  à  la  suite  des  lettres  de  notre  respectable 
prélat. 

Les  vingt-quatre  sermons  qui  se  trouvent  dans  l'édition  du 
père  Fronteau,  ne  sont  pas  les  seuls  qu'lves  ait  composés. 
'Les    derniers    éditeurs    de    saint    Augustin    nous    armrcn-  Aug.serm.  app.  p. 

.1  •  3G8. 

nent  que  le  sermon  pour  un  martyr,  qui  commence  par 
ces  mots  :  Triutnphalis  b.  Martyris  N.  lui  appartient.  Ce 
sermon  qui  dans  le  bréviaire  Romain  porte  le  nom  de  saint 
Augustin,  étoit  ci-devant  le  quarante-quatrième  parmi  ceux 
que  ce  saint  Docteur  a  composés  pour  les  Saints;  et  il  est 
maintenant  le  deux  cent  vingt-troisicme  dans  l'appendice 
du  troisième  tome  de  ses  œuvres.  Les  mêmes  éditeurs  nous 
avertissent  qu'ils  l'ont  trouvé  dans  un  ancien  manuscrit  de 
l'abbaye  de  saint  Germain-des-Prés ,  où  il  tient  le  milieu 
entre  les  autres  sermons  d'ives  de  Chartres. 

11  est  bon  de  remarquer  que  ce  sermon  n'est  pas  le  seul  en- 
tre ceux  qui  appartiennent  certainement  à  notre  bienheu- 
reux prélat,  auquel  on  ait  fait  l'honneur  de  le  regarder 
comme  une  production  de  saint  Augustin.  Il  y  en  a  trois 
autres  de  lui  dans  le  môme  appendice;  sçavoir,  le  soixante- 
quatrième  qui  est  son  sermon  vingt-deuxième  sur  l'oraison  do- 
minicale; le  soixante-quatorzième,  qui  est  son  sermon  vingt- 
quatrieme  sur  les  habits  adultérins,  et  le  deux  cent  quaran- 
te-septième, qui  est  son  sermon  sixième  :  Pourquoi  Jesus- 
Christ  est  né  et  a  souffert?  Les  Bénédictins  dans  Verrata 
de  leur  onzième  tome  de  saint  Augustin,  disent  que  ces 
trois  sermons  se  trouvent  dans  l'édition  du  perc  Fronteau, 
avec  quelques  fautes  qui  sont  corrigées  dans  leur  appen- 
dice du   cinquième  tome  de  saint  Augustin. 

Outre  le  sermon  d'un  martyr,  faussement  attribué  à  saint 

Augustin  ;    Ives   en    a    encore   composés    trois    autres,    qui 

n'ont  jamais  vu  le  jour.    Le  premier  est  sur  la  croix,  et  se  niii.reg.Angi.il). 
.  j         ,  *  ■-      i.  '  jtà       I Cal-  n,ss-  Ane'- 

trouve  dans  deux  manuscrits;  1  un  appartenant  au  roi  d  An-  fMr. 4,  n.  gcj. 

gleterre,    et   l'autre  à  Thomas  Theycr  à  Londres  ;  '  le   se-  sand.  it>.  part.  î, 

cond  est  sur  la  fêle  de  samt  Jean  1  Lvangehste,  qui  se  trouve  ,..  359. 

aussi    dans  deux   manuscrits,  l'un  de  l'abbaye  de  Cambron, 

Tome  X  S 


III  SIECLE. 


438  SAINT  IVES, 


64 


p.  9,  10. 


Momf. bib.  bib.  p.  et    l'autre    de    l'abbaye  de    Lobbes   en    Hainaut.  '  Le    troi— 

511)   B  a 

sieme  est  sur  les  noces  de  Jcsus-Christ,  et  se  trouve  dans 
un  manuscrit  indiqué  par  Dom  Montfaucon. 

Si   nous    nous    en   rapportions  aux   conjectures   de    Jean 
Prévost  cbanoine  de   l'église    de  Rouen,   nous   serions  por- 
tés à    croire   qu'Ivcs  de    Chartres   seroit  encore  auteur  des 
joh.  Abr.  de  off.  '  six  autres  sermons  sur  les  devoirs  des  pasteurs,  nue  le  mê- 

eccl.  p.  411-487.  .  _  ,,..»„  .^.-^      .    , 

me  Jean  Prévost  a  publie  a  Rouen  en  \ol\),  a  la   suite  du 
traité   des  offices   de   l'église   de   Jean  évêque    d'Àvranche, 

Hist.  mt.  t.  8,  p.  dans  la  suite  archevêque  de  Rouen,  '  dont  on  a  parlé  en  son 
lieu. 

Joh.  Abr.  ib.  praef.  '  Ces  sermons  s'étant  trouvés  sans  nom  d'auteur,  dans  un 
manuscrit  de  la  bibliothèque  de  MM.  Bigot,  ancien  de 
cinq  cent  ans,  Jean  Prévost  a  conjecturé  qu'ils  pouvoient 
bien  être  d'Ives  de  Chartres  :  les  raisons  qu'il  en  allègue 
sont,  \°.  que  ce  même  manuscrit  contient  trois  sermons 
du  même  prélat,  qui  ont  déjà  paru  plusieurs  fois  sous  son 
nom.  2°.  Que  le  style  et  la  manière  de  penser  de  l'auteur 
de  ces  six  sermons,  sont  fort  semblables  au  style  et  à  la  ma- 
nière de  penser  d'Ives,  dans  les  sermons  qui  sont  indubi- 
tablement de  lui,  et  sur-tout  dans  celui  qu'il  a  fait  sur  la 
chaire  de  saint  Pierre.  5°.  Enfin  qu'on  ne  peut  nier  qu'ils 
ne  soient  de  quelque  évoque,  puisque  l'auteur  y  parle  à  ses 
prêtres,  comme  étant  leur  supérieur,  et  chargé  en  cette 
qualité  de  répondre  à  Dieu  de  leur  conduite  :  ce  qui  fait 
voir  que  ce  sont  des  discours  synodiques. 

Mais  à  ces  raisons  qui  paroissent  avoir  quelques  vraisem- 
blance, on  en  oppose  d'autres  qui  n'ont  pas  moins  de  force 
pour  la  combattre.  Car,  dit-on,  -1°.  si  ces  six  sermons  étoient 
véritablement  d'Ives  de  Chartres,  est-il  possible  que  dans 
cette  multitude  prodigieuse  de  manuscrits  de  ses  ouvrages 
qui  se  conservent  encore  aujourd'hui  dans  les  bibliothèques, 
il  ne  s'en  trouvât  pas  au  moins  quelques-uns  où  ces  sermons 
lui  fussent  expressément  attribués?  2°.  On  a  vu  ci-devant 
que  les  trois  premiers  de  ces  vingt-quatre  sermons  impri- 
més, sont  des  discours  synodiques,  dont  le  but  est  d  ins- 
truire à  fonds  ses  ecclésiastiques  sur  tout  ce  qui  regarde  leurs 
fonctions  et  leurs  devoirs  :  cela  étant ,  quelle  appa- 
rence y  a-t-il  qu'il  ait  voulu  composer  six  autres  discours 
synodiques  sur  la  même  matière,  où  il  n'auroit  presque  fait 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  ^59 


XII  SIECLE. 


que  répéter  ce  qu'il  auroit  dit  dans  les  précédcns?  On  sçait 
qu'en  fait  d'instructions  synodiques,  ce  n'est  pas  la  coutume 
des  évêques  de  les  multiplier  sur  le  même  sujet  sans  néces- 
sité. 4°.  11  faut  bien  remarquer  que  l'auteur  de  ces  six  ser- 
mons ne  manque  point,  à  la  tête  de  chacun,  de  prendre  un 
texte  de  l'écriture  pour  sujet  de  tout  son  discours;  or  c'est 
ce  que  ne  fait  jamais  Ives  de  Chartres  dans  aucun  des  ser- 
mons qui  sont  certainement  de  lui.  On  voit  par-là  que  si  le 
style  de  l'auteur  des  six  sermons  en  question,  a  quelque  res- 
semblance avec  celui  de  notre  prélat,  au  moins  il  y  a  une 
différence  considérable  dans  la  méthode  de  prêcher  de  l'un  et 
de  l'autre.  Quant  à  ce  que  dit  Jean  Prévost,  que  la  manière 
de  penser  de  l'auteur  de  ces  sermons ,  est  fort  çemblable  à 
la  manière  de  penser  d'Ives  ;  nous  ne  voyons  pas  quelle 
induction  on  peut  tirer  de-là.  Car  l'évêque  de  Chartres  n'a- 
voit  pas  une  manière  de  penser  qui  lui  fut  propre  et  parti- 
culière. Dans  ce  temps-là  il  n'y  avoit  presque  qu'une  ma- 
nière de  penser  sur  tous  les  points  conctrnans  la  religion, 
et  ce  n'a  été  que  depuis  Ives,  que  l'église  a  eu  la  dou- 
leur de  se  voir  inondée  d'une  multitude  d'opinions  diffé- 
rentes, tant  sur  le  dogme  que  sur  la  morale  et  la  discipline. 

Au  reste,  quel  que  soit  l'auteur  de  ces  six  sermons,  on 
voit  que  c'étoit  un  homme  judicieux,  très-versé  dans  l'é- 
tude de  l'écriture ,  des  pères  et  des  conciles  ,  qui  avoit  de 
la  piété,  du  discernement  et  une  grande  connoissance  de 
toutes  ses  obligations;  il  écrivoit  assez  bien  pour  le  temps 
où  il  vivoit.  Tous  ces  caractères  joints  à  d'autres  circons- 
tances ,  nous  font  naître  la  pensée  que  ces  sermons  pou- 
voient  bien  être  d'Hildcbert  évêque  du  Mans.  C'est  ce  que 
nous  pouvons  examiner  dans  l'article  du  dernier.  LYe/suTv  X''  r' 

5".  '  Le  dernier  ouvrage  qu'on  nous  a  donné  sous  le  nom  ivo.  cbr.  p.  3oa- 
d'Ives,  dans  l'édition  de  ses  œuvres  de  l'an  4  647,   est    une 
courte   chronique   des    rois  de    France,    qui    commence    à 
Pharamond  et  finit  à  Philippe  I. 

Il  est  surprenant  que  François  Jurct,  qui  le  premier  à 
tiré  cette  chronique  de  la  poussière  des  bibliothèques,  ne 
se  soit  pas  apperçu  qu'elle  ne  sçauroit  être  de  notre  pré- 
lat. La  preuve  en  est  certaine,  puisqu'il  est  parlé  de  Henri  I 
roi  d'Angleterre,  comme  d'un  prince  qui  étoit  alors  dans 
la  50#  année  de  son  règne.  Or  la  30e   année  du  règne  de 


III  SIECLE. 


HO 


SAINT  IVES, 


Cave,  p.  541,  2.  | 
Oud.  t.  2,  p.  875 


ce  prince,  qui  monta  sur  le  tlirône  l'an  -HOO,  concourt 
avec  l'an  4150  de  l'ère  chrétienne.  Comment  donc  Ives  , 
qui  est  mort  dès  l'an  4  446,  pouvoit-il  être  auteur  d'une 
chronique,  qui  n'a  été  écrite  qu'environ  44  ans  après  qu'il 
n'étoit  plus  au  monde. 

'  Il  est*  vrai  que  quelques-uns  ont  voulu  dire  que  l'en- 
droit de  cette  chronique  qui  regarde  Henri  I  roi  d'Angle- 
terre, est  une  addition  faite  par  une  main  étrangère.  Mais 
quelles  preuves  en  donneront-ils?  Cette  prétendue  addition 
ne  se  trouve-elle  pas  dans  tous  les  manuscrits?  D'ailleurs 
elle  est  une  suite  fort  naturelle  de  ce  qui  précède.  Car  l'au- 
teur ayant  parlé  immédiatement  auparavant  de  Guillaume 
le  Conquérant,  et  de  Guillaume  le  Roux,  prédécesseurs 
de  Henri  I  sur  le  thrône  d'Angleterre,  il  étoit  naturel  qu'il 
n'oubliât  pas  ce  dernier  prince,  qui  étoit  très  certaine- 
ment régnant  dans  le  temps  qu'il  écrivoit.  A  quoi  il  faut 
ajouter  qu'on  ne  connoit  aucun  bibliographe,  qui  ait  attri- 
bué cette  chronique  à  l'évèquc  de  Chartres.  Nous  parle- 
rons de  cette  chronique  dans  l'article  de  Hugues  de  sainte 
Marie  moine  de  Fleury,  qui   en  est  le  véritable  auteur. 

'Au  reste  les  sçavans  conviennent  aujourd'hui  que  cette 
chronique  est  très-peu  de  chose  et  fort  défectueuse.  L'auteur 
y  rapporte,  selon  M.  l'abbé  le  Gendre,  bien  des  choses 
qui  ne  s'accordent  point  avec  les  historiens  contemporains. 

On  a  déjà  remarqué  que  François  Juret  est  le  premier 
Bib.caum  p  44.  |    qui  a  fait  paroître  cette  chronique,  'dans  les  deux  éditions 

Le  Long,  îbid.  ,.,         ,         ,        .  *      '       „ 

qu  il  a  données  des  Mires  d  Ives  de  Chartres;  la  premiè- 
re à  Paris  en  4  58  4  ou  1 585 ,  m-4°  ;  la  seconde  aussi  à 
Paris  en  4610,  m-8°.  '  Marquard  Frecher  se  donna  la  pei- 
ne de  la  faire  réimprimer  à  Hanovre  en  4  613;  dans  la 
première  partie  de  son  recueil  des  historiens  François. 
Des  deux  premières  édifions  de  Juret,  elle  est  encore  passée 
dans  celle  des  œuvres  d'Ivcs  ,  faite  à  Paris  en  4  647  ,  in- 
fol. 

Nous  allons  donner  ici  une  notice  de  cette  dernière  édition, 
afin  de  n'y  plus  revenir.  Quoiqu'on  l'annonce  comme  con- 
tenant tous  les  écrits  d'Ivcs  de  Chartres,  il  est  certain  qu'elle 
n'en  contient  qu'une  partie,  sçavoir,  le  décret,  les  lettres, 
les  sermons  et  la  petite  chronique  dont  on  vient  de  parler. 
On  y    a  joint  les   notes    de  François  Juret  et  de  Jean-Bap- 


Le  Long,  bib.  Fr 
p.  341,  2. 


Le  Long,  ib.  |  Fab. 
bib.  Lat.  1.  6.  p. 
559. 

Bib.  s.  Vin.  cen. 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  \t\       Xii  shclb. 


tiste  Souchet,  sur  les  lettres,  avec  la  vie  de  l'auteur  Qui 
a  été  réimprimée  dans  les  Bollandistes  au  vingtième  Mai. 
On  trouve  à  la  tête  dans  l'exemplaire  qui  est  à  la  biblio- 
thèque de  l'abbaye  de  Saint  Vincent  du  Mans,  deux  dif- 
férentes épîtres  dédicatoires  ,  toutes  les  deux  adressées  à 
Jean  Lescot  évêque  de  Chartres  :  la  première  est  du  père 
Fronteau  chanoine  régulier  de  sainte  Geneviève  de  Paris, 
qui  s'y  donne  pour  l'auteur  de  l'édition,  et  qui  la  dédie  à 
l'évêque  de  Chartres,  tant  en  son  nom  qu'au  nom  de  sa 
congrégation;  la  seconde  est  de  Jean-Baptiste  Souchet,  qui 
se  prétendant  aussi  auteur  de  la  même  édition,  la  revendique 
comme  un  bien  qui  lui  est  propre,  et  dont  le  père  Fronteau 
vouloit  vainement  se  faire  honneur  et  à  sa  congrégation. 
Cela  produisit  entre  ces  deux  sçavans  un  procès  littéraire 
des  plus  vifs,  dont  nous  n'entreprenons  pas  ici  de  faire  l'his- 
toire;  nous  dirons  seulement  que  '  Cave  et  Oudin  '  la  don-  cave,  p.  541,  2. 

.      ,      _         ,  ,.,  n      ,  ,    Oud.  p.  875,2. 

nent    a    Souchet,   parce   qu  ils   n  avoient    vu    apparemment 

que  son  épître  dédicatoire;  et  que  MM,   Dupuy  '  et  Dupin  '  ""Jj"*.;,, cat-  ^" 

la  donnent  au  père  Fronteau.  Dupin,  p.  83. 

6°.  'Outre  la  petite  chronique  dont  on  vient  de  parler,  cave,  ib.  |  oud.  p. 
on  a  encore  attribué  à  Ives  une  autre  chronique  bien  Nb^t'.VœV'soo. 
plus  étendue,  qui  commence  à  Ninus  fondateur  de  la  mo- 
narchie des  Assyriens,  et  qui  est  divisée  en  deux  parties  ; 
dont  la  première  finit  à  la  dernière  année  de  Charlemagne, 
et  la  seconde  s'étend  jusques  vers  l'an  -1034,  ou  plutôt 
jusqu'au  règne  de  Louis  XI. 

'  Gerard-Jean  Vossius  dit  avoir  vu  cette  chronique  à  voss.hist.lat.  1.2, 
Amsterdam  dans  un  manuscrit  de  Guillaume  Oomsius ,  où 
elle  avoit  pour  titre  :  Histoire  abrégée  des  gestes  de  quelques 
rois  Assyriens,  des  gestes  de  tous  les  empereurs  Romains,  et 
enfin  des  gestes  de  Charlemagne  et  de  tous  ses  successeurs,  com- 
posée par  le  vénérable  Ives  évêque  de  Chartres.  '  Elle  se  trou-  Bib.  cott.  p.  87,  n. 

n  »     VIII  22 

ve   avec  le  même  titre  dans  un  manuscrit  de  M.  Cotton  a 

Londres  :  'c'est  sur   la   foi  d'un   troisième  manuscrit,   que  Fab.  Mb.  Lat.  1.6, 

1       p   559 

Marquard  Frecher  en  a  fait  imprimer  une  partie,  sous  le 
nom  de  notre  sçavant  prélat,  dans  sa  collection  des  histo- 
riens de  France,  publiée  à  Hanovre  en  ^  61 5. 

Il  faut    que  l'attribution  de    cette    chronique   à    Ives  de 
Chartres,  soit   bien  ancienne,  '  puisqu'elle  est  expressément  Pet.  ceii.  1. 9,  ep. 
citée  comme  étant  de  lui,  dans  une  lettre  que  Nicolas  moi-    '  p' 


xnsiECLE       "2  SAINT  IVES, 


ne  de  saint  Alban  en  Angleterre  ,  écrivit  vers  l'an  \\ 76  à 
Pierre  de  Celle  abbé  de  Saint  Rémi  :  ho  venerabilis ,  est- 
il  dit  dans  cette  lettre  ,  Carnotensicum  episcopus  in  chro- 
nicis  suis  scripsit,  etc. 

Il  est  à   croire  que  cette  chronique   n'est   pas  différente 

Mon.  Angi.i.  3, p.  d'un  livre,  '  qui  dans  l'inventaire  qui  fut  fait  en  4  4o8, 
des  livres  de  Gautier  de  Shiginpton  chanoine  de  Chartres, 
se  trouve  ainsi  marqué  :  ho,  Carnot.  episcnpus,  de  collection? 
hisloriarum  ecclesiasticarum  ,  mensœ  frugalis  ,  etc.  Il  est  bon 
de  remarquer  à  ce  sujet ,  que  la  même  chronique  est  effec- 
tivement   qualifiée    d'histoire    ecclésiastique,    dans    quelques 

Mab.  ann.  i.  74.  anciens  manuscrits,  '  comme  dans  celui  de  saint  Denys  , 
cité,  par  dom  Mabillon,  Ne  seroit-ce  pas  encore  la  même 
chose  qu'une  histoire  qui  se  trouve  dans  un  des  manuscrits 
de  l'abbaye  de  saint  Evroul  en  Normandie,  (c'est  le  cin- 
quante-quatrième in— 4°)  avec  ce  titre  :  Historia  magistri 
Ivonis? 

Mais  quoique  l'attribution  de  cette  chronique  à  Ives  de 
Chartres  soit,  comme  on  vient  de  voir,  et  fort  ancienne, 

lamb.  ib.  |  oud.   et  fort  multipliée,  '  il  est  cependant  certain  que  cet  ouvrage 

ib.  |Sand.inVoss.  i      i    •      T  i  »  j.v.    • 

p.  42.  |  Mab.  ib.  |  n  est  pas  de  lui.  Tous  les  sçavans  conviennent  aujourd  hui 
6,'Pp. 515.'  !.C|  Du-  °IU'''  appartient  à  Hugues  de  sainte  Marie,  moine  de  Fleuri 
pin,  ib. p.  83.  ou  de  saint  Benoît  sur  Loire,  qui  en  composa  la  première 
partie  en  4440,  à  la  prière  d'Adèle  comtesse  de  Blois  et 
de  Chartres,  et  puis  la  seconde  partie  à  la  prière  de  la 
reine  Mathilde  femme  de  Henri  I  roi  d'Angleterre,  comme 
on  le  verra  dans  l'article  de  cet  écrivain. 

Ce  qui  aura  apparemment  causé  la  méprise,  c'est  (\) 
une  lettre  du  même  Hugues  de  Sainte  Marie  à  notre  pré- 
lat, par  laquelle  il  lui  adresse  son  ouvrage,  en  le  priant  de 
vouloir  bien  se  donner  la  peine  de  le  revoir  et  le  cor- 
riger. Comme  cette  lettre  se  trouvoit  à  la  tête  de  la  chro- 
nique ,  il  sera  arrivé  que  des  lecteurs  superficiels  ou  des 
copistes  peu  attentifs,  sans  examiner  autrement  la  lettre , 
auront  conclu,  en  y  voyant  le  nom  d'Ives  ,  qu'il  étoit  au- 
teur de  la  chronique.  Il  leur  aura  été  d'autant  plus  aisé 
de    tomber   dans    cette   méprise,    que   le    nom   de  l'auteur 

(1)  On  trouve  celte  lettre  à  la  tête  des  témoignages  des  anciens  touchant  Ives 
de  Chartres,  qui  sont  recueillis  au  commencement  de  i  édition  de  ses  œuvres  de 
1647.  11  en  est  parlé  dans  Dom  Mabillon,  ann.  I.  74,  n.  48. 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  U5       xiisiecle. 

étoit  peu  connu ,  au  lieu  que  celui  d'Ives  étoit  célèbre 
partout.  Ceux  qui  sont  au  fait  des  manuscrits,  sçavent  que 
ces  sortes  de  méprises  n'ont  été  que  trop  communes  avant 
l'invention  de  l'imprimerie. 

7°.  Si  notre  prélat  ne  peut  pas  être  regardé  comme 
auteur  des  deux  chroniques  précédentes,  il  n'en  est  pas 
apparemment  de  même  d'une  vie  de  saint  Augustin  ,  qui 
porte  son  nom.  Celte  vie  qui  a  été  inconnue  jusqu'ici  à 
tous  les  bibliographes,  se  trouve  dans  deux  manuscrits; 
'  l'un  de  la  bibliothèque  de  M.  Cotton ,  à  Londres,  où  Mb.  cou.p.w  u. 
elle  a  pour  titre  Vita  B.  Augustini,  Hippon.  episcopi ,  per 
Ivonem  Carnot.  episcopum;  et  l'autre  de  l'église  de  s.  Pierre 
de  Cambrige,  où  elle  est  ainsi  intitulée  ;  Excerptiones  ve— 
nerabiiis  Ivonis ,  Carnot.  Episcopi,  de  confessionibus  et  vita 
B.  Augustini  Hippon.  episcopi.  On  voit  par  ce  dernier  titre 
que  celte  vie  est  composée  des  passages  tirés  des  confes- 
sions de  saint  Augustin ,  et  de  la  vie  de  ce  saint  docteur , 
écrite  par  Possidius  évêque  de  Calame. 

'8°.   Dans  l'énumération   que   l'anonyme   de   Molck,    pu-  *?on- ^  scn  0 
blié   par  Dom    Pez ,  fait  des  ouvrages   d'Ives  de  Chartres , 
il  marque  un  martyrologe  des    Saints  :   mais  ce    martyro- 
loge pourroit  bien  être  un  ouvrage   chimérique  ;   puisqu'on 
n'en  trouve  absolument  rien  ailleurs. 

'9°.  Lorsque  dans  notre  huitième  volume  nous  avons  ïï?Jjj}1-  l' 8 '  p" 
parlé  du  micrologue  sur  les  rits  ecclésiastiques,  nous  sçavions 
certainement  que  cet  excellent  écrit  étoit  l'ouvrage  d'un 
évêque  qui  vivoit  avant  la  fin  du  onzième  siècle  :  mais 
nous  ne  sçavions  pas  avec  la  même  certitude ,  que  cet 
évêque  fût  Ives  de  Chartres.  '  Nous  sommes  redevables  à  ^^'gog1''1'6, 
Henri  Warlhon  de  nous  avoir  appris  ce  fait  important , 
de  manière  à  n'en  pouvoir  plus  douter.  Le  même  auteur 
nous  apprend  encore  que  cet  écrit  n'est  qu'une  partie  dé- 
tachée d'un  ouvrage  plus  étendu ,  qu'Ives  a  composé  sur 
les  offices  de  l'église,  de  officiis  ecclesiasticis ;  dont  il  y  a 
un  très-beau  manuscrit  presque  aussi  ancien  que  l'auteur, 
dans  la  bibliothèque  de  Lambeth  en  Angleterre. 

Cet  ouvrage  d'Ives  sur  les  offices  de  l'église,  tel  que 
nous  le  représente  Warthon,  est  composé  de  soixante-onze 
chapitres ,  dont  les  huits  premiers  traitent  des  matines , 
laudes ,  prime ,   tierce ,   sexte ,   nones  ,  vêpres   et  compiles. 


iiisiecle.      44*  SAINT  IVES, 

Les  soixante-deux  suivans  composent  le  rnicrologue;  et  le 
dernier  qui  n'est  pas  dans  le  rnicrologue ,  traite  des  auteurs 
de  la  messe,  et  de  chacune  de  ses  parties.  On  voit  par-là 
que  c'est  un  des  ouvrages  sur  la  liturgie,  des  plus  considé- 
rables et  des  plus  étendus,  qui  ayent  été  composés  an- 
ciennement. 

Ceux  qui  désireront  en  avoir  une  notion  plus  parfaite  et 
plus  détaillée,  peuvent  se  satisfaire,  en  lisant  ce  qu'on  a 
dit,  dans  le  huitième  volume  de  l'histoire  littéraire,  du 
rnicrologue  qui  fait  une  partie  considérable  de  l'ouvrage 
de  notre  prélat,  sur  les  offices  de  l'église.  Nous  observe- 
rons ici  seulement  que  cet  écrit  sur  les  offices  de  l'église, 
dont  Ives  est  auteur,  et  qui  mériteroit  bien  d'être  imprimé 
en  entier  ,  n'est  visiblement  autre  chose,  que  '  l'écrit  mar- 
qué par  l'anonyme  de  Molk ,  sous  le  nom  de  sentences  sur 
les  offices  divins,  et  qu'il  attribue  expressément  à  notre  saint 
prélat. 

Outre  le  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  Lambeth  ,  in- 

cat.    m-s.  Angi.  diqué  par  Warthon  ,  '  il  s'en  trouve   encore  deux    autres; 

par.  3,  m.  1444'.  l'un  dans  la  bibliothèque  du  collège  de  toutes  les  âmes, 
à  Oxford  ;   et  l'autre  dans  celle  du  collège  de  saint  Benoît, 

Moutf.  bit>.  Mi.  t.  à    Cambrige.  '    A    ces    quatre    manuscrits    d'Angleterre,  il 

I,  p.  48,  n.   1522.  -  ,  ,     _  °,  ,   ' 

en  taut  ajouter  un  que  1  on  conserve  a  Rome  ,  dans  la  bi- 
bliothèque du  Vatican  ,  qui  a  appartenu  à  la  reine  de 
Suéde. 

\  0°.  Un  des  ouvrages  qui ,  selon   toutes  les  apparences , 
Le  Long,  bib.  sac  feroit  le  plus  d'honneur  à  Ives,  s'il  étoit  imprimé,  '  est  son 

t.  2,  p.  810.2.  ,r.  .  .,  j  i 

commentaire  sur  les  pseaumes.  II  se  trouve  dans  deux  ma- 
nuscrits ;  l'un  de  la  bibliothèque  de  M.  Colbert ,  cotté 
•1475,  en  deux  volumes  in  fol.  et  l'autre  de  la  bibliothèque 
de  saint  Allire  de   Clermont   en   Auvergne,    en  un    volume 

sand.  par.  -2.  p.  28.  in  fol.  '  et  dans  un  troisième  manuscrit  des  Pays-bas,  dont 
parle  Sanderus. 

Monif.  bib.  bib.  p.       \  \° .  'On  voit  dans  p'usieurs  manuscrits,   tant  de  France 

135   C 

que  d'Angleterre,  un  livre  sous  le  nom  d'Ives  de  Chartres, 

qui  a  pour  titre  :    De  multimoda  distinctione   scripturarum. 

eu    mss    Angi.  II  n'est  pas  facile  de  sçavoir  ce  nue  c'est  que  ce  livre.  '  Dans 

par.  3,  n.  22.10  .  .     .  •,      ■.?,.   ,,  ,  ... 

un  des  manuscrits  appartenant  a  la  bibliothèque  publique 
de  Cambrige,  le  titre  en  est  expliqué  ,  comme  si  ce  livre 
n'étoit  autre  chose  que  le  recueil  même  des  lettres  d'Ives. 

voici 


EVESQUE  DE  CHARTRES.      .  445       Xii  siècle. 


Voici  le  titre  :  Ivo  Camotensis  episcopas ,  de  multimoda 
distinctions  scripturarum ,  sub  una  castorum  eloquiorum  fa 
de  contentarum  :  vel ,  ut  ab  alio  notatur,'  epistolœ  Ivonis.  Au 
contraire  '  dans  un  autre  manuscrit  appartenant  au  cheva-  b*.  cott.  ibib. 
lier  Cotton ,  le  titre  en  est  exprimé ,  comme  si  le  livre 
n'étoit  autre  chose  que  la  pannormie  de  notre  prélat  :  Li- 
ber pannormiœ  Ivonis  Carnot.  episcopi  de  multimoda  distinc- 
tione scripturarum,  sub  una  castrorum  eloquiorum  facie  con- 
tentarum. '  Dans  un  troisième  manuscrit  de  la  cathédrale  cat.  mss.  Angi. 
d'Herford ,  le  même  livre  n'est  désigné  que  sous  le  titre 
général  de  Distinctions  d'Ives  de  Chartres.  C'est  à  ceux  qui 
entreprendront  un  jour  de  donner  une  nouvelle  édition 
des  œuvres  de  ce  grand  prélat,  de  déterrer  cet  écrit,  et 
de  le  faire  connoitre  au  public.  Il  est  bon-  qu'ils  soient 
avertis  qu'il  s'en  trouve  un  exemplaire  parmi  les  manus- 
crits in  4°.  de  l'abbaye  du  Mont  saint  Michel,  nrm.  4  65. 

42°.  '  Possevin  parle  d'un  écrit  de  notre  prélat,  intitulé  poss.  t.  2,  p.  jo7. 
Liber  de  determinandis  patrum  decretis ,  qui  se  trouvoit  de 
son  temps  à  Vienne  en  Autriche ,  avec  les  lettres  de  saint 
Ives  parmi  les  manuscrits  de  Wolfgand  Lazius.  Cet  écrit 
nous  est  encore  moins  connu  que  le  précédent;  à  moins 
que  ce  ne  soit,  ou  la  pannormie,  ou  le  décret,  ou  peut-être 
quelque  fragment  de  l'un  ou  de  l'autre. 

45°.  Nous  ignorons  de  même  ce  que  c'est  qu'un  '  autre  Fab.bib.iat  1.  6, 
livre,    intitulé   Liber   de    sacramentis   devotionis ,    qu'on    dit 
que  quelques-uns  attribuent    à  Ives;    mais  que  le  P.   Com- 
befis  prétend,   sur  l'autorité  du  B.  Pierre  de  Damien ,   être 
de  saint  Fulbert. 

44°.  Enfin  nous  ignorons  encore  ce  que  c'est  qu'un  '  Evan-  cat.   mss.   Angi. 

•111  •    .      -,,•  •  ji  •»   par.  3,  n.  746,  5. 

gile  de  la  sainte  \icrge>  qui  se  trouve,  dit-on,  manuscrit 
avec  la  soixantième  lettre  d'Ives  à  Hugues  archevêque  de 
Lyon,  dans  la  bibliothèque  du  collège  de  Caio-Gonvi- 
len,  à  Cambrige. 

45°.  '  Il  n'en  est  pas  de  même  d'un  discours  ou  traité  de  ibid.  par.  1,  n. 
la  matière ,  de  l'ordre  et  de  la  vérité  des  sacremens  de  Jésus- 
Christ  et  de  V église ,  qu'on  nous  annonce  comme  se  trouvant 
à  Londres  dans  un  manuscrit  de  Thomas  Bodley;  car  la 
place  que  ce  discours  tient  dans  le  même  manuscrit,  donne 
tout  lieu  de  penser  que  ce  n'est  autre  chose  que  le  premier 
sermon  de  saint  Ives ,  qui  a  pour  titre  :  Des  sacremens  des 

1  2        Tome  X.  T 


XII  SIECLE. 


U6  SAINT  IVES, 


ibid.  néophytes.  Pour  ce  qui    est  d'un    autre  '    discours   contenu 

dans  le  même  manuscrit,  sous  ce  titre  :  De  clericatu  et  ejus 
officio ,  c'est  visiblement  le  sermon  de  notre  prélat,  qui  traite 
de  l'excellence  des  ordres  sacrés ,  et  des  devoirs  de  ceux  qui 
y  sont  élevés. 

six.  bib.  i.  4,  p.        |  6°.  '  Sixte  de  Sienne  parle  d'un  Umbert  évoque  de  Char- 

333    1 

très,  qui  vers  l'an  1100  écrivit  un  traité  contre  les  Juifs,  sur 
ces  paroles  du  chap.  49e  de  la  Genèse  :  Non  auferetur  scep- 
trum  de  Juda,  etc.  Comme  notre  Ives  éloit  certainement 
évêque  de  Chartres  en  -H  00,  quelqu'un  s'imaginera  peut- 
être  que  c'est  lui  qui  est  auteur  de  ce  traité;  d'autant  plus 
qu'on  ne  trouve  point  d'évêque  Je  Chartres  du  nom  de  Um- 
bert. Mais   il  est  certain  que  ce  prétendu    linbert  n'est  autre 

Hist.  mt.  t.  ",  p.  que  saint  Fulbert,  '  qui  a  effectivement  écrit  contre  les  Juifs 
le  traité  dont  il  est  ici  question.  Voyez  son  article  dans  notre 
histoire  littéraire. 

\~i°.   Pour  ne  rien  omettre  de  ce  qui   regarde  les  écrits 

LOiseï,  hist.  de  d'Ives  de  Chartres,    nous  remarquerons  '  qu'Antoine  l'Oisel 

Biauv.  p.  133.  .,  -.il-  i  '      ■       •  i'   ■ 

cite  un  manuscrit  du  livre  des  écrivains  ecclésiastiques  de 
Sigebcrt.  dans  lequel  il  dit  qu'il  y  a  des  choses  qui  ne  se 
trouvent  point  dans  l'imprimé  d'Aubert  le  Mire.  Le  même 
l'Oisel  soupçonne  que  ce  manuscrit  a  appartenu ,  ou  même 
a  été  copié  par  Ives  dans  le  temps  qu'il  n'étoit  encore  qu'abbé 
de  saint  Quentin  de  Beauvais  :  ce  qui  supposcroit  que  notre 
sçavant  prélat  seroit  auteur  des  additions  au  livre  de  Sigebert , 
qui  se  trouvent  dans  ce  manuscrit.  Mais  pour  s'assurer  que 
ce  soupçon  ou  cette  conjecture  d'Antoine  l'Oisel  n'a  aucun 
fondement,  il  ne  faut  que  faire  attention  que  Sigebert  n'a 
publié  son  livre  des  écrivains  ecclésiastiques  que  sur  la  fin  de 
sa  vie,  et  qu'lves  de  Chartres  ne  lui  a  gueres  survécu  que 
quatre  ans  :  ce  qui  donne  tout  lieu  de  douter  si  ce  dernier  a 
jamais  eu  connoissance  du  livre  du  premier  ;  ces  deux 
sçavans  n'étant  gueres  à  portée  d'avoir  une  communication 
réciproque  de  leurs  ouvrages. 

Après  rénumération  «pie  nous  venons  de  faire  de  toutes 
les  productions  de  la  plume  de  saint  Ives ,  nous  croyons 
pouvoir  assurer  qu'il  n'y  a  point  eu  de  sçavant  dans  le  on- 
zième et  douzième  siècles  qui  ait  plus  écrit  que  lui,  ni  sur 
un  plus  grand  nombre  de  matières  concernant  la  science  ec- 
clésiastique, quoiqu'il  faille  reconnoitre  que  c'est   principa- 


EVESQUE  DE  CHARTRES.  U7      xu  SIECLE. 

lement  dans  celles  qui  regardent  la  discipline  et  la  liturgie 
que  notre  saint  et  sçavant  prélat  s'est  distingué.  Nous  ajou- 
terons qu'il  n'y  en  a  guéres  eu  non  plus  qui  ait  traité  chaque 
matière  avec  plus  d'ordre,  de  netteté,  de  solidité  et  d'é- 
rudition que  lui  :  en  sorte  qu'il  a  été  sans  contredit  un  des 
plus  grands  et  des  plus  habiles  hommes  de  son  temps,  pres- 
que en  tout  genre. 


JOSGERAN, 

ARCHEVESQUE    DE    LYON. 

8  1. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Joscerain  ,  ou  Jauceranne ,  ou  Gauceran ,  fut  «l'abord 
abbé  d'Ainai ,  puis  archevêque  de  Lyon.  Personne  n'a 
douté  jusqu'à  l'an  -1610,  qu'il  n'ait  tenu  ce  siège  immédia- 
tement après  Hugues  mort  le  7  octobre  Hlfl  :  mais  le  P. 
Sirmond,  dans  ses  notes  sur  les  lettres  de  Geofroi  de  Ven- 
dôme ,  prétend  qu'il  n'a  pas  été  successeur  immédiat  de  Hu- 
gues ,  et  place  entre  ces  deux  prélats  un  autre  archevêque 
nommé  Jean.  Les  raisons  que  donne  ce  critique,  pour  s'é- 
carter du  sentiment  unanime,  sont  trop  foibles  pour  y  avoir 
égard.  Il  les  tire  de  deux  lettres,  dont  l'une  qui  est  la  deux 
cent  trente-sixième  d'Ives  de  Chartres,  est  adressée  à  Jean 
archevêque  de  Lyon ,  Joanni  Lugdunensis  primœ  sedis  epis- 
copo;  l'autre  (la  deux  cent  trente-septième)  écrite  par  Jean 
archevêque  de  Lyon  à  Daïmbert,  l'an  \\\~2  :  d'où  le  P. 
Syrmond  conclut  que  Josceran  ne  succéda  pas  immédia- 
tement à  Hugues,  et  qu'entre  ces  deux  prélats,  il  y  en  eut 
un  autre  nommé  Jean ,  qui  fut  le  successeur  immédiat  de 
Hugues,  et  le  prédécesseur  de  Josceran.  Mais  cette  opi- 
nion est  solidement  réfutée  par  les  auteurs  du  '  Gallia  chris-  Call.  chr.  t.  t,  p. 
tiana ,  qui  prouvent  que  Josceran  étoit  sur  le  siège  de 
Lyon  dans  le  temps  que  le  P.  Sirmond  prétend  qu'il  étoit 
occupé   par   le   prétendu  archevêque  Jean.   D'où  il  s'ensui- 

T  ij 


110,  et  suiv. 


XII  SIECLE. 


148 


JOSCERAN, 


Ami.  bened.  t.  5 
p.  682  ef  seq. 


vroit  qu'il  y  auroit  eu  en  même-temps  deux  archevêques 
sur  le  siège  de  Lyon;  ce  qui  est  contraire  à  toutes  les  règles, 
et  ce  qu'on  ne  peut  appuyer  du  témoignage  d'aucun  au- 
teur. 

Pour  ce  qui  est  des  deux  lettres  citées  par  le  P.  Sir- 
mond,  le  titre  en  a  été  altéré;  et  au  lieu  de  Johannes,  il 
faut  lire  Joscerannus  ,  comme  le  remarque  le  P.  Mabillon. 
Ceux  qui  sont  au  l'ait  des  anciens  monumens ,  sçavent  de 
quelle  manière  ces  sortes  de  méprises  arrivent.  Rien  n'est 
plus  aisé.  Un  copiste  aura  trouvé  la  lettre  J  ,  pour  désigner 
le  nom  de  l'archevêque ,  et  il  aura  mis  Joannes  pour  Jos- 
cerannus qui  étoit  son  véritable  nom.  Il  faut  dire  la  même 
chose  d'un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  M.  Colbert, 
cité  par  M.  Baluze  ,  dans  lequel  on  trouve  une  lettre  avec 
ce  titre  :  Johannis  Lugdunensis  epistola. 

Pour  venir  à  Josceran,  nous  sçavons  très-peu  de  choses 
de  ce  prélat.  Il  étoit  abbé  d'Ainai ,  lorsqu'il  fut  élu  arche- 
vêque de  Lyon.  Peu  de  temps  après ,  saint  Anselme  fut 
rétabli  sur  le  siège  de  Carftorberi.  Josceran  qui  avoit  connu 
le  saint  prélat  dans  le  long  séjour  qu'il  fit  à  Lyon  pendant 
son  exil,  lui  écrivit  pour  le  féliciter  sur  son  rétablissement. 
Aiisei.i.  4,  ep  85.  Saint  Anselme  fit  réponse  à  Josceran  par  une  '  lettre ,  dans 
laquelle  il  lui  rend  grâces  de  la  part  qu'il  veut  bien  prendre 
à  ce  qui  le  touche  ;  il  s'afflige  avec  l'archevêque  de  Lyon , 
des  chagrins  que  celui-ci  essuyoit  de  la  part  de  ceux  mêmes 
qui  dévoient  faire  toute  sa  joie  et  toute  sa  consolation.  Ce 
trait  nous  fait  connoitre  que  les  premières  années  de  l'é- 
piscopat  de  Josceran  ,  ne  furent  pas  tranquilles,  et  qu'elles 
furent  agitées  de  troubles  domestiques  et  de  divisions  in- 
testines. Cette  lettre  de  saint  Anselme  ne  peut  avoir  été. 
écrite  plus  tard  que  le  mois  d'avril  de  l'année  -H  09,  puis- 
que ce  saint  mourut  le  24  de  ce  mois  dans  la  même  année. 

L'an  \\\2  Josceran  convoqua  un  concile  à  Anse,  pe- 
tite ville  de  son  diocèse,  au  sujet  des  investitures  que  l'em- 
pereur Henri  V  avoit  contraint  le  pape  Pascal  II  qu'il  te- 
noit  prisonnier,  de  lui  accorder.  Ce  pontife  se  repentit  bien- 
tôt de  sa  démarche,  et  écrivit  de  tous  côtés  des  lettres 
pour  se  plaindre  de  la  violence  qui  lui  avoit  été  faite.  Les 
évêques  de  diverses  provinces  tinrent  des  conciles  à  cette 
occasion.    Ils   y  examinèrent  la.  conduite    de  l'empereur   et 


ARCffEVESQUE  DE  LYON.  M9      x„  SI1CLE. 

les  griefs  de  l'église  contre  lui  :  le  résultat  de  ces  assem- 
blées fut  d'excommunier  l'empereur  pour  ses  entreprises 
contre  le  saint  siège.  Josceran,  à  l'exemple  des  autres  évê- 
ques,  convoqua  aussi  un  concile  des  prélats  de  sa  pro- 
vince ;  et  en  qualité  de  primat  des  Gaules ,  il  y  invita  Daïm- 
bert  archevêque  de  Sens,  avec  ses  suffragans.  Ceux-ci  re- 
fusèrent de  s'y  trouver,  et  rendirent  raison  de  leur  refus 
dans  une  lettre  qu'Ives  de  Chartres  écrivit  à  l'archevêque 
de  Lyon,  au  nom  de  toute  la  province.  Quoique  l'évêque 
de  Chartres  ne  crut  point  les  investitures  permises,  il  ne 
veut  pas  néanmoins  qu'on  les  regarde  comme  une  hérésie, 
et  tâche  de  modérer  le  zèle  de  Josceran,  après  lui  avoir 
exposé  les  raisons  du  refus  qu'ils  faisoient  de  se  trouver 
à  son  concile.  «  '  Ce  n'est  point  par  mépris,  lui  dit-il,  ivo,  ep.s36. 
que  nous  refusons  de  nous  trouver  au  concile  que  vous 
avez  indiqué  à  Anse ,  c'est  que  nous  craignons  de  fran- 
chir les  bornes  que  nos  pères  ont  posées.  Jamais  ils 
n'ont  ordonné  que  l'évêque  d'un  premier  siège  pût  ap- 
peller  les  évêques  à  un  concile  hors  de  leur  province,  à 
moins  que  le  saint  siège  ne  l'ordonnât,  ou  qu'une  église 
particulière  n'appellàt  au  primat  pour  quelque  cause  qui 
n'auroit  pu  être  terminée  dans  la  province D'ail- 
leurs en  discutant  dans  ce  concile  la  matière  des  investi- 
turcs  que  quelques-uns  mettent  au  nombre  des  hérésies, 
c'est  vouloir  découvrir  la  honte  de  votre  père,  au  lieu 
de  la  voiler.  La  volonté  n'a  eu  aucune  part  à  ce  que  le  pape 
a  fait  ;  c'est  la  nécessité  qui  l'a  forcé ,  pour  éviter  la  ruine 
de  son  peuple.  Il  nous  est  d'autant  moins  permis  d'en 
douter,  qu'aussi-tôt  après  être  sorti  du  danger,  il  a  con- 
tinué d'ordonner  ce  qu'il   ordonnoit,   et  de  défendre   ce 

qu'il    défendoit    auparavant C'est    ainsi   que  Pierre , 

en  confessant  trois  fois  son  maître,  répara  la  faute  qu'il 
avoit  faite  en  le  reniant.  C'est  ainsi  que  le  pape  Marcel- 
lin  expia  par  un  glorieux  martyre  le  crime  qu'il  avoit 
commis  en  offrant  de  l'encens  aux  idoles.  Que  si  le  pape 
n'a  point  encore  sévi  contre  le  roi  des  Allemans,  c'e3t 
qu'il  use  du  tempérament  conseillé  par  les  sages ,  de 
souffrir  de  moindres  maux  pour  en  éviter  de  plus  grands. 
Ives  prouve  ici  d'après  saint  Augustin,  '  que  le  schisme  cont.  Parmen.  i. 
est  le  plus  grand  de  tous  les  maux,  et  qu'il  n'est  pas 
1  2  * 


XII  SIECLE. 


450  JOSCERAN, 

permis  d'employer  les  censures,  lorsqu'on  prévoit  qu'elles 
ne  serviront  qu'à  rompre  les  liens  de  la  paix  et  de  l'unité. 
»  D'ailleurs,  continue  lves  de  Chartres,  quelle  utilité  d'aï— 
»  1er  à  un  concile ,  où  nous  ne  pourrons  condamner  que 
»  des  accusés ,  qui  ne  sont  soumis  ni  à  notre  jugement ,  ni 
»  à  celui  d'aucun  homme?  ....  Ne  trouvez  donc  pas 
»  mauvais  que  nous  nous  abstenions  de  déchirer  le  pape 
»  par  nos  discours.  Si  en  accordant  les  investitures,  il  s'est 
»  écarté  de  son  sentiment  et  de  celui  de  ses  prédécesseurs, 
»  la  charité  filiale  que  nous  lui  devons  comme  à  notre  père, 
»  nous  porte  à  l'excuser;  ....  et  bien  loin  de  lui  faire 
»  son  procès ,  nous  approuvons  même  la  démarche  qu'il  a 
»  faite  pour  sauver  son  peuple  de  la  ruine  qui  le  mena- 
»  çoit,  et  pour  éviter  de  plus  grands  malheurs. 

»  Quant  aux  investitures  en  elles-mêmes,  nous  ne  croyons 
»  pas  que  ce  soit  une  hérésie,  comme  il  plaît  à  quelques- 
»  uns  de  l'appeller.  L'hérésie  n'est  autre  chose  que  l'erreur 

»  dans    la  foi L'erreur  et   la  foi   procèdent  du   cœur. 

»  Or   l'investiture    qui    fait   aujourd'hui    tant  du    bruit,  est 

>  dans  les  mains  de  celui  qui  donne  et  qui  reçoit.  Les  mains 
»  peuvent  bien,  il  est  vrai,  faire  le  bien  et  le  mal;  mais 
»  elles  ne  peuvent  croire  ni  errer  dans  la  foi.  Néanmoins  si 

>  quelque  laïc  étoit  assez  insensé  pour  s'imaginer  qu'avec 
»  le  bâton  pastoral ,  il  peut  donner  le  sacrement ,  ou  l'effet 
»  d'un  sacrement,  nous  le  déclarons  hérétique,  non  à  cause 
»  de  l'investiture  manuelle,  mais  à  cause  de  sa  présomp- 
»  tion  diabolique.  Et  pour  donner  aux  choses  le  nom 
»  qu'elles  méritent,  nous  convenons  que  l'investiture  don- 
»  née  par  les  laïcs,  est  une  usurpation  et  une  entreprise  sa- 
»  crilege  sur  les  droits  de  l'église.  C'est  un  abus  qu'il  faut 
»  retrancher,  quand  on  peut  le  faire  sans  rompre  les  liens 
»  de  la  paix.  Mais  si  cela  n'est  pas  possible  sans  causer  un 
»  schisme,  il  faut  le  souffrir,  et  se  contenter  de  réclamer 
»  avec  la  discrétion  convenable. 

Cette  lettre  est  écrite  au  nom  de  Daïmbert  archevêque 
de  Sens ,  de  Walon  ou  Galon  évêque  de  Paris ,  d'Yves 
de  Chartres,  de  Jean  d'Orléans  et  des  autres  évêques  de 
la  province. 

Josceran  ne  tarda  pas  d'y  faire  une  réponse  qu'il 
adressa     à     Daïmbert.     t     Vous     m'accusez,     lui     dit-il, 


ARCHEVESQUE  DE  LYON,  ^ 5i 

»  d'avoir  voulu  vous  attirer  hors  de  votre  province. 
»  C'est  mal  à  propos  que  vous  me  faites  ce  reproche.  Le 
»  concile  auquel  je  vous  ai  invité,  a  été  convoqué  dans  la 
»  première  Lyonnoise  qui  a  des  droits  sur  les  autres  Lyon- 
»  noises.  Ce  n'est  donc  pas  de  ma  part  vouloir  vous  attirer 
»  hors  de  votre  province.  C'est  vouloir  suivre  les  dégrés 
»  de  jurisdiction,  et  maintenir  la  subordination  établie  entre 
»  le  chef  et  les  membres.  Vous  n'ignorez  pas  d'ailleurs  que 
»  les  métropolitains  ont  dans  l'étendue  de  leurs  provinces 
»  tout  droit  de  convoquer  des  conciles.  L'obéissance  que 
»  les  suffragans  doivent  aux  métropolitains,  ceux-ci  la  doi— 
»  vent  aux  primats.  Telles  sont  les  bornes  posées  par  nos 
»  pères  ;  et  plût  à  Dieu  que  vous  les  respectassiez  ces  bornes 
»  aussi  sérieusement  que  vous  voulez  le  faire  croire. 

»  Je  ne  puis  assez  admirer,  continue  Josceran,  pourquoi 
»  vous  voulez  soustraire  plusieurs  personnes  au  jugement 
»  de  l'église.  Si  vous  rangez  dans  cette  classe  les  rois  et  les 
»  empereurs,  je  vous  renvoyé  au  grand  Constantin,  qui  dans 
»  le  concile  de  Nicée,  et  en  présence  du  pape  Sylvestre  (4  ) 
»  n'attribue  qu'aux  seuls  évêques,  de  n'être  jugés  qu'au  tri— 
»  bunal  de  Dieu. . .  .  Blàmerez-vous  la  conduite  de  saint 
»  Ambroise  à  l'égard  du  grand  Théodose?  Et  accuserez- 
i>  vous  le  pape  Grégoire  VII ,  qui  excommunia  l'empereur 
»  Henri  pour  ses  crimes? 

»  Vous  craignez ,   dites-vous ,   que   nous   ne   révélions   la 

>  honte  "de    notre   père.    C'est    une    terreur    panique 

s  et  plût  à  Dieu  qu'il  voulût  souffrir  que  nous  prissions  les 
»  mesures  convenables  pour  effacer  cette  tache  !  Vous  vous 
»  plaignez  que  les  temps  sont  mauvais,  vous  exagérez  les  for- 
»  ces  des  ennemis  de  l'église,  et  vous  diminuez  les  nôtres. . . 
»  Ne  vous  souvient-il  pas  de  ce  qu'il  a  dit  à  ses  disciples  : 
»  Ayez  confiance ,  j'ai  vaincu  le  monde.  Ne  rien  faire  en 
»  cette  occasion,  c'est  avouer  que  le  monde  a  triomphé, 
»  et  que  Jesus-Christ  est  vaincu. . . .  C'est  vous  exhorter  à 
»  être  braves  contre  les  lâches. 

»  Vous  blâmez  ceux  qui  mettent  les  investitures  au  rang 
»  des  hérésies,  mais  prouvez-vous  bien  le  contraire?  Je 
»  conviens  que  la  foi  et  l'erreur  sont  dans  le  cœur  ;  c'est 

(1)  Ce  pape  n'assista  point  au  concile  de  Nie  te,  il  y  envoya  seulement  ses 
légats. 


XII  SIECLE. 


XII  SIECLE. 


W'2  JOSCERAN, 


»  cependant  par  les  œuvres  que  nous  distinguons  l'héré- 
»  tique  du  catholique. .  .  .  Ainsi  quoique  l'investiture  eon- 
»  férée  par  un  laïc  ne  soit  pas  proprement  une  erreur;  c'en 
>  est  une  incontestablement  que  de  soutenir  qu'elle  soit  li- 
»  cite.  Si  l'église  s'est  quelquefois  relâchée  de  ses  droits, 
»  en  accordant  le  pardon  à  ceux  qui  avoient  reçu  l'investi— 
»  ture  des  mains  des  laïcs,  elle  n'a  jamais  prétendu  justifier 
»  cet  abus. 

Josceran  revient  ensuite  au  droit  qu'ont  les  primats  de 
convoquer  les  évêques  des  provinces  qui  leur  sont  subor- 
données. Il  insiste  fortement  sur  ce  point,  et  il  finit  par 
cet  espèce  de  défi  qu'il  fait  à  Daïmbert  :  «  Si  vous  aviez 
»  quelque  chose  à  objecter  à  ce  que  je  viens  de  vous  dire , 
»  je  suis  prêt  à  écouter  et  à  répondre. 

Nous  laissons  au  lecteur  à  porter  son  jugement  sur  les 
deux  lettres  dont  nous  venons  de  rendre  compte.  Il  verra 
dans  l'une  et  l'autre  le  goût  de  critique  qui  régnoit  alors; 
dans  la  première,  par  l'exemple  du  pape  Marcellin  que  cite 
l'évêque  de  Chartres;  et  dans  la  seconde,  par  celui  de  Syl- 
vestre, que  l'archevêque  de  Lyon  fait  assister  au  concile  de 
Nicée.  Néanmoins,  malgré  ces  taches,  on  apperçoit  de  la 
noblesse  dans  le  procédé  de  ces  évêques,  de  la  modération 
dans  la  dispute,  et  de  la  décence  même  dans  les  reproches 
qu'ils  se  font. 

On  ignore  si  Josceran  célébra  le  concile  qu'il  avoit  in- 
diqué à  Anse.  Ce  qui  donne  lieu  d'en  douter,  c'est  qu'il 
ne  reste  aucun  monument  de  cette  assemblée.  Sa  lettre, 
dont  nous  avons  parlé ,  se  trouve  imprimée  dans  la  collec- 
tion des  conciles  du  père  Labbe,  tom.  x,  pag.  790.  et  dans 
le  recueil  de  celles  d'Ives  de  Chartres,  où  elle  est  la  257. 
Cette  lettre  est  la  seule  production  de  la  plume  de  Josceran, 
qui  soit  parvenue  jusqu'à  nous;  soit  qu'il  n'ait  point  compo- 
sé d'autres  écrits,  soit  qu'ils  soient  perdus  ou  ensevelis  dans 
l'obscurité. 
Peiard, coiiect.  ad  Josceran  survécut  encore  au  moins  cinq  ans;  nous  le 
urg  p.  13.  VOy0ng  i'ann^e  suivante  H13,  concourir  avec  Gauceran 
évêque  de  Langres,  à  l'établissement  des  chanoines  réguliers 
dans  l'église  de  saint  Eslienne  de  Dijon,  qui  est  aujourd'hui 
la  cathédrale.  11  assista  en  4 -H 5,  au  concile  de  Tournus, 
assemblé  par  Gui    archevêque    de   Vienne,    légat  du    saint 

'  siège , 


ARCHEVESQUE  DE  LYON.  455      x„  siècle. 


R 


siège,  depuis  pape  sous  le  nom  de  Calixte  II,  pour  termi- 
ner le  différend  qui  éloit  entre  les  églises  de  Saint  Jean  et 
de  saint  Etienne  de  Besançon,  sur  la  prééminence.  En 
\\\%  Josceran  '  obtint  du  pape  Pascal  une  bulle  du  24  de  Gaii.  chr.  nov.  t. 
Mars,  qui  confirme  à  l'église  de  Lyon  le  droit  de  primatie. 
Enfin  nous  voyons  que  Josceran  étoit  encore  sur  le  siège  de 
Lyon  en  \\\1 ,  puisqu'il. accorda  cette  année,  avec  l'agré- 
ment des  chanoines  '  de  sa  cathédrale,  l'église  d'Aurillac,  à  oau.  chr.  u>. 
Girbald  abbé  de   Savigni. 


ROBERT    D'ARBRISSEL, 

Fondateur 
DE    L'ORDRE   DE  FONTEVRAUD.. 
obert  '  (-1)  d'Arbrissel,   ainsi   appelle  du  nom   du  lieu  Mab.  ann^t.  5,  p. 

,  i  •  i>         ia«w  311,  n.  66. 

de  sa  naissance,  vint  au  monde,  environ  1  an  -1U47,  au 
village.  d'Arbrissel ,  aujourd'hui  Arbresec,  près  la  Guerche, 
dans  le  diocèse  de  Rennes.  Son  père  nommé  d'Amalioc, 
étoit  d'une  condition  médiocre;  sa  mère  s'appelloit  Orgueil. 
11  eut  un  frère  nommé  Fulcodius.  Comme  les  parais  de 
Robert  le  destinoient  à  l'état  ecclésiastique ,  ils  l'appliquèrent 
de  bonne  heure  à  l'étude ,  dans  laquelle  il  fit  tant  de  progrès 
qu'il  eut  bien-tôt  épuisé  toute  la  capacité  des  maîtres  de  la 
province;  ensorte  que  ne  trouvant  plus  personne  dans  son 
pays  qui  pût  lui  rien  apprendre,  il  alla  l'an  -1074  à  Paris, 
pour  satisfaire  l'envie  qu'il  avoit  de  s'instruire;  peu  après,  il 
reçut  l'ordre  de  la  prêtrise.  Silvestre  de  la  Guerche,  seigneur 
de  Pouancé  en  Anjou,  chancelier  de  Bretagne  et  évêque 
de  Rennes,  qui  sans  être  sçavant  ',  chérissoit  ceux  qui  se  Ajbric.  vit.  Rob. 
distinguoient  par  leur  science,  étant  informé  du  mérite  et 
de  la  capacité  de  Robert,  l'invita  environ  l'an  -1085,  à  venir 
près  de  lui,  pour  se  servir  de  ses  lumières  et  l'employer 
dans    le    gouvernement    de    son    diocèse.   Il    lui   confia    la 

(1)  Robert  s'est  rendu  plus  célèbre  par  sa  sainteté  que  par  ses  écrits  ;  et  si  nous 
le  plaçons  dans  cet  ouvrage,  c'est  moins  a  cause  de  ses  travaux,  littéraires,  qu'à 
cause' de  ses  travaux  apostoliques  :  il  a  plus  édiflé  l'église,  qu'il  n'a  enrichi  la  ru- 
publiquedes  lettres.  Néanmoins  comme  il  s'est  rendu  célèbre  par  un  nouvel  insti- 
tut, et  qu'il  a  donné  occasion  à  quelques  contestations  parmi  les  sçavans,  nous 
avons  cru  pouvoir  lui  donner  place  parmi  eux. 

Tome  X.  V 


m  siècle.       ^54  ROBERT  D'ARBRISSEL, 


Baiii.  vie  des  ss.  dignité  d'arehiprêtre ,  et  le  fit  son  vicaire  général.  '  Ro- 
bert justifia  par  sa  conduite  le  choix  de  son  évêque  ;  comme 
il  avoit  autant  de  zèle  que  de  lumière,  il  entreprit  de 
rétablir  la  discipline  ecclésiastique  et  y  donna  tous  ses  soins. 
Il  avoit  tous  les  talens  nécessaires  pour  réussir  dans  une 
entreprise  aussi  difficile;  un   grand  zèle  joint  à  la  science, 

Hist.  de  Bret.  de  une  santé  robuste  :  '  il  étoit  agréable  dans  ses  discours,  hum- 
ble sans  foihlesse,  éclairé,  charitable,  entreprenant  sans 
indiscrétion,  éloquent  et  persuasif.  Il  s'occupa  pendant 
quatre  ans  avec  un  succès  qui  combla  de  joie  l'évêque  de 
Rennes,  et  surpassa  ses  espérances,  à  combattre  des  abus  in- 
vétérés par  une  longue  suite  d'années;  à  purger  le  clergé  du 
trafic  scandaleux  des  bénéfices,   qui  se  faisoit  publiquement 

Mab.  ib.  par  la  confidence  et  la  simonie  ;  '  à  rompre   les  mariages  in- 

cestueux ,  qui  étoient  communs  ;  à  empêcher  le  concubi- 
nage des  prêtres;  à  pacifier  les  troubles  et  les  divisions  des 
familles;  à  retirer  les  biens  de  l'église;  enfin  à  remédier  à 
la  corruption  des  mœurs,  qui  étoit  déplorable  en  ce  siècle. 
Tandis  que  Robert  travailloit  ainsi  avec  tant  de  zèle  et 
de  succès  sous  l'autorité  de  l'évêque  de  Rennes ,  à  réta- 
blir la  discipline  ecclésiastique,  et  à  ramener  les  fidèles  aux 
règles  de  la  vie  chrétienne;  la  mort  enleva  ce  bon  pré- 
lat. Alors  Robert  jugeant  que  son  ministère  deviendroit 
inutile,  n'étant  plus  appuyé  de  l'autorité  épiscopale,  et 
se  voyant  déjà  lui-même  exposé  au  ressentiment  et  à  la  ven- 
geance des  mauvais  ecclésiastiques  ennemis  de  la  réforme 
qu'il  avoit  établie;  il  prit  le  parti  de  se  retirer,  et  alla  en- 
seigner la  théologie  à  Angers.  Ce  fut  l'an  4089  :  son  sé- 
jour dans  cette  ville  ne  fut  que  de  deux  ans.  Etant  abso- 
lument dégoûté  du  monde,  à  la  vue  de  la  corruption  des 
mœurs  qui  y  régnoit,  et  craignant  de  ne  pouvoir  y  opérer 
son  salut,  quoiqu'il  menât  une  vie  très-retirée  et  très-pé- 
nitente, il  alla  l'an  4  0£M    avec  un  seul  compagnon,  se  ca- 

De  la  Mainf.  t.  2,  cher  dans    la   forêt  de   Craon ,   '  vers  les  confins  de  l'An- 

clip.  Fonieb.  ord.    .  ,       ,       „  .  ...  ,, 

p.  498.  jou   et    de    la    Bretagne,    pour    ne    plus    travauler   qu  a    sa 

propre  sanctification  dans  la  solitude  et  le  silence.  Il  s'y 
abandonna  à  toutes  les  impressions  de  la  grâce  et  de  l'es- 
prit de  Dieu  qui  vouloit  faire  de  lui  un  nouveau  Jean-Bap- 
tiste, dont  la  voix  après  avoir  retenti  dans  les  déserts,  se 
feroit  entendre  aux  rois  et  aux  princes  de  la  terre. 


FOND.  DE  L'ORD.  DE  FONTEVRAUD.       155      x»  siècle. 


'  Dans  cette  retraite  Robert  se  livra  tout  entier  à  son  ar-  Hist.  de  Bret.  p. 
deur  pour  la  pénitence  ;   '  un  cilice  très-rude   lui  couvroit 
le  corps;  la   terre  toute  nue  fut  son  lit;   il  renonça  pour 
toujours  au  vin ,  aux  viandes  délicates ,  et  presque  au  som- 
meil. '  Enfin   il    inventoit  chaque   jour   quelques  nouveaux  Mat>.  ib. 
moyens  pour  dompter  son  corps  et  crucifier  le  vieil  homme. 

On  vit  bientôt  arriver  de  tous  côtés  dans  ce  désert ,  une 
infinité  de  personnes  attirées  par  la  réputation  d'une  vie  si 
sainte  et  si  extraordinaire.  Robert  leur  prêcha  la  pénitence 
avec  des  paroles  si  touchantes  et  si  animées  que  plusieurs 
voulurent  demeurer  avec  lui  et  tâchèrent  de  l'imiter.  '  Il  Mab.  ib. 
commença  dès-lors,  c'est-à-dire,  vers  l'an  -1096,  de  for- 
mer un  nouvel  ordre  de  chanoines  réguliers.  Sa  réputation 
croissant  toujours,  le  nombre  des  solitaires  augmentoit 
tous  les  jours,  et  en  peu  d'années  toutes  les  forêts  des  con- 
fins du  Maine,  de  la  Normandie,  de  la  Rretagne  et  de  l'An- 
jou, furent  peuplées  de  ces  nouveaux  anachorètes,  qui  re- 
traçoient  dans  un  siècle  corrompu ,  la  vie  admirable  des  an- 
ciens solitaires  de  la  Thébaïde. 

Le  premier  établissement  de  Robert,  fut  celui  qu'il  fit 
dans  la  forêt  de  Craon.  '  Renaud  seigneur  de  Craon,  fils  de  Mab.  ann.  t.  5,  p. 
Robert  le  Rourguignon ,  lui  abandonna  une  partie  assez  con- 
sidérable de  cette  forêt ,  pour  y  établir  une  abbaye  de  cha- 
noines réguliers ,  et  lui  en  fit  une  donation  dans  une  assem- 
blée célèbre  qui  se  tint  à  Angers  l'an  4096.  Telle  est  l'origine 
de  l'abbaye  de  la  Roë ,  de  Rota  (4  ).  Voici  l'occasion  de  l'as- 
semblée d'Angers.  Le  pape  Urbain  II  qui  étoit  venu  dès 
l'année  précédente  en  France,  et  y  avoit  tenu  un  concile 
à  Clermont,  dans  lequel  il  excommunia  Philippe  I  roi  de 
France,  et  publia  la  fameuse  croisade  pour  le  recouvrement 
de  la  terre  sainte,  alla  l'année  suivante  à  Angers,  où  il  fit  le 
dix  février  la  dédicace  de  l'église  de  S.  Nicolas;  à  laquelle 
se  trouvèrent  les  archevêques  de  Lyon  et  de  Rordeaux,  les 
évêques  d'Angers,  de  Chartres  et  du  Mans.  Le  pape  in- 
formé de  la  sainteté  de  la  vie  et  de  la  force  de  l'éloquence 
de  Robert,  voulut  le  voir  et  l'entendre  prêcher  Robert 
se  rendit  donc  à  Angers,  et  prêcha  à  la  cérémonie  de  la 

(1)  André  Duchesne  rapporte  la  fondation  de  la  Roë  il  l'an  1093  :  elle  fut  com- 
lirmée  par  Urbain  IV  l'an  1096.  Il  y  avoit  des  religieux  avant  1093.  Cela  parolt  dans 
l'acte  de  fondation. 


xiisiicle.       1b6  ROBERT  D'ARBRISSEL, 


dédicace.  Le  pape  aussi  édifié  de  la  vie  du  prédicateur, 
que  satisfait  de  son  éloquence,  le  regardant  comme  un  de 
ces  hommes  extraordinaires  que  Dieu  donne  au  monde  de 
temps  en  temps  pour  le  bien  de  son  église,  le  créa  pré- 
dicateur apostolique,  et  lui  ordonna,  malgré  sa  résistance, 
d'exercer  en  tous  lieux  le  talent  qu'il  avoit  reçu  de  prê- 
cher et  d'administrer  les  sacremens.  Le  seigneur  de  Craon 
fut   si    touché  de  la  prédication  de  Robert,  qu'ayant   fondé 

De  la  Mainf.  clip,  dès  le  lendemain  une  abbaye,  il  la  lui  donna. 

'■  l> p' 18'  Quelque   temps   après   le   pape   tint  la  troisième  semaine 

de  carême  un  concile  à  Tours,  dans  lequel  Robert  fit 
les  premiers  exercices  de  sa  mission  avec  un  succès  dont  tous 
les  historiens  rendent  témoignage.  Là  donation  du  seigneur 
de  Craon  y  fut  confirmée,  et  Robert  fut  fait  prieur  de  la 
Roë,  prœpositus.  11  en  fit  les  fonctions  pendant  deux  ans, 
c'est-à-dire  ,  jusqu'en  \  098  ;  mais  le  nombre  de  ses  disciples 
augmentant,  et  Robert  faisant  réflexion  que  le  caractère  de 
sa  mission  l'empêclioit  en  quelque  sorte  de  s'attacher  à  un 
lieu  particulier,  il  se  démit  entre  les  mains  de  Géofroi  d'An- 
gers d'une  dignité  qui  resserroit  trop  les  bornes  de  son  zèle; 
puis  il  s'abandonna  entièrement  à  l'impression  de  l'esprit  de 
Dieu,  parcourant  les  provinces,  les  villes,  les  bourgades, 
les  déserts,  pour  y  annoncer  la  parole  de  Dieu.  Lorsque 
Robert  au  sortir  d'Angers,  se  retira  dans  la  forêt  '  de  Craon 

Mab.  ann.  t.  5,  p.  il  y  avoit  alors  dans  celte  même  forêt  '  d'autres  anachorè- 
tes qui  avoient  leurs  compagnons  et  leurs  disciples  :  de 
ce  nombre  étoit  Vital  de  Mortain,  qui,  après  avoir  été  cha- 
pelain du  comte  de  Mortain ,  s'étoit  retiré  dans  la  forêt  de 
Craon  :  il  revint  ensuite  dans  sa  patrie,  et  y  fonda  l'abbaye 
de  Savigni.  Raoul  de  la  Futaye  étoit  du  nombre  de  ces  so- 
litaires; il  avoit  d'abord  mené  la  vie  cœnobitique  dans  le 
monastère  de  saint  Jouin  au  diocèse  de  Poitiers,  puis  avoit 
embrassé  celle  des  Anachorètes,  comme  la  règle  de  saint 
Benoit  le  permet  ;  mais  le  plus  célèbre  de  tous  fut  Bernard 
moine  de  l'abbaye  de  saint  Cyprien  de  Poitiers,  puis  abbé 
de  cette  même  abbaye  et  fondateur  de  celle  de  Tyron.  Ces 
solitaires  qui  s'étoient  joints  à  Robert  d'Arbrissel,  devin- 
rent non-seulement  les  imitateurs  de  sa  pénitence,  mais  en- 
core les  coopérateurs  de  son  ministère  et  de  ses  travaux 
apostoliques ,  et  prêchèrent  avec  beaucoup  de  zèle  la  péni- 


FOND.  DE  L'ORD.  DE  FONTEVRAUD.       457      x„  slIi;LI. 

tence  aux  hommes  et  aux  femmes.  Robert  s'appliqua  plus 
particulièrement  à  la  couduite  de  celles-ci  ',  ainsi  que  Vi-  Mab.  ann.  t.  5,  p. 
tal,  comme  il  paroît  par  la  lettre  que  lui  a  écrit  Marbode, 
évêque  de  Rennes.  Ce  qui  fait  voir  que  Rayle  '  n'est  point  Bayie.Dict.au mot 
exact,  en  parlant  des  prédications  de  Robert  d'Arbrissel  et 
de  ses  compagnons,  lorsqu'il  avance  qu'il  y  eût  au  même 
temps  deux  célèbres  prédicateurs  qui  convinrent  avec  lui 
de  partager  les  deux  sexes,  et  de  lui  laisser  le  soin  des  fem- 
mes ,  pendant  qu'ils  se  chargeraient  du   soin  des  hommes. 

Les  trois  prédicateurs  dont  veut  parler  Rayle,  sont  Ro- 
bert d'Arbrissel ,  Rernard  de  Tyron  et  Vital  de  Savigni  :  il 
est  vrai  que  Rernard  et  Vital  prirent  un  soin  plus  particulier 
des  hommes ,  comme  le  dit  l'auteur  que  Rayle  cite  :  Ut  ma- 
ribus  propensius  providerent ;  et  Robert  celui  des  femmes 
qu'ils  avoient  converties,  communi  labore;  mais  il  ne  fut 
pas  le  seul  qui  s'appliqua  à  conduire  dans  les  voies  du  sa- 
lut, les  personnes  du  sexe  que  la  grâce  avoit  touchées  par 
leurs  prédications.  La  lettre  de  Marbode  prouve,  comme 
le  remarque  le  père  Mabillon,  que  Vital  en  prit  soin.  '  Il  Mab.  ib.  n.M. 
faut  dire  la  même  chose  de  deux  autres  solitaires  de  la  fo- 
rêt de  Craon,  qui  étoient  devenus  les  disciples  et  les  com- 
pagnons de  Robert  d'Arbrissel.  L'un  étoit  Hervé  de  la  Tri- 
nité, ainsi  appelle  parce  qu'il  avoit  été  moine  du  mo- 
nastère de  la  Trinité  de  Vendôme;  l'autre  se  nommoit  Sa- 
lomon  :  '  il  est  constant  que  celui-ci  eût  part  à  la  direction  Mab.  ibid. 
des  femmes,  '  puisqu'on  voit  qu'il  fit  bâtir  pour  elles  quel-  it.  1. 71.  p.  sas. 
ques  monastères,  entr'autres  celui  de  Nioyseau  dans  lequel 
on  observe  la  règle  de  saint   Renoît. 

Les  prédications  de  Robert  soutenues  de  ses  exemples, 
firent  une  telle  impression,  qu'en  peu  de  temps  il  fut  suivi 
d'une  infinité  de  personnes  de  l'un  et  de  l'autre  sexe ,  qui 
renonçant  au  monde,  à  tousses  plaisirs  et  à  toutes  ses  vani- 
tés, n'avoient  plus  d'autres  désirs  que  de  passer  le  reste  de 
leur  vie  dans  la  pénitence.  Robert  ne  pouvant  traîner 
après  lui  une  si  grande  multitude ,  et  sa  charité  ne  lui  per- 
mettant pas  d'abandonner  des  âmes  qui  témoignoient  un  si 
grand  désir  de  leur  salut;  il  bâtit  plusieurs  monastères  pour  les 
y  retirer.  '  Le  plus  célèbre  de  tous,  est  l'abbaye  de  Fonte-  Mab.  amr  Bened. 
vraud  dans  le  diocèse  de  Poitiers ,  sur  les  confins  de  la  Tou- 
raine  et  de  l'Anjou  :  là,  dans  un  vallon  couvert  de  ronces 


[XII  SIECLE. 


158 


ROBERT  D'ARBRISSEL. 


Apud  Mab.  ibid. 


Mab  ib. 


et  d'épines ,   qu'on  appelloit   Fontevraud  ou  Fontevaux ,  Ro- 
bert construisit  deux  monastères,   l'un  pour  les  femmes  en 
l'honneur  de  la  sainte  Vierge,   l'autre  pour  les  hommes.  Ce 
lieu  lui   fut   donné   par  une  veuve  nommée  Eremburge,    et 
par  sa  fille  Adelaïs  Riverie ,    selon  le  père  Mahillon.  Le  nom- 
bre de  ces  pénitens   et  de  ces  pénitentes  étoit  si  grand  que 
Baudry  le  fait  monter  à  deux  ou  trois   mille.  Les  plus  cé- 
lèbres d'entre  les   femmes,  étoient  '  Hersende   de    Champa- 
gne ou  de  Clairvaux,   qui  après   la  mort   de  Guillaume    de 
Montsoreau   son  mari ,   s'attacha  à   Robert  ;   Petronille  veu- 
ve  du  seigneur  de    Chemillé,    qui   fut  la  première  abbesse 
de  Fontevraud;    Agnès    sœur  de  Petronille;   Milesine  ;    une 
autre  Agnès  qui  fut  supérieure  du  monastère  d'Orsan  ;    Er- 
mengarde  comtesse    de   Bretagne,    à  qui    Geoffroi    de  Ven- 
dôme  écrit  deux    lettres,    dans  l'une    desquelles    il    la   re- 
prend   de   ce    qu'elle    s'attache    au    monde ,    après  y    avoir 
renoncé. 
Poi-      '  Avant  la  fondation  de  la   célèbre  abbaye  de  Fontevraud , 
Robert  avoit  assisté  au  concile  tenu  à   Poitiers  le  4  8  novem- 
bre -H  00,   par  les  cardinaux  Jean  et  Benoît  légats  du  pape 
Pascal  II ,  et  s'y  étoit  distingué  par  son  zèle  et  son  coura- 
ge.   Geoffroi    rapporte    dans    la    vie    de   Bernard   abbé   de 
p.  Tyron,  que  le  comte  Guillaume,  '  à   qui   Philippe  I  roi  de 
France  avoit  écrit  de  ne  point  souffrir  qu'on  tînt  dans  cette 
ville   un  concile  contre  lui ,  ayant  appris  l'excommunication 
lancée  contre  le  roi  à  cause  de  son  mariage  avec  Bertrade,  et 
craignant  le   même  traitement  pour  lui-même  à   cause   de 

ib.  i.  69,  p  422.  ses  crimes,  '  avoit  exercé  de  grandes  violences  contre  les 
pères  du  concile,  jusqu'à  ordonner  qu'on  les  dépouillât  et 
qu'on  les  mît  à  mort.  Alors  tous  les  évêques  et  les  ab- 
bés  prirent   la   fuite    pour  sauver   leur  vie,  en  sorte  qu'il 

Mab.  ib.  n'y  eut  que  Bernard  et  Robert  qui  demeurèrent  fermes,  et 

persistèrent  à  soutenir  la  sentence  d'excommunication.  Hu- 
gues de  Flavigni  rapporte  la  chose  différemment;  sçavoir, 
que  le  comte  de  Poitiers  pria  instamment  les  pères  du  con- 
cile de  ne  pas  excommunier  le  roi  son  seigneur;  que  quel- 
ques évêques  firent  la  même  chose,  et  que  n'ayant  rien 
obtenu,  ils  s'étoient  retirés  du  concile  avec  menaces;  qu'il 
n'étoit  resté  que  ceux  qui  imitant  le  zèle  de  Phinées,  tin- 
rent fermes   contre   le  trouble  qu'excita  le  peuple,  à  cause 


Concile   de 
tiers. 


Mab.  ann.  t.  5 
p.  416. 


FOND.   DE  L'ORD.   DE  FONTEVRAUD.       459      Xh  siècle. 


de  l'excommunication  lancée  contre  le  roi.  Hugues  ajoute 
qu'il  y  eut  un  clerc  tue  d'un  coup  de  pierre  jellée  par  quel- 
qu'un du  peuple,  qui  avoit  dessein  de  frapper  les  cardinaux  ; 
mais  qu'ils  demeurèrent  fermes  cou, me  des  colomnes ,  ré- 
solus de  mourir  et  de  sceller  la  sentence  de  leur  sang,  s'il 
étoit  nécessaire.  Pour  ce  qui  est  du  comte  de  Poitiers, 
quoique  Guillaume  de  Malmesbury  confirme  ce  qu'en  dit 
l'auteur  de  la    vie   de  Rernard  de  Tyron,  le  père  Mabillon 

désireroit  que  cela  fut  appuyé  d'un  meilleur   témoignage ,  ibid. 
d'autant  que   '  Geoffroi   abbé  de  Vendôme  parle  de  ce  com-  Geof.  ub.  5. 
te  avec  éloge,  et  l'appelle  un  excellent  prince,  et  d'une  vie 
édifiante   :    Optimus  princeps  et    dux  vitœ  laudabilis. 

'Ce   fut  peu  après   le  concile  de  Poitiers,   dont  nous  ve-  Mab.  ann.  t.  s,  1. 
nons   de  parler,  que   Robert  d'Arbrissel   fonda    l'abbaye   de  69' 
Fontevraud.   '  En   cette  année  'H 00,   dit    la  chronique    de  Ampi.coU.t. e, i, 
Tours,   imprimée   par  les  soins  de  D.    Martene,  '  la  quaran-  niid.'p.  1044. 
tieme  du  roi  Philippe;   il  y   eut  un  concile  à  Poitiers,   et 
peu  après  fut  bâti  le  monastère  de  Fontevraud  dans  le  dio- 
cèse de  Poitiers.  La   chronique  de  saint  Florent  de  Saumur  ' 
rapporte   cette  fondation  à  l'année  -MOI,    ce   qui  s'accorde 
fort  bien  avec  celle   de  Tours,   puisque  le  concile  de  Poi- 
tiers ayant  été  tenu  au  mois  de  novembre  44  00;  la  fonda- 
tion de  Fontevraud  qui   fut  faite   peu  après,  ne  peut  guères 
être  placée   qu'en   \\{}\ .    Ce  fut    en    effet  en  cette  année, 
suivant  Cosnier  '  dans  ses  notes  sur  Raudri,   qu'Arembergc  et  p.  111. 
sa  fille  Adélaïde  Riverie  donnèrent  à  Robert  et  au  couvent 
de   femmes  qu'il  avoit   rassemblées  dans   le  vallon  de  Fon- 
tevraud, ce   qu'elles   y  possédoient,   pour  y  bâtir  une  église 
en   l'honneur  delà   sainte  Vierge,  ce  qui  suppose  cependant 
qu'il   y   avoit   déjà    une  communauté   de  religieuses  ;     c'est 
pourquoi  Charles  de  la  Saussaie  dans  son  histoire  d'Orléans, 
fixe  avec  assez  de  vraisemblance  le  commencement  de  Fon- 
tevraud vers  l'an  4 099. 

Mais  le  bienheureux  Robert  ne  bâtit  alors  que  de  pau- 
vres cabanes,  tuguriola  et  un  oratoire,  où  les  femmes 
vaquoient  à  la  prière,  pendant  que  les  hommes  travail- 
loient  dans  un  lieu   séparé  pour   subvenir  à  leur  subsistance. 

Ceux  qui  étoient  engagés  dans  les  ordres  sacrés,  chantoient  Baidr.  c.  3,  n.  n. 
ensemble  des   pseaumes  et  célébroient  les  saints  mystères. 
Ils    vivoient    dans    une    union    parfaite,    et    gardoient   un 


III  SIECLE. 


4  60 


ROBERT  D'ARBRISSEL, 


Ibid.n.  lO.iCosn. 
p.  113. Ide  la  Mauiî. 
dissert.  2.  p.  135. 


Ep.  21. 


exact  silence  ;  ils  étoient  extrêmement  pauvres ,  et  à  peine 
étoient-ils  à  couvert  des  injures  de  l'air.  Pour  conserver  la 
mémoire  de  cette  extrême  pauvreté  qu'ils  chérissoient ,  le 
bienheureux  fondateur  voulut  que  ses  enfans  n'eussent  do- 
rénavant d'autre  nom  que  celui  de  pauvres  de  Jesus-Christ. 
Pauperes  Christi.  Ils  sont  effectivement  ainsi  désignés  dans 
plusieurs  titres  de  Fontevraud.  Robert  refusa  tout  titre  de 
supériorité,  et  ne  conserva  que  celui  de  maître,  qu'il  avoit 
toujours  eu  comme  docteur. 

Des  commencemens  si  heureux  furent  bientôt  traversés 
par  le  père  du  mensonge ,  Dieu  le  permit  ainsi  selon  sa 
conduite  ordinaire  pour  éprouver  son  serviteur.  Un  au- 
cosn.  p.  98,  S95.  teur  anonyme,  qu'on  croit  être  Roscelin,  '  dont  les  erreurs 
avoient  été  condamnées  au  concile  de  Soissons  en  \  09o , 
fit  courir  une  lettre  très-injurieuse  contre  lui,  au  sujet  sans 
doute  de  son  institut,  dont  les  femmes  étoient  le  principal 
objet.  Nous  ne  connoissons  cette  lettre  que  parce  qu'Abé- 
lard  '  en  écrivit  quelques  années  après  à  Gawn  évêque  de 
Paris.  La  réputation  de  Robert  fut  ainsi  attaquée  par  l'en- 
droit le  plus  humiliant  et  de  la  manière  la  plus  outrageante. 

Peut-être  que  la  fermeté  qu'il  venoit  de  faire  paroitre 
au  concile  de  Poitiers,  en  soutenant  les  intérêts  du  pape, 
et  que  l'ardeur  de  son  zèle,  qui  n'épargnoit  personne,  lui 
attirèrent  des  ennemis  plus  redoutables'  que  ne  î'étoit  un  au- 
teur aussi  décrié  que  Roscelin,  et  que  l'esprit  de  ténèbres 
se  servit  de  ces  ennemis  pour  deshonorer  Robert. 

La  calomnie  fut  portée  à  un  tel  excès,  que  des  personnes 
distinguées  par  leur  dignité  ,  leur  science  et  leur  mérite,  s'y 
laissèrent  entraîner ,  et  lui  écrivirent  à  ce  sujet  en  des  termes 
très-durs  et  très-mortifians.  De  ce  nombre  furent  Mar- 
Ep.  e,  âpud  HUde-  bode,  '  évêque  de  Rennes,  et  Geoffroi  abbé  de  la  Trinité 
de  Vendôme  :  il  y  a  lieu  d'être  étonné  que  deux  hommes 
aussi  éclairés  ayent  pu  se  laisser  prévenir  contre  un  mission- 
naire généralement  estimé  et  honoré,  sur  des  bruits  vagues, 
sans  remonter  à  la  source  et  sans  assez  examiner  sur  quoi 
ils  étoient  fondés.  Ce  sont  là  des  suites  de  la  misère  de 
l'homme,  dont  on  n'a  que  trop  vu  d'exemples  dans  les  siècles 
précédens;  et  plût  à  Dieu  qu'on  n'en  vît  pas  encore  de  sem- 
blables! N'a-t-on  pas  vu  S.  Méléce,  S.  Chrysostome  mal- 
traités par  des  Saints  même?  C'est  toute  la  réponse  qu'il  y 

auroit 


bert 


XII  SIECLE. 


FOND.  DE  L'ORD.   DE  FONTEVRAUD.      4M 

auroit  à  faire  sur  ce  qui  est  dit  au  désavantage  de  Robert 
dans  les  lettres  de  Marbode  et  de  Geofroi  :  et  c'est  en 
vain  que  quelques  critiques  se  sont  donné  la  torture,  pour 
prouver  que  ces  lettres  n'ont  point  été  écrites  par  les  au- 
teurs dont  elles  portent  les   noms. 

'  Les  Bollandistes  prétendent  que  la  lettre  qui  porte  le  ^  tebt.  in  noiu 
nom  de  Geofroi  abbé  de  Vendôme,  est  celle  de  Roscelin,  Hob.p.602,  coi.  2, 
dont  parle  Abelard  écrivant  à  l'évêque  de  Paris.  Ils  ne  par-  n  61- 
lent  point  de  celle  de  Marbode,  dont  apparemment  ils 
n'avoient  pas  connoissance  pour  lors.  Le  P.  de  la  Main- 
ferme  ,  dans  son  Clipeus  nascentis  Fontebraldensis  ordinis , 
est  du  même  avis  que  les  Bollandistes,  et  traite  plus  au 
long  ce  sujet,  qui  lui  a  paru  si  intéressant,  qu'il  en  a  fait 
le  capital  de  son  ouvrage.  C'est  dommage  que  cet  auteur 
se  soit  donné  tant  de  peine,  pour  prouver  la  supposition  de 
deux  monumens  dont  on  ne  peut  raisonnablement  contester 
l'autenticité.  Il  avoit  une  voie  plus  courte  pour  se  débarras- 
ser de  ces  deux  pièces  si  incommodes,  en  répondant  sim- 
plement que  Marbode  et  Geofroi  ont  été  surpris  et  trom- 
pés, comme  saint  Jérôme  et  saint  Epiphane  l'ont  été  au- 
trefois à  l'égard  de  s.  Jean  Cbrysosfome.  Cette  voie  eût  été 
plus  simple  et  aussi  bonorablc  à  Robert  d'Arbrissel.  Quel- 
que zélés  que  puissent  être  les  enfans  du  bienbeureux  Ro- 
bert pour  l'honneur  de  leur  père,  ils  n'ont  pas  sujet  de  se 
plaindre  de  la  comparaison  que  nous  en  faisons  avec  le  saint 
évêque  de  Constantinople. 

Pour  venir  à  la  lettre  de  Geofroi  de  Vendôme  et  à  celle 
de  Marbode  de  Rennes,  sans  entrer  dans  la  discussion  de 
ce  point  de  critique  que  nous  nous  réservons  de  traiter  ail- 
leurs, nous  remarquerons  seulement  que  l'une  et  l'autre  se 
trouvent  dans  les  manuscrits  du  temps,  et  qu'on  recon- 
noît  dans  chacune  le  style  de  son  auteur.  Il  est  vrai  que 
celle  de  Geofroi  de  Vendôme  ne  se  trouve  pas  dans  le 
manuscrit  qu'on  conserve  dans  cette  abbaye ,  et  qui  est  re- 
gardé comme  l'original,  mais  elfe  y  étoit  lorsque  le  P. 
Sirmond  la  publia,  comme  il  est  aisé  de  s'en  convaincre, 
en  examinant  le  manuscrit  où  il  en  reste  encore  une  par- 
tie. Enfin  elle  se  trouve  dans  d'autres  manuscrits.  On  peut 
voir  ce  qu'a  dit  à  ce  sujet  D.  Rivet  dans  le  volume  ',   qui  Mab.  Mus  itai.  t. 

•    >  1  1    •  .  tr  '        1.  p.  54  et  lbi.|P. 

précède  celui   que    nous  donnons  au   public.  seeetsuiv. 

t  j     Tome  X.  X 


XII  SIECLE. 


H62  ROBERT  D'ARBRISSEL, 


Du  reste  tout  ce  que  les  ennemis  du  B.  Robert  purent 
répandre  contre  lui,  ne  fit  aucune  impression  sur  ceux  qui 
connoissoient  la  vertu  de  ce  saint  missionnaire.  Sa  réputa- 
tion fut  toujours  la  même  dans  tous  les  lieux  qu'il  avoit 
parcouru  jusqu'alors.  11  continua  d'être  regardé  comme  un 
zélé  prédicateur  des  maximes  de  l'évangile ,  inspiré  de  Dieu , 
et  comme  un  apôlre  qui  répandoit  partout  où  il  passoit 
la  bonne  odeur  de  Jesus-Christ.  Marbode  même  et  Geo- 
froi  de  Vendôme  revinrent  bientôt  de  leurs  préventions, 
et  se  lièrent  d'une  étroite  amitié  avec  lui. 

cosn.p.  us.  'Dès  l'an  \\0\  ,   Robert  parut  en  Bretagne   occupé  à  des 

missions,  avec  plusieurs  de  ses  disciples.  On  l'y  vit  en- 
core l'année  suivante  :  il  est  vraisemblable  que  Marbode 
l'y  avoit  invité.  Ce  fut  dans  ces  niissions  qu'il  s'acquit 
l'estime  et  la  confiance  de  la  comtesse  Ermengarde  qui  se 
retira  dans  la  suite  à   Fontevraud   où  elle  embrassa    la   vie 

id.  1,  ep.24et26,  religieuse.    Plusieurs  lettres   de   Geofroi   '    nous   apprennent 

32. quels  étoient  ses  sentimens  pour  Robert  et  pour  ses  reli- 
gieuses qu'il  alloit  visiter  de  temps  en  temps.  Enfin  en  \\\A 
il  fit  une  association  de  prières  avec  Fontevraud.  C'est 
ainsi  que  les  mauvais  bruits  qu'on  avoit  répandus  contre 
ce  saint  missionnaire,  se  dissipèrent  et  tombèrent  d'eux- 
mêmes. 

Comme  Robert  ne  pou  voit  interrompre  ses  missions, 
ni  retenir  l'ardeur  de  son  zèle  contre  les  vices  qui  domi- 
noient  alors,  il  se  déchargea  du  soin  des  monastères  qu'il 
faisoit  bâtir  à  Fontevraud,  et  même  en  partie  du  gouver- 
nement de  son  nouvel  institut,  sur  Hersinde,  lui  donnant 
pour  aide  Petronille,  toutes  deux  veuves  d'un  rare  mérite 
et  de  la  première  noblesse  du  pays.  La  première  fut  éta- 
blie prieure  en  l'an  M 04,  et  la  seconde  économe;  ce  qui 
fait  juger  que  les  monastères  de  Fontevraud  étoient  alors 
achevés,  ou  du  moins  en  état  d'être  habités.  11  y  en  avoit 
trois,  dont  le  premier  et  le  principal  étoit  pour  les  vierges, 
et  l'église  fut  consacrée  en  l'honneur  de  la  sainte  Vierge.  Le 
second  paroît  avoir  été  destiné  pour  les  veuves  qui  avoient 
soin  du  temporel  et  des  malades  :  il  devoit  y  avoir  de  gran- 
des salles  pour  toutes  sortes  de  malades  de  l'un  et  de  l'autre 
sexe ,  même  pour  les  lépreux  ;   car  Robert  ne  refusoit  pei- 

Baid.  c.  4.  sonne.       On  y   bâtit   une  église   en    l'honneur   du  Lazare. 


FOND.   DE  L'ORD.   DE  FONTEVRAUD.       163 


XI!  SIECLE. 


Le  troisième  eut  aussi  une  église  particulière  dédiée  à  la 
Madeleine.  Dans  celui-ci  étoient  les  femmes  et  les  filles 
que  Robert  avoit  retirées  du  désordre;  car  il  n'y  a  pas  lieu 
de  douter  qu'elles  ne  fussent  séparées  des  vierges,  non 
seulement  à  Fontevraud,  mais  dans  les  autres  monastères 
de  l'ordre.  Nous  en  trouvons  un  témoignage  bien  auten- 
tique  dans  la  vie  de  saint  Pierre  de  Tarentaise  '  touchant  n.  i. 
le  monastère  d'Hautebruiere  que  Louis  le  Gros  fit  bâtir 
pour  la  reine  Bertrade.  Ces  trois  communautés  étoient  gou- 
vernées par  une  seule  prieure,  à  laquelle  le  B.  Robert  avoit 
aussi  soumis  le  monastère  d'hommes,  par  une  dévotion  assez 
singulière,  pour  ne  pas  dire  assez  bisarre.  On  voit  encore 
aujourd'hui  à  Fontevraud  ces  trois  monastères  dans  la  même 
enceinte,  avec  leur  cloître  et  leur  église.  Ceux  du  La- 
zare et  de  la  Madeleine  sont  habités  par  les  religieuses 
auxquelles  l'âge  et  les  infirmités  ne  permettent  pas  de  sou- 
tenir les  veilles  de  la  nuit,  et  de  pratiquer  l'ancienne  ob- 
servance. Ainsi  on  peut  les  regarder  proprement  comme 
des  infirmeries.  Ces  deux  communautés  se  réunissent  ce- 
pendant tous  les  jours  pour  assister  à  la  messe  conventuelle 
et  à  vêpres. 

Le  nouvel  institut  fut  confirmé  par  une  bulle  de  Pascal  II 
qui  la  donna  le  26  mars  de  l'an  4-106,  à  la  sollicitation 
de  Pierre  évêque  de  Poitiers.  Ce  prélat  ami  zélé  de  Robert, 
s'étoit  donné  des  mouvemens  infinis  pour  l'établissement 
de  Fontevraud,  et  il  alla  lui-même  à  Rome  pour  en  de- 
mander la  confirmation.  A  son  retour  il  accorda,  en  faveur 
de  cette  maison ,  un  privilège  dans  lequel  il  qualifie  Ro- 
bert d'homme  apostolique  continuellement  occupé  à  la  pré- 
dication de  la  parole  de  Dieu,  et  qui  par  ses  saintes  exhor- 
tations, avoit  engagé  quantité  de  personnes  de  l'un  et  de 
l'autre  sexe  à  renoncer  aux  pompes  du  siècle.  Le  pape  Ca- 
liste  II  confirma  encore  par  une  bulle  très-ample  donnée 
à  Marmoutiers  près  de  Tours  le  4  5  septembre  -H 1 9  ,  le  nou- 
vel institut  de  Fontevraud ,  les  biens  et  tous  les  monastères 
qui  en  dépendoient.  Il  avoit  consacré  le  dernier  jour  du 
mois  précédent  la  magnifique  église  bâtie  '  par  les  soins  de  çosn.  p.  in  et 
Foulques    comte   d'Anjou,    depuis   roi  de  Jérusalem. 

Pour   revenir   à   Robert,  il  étoit   toujours    occupé  à  ses 
missions,  et  venoit  seulement  visiter  de  temps  en  temps  le 


III  SIECLE. 


464  ROBERT  D'ARBRISSEL, 


monastère  de  Fontevraud  dont  il  avoit  donné  le  gouverne- 
.  ment  à  Hersinde  et  à  Petronille.  En  4  4  04  il  assista  au  con- 
ciip.  dissert.  3.  t".  cile  de  Beaugenci ,  où  le  P.  de  la  Mainferme  '  croit  qu'on 
2,  p.  60etsmv.  j'avojt  appelle,  pour  engager  Bertrade  par  ses  exhortations 
pathétiques  à  se  séparer  du  roi  Philippe.  Cette  grande  af- 
faire ne  fut  terminée  que  quelques  mois  après  dans  un 
autre  concile  tenu  le  2  décembre  à  Paris.  Depuis  ce  temps 
Bertrade  fut  fort  attachée  à  Robert.  Elle  se  retira  même  à 
Fontevraud ,  et  y  demeura  pendant  que  le  roi  Louis  le  Gros 
lui  faisoit  bâtir  le  monastère  de  Hautebruicre.  Elle  se  propo- 
soit  d'y  passer  le  reste  de  ses  jours  dans  la  pénitence,  pour 
expier  les  égaremens  de  sa  vie  ;  mais  à  peine  y  fut-elle  ar- 
rivée ,  vers  l'an  4  -H  5 ,  qu'elle  mourut  dans  les  travaux  de 
la  pénitence  qu'elle  avoit  embrassée  avec  beaucoup  de  fer- 
veur. 

Cette  même  année  4445  Robert  épuisé  par  la  fatigue  des 
voyages  qu'il  avoit  faits  dans  la  plupart  des  provinces  du 
Royaume,  et  par  les  austérités ,  tomba  malade;  et  ayant 
assemblé  tous  ses  religieux,  il  leur  dit  qu'il  étoit  près  de 
sa  fin,  et  qu'il  désiroit  de  sçavoir  avant  de  mourir,  s'ils 
étoient  bien  résolus  de  persévérer  dans  l'état  qu'ils  avoient 
embrassé,  et  d'obéir  au  commandement  des  servantes  de 
Andr.  Jésus- Christ  :  '  Utrum  permanere   velitis  in  vestro  proposito , 

ut  scilicet . .  .   obediatis  ancillarum  Christi  prœcepto. 

Tous  les  religieux  répondirent  unanimement  qu'ils 
étoient  disposés  à  pratiquer  inviolablement  tout  ce  qu'il 
leur  avoit  prescrit;  et  ils  firent  en  même-temps  un  vœu 
de  stabilité  entre  ses  mains.  Le  B.  Robert  avoit  tellement 
à  cœur  l'article  de  son  institut  qui  soumet  les  religieux 
aux  religieuses,  qu'il  engagea  de  nouveau  les  premiers  en 
présence  de  plusieurs  évêques  et  abbés,  à  promettre  qu'ils 
obéïroient  jusqu'à  la  mort  aux  servantes  de  Jésus-Christ. 
Il  fit  ensuite  faire  l'élection  d'une  abbesse.  Petronille  de 
Chemillé  fut  élue  le  28  octobre  4  145,  et  choisie  parmi 
les  veuves ,  parce  que  Robert  jugea  qu'elle  avoit  plus  de 
talent  pour  remplir  cette  place ,  étant  plus  versée  dans  les 
affaires.  C'est  pour  cela  qu'après  avoir  obtenu  de  Pascal  II 
la  confirmation  de  l'élection  de  Petronille,  il  déclara 
qu'on  ne  pourroit  prendre  dorénavant  les  abbesses  de  Fonte- 
vraud   que  parmi    les  sœurs   laïques,   et  jamais   parmi    les 


FOND.  DE  L'ORD.   DE  FONTEVRAUD.       169      XII  siècle 

vierges  du  grand  monastère.  Mais  ce  statut  n'a  pas  été  long- 
tems  observé. 

La  mort  de  Robert  n'étoit  point  si  proche  qu'il  l'a- 
voit  cru;  il  releva  de  sa  maladie,  et  vécut  jusqu'au  25 
février  de  l'année  1117.  Dans  cet  interval  il  fit  deujc  voya- 
ges à  Chartres.  En  1116  il  réconcilia  le  célèbre  lves  de 
Chartres  avec  Bernard  abbé  de  Bonneval  ;  après  quoi  il  . 
alla  célébrer  la  fête  de  la  Nativité  dans  le  monastère  de 
Hautebruyere ,  qui  venoit  d'être  fondé.  Mais  il  fut  aussi- 
tôt obligé  de  revenir  à  Chartres ,  pour  pacifier  les  troubles 
que  la  mort  d'Ives  avoit  occasionnés  entre  le  comte  Thi- 
bault et  les  chanoines,  au  sujet  d'un  successeur.  Robert 
ayant  rétabli  le  calme,  partit  de  Chartres  accompagné  de 
Bernard  de  Tyron ,  et  alla  à  Blois  visiter  Guillaume  comte 
de  Nevers  son  ami,  que  Thibault  y  retenoit  prisonnier.  Là 
Robert  ayant  quitté  Bernard  pour  ne  plus  le  revoir,  alla 
à  Orsan  monastère  de  son  ordre  dans  le  Berri ,  et  de-là  à 
l'abbaye  du  Bourg-Dieu,  où  il  prêcha  pour  la  dernière 
fois.  Après  y  avoir  terminé  quelques  différends  survenus 
entre  le  comte  Alard  et  les  religieuses ,  Ml  revint  à  Orsan 
avec  grande  peine,  s'étant  trouvé  fort  mal  en  chemin.  Ce 
fut-là  que  Robert  termina  saintement  sa  carrière,  après 
avoir  reçu  les  sacremens  de  l'église  avec  de  grands  senti - 
mens  de  piété.  Les  auteurs  ne  sont  point  d'accord  sur  le 
jour  de  sa  mort.  L'auteur  anonyme  d'une  vie  abrégée  de 
Robert  le  fait  mourir  le  vendredi  23  février;  le  P.  Niquet 
fixe  sa  mort  au  24  ;  une  ancienne  chronique  de  saint  Aubin 
donnée  '  par  le  P.  Labbe,  la  place  le  25  février  1116,  selon  Bibi.  t.  î. 
l'ancienne  manière  de  compter ,  c'est-à-dire  111 7  ;  Pavillon 
la  diffère  jusqu'au  26.  Mais  parmi  ces  différens  sentimens 
celui  qui  place  la  mort  de  Robert  le  25  février,  semble 
mériter  la  préférence,  étant  non  seulement  conforme  à  la 
tradition  de  l'ordre,  mais  encore  appuyé  de  l'autorité  de  plu- 
sieurs nécrologes  de.  Fontevraud,  et  enfin  suivi  par  plu- 
sieurs habiles  critiques. 

'Le  P.  Pagi    s'-écartant  de    tous   ces  sentimens,   prétend  Ad  an.  un,  n 
que  Robert  est  mort  le  21  février,  et  que  le  vingt-cinquième 
est  le  jour  que  son  corps  fut  inhumé  à  Fontevraud.  Ce  cri- 
tique s'appuie   de  l'autorité  d'un   auteur   anonyme  disciple 
de  Robert  qui ,  selon  lui ,  fixe  sa  mort  au  21  février.  Mais 

1  3  * 


XII  SIECLE. 


466  ROBERT  D'ARBRISSEL, 


tout  cela  n'est  qu'une  conjecture  du  P.  Pagi,  qui  peut  même 
être  détruite  par  l'anonyme  qu'il  cite  en  sa  faveur.  Il  est 
vrai  que  cet  auteur  (qui  n'est  autre  qu'André)  après  avoir 
rapporté  tout  ce  que  Robert  fit  le  lundi,  le  mardi  et  mer- 
credi,  c'est-à-dire ,  les  4  9 ,  20  et  24  de  février,  ne  fait  plus 
aucun  détail  des  jours  suivans  ;  mais  ce  n'est  pas  une  raison 
suffisante  pour  conclure  absolument,  comme  fait  le  P.  Pagi, 
que  Robert  mourut  le  lendemain  mercredi  2-1  du  mois.  Car 
quand  bien  même  cet  écrivain  (qui  n'est  qu'un  avanturier) 
mériteroit  quelque  considération  ,  il  est  aisé  de  répondre  que 
quoiqu'il  n'ait  pas  fait  de  détail  particulier  des  jours  qui 
suivent  le  24  ,  on  peut  croire  avec  fondement  que  ce  qu'il 
rapporte  s'être  passé  la  nuit  du  mercredi  au  jeudi,  appar- 
tient aussi  aux  jours  suivans.  11  n'y  a  pas  même  d'appa- 
rence que  Robert  foible  et  prêt  d'expirer,  ait  pu  prononcer 
de  suite  les  longs  discours  qu'il  lui  met  dans  la  bouche.  Ainsi 
tout  ce  que  rapporte  cet  auteur,  en  lui  donnant  une  au- 
torité qu'il  n'a  point,  comme  on  le  verra  dans  l'article 
suivant,  ne  devroit  être  regardé  que  comme  un  recueil  de 
toutes  les  pieuses  affections  que  le  moribond  exprimoit  de 
temps  en  temps  tous  les  jours  qui  suivirent  le  mercredi  jus- 
qu'à celui  de  sa  mort.  L'auteur  fait  assez  voir  lui-même  que 
le  mercredi  ne  fut  pas  celui  de  la  mort  de  Robert ,  lors- 
qu'il dit  qu'il  communia  non  seulement  le  lundi  et  le  mardi 
mais  encore  tous  les  autres  jours  de  sa  maladie  :  Sed  etiam 
omnibus  diebus  quibus  in  infirmitnte  jacuit.  Enfin  le  25  de 
février  ne  peut  point  être  le  jour  des  funérailles  de  Robert, 
comme  le  veut  le  P.   Pagi,   en  supposant  qu'il  fût  mort  le 

cosn.  p.  125.  24  ,  puisque  ses  funérailles  ne  se  firent  '  que  douze  jours 
après  sa  mort  :  ce  qui  donna  occasion  au  panégyriste  de  Ro- 

Boii. 25  febr.  bert  de  tirer  une  preuve  de  sa  sainteté, 'de  ce  que  son  visage 
et  tout  son  corps  s'étoient  conservés  douze  jours  entiers 
sans  corruption ,  malgré  le  transport  et  le  concours  infini 
de  peuples    qui    l'approchoient  et  le   toueboient. 

Le  corps  de  Robert  fut  apporté  d'Orsan  à  Fontevraud, 
comme  il  l'avoit  demandé.  Ce  ne  fut  qu'avec  peine  que 
les  religieuses  d'Orsan  se  virent  enlever  les  précieuses  re- 
liques de  leur  bienheureux  fondateur.  Pour  les  consoler, 
on  leur  laissa  son  cœur.  Léger  archevêque  de  Bourges, 
accompagna  le  corps  d'Orsan  à  Fontevraud. 


FOND.   DE  L'ORD.   DE  FONIEVR.UD.      167      u,  siècle. 

La  vie  de  Robert  fut  écrite  peu  après  sa  mort  par  Bau- 
dri  évèque  de  Dol;  mais  il  ne  nous  apprend  rien  de  par- 
ticulier sur  ses  prédications.  On  trouve  seulement  dans  un 
manuscrit  de  Vendôme  une  exhortation  qu'il  fit  à  Ermen- 
garde  comtesse  de  Bretagne,  pour  la  consoler  sur  les  cha- 
grins que  lui  causoit  le  comte  son  mari  par  ses  dérangemens , 
et  sur  la  nécessité  où  elle  étoit  de  demeurer  parmi  une  na- 
tion qu'il  appelle  féroce  et  extrêmement  grossière.  C'est 
ainsi  qu'il  parle  des  Bretons  qui  n'ont  pas  été  mieux  traités 
par  Marbode  ;  ce  que  nous  rapportons  sans  souscrire  à  *P"d  «UJ 
leur  jugement.  Robert  avertit  la  princesse  de  se  tenir  en 
garde  contre  les  vices  spirituels.  Connue  elle  avoit  quelque 
désir  de  quitter  la  cour,  et  même  de  renoncer  au  monde, 
il  l'exhorte  à  demeurer  dans  la  place  où  Dieu  la  vouloit; 
mais  en  y  pratiquant  les  vertus  chrétiennes,  et  particu- 
lièrement la  charité  envers  Dieu  et  le  prochain.  Cette 
exhortation  peut  être  regardée  plutôt  comme  une  lettre, 
que  comme  un  discours  prononcé  en  public.  Ermengarde 
satisfit  dans  la  suite  son  désir,  et  se  retira  à  Fonlevraud, 
où  elle  se  fit  religieuse. 

On  conserve  dans  cette  maison  et  dans  celles  de  l'ordre, 
les  régies  particulières  que  Robert  donna  quelques  mois 
avant  sa  mort  à  PetroniUe  et  à  ses  tilles.  H  leur  prescrit  un 
silence  continuel,  '  leur  défendant  même  de  parler  par  signes  R«gi-  i 
sans  nécessité.  Il  veut  que  la  clôture  soit  si  exactement  ob- 
servée, que  les  ministres  même  de  l'autel  n'entrent  pas  dans 
l'infirmerie,  pour  y  administrer  les  sacremens.  '  On  portoit  Régi .40. 
les  malades  à  l'église,  pour  les  y  recevoir,  et  plusieurs 
avoient  la  consolation  d'y  consommer  leur  sacrifice.  La 
même  chose  se  pratiquoit  parmi  les  religieuses  de  saint 
Etienne  d'Obazine.  '  Voilà  ce  qui  nous  a  paru  de  plus  re-  Rot.  ad  Andr.  p. 
marquable  dans  les  règles  de  Robert,  que  Cosnier  nous  a 
données  sous  ce  titre  qui  est  tiré  des  anciens  manuscrits  de 
Fontevraud  :  Hac  sunt  capitula  wgularia  magistri  nostri 
dornini  Roberti  de  Arbrissello ,  Petronillœ,  primœ  abba- 
tissce ,  et  nobis  sanctimonialibus  ecclesiœ  Fontis-Ebraldi 
et  aliarum  cellarum  eidem  ecclesiœ  pertinenlium,  data  ab 
ipso  ad    custodiam    religionis   et  discipliner,  dum  viveret.  ibid.  p.  209. 

Il  y   en  a    trois    recueils,  dont  le  premier  contient  qua- 
rante-quatre  articles.   Les  deux  autres  sont  moins  étendus, 


III  SIECLE. 


408  ANDRÉ, 

et  plusieurs  régies  du  premier  recueil  y  sont  répétées  dans 
un  ordre  et  des  termes  diflerens;  ce  qui  donne  lieu  de  croire 
que  Robert  se  contenta  de  les  inspirer  de  vive  voix  à  ses 
filles,  et  qu'elles  ne  furent  rédigées  qu'après  sa  mort.  H  y 
en  a  même  quelques  statuts  dans  ces  recueils,  qui  ne  sont 
pas  de  lui. 

Les  règles  qu'on  prétend  avoir  été  données  aux  hommes 
par  Robert,  sont  distribuées  en  vingt- sept  articles,  sous  ce 
titre,  Prœcepta  recte  vivendi  et  obediendi  Deo  et  B.  M.  et 
serviendi  sanetimonialibus  Fontis-Ebraldi  dédit  magister 
Robertus  presbyteris ,  clericis,  laïcis,  etc. 


ANDRE, 

Grand  Prieur  de  Fonte vr.mjd. 


N! 


rous  ne  plaçons  ici  ce  grand  prieur  de  Fontevraud 
que  pour  le  dépouiller  de  la  qualité  d'auteur  qu'on  lui 
a  donnée  mal-à-propos,  en  lui  attribuant  un  ouvrage  dont 
il  ne  fut  jamais  auteur.  André  a  vécu  du  temps  du  bienheu- 
reux Robert  d'Arbrissel ,  et  a  été  non-seulement  son  disciple, 
mais  encore  son  chapelain  et  son  confesseur,  comme  on  le 
voit  par  le  martyrologe  du  monastère  de  Fontaines ,  dans 
lequel  est  annoncée  le  -H  du  mois  d'août  la  mort  d'André  prê- 

Cosn. exord.Font.  tre  '  et  chapelain  de  maître  Robert.  La  qualité  de  prieur  lui 
est  donnée  dans  deux  chartes  du  grand  cartulaire  de  Fon- 
tevraud, qui  est  de  l'an  4 -H  3.  Ainsi  il  n'est  pas  douteux  qu'il 
y  a  eu  un  prieur  de  cette  abbaye  nommé  André  ;  il  occupoit 
encore  cette  place  en  1113,  lorsque  Robert  de  Loudun 
partant  pour  Jérusalem  mit  une  somme  considérable  entre 
les  mains  de  Pelronille.  Il  assista  le  bienheureux  Robert  à  la 
mort;    on  ignore  l'année  précise  de  la  sienne.  Nous  sçavons 

Gaii.  chr.  nov.  t.  seulement  que  Rainauld  de  Cossé  étoit  Prieur  de  '  Fonte- 
vraud,  l'an  1119,  ainsi  André  doit  être  mort  pour  le  plus 
tard   au  commencement  de  cette  année. 

L'ouvrage  qu'on  lui  a    faussement  attribué,  porte  ce  ti- 
tre :  Seconde  vie  du  bienheureux  Robert,  ou  ses  dernières  ac- 

bou.  -25  feb.  p.  tions  et  sa  mort.  L'auteur  de  cet  écrit  y  déclare  que  Bau- 

605. 

dri 


GRAND  PRIEUR  DE  FONTEVRAUD.        469 


XII  SIECLE. 


dri  métropolitain  de  Dol,  ayant  écrit  dans  un  beau  style 
la  vie  de  maître  Robert,  son  dessein  est  de  rapporter  en 
peu  de  mots  ce  qu'il  a  fait  les  dernières  années  de  sa  vie, 
et  de  quelle  manière  il  est  mort.  Cet  écrivain  ne  se  fait  con- 
noître  en  aucun  endroit  :  mais  il  en  dit  assez  pour  persuader 
qu'il  n'est  point  le  grand  prieur  de  Fontevraud  nommé  An- 
dré. Il  parle  même  plusieurs  fois  en  troisième  personne 
d'André  qui  avoit  assisté  à  la  mort  du  bienheureux  Robert, 
sans  l'abandonner  d'un  moment  :  ce  qu'il  dit  à  ce  sujet,  fait 
juger  qu'il  n'y  étoit  point  lui-même;  il  semble  néanmoins 
insinuer  qu'il  étoit  contemporain,  lorsqu'il  dit  qu'il  a  ap-  it>.  p.  eiî. 
pris  quelques  circonstances  du  dernier  voyage  de  Robert, 
par  un  de  ses  disciples  nommé  Pierre  qui  l'accompagnoit.  Il 
est  difficile  de  fixer  le  temps  auquel  cet  auteur  a  écrit, 
parce  qu'il  ne  s'accorde  pas  avec  lui-même.  '  Il  assure  net-  ib  p-  613,  n  29. 
tement  que  Léger  archevêque  de  Bourges  vivoit  encore 
lorsqu'il  écrivoit;  or  Legec  est  mortTan  4420  le  42  Mars. 

De-là  on  peut  conclure  que  l'écrit  en  question  a  été  com-  Cal1- clir-  n°v-  t. 
posé  vers  l'an  4420,   et  même  quelque  temps   auparavant;    ' p- 
mais  comment  concilier  cette   époque  avec  ce  que  dit  no- 
tre auteur  '  à  l'occasion   de   la   réconciliation  du    comte  de  n>.  p-  611>  n.  15, 
Chartres    avec    Geofroi    évêque    de   la    même    ville?    Geo- 
froi,  dit-il,  dont  la  vie  répand  encore  une  excellente  odeur 
de  notre   temps  :  Cujus   vita  nostra  quoque  œtate  suavissimè 
redoilet.  Ces  termes  donnent  assez  à  entendre  qu'il   y   avoit 
déjà  quelque   temps  que  Geofeoi  étoit  mort,    lorsque  l'au- 
teur écrivoit  ceci.   Or  Geofroi  n'étant  mort  que  l'an  4  4  48, 
le  24    de  Janvier,   ou  l'an   4449,   selon   notre  manière  de 
compter,  '  nous   devons  en  conclure   que   cet  écrit    n'a   été  eau.  chr.  dov.  t. 

v      .  ,  '  ,  8,  p.  1139. 

compose  que  quelques  années  après  cette  époque. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  l'auteur  et  du  temps  auquel  il  a 
écrit,  sa  production,  est  très-peu  de  chose;  et  c'est  faire 
honneur  au  grand  prieur  de  Fontevraud ,  que  de  démon- 
trer qu'elle  ne  lui  appartient  pas.  L'auteur  qui  est  très-dif- 
fus contre  la  parole  qu'il  avoit  donnée  d'être  court,  sem- 
ble n'avoir  d'autre  but  dans  son  supplément  à  la  vie  du 
bienheureux  Robert,  que  de  faire  sa  cour  à  l'abbesse  de 
Fontevraud ,  en  relevant  ses  prérogatives  et  faisant  valoir 
avec  une  affectation  trop  marquée,  ses  prétentions  et  son 
autorité  sur  les  prêtres.  D'ailleurs  cet  écrivain  montre  peu 

Tome  X.  Y 


xii  siècle.       ^0  ANSELME, 

de  sens  et  de  jugement,  en  faisant  tenir  au  bienheureux 
Robert,  dans  les  derniers  moments  de  sa  vie,  de  longs  dis- 
cours indignes  de  la  gravité  de  ce  saint  homme,  et  qui  n'ont 
rien  de  conforme  à  l'état  d'un  moribond.  Les  auteurs  du 
Gallia  christiana  ont  fait  trop  d'honneur  à  cet  écrivain  en 
s'appuyant  en  diverses  occasions  de  son  autorité.  Cette  fade 
et  insipide  production  n'a  pas  laissé  d'être  publiée  plusieurs 
fois,  et  d'être  traduite  en  François  sous  ce  titre  :  Les  der- 
nières années  de  la  vie  et  la  très-sainte  mort  du  bienheureux 
Robert  d'Arbrissel  fondateur  de  l'ordre  de  Fontevraud,  par  le 
révérend  père  frère  André,  religieux  du  même  ordre,  compa- 
gnon de  ce  saint  dans  ses  voyages,  et  son  confesseur,  impri- 
mée à  la  suite  de  la  vie  du  même  bienheureux,  par  Baudri 
évêque  de  Dol,  à  la  Flèche  chez  Georges  Griveau,  en 
-1658.  Le  Latin  et  le  François  sont  en  deux  colonnes.  Le 
traducteur  est  un  religieux  de  Fontevraud  nommé  Sébastien 

Lengi.Meth.dhist.  Gassot,  '  comme  il   paroit  par  l'épître  dédicatoire  à   la  reine 
t.  3,  part.  2,  p.  t  f  r 

H6.  régente.. 

«  Chronique  de  Fontevraud  contenant  la  vie  de  Robert 
»  d'Arbrissel,  par  Baldric  de  Dol  et  André  moine  de  Fon- 
»  tevraud,    traduite    en    françois    par  le    père    Ives    Magis- 

Le  Long,  n.  6011.  »  tri,  à  Paris  4685,  fol.  »  Le  père  Le  Long  '  en  indique 
une  édition  faite  à  Angers  en  4588,  in-4°.  et  une  autre  à 
la  Flèche  de  la  traduction  de  Jean  Chevalier  jésuite,  4  647, 
in-80.  Bollandus  a  publié  le  Latin  de  cet  ouvrage  au  25 
de  février,  p.  608  et  suiv. 


ANSELME   DE   LAON 


§  I. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Ansel    ou    Anselme   de    Laon,    surnommé    le    Scholas- 
tique,   naquit  à   Laon  ou  dans  les   environs,    avant    le 
Pet  cantor. verb.  milieu  de  l'onzième  siècle,  'de  parens  pauvres  et  réduits  à 

âborôv   c    47   d 

125.  '       cultiver  la  terre,  de  pauperibus  et  rusticanis.    Jamais  il    ne 

perdit  de  vue  son  origine  ;  et  cette  vue  lui  inspira  toute  sa 
vie  un   fond  de    modestie  qui  releva  infiniment  les  excel- 


DE  LAON.  \"l\ 


XII  SIECLE. 


lentes  qualités   de   cœur   et  d'esprit   qu'il  apporta  en  nais- 
sant. On  ne  sçait  rien  des  premières  années  de  sa  jeunesse. 
'D.  Dachery  croit  qu'il  fut  envoyé  dans  l'abbaye  du  Bec,  Not.  in   Guiben, 

,       ,*  •    i      a         i  r.  c  P-  641,  C.  60. 

pour  y  étudier  sous  saint  Anselme.  Ce  qui  tavonse  cette 
conjecture,  c'est  qu'on  voit  dans  son  commentaire  sur  saint 
Matthieu,  qui  n'est  qu'un  tissu  de  textes  choisis  des  saints 
Pères,  qu'il  en  avoit  principalement  tiré  des  ouvrages 
d'Anselme  de  Cantorbcri  son  maitre  :  Ubi  multa  prœcipuè 
ex  Anselmo  Cantuarensi  magistro  suo  congessit.  '  Mais  en  Mss.sanctiEbruio. 
quelque  endroit  qu'Anselme  ait  fait  ses  éludes,  il  en  fit  de 
fort  bonnes;  et  il  se  rendit  capable  en  peu  de  temps  d'en- 
seigner  à  Paris  avec    Mancgolde  '  decteur  célèbre,    qui   fut  Hist.  un.  t.  9,  p. 

1  .  1  •  /       ■•  •  r  ■  j  2&2  et  284. 

depuis  chanoine  régulier,  et  premier  supérieur  du  monas- 
tère de  Morbac  en  Alsace,  dont  on  le  regarde  comme  le 
fondateur.  C'est  peut-être  la  raison  qui  a  fait  croire  à  Ba- 
ronius,  qu'Anselme  étoit  originaire  de  Paris. 

Anselme  commença  à  y  donner  des  leçons  vers  l'an  4  076, 
au  plus    tard,   s'il  est   vrai   qu'il  ait  enseigné,  soit  à  Paris,     ■ 
soit  à  Laon,   pendant    plus    de    40   ans,  '  c'est-à-dire  jus-  ragi,  t.  4.  ad  an. 

,.    ,       o       .  •  ~,     .   P   ,,-  .         >.  .i-  t    1117.  Bul. an. 1116. 

qu  a  la  fin  de  ses  jours.   C  est-la  1  époque  du  rétablissement  p.  47|Mariot  me- 
des  lettres  et  de  la  théologie  dans  cette  capitale.   Anselme  ^m!"' l'2,P' 
y   fit    revivre,    selon    l'expression  du   pape  Eugène  III,  les 
lettres  et  l'étude  de  l'écriture  sainte  et  les  remit   en  hon- 
neur :  Eugenius  III  de  eo  dixisse  fertur,  per  eum  revixisse 
litteralis    scientiœ    deeus    et    intelligenliam    scripturarum.  '  Mariot,  ibid. 
Comme  il  joignoit  à  l'érudition  une  beauté  d'esprit   fort  au- 
dessus  de  son  siècle,  '  cela  lui  attira  un  grand  nombre  de  Jugement  des  sça- 
disciples,  dont   Guillaume  de  Champeaux    fut  un  des  pre-  vans' 

miers   et   des  plus    illustres.  '  Marten.t.  5,  ann. 

Nous   voyons  ici  la   première  origine   de  l'université   de  p 
Paris.    L'éclat  et  le  succès  avec  lesquels  Manegolde  et  An- 
selme  y   donnèrent    des  leçons,  fait   dire  à   Otton  de  Fri- 
singue,  '  que   les   sciences   avoient  passé  dans   les  Gaules  :  Praf.  m  m>.  5, 
témoignage  bien  glorieux  à  ces  deux  docteurs.  Etienne  Pas- 
quier  qui  avoit  examiné  avec  grand  soin  ce  point  d'histoire 
sur  la  première   origine  de  l'université,    en  recule  l'époque 
jusqu'au  règne  de  Louis  le  Jeune;  '  mais  c'est  faute  d'avoir  Rech.  1.  3,  c.  29, 
sçu    au  juste   le  temps  auquel  Anselme    commença   à   être  p-> 
connu.  Pasquier  nYst  pas  le  seul  qui  se  soit  trompé  sur  cet 
article.    Trilheme,   les  Centuriateurs  de  Magdebourg,  Baro- 

Yij 


III  SIECLE. 


H2  ANSELME, 


nius,  Cave,  Jean  le  Mire,  Marlot,  etc.  ne  placent  An- 
selme que  parmi  les  auteurs  du  douzième  siècle;  quoiqu'il 
soit  certain  qu'il  a  passé  la  plus  grande  partie  de  sa  vie  dans 
l'onzième,  et  qu'il  s'y  est  rendu  célèbre,  soit  par  les  le- 
vons qu'il  a  données,  soit  par  les  écrits  qu'il  a  composés. 
Mais  comme  sa  réputation  augmenta,  et  qu'il  s'acquit  à 
Laon  sa  patrie,  où  il  fut  rappelle  vers  la  fin  du  onzième 
siècle,  la  réputation  de  profond  Théologien,  peut-être  que 
les  auteurs  dont  nous  venons  de  parler  perdant  de  vue  les 
premiers  succès  d'Anselme,  n'ont  fait  attention  qu'aux  der- 
niers qui  étoient  encore  plus  brillans  ;  et  c'est  ce  qui  les 
aura  porté  à  ne  le  regarder  que  comme  un  écrivain  du 
douzième  siècle.  Toutefois  Pasquier  s'accorde  avec  Otton 
de  Frisingue,  en  ce  qu'il  regarde  Anselme  comme  le  plus 
ancien  maître  de  l'école  de  Paris,  qui  a  été  le  berceau  de 
l'université. 

Ad  an.  1089.  Du  Boulai  '  croit  qu'il    fut   obligé  de  quitter  celte  école 

l'an  4089,  mais  sans  en  donner  de  preuve.  Il  paroit  néan- 
moins vraisemblable  qu'Anselme  alla  s'établir  à  Laon  avant 
le  commencement  du  douzième  siècle.  On  l'avoit  élu  chan- 
celier, ou  scholastique  de  cette  église,  ce  qui  l'obligeoit 
à  la  conduite  des  écoles;  il  étoit  déjà  chanoine,  selon 
toute  apparence  :  c'est  le  litre  qu'on  lui  donne  ordinai- 
rement ,  et  auquel  il  en  ajouta  encore  un  autre,  ayant  été 
élu  doyen  de  la  même  église. 

Anselme  étant  établi  à  Laon,  s'appliqua  particulière- 
ment à  la  théologie,  et  en  donna  des  leçons;  pendant 
que  Raoul  ou  Radulphe  son  frère  enseignoit  les  belles  let- 
tres et  la  dialectique.  Si  c'est  de  lui  que  parle  du  Boulai 
sous  le  nom  d'Arnould,  qu'on  ne  trouve  nulle  part,  nous 
ne  voyons  pas  sur  quel  fondement  il  a  pu  le  représenter 
comme  un  des  plus  fameux  partisans  de  l'opinion  des  No- 
minaux. L'illustre  collègue  d'Anselme  étoit  animé  de  son 
esprit,  qui  fut  toujours  opposé  aux  vaines  subtilités  des 
philosophes  de  son  temps.  Jamais  il  ne  fut  accusé  d'avoir 
donné  dans  cette  nouveauté  qui  causa  de  si  grands  troubles 

Hjst.  lut.  t.  8,  p.  dans  l'école  de  Paris,  comme  nous  l'avons  vu  ailleurs.  '  Les 
deux  frères  agissant  de  concert,  s'appliquèrent  avec  soin 
à  l'éducation  des  jeunes  gens  qui  leur  étoient  confiés;  et 
travaillèrent  encore  plus   à   former   le    cœur   qu'à    cultiver 


68 


DE    LAON.  n5 


III  SIÏCLÏ. 


l'efprit.  Plus  moribus  quam  personis.  plus  ingenio  quam 
generi,  plus  Deo  detulit  quam  hotnini.  N'ayant  en  vue  que 
la  gloire  de  Dieu,  jamais  Anselme  ne  considéra  dans  les 
sujets  de  quelque  part  qu'ils  vinssent,  les  avantages  qui 
frappent  ordinairement,  comme  la  naissance,  les  richesses, 
la  figure,  etc.  '  Il  s'attachoit  particulièrement  à  ceux  dans  M»h  an-  t.  3.  p 
lesquels  les  mœurs  et  la  docilité  se  trouvoient  jointes  aux 
talens  nécessaires  pour  les  sciences.  Son  principal  soin 
étoit  de  leur  inspirer  le  goût  pour  le  vrai,  et  un  profond 
respect  pour  les  vérités  révélées.  Sa  théologie  n'étoit  pro- 
prement qu'une  exposition  simple  et  solide  de  la  sainte 
écriture  appuyée  de  l'autorité  des  saints  pères,  qu'il  étudia 
toute  sa  vie.  Rempli  de  leurs  principes,  et  instruit  à  leur 
école,  '  il  sentoit  le  danger  qu'il  y  a  de  vouloir  pénétrer  Angi.sac.  t  2,  p. 
trop  avant,  et  il  n'approfondissoit  dans  les  saintes  écri- 
tures que  ce  qu'il  est  permis  d'y  rechercher  et  d'y  décou- 
vrir. Anselme  fit  ainsi,  dit  Guibert  de  Nogent,  '  plus  de  Proi.  ad  Gènes, 
bons  catholiques,  qu'aucun  hérétique  de  son  temps  n'en 
avoit  pervertis  :  Ut  plures  veros  suis  probetur  dotumentis 
fecrsse  calholicos,  quam  tnstituisse  potuerit  erroneus  quis- 
piam  temporis  hujus  hœreticos. 

A  l'égard  des  vérités  de  pratique,  ses  exhortations  étoient 
d'autant   plus    efficaces,    qu'il    donnoit   lui-même   l'exemple 
de  toutes    les   vertus  chrétiennes.  'On  connoissoit  ordinai-  Mab".  an.  ibid. 
rement  ceux   qui  avoient  été    élevés    dans  l'école   de  Laon, 
à    leur   extérieur  sage  et    modeste.  '  Anselme    avoit  grand  ottoFris.  degest. 

...  .  .     /     .  ,.   ,.  ,  ,      Freder.  I.  1,  c.  7 

soin   de  réprimer  dans   ceux  qui  etoient    dislingues   par  la 

naissance,  l'inclination  qu'il  remarquoit  en  eux  pour  le  faste 

et    la   vanité.   Idunge  qu'on  croit  avoir  été  moine  de  saint 

Emmeram  de   Ratisbonne,  '  et    qui  avoit  été  disciple  d'An-  Pes-  Anec.  i.  3, 

sel  me,  rapporte  à   ce  sujet  un  trait  de   la  fermeté  et  de  la 

sévérité  de  ce  grand  homme,  dont  il    avoit  été   le  témoin 

ocuhire.  '  Lil1    (,e  quatuor 

L'école  de  Laon  sous  un  chef  si  accompli,  devint  en  q" 
peu  de  temps  la  plus  célèbre  de  l'Europe.  On  y  vit  bien- 
tôt, comme  autrefois  dans  le  Lycée,  les  beaux  esprits  se 
rassembler  de  toutes  parts,  pour  entendre  les  leçons  des 
deux  frères  Anselme  et  Raoul.  Il  en  vint  d'Italie,  d'Espa- 
gne, d'Allemagne,  d'Angleterre,  des  extrémités  du  Nord; 
les  docteurs  même  les  plus  célèbres,   et   les  professeurs  se 


xn  SIECLE. 

Philip,  ab  Bon» 
Spei. 

Hist.  Slav.  apud 
Boll.  17  mail,  c.  58. 
p.  42,  43. 


474 


ANSELME, 


Morin,  d«  pœnit. 
c.  22,  n.  8. 


P.  89  et  suiv  p.  35. 


Lib.    11.   ad    an. 
1111. 


Gall.  christ,  t.  1. 


Mart.  anec.  t.  5, 
p.  897. 


faisoient  gloire  de  devenir  leurs  disciples.  '  Helmode  rap- 
porte du  B.  Vicelin  apôtre  des  Wandales  et  des  Bohé- 
miens ,  '  qu'après  avoir  gouverné  pendant  plusieurs  années 
l'école  de  Brème,  sous  l'archevêque  Frédéric,  il  passa  en 
France  avec  son  disciple  Thietmar,  pour  y  recevoir  des 
leçons  d'Anselme  et  de  Raoul,  qui  étoient  alors,  dit  cet 
auteur,  les  plus  fameux  pour  l'explication  de  l'écriture 
sainte;  et  qu'ils  étudièrent  trois  ans  sous  eux  évitant  les  ques- 
tions curieuses  et  superflues.  Guillaume  de  Champeaux 
étoit  déjà  fort  avancé  en  âge,  '  et  avoit  enseigné  la  phi- 
losophie à  Paris  avec  applaudissement,  lorsqu'il  alla  à  Laon 
se  mettre  au  nombre  des  disciples  d'Anselme.  On  croyoit 
ne  rien  sçavoir,  si  on  n'avoit  fréquenté  son  école.  Elle 
devint  comme  un  séminaire  d'où  sortirent  grand  nombre 
de  pieux  et  sçavans  ministres  de  l'église,  qui  portèrent  la 
lumière  dans  toutes  les  parties  de  l'Europe,  et  y  remplirent 
avec  honneur  les  plus  grands  sièges.  On  peut  consulter  les 
tomes  7  et  9  de  cette  histoire,  où  nous  en  avons  déjà  parlé. 
Nous  observerons  seulement  que  les  plus  saints  et  les  plus 
sçavans  évêques,  qui  se  distinguèrent  par  leur  science  et 
leur  piété  au  commencement  et  au  milieu  du  douzième 
siècle,  avoient  étudié  sous  Anselme  et  Raoul. 

Guillnume  de  Champeaux  dont  nous  venons  de  parler, 
fut  élu  évêque  de  Châlon  sur  Marne  l'an  4  4  43,  et  gou- 
verna cette  église  avec  un  zelc  apostolique  jusqu'à  l'an  -H  24. 
Deux  autres  disciples  d'Anselme,  Geofroi  le  Breton  et  Hu- 
gues d'Amiens  furent  placés  successivement  sur  le  siège  de 
Rouen,  et  le  remplirent  avec  distinction  l'espace  de  53 
ans.  Orderic  Vital  '  relevé  l'éloquence  du  premier  et  sa  pro- 
fonde érudition.  Hugues  d'Amiens  fut  un  des  plus  illustres 
prélats  de  son  temps,  selon  le  témoignage  des  historiens 
de  Normandie  et  de  messieurs  de  Sainte  Marthe  '  qui  en 
parlent  avec  éloge.  Nous  apprenons  de  Hugues  par  une 
de  ses  lettres  à  '  Mathieu  cardinal  évêque  d'Albane,  avec 
lequel  il  étoit  uni  tant  par  les  liens  du  sang,  que  par  la  pro- 
fession religieuse,  qu'étant  nés  en  même-temps  en  France, 
ils  avoient  été  élevés  ensemble  à  Laon,  et  y  avoient  fait 
leurs  études;  que  s'étant  ensuite  rendus  à  Cluni,  ils  y 
avoient  reçu  l'habit  monastique;  qu'enfin  le  saint  Siège  les 
avoit  tirés  du  cloître  pour  placer  Mathieu  sur  le  siège  d'Al- 
bano,  et  lui  Hugues  d'Amiens  sur  celui  de  Rouen. 


DE  LAON.  475 


XII  SIECLE. 


Gui  d'Etampes  évêque  du  Mans,  avoit  été  élevé  dès  sa 
plus  tendre  jeunesse  sous  la  discipline  d'Anselme,  qui  s'appli- 
qua particulièrement  à  le  former  :  Guidonem  laudabilis  An-  x 
sehni  familiaritas  commendavit ,  gravitas  coercuit,  instituit 
fides,  formavit  doctrina,  exemplum  eliminavit  discipulo  quid- 
quid  displicet  in  homine.  '  Gui  profila  si  bien  des  instructions  Mab.  analec.  t. 3. 
de  son  maître,  qu'il  enseigna  lui-même  plusieurs  années  avec 
applaudissement,  et  fut  jugé  digne  de  remplacer  sur  le  siège 
du  Mans,  le  sçavant  Hildebert  transféré  en  4425   à  Tours. 

Agara  ou  Algara,  autre  disciple  d'Anselme,  se  distingua 
par  son  éminente  piété  sur  le  siège  de  Coutances  en  Nor- 
mandie; Religionis  nomine  vir  suo  œvo  clarissimus,  disent 
messieurs  de  sainte  Marthe.  '  Gaii  chr.  t  5. 

Le    fameux    Gilbert    de    la    Poréc,    évêque    de   Poitiers, 
après   avoir   étudié  '  sous    les  plus  habiles    maîtres,    parti-  oitoFris. degest. 
culierement  sous    Hilaire  de  Poitiers    et  Bernard   de  Char-  sihiBib.  usterc'. 
très,  alla  se   perfectionner  à   l'école  de   Laon  dans  l'intel-  '•  3- p  136- 
ligence  de  l'écriture.    Il   en  rapporta  un   extérieur  si  grave 
et  si  sérieux,  et  un  si  profond  savoir,  qu'il  ne  pouvoit   plus 
s'entretenir    qu'avec    les    plus    habiles    théologiens,    et    les 
plus  exercés    dans  la  dispute.    Toutefois    il    ne    profita  pas 
assez  des  leçons  d'Anselme,  et  ne  sentit  pas  assez  le  dan- 
ger qu'il  y  a  de  vouloir  pénétrer  trop  avant  dans  des  ma- 
tières au-dessus  de  l'entendement  humain  :  nous  aurons  oc- 
casion d'en  parler  dans  la  suite. 

Outre  ces   disciples   d'Anselme,   qui    furent    élevés    à    la 
dignité  épiscopale,   il  y   en   a  eu  un  grand  nombre  d'autres 
qui  se  sont  rendus  célèbres  par  leur  science  et  leur  piété, 
et  ont   rendu    de  grands  services  à  l'église  et  à  l'état ,  et 
qui  ont   brillé    dans   le  clergé  séculier  et  régulier,   tant  en 
France  que  dans  les  pays  étrangers.  '  Anselme  de  Pustella,  Panduiphus,  hist. 
et  Olric    vidame  de  Milan,  qui   furent    successivement  l'un  ratorï,  rer.Uiiaiic7 
après  l'autre  placés  sur  ce  grand  siège,  après  avoir  fréquenté  l-  5- c- 17,  p-  487- 
différentes   écoles,   allèrent  se    perfectionner    sous    Anselme 
et  Raoul  dans   celle  de  Laon,  la  regardant  comme  la  plus 
célèbre    de  toutes.  'Le    B.    Vicelin    évêque    d'Aldcnbourg,  Bon.  17  mail.  p. 
et  le  B.   Thietmar,  qui   furent  deux   hommes  apostoliques, 
autant  recommandables  par  leur  doctrine  que  par  leur  sain- 
teté,   étudièrent   trois  ans    sous  Anselme  et  Raoul.    Guil- 
laume de  Corbeil  qui,  de  prieur  des  chanoines  réguliers  de 


ïii  siècle.      ^76  ANSELME, 

saint  Osithe,    fut   fait  archevêque  de  Cantorberi    en    H23, 
Bui.  t.  2,  p.  us  i  avoit   été   disciple    d'Anselme,   '  de   même  que    Robert    de 

And    6âc    t  1    d 

7  et  iio.  '  Bethune  évêque  d'Herford,   célèbre  par  sa  science  et  par  sa 

Angi.  sac.  t.  2,  p.  piété.  '  Nous  ne  finirions  point,  si  nous  voulions  faire  l'énn- 
méralion  de  tous  les  grands  hommes  qui  sont  sortis  de  l'é- 
cole de  Laon,  presque  aussi  célèbre  dans  son  siècle  sous 
Anselme,  que  l'étoit  autrefois  celle  d'Alexandrie  sous  Ori- 
géne.  De  cette  école  sont  sortis  Guibauld  ou  Vibalde, 
abbé  de  Stavelo  et  de  Corvei  en  Saxe;  Hugues  Metellus 
abbé  de  saint  Léon  de  Toul  ;  Francon  l'un  des  plus  sça- 
vans  abbés  de  Laubes,  Philippe  Harveng  abbé  de  Bonne 
Espérance,  etc.  ' 

Le  succès  de  l'école  d'Anselme  ne  lui  enfla  point  le  cœur 

et  ne  lui  fit  point  perdre  de  vue  sa  première  condition.  On 

sçail  qu'il  refusa  plusieurs  évêchés  qui  lui  furent  offerts  :  Ad 

pontificales   cathedras    pluries    vocatus,    nuUatenùs    acquievit. 

chron.iaudi.kD.  '  L'évêché  de  Laon   fut    de    ce    nombre;  '  quoique    Guibert 

Duchesne,  in  not.    .T  .  .  i    ■      ..         >  <  •. 

ad  Abei.  p.  1163.  logent,   qui  en  toute   occasion  rend  justice  a   son    mente, 

eat'.'DecanULàiid"  n  en   dise  nen  '>   m  Ie  moine   et  non   le  chanoine   Heriman  ; 

apud  Guib.  p.  819.  ni  Otton  de  Frisingue.  11  est  à  présumer  que  l'humilité  d'An- 
selme le  porta  à  étouffer  les  premiers  bruits  qui  s'en  répan- 
dirent, et  à  arrêter  les  poursuites  des  puissances  ecclésiasti- 
ques et  séculières  ,  qui  le  jugoient  digne  des  places  les  plus 
éminentes.  11  ne  put  même  souffrir  qu'on  élevât  à  sa  con- 
sidération  ses  pauvres  parens.  Pierre  le  Chantre  rapporte  à 

Wrb.  abbrev.  c  ce  sujet  un  trait  '  bien  remarquable  et  bien  digne  de  notre 
admiration.  Etienne  de  Garlande  qui  fut  successivement 
chancelier  de  France  et  grand  sénéchal,  ayant  proposé  à 
Anselme  d'annoblir  ses  neveux,  et  de  leur  procurer  de 
grands  établissemens,  il  s'y  opposa  de  toutes  ses  forces, 
et  lui  représenta  qu'étant  nés  pauvres  et  destinés  aux  tra- 
vaux de  la  campagne,  il  leur  étoit  plus  avantageux  de  res- 
ter dans  cet  état  où  Dieu  les  avoit  placés,  que  d'être 
exposés  à  s'enfler  d'orgueil.  «  A  Dieu  ne  plaise  que  je 
»  consente    à    ce    que    vous    me    proposez!    répondit    cet 

>  homme   humble  et  modeste.    Qu'ils  demeurent  dans  leur 
»  état;    j'aimerois    mieux    n'avoir    jamais    fait    de     leçons 

>  sur  l'écriture    sainte,   que  d'avoir  contribué,    en   en  fai— 
»  sant,    à   leur  procurer  des   honneurs  qui  pourroient  leur 

>  faire  perdre  l'humilité.  »  Bel  et  rare  exemple  de  modes- 

tie, 


DE    LAON.  177 


ÏII  SIECLE. 


lie,  qui  a  bien  peu  d'imitateurs!  Tels  étoient  les  senti— 
mens  d'Anselme  sur  la  fin  de  ses  jours  ,  et  dans  un  temps 
où  couvert  de  lauriers  il  étoit  l'objet  de  l'admiration  de 
l'Europe. 

Anselme  donna  de  grandes  marques  de  sa  sagesse  et  de  sa 
prudence,  dans  les  temps  orageux  qui  suivirent  la  mort  d'En- 
guerrand  de  Couci  éveque  de  Laon,  arrivée  vers  l'an  -I  1 07. 
Le  siège  de  cette  église  devenu  l'objet  de  l'ambition  de  plu- 
sieurs contendans,  fat  envahi  par  un  ambitieux  que  Gui- 
bert  ne  daigne  pas  nommer  ;  mais  la  vengeance  divine 
éclata  sur  ce  téméraire  ,  et  le  frappa  de  mort  pendant  la 
cérémonie  même.  Un  exemple  si  terrible  n'ayant  fait  au- 
cune impression  sur  l'esprit  des  chanoines,  ils  eurent  la  lâ- 
cheté d'élire,  à  la  sollicitation  du  roi  d'Angleterre,  Gau- 
dri  son  référendaire,  homme  de  néant  et  sans  aucun  mé- 
rite. Anselme  seul  s'opposa  à  son  élection.  '  Lum  igitur  Guu>.  i.  3,  de  rtu 
omnes  assensum  in  ejus  susceplione  dédissent,  soins  magister 
Anselmiis,  vir  totius  Franciœ,  imo  et  Latini  orbts  lumen  in 
liberalibus  disciplinis  ac  tranquillis  moribus,  ab  cjus  ele- 
etione  dissentit  Mais  l'opposition  de  cet  homme  de  bien, 
et  les  représentations  qu'il  fit  au  pape  Pascal  II,  qu'il  alla 
trouver  à  Dijon ,  furent  sans  effet,  et  l'argent  que  l'usur- 
pateur distribua,  l'emporta.  La  conduite  de  Gaudri  répon- 
dit à  son  entrée  dans  l'épiscopat,  et  il  en  fut  enfin  la  vic- 
time. Le  peuple  irrité  de  l'assassinat  de  Gérard  de  Creci , 
dont  il  le  regardoit  comme  l'auteur,  et  de  ce  qu'il  vou- 
loit  rompre  la  communauté  de  la  ville,  après  l'avoir  lui- 
même  jurée  ,  le  massacra  ,  fit  toutes  sortes  d'insultes  à  son 
cadavre,  et  mit  le  feu  à  la  maison  du  trésorier,  qui  se  com- 
muniquant à  l'église,  la  réduisit  en  cendres,  ainsi  que  le 
palais  épiscopal.  La  ville  de  Laon  se  trouva  alors  dans  la 
plus  triste  situation.  On  ne  voyoit  que  massacre  et  que 
pillage,  selon  la  description  qu'en  fait  Guibcrt  de  Nogent. 
Au  milieu  de  ce  désastre,  Anselme  que  Dieu  avoit  con- 
servé, selon  l'expression  du  moine  llcrman,  '  comme  un  Apud  Guib.  Novig. 
autre  Jérémie,  pour  consoler  les  restes  de  son  peuple  dans 
cette  désolation,  recueillit  plusieurs  passages  ou  sentences 
des  saintes  écritures,  les  plus  propres  à  les  porter  à  la 
patience  et  à  la  soumission  aux  ordres  de  la  Providence. 
Anselme   non  content    de  remplir  ces   devoirs   de    charité 

i  «   Tome  X.  L 


XII  SIECLE. 


178 


ANSELME, 


Pn.lo?.  ad  Gènes. 


Bul.  an.  1113.1  Ot- 
to Fris,  de  gest. 
Freder.  1. 1,  c.  47. 

C-uib.  nov.  de  vita 
sua  p.  419.  i  Mah. 
ann.  t.  3.  |  Otto 
liist.  ib.  I  llelm. 
Iiist.  Slav. 


Piiil.  abbé  de  Bon- 
ne Esper.  ep.">.  6, 
T.  |  Mart.  ainpl. 
Coll.  t.   2,  p.    334. 


envers  le  peuple  de  Laon,  donna  ses  soins  pour  lui  pro- 
curer un  bon  pasteur  ;  et  on  croit  qu'il  eut  beaucoup  de 
part  à  l'élection  de  Barthelemi  de  Vire,  chanoine  et  tré- 
sorier de  l'église  de  Reims,  et  à  tout  le  bien  qu'il  fit  pen- 
dant les  premières  années  de  son  pontificat,  c'est-à-dire  , 
tans  qu'il  se  conduisit  par  les  sages  conseils  d'Anselme  et 
de  Raoul  son  frère.  Ce  qui  fait  dire  à  Guibert  de  Nogent 
que  Dieu  avoit  donné  à  ce  digne  chef  deux  yeux  plus  bril- 
lans  que  les  astres,  sçavoir  Anselme  et  Raoul. 

L'école  d'Anselme  qui  ne  paroi t  pas  avoir  beaucoup 
souffert  des  désordres  dont  nous  avons  parlé,  devint  de 
plus  en  plus  florissante  sous  l'évêque  Barthelemi  :  on  vit 
toujours  le  même  concours  d'étrangers  aux  leçons  des  deux 
frères.  Le  fameux  Abelard,  attiré  par  la  grande  réputa- 
tion d'Anselme,  vint  aussi  à  Laon  la  première  année  de 
Barthelemi,  c'est-à  dire  en  -Hîo,  pour  l'entendre.  Mais 
la  gravité  d'Anselme  tempérée  par  une  grande  douceur, 
sa  retenue  et  sa  prudence  dans  ses  réponses  ,  '  le  peu  de 
cas  qu'il  faisoit  des  subtilités  de  l'école ,  déconcertèrent 
ce  jeune  philosophe  à  qui  une  vaine  science  cl  une  facilité 
merveilleuse  de  s'énoncer,  enfloient  le  cœur  :  c'est  ce  qui 
lui  fit  concevoir  un  grand  mépris  pour  Anselme,  dont  il 
parle  de  la  manière  la  plus  désavantageuse  :  Anselme,  se- 
lon lui,  n'étoit  redevable  de  sa  grande  réputation  qu'au  long 
usagj  d'enseigner  et  non  à  son  esprit  ou  à  sa  mémoire.  C'é- 
toit  un  arbre  qui  avoit  à  la  vérité  de  belles  feuilles,  mais 
qui  ne  porloit  point  de  fruit.  «  Je  me  suis  approché,  ajoute 
»  Abelard,  de  cet  arbre,  pour  y  cueillir  des  fruits; 
»  mais  j'ai  reconnu  que  c'étoit  un  arbre  stérile,  semblable 
»  ;i  ce  figuier  dont  parle  l'écriture,  qui  fut  maudit  par  le 
»  Sauveur  du  monde.  »  11  est  aisé  de  comprendre  qu'A- 
helard  n'assista  pas  long-temps  aux  leçons  d'un  maître  dont 
il  avoit  si  peu  d'estime  :  mais  la  réputation  d'Anselme 
l'loit  trop  bien  établie,  pour  qu'un  jugement  si  peu  équi- 
table pût  y  donner  atteinte.  Nous  pourrions  opposer  à 
Abelard  le  témoignage  unanime  de  tous  les  seavans  de  ce 
temps,  et  de  ceux  qui  ont  suivi,  en  faveur  d'Anselme.  Il 
éloit  si  généralement  estimé,  qu'on  se  glorifioit  de  l'avoir 
eu  pour  maître.  '  Otton  de  Frisingue,  qui  écrivoit  en  H  46, 
regardoil  Anselme  et  Manegolde  comme    la  source  de  cette 


DE    LAON 


no 


XII  SIECLE. 


abondance  de  doctrine  et  de  lumière,  qu'on  voyoit  alors 
en  France.  Sigebert  et  son  continuateur ,  et  généralement 
tous  les  écrivains  semblent  à  l'envi  faire  les  éloges  les  plus 
parfaits  d'Anselme,  tant  par  rapport  à  ses  mœurs  et  à 
toutes  ses  grandes  qualités,  que  par  rapport  à  la  science 
de  la  théologie,  et  à  l'intelligenc?  de  l'écriture.  C'est  ce 
qui  l'a  fait  appeler  par  Guibert  '  la  gloire  et  l'ornement  Ub.  3,  e.  4. 
du  pays  Latin  ;  et  par  Jean  de  Sarisbery,  le  docteur  des 
docteurs  :  ce  qui  doit  s'entendre  des  docteurs  du  temps 
d'Anselme.  Il  avoit  entrepris  depuis  plusieurs  années  des 
commentaires  sur  la  plupart  des  livres  de  l'ancien  et  du 
nouveau  testament.  Il  continua  avec  assiduité  ce  grand  tra- 
vail jusqu'à  sa  mort  arrivée  le  4T>  juillet  \\\1.  '  Le  véné-  Pagi,  ad  an.  un 
rable  Rupert  qui  venoit  en  France  pour  consulter  Guil- 
laume de  Champeaux,  passa  par  Laon,  et  eut  la  douleur  de 
le  trouver  expirant.  Il  pleura  la  perte  de  ce  grand  homme, 
'plus  célèbre,  selon  lui,  qu'aucun  évoque,  quoiqu'il  ne  Rup.h î.inreg. s. 
le  fût  pas  :  Quovis  episcopo  famosiorem,  quamvis  ipse  non 
esset  episcopus  ;  et  qui,  sans  l'être,  en  avoit  donné  plu- 
sieurs à  l'église,  et  lui  avoit  rendu  de  grands  services. 
Anselme  fut  enterré  dans  l'abbaye  de  saint  Vincent,  où  l'on 
voit  son  épitaphe  : 


Bened. 


EPITAPHE 


Dormit  in  hoc  tumulu  celeberrimus  ille  niagister, 
Anselmus,  cui  per  difïusi  climata  mundi 
Undique  notitiam  contraxit,  undique  Iauclem, 
Sana  fldes.  doctrina  frequens,  reverentia  morum. 
Splendida  vita,  manus  diffundens,  actio  cauta, 
Sermo  placens,  censura  vigens,  correctio  dulcis, 
Concilium  sapions,  mens  provida,  sobria,  clemens. 
Sed  quas  longa  Dei  cencessit  gratia  dotes, 
Idibus  invisis  dissolvit  Julius  aeler,  * 
Qua  vlvens  viguit.  comitetur  gratia  functum. 


*  /or»,  ater 


On  donne  cette  épitaphe  à  Philippe  de  l'Aumône,  abbé 
de  Bonne  Espérance,  dans  le  recueil  de  ses  ouvrages  ;  et 
il  peut  l'avoir  composée,  ayant  dû  se  trouver  à  la  mort  et 
aux  obsèques  d'Anselme;  mais  elle  y  est  mal  à  propos  appli- 
quée à  saint  Anselme  de  Cantorberi  :  le  titre  est  assurément 

Zij 


XII  SIECLE. 


4  80 


ANSELME, 


Hild 

1321 


de  l'éditeur.  On  la  trouve  aussi  parmi  les  poésies  d'Hilde- 
bert    avec    ce    titre,   Epitaphium   maijistri    Anselli,   qui    est 

p.  1,  p  50,  n.  219.  conforme  au  manuscrit  de  saint  Amand,  où  Sanderus  '  dit 
l'avoir  vu.  Mais  outre  qu'elle  n'est  point  d'Hildebert,  l'é- 
diteur s'est  trompé  en  en  faisant  dans  sa  note  l'application 
à  Ansel  chanoine  de  Paris  et  chantre  du  saint  Sépulchre. 
nov.  éd.  p.  '  Enfin  elle  se  trouve  dans  le  recueil  d'épitaphes  choisies 
p.  58;  dans  les  noies  de  Duchesne  sur  Abelard  ;  dans  mes- 
sieurs de  Sainte  Marthe,   etc.  Marbode  évêque  de   Rennes, 

Apud  Hild.  p.  16-21.  a  fait  un  autre  épitaphe  '  dans  laquelle  il  relevé  toutes  les 
belles  connoissances  d'Anselme  qui  étoit,  selon  lui,  habile 
grammairien,  orateur,  poëte,  philosophe,  mathématicien, 
et  tellement  versé  dans  l'Ecriture,  qu'il  sembloit  que  Dieu 
lui  en  eût  inspiré  l'intelligence. 

§  II. 
SES  ÉCRITS. 

L'ettde  à  laquelle  Anselme  s'est  principalement  ap- 
pliqué ,  est  celle  de  l'écriture  sainte  ,  qui  fut  le  sujet 
le  plus  ordinaire  des  leçons  qu'il  donna  ,  '  Hic  fere  per 
totam  vitam  Lauduni:  sacras  litteras  docuit,  et  des  écrits 
qu'il  composa.  Nous  avons  déjà  remarqué  que  plusieurs 
années  avant  sa  mort  ,  il  avoit  entrepris  des  commentaires 
sur  la  plupart  des  livres  de  l'ancien  et  du  nouveau  testa- 
ment, et  qu'il  y  travailloit  avec  assiduité,  lorsque  la  mort 
r.ibi.  sacr.  p.  610.   l'enleva.  Voici  le  dénombrement  qu'en  a  fait  le  père  le  Long.  ' 

a  Une  glose  intérimaire  sur  tout  l'ancien  et  le  nouveau 
»  Testament,  avec  la  glose  ordinaire;  imprimées  à  Basle  in- 
»  fol.  en  4502,  et  4508,  et  ailleurs  1524,  4528,  4539, 
»  4545,  4  588,  4  G4 7,.  4  634. 

»  Commentaire  sur  le  Psautier. 

»  Commentaire  sur  le  Cantique  des  Cantiques. 

»  Explicalion  de  plusieurs  endroits  des  Evangiles. 

»  Commentaire  sur  saint  Mathieu,  m-8°,  à  Anvers,  en 
»   1654. 

»  Commentaires  sur  les  Epîtres  de  saint  Paul  et  sur  l'A- 
»  pocalypse,  sous  le  nom  de  saint  Anselme  de  Cantorberi. 

La  glose  intérimaire  d'Anselme  sur  l'écriture,  et  la  mar- 
ginale de  Valafride  Strabon  qu'il  avoit  revue    et  augmen- 


Marlot  ,    metrop 
Kern.  t.  2,  p.  285 


DE  LAON.  484 


III  SIECLE 


tée    considérablement,     ont    été     regardées    dans     l'église 

comme  un    ouvrage    utile   et   même  nécessaire   pour  bien 

entendre  l'écriture  sainte.   Anselme  y  explique  '   le    texte  Henr.  Gand.isnt. 

sacré  par   des    notes   courtes    et    tirées    avec  beaucoup  de 

discernement  des  écrits    des  saints  Pères.    On  y   remarque 

l'exactitude    et    l'érudition   :  Multa    breviter   et  quasi   pun-  ■ 

ctim,  dit  Possevin,   sed  docte  et    accurate  att'mqit.  '  M.    le  t.  1.  p.  se. 

_      „  ,  .  .  ....  ,,  j        Dissert,  suri  ont 

Beut   parlant  de   cette    glose   intérimaire,   semble  regarder  de  Paris,  t.  »,  p. 
comme  une  chose  indécise,  qui   en  est  le  véritable  auteur.  14° 
c  Les   uns,   dit-il  l'attribuent  à    Anselme    de    Laon,   d'au- 
»  très  à    Gilbert  diacre  d'Auxerre.    »    Cependant   la  chose 
paroît    décidée    en    faveur    d'Anselme,    par   le    témoignage 
unanime  ou  presque  unanime  des  auteurs  anciens  et  mo- 
dernes, qui  lui 'donnent    la  glose  intérimaire.   Je   ne   sçais 
même  si    on   en  trouveroit   quelqu'un   qui   l'attribue   bien 
clairement  à  Gilbert  diacre  d'Auxerre.  Car  s'il  en    est  qui 
fassent  Gilbert  auteur  de  quelques    gloses  ,    ce  n'est  point 
Gilbert  diacre   d'Auxerre,  mais  Gilbert  de  la  Porrée  qu'ils 
entendent.   Ces   méprises  viennent    de    ce   que  les    auteurs 
qui  ont  écrit  sur  l'écriture  après  Anselme  de  Laon,  se  sont 
beaucoup  servi  de  sa  glose,  qui  a  été  pour  eux  comme  une 
espèce  de  cannevas  sur  lequel  ils  ont  travaillé.  '  C'est  ce  Jp™"ti,|glB<îll03o 
qu'on  voit  par  Gilbert  de  la  Porrée  et    par    Pierre   Lom-  c.  î. 
bard,   dans   leurs   explications  sur   les  psaumes  et   sur  les 
epîlres  canoniques,  qui  furent  aussi  appelées  gloses.    Ber- 
nard Guidonis  '  parlant  de  Pierre  Lombard   sur  le  psautier  Apud  mirai,  m  vi- 

,        ,  r  ...  ...  ,.  il  ta  Anaslai. 

et  les  epitres  de  saint  Paul,  dit  qu  il  expliqua  plus  au  long 
la  glose  d'Anselme,  qui  avoit  été  continuée  par  Gilbert  ; 
ce  qu'il  faut  entendre,  non  du  diacre  d'Auxerre  de  ce  nom, 
mais  de  Gilbert  de  la  Porrée.  On  conserve  même  encore 
à  Oxfort,  comme  le  remarque  Cave,  un  manuscrit  de  cette 
glose  de  Gilbert  de  la  Porrée  sur  le  pseautier  ;  et  on  lit 
à  la  fin  cette  note  curieuse  du  copiste  :  Explicit  glossatura 
magistri  Porretani  super  psaltenum,  quam  ipse  recitavit  co- 
ram  suo  magistro  Anselme 

Gilbert  de  la  Porrée  et  Pierre  Lombard  ne  sont  pas  les 
seuls  qui  se  soient  servi  de  la  glose  d'Anselme.  La  plupart 
de  ceux  qui  ont  .travaillé  sur  l'écriture  ont  fait  la  même 
chose.  Lipoman  l'a  employée  dans  sa  chaîne  sur  la  Ge- 
nèse, etc.  Les  deux  gloses  sur  l'écriture,  sçavoir,  l'interli- 

14* 


XII  SIECLE. 


^2  ANSELME, 


naire  d'Anselme,  et  la  marginale  de  Valafridc  Strabon,  aug- 
mentée par  le  même  Anselme,  se  sont  conservées  jusqu'à  nos 
jours  sans  aucune  altération  ,  dans  plusieurs  manuscrits  des 
douzième  et  ireizieme  siècles.  L'an  ^30  Nicolas  de  Lyre, 
en  Normandie,  mit  au  jour  une  troisième  glose  sous  ce 
titre,  Postillœ  perpétua,  qui  forment  avec  les  deux  premières 
et  d'autres  ouvrages,  un  gros  recueil  qu'on  trouve  aussi 
manuscrit  dans  plusieurs  bibliothèques  de  chapitres,  de  mo- 
nastères  et  d'anciens   collèges.   On  a  remarqué ,   en  parlant 

Hist.  nu.  i.  .p.  des  écrits  de  Valafride  Strabon,  '  avec  quel  empressement 
on  mit  cette  collection  sous  la  presse  aussi-tôt  qu'on  eût 
inventé  l'imprimerie,  et  la  quantité  d'éditions  qui  parurent 
successivement  jusqu'à  celle  d'Anvers  de  l'an  ^34,  qui 
passe  avec  raison  pour  être  la  plus  belle  de  toutes  :  ainsi 
nous  ne  les  indiquerons  point  ici;  nous  remarquerons  seule- 
ment en  passant  que  cette  multitude  d'éditions  montre  quel 
étoit  le  zèle  de  nos  pères  pour  l'étude  de  l'écriture  sainte. 
Non  seulement  le  grand  nombre  d'éditions  en  est  la  mar- 
que, mais  la  multitude  des  manuscrits  le  prouve  encore. 
En  ne  remontant  que  jusqu'à  Anselme,  il  n'y  a  guercs 
d'ouvrages,  même  des  Percs,  dont  les  manuscrits  soient 
plus  communs,  que  ceux  des  gloses  de  cet  auteur  et  de 
Nicolas  de  Lyre. 

Anselme  ne  se  borna  pas  à  sa  glose  interlinaire,  il  fit 
encore  des  commentaires  particuliers  sur  plusieurs  livres 
de  l'écriture  sainte;  sur  le  Cantique  des  Cantiques,  sur  saint 
Mathieu,  sur  saint  Jean  et  sur  l'Apocalipse.  Tritheme,  Sixte 
de  Sienne,  etc.,  en  ajoutent  un  cinquième  sur  le  psautier. 
Quelques-uns  de    ces   commentaires    furent   d'abord    attri- 

voyez  hist.  nu.  t.  bues  à   saint.  Anselme  de  Cantorberi,  '  la   grande  réputation 

9  art  de  s  Ansel 

S ' i,  $  5.  '  de  ce  saint  docteur  faisant  juger  qu'il  étoit  auteur  de  tous 

les  ouvrages  qui  portoient  le  nom  d'Anselme.  Cependant 
les  manuscrits  de  ces  commentaires  qu'on  conserve  encore 
aujourd'hui  dans  quelques  bibliothèques  peu  éloignées  de 
Laon,  dénotent  d'une  manière  à  ne  s'y  point  méprendre, 
qu'Anselme  de   Laon   en  est   le  véritable    auteur.   A  saint 

Sander. part.  i.  p.  Arnaud  '  le  commentaire  sur  saint  Matthieu  est  ainsi  intitulé, 
Magistri  Anselmi  glossœ ,  sive  lecturœ  super  Matthceum.  Ce 
même  ouvrage  se  trouve  dans  un  catalogue  des  manuscrits 
de  saint  Vaast  de  plus  de   300  ans,   inscrit   du  seul  nom 


DE  LAON.  485      ,„  SIECLE. 


d'Anselme.  '  Il  y  en  a   un    semblable   au    monastère  d'Ey-  ibid. p.  94. 
nham.   In    trouve    la    même    inscription  '  dans  les    manus-  ibid.p.  101. 
crits  du   commentaire  sur  le  Cantique    des   Cantiques  :   ce 
qui  prouve  qu'Anselme  de    Laon    est  auteur    de   ces  com- 
mentaires, et  non  Anselme  de  Cantorberi.    Il    est  vrai  que 
Sanderus    cite  '   un  manuscrit   de  Liessies,    dans  lequel   le  Parts,  p.  17. 
commentaire  sur  le  Cantique  des   Cantiques   est  attribué   à 
saint   Anselme  de  Cantorberi  ;    Ansehni  Cantuarensis  archie- 
piscopi  in   Cantica  Canticorum  expositio    mystica  et  prolixa  ; 
mais   outre  qu'Edmere  qui    nous  a   laissé  le   catalogue  des 
ouvrages  de  ce  saint  archevêque,   n'y   fait  aucune    mention 
de  celui-ci,  '  il  paroit  d'ailleurs  certain  qu'il  n'en  a  fait  au-  catai.  ej.  script. 

.,»     ..  -,         .        •    ,      n      J.,         ■-.      „  ,      apnd      Eadm.     | 

cun  sur  1  écriture  sainte.  Aussi  le  P.  Théophile  Raynaud ,  Tiieoph.  Kayn. 
en  publiant  l'édition  des  œuvres  de  ce  saint  docteur,  l'a-t-il  Lugd.°ie3o!'i  i3r! 
déchargée  de  tous  ces  commentaires,  qu'on  lui   avoit  fausse-  inManiissaadcai- 

.,     ,  j        ,  .  .        o>m  aucUiain,  de 

ment  attribues.  Du  reste  si  la  grande  réputation  de  saint  scnpt. Eccies. 
Anselme  a  fait  tort  à  Anselme  de  Laon,  ayant  été 
cause  qu'on  l'a,  pour  ainsi  dire,  dépouillé  de  ses  propres 
ouvrages,  pour  les  attribuer  à  ce  saint  prélat,  on  peut 
assurer  qu'elle  lui  fait  honneur  d'un  autre  côté;  puisque  les 
productions  de  la  plume  d'Anselme  de  Laon  ont  été  jugées 
dignes  de  celles  d'Anselme  de  Cantorberi,  c'est-à-dire  d'un 
des  plus  saints  prélats  et  des  plus  grands  docteurs  de  l'église. 
Saint  Anselme  n'est  pas  le  seul  auquel  on  ait  attribué 
les    productions    de     notre    auteur.    L'historien    d'Auxerrc 

semble    faire   honneur    à   Gislebert   chanoine    d'Auxerre  ,  t.  î,  p.  486. 
de  la  glose  sur  l'écriture  sainte,   où   il   dit   que   «    Gilbert 
»  chanoine  d'Auxerre,   fut  surnommé   l'universel,  ou  parce 
>  qu'il   avoit   glosé   toute   l'écriture  sainte,    ou  à    cause  de 
»  l'étendue  de  son  sçavoir.   On  ne  peut  plus,  dit-il  encore, 
»  discerner  aujourd'hui  ce  qui  appartient  à  Gilbert  dans  la 
»  glose  générale.    »  Toutefois  M.    le    Beuf  reconnoît    qu'on 
ne  doit  guère  compter   d'ouvrages    certains  de  lui  (Gilbert)  ,  ibid.  p  437 
qu'un  commentaire  sur  les  lamentations  de   Jérémie,  à  la  fin 
duquel    il  mit  son  nom  et  sa  qualité  d'Autissiodorensis  eccle- 
siœ  diaconus.  Le  même  auteur   parlant  d'Anselme  chanoine  n>id. 
diacre  de  l'église  d'Auxerre,  qui  vivoit  en  4  156  et  LMo  , 
et   se  distingua  par  la  cor.noissance   parfaite  de   l'écriture  , 
regarde  l'éloge"  qu'on   fait  de  lui  dans  le   nécrologe ,  où   il 
est  appelle  in   diviim    scripturis  viagister  egregius ,  comme 


III  SIECLE. 


^84  ANSELME, 


un  motif  «  qui  porte  à  lui  attribuer  quelques  ouvrages  sur 
»  l'écriture  sainte,  tels  que  sont  certaines  petites  gloses 
»  sur  le  psautier,  que  M.  Ducange  attribue  à  un  Ansel 
»  qui  est  le  même  nom  autrement  écrit.  »  Nous  conve- 
nons sans  peine  qu'anse/  est  le  même  nom  qu'Anselme , 
mais  nous  sommes  en  même-temps  persuadés  que  l'Ansel 
dont  parle  M.  Ducange,  et  auquel  il  attribue  certaines  pe- 
tites glos  s  sur  le  psautier,  n'est  autre  qu'Anselme  de  Laon, 
qui  dans  d'anciens  monumens  est  souvent  appelle  Ansel. 

Simon  Fontaine  est  le  premier  qui  ait  entrepris  de  resti- 
tuer à  notre  auteur  quelques-uns  des  ouvrages  dont  on  lui 
avoit  enlevé  l'honneur,  pour  le  transférer  à  d'autres.  11 
publia  à  Paiis  en  -1549,  les  commentaires  sur  le  Cantique 
des  Cantiques  et  sur  l'Apocalypse,  sous  le  nom  d'Anselme 
de  Laon,  Enarrationes  Anselmi  Laudunensis  in  Cantica 
Canticorum  et  in  Apocahjpsim.  Mais  cette  édition  ne  fit 
pas  tomber  les  préjugés  :  ces  mêmes  commentaires  quoi- 
que rendus  à  leur  véritable  auteur,  furent  encore  con- 
fondus avec  les  ouvrages  de  saint  Anselme  de  Cantorberi, 
dans  les  éditions  faites  à  Cologne  en  4  575,  et  4 61 2.  Les 
commentaires  sur  saint  Mathieu  et  sur  saint  Jean  y  furent 
compris.  Cependant  quelques  années  après  Sanderus  jugea 
sur  les  deux  manuscrits  qu'il  avoit  vus,  que  les  deux  ou- 
vrages publiés  par  Simon  Fontaine,  appartenoient  plutôt 
au  doyen  de  Laon,  qu'au  saint  archevêque  de  Cantorberi. 
Crovée,  Possevin,  Bellarmin,  Fabricius  et  les  autres  bi- 
bliographes ont  pensé  comme  Sanderus.  Néanmoins  toutes 
ces  autorités  quoiqu'appuyées  des  manuscrits  qui  portent 
le  nom  d'Anselme,  n'ont  point  empêché  le  P.  Gerberon 
de   regarder   ces    ouvrages    comme    des    productions    d'un 

spicii.  t  ï,p.  su.  sçavant  moine  de  Bourg-Dieu  en  Berri,  nommé  Hervé. 
Ce  qui  a  donné  lieu  de  lui  attribuer  au  moins  le  commen- 
taire sur  saint  Matthieu,  quoique  jusqu'à  présent  on  n'ait 
eu  aucun  manuscrit  qui  portât  le  nom  d'Hervé.  On  sçait 
même  d'ailleurs  qu'il  n'a  point  fait  de  commentaire  sur  saint 
Matthieu  :  car  les  moines  du  Bourg-Dieu,  dans  leur  lettre 
sur  la  mort  d'Hervé,  où  ils  font  le  détail  de  ses  ouvrages, 
ne  font  aucune  mention  de  commentaire  sur  saint  Matthieu, 
ni  sur  Jean,  ni  sur  les  deux  livres  du  Cantique  des  Cantiques 

ibij  p  -,i5.         et  de  l'Apocalypse.    Il  est  seulement  dit  qu'il  fit  quelques 

expositions 


XII  SIECLE. 


DE  LAON.  485 

expositions  sur  les  leçons  des  saints  évangiles  et  des  can- 
tiques qui  se  lisent  à  l'église  ;  ce  qui  ne  marque  point  des 
commentaires  en  forme  sur  les  évangiles  :  Fecit  plurimas 
expositiones  de  lectionibus  Sanctorum  Evangeliorum ,  can- 
ticorum  etiam  qurn  in  ecclesia  leguntur. 
'Le    sentiment     de    Théophile    Raynaud,    qui    donne    le  Edit.  op.s.  Ansei. 

•    .      »«..[•  !    >•    -h  J'a  Lugd.  1630. 

commentaire  sur  saint  Matthieu  a  Guillaume  d  Auvergne 
évêque  de  Paris,  est  encore  plus  insoutenable  :  les  manus- 
crits de  ce  commentaire,  dont  nous  avons  parlé,  étant  in- 
dubitablement plus  anciens  que  le  prélat  '  auquel  on  l'attri-  Gaii.  chr.  i.  7,  p. 
bue,  lequel  n'est  mort  qu'en  4248  :  mais  pour  ne  laisser 
aucun  scrupule  sur  cet  ouvrage,  nous  rapporterons  ici  le 
titre  d'un  manuscrit  '  qu'on  en  conserve  dans  le  monastère  cott<?78. 
de  saint  Evroul  en  Normandie,  qui  porte  en  tête  le  nom 
d'Anselme  de  Laon  :  Anselmi  Laudunensis  philosophi  ex- 
positio  ex  diversis  autoribus  exquisitim  collecta  super  Evan- 
geliutn  Domini  nostri  Jesu  Christi  secundum  Matthœum. 
Ibi  multa  prœcipue  ex  Anselmo  Cantuarensi  magistro  suo 
congessit. 

Il  est  aisé  à  présent  déjuger  par  tout  ce  que  nous  avons  dit, 
que  les  commentaires  sur  saint  Matthieu,  sur  saint  Jean,  sur 
le  Cantique  des  Cantiques ,  sur  l'Apocalypse  et  les  gloses  sur 
l'écriture  et  sur  le  psautier  en  particulier,  ne  sont  ni  de 
saint  Anselme  archevêque  de  Cantorberi,  ni  d'Anselme  et 
de  Gilbert,  l'un  et  l'autre  diacres  et  cfianoines  d'Auxcrre, 
ni  d'Hervé  moine  de  Bourg-Dieu  ;  ni  d'aucun  autre  auteur, 
auxquels  on  a  attribué  quelques-uns  de  ces  commentaires; 
mais  qu'ils  sont  tous  des  productions  de  la  plume  d'Ansel- 
me de  Laon.  L'autorité  des  manuscrits  et  les  autres  raisons 
que  nous  avons  allégués ,  doivent  l'emporter  sur  tout  ce 
qu'on  peut  objecter,  et  nous  obligent  de  restituer  ces  ouvra- 
ges à  leur  véritable  auteur.  Pour  ce  qui  est  du  commentaire 
sur  les  épîtres  de  saint  Paul ,  que  le  père  le  Long  met  au  rang 
des  ouvrages  d'Anselme  de  Laon ,  et  qui  a  été  attribué  à 
saint  Anselme,  ni  l'un  ni  l'autre  n'en  sont  auteurs,  mais  Her- 
vé '  moine  de  Bourg-Dieu ,  comme   nous  le  verrons  en   son  sander.  bibi.  mss. 

..  Belg.   part.   1,  p. 

lieu.  2,  in  mss.  121. 

Outre   les  ouvrages    d'Anselme   de    Laon  sur    l'écriture 
sainte ,  Sanderus  a  trouvé   parmi  les  manuscrits  de  la  biblio- 
thèque de  saint  Amand ,  un   écrit  du  même  auteur  sous  ce 
Tome  X  A  a 


XII  SIECLE. 


486  ANSELME, 


titre  :  Flores  sententiarum  ac    quœstionum  magistri  Anselmi 
et  Radulphi  fratris  ejus.  Il  semble  que  ce  soit  un  corps  de 
Théologie  où  sont  traitées  les  questions  qui  s'agitoient  dans 
l'école  du  temps  d'Anselme,  et  qui  peut  avoir  servi  de  mo- 
dèle aux  ouvrages  de  cette  espèce  publiés  depuis  par  Pierre 
Abelard,   Robert  de  Melun,    le  Maître   des  sentences  et  au- 
tres. Cet  écrit  le  plus  ancien  de  tous  en   ce  genre,  dont  on  ait 
connoissance,   est  cité  par  un  moine  Allemand  dans  un  dia- 
Tties.  anecd.  t.  5   logue  entre  un  Cluniste   et  un  Cistercien.  '  Dans  ce  dialo- 
Bèrn°  pez.  isag.  gue  imprimé  par  les   soins  de  Dom    Martenne,  le  Cistercien 
12 'iid '  partCdi  p'  s'appuie  de  la  décision   d'Anselme,   fondée  sur  l'autorité  de 
52-  saint  Augustin  ,  pour  prouver  qu'il  est  permis  de  passer  d'un 

monastère  à  un  autre  où  la  régularité  est  mieux  observée  : 
cependant,  ajoute  le  Cistercien,  le  même  maître,  c'est-à- 
dire,  Anselme  de  Laon,  conseille  à  celui  qui  veut  passer 
dans  un  monastère  plus  régulier,  d'en  demander  la  permis- 
sion à  son  supérieur  :  Demandez  la  permission  à  votre  supé- 
rieur ;  s'il  ne  veut  point  vous  l'accorder,  sachez  qu'il  n'a 
point  de  charité  ;  et  allez  dans  ce  monastère,  en  pi-ofitant  de 
la  liberté  que  Dieu  lui-même  vous  en  a  donnée.  A  ces  paro- 
les d'Anselme,  le  Cistercien  ajoute  que  le  supérieur  en  re- 
fusant la  permission  qu'on  lui  demande,  agit  non-seulement 
contre  la  charité,  mais  encore  contre  le  précepte  (4).  C'est 
là  tout  ce  que  nous  pouvons  dire  de  cet  ouvrage  d'Anselme 
pour  en  donner  une  idée,  n'ayant  point  en  main  le  ma- 
nuscrit dans  lequel  on  l'a  conservé. 
Pag.  612  et  suiy.  '  Dom  Dacheri  a  inséré  parmi  ses  notes  et  ses  observa- 
tions sur  Guibert  de  Nogent,  une  lettre  d'Anselme  à  l'ab- 
bé de  saint  Laurent  de  Liège,  dont  le  nom  n'est  désigné 
Gaii.  chr.  t.  3,  p.  que  par  la  lettre  H.  '  C'est  sans  doute  Héribrand,  qui  avoit 
été  maître  du  vénérable  Rupert,  et  qui  succéda  à  Beren- 
ger,  l'an  4-145.  Cette- lettre  qui  est  très-importante,  paroît 
écrite  à  l'occasion    de  quelque  question  qui   s'agitoit  dans 

(1)  Magister  Anselmus  Laudunensis  in  sententiis  suis,  transitum  de  uno  mo- 
nasterio  in  aliud  districtius  probat  licere  autoritate  sancti  Augustini  dicen- 
lis,  «.  Qui  de  uno  nwnasleno  transit  ad  aliud  districtius.  non  frangit  votum, 
»  sed  abundunter  impie  t.  Dat  lamen  idem  magister  consiliuni  transire  volenti, 
»  ut  pelât  licentiam  a  prœlato  suo.  Verba  consibi  sunt  ista  :  Pete  licentiam  a  prœ- 
»  lato  tuo,  qui,  si  dare  noluerit,  scias  eum  coritatem  non  habere,  et  tu  vade 
»  cum  licentia  Dei.  His  verbis  magistri  subjungimus,  quod  non  solum  contra 
»  catltatem  facit,  sed  etiam  contra  praeceptum. 


988 


DE  LAON.  W 


XII  SIECLE. 


l'abbaye  de  saint  Laurent.  Anselme  avertit  d'abord  l'abbé, 
à  qui  il  écrit  de  prendre  garde  que  cette  question  ne  soit 
une  dispute  de  mots  ;  sur  quoi  il  dit  que  les  bommes  rai- 
sonnables recherchent  les  sens  véritables  de  ce  qui  est  écrit  ; 
et  qu'il  ne  convient  qu'à  des  enfans  dont  l'intelligence  est 
bornée  et  qui  ne  conprennent  que  foiblement  ce  qu'ils  en- 
tendent et  ce  qu'on  leur  dit,  de  disputer  des  termes  :  que 
c'est  à  eux  que  s'adresse  cet  avertissement  de  saint  Paul  :  1.  cor.  1,  q.so. 
Ne  soyez  point  enfans  en  ce  qui  est  de  l'esprit  et  de  la  sagesse; 
mais  soyez  enfans  en  ce  qui  est  de  n'avoir  point  de  malice;  et 
ayez  l'esprit  et  la  sagesse  des  hommes  parfaits.  Il  ajoute 
que  les  sentimens  de  tous  catholiques  ont,  à  la  vérité, 
quelques  différences,  mais  qu'ils  ne  sont  point  pour  cela 
opposés,  et  qu'ils  se  réunissent  en  un  même  point;  mais 
qu'il  y  a  dans  les  paroles  des  contrariétés  qui  excitent  des 
disputes  dont  les  foibles  sont  scandalisés,  qui  donnent  de 
l'exercice  aux  forts  et  occassion  de  disputer  aux  orgueil- 
leux, enfin  sur  lesquelles  on  n'écoute  point  les  gens  sen- 
sés, qui  font  voir  comment  on  pourroit  sans  peine  concilier 
ensemble  ces  contrariétés.  Anselme  prend  pour  exemple 
de  ces  contrariétés  sur  lesquelles  on  dispute,  ce  qui  est  dit 
de  Dieu  dans  l'écriture,  qu'il  ne  veut  point  le  mal  et  qu'il 
veut  toutes  les  choses  qui  arrivent  :  Non  vult  Dominus 
malum;  item  vult  omnia  quœ  fiunt.  Notre  Docteur  de  Laon 
concilie  ces  contrariétés,  et  en  prend  occasion  d'expliquer 
en  quel  sens  Dieu,  selon  l'expression  de  l'écriture,  fait  mi- 
séricorde à  qui  il  lui  plaît ,  et  endurcit  qui  il  veut.  Ansel- 
me parlant  dans  cette  lettre  de  la  miséricorde  que  Dieu 
fait  à  celui  qu'il  retire  de  l'abîme  du  péché,  fait  sentir  les 
dispositions  que  le  pécheur  doit  avoir  dans  le  cœur.  '  «  Si  Gwb.  nov.  p.  6i3, 
»  le  péché,  dit-il,  commence  à  déplaire  à  l'homme,  et  qu'il 
»  veuille  le  quitter;  s'il  fait  cela  à  cause  de  Dieu ,  cela  est 
»  bon  et  c'est  un  effet  de  la  grâce  :  Si  homini  peccatum 
»  aliquod  incipit  displicere,  et  vult  deserere  :  si  propter  Deum 
»  hoc  facit,  bonum  est,  et  ex  dono  gratiœ  procedit;  mais 
»  s'il  agit  par  un  autre  motif,  ce  qu'il  fait  n'est  pas  bien  : 
»  Si  aliter  fit,  bonum  non  est.  C'est  ainsi  que  quelquefois 
»  on  s'abstient  des  plaisirs ,  et  qu'on  ne  se  livre  point  à  la 
»  débauche,  afin  de  conserver  son  argent  et  autre  chose 
>  semblable,  ce  qui  n'est  point  fait  en  vue    de  Dieu,   et 

Aa  ij 


XII  SIECLE. 


488  ANSELME, 


»  ne  vient  point  de  la  grâce  :  de  même  si  quelqu'un 
»' donne  son  bien,  s'il  jeûne,  s'il  prie,  etc.  s'il  fait  tout  cela 
»  pour  Dieu,  cela  est  bon,  mais  s'il  le  fait  par  un  autre 
»  motif,  cela  n'est  point  bon;  »  Enfin  Anselme  avance 
cette  grande  maxime ,  selon  laquelle  il  faut  juger  de  ce  qui 
est  bon  ou  mauvais,  sçavoir,  que  l'homme  en  agissant  aime 
la  fin  pour  laquelle  il  fait  quelque  chose,  et  que  c'est  à 
raison  de  cet  amour  qu'on  doit  appeller  bon  ou  mauvais 
ce  que  l'on  fait  :  IUud  autem  pro  quo  facit ,  diligit,  et  se- 
cundum  diketionem  illam,  bonum  seu  malum  débet  dici. 
C'est  à  peu  près  dans  les  mêmes  termes,  le  grand  prin- 
cipe et  la  grande  règle  des  actions  chrétiennes  si  solide- 
ment établie  par  saint  Augustin,  et  si  souvent  répétée 
contre   les  Pélagiens. 

11  y  a  encore  dans  la  même  lettre  plusieurs  autres  choses 
importantes  sur  l'amour  de  Dieu ,  qu'il  appelle  la  lumière  du 
cœur  et  le  remède  de  nos  blessures.  Il  le  compare  à  un 
flambeau,  qui  répand  ses  rayons  dans  toute  la  maison;  il 
fait  la  description  des  différens  effets  que  produit  cet 
amour  qui  ne  peut  être  oisif.  Il  y  parle  des  clercs  et  des 
moines;  du  compte  qu'ils  rendront  au  jugement  de  Dieu, 
-1°.  comme  hommes  raisonnables;  2°.  comme  chrétiens; 
3°.  comme  appelles  par  leur  état  au  partage  de  l'héritage 
des  saints  ;  sur  l'abus  qu'ils  auront  fait  de  leur  ame , 
du  nom  de  Dieu  et  de  sa  grâce.  Il  compare  la  science  des 
écritures,  dans  ceux  qui  n'y  conforment  pas  leur  vie,  à  la 
manne  qui  se  pourrissoit  lorsque  les  Israélites  en  réservoient 
pour  le  lendemain.  Nous  aurons  encore  occasion  de  par- 
ler de  cette  lettre  d'Anselme  dans  l'article  de  Rupert,  où 
nous  examinerons  quel  en  fut  le  sujet. 
Part.  2,  pag.  171.  '  Sanderus  parle  de  deux  autres  lettres  qu'il  avoit  vues 
à  Louvain  dans  la  bibliothèque  du  Parc;  elles  n'ont  point 
Triih  de  script,  encore  vu  le  jour.  '  Tritheme  lui  en  attribue  en  général, 
mais  il  témoigne  qu'il  ne  les  a  pas  vues  :  Quœdam  epistolœ. 
cat.  mss.  Angi.  '  On  voit  à  Oxford  parmi  les  mss.  du  collège  de  sainte 
par    ,n'  Madeleine ,.  et   à  Cambrige   parmi  ceux    du    monastère    de 

ib. part. 3, n  1411.  saint  Benoit,  un  écrit  sous  ce  titre  :  Anselmus  de  Antichri- 
sto.  Si  cet  ouvrage  est  différent  du  commentaire  de  notre 
Anselme  sur  l'Apocalypse,  ce  sera  peut-être  le  traité  d'Ad- 
son,    abbé   de    Moutier-en-Der.    Le   copiste    n'ayant    trou- 


DE  LA  ON.  -189      XII  S1ECL£ 


vé  dans  son  original  que  la  première  lettre  de  son  nom ,  A . 
comme  il  arrive  souvent,  se  sera  persuadé  qu'elle  designoit 
Anselme,  et  le  lui  aura  attribué  dans  sa  copie. 

M.  du  Cange  cite  un  écrit  sous  ce  titre  :  Anselmi  pe-  iud.eauot 
ripatetici  Rhetorimachia,  mss.  Cod.  Thuan.  889.  Cet  An- 
selme péripatéticien  seroit-il  le  même  que  Anselme  de 
Laon?  Si  ce  n'est  pas  le  même,  il  nous  est  entièrement 
inconnu.  Si  c'est  le  même,  nous  ignorons  ce  qui  a  pu  lui 
faire  donner  le  nom  de  Péripatéticien  :  car  nous  ne  voyons 
pas  qu'il  se  soit  distingué  par  son  zèle  pour  la  philosophie 
d'Aristote. 

Nous  allons  joindre  à  Anselme,  Raoul,  quoiqu'il  lui  ait 
survécu  plus  de  douze  ans,  pour  ne  point  séparer  deux 
frères  qui  ont   été   si  étroitement   liés  pendant  leur   vies. 


RADULPHE     OU     RAOUL, 

DE  LAON. 


§  I. 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

RAdllphe  ou  Raoul  frère  du  célèbre  Anselme  le 
seholastique ,  dont  nous  venons  de  parler,  fut  son 
collègue  dans  le  gouvernement  de  l'école ,  que  ce  grand 
homme  ouvrit  à  Laon  vers  la  fin  de  l'onzième  siècle.  C'est 
précisément  le  temps  où  Raoul  commença  à  se  faire  con- 
noître  par  les  leçons  qu'il  y  donna;  et  depuis  ce  temps 
il  partagea  le  travail  et  la  gloire  avec  Anselme  son  frère, 
qu'il  suivit  de  fort  près,  si  même  il  ne  l'égala  en  lumières 
et  en  mérite.  Raoul  eut  ainsi  part  à  ce  que  fit  Anselme 
pour  le  rétablissement  des  lettres.  Ils  paroissent  par-tout 
ensemble  animés  du  même  esprit,  également  chéris  et  es- 
timés. Souvent  les  écrivains  qui  parlent  d'Anselme,  y  joi- 
gnent Raoul,  et  rendent  à  l'un  et  à  l'autre  le  juste  tribut 
de  louanges  dû  à  leur  mérite.  '  C'est  ce  qu'on  voit  dans  Joh  sm-m^ui. 
Jean  de   Sarisberi,  du   Roulay,   Geofroi  d'Auxerre,   etc.         mu.  sWapud.' 


III  SIECLE. 

Boll.  17  maii,  p. 
42,43.  I  Spicil.  t. 
6,  p  629.  Bul.  t. 
2,  p.  144.  145.  | 
Gaufrid.  Antissiod. 
apud  Bern.  t.  2, 
éd.  1690,  p.  1338.| 
Guib.  Novig.  p.  1, 
lHerman  ibid.  p. 
528. 


Bibl.     Praemonst. 

468    col  2. 


4  90 


RADULPHE  OU  RAOUL, 


P.  479,480. 


Ibid.  p.  374,  439. 
445.  467,  471. 

Ibid.  p.  372.1  Mar. 
ten.  anipl.  coll.  t. 
6,  pr;tf.  n.  77. 


Bibl.  Praern.  ibid. 
p.  445.  467,  470.  | 
Boll.  6.  junii. 


Raoul  étoit  beaucoup  plus  jeune  qu'Anselme,  et  nous 
serions  fort  portés  à  croire  qu'il  fut  redevable  de  son  édu- 
cation à  ce  digne  frère,  qui  s'étoit  appliqué  à  le  former  et  en 
faire  un  autre  lui-même.  Après  la  mort  d'Anselme,  auquel 
il  paroît  qu'il  succéda  dans  sa  dignité  de  chancelier,  il  fut 
seul  chargé  de  la  conduite  des  écoles.  Ce  qui  nous  fait  ju- 
ger •  que  Raoul  fut  chancelier  de  l'église  de  Laon  après  la 
mort  de  son  frère,  est  la  charte  de  fondation  de  Cuissi  ' 
donnée  cette  même  année  \\  M ,  dans  laquelle  on  lit  la 
souscription  suivante  :  Radulphus  sanctœ  Mariœ  cancelkirius 
relegi.  Quel  est  ce  Raoul,  si  ce  n'est  le  frère  d'Anselme, 
dont  il  étoit  naturel  qu'il  fût  le  successeur  dans  une  dignité 
qu'il  étoit  si  capable  de  remplir,  comme  il  remplissoit  déjà 
si  dignement  celle  du  gouvernement  des  écoles?  '  Doublet 
dans  son  histoire  de  saint  Denis,  nous  a  donné  deux  char- 
tes de  Rarthelemi  de  Vire,  évêque  de  Laon;  l'une  de  l'an 
-H25,  l'autre  de  l'an  4426,  dans  lesquelles  nous  trouvons 
la  même  souscription  déjà  rapportée  :  Ego  Radulphus,  etc. 
Ce  qui  ne  permet  pas  de  douter  que  Raoul  n'ait  succédé 
à  Anselme  son  frère  dans  la  dignité  de  chancelier  de  l'é- 
glise cathédrale  de  Laon.  Saint  Norbert  vint  l'y  visiter  l'an 
LL20,  un  peu  avant  le  carême,  et  fit  une  exhortation  si  pa- 
thétique sur  le  mépris  du  monde,  en  présence  des  écoliers 
de  Raoul,  que  sept  d'entr'eux  en  étant  pénétrés,  renoncè- 
rent à  l'étude  pour  suivre  cet  homme  apostolique.  '  Le 
vénérable  Barthelemi  de  Vire  évêque  de  Laon,  venoit  de 
donner  à  Norbert  '  la  solitude  de  Prémontré,  pour  y  bâ- 
tir un  monastère  afin  de  le  retenir  dans  son  diocèse. 
Ce  saint  homme  n'avoit  encore  pour  lors  que  trois  disciples, 
Hugues,  Evermolde  et  Antoine,  qui  l'accompagnoient 
dans  ses  missions.  Cette  petite  troupe,  mais  respectable 
par  sa  grande  piété,  s'étant  augmentée  à  Laon  pendant  le 
carême  jusqu'au  nombre  de  4  5,  Norbert  les  conduisit  la  se- 
maine de  la  Passion  à  Prémontré,  où  il  commença  à  jetter 
les   fondemens  de  son  ordre. 

Les  disciples  de  Raoul  furent  comme  les  premières 
pierres  fondamentales  de  cet  ordre,  et  se  distinguèrent  dans 
les  pratiques  les  plus  austères  de  la  religion.  '  Ils  étoient 
d'ailleurs  parfaitement  instruits  et  capables  de  remplir  un 
jour    les  premières  dignités  de  l'ordre,  et  même  de  l'égli- 


XII  SIECLE. 


DE  LAON.  494 

se ,  auxquelles  la  Providence  les  destinoit.  C'est  l'idée  qu'on 
doit  se  former  de  Gautier  de  Mortagne  qui  fut  premier  abbé 
de  saint  Martin  de  Laon,  puis  successeur  de  Barthelemi  sur 
le  siège  de  cette  ville  ;  de  Gérard  premier  abbé  de  saint 
Nicolas  de  Clairfont;  d'Adam  second  abbé  de  saint  Josse- 
aux-bois  ou  de  Dammartin  au  diocèse  d'Amiens;  du  bien- 
beureux  Richard,   abbé  de  Pont-à-Mousson,  etc. 

Raoul  vivoit  encore  en  -1429  et  4  4  34  ,  comme  on  le 
voit  par  deux  chartes  qu'il  signa  en  qualité  de  chancelier , 
la  première  donnée  par  l'évêque  Barthelemi  en  faveur  de 
l'abbaye  de  saint  Vincent  de  Laon;  la  seconde  charte  est 
celle  de  la   fondation  du  monastère  de  Clairfont  en   4  4  34 

Mais  il  étoit  mort  en  4  4  38,  car  nous  trouvons  une  charte  Bibi.Pnem.p. 464, 
de   cette    année   signée    par    un    autre    chancelier    nommé 
Ernauld    qui    peut   avoir  été   le    successeur    immédiat    de 
Raoul. 

4°  On  peut  remarquer  d'abord  que  Raoul  doit  avoir  eu 
grande  part  aux  ouvrages  d'Anselme  son  frère  auxquels  nous 
renvoyons  le  lecteur.  Néanmoins  nous  ne  trouvons  que 
celui  des  sentences,  où  les  noms  des  deux  frères  se  trou- 
vent :  Flores  sententiarum  ac  quœstionum  magistri  Ansehni 
et  Radulphi  fratris  ejus.   '  Peut-être  Anselme    avoit-il  laissé  Mss.de  s.  Amand, 

r        '  .  «  .  „        ,  .     ,       j  •        Sander.  part.  1.  p. 

cet   ouvrage    imparfait,    et  Raoul  y   mit  la   dernière  main.  42. 

2°.  L'an  44  42  les  deux  frères  travaillèrent  ensemble  à 
un  recueil  de  passages  de  l'écriture  pour  la  consolation  des 
habitans  de  Laon  que  Dieu  préserva  du  feu  et  du  fer  dans 
la  sédition  dont  nous  avons  parlé  à  l'article  d'Anselme. 

3°  Géofroi,  disciple  de  saint  Bernard,  écrivant  contre 
les  erreurs  de  Gilbert  de    la   -Porrée,  peu  après  le  concile 

tenu  à  Reims  en  4  448,  cite  '  un  écrit  de  Raoul,  où  il  en-  ap»<i  Bern.  t.  2, 

..  .         .       _,,        eo.  îoyo,  p.  îdoo. 

seignoit  que  par  les  noms  de  Père,  de  Fils  et  de  saint  Es- 
prit, on  n'entend  point  les  propriétés,  mais  il  ne  donne 
point  le  titre  de  cet  ouvrage,  se  contentant  de  le  citer 
seulement  en  général  :  Magister  Radulphus  Laudunensis  in 
quadam  scriptura  sua  sic  ait  :  Et  per  Ma  nomina,  Pater 
et  Filius  et  Spiritus  sanetvs ,  nullas  intelligimus  poni 
pi'oprietates .  L'écrit  de  Raoul,  d'où  ce  texte  est  tiré,  n'est 
point  venu  jusqu'à  nous. 

4°.  L'Annaliste   de  Prémontré  '  fait   mention    d'un    autre  Hugo,  prima  par- 
ouvrage  de  Raoul  sur  l'Apocalypse   qui  se  trouve  parmi  les 


m  sieclk.       ^92  GISLEBERT  CR1SP1N, 


manuscrits  de  l'abbaye  de  saint  Marien ,  sous  ce  titre  :  Glossce 
magistri  Radulphi  in  Apocalypsim.  Mais  vraisemblable- 
ment cette  glose,  n'est  autre  cbose  que  le  commentaire 
d'Anselme  sur  l'Apocalypse,  qui  est  attribué  à  Radulpbe, 
parce  que,  comme  nous  l'avons  déjà  remarqué,  il  avoit 
grande  part  aux  ouvrages  de  son  frère.  D.  Martenne  parle  de 
ces  gloses  dans  son  voyage  littéraire,  et  après  lui  Dom 
Bibi.  bibiiot.   p.   Bernard  Mont  faucon. 

1314 

5°  Raoul  est  auteur  de  deux  petits  traités  qu'on  con- 
serve encore  aujourd'hui  dans  un  manuscrit  de   la  bibliothé- 

cod.  75*.  que    do    saint    Victor'.  Le  premier  traite  de   l'arithmétique 

et  est  ainsi  intitulé  :  Incipit  liber  Radulphi  Laudunensis  de 
Abaco.  L'autre  suit  immédiatement,  et  traite  du  demi-ton 
de  Semitonio ,  mais  plus  du  côté  de  la  théorie  que  de  la  pra- 

Dissert   sur ibist.   tique     ,  dit  M.   l'abbé  le  Beuf,  capable  d'en  juger. 

de  Paris   t    2,  p.       n  »        r  J    o 

91,  H*  =============^======^— ————— —————— ^———— 

GISLEBERT     GRISPIN, 

MOINE  DU  BEC, 
Puis  abbé  de  Westminster,   en  Angleterre. 


81- 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

«»b.  win.  Bened.        /-^islebert   étoit  issu    d'une   des  premières  familles  de 
n.  9».  ^JNormandie,  également  recommandable  par  la  noblesse, 

innot.    in    Ans    la   valeur  et  la    piété.  '  Le  surnom  de  Crespin    ou    Crispin 
unir  p!  54  fut    donné    à    Gislebert  comte  de   Brionne,   ayeul  de  l'abbé 

de  Westminster,  à  cause  de  sa  chevelure  crépue,  et  passa 
à  ses  descendans.  Le  comte  Gislebert  eut  de  Gonnor  ou 
Gemoret  son  épouse,  dame  d'une  ancienne  noblesse,  trois 
fils,  sçavoir,  Gislebert,  Guillaume  et  Robert;  et  deux  fil- 
les Emme  et  Esilie;  la  première  fut  mère  de  Pierre  de  Con- 
dé;  et  la  seconde  de  Malet  chevalier  de  grande  réputation, 
qui   mourut  religieux  du  Bec. 

L'ainé  des  trois  fils  de  Gislebert,  appelle   Gislebert  com- 
me son    père,    fut   Seigneur  de   Telliers,    terre   que  Guil- 
laume 


ABBÉ  DE  WESTMINSTER.  493 


XII  SIECLE. 


laume  *  le  bâtard ,  duc  de  Normandie  lui  donna ,  et  qui  passa 
à  sa  postérité.  Robert  le  troisième,  s'acquit  beaucoup  de 
réputation  dans  les  pays  étrangers,  où  son  mérite  fut  cause 
de  sa  mort ,  ayant  été  empoisonné  à  Constantinople  par  les 
Grecs.  Mais  le  plus  célèbre  des  trois  fils  de  Gislebert  fut  le 
second  nommé  Guillaume  ;  il  fut  très-babile  dans  l'art  de 
la  guerre,  et  Guillaume  duc  de  Normandie  l'établit  gou- 
verneur de  Neaufle ,  pour  défendre  le  pays  Vexin  contre 
les  François  et  sur-tout  contre  Gaultier  l'ancien  comte  de 
Pontoise.  Guillaume  épousa  Eve,  sortie  d'une  ancienne  fa- 
mille de  France ,  et  en  eut  Gislebert  qui  fera  la  matière  de 
cet  article  :  Il  avoit  une  dévotion  singulière  envers  la  sain- 
te Vierge ,  dont  il  éprouva  d'une  manière  sensible  la  pro- 
tection dans  plusieurs  dangers ,  ansquels  il  se  trouva  ex- 
posé. Quelques  jours  avant  sa  mort,  il  fit  venir  le  bienheu- 
reux Herluin  abbé  du  Bec,  dont  son  père  Gislebert  avoit 
été  un  insigne  bienfaicteur ,  et  comme  le  second  fondateur; 
il  lui  demanda  l'habit  de  saint  Benoît,  le  reçut,  mourut 
quelques  jours  après ,  et  fut  enterré  près  de  l'église.  Sa  veu- 
ve détachée  du  siècle ,  se  livra  toute  entière  aux  exercices 
de  piété  ;  et  ayant  pris  dans  la  suite  le  voile  sacré  des  mains 
de  Guillaume  archevêque  de  Rouen ,  elle  se  consacra  au 
service  de  Dieu  au  Bec  même ,  où  elle  fut  inhumée  auprès 
de  son   mari. 

Gislebert  fils  de  Guillaume  et  d'Eve,  fut  offert  par  son 
père  dès  sa  plus  tendre  jeunesse ,  au  bienheureux  Herluin 
abbé  du  Bec  et  à  Lanfranc  qui  eurent  soin  de  son  éduca- 
tion .  Le  jeune  Gislebert  qui  avoit  beaucoup  d'esprit,  '  et  ict  m. ord. ». Be- 
un  heureux  naturel,  fit  sous  de  si  habiles^  maîtres,  auxquels  p.  340,  n'i' 
il  faut  joindre  saint  Anselme,  de  grands  progrès  dans  les  let-  cbron- Bec- 
très  tant  sacrées  que  profanes  ;  et  il  s'y  rendit  si  habile  qu'on 
le  chargea  lui-même  de  les  enseigner  aux  autres.  Lanfranc 
étant  devenu  archevêque  de  Cantorberi,  et  connoissant  son 
mérite  le  fit  abbé  de  Westminster.  Saint  Anselme  qui  étoit 
alors  abbé  du  Bec,  ayant  succédé  à  Lanfranc,  écrivit  à  Gis- 
lebert sur  sa  promotion  à  la  dignité  d'abbé  de  Westminster, 
une  lettre  qui  lui  fait  honneur  :  il  lui  rend  témoignage  que 
la  grâce  l'a  toujours  conservé  ;  qu'il  a  été  nourri  dans  la  pié- 
té ,  et  il  ajoute  qu'une  éducation  si  sainte  doit  donner  de 
grandes  espérances   pour   l'avenir.   Gislebert   répondit  par- 

1  S      Tome  X.  B  b 


XII  SIECLE. 


494  GISLEBERT  CRISPIN, 


faitement  par  sa  sage  conduite  au  choix  que  Lanfranc  avoit 
fait  de  sa  personne  pour  l'élever  à  la  dignité  d'abbé  ;  et  il 
remplit  toutes  les  espérances  que  son  éducation  toute  sain- 
te ,  sa  science ,  sa  piété  avoient  pu  faire  concevoir  de  son 
gouvernement,  qui  fut  de  trente-deux  ans,  selon  la  chroni- 
que du  Bec. 

Le  long  séjour  que  Gislebert  a  fait  en  Angleterre,  où 
il  a  gouverné  pendant  trente-deux  ans  une  des  plus  célèbres 
abbayes  qui  fut  alors  dans  ce  royaume,  est  sans  doute  ce 
qui  a  donné  occasion  à  quelques  écrivains  Anglois  de  le 
placer  parmi  les  sçavans  d'Angleterre;  si  ces  écrivains  s'é- 
toient  contentés  de  lui  donner  rang  parmi  les  auteurs  de 
leurs  pays,  à  raison  du  séjour  qu'il  a  fait  en  Angleterre  où 
il  est  mort,  nous  ne  le  trouverions  pas  mauvais,  et  nous  en 
usons  nous-mêmes  de  la  sorte  :  mais  ils  ont  tort  de  compter 
Gislebert  Crespin  parmi  leurs  sçavans,  comme  étant  An- 
glois de  naissance,  puisqu'il  est  certain  qu'il  étoit  né  en 
cave.  p.  557.         Normandie  et  avoit  été  élevé  dans  le  monastère  du  Bec. 

Cave  lui-même  reconnoît   que   Gislebert   étoit   Normand. 
t.  2,  p.  735.  '  Du  Boulai  a  fait  la  même  faute  que  les  écrivains  d'An- 

gleterre, et  est  en  cela  moins  excusable  qu'eux.  Non  seule- 
ment il  fait  Gislebert  Anglois,  mais  par  une  nouvelle  mé- 
prise, il  lui  donne  pour  maître  Anselme  de  Laon,  au  lieu 
d'Anselme  archevêque  de  Cantorberi,  sous  lequel  il  étudia 
la  théologie.  Pitsée  et  d'autres  écrivains  sont  encore  tombés 
dans  une  autre  erreur  plus  considérable  sur  l'article  de 
Gislebert  Crispin,  en  le  confondant  avec  le  moine  Gisle- 
voyez  Airord,  ad  Lert ,  l'un  des  fondateurs  de  l'Université  de  Cambrige. 
seq.  Genebrad   '   avant   eux    avoit  déjà    confondu   le    disciple   de 

{î!  545,aadâann  963*  samt   Anselme   avec  l'auteur   de    l'écrit  intitulé  :   Altercatio 
v -563  ad  an.  io76,  ecclesiœ   et  synagogœ,  contemporain   de  Jean  Scot   ou    Eri- 
gene  qui   vivoit  à   la  fin  du  neuvième  siècle. 

Gislebert  fut  enterré  aux  pieds  de  l'abbé  Vital  'avec  cette 
épitaphe  : 

Hic  pater  insignis,  genus  altum,  virgo  senexque 

Gisleberte  jaces,  lux,  via,  duxque  tuis. 
Mitiseras,  justus,  prudens,  fortis,  moderatus; 

Doctus  quadrivio,  nec  minus  in  trivio. 
Sic  tanien  ornatus,  nece  sexta  luce  decembris 

Spiramen  cceloreddis  et  ossa  solo. 


ABBE  DE  WESTMINSTER.  495      X1I  SIECLE 


Les  historiens  s'accordent  assez  sur  l'époque   de  la  mort 
de  Gislebert  qu'ils  placent  en   l'année    \\M.  Jean    Picard, 
chanoine  régulier  de  saint  Victor  de  Paris,  '  se  sert  de  cette  Annot.  in  epist.  s. 
époque,    qu'il    fonde  sur  l'autorité  de  Florent  de  Vorches-  PnS559,ncoi.'ie  '' 
ter,  pour  déterminer  l'aimée    que  Gislebert  fut  fait  abbé  de 
Westminster,  et  en   conclud    que  ce  fut  en    1084.     Néan- 
moins cette  époque  de    la  mort  de  Gislebert  en  \\\1  n'est 
pas    sans  difficulté;  car,  sans  parler  de  l'histoire  manuscrite 
des  abbés  de  Westminster,   qui  la  met  en  \\\ 4,  Pierre  de 
Blois  '  dans  la  continuation  de  l'histoire  de  Croisland,  nous  Mab.  ib.  73,  ann. 
apprend  que  Henri  roi  d'Angleterre  envoya  l'an  4  -H  8 ,  Gis-       '  p' 
lebert     de    Westminster    avec   Géofroi    de    Croisland,    pour 
proposer  à  Thibaud,  comte  de  Blois  une  entrevue  en   Nor- 
mandie ,  au   sujet  de  la   division  qui    étoit  entre   le  roi  de 
France   et    ce    comte.     On   pourroit    peut-être    lever   cette 
difficulté   par  les  différentes   manières  de  commencer  l'an- 
née qui  étoient  alors  en  usage.   Mais  il    en  reste   une  bien 
plus    considérable,  fondée    sur  une  lettre    de  Gislebert   lui- 
même,    par    laquelle  il  adresse  son  traité  contre  les  Juifs  à 
Alexandre,    évêque    de     Lincoln.    Car    cet     Alexandre    fut 
placé  sur  le   siège    de   Lincoln ,   selon    le    père   Mabillon ,  '  Not.  in  epist.  64, 
en  -1123,    d'où   il  s'ensuit  que  Gislebert  de  Westminster  a  annet""5,  p.' 135.' 
vécu  pour  te  moins  jusqu'en  cette  année,  pour  pouvoir    lui 
dédier  cet  écrit  qu'il  avoit  déjà  dédié  autrefois  à  saint  An- 
selme. 

§    IL 
SES  ÉCRITS. 


Prisés    nous    représente    Gislebert   comme    un    homme  Edit.  op.  Lanfr. 
, ,  ,  ,  ,  .  #  ,        not.  in  vit.  Lanfr. 

comparable  aux  plus  grands  personnages  de  son  siècle,  p.  19. 

non-seulement  pour  la  piété,  mais  encore  pour  la  science  : 

il  étudia,  dit-il,  dans  son  monastère  (cela  seroit  vrai  si  Pit- 

sée   entendoit  le  monastère    du  Bec)    les   belles-lettres   et 

tous  les  arts   libéraux  et  la  philosophie.  «  Il  eut  pour  maî- 

»  tre  en  théologie  saint  Anselme  archevêque  de  Cantorbe-» 

»  ri,  sous  la  conduite  duquel  il    pénétra    tout  ce  qu'il  y   a 

»  de  plus  caché  dans  les   saintes  écritures.    Ensuite   il  fré- 

>  quenta   les    académies  de    France,  parcourut   toute  l'Ita- 

Bb  ij 


XII  SIECLE. 


-196  GISLEBERT  CRISPIN, 


»  lie,  alla  à  Rome,  et  revint  dans  sa  patrie  en  passant  par 
»  l'Allemagne.  Cet  esprit  avide  de  doctrine  desiroit  ar- 
»  demment  de  se  remplir  de  tout  ce  qu'il  pouvoit  trouver 
»  de  science  :  »  Avidum  hominis  ingenium,  quidquid  erat 
ubivis  gentium  scientiœ  sitiebat  ardenter,  imo  imbibebat 
diligenter.  Pitsé ,  après  avoir  ainsi  parlé  de  l'abbé  de 
Westminster,   donne  le  catalogue    suivant  de  ses  ouvrages. 

Un  livre  sur  la  foi   de  l'Eglise  contre  les  Juifs. 

Un  livre   d'Homélies  sur  les  cantiques. 

Un  livre  sur  Isaïe ,  adressé  à  saint  Anselme. 

Un   livre  sur  le  prophète  Jérémie. 

Sur  les  prologues  de  saint  Jérôme ,  sur   la  Bible. 

Sur  la  chute  -du  Diable. 

Sur  l'Ame. 

Sur  l'état   de  l'Eglise,  lettres  à  saint  Anselme. 

Contre  les  péchés  de  pensée,  de  parole  et  d'action. 

Il  y  a  plusieurs  autres  ouvrages  de  Gislebert,  sçavoir, 
un  Commentaire  sur  les  lamentations,  qui  est  dans  le  mo- 
nastère de   saint   Aubin  d'Angers. 

Sur  les  épîtres  de  saint  Paul,  qui  est  dans  l'abbaye  de 
saint   Rémi  de  Reims. 

Dispute  contre  les  Juifs. 

Il  est  surprenant  que  Pitsé,  dans  ce  catalogue  d'ouvra- 
ges qu'il  attribue  à  Gislebert,  et  dont  plusieurs  ne  sont  pas 
de  lui,  ait  omis  la  vie  du  bienheureux  Herluin ,  dont  il  est 
incontestablement  l'auteur,  comme  nous  le  verrons. 

A  la  tête  d'un  manuscrit  du  Mont  saint  Michel,  cotté 
4  98,  se  trouve  le  catalogue  des  livres  que  Philippe  évê- 
que  de  Bayeux,  donna  à  l'Abbaye  du  Bec,  vers  le  milieu 
du  douzième  siècle.  Ce  catalogue  contient  les  titres  sui- 
vans  d'écrits  appartenans  à  Gislebert  Crispin  :  Contra  Ju- 
dœos  liber  Gisleberti  Crispini.  Item,  ejusdem  de  Simoniacis 
et  de  veritate  corporis  et  sanguinis  Domini.  Item,  ejusdem 
sertno  de  dedicatione  ecclesiœ.  Item,  homilia  ejusdem  super, 
Cum  vigilasset  Dominus.  Item,  ejusdem  epistolœ  très. 

Examinons  quels  sont   les  véritables  ouvrages   de  Gisle- 
bert Crispin;    et    commençons   par  la    vie   du   bienheureux 
Herluin  ,   abbé  du   Bec  :  cet  écrit  est  incontestablement   de 
l'abbé  de  Westminster,  qui  le  composa  n'étant  encore  que 
Lib.7,hist.Norman,  moine  du  Bec.   Guillaume   de   Jumieges  '  en   parle  en   des 


ABBE  DE  WESTMINSTER.      .  197       IU  SIiCLE 


termes  tres-avantageux ,  et  y  renvoyé  ceux  qui  désirent  c.  22. 1  Duchesne, 
être  instruits  à  fonds  de  ce  qui  regarde  la  conversion  et  fnan79'  hi8t'  "or" 
la  vie  du  bienheureux  Herluin.  Il  assure  que  ceux  qui 
liront  cet  écrit  t  composé  par  Gislebert  Crispin,  depuis 
»  abbé  de  Westminster,  également  distingué  par  sa  nobles- 
»  se  et  sa  science,  y  trouveront  de  quoi  se  satisfaire.  »  Il 
le  loue  comme  un  ouvrage  écrit  avec  élégance  :  il  étoit 
permis  à  un  écrivain  du  siècle  de  Guillaume  de  Jumieges 
de  parler  ainsi  de  l'ouvrage  de  Gislebert,  et  d'en  louer 
l'élégance,  qui  eleganti  sermone  conscriptus  est  :  11  est  ef- 
fectivement assez  bien  écrit  pour  son  temps.  De  plus  il  est 
très-intéressant  pour  le  fonds.  On  y  trouve  véritablement 
de  quoi  satisfaire  sa  curiosité  dans  les  détails  qu'il  renferme. 
L'auteur  y  décrit  d'une  manière  fort  vive  le  zèle  qu'avoit 
le  saint  abbé  pour  faire  avancer  ses  disciples  dans  la  piété  et 
les  sciences,  et  l'accueil  qu'il  faisoit  aux  gens  de  lettres 
qui  se  présentoient  à  lui  pour  embrasser  la  vie  religieuse. 
Cette  vie  quoiqu'elle  ne  soit  pas  écrite  d'un  style  aussi 
élégant  que  le  dit  Guillaume  de  Jumieges,  se  lit  avec  plai- 
sir, et  on  y  découvre  sans  peine  que  l'auteur  étoit  homme 
d'esprit,  de  jugement  et  de  piété,  et  il  mérite  au  moins 
,  une  partie  des  éloges  que  lui  ont  donné  Guillaume  de 
Jumieges ,  Pitsé ,  llarpsfeld ,  Possevin ,  du  Boulai ,  et 
autres.  Ces  auteurs  n'ont  fait  la  plupart  que  copier  ce  que 
Balœus  avoit  dit  avant  eux  à  la  louange  de  Gislebert. 

La  vie  du  b.  Herluin  a  été  imprimée  en  J648  à  Paris, 
par    Billaine,    dans   l'appendice    des   œuvres  de    Lanfranc, 
publiées   par    D.  Luc  d'Achery.  '    D.  Mabillon  en   a  donné  p.  3î. 
une  nouvelle   édition   dans  le  neuvième  tome  des  actes  des 
saints  de  l'ordre  Bénédictin.  '  D.  Hugues  Menard   est  le  pre-  p.  340. 
mier  qui  ait  publié  un  abrégé  de   cette  vie  dans   ses  obser- 
vations   sur   le     martyrologe    Bénédictin.  '  Nous     pouvons  L.s.depuisiapage 
joindre  à  la  vie  du    B.   Herluin  trois  épitaphes  de    ce  saint       Jusqu 
abbé.  '  D.  Mabillon  qui  a  donné  les  deux   premières  au' pu-  Act.  Bened.  t.  9, 

...  ,  ,    .,  .      '  ,,       ,  \  .    r  ,       p.  381.  365. 

bue,  ne  décide  point  qui  en  est  r  auteur,  et  se  contente  de 
dire  qu'elles  sont  ou  de  l'auteur  de  la  vie  du  b.  Herluin, 
ou  de   quelqu'autre  écrivain  du    même  temps. 

2°.  L'ouvrage  le  plus  connu  de  Gislebert  Crispin,  et 
que  tous  les  écrivains  lui  attribuent  unanimement,  est  un 
traité  contre   les   Juifs.  Il  n'est   pas  douteux  que  Gislebert 

1  5  * 


XII  SIECLE. 


498  GISLEBERT  CRISPIN, 


1497  et  suiv. 


n'ait  fait  un  écrit  sur  cette  matière.  Mais  quel  est-il?  Dom 
Martenne  remarque  (t.  5,  anecd.  p.  4  507)  que  l'animo- 
sité  des  Juifs  contre  les  Chrétiens  engagea  plusieurs  sçavans 
de  ce  siècle  à  écrire  contre  eux.  Gislcbert  Crispin  fut  de 
ce  nombre  ;  mais  les  auteurs  varient  beaucoup  sur  le  titre 
de  l'ouvrage  qu'ils  lui  attribuent,  soit  qu'ils  se  trompent  sur 
le  titre  seulement,  soit  qu'ils  se  trompent  sur  l'ouvrage 
même,  en  attribuant  à  Gislebert  de  Westminster  un  écrit 
différent  de  celui  dont  il  est  véritablement  auteur.  C'est  ce 
qui  est   arrivé  à  Genebrard ,  comme   nous  l'avons   déjà    re- 

Bib.  Moetj.  part,  marqué,  et  à  quelques  autres.  Adrien  Moetjens  '  prétend 
que  l'auteur  d'un  ouvrage  imprimé  «à  Cologne  en  4537, 
sous  ce  titre,  AHercatio  synagogue  et  ecclesia? ,  n'est  autre 
que  Gislebert  ou  Gilbert.  Mais  c'est  à  tort,  puisque  l'écrit 
de  l'abbé  de  Westminster  est  tout  différent  de  celui  qui  a 
été  imprimé  à  Cologne.  On  a  parlé  de  ce  dernier  écrit 
dans  l'histoire  littéraire  du  neuvième  siècle,  tom.  5,  p.  272. 
D.    Martenne  et  D.    Durand    ont    publié    un    autre    traité 

Tom.  s,  anecd.  p.  contre  les  Juifs ,  intitulé  Altereatio  ecclesiœ  et  synagogœ , 
composé  par  un  certain  Gislcbert,  sans  décider  quel  est  ce 
Gislebert;  si  c'est  Gilbert  de  la  Porréc,  ou  Gislebert  Cris- 
pin.  Mais  puisque  l'ouvrage  de  ce  dernier,  qui  se  trouve 
parmi  les  œuvres  de  saint  Anselme ,  est  très-différent  de 
celui  qu'a  publié  D.  Martenne,  et  que  personne  n'a  ja- 
mais attribué  deux  ouvrages  contre  les  Juifs  à  Gislebert 
Crispin,  on  doit  en  conclure  qu'il  n'est  point  auteur  de 
celui-ci.  Il  y  a  beaucoup  plus  d'apparence  que  Gislebert  de  la 
Porrée  en  est  auteur,  et  qu'il  le  composa  avant  que  d'être 
évêque  ;  ce  qui  aura  été  cause  qu'on  ne  lui  a  donné  aucune 
malité  à  la  tête  de  cet  ouvrage.  Le  lieu  où  les  éditeurs 
le  cet  écrit  ont  trouvé  le  manuscrit  sur  lequel  ils  l'ont  im- 
primé, nous  autorise  encore  à  l'attribuer  à  Gilbert  de  la 
Porrée.  Personne  n'ignore  que  cet  auteur  étoit  du  Poitou, 
et  qu'il  a  été  évêque  de  Poitiers.  Or  D.  Martenne  a  trouvé 
le  manuscrit  en  question  dans  l'abbaye  de  la  Colombe, 
ordre  de  Cîteaux,  non  loin  du  diocèse  de  Poitiers;  ce  qui 
doit  former  un  grand  préjugé  que  l'auteur  de  cette  dispute 
de  l 'église  et  de  la  synagogue  est  plutôt  Gilbert  de  la  Porrée, 
qu'un  Normand  qui  vivoit  en  Angleterre.  Nous  éclairei- 
rons  davantage  ce  point  de  critique  dans  l'article  de  Gilbert 
évêque  de  Poitiers. 


I 


ABBÉ  DE  WESTMINSTER.  ^9 


XII  SIECLE. 


'  Enfin  D.    Gerberon   a    publié   parmi   les  œuvres  de   saint  p.  512. 
Anselme,  une  dispute  entre  un  Juif  et  un  Chrétien  sur  la  foi 
chrétienne,  sous  le  nom  de  Gislebert  Crispin  abbé  de  West- 
minster.   Disputatio  Judœi  cum  Christiano  de  fide  christiana, 
scripta    à    domino     Gisleberto,     abbate     Westmonasterii .    Cet 
ouvrage   est  incontestablement  la  production    de    celui  dont 
il   porte  le  nom.  C'est  à  tort  qu'on  l'a  imprimé  sous  le  nom 
de    Guillaume    de     Champeaux     dans   la    bibliothèque    des 
Pères,  de  l'édition  de  Lyon,  t.  20.  Les  manuscrits  de  s.  Ré- 
mi de  Reims,  de  l'abbaye  de  s.  Germain  des  Prés,  et  de  celle 
de  saint  Victor  de  Paris,  lèvent  toutes  les  difficultés  qu'on 
pourroit  avoir  sur  ce  sujet.  Cet  écrit  qui  est  en  forme  de  dia- 
logue, est  précédé  d'une  lettre  par  laquelle  l'auteur  le  sou- 
met au  jugement  et  à  la  censure  de   saint  Anselme  arche- 
vêque de  Cantorberi,  à  qui  il  l'adresse.  11  y  rend  ainsi  compte 
de   ce    qui   avoit    donné    occasion    à    son   ouvrage.    Gilbert 
étant  autrefois  à  Mayence,    y  avoit  fait  connoissance   avec 
un  Juif  instruit  de  sa  loi,   et  même  de  celle  des  Chrétiens. 
Ce  Juif  lui    rendoit   souvent   visite,   comme   ami,    et  parce 
que   Gislebert   lui   rendoit  des  services    importans.    Chaque 
fois  que    les  deux   amis  se  voyoient,    leurs    conversations 
rouloient  sur  l'écriture  et  la  religion  chrétienne.  Un  jour  la 
providence  leur  ayant  procuré  plus  de  loisir,   l'entretien   l'ut 
plus  long  qu'à  l'ordinaire;  les  deux  amis  s'entretinrent  de  ce 
qui  avoit  coutume  de   faire   la   matière   de   leurs   conversa- 
tions. Le  Juif  proposoit  des  difficultés  avec  beaucoup  d'or- 
dre et  de  méthode ,  les   appuyant  sur  l'autorité  de  l'écriture 
sainte.   Gilbert  puisoit   ses  réponses  dans  la  même   source, 
et  réfutoit  les  objections  du  Juif  avec  tant  de  justesse  et  de 
force,   que  quelques-uns  de  ceux  qui  avoient  assisté  à  cette 
dispute,    l'engagèrent  à  en    faire  une  relation,   en   lui  re- 
présentant  qu'elle   pourroit    être   utile  à  d'autres.    C'est  ce 
que  fit   Gilbert  dans    un  écrit    en    forme  de    dialogue,    où 
il  supprima   son  nom  et  celui   du   Juif. 

Gislebert  soumet  entièrement  son  ouvrage  au  jugement 
de  saint  Anselme,  en  le  priant  d'y  faire  non  seulement 
les  retranchemens  qu'il  jugera  à  propos,  mais  même  de  le 
supprimer  totalement;  et  il  lui  déclare  qu'il  trouvera  bon 
tout  ce  qu'il  décidera.  Il  ne  dissimule  pas  toutefois  que 
Dieu  s'étoit  servi  de  celte   relation  pour   toucher  un    Juif 


III  SIECLE. 


T.  5,  atin.  I.  70,  p 
434,  n.  7. 

Ans.  1.3,  ep.  117. 


200 


GISLEBERT  CRISPIN, 


Bibl.    Cotton      p 
107,  n.  14. 


Possev.t.  l,p.644, 
Tritta.  t.  1,  Chron 
I  Hirsaug.  p.  26-2.  | 
Le  Long,  Bibl. 
sacr.  p.  744.  |  Ba- 
laeus,  etc. 


Cave,  p.  557. 


Cat.  mss.  Angl. 
p:irt.  3.  n.  1755. 
I  Ibid.  n.  1754. 


T.  2,   éd.  de  l'an 
lCuu,  p   I,  et  suiv. 


de  Londres,  qui  s'étant  converti ,  avoit  non  seulement 
demandé  et  reçu  le  baptême ,  mais  même  embrassé  la  pro- 
fession religieuse  dans  l'abbaye  de  Westminster.  Le  P. 
Mabillon  doute  si  ce  Juif  converti  n'est  pas  celui  que  saint 
Anselme  '  recommande  à  Ernulpbe  prieur  de  Cantorberi , 
et   à  Guillaume    archidiacre. 

Pour  revenir  au  dialogue  de  Gislebert,  il  porte  les  mêmes 
caractères  que  la  vie  du  b.  Herluin.  Le  style  en  est  le 
même  :  on  y  reconnoît  encore  davantage  la  justesse  d'es- 
prit de  l'auteur,  et  la  connoissance  qu'il  avoit  des  saintes 
écritures,    dans   lesquelles  il  paroît   fort  versé. 

3°.  '  Nous  avons  un  dialogue  sur  la  procession  du  saint 
Esprit,  que  nous  ne  doutons  [as  qui  ne  soit  de  Gislebert 
Crispin.  Il  a  composé  cet  écrit  à  l'imitation  de  saint  An- 
selme son  maître,  et  l'a  réduit  en  forme  de  dialogue,  afin 
de  le  mettre  plus  à  la   portée  de   tous   les  esprits. 

Voilà  quels  sont  les  ouvrages  dont  Gislebert  de  West- 
minster est  véritablement  auteur.  Pour  ce  qui  est  des  autres 
qui   lui   sont    attribués,    ils  ne  sont    nullement  de  lui. 

Les  commentaires  sur  Isaïe,  Jérémie,  dont  Pitsé,  du 
Boulai  '  et  autres,  '  le  font  auteur,  appartiennent  à  Gisle- 
bert l'Universel  évêque  de  Londres,  auquel  nous  les  resti- 
tuerons. 

L'ouvrage  de  la  chute  du  diable,  de  casu  diaboli,  n'est 
autre  indubitablement  que  le  dialogue  de  saint  Anselme, 
imprimé  parmi  ses  œuvres,  '  par  les  soins  de  D.  Gerbe- 
ron. 

'  Cave  met  au  rang  des  écrits  de  Gislebert  Crispin ,  des 
homélies  sur  le  Cantique  des  Cantiques,  qui  se  trouvent 
parmi  les  manuscrits  de  saint  Pierre  de  Cambrige  '  un  com- 
mentaire sur  les  prologues  de  saint  Jérôme,  et  un  livre 
sur  les  péchés  de  pensée,  de  parole  et  d'action;  ce  der- 
nier est  manuscrit  dans  la  bibliothèque  de  Gaultier  Cope. 
Le  premier,  c'est-à-dire  les  homélies  ou  sefmons  sur  le 
Cantique  des  Cantiques  est  de  Gilbert  de  Hoyland,  dis- 
ciple de  saint  Bernard,  et  abbé  de  Swinshed,  au  dioccèse 
de  Lincoln,  mort  en  4472  :  l'identité  de  nom  est  le  seul 
fondement  qui  les  a  fait  attribuer  à  Gislebert  Crispin.  '  Dom 
Mabillon  a  imprimé  ces  homélies  parmi  les  œuvres  de  saint 
Bernard.   Il  est   vrai  qu'il  y   a   quarante-huit  homélies  de 

Gislebert 


ABBÉ  DE  WESTMINSTER.  201       XII  SIICLE. 


Gislebert  de  Hoyland  sur  le  Cantique  des  Cantiques,  et 
que  les  écrivains  qui  font  Gislebert  Crispin  auteur  d'un 
semblable  ouvrage,  ne  lui  en  donnent  que  quarante-sept. 
Mais  cette*  difficulté  est  aisée  à  lever;  car  la  dernière  ho- 
mélie, c'est-à-dire  la  quarante-huitième,  ,n'est  qu'un  com- 
mencement de  sermon  qui  n'aura  apparemment  pas  été 
compté  par  ceux  qui  en  ont  fait  auteur  Gislebert  Cris- 
pin,  et  ne  la  comptant  point,  ils  ne  lui  en  auront  attribué 
que  quarante-sept  au  lieu  de  quarante-huit. 

L'écrit  sur  l'état  de  l'église,   de  statu  ecclesiœ ,   que  Pit- 
sé    attribue    à  Gislebert    Crispin    est  d'un  autre  Gislebert  '  Fabric.^7,  bib. 
évêque  de  Limerik  en  Ecosse,  qui  florissoit  dans  le  même 
temps.  Quelques  auteurs  en  attribuant  cet  ouvrage  à  Gisle- 
bert Crispin,   sont  encore  tombés  dans  une  autre  erreur,  en 
le  faisant  évêque  de  Limerik  en  Ecosse.  C'est  ce  que  rap- 
porte Harpsfeld,  '  qui  cite  Jean  Leland  pour  garant  de  tout  Hist.  Eccies    An- 
ce  qu'il   avance  touchant  l'abbé  de  Westminster.   Le   même 
Harpsfeld,    après  avoir  parlé  du  dialogue   de  Gislebert  avec 
un  Juif,  dit  qu'il  a  écrit  quelques  autres  ouvrages  de  théo-  p  ^6- 
logie. 

On  lui  attribue  encore  un  traité  de  l'ame,  de  anima, 
qui  n'est  vraisemblablement  autre  que  le  traité  de  spiritu 
et  anima,  imprimé  dans  l'appendice  du  sixième  tome  de 
la  nouvelle  édition  des  œuvres  de  saint  Augustin.  Mais  les 
éditeurs  ont  découvert  que  cet  ouvrage  appartenoit  à  Al- 
chere,    moine  de  Clairvaux ,    qui   vivoit  vers  l'an   -1-160. 

Il  est  à  propos  de  remarquer  que  les  ouvrages  dont  nous 
venons  de  parler,  sont  attribués  à  Gislebert  Crispin  par 
Balaeus,  Pitsé,  et  autres  écrivains  Anglois,  à  l'autorité 
desquels  il  ne  faut  pas  aisément  s'en  rapporter,  par  rap- 
port aux  écrits  qu'ils  attribuent  aux  auteurs  de  leurs  pays, 
ou  qu'ils  croyent   en  être. 


Tome  X.  C  c 


m  siècle.      202      MARTIN,  MOINE  DE  MONT1ERNEUF, 


m; 


MARTIN, 

MOINE  DE  MONTIERNEUF, 

a  Poitiers, 

ET  AUTRES  ÉCRIVAINS. 

[ARTiN  a  écrit  l'histoire  de  son  monastère  depuis  sa 
-fondation  jusqu'à  son  temps ,  et  l'a  dédiée  à  un  re- 
t.  2,  p.  1-264.  ligieux  du  même  monastère,  nommé  Robert.  '  Les  auteurs 
de  la  nouvelle  Gaule  chrétienne  ont  cru  que  ce  Robert 
étoit  abbé.  Nous  ignorons  sur  quel  fondement  ;  car  Martin 
ne  lui  donne  point  cette  qualité ,  et  d'ailleurs  son  nom  ne 
se  trouve  point  dans  les  listes  des  abbés,  comme  les  auteurs 
eux-mêmes  l'avouent.  Pour  ce  qui  est  du  temps  auquel  Ro- 
bert et  Martin  ont  vécu,  on  peut  le  fixer  à  peu  près,  en  fai- 
sant attention  à  ce  que  dit  Martin  dans  sa  préface ,  et  en 
le  comparant  avec  l'époque  de  la  fondation  de  Montierneuf. 
Martin  nous  y  apprend  qu'en  s'entretenant  familièrement 
avec  Robert,  il  s'étoit  souvent  plaint  de  ce  que  personne 
n'avoit  pris  soin  d'écrire  ce  qui  étoit  arrivé  à  la  fondation 
de  Montierneuf,  pour  en  conserver  le  souvenir,  et  le  trans- 
mettre à  la  postérité.  C'est  ce  qui  l'engagea  à  entreprendre 
lui-même  cet  ouvrage ,  et  à  écrire  ce  qu'il  avoit  appris  de 
la  fondation  de  Montierneuf,  par  le  canal  de  Robert,  qui 
en  avoit  été  témoin  oculaire.  Pour  nous,  dit-il ,  adressant 
la  parole  à  Robert ,  «  Nous  en  sçavons  quelque  chose  sur 
»  le  récit  que  vous  nous  en  avez  fait ,  vous  qui  l'avez  vu 
»  et  entendu  ;  mais  après  votre  mort ,  comment  ceux  qui 
»  viendront  après  nous,  connoîtront-ils  ce  qui  sera  ense- 
»  veli  dans  l'oubli?  »  Et  nos  quidem  vobis ,  qui  audistis 
et  vidistis ,  referentibus ,  aliquantulum  inde  scimus  ;  sed 
vobis  obeantibus ,  unde  posteri  scient  quod  longœ  silentio 
oblivioni  traditum  fuerit?  On  voit  par-là  que  Robert  vivoit 
lorsqu'on  bâtit  le  monastère  de  Montierneuf,  puisque  ce  fut 
sur  le  récit  de  ce  qu'il  avoit  vu  que  Martin  écrivit  l'histoire 
de  ce  monastère;  et  puisqu'il  la  lui  dédia,  il  vivoit  encore 


ET  AUTRES  ECRIVAINS,  205       Xn  siècle. 

lorsque  cette  histoire  fut  achevée.  Ainsi  pour  découvrir  le 
temps  auquel  Martin  vivoit,  il  ne  s'agit  plus  que  de  sça- 
voir  celui  de  la  fondation  de  Monticrncuf.  Les  auteurs  de 
la  nouvelle  Gaule  Chrétienne  nous  apprennent  que  ce  fut 
vers  l'an  ^076.  Cela  supposé,  cette  époque  peut  et  doit 
servir ,  sinon  à  fixer  précisément  le  temps  auquel  Martin 
a  composé  son  histoire ,  et  auquel  il  est  mort ,  du  moins 
à  nous  faire  connoîlre  en  quel  temps  il  a  vécu.  Il  y  a  eu 
sans  doute  un  interval  considérable  entre  l'époque  de  la 
fondation  de  Montierneuf ,  et  celle  de  la  composition  de 
l'histoire  de  ce  monastère ,  puisque  l'auteur  se  propose  d'y 
détailler  non  seulement  la  construction  de  cette  abbaye  et 
la  dédicace,  mais  encore  l'ordination  et  la  succession  des 
abbés  ;  ce  qui  suppose  qu'il  y  en  avoit  eu  plusieurs ,  lors- 
qu'il entreprit  son  ouvrage.  Cet  interval  ne  peut  pas  avoir 
moins  de  quarante  ou  cinquante  ans.  On  ne  peut  pas  non 
plus  l'étendre  davantage,  puisque  Robert  à  qui  l'histoire 
est  dédiée,  vivoit  au  temps  de  la  fondation.  Ainsi  on 
peut  croire  que  l'histoire  de  Montierneuf  a  été  composée 
vers  l'an  \\\T  ,  ou   -H 27. 

Nous  n'en  avons  que  le  commencement  imprimé  par  t.  3,  anecd.  p. 
les  soins  de  D.  Martenne.  L'auteur  y  parle  fort  au  long  ' e  seq' 
des  ancêtres  et  des  grandes  qualités  de  Guillaume  Geofroi 
comte  de  Poitiers ,  fondateur  de  son  monastère ,  mort  l'an 
-1086.  Il  promet  d'y  détailler  la  construction  de  cette  ab- 
baye, sa  dédicace,  l'ordination  et  la  succession  des  abbés; 
mais  ce  que  nous  avons  ne  nous  conduit  qu'à  la  dédicace 
exclusivement.  Ce  fragment  donne  lieu  de  regretter  la  perte 
du   reste. 

Anonyme  auteur  d'une  relation  d'un  miracle  opéré  par 
l'intercession  de  saint  Hermeland  abbé  d'Aindre  au  diocèse 
de  Nantes.  Cette  relation  est  faite  par  un  homme  d'esprit 
et  judicieux,  '  et  fort  bien  écrite.  Les  Rollandistes  l'ont  pu-  Bon.  -v>  mari.  p. 
bliée  dans  leur  grande  collection  sur  un  manuscrit  de  la  pa- 
roisse de  Herbland  de  la  ville  de  Rouen.  Le  miracle  détaillé 
dans  cette  relation  s'étoit  opéré  dans  cette  ville,  sur  un 
malade  nommé  Herbert  paralytique  de  la  moitié  de  son 
corps  depuis  deux  ans  et  demi;  qui  s'y  étant  fait  transpor- 
ter dans  une  église  dédiée  à  saint  Hermeland  dans  l'espé- 

C  cij 


III  8IBCLE. 


204  BAUDOUIN,  PREMIER  DU  NOM, 


rance  d'obtenir  sa    guérison    par  les  mérites   du  saint,  fut 
exaucé  le  27  du  mois  de  Juin  de  l'an  H47. 
Hab.  ann.  i.  72,       Pierre-Guillaume  moine  de    saint  Gilles   est  auteur  d'un 
christ. nov!  t.  6,Y'  livre  des    miracles  de   saint  Gilles.   11  le  composa  par  l'Or- 
ly'pl83i5e  Lang'  dre  de  Hugues  son  abbé,  auquel  il  l'addnssa  en  ces  termes  : 
«  Au  très-révérend    pere    Dom    Hugues ,    abbé    du    monas- 
»  tere  de  saint  Gilles,  situé  dans  la    vallée    Flavienne,  frère 
»  Pierre,     surnommé   Guillaume,    bibliothécaire    du    même 
»  monastère.  »     Pierre-Guillaume  a   écrit  son  histoire   après 
l'an   J-H6,  puisqu'il  y  rapporte  qu'on  jetta  cette  année  les 
fondemens  d'une   nouvelle  église ,    l'ancienne   n'étant    point 
assez   spacieuse  pour    contenir  les    pèlerins   qui   y  venoient 
en  foule  de    toutes  parts.  Il  regarde  comme  un  effet  de  la 
protection  de  saint  Gilles,   et  même  comme  un  miracle  de 
ce  que  la  démolition  des  anciens  bâtimens   se   fit   sans  au- 
cun  événement    fâcheux ,    et    sans  que    personne    reçut    la 
moindre   blessure.   Parmi   les   miracles  du   saint,    l'historien 
en  rapporte  un   bien    singulier  d'un  certain   Allemand  de  la 
nab.  ib.  ville  de  Cize ,  qui  fut  pendu  trois   fois   sans  ressentir  aucun 

mal ,  parce  que  il  avoit  eu  recours  à  saint  Gilles.  L'Auteur 
cite  pour  garant  de  ce  fait  un  abbé  nommé  Girard,  hom- 
me d'un  mérite  distingué.  Malgré  la  garantie  de  cet  abbé , 
le  lecteur  aura  de  la  peine  à  se  persuader  un  fait  si  extraor- 
dinaire. 


BAUDOUIN, 

PREMIER  DU  NOM. 

ROI  DE  JERUSALEM 


§  I. 
HISTOIRE   DE  SA  VIE. 

Baudouin,     frère    du  célèbre    Godefroi    de  Bouillon,  chef 
de  la    première    croisade ,  '  fut  élevé  avec  soin  dans  les 
lettres,   et  destiné  à  l'état  ecclésiastique.  Il  fut  même  pour- 


XII  SIECLE. 


ROI  DE  JERUSALEM.  205 

vu  de  plusieurs  bénéfices  dans  les  églises  de  Reims ,  de 
Cambrai  et  de  Liège.  Mais  ayant  renoncé  à  cet  état  pour 
embrasser  celui  des  armes,  il  accompagna  Godefroi  son 
frère  à  la  première  expédition  des  François  dans  la  terre 
sainte,  et  se  distingua  sur  la  route  en  toute  occasion.  '  Gnffl.  Tyr.  l.  a,  e. 
Etant  arrivé  en  Pisidie,  il  se  sépara  du  gros  de  l'armée  des 
Croisés  avec  quelques  troupes ,  marcha  du  côté  de  l'Eu- 
frate,  et  s'acquit  par  ses  exploits  une  si  grande  réputation, 
que  le  prince  d'Edesse  lui  envoya  des  Ambassadeurs,  pour 
lui  demander  son  amitié ,  lui  offrant  la  sienne ,  et  même  ses 
étals  après  sa  mort.  Ce  prince  Grec  étoit  sans  enfans,  et  *uich.  camot.  c. 
ne  pouvant  ss  défendre  contre  les  Turcs,  il  se  proposoit 
d'avoir  un  puissant  appui  dans  Baudouin  et  dans  ses  soldats, 
dont  on  publioit  par-tout  la  valeur.  Le  prince  François 
ayant  reçu  le  serment  des  Ambassadeurs,  passa  l'Eufrate  avec 
sa  petite  armée  qui  consistoit  en  80  soldats  ,  et  arriva  à  Edes- 
se;  où  il  fut  bien  reçu  par  le  prince  qui  l'avoit  invité,  par 
le  clergé  et  le  peuple  ;  et  tout  ce  qui  lui  avoit  été  promis 
fut  au6si-tôt  exécuté.  Quinze  jours  après  son  arrivée ,  les 
habitans  d'Edesse  qui  haïssoient  leur  prince,  formèrent  le 
dessein  de  s'en  défaire  pour  mettre  Baudouin  à  sa  place  ; 
et  le  massacrèrent  inhumainement,  sans  que  Baudouin  pût 
obtenir  grâce  pour  lui.  C'est  ainsi  que  Baudouin  acquit  la 
principauté  d'Edesse,  selon  le  récit  de  Foulcher,  témoin 
oculaire  de  cet  événement.  Guillaume  de  Tyr  le  rapporte 
bien  différemment.  Selon  lui,  le  prince  d'Edesse  '  qui  avoit  L.  4,  c. a, 8, 4,  5. 
invité  Baudouin,  conçut  de  la  jalousie  contre  lui  à  son  ar- 
rivée, en  voyant  l'accueil  que  lui  fit  le  peuple,  et  il  refu- 
sa d'exécuter  ses  promesses  ;  ce  qui  fit  prendre  à  Baudouin 
la  résolution  de  se  retirer.  Le  peuple  en  étant  informé ,  ac- 
court au  palais  de  l'ancien  prince  d'Edesse,  et  le  presse  de 
retenir  Baudouin,  et  l'oblige  de  remplir  ses  engagemens , 
ce  qu'il  fait  malgré  lui,  l'adoptant  pour  son  fils,  lui  don- 
nant la  jouissance  de  là  moitié  de  ses  états ,  et  l'établissant 
son  héritier  après  sa  mort.  Quelque  temps  après  les  habi- 
tans d'Edesse  qui  avoient  plusieurs  sujets  de  mécontente- 
ment contre  leur  ancien  prince ,  prirent  les  armes  contre 
lui ,  et  l'attaquèrent  dans  une  tour  où  il  avoit  coutume  de 
demeurer  :  dan6  cette  extrémité  il  fit  venir  Baudouin,  et 
le  pria  de  lui  sauver  la  vie.  Baudouin   n'ayant  rien  pu    ga- 


XII  SIECLE. 


206 


BAUDOUIN,   PREMIER  DU  NOM, 


Guil.  Tyr.  1.  10,  c 
5. 


9,  c. 
Aq.  1. 


gner  sur  l'esprit  du  peuple,  il  en  avertit  ce  prince  infor- 
tuné, qui  réduit  au  désespoir,  voulut  s'échaper  parle  moyen 
d'une  corde.  Mais  avant  que  d'être  descendu,  il  fut  percé 
de  flèches  par  ces  séditieux  ,  qui  firent  encore  mille  ou- 
trages à  son  corps  en  le  traînant  par  les  rues.  Le  lende- 
main,  ils  élurent  Baudouin  pour  leur  souverain,  et  le  mi- 
rent en  possession  de  la  citadelle  et  de  tous  les  thrésors. 
Aussi-tôt  le  nouveau  prince  fit  la  guerre  avec  succès  con- 
tre les  Turcs  qui  étoient  dans  ses  états,  et  se  rendit  re- 
doutable. '  Il  jouissoit  tranquillement  de  sa  principauté, 
lorsque  la  mort  du  roi  Godefroi  lui  procura  la  couronne. 
Si  la  nouvelle  de  cette  mort  lui  causa  quelque  douleur , 
la  joie  qu'il  eut  de  lui  succéder ,    fut    encore  plus  grande  ; 

Fuich.ibid.  c  22.  c'est  ce  que  son  chapelain  et  son  historien  n'a  pas  fait  diffi- 
culté de  remarquer  :  Dolens  aliquantulum  de  frutris  mor- 
te et  plus  gaudens  de  hœreditate. 

Il  y  eut  néanmoins  un  complot  formé  par  le  patriar- 
che de  Jérusalem  et  par  Tancrede ,  pour  faire  tomber  la  cou- 
ronne sur  la  tête  de  Boémont,  '  au  préjudice  de  Baudouin  et 
d'Eustache  frères  de  Godefroi,  et  elle  fut  même  offerte  à 
Raymond  comte  de  Toulouse.  Mais  le  complot  ayant  été 
découvert  et  dissipé ,  et  le  comte  de  Toulouse  ayant  re- 
Tyr.  i.  10,  fusé  d'accepter  ;  les  seigneurs  de  Jérusalem  élurent  '  Bau- 
douin vers  le  \  8  Octobre.  Le  prince  d'Edesse  n'attendit  pas 
la  nouvelle  de  son  élection  pour  prendre  le  chemin  de  Jé- 
rusalem ;  car  se  persuadant  qu'on  l'y  attendoit   pour  succé- 

Fuich. carn. c.  22.  der  à  son  frère'  ,  il  confia  sa  principauté  à  un  de  ses  parens 
nommé  Baudouin  ,  se  mit  à  la  tête  de  cent  quarante  hom- 
mes,  et  partit  le  2  Octobre  d'Edesse,  pour  Jérusalem.  H 
essuya  de  grands  dangers  dans  la  route  ;  et  Foulcher  qui  l'ac- 
compagnoit,  parlant  de  lui  même,  dit  avec  beaucoup  de 
franchise  et  de  candeur  qu'il  auroit  mieux  aimé  être  à  Char- 
tres ou  à  Orléans ,  que  de  se  trouver  dans  pareils  rencon- 
tres :  Ego  quidem  vel  Carnoti ,  vel  Aurelianis  mallem  esse 
quam  ibi. 

Enfin  après  bien  des  dangers,  des  combats  et  des  fati- 
gues, Baudouin  et  les  siens  arrivèrent  à  Jérusalem.  '  Lors- 
qu'il approcha  de  la  ville  sainte ,  le  clergé  et  le  peuple , 
les  Grecs  et  les  Syriens  en  sortirent  avec  des  croix  et  des 
cierges  pour  le  recevoir,  et  le  conduisirent  à  l'Eglise  du  saint 


Guil.  Tyr.  I 
2.  |  Albert. 
7,  c.  27. 


Guill. 
c.  1. 


Ibid. 


ROI  DE  JERUSALEM.  207       In  siècle. 


sépulchre  :  le  Patriarche  Daïmbert  n'assista  point  à  cette  cé- 
rémonie, parce  qu'il  étoit  odieux  à  une  partie  du  peuple, 
et  accusé  d'avoir  de  mauvais  desseins  contre  Baudouin. 

A  peine  le  nouveau  roi  eut  il  passé  six  jours  dans  Jérusa- 
lem pour  prendre  un  peu  de  repos,  qu'il  se  mit  en  campa- 
gne pour  attaquer  les  ennemis;  après  quoi  il  revint.  Le  pa- 
triarche Daïmbert  ayant  fait  sa  paix  avec  lui,  le  couronna 
dans  la  basilique  de  la  Vierge  à  Bethléem  le  jour  de  Noël 
de  l'an  ^MOO.  Foulcher  et  Guillaume  rapportent  cet  évé- 
nement à  l'année  -M  (H  ,  parce  que  ces  deux  auteurs  com- 
mençoient  l'année  le  25  de  décembre ,  ce  qu'il  est  à  pro- 
pos de  remarquer. 

Le  règne  de  Baudouin  fut  de  dix-huit  ans,  pendant  les- 
quels il  fut  toujours  en  guerre  contre  les  Infidèles,  avec  un 
succès  le  plus  souvent  heureux ,  et  il  leur  enleva  grand  nom- 
bre de  places  importantes.  '  Etant  tombé  malade  en  Egypte  Fuieh.  carn.c.44. 
où  il  faisoit  la  guerre  pendant  le  carême  de  l'an  4 -H  8,  il  se 
mit  en  route  pour  revenir  dans  ses  états,  mais  la  mort  l'ar- 
rêta en  chemin  ;  son  corps  fut  apporté  à  Jérusalem  où  il  ar- 
riva le  dimanche  des  Rameaux,  au  moment  que  la  proces- 
sion descendoit  de  la  montagne  des  oliviers  dans  la  vallée 
de  Josaphat  ';  il  fut  enterré  près  du  roi  Godefroi  son  frère,  {jjjfjj-  _  ,  u 
dans  l'église  du  saint  Sépulchre.  c.  31. 

'  Un  historien  du  temps  lui  a  fait  une  épitaphe  qui  renfer-  F»'eb.  ibid. 
me  ses  qualités  et  la  plus  grande  partie  de  ses  exploits  : 

EPITAPHE. 

Cum  rex  iste  mit.  Franeoruni  gens  pia  flevit, 

Cujus  erat  scutum,  robur  et  auxilium. 
Nam  fuit  arma  suis,  timor  hostibus.  hostis  et  illis. 

Dux  validus  patriae,  consimilis  Josue. 
*  Aehon,.C8esaream,  Berutum,  neene  Sydonem  '  Plolénialde. 

Abstulit  infandis  hostibus  indigtnis. 
Post  terras  Arabum,  vel  quae  tangunt  mare  rubrum, 

Addidit  imperio,  subdidit  obsequio. 
Et  Tripobm  cœpit,  sed  Arsulh  non  minus  ursit; 

Pulchraque  praeterea  fecit  honore  rata. 
Oblinuit  regnum  rex  annis  octo  decemque 

Hcnsibus  atque  tribus  insuper  appositis. 


XII  SIECLE. 


208  BAUDOUIN,  PREMIER  DU  NOM, 

Sex  decies  Phaebus  vervecis  viserat  astruni, 

Cum  BALDLiNisrex  obiil  eximius. 
Octies  et  decies  faciens  menses  duodenos, 

Régis  habes  annos,  patriam  quibus  optime  rexit. 

Baudouin  réunissoit  en  sa  personne  plusieurs  grandes 
Guiii.  Tyr.  i.  io,  c.  qualités  de  corps  et  d'esprit.  '  Egal  à  Saùl  pour  la  taille,  il 
paroissoit  plus  grand  que  les  autres  de  toute  la  tête;  grave 
dans  sa  démarche,  sérieux  dans  ses  discours,  modeste  dans 
ses  habits,  il  avoit  plus  l'air  d'un  évêque  que  d'un  prince, 
mais  les  mœurs  ne  répondoient  pas  à  ce  bel  extérieur;  il 
évitoit  toutefois  le  scandale  avec  tant  de  soin,  qu'à  peine 
y  avoit— il  quelqu'un  dans  son  palais  qui  eut  connoissance  de 
ses  débauches.  Baudouin  avoit  d'ailleurs  d'excellentes  qua- 
lités qui  étoient  comme  héréditaires  dans  sa  famille;  les 
vertus  civiles  et  militaires  brilloient  dans  sa  personne  com- 
me dans  celle  de  son  illustre  frcre  qu'il  se  proposoit  d'imi- 
ter, regardant  comme  un  crime,  dit  Guillaume  de  Tyr, 
de  ne  pas  marcher  sur  ses  traces;  il  s'en  écarta  néanmoins 
beaucoup  en  plusieurs  choses  importantes;  et  s'il  eut  le 
courage,  l'intrépidité  de  Godcfroi  dans  les  combats,  sa 
dextérité  et  son  habilité  dans  l'exercice  des  armes,  son  ac- 
tivité dans  le  gouvernement  des  affaires,  il  n'eut  pas  la  mê- 
me régularité  de  mœurs,  ni  la  même  piété. 
Guiii.  Tyr.  ibid.  '  Baudouin  avoit  d'abord  épousé  une  noble  Angloise 
nommé  Guterc,  qui  l'ayant  accompagné  à  la  Terre  sain- 
te, mourut  en  route  de  la  fatigue  du  voyage.  Après  sa  mort 
il  épousa  à  Edesse  la  fille  d'un  prince  Arménien  :  du  vivant 
de  cette  seconde  femme,  il  rechercha  l'alliance  d'A- 
délaïde comtesse  de  Sicile,  veuve  de  Roger  frère  de  Ro- 
bert Guischard,  et  lui  envoya  en  -H42  des  ambassadeurs. 
Celte  princesse  ignorant  que  Baudouin  fut  lié  par  un  ma- 
riage légitime,  accepta  les  offres  de  ses  ambassadeurs,  et  se 
rendit  en  Palestine  l'an  -I-H3,  apportant  des  richesses  im- 
menses avec  elle,  et  Baudouin  l'épousa,  comme  s'il  eût 
été  libre.  Cette  action  fait  peu  d'honneur  au  roi  de  Jérusa- 
lem, ainsi  qu'au  patriarche  Arnoul,  par  le  conseil  duquel 
Gui».  Tyr.  i.  ii,  c.  Guillaume  de  Tyr  '  assure  que  Baudouin  épousa  la  com- 
tesse de  Sicile,  qui  étoit  riche  et  puissante,  pour  remédier 
à   son  extrême  indigence.    Il  la  renvoya  en  44-17. 


III  SIBCLE. 


ROI  DE  JERUSALEM.  209 

§11. 
SES  ÉCRITS. 

Tout   ce   que   nous    connoissons  des   écrits   du   roi    Bau- 
doin,   se    réduit  à    une  lettre  qu'il    écrivit   à    Pascal,  '  id.  ibid.  c.  28. 
(peut-être   par   l'instigation   du    Clergé)    pour  lui  demander 
que  toutes  les  villes  dont  il  feroit  la  conquête,  fussent  sou- 
mises pour  le  spirituel  à  la  jurisdiction  du  patriarche  de  Jé- 
rusalem. Le  pape  y  consentit  par  sa  réponse  au  roi  datée  du 
M  de  Juillet;  et  il  écrivit  aussi  sur  le  même  sujet  au  patriar-' 
che  Gibelin,  une  lettre  qui  n'a  aucune  date  :  l'une  et  l'autre 
paroissent    toutefois   écrites    du    même   jour   et    avant    l'an 
4 -H  2,    puisque    Gibelin    patriarche    de    Jérusalem     mourut 
cette  année  le  6  avril.  Ainsi  il  ne  jouit  pas  long-temps  de 
la  faveur    qu'il  avoit  obtenue   :  d'ailleurs  Bernard  d'Antio- 
che,  prélat  respectable,  étant  informé  de   ce  que  Pascal   II 
avoit  accordé  à  l'église  de  Jérusalem,   au  préjudice  de  celle 
d'Antioche,  écrivit  à  ce  pape,   et   en  obtint  la    révocation. 
Pascal  lui  écrivit  avec  beaucoup   de   bonté  et  de  modestie, 
attribuant  tout  ce  qu'il    avoit  fait  à  l'ignorance   où   il  étoit 
de  la  situation  des  diocèses ,  dont  il  ne  pouvoit  pas  avoir  une 
exacte  connoissance ,    à   cause  de  leur  éloignement;  il   finit 
sa  lettre  en  témoignant  qu'il  est  bien  éloigné  de  causer  de  la 
division  parmi  ses  frères,  qu'il  ne  désire  que  d'entretenir  la 
paix  parmi   eux,    et  qu'il  veut   que  chaque  église  conserve 
ses  droits.   Cette  lettre  est  datée  du  7  Août,  et  a   vraisem- 
blablement  été   écrite   l'an    \\\\    ou   \W2.    Pascal    écrivit 
l'année  suivante   à  Bernard  d'Antioche    une  seconde  lettre, 
datée    de    Bénévent    du    18    Mars;    et    une     troisième    au 
roi    Baudouin,  datée   du  même  jour.    Dans  l'une   et  l'autre 
le    pape    rend  raison    des  vues,    qu'il  avoit  eues  en  accor- 
dant au  roi   Baudouin  ce  qu'il  lui  avoit  demandé  en  faveur 
de  l'église  de  Jérusalem.   Il  déclare  que  son  intention  est  que 
chaque  église  se  renferme   dans  ses   limites;   qu'il  ne  peut 
point  s'écarter  des  saintes  constitutions  de  ses  pères,  et  qu'il 
ne    veut   point   que    la   dignité  ecclésiastique  soit    diminuée 
par  la  considération  de  la  puissance  des  princes,  ni  la  puis- 
sance  des  princes  par  la  considération  de  la   dignité  ecclé- 

1  «      Tome  X.  I)  d 


XII  SIECLE. 


240 


BERNARD, 


L.  11,  C.  13. 


siastique  :  Nec  enim  possimius  manifeste  sanctis  patrum  nos- 
trovum  constitutionibus  obviare  :  Nec  omnino  volumus  aut 
pro  principum  potentia  ecelesiasticam  minui  dignitatem;  aut 
pro  ecclesiastica  dignitate  principum  potentiam  tnutilari. 

Nous  ne  devons  pas  omettre  ici  que  l'église  de  Beth- 
lehem  fut  redevable  à  Baudouin  de  la  dignité  épiscopale, 
à  laquelle  elle  fut  élevée  dans  le  douzième  siècle 
en  4  4 40,  par  Pascal  II.  Ce  prince  voulant  décorer  son 
royaume,  et  témoigner  sa  reconnoissance  à  Dieu ,  de  qui 
il  l'avoit  reçu,  forma  le  dessein  d'ériger  en.  cathédrale  l'église 
de  Belhlehem ,  qui  n'étoit  auparavant  qu'un  simple  prieuré, 
où  il  avoit  été  couronné  roi,  et  ce  fut  un  des  motifs  qui  le 
portèrent  à  s'intéresser  à  la  gloire  de  cette  église.  '  Guil- 
laume de  Tyr  nous  a  conservé  une  charte  de  Baudouin  de 
l'an  44-10,  où  l'on  voit  de  quelle  manière  son  projet  fut 
exécute  sous  le  pontilicat  de  Pascal  II. 


BERNARD 

Abbé  de  Tyron. 


8i. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 


Hab.  t.  5,  ann.  I. 
67,  n.  61. 
Marten.  ampl.  col- 
lect.  praef.  t.  G,  n. 
55.  et  suiv. 


Bernard  vint  au  inonde  vers  le  milieu  du  onzième 
siècle,  dans  le  Ponthieu  près  d'Abbeville.  Dès  sa  plus 
tendre  jeunesse,  il  méprisa  les  amusemens  de  son  âge,  pour 
se  donner  tout  entier  à  l'étude  et  aux  exercices  de  piété. 
Ayant  acquis  à  l'âge  de  20  ans  une  grande  connoissance 
des  saintes  écritures ,  il  quitta  sa  patrie  par  un  mouvement 
de  l'esprit  de  Dieu,  et  alla  en  Poitou  avec  trois  compagnons 
touchés  du  même  désir  que  lui,  pour  y  chercher  un  mo- 
nastère, où  la  régularité  fût  exacte.  La  réputation  de  piété 
où  étoit  alors  l'abbaye  de  saint  Cyprien  de  Poitiers,  l'attira 
dans  cette  maison.  Elle  étoit  gouvernée  par  l'illustre  abbé 
Raynauld  disciple  de  saint  Robert,  fondateur  de  la  Chaise- 
Dieu.  Bernard  y  eut  pour  compagnons  de  solitude  Hil- 
debcrt,    successivement    abbé    de    Bourg-Dieu    et    archevê- 


ABBÉ  DE  TYBON.  2\\ 


XII  SIECLE. 


que  de   Bourges  ;    Gervais   depuis   abbé  de  saint  Savin   et 
plusieurs  seigneurs  qui  s'y  étoient  retirés,  dont  le  plus  cé- 
lèbre fut   Garnier  de  Montmaurillon.   Bernard   se   distingua 
tellement  par  sa  régularité  et  sa  piété,   que  tous  les  soli- 
taires  le   regardoient   comme  leur    modèle.    Dix   ans   après 
Gervais  ayant  été  fait  abbé  de  saint  Savin,   il  ne  consentit 
à  son   élection   qu'à  la   condition  qu'on  dui  donneroit  Ber- 
nard pour  partager  avec  lui  en  qualité  de  prieur,  la  charge 
qu'on    lui    imposoit     L'union    ne    fut    cependant    pas    telle 
entre    l'abbé   et    le    prieur,    qu'on   avoit  lieu   de   l'espérer. 
'  Gervais  ayant  voulu  faire  l'acquisition  d'une  église,   pour  Mah.  an.  t.  5,1.68. 
aggrandir    son    monastère,    Bernard  jugeant   que  cela   étoit 
contraire  aux  loix  de  l'église ,  s'y  opposa  avec  tant  de  force , 
que   Gervais   fut   obligé   de    renoncer  à   son   entreprise,   et 
il  quitta  même  saint  Savin ,  pour  se  retirer  à  saint  Cyprien 
de  Poitiers.   Alors  Bernard   se  trouva  seul  chargé  de  l'ab- 
baye de  saint   Savin  ,   et  la  gouverna   quelque   temps    avec 
beaucoup   de  sagesse.   Mais   voyant  que  les  religieux  pen-  ibid.  n.  63. 
soient  à  le  choisir  pour  leur  abbé,  il  s'enfuit  secrettement, 
et  alla  trouver  le  vénérable  Pierre  de  l'Etoile,  qui  le  reçut 
avec   beaucoup   de   charité   dans    son    hermitage ,   qui    étoit 
peu  éloigné  de  saint  Savin.  La  proximité  de  cette  nouvelle 
retraite   lui   faisant   craindre   les   sollicitations   des  religieux 
qu'il  avoit  quittés,  il  en  sortit  de  l'avis  de  Pierre,  et  alla 
trouver    Bobert    d'Arbrissel    et   d'autres    solitaires    qui    vi- 
voient  sur  les  confins  de   la  Bretagne   et  du  Maine.   Pour 
n'en  être  point  connu,  il  changea  de   nom,  et  prit  celui 
de   Guillaume.    Il    s'attacha    à   Vital ,    puis    à    un    hermite 
nommé  Pierre  qui  s'occupoit  à  tourner,   et   à  cultiver  des 
arbres.  '  Il  passa  d'abord  trois  ans  dans  ce  désert,   occupé  id.  ibid. 
de  la  prière  et  de  la  méditation  des  choses  célestes,  et  me- 
nant une   vie    toute   angélique.   Sa   nourriture  consistoit  en 
des  herbes  qu'il  cueilloit  dans  la   forêt,  et  dont   il    faisoit 
son  unique  repas.  Pour  les  rendre  plus  délicates,  il  y  met- 
toit  du  sel,  mais  seulement  les  jours  de  fêtes. 

Au  bout  de  trois  ans  les  religieux  de  saint  Savin,  qui  ib.  iib.69  n.  ei. 
faisoient    chercher  Bernard   de   tous   cotes,    1  ayant   décou- 
vert,  obtinrent  des  ordres  de   l'évêque   de  Poitiers   et   de 
l'abbé  de  saint  Cyprien,  pour  le  tirer  de  sa  retraite,  et  l'é- 
tablir leur  abbé.   Bernard  informé   de  ce  dessein,   prit   la 

D  d  ij 


m  siecu.      2'2  BERNARD, 


résolution  d'aller  se  cacher  sur  les  bords  de  la  mer,  puisque 
les  cavernes  et  les  forêts  de  la  terre  ne  pouvoient  le  sous- 
traire à  la  connoissance  des  hommes.  Il  exécuta  son  dessein , 
et  se  retira  sur  les  côtes  de  Bretagne,  dans  l'isle  de  Chaus- 

Mab.  ib.  sey ,  '  où  il  vécut  trois  ans  sans  feu,  sans  compagnon,  sans 

aucun  commerce  avec  les  hommes,  et  dans  un  oubli  parfait 
de  toutes  les  choses  du  monde.  Les  religieux  de.  saint  Sa- 
vin  n'ayant  pu  le  découvrir,  prirent  le  parti  de  choisir  un 
abbé.  Alors  Pierre  de  l'Etoile  chercha  Bernard,  le  trouva, 
et  lui  ayant  appris  cette  nouvelle,  il  l'engagea  à  revenir 
joindre  ses  compagnons  de  solitude,  lui  témoignant  com-  . 
bien  ils  auroient  de  joie  de  le  revoir.  Bernard  n'ayant  plus 
rien  à  craindre  de  la  part  des  religieux  de  saint  Savin,  se 
rendit  aux  désirs  de  Pierre.  Il  quitta  l'isle  de  Chausaey, 
et  revint  dans  la  forêt  où  il  fut  reçu  par  les  hermites  avec 
toute  la  satisfaction  imaginable.  Il  y  bâtit  une  petite  cabane 
dans  un  lieu  appelé  Font-Goyhard.  Raynauld  abbé  de  saint 
Cyprien,  qui  vivoit  encore,  ayant  appris  le  retour  de 
Bernard  dans  sa  première  solitude,  vint  le  trouver,  l'en 
tira  par  stratagème,  et  le  ramena  à  saint  Cyprien,  où  il  le 
fit  établir  prieur  malgré  lui,  et  le  désigna  pour  son  succes- 
seur. Quatre  mois  après  Raynauld  étant  mort,  Bernard  lui 
succéda,  et  fut  obligé  enfin  de  se  charger  d'une  dignité 
qu'il  avoit  tant  redoutée,  et  qu'il  remplit  si  dignement. 
Il  assista  cette  même  année  (^00)  au  concile  de  Poitiers, 
dont  nous  avons  parlé  ailleurs,  et  s'y  distingua  par  son  zèle 
et  sa  fermeté,  jusqu'à  exposer  sa  vie. 

Mab.  ann.  t.jsj.  'Bientôt  après  il  s'éleva  un  orage  contre  le  nouvel  abbé 
de  saint  Cyprien,  de  la  part  des  religieux  de  Cluni  qui  pré- 
tendoient  que  cette  abbaye  devoit  être  de  leur  dépendance. 
Bernard  ayant  refusé  de  subir  ce  joug,  les  religieux  de  Cluni 
eurent  recours  au  pape  Pascal,  et  obtinrent  de  lui  une 
bulle  qui  ordonnoit  à  Bernard  de  se  soumettre  aux  Clunistes, 
ou  de  quitter  son  abbaye.  L'abbé  de  saint  Cyprien  accepta 
la  dernière  condition,  plutôt  que  de  consentir  à  la  servi- 
tude de  son  église,   qu'il  avoit  reçue  libre. 

Mab.  ib.  n.  82.  '  Bernard  ayant  renoncé  à  son  abbaye,  retourna  avec  joie 
dans  sa  chère  solitude,  et  s'étant  joint  à  Robert  dArbrissel, 
il  partagea  avec  lui  ses  travaux  apostoliques.  Son  absence 
n'empêcha    point   les   religieux   de   saint   Cyprien   de  tenir 


70.  n.  63.  I  Bail!. 
14  avr. 


ABBÉ  DE  TYRON.  245 


JII  SIECLE. 


ferme  contre  ceux  de  Cluni.  Après  quatre  ans  de  combat, 
ils  allèrent  avec  des  lettres  de  l'évêque  de  Poitiers  cher- 
cher leur  abbé,  pour  l'engager  à  venir  à  leur  secours.  Ber- 
nard après  avoir  passé  quelques  jours  dans  l'abbaye  de  saint 
Cyprien ,  partit  pour  Rome,  et  fut  bien  reçu  du  pape,  qui 
le  rétablit.  De  retour  à  Poitiers,  il  y  vécut  quelque  temps 
en  paix;  mais  bientôt  il  fut  obligé  de  retourner  à  Rome,  pour 
s'opposer  aux  nouvelles  entreprises  des  Clunistes,  qui  pour 
lors   étoient  d'intelligence  avec  les  religieux  de  s.   Cyprien. 

Bernard  demanda  que  son  affaire  fût  examinée  devant  le  Mab.  u>.  t.  ti,  n. 
souverain  Ponlife;  et  ne  pouvant  rien  obtenir,  41  en  ap- 
pella  au  tribunal  de  Dieu,  et  y  cita  le  pape  :  Papam  ad 
divinum  judicium  provocavit.  Pascal  irrité  de  la  hardiesse  du 
saint  abbé,  le  fit  chasser  de  sa  présence.  Mais  les  cardinaux 
Jean  et  Benoît,  qui  avoient  été  témoins  de  la  fermeté  de 
Bernard  dans  le  concile  de  Poitiers,  ayant  fait  au  pape  l'é- 
loge de  sa  vertu,  il  le  fit  rappeller,  et  lui  donna  une  au- 
dience très  favorable.  Il  plaida  sa  cause  avec  tant  de  force, 
que  les  religieux  de  Cluni  n'eurent  rien  de  solide  à  répli- 
quer. Non  seulement  le  pape  jugea  en  sa  faveur,  et  le  ré- 
tablit dans  la  dignité  d'abbé,  mais  il  voulut  même  le  faire 
cardinal,  et  le  retenir  auprès  de  lui.  Le  saint  abbé  refusa 
l'un  et  l'autre,  et  ayant  reçu  du  pape  le  pouvoir  d'exercer 
tes  fonctions  ecclésiastiques,  c'est-à-dire  de  prêcher,  de 
confesser  et  de  baptiser,  il  revint  à  Poitiers.  Il  y  resta  peu. 

L'amour  qu'il  avoit  pour  la  solitude,-lui  fit  prendre  la  réso-  Mab.  ann.  t.  s,  i. 
lution  de  retourner  dans  l'islede  Chaussey,  d'où  il  fut  chassé  nôe.'  ' 
par  des  Pirates,  et  vint  s'établir  dans  un  lieu  près  de  Fou- 
gères. Comme  ce  lieu  étoit  trop  proche  du  château,  Ra- 
dulphe  de  Fougères  lui  en  accorda  un  autre  dans  la  forêt 
de  Savigny,  où  Vital  avoit  construit  un  monastère.  Ber- 
nard voyant  que  les  disciples  de  Bobert  d'Arbrissel  son 
âmi ,  commençoient  à  peupler  ce  désert,  crut  devoir  le 
teur  céder,  et  il  se  retira  à  Arcisses  qui  lui  fut  donné  par 
Rotrou  comte  du  Perche.  Mais  Beatrix,   mère  de  ce  comte,  ibid.  l  Martene 

,    ,  ,  n         «•  ampl.colleet.  prse». 

craignant  que  Bernard  n  eut  quelque  nouvelle  allaire  avec  in  {.  e. 
les  religieux  de  Cluni  qui  avoient  un  monastère  à  Nogent 
le  Rotrou,  lui  fit  donner  un  autre  fonds  dans  la  forêt  de 
Tyron.  Ce  fut  dans  cette  forêt  que  la  providence  qui  desti- 
nait Bernard  à  faire  revivre  le  premier  esprit  de  saint 
1  6  * 


III  SIECLE. 
Mab.  ib.  n.  39. 


24  4 


BERNARD, 


Goffr.  vit.  s.  Bern. 
c.  33. 


Id.  ibid.  c.  42. 


Mab.  an.  t.  5,1.71, 
n.  40.  i  Order.  Vi- 
tal, hist.  1.  8,  Bob. 
de  Monte  app. 
Guib.   p.  812. 


P.  497. 


Benoît,  le  fixa  après  tant  de  voyages  et  de  fatigues.  '  La 
chronique  de  saint  Aubin  d'Angers  en  marque  précisément 
le  temps  l'an  -H  07.  Cependant  le  nouveau  monaslere  ne 
fut  proprement  en  état  d'être  habité  que  l'an  -H  09,'  lors- 
que Bernard  ayant  assemblé  un  nombre  considérable  de 
disciples,  reçut  la  bénédiction  du  célèbre  Yves  de  Chartres, 
qui  favorisoit  cet  établissement  de  tout  son  pouvoir,  et  y 
célébra  la  première  messe  le  jour  de  Pâques  dans  la  chapelle 
de  bois.  A  peine  Bernard  eût-il  passé  deux  ans  dans  celte  re- 
traite ,  qu'il  eût  une  nouvelle  querelle  à  essuyer  de  la  part 
des  religieux  de  Nogent. 

Pour  couper  court  à  toute  contestation ,  il  pria  l'évèque 
et  les  chanoines  de  Chartres  de  lui  accorder  un  petit  fonds 
dans  le  voisinage  situé  sur  la  rivière  de  Tyron ,  pour  y 
transférer  ses  solitaires.  Il  l'obtint.  L'acte  en  fut  expédié 
le  5  février  4440,  et  confirmé  trois  ans  après.  Ce  lieu  plut 
beaucoup  à  Bernard,  parce  qu'il  étoit  très-solitaire  et  sté- 
rile, et  peu  propre  à  lia  ter  la  délicatesse.  La  bonne  odeur 
que  le  saint  abbé  et  ses  religieux  répandirent,  attira  bien- 
tôt dans  ce  désert  une  multitude  de  fidèles,  qui  desiroient 
profiter  de  leurs  exemples  et  de  leurs  instructions.  '  Bernard 
les  recevoit  tous  avec  beaucoup  de  charité ,  les  faisant  tra- 
vailler chacun  selon  son  art  et  sa  profession  ;  de  sorte  que 
ce  lieu  qui  auparavant  étoit  une  retraite  de  voleurs,  fut 
peuplé  de  pénitens  et  de  solitaires,  qui  menoient  la  vie 
la  plus  sainte,  et  pratiquoient  des  austérités  presqu'incroya- 
bles.  La  réputation  de  Bernard  et  des  religieux  de  Tyron 
s'étendit  de  tous  côtés,  même  parmi  les  nations  étrangères. 
Le  double  don  de  miracles  et  de  prophéties  que  Dieu 
avoit  accordé  au  saint  abbé,  ne  contribua  pas  peu  à  rendre 
son  nom  célèbre.  Après  avoir  passé  environ  dix  ans  dans 
cette  dernière  retraite,  il  y  mourut  saintement  entre  les 
mains  de  ses  disciples,  le  25  avril  LU 8,  selon  D.  Mabil- 
lon.  Le  P.  Pagi  prétend  qu'il  mourut  le  23  février  4  447, 
et  se  fonde  sur  l'autorité  de  la  chronique  de  Maillezais, 
qui  néanmoins  place  la  mort  de  Bernard  le  25  avril ,  et  non 
le  23  février.  Le  P.  Ignace  Joseph  de  Jesus-Maria  dans 
son  hisloire'd'Abbeville,  '  fait  mourir  le  vénérable  Bernard 
le  44  avril  4442;  M.  Baillet  et  les  Bollandistes,  le  44 
avril  4  447;  la  chronique  de  Maillezais,   le  25  avril  4  4  46 


ABBÉ  DE  TYRON.  245 


ÏII  SIECLE. 


Parmi  ces  différens  sentimens,  celui  du  P.  Mabillon  mé- 
rite la  préférence,  étant  le  mieux  appuyé.'  Il  est  certain  Mab.  ann.  t.  r>,  1. 
que  l'abbaye  de  Joug-Dieu  dans  le  Beaujolois  ne  fut  fon- 
dée que  l'an  4  448,  et  que  Bernard  y  envoya  de  ses  reli- 
gieux ,  à  la  prière  de  Ricbard  ;  par  conséquent  il  a  vécu  jus- 
qu'en cette  année.  Pour  ce  qui  est  du  jour,  il  est  clairement 
marqué  dans  le  martyrologe  de  Tyron  au  vu  des  calendes 
de  mai,  c'est-à-dire  au  25  d'avril.  Ce  que  dit  Geofroi  le 
Gros,  en  parlant  de  la  mort  de  Bernard,  n'y  est  point 
contraire  :  Imminente  tennino,  quo  hurnani  generis  Creator 
et  redemptor  tôt  tantisque  laboribus  ejusdem  finem  vellet  im- 
ponere,  ad  incestimabilia  stipendia  undecimo  ejus  resurrec- 
tionis  die,,  corporis  invitatur  molestia.  Les  Bollandistes  ont 
prétendu  que  Geofroi  a  voulu  marquer  par  ces  paroles  que 
Bernard  tomba  malade  le  onzième  jour  après  Pâques,  d'où 
ils  ont  conclu  que  Bernard  est  mort  l'année  précédente. 
Mais  rien  n'empêche  qu'on  n'entende  ces  paroles  de  la 
mort  même  de  Bernard.  La  fête  de  Pâque  tomba  le  i 4 
avril  en  l'année  \  \\  8  ;  ainsi  Bernard  étant  mort  onze  jours 
après  sa  résurrection,  sa  mort  est  arrivée  le  25  avril. 

§   II. 
SES  ÉCRITS. 

t 

Guillaume  de  Neubrige,  en  faisant  l'éloge  de  Ber-  Rer.  Àngl.  1. 1,  c. 
nard ,  dit  qu'il  dressa  des  réglemens  particuliers  pour 
la  conduite  de  ses  religieux.  Nous  ne  les  avons  trouvés 
nulle  part,  mais  nous  ne  doutons  pas  qu'un  instituteur  d'or- 
dre n'ait  fait  quelques  statuts.  Peut-être  se  conservent-ils 
dans  l'abbaye  de  Tyron. 

'Parmi  les  manuscrits  du  collège  de  la  sainte  Trinité  de  cat  mss  Angiic. 
Dublin,  il  y  en  a  un  qui  porte  ce  titre  :  Epistolœ  Ivonis  par  ' 
Carnotensis  Hildeberti  Tyroni  et  Bemardi.  Il  est  visible  qu'il 
y  a  une  transposition  dans  le  titre  de  ce  recueil  de  lettres, 
et  qu'au  lieu  de  Bemardi  et  Tyroni,  il  faut  lire  et  Bemardi 
Tyroni.  En  rétablissant  ainsi  le  titre  du  manuscrit,  on  peut 
avec  beaucoup  de  vraisemblable  conclure  qu'il  renferme 
les  lettres  de  l'abbé  de  Tyron  à  Ives  de  Chartres,  avec 
lequel  le  saint  abbé  avoit  une  graude  liaison,  et  à  Hildebert 


III  SIECLE. 


24  6 


PASCAL  II, 


évêque  du  Mans.  Quoi  qu'il  en  soit,  n'ayant  point  le  ma- 
nuscrit sous  les  yeux,  nous  ne  "pouvons  assurer  ayec  une 
entière  certitude ,  que  ce  sont  les  lettres  du  bienheureux 
abbé  de  Tyron. 


PASCAL     II 


Pand.  Pisan. ,  ap. 
Murât,  t.  3,  p.  354. 


An.  B«n.  1.  69,  l). 
2. 


Yepez, 
2091. 


t.    6,  an. 


8  l. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Pascal  II  auparavant  appelle  Reignier,  fils  de  Cres- 
cent  et  d'Alsacie,  naquit  à  Blede  en  Toscane,  ville  au- 
trefois épiscopale,  et  aujourd'hui  du  diocèse  de  Viterbe. 
Prévenu  de  la  grâce  dès  sa  plus  tendre  enfance,  il  quitta 
fort  jeune  sa  patrie ,  pour  embrasser  la  vie  monastique  dans 
l'abbaye  de  Cluni ,  qui  eut  l'avantage  de  donner  successive- 
ment à  l'église  deux  papes  d'un  rare  mérite  Urbain  II,  et 
Pascal    son  successeur  immédiat. 

Les  progrès  que  Reignier  fit  dans  les  sciences  et  la  vertu 
furent  très-rapides.  Il  ne  se  distingua  pas  moins  par  sa  pru- 
dence et  sa  capacité  pour  la  conduite  des  grandes  affaires; 
en  sorte  que  n'étant  âgé  que  de  vingt  ans,  il  fut  envoyé  à 
Rome  pour  celles  de  son  monastère.  Son  mérite  y  fut 
bientôt  connu,  et  '  Grégoire  VII,  qui  occupoit  alors  le 
saint  siège,  le  fit  élire  abbé  de  saint  Laurent  et  saint  Etienne 
hors  la  ville,  et  l'ordonna  dans  la  suite  prêtre  cardinal  de 
saint  Clément.  Il  se  trouva  à  l'élection  d'Urbain  II,  l'an 
4  088,  et  y  représenta  les  cardinaux  prêtres  qui  étoient  ab- 
sens.  Urbain  qui  avoit  connu  Reignier  étant  religieux  à  Clu- 
ni,  et  qui  sçavoit  quelle  étoil  sa  prudence  et  ses  talens,  l'en- 
voya en  qualité  de  légat  en  Espagne,  pour  solliciter  la  déli- 
vrance de  '  D.  Diego  Pelage,  évêque  de  saint  Jacques  en 
Galice,  que  le  roi  Alphonse  VI  retenoit  en  prison  depuis 
quatre  ans.  Ce  prince  avoit  même  forcé  le  prélat,  par  ses 
mauvais  Iraitemens,  de  donner  sa  démission  dans  un  con- 
cile auquel  avoit  présidé  le  cardinal  Richard ,  qui  eut  la  té- 
mérité de  lui  substituer  Pierre  abbé  de  Sardaigne,  sans  con- 
sidérer 


PAPE.  2\7 


XII  SIECLE. 


sidérer  que  n'étant  plus  légat  du  "saint  siège,  depuis  que  Vic- 
tor III  prédécesseur   d'Urbain  II,   l'avoit  révoqué,  il  ne  pou- 
voit  plus  en  exercer  les  fonctions.  '  Urbain   avoit  déjà  écrit  Lab.  conc.  t.  10, 
sur  ce  sujet  au  roi  Alphonse,  et  s  étoit  cru  obligé,  après  lui  p' 
avoir  fait  ses  remontrances,  de  mettre  l'église  de  saint  Jac- 
ques en  interdit. 

'  Rcignicr  arrivé  en   Espagne ,  ne   dissimula  point  au    roi  it>. 
que  l'élection  de  Pierre  étoit  nulle,  et  la  déclara  telle  dans  J^"'^  p "asa. 
un  concile  qu'il  tint  à  Laon.  '  Mais  n'ayant  pu  obtenir  l'é-  Yepez.ib.' 
largissement  du  prélat  prisonnier,  qui  étoit  un  esprit  inquiet 
et    dangereux,   et  prévoyant   qu'il  seroit   difficile  de  le  réta- 
blir sur  son  siège  ,  quoiqu'il  eût  réclamé  aussitôt  après  sa  dé- 
mission, et  que  le  roi  ,  quoique   très-attaché  à  l'église,  n'y 
consentiroit  jamais ,  il  fit  élire  à  sa  place  Dalmacc  moine  de 
Cluni,  qui   visitoit  alors    les    monastères  d'Espagne  dépen- 
dans  de  cette   abbaye.   Le  comte  Raimond  et   Urraque  l'a- 
voient  demandé  avec  instance ,  et  tout  le  monde  le  désiroit. 
Par  ce  tempérament  qui  fut  approuvé  du  pape,  la   paix  fut 
rétablie  dans  la  province,  et  le  schisme  éteint. 

'  Reignier  après  avoir  terminé  avec  le  même  succès  toutes  Lab.  »b.  p.  719. 

les  autres  affaires  qui  éloient  l'objet  de   sa   légation,  revint 

à   Rome  où  il  se  fit  généralement  aimer  et  estimer,  n'usant 

de  son    crédit  auprès  du    pape,  que  pour  obliger  tous  ceux 

qui  s'adressoient  à  lui.  '  C'est  ainsi  qu'en  parle  l'auteur  de  sa  Panduiph.  ibid.  p. 

vie.  Il  assista  l'an  -1097  au  concile  de  Pari,  et  c'est  de  lui  Lab.  t.  io,  p.  en. 

que  nqus  apprenons,  que    le   pape  y  excommunia   ceux  qui 

recevoient ,  ou  avoient  reçu  les  investitures  des  laïcs.  Enfin 

l'an  -1099,  Reignier  fut  élevé  sur  le  saint  siège  le  43  d'août, 

-15   jours  après  la  mort  d'Urbain  II,  '  qui  en  mourant  l'avoit  AbUsp.an.  1099, 
, ,  ."     ,  .    .  ..  _  .    .        , *  „.  ap.  Murât,  ibid.  p. 

désigne  pour  lui  succéder.   Pandulphc  de  Pisc,  et  non  Pierre  354. 

Pisan ,  comme  l'appelle  M.  Fleury ,  historien  du  temps,  rap- 
porte qu'il  prit  la  fuite  sur  le  premier  avis  qu'il  en  eut, 
mais  qu'ayant  été  découvert  et  ramené  de  force,  il  fut  con- 
traint de  se  soumettre,  ce  qu'il  lit  en  protestant  de  son  indi- 
gnité. Alors,  continue  le  même  auteur,  quelques-uns  du 
clergé  changeant  son  nom ,  crièrent  trois  fois  :  Pascal  pape  : 
saint  Pierre  a  parlé.  Le  lendemain  \h  d'août  il  fut  sacré  à 
saint  Pierre  par  Odon  évêque  d'Ostie.  Cette  élection  fut  gé- 
néralement applaudie,  et  consola  les  Romains  de  la  perte 
qu'ils  venoient  de    faire  par  la   mort  d'Urbain  II.  Us  regar- 

Tome  X.  E  e 


XII  SIECLE. 


218  PASCAL  II, 


doicnt  depuis  longtemps  Reignier  comme  leur  père  com- 
mun. Le  zèle  et  la  fermeté  qu'il  avoit  fait  paraître  avant 
que  d'être  pape ,  contre  l'antipape  Guibert ,  leur  fit  espé- 
rer qu'ayant  l'autorité  en  main,  il  achèverait  de  ruiner  en- 
ib.  tiérement   son   parti.  '  Ils  l'en  supplièrent  avec  instance ,    et 

lui   offrirent  pour  cela  des  secours  d'argent. 

Pascal  comploit  bien  profiter  de  ces  heureuses  disposi- 
tions, lorsque  les  députés  du  comte  Roger  arrivèrent  pour 
le  complimenter  de  sa  part ,  et  lui  offrirent  mille  onces  d'or 

ib.  qu'ils  mirent  à  ses  pieds.  '  Encouragé    par  ce  nouveau  se- 

Hug.    Flor.   chr.  -,    0.      ..  ,.  >    au  »  i 

an.  noo.  cours,  .    lit  attaquer  1  antipape  a  Albano  ,  et  le  pressa  si  vi- 

vement, qu'il  l'obligea  de  prendre  la  fuite  du  côté  de  Citta- 
di-Castello,  où  il  mourut  subitement  au  commencement 
d'octobre  de  l'an  1100,1a  vingt-unième  année  de  son  in- 
trusion ,  après  avoir  résisté  impunément  à  trois  papes ,  et 
causé   des  maux  infinis  à  l'Italie. 

Tandis  que   Pascal    étoit  occupé    des    affaires    d'Italie,  il 
ne  perdoit   point  de  vue   les   besoin.-  des  églises   éloignées. 
conct.  10, p.622,  '  Il  écrivit  le  4  mars  de  la  même  année  à  l'armée  des  croisés, 
ep'  pour  les  féliciter    des  avantages   considérables  qu'ils  avoient 

remportés  sur  les  infidèles  depuis  la  prise  de  Nicée  ,  jusqu'à 
celle  de  Jérusalem ,  et  leur  envoya  pour  légat  Maurice 
évêque  de    Porto,    avec    pouvoir    de   régler    toutes   choses 

Mab.  ann,  i.  C9,  dans    les    églises   nouvellement    délivrés.    '  11   confirma    vers 
an.  1100,  n.  1.         .  «         ,  ,      ,  -  .  ,,  >     .,   ,    ,        ,     ,    * 

le   même  temps  la  légation  en  Allemagne  a    Gebchard   eve- 

que  de  Constance.    Il  envoya   en   France  les  cardinaux  Jean 

et  Benoit,   qui   y   tinrent    deux    conciles,    l'un  à   Valence, 

et  l'autre  à  Poitiers,  et  excommunièrent  dans  le  dernier  le 

roi   Philippe  qui,  après  la    mort  du    pape  Urbain  II,    avoit 

Eadm.  Wst.  no7.  repris  Bertrade.  '  Gui  archevêque  de  Vienne  alla  en  An- 
gleterre,  mais  il  ne  put  y  exécuter  les  fonctions  de  légat, 
les  Anglois  n'en  reconnoissant  point  d'autre  dans  leur  pays, 
que  l'archevêque  de  Cantorberi.  Saint  Anselme  qui  occu- 
poit  ce  siège,  et  étoit    exilé  en  France,   en  ayant  été  rap- 

conc.  t.  10,  p.  pelle  après  la  mort  funeste  de  '  Guillaume  'e  Roux,  arrivée 
le  2  d'Août  'H  00,  Pascal  écrivit  à  ce  saint  prélat  sur  son 
heureux  retour,  et  l'exhorta  à  procurer  la  paix  entre  le  roi 
d'Angleterre  et  le  duc  de  Normandie  son  frère,  qui  reve- 
noit  de  la  Palestine ,  où  il  s'étoit  signalé  contre  les  infi- 
dèles. 


PAPE.  2)9 


XII  SIECLE. 


Nous  ne  devons  pas  omettre  une  députation  célèbre, 
quoique  peu  considérable  aux  yeux  du  monde,  que  reçut 
cette  année  Pascal  II,  et  qui  fut  un  événement  remar- 
quable de  son  pontificat.  Ce  fut  celle  do  Jean  et  d'Ildebod, 
qui  vinrent  le  trouver  de  la  part  d  Alberic,  pour  lui  de- 
mander la  confirmation  du  nouveau  monastère  :  c'est  ainsi 
qu'on  appclloit  le  monastère  de  Citeaux,  devenu  si  célèbre 
depuis.  Pascal  fit  beaucoup  d'accueil  à  ces  deux  religieux , 
et  leur  accorda  ce  qu'ils  demendoient  par  une  bulle  datée 
du  48  avril  de  l'année  4100.  Celte  bulle  qu'on  peut  regar- 
der comme  le  premier  titre  de  Citeaux,  se  trouve  impri- 
mée en  plusieurs  endroits ,  dans  le  grand  et  le  petit  exorde 
de  '  Citeaux,  dans  les  annales  de  cet  ordre,  etc.  Pascal,  Ann.  cist.  ad  an. 
comme  nous  l'avons  vu,  fut  élu  l'an  1099,  le  15  d'août  :  '  p' 
ainsi  il  étoit  encore  dans  la  première  année  de  son  pontifi- 
cat le  48  avril  4  400,  jour  auquel  il  expédia  fceltc  bulle, 
qui  cependant  est  datée  de  sa  seconde  année.  Mais  cette 
difficulté  est  aisée  à  résoudre.  L'année  4  099,  qui  fut  celle 
de  l'élection  de  Pascal ,  est  compté'!  pour  la  première  année 
de  son  pontificat;  et  la  suivante  4  400  pour  la  seconde.  On 
trouve  plusieurs  exemples  de  cette  manière  de  compter 
dans  les   historiens. 

Quoique  le  parti  des  schismatiques  parût  abattu  en  Italie 
par  les  avantages  que  Pascal  avoit  remportés  sur  eux,  et  par 
la  perte  qu'ils  avoient  faite  de  l'antipape  Guibert  leur  chef, 
ils  firent  de  grands  efforts  pour  se  relever,  et  lui  substituè- 
rent successivement  jusqu'à  trois  antipapes,  Albert,  Theo- 
doric  et  Maginulfe.  Le  premier  fut  pris  par  les  catholiques 
le  jour  même  de  son  élection,  et  enfermé  dans  un  monas- 
tère :  le  second  subit  le  même  sort  au  bout  de  trois  mois  et 
demi  :  enfin  le  troisième  qui  avoit  pris  le  nom  de  Silvcstre  IV, 
fut  ebassé  honteusement  de  Rome,  et  mourut  en  exil  dans 
une  grande  misère. 

Dans  ces  entrefaites,  arrivèrent  à  Home  des  députés  du 
Roi  d'Angleterre,  pour  se  plaindre  au  pape  de  ce  qu'An- 
selme refusoit  de  rendre  à  leur  maître  l'bommage  que  les 
archevêques  de  Cantorberi  lui  avoient  toujours  rendus, 
comme  les  autres  évêques  du  Royaume,  ei  de  recevoir  de 
lui  l'investiture  de  son  église.  '  Le  pape  fit  réponse  au  roi,  Ep.^cow.  t.io, 
que  ce  qu'il  exigeoit  de  saint  Anselme  étoit  contraire  aux 

E  e  ij 


xiisibcu.      220  PASCAL  II, 

loix  de  l'église,  et  que  d'ailleurs  il  n'avoit  point  dessein  de 
diminuer  sa  puissance.  «  Ne  craignez  pas,  lui  dit-il ,  que 
»  nous  voulions  rien  diminuer  de  votre  puissance,  ou  nous 
>  allribuer  rien  de  nouveau  dans  la  promotion  des  évêques. 
»  Vous  ne  pouvez  scion  Dieu  exercer  ce  droit,  et  nous  ne 
»  pouvons  vous  l'accorder  qu'au  préjudice  de  voire  salut  et 
»  du  nôtre.  »  Ces  remontrances  ne  firent  d'abord  aucune 
impression  sur  l'esprit  de  ce  Prince  qui  regardoit  les  inves- 
titures comme  un  droit  inaliénable  de  sa  couronne;  et  cette 
affaire  eut  en  Angleterre  de  grandes  suites,  dans  lesquelles 
nous  n'entrerons  pas  ici.  On  peut  les  voir  dans  Eadmer  et- 
dans  l'article  de  saint  Anselme.  Nous  ajouterons  seulement 
que  le  roi  renonça  enfin  aux  investitures,  dans  une  assem- 
blée de  seigneurs,  qui  se  tint  dans  l'abbaye  de  saint  Edmond 
le  premier  d'Août  I  107,  et  se  contenta  des  hommages  que 
les  évêques  avoient  coutume  de  lui  faire  avant  leur'  ordina- 

Ep.  16,  ib.  p.  545.  tion  ;   '  à   quoi    le   pape  consentit. 

Pascal  ne  trouva  pas  tant  d'opposition  en  France,  où 
Philippe  occupé  de  l'objet  de  sa  passion,  laissa  agir  les  lé- 
gats Jean  et  Benoit,  qui  exécutèrent  en  différens  conciles 
les  ordres  du  pape  contre  les  investitures,  sans  y  causer  au- 
cun trouble   considérable. 

L'an  f!02,  Pascal  tint  à  Rome  sur  la  fin  du  mois  de 
mars,  un  concile  d;ms  lequel  il  renouvella  l'excommunica- 
tion portée  contre  Henri  IV,  par  les  papes  Grégoire  VII, 
et  Urbain  II.  Il  la  fulmina  lui-même  le  jeudi  saint,  et  fit 
dresser  une  formule  d'ana thème  qui  fut  envoyée  en  Alle- 
magne ,  où  elle  souleva  les  sujets  contre  leur  souverain.  Le 
pape  écrivit  en  même-temps  au  comte  de  Flandres  et  autres 
princes  chrétiens .  pour  les  exhorter  à  prendre  les  armes 
contre  Henri. 

On  fit  quelque  difficulté  en  Pologne,  et  même  en  Sicile, 

Ep.  i  et  5,  p.  62i ,  '.  •  recevoir  la  formule  de  Pascal.  '  L'archevêque  de  Gnes- 
ne,  et  celui  de  Palerme  mandèrent  au  pape  que  Jesus-Christ 
a  voit  défendu  tout  serment  dans  l'évangile,  et  qu'on  ne 
trouvoit  pas  que  ni  les  Apôtres,  ni  les  Conciles  en  eussent 
ordonné  aucun;  qu'ainsi  on  éloit  d'avis  qu'ils  ne  dévoient 
point  prêter  ce  serment.  A  quoi  Pascal  répondit  que  la  né- 
cessité l'obligeoit  de  l'exiger,  pour  conserver  la  foi,  l'obéis- 
sance et  l'unité  de  l'église.  Ce  n'est  pas,  leur  dit-il,  pour 


PAPE-  2M         X1IUECU. 


notre  intérêt  particulier;  c'est  seulement  pour  montrer, 
que  vous  êtes  membres  de  l'église  catholique  et  unis  à  son 
chef.  Les  Saxons  et  les  Danois  sont  plus  éloignés  quev  ous , 
et  toutefois  leurs  métropolitains  prêtent  le  même  ser- 
ment. 

Cette  conduite  du  pape  à  l'égard  d'Henri  fut  peut-être 
ce  qui  engagea  Philippe  1  roi  de  France,  à  avoir  recours  à 
la  clémence  de  Pascal,  par  la  crainte  des  suites  fâcheuses 
que  pouvoit  avoir  l'excQmmunication  dont  il  avoit  été  frap- 
pé dans  le  concile  de  Poitiers,  et  à  promettre  sincèrement 
de  quitter  Bertrade.  En  conséquence  '  le  pape  écrivit  aux  c°n«  t  io,  ep. 
archevêques  de  Reims,  de  Sens  et  de  Tours,  une  lettre  ,r 
datée  du  5  Octobre  ^04,  par  laquelle  le  cardinal  Richard 
est  chargé  d'absoudre  Philippe  et  Berîrade,  et  en  son  ab- 
sence, Lambert  évêque  d'Arras.  Ce  fut  ce  dernier  qui  fit 
la  cérémonie  l'année  suivante ,  dans  un  concile  tenu  à  Pa- 
ris le  2  Décembre. 

On  venoit  de  déposer  l'empereur  Hunri  IV  à  Mayen- 
ce ,  dans  une  assemblée  solemnelle ,  à  laquelle  assistèrent  les 
légats  du  saint  Siège,  et  d'y  proclamer  roi  son  fils  nommé 
Henri.  Le  jeune  prince  fit  aussitôt  part  au  pape  de  son  avè- 
nement à  la  couronne ,  par  une  députation  des  seigneurs 
les  plus  distingués  de  l'assemblée,  suppliant  sa  sainteté  de 
vouloir  bien  venir  le  joindre  en  Allemagne,  pour  concer- 
ter ensemble  les  moyens  d'établir  une  paix  solide  entre  le 
saint  Siège  et  l'empire. 

Pascal  s'y  prêta  volontiers;  la  mort  d'Henri  IV  arrivée 
peu  après,  au  mois  d'août  de  l'an  4406,  ne  fut  point  un 
obstacle.  Passant  par  la  Lombardie,  il  s'arrêta  à  Guastalla, 
où  il  avoit  indiqué  un  concile  pour  le  22  d'Octobre.  Dom  spic.  t.  i3,p.  tn. 
Dacheri  nous  a  donné  une  lettre  que  le  pape  écrivit  pen- 
dant ce  concile  aux  évêques  de  France  sur  le  meurtre  d'Ar- 
taud abbé  de  Vezelay,  leur  mandant  de  punir  les  coupa- 
bles par  l'exil.  Pascal  ne  tarda  pas  à  apprendre  que  le  suc- 
cesseur d'Henri  IV  avoit  changé  de  disposition,  et  qu  il 
paroissoit  aussi  intraitable  que  son  père  l'avoit  été  sur  l'arti- 
cle des  investitures.  Cette  nouvelle  l'engagea  à  quitter  la 
route  de  l'Allemagne,  pour  prendre  celle  de  France.  Il  y 
indiqua  en  même  temps  un  Concile  à  Troyes  en  Cham- 
pagne. Ayant  passé  les  Alpes ,  il  arriva  à  Cluni ,  où  il  celé- 


XII  SIKCLE 


222 


PASCAL  II, 


Bib.  Clun. 
Mab.  ann. 1 
1. 


p.  537 
.  71,  n 


Hist    df  s. 
I.  3,  p.  135. 


Pand.  ap. 
t.  »,  p.  356. 


bra  la  fête  de  Noël ,  et  s'y  reposa  de  ses  fatigues  jusqu'au 
mois  de  Février.  Il  alla  ensuite  à  sainte  Hippolyte,  où  il 
confirma  toutes  les  possessions  et  les  prieures  des  Clunistes, 
auxquels  il  rend  ce  glorieux  témoignage ,  qu'ils  avoient  ré- 
tabli en  France  la  religion  dans  la  plupart  des  endroits,  où 
elle  éloit  éteinte  :  en  passant  par  Lyon,  il  consacra  le  grand 
autel  de  l'abbaye  d'Aine,  nouvellement  construit  par  Jaus- 
ceran ,  qui  fut  placé  peu  apics  sur  le  siège  de  Lyon.  Après 
avoir  parcouru  plusieurs  provinces  de  France,  et  visité  dif- 
férens  monastères,  il  arriva  au  mois  d'Avril  dans  la  célèbre 
abbaye  de  saint  Denis,  où  le  roi  accompagné  de  la  reine  et 
du  prince  Louis  son  fils,  vint  le  trouver,  et  lui  rendit  de 
grands  honneurs.  Suger  observe  dans  la  vie  de  Louis  le 
Gros,  que  Pascal  donna  un  exemple  rare  de  désintéresse- 
ment ,  lorsqu'après  avoir  vu  le  thrésor ,  il  ne  demanda  ni 
or,  ni  argent,  ni  pierres  précieuses ,  mais  seulement  quel- 
Denis,  ques  morceaux  des  vêtemens  de  saint  Denis.  '  11  entretint  à 
fond  le  roi  et  le  prince  Louis  de  l'état  présent  de  l'église 
de  Rome  et  les  conjura  de  le  secourir  dans  la  conjoncture 
où  il  avoit  affaire  contre  l'empereur  Henri  qui  étoit  un  re- 
doutable ennemi.  Sur  la  nouvelle  qu'on  eut  que  les  Am- 
bassadeurs d'Henri  V  approrhoient  de  Chalons-sur-Marne , 
pour  traiter  avec  le  pape,  Philippe  le  quitta  et  lui  donna 
plusieurs  prélats  pour  le  conduire.  Suger  l'accompagna  dans 
ce  voyage  avec  son  abbé ,  et  c'est  de  lui  qu'on  sçait  ce  qui 
se  passa  à  cette  conférence ,  et  le  mauvais  succès  qu'elle  eut. 
Pascal  étant  parti  de  Châlons,  sans  rien  conclure,  se 
rendit  à  Troyes,  pour  y  tenir  le  concile  qu'il  y  avoit  in- 
diqué à  la  fête  de  l'Ascension  de  l'an  -H  07.  Le  concile  fi- 
ni, il  reprit  le  chemin  de  Rome,  et  y  arriva  sur  la  fin 
d'Octobre.  Il  s'appliqua  le  reste  de  l'année,  et  une  partie  de 
la  suivante  M 08,  à  rétablir  la  paix,  que  quelques  séditieux 
profitant  de  son  absence  avoient  troublée.  Mais  informé  de 
ce  qui  se  passoit  en  Allemagne  et  des  desseins  d'Henri  V , 
il  sortit  de  Rome  pour  prévenir  les  maux  dont  il  étoit  me- 
nacé et  pour  se  procurer  quelques  secours.  Nous  le  voyons 
à  Florence  le  24  Septembre;  ensuite  à  Rénévent,  où  il 
tint  un  concile  au  mois  d'octobre;  au  mont  Cassin,  et 
enfin  à  Capoue  où  il  fit  promettre  au  duc  et  aux  seigneurs 
du  pays ,  de  l'aider  contre  le  roi  d'Allemagne ,   s'il  en  avoit 


Mural 


PAPE.  225 


XII  SIECLE. 


besoin;  revenu  à  Rome,  il  fit  faire  les  mêmes  promesses 
à  tous  les  grands,  et  y  célébra  le  7  mars  -H-IO,  le  second 
concile  de  Latran ,  dans  lequel  il  renouvella  les  décrets 
contre  les  investitures.  '  Cette  même  année  Henri  V  par-  chroa.  rass.  i.  4, 
tit  d'Allemagne  pour  aller  en  Italie,  il  célébra  la  fête  de  p.  776. 
Noël  à  Florence,  et  envoya  des  députés  au  pape,  il  y  eut 
une  convention  et  des  articles  arrêtés  le  5  février  \\\\  ,  en- 
tre Pascal  et  Henri  qui  prêta  à  Sutri,  le  9  du  même  mois,  le 
serment  dont  on  étoit  convenu.  Après  cela  l'empereur  s'a- 
vança vers  Rome,  où  il  fut  reçu  le  42  février  à  la  porte 
de  la  ville  par  le  clergé,  conduit  jusqu'aux  marches  de  saint 
Pierre,    et    proclamé  empereur.    Mais    Pascal  ayant  deman-  Pana,  ap.  Murât. 

,,     x     FT        .     .,  ,  ..,     .       .  ,,    ..  ,      p.   357.   I  Cliron. 

de  a  Henri  1  exécution  du  traite  dont  on  etoit  convenu  de  cass  iMab.ann.  1. 
part  et  d'autre  ;  il  le  refusa  et  se  saisit  même  de  la  personne  72,  n- l'2, 
du  pape  qu'il  retint  prisonnier  pendant  deux  mois,  et  ne 
lui  rendit  la  liberté  qu'après  avoir  extorqué  une  bulle  en 
faveur  des  investitures;  le  menaçant,  s'il  le  refusoit,  de  le 
faire  mourir  avec  plusieurs  clercs  et  quantité  d'illustres 
Romains  qu'il  tenoit  dans  les  fers.  Le  lendemain  \2  d'A- 
vril  il   obligea  encore  le  pape  de  le  couronner  empereur. 

Quoique  Pascal  n'eut  fait  cette  démarche  que  pour  sau- 
ver la  vie  à  l'élite  de  son  clergé  et  de  la  noblesse  Romaine,  '  Mab.  ib. 
qui  se  jetterent  à  ses  pieds ,  le  priant  d'avoir  pitié  d'eux, 
il  eut  néanmoins  le  chagrin  de  voir  sa  conduite  blâmée  hau- 
tement par  un  grand  nombre  de  cardinaux ,  d'évêques  et 
d'abbés,  et  de  recevoir  des  lettres  très-vives  sur  ce  sujet. 
Plusieurs  cardinaux  s'étant  assemblés  cassèrent  la  bulle  qu'il 
avoit  accordée  à  Henri ,  comme  contraire  aux  décrets  des 
papes  précédens.  Pascal  qui  avoit  quitté  Rome  parce  qu'il 
n'avoit  pu  les  appaiser,  ni  les  portera  excuser  ce  qu'il  n'a- 
voit  fait  que  par  nécessité,  leur  écrivit  une  lettre  dans  la- 
quelle il  loue  leur  zèle;  mais  il  leur  représente  que  leur  dé- 
marche n'est  point  régulière  ni  conforme  à  la  charité,  et 
il  ajoute  humblement  que  mettant  sa  confiance  dans  la 
miséricorde  de  Dieu ,  il  aura  soin  de  réparer  ce  qu'il  a  fait 
en  considération  de  ses  frères  et  de  ses  enfans,  et  pour  em- 
pêcher la   ruine  de  la  ville  et  de  toute  la  province. 

'  Brunon  évêque  de  Signi,  abbé  du  mont  Cassin,    fut  l'un  Mab  ib. 
des  plus  vifs,  et  écrivit  deux  lettres,  l'une  à  Pascal  lui-mê- 
me ,  dans  laquelle  il  lui  témoigne  qu'il  le  chérit  comme  son 


III  SIECLE. 


224  PASCAL  II, 


père  ,  et  qu'il  ne  veut  point  avoir  d'autre  pape  que  lui  ;  mais 
il  déclare  nettement  qu'il  ne  peut  point  approuver  un  traité 
si  honteux,  si  contraire  à  la  piété  et  à  la  religion,  qui  donne 
atteinte  à  la  foi  et  détruit  la  liberté  de  l'église  :  il  finit  en  le 
priant  d'avoir  pitié  de  l'église  de  Dieu  et  de  l'épouse  de  Jé- 
sus-Christ ;  et  de  travailler  à  lui  faire  recouvrer  la  liberté 
qu'il  lui  a  fait  perdre  :  Miserere  ecclesiœ  Dei,  lui  dit-il,  mi- 
serere sponsœ  Christi.  La  seconde  lettre  est  adressée  à  Pierre 
évêque  de  Porto,  qui  avoit  signé  le  traité  immédiatement 
après  le  pape;  il  y  accuse  d'hérésie  ceux  qui  prennent  la 
défense  de  ce  traité.  Pascal  fut  si  piqué  de  la  liberté  de  Bru- 
non,  qu'il  lui  défendit  de  garder  dorénavant  son  abbaye  et 
son  évêché  et    fit   écrire    par  l'évèque  d'Ostie    aux  moines 

*»b  ">•  du  mont  Cassin ,  de  faire  l'élection  d'un  autre  abbé.  '  Non- 

seulement  Brunon  n'y  mit  point  d'obstacle,  mais  il  y  exhor- 
ta lui-même  les  religieux  ;  et  voyant  qu'ils  le  refusoient  : 
Je  ne  veux  point,  leur  dit-il,  être  un  sujet  de  division  en- 
tre vous  et  le  souverain  pontife  ;  puis  mettant  sur  l'autel 
le  bâton  pastoral ,  il  se  retira  dans  son  évêché  où  il  vécut 
d'une  manière  très-édifiante  jusqu'à  sa  mort. 

Nous  verrons  dans  l'article  de  Geofroi  de  Vendôme 
avec  quelle  force  et  quelle  vivacité  cet  abbé  s'éleva  aussi 
contre  le  traité  de  Pascal  avec  Henri  sur  les  investitures  , 
et  avec  quelle  liberté  il  en  parle.  Il  faut  avouer  que  ce  pape 
éloit  excusable,  du  moins  en  partie,  et  qu'il  méritoit  d'ê- 
tre traité  avec  plus  d'indulgence.  Néanmoins  le  zèle  des 
cardinaux,  des  évêques  et  autres  qui  le  reprirent  avec  tant  de 
force  et  de  liberté  ne  doit  ni  ne  peut  être  blâmé,  puisqu'il 
est  une  marque  de  leur  zèle  et  de  leur  grand  attachement 
pour  l'église  ;  car  ils  ne  partaient  de  la  sorte ,  que  parce 
qu'ils  éloient  persuadés  que  la  bulle  accordée  en  faveur  des 
investitures,  donnoit  atteinte  à  la  foi  et  à  la  religion,  en 
privant  l'église  de  la  liberté  des  élections. 

Le  pape  craignant  les  suites  que  pou  voit  avoir  la  fer- 
mentation où  il  voyoit  les  esprits,  et  qui  tendoit  au  schisme, 
prit  de  sages  mesures  pour  le  prévenir.   Ce   fut    d'indiquer 

itsperg.  i  ciiron.  un  concile  dans  lequel  il  rendit  compte  de  sa  conduite  :  le 
concile  fut  ouvert  le  28  Mars  iH2,  dans  l'église  de  La- 
tran.  Le  pape  après  avoir  exposé  ce  qu'il  a  6ouffert  de  la 
part  d'Henri  V,  et  de   quelle  manière  il  avoit   été  contraint 

de 


C.iss 


PAPE.  225 


XII  SIECLE. 


de  lui   accorder  les  investitures ,  pour  obtenir  la  délivrance 
des  prisonniers,   et  préserver  Rome  et  l'Italie   du  pillage; 
ajoute  que  lui  et  les  cardinaux  ayant  juré  de  ne  plus  inquié- 
ter à  ce  sujet  ce  prince  et  les  siens,  il  ne  prononceroit  pas 
d'analhême  contre  eux ,  quoiqu'ils  eussent  très-mal  obser- 
vé ce  qu'ils  avoient    promis;    que   Dieu   seroit   leur  juge; 
qu'au  reste  il  désaprouvoit  fort  cette  concession;  qu'il  la  ju- 
geoit    mauvaise,    et    soubaitoit    pouvoir    s'en    relever.    Ce 
discours  ayant  été  applaudi  par  tout  le  concile,  le  traité  fait 
avec  Henri  fut  cassé  et  annullé.  '  Le  dernier  jour  du  con-  usp.  ad  an.  1112. 
cile ,  Pascal  fit  sa  profession  de  foi  pour  lever  tous  les  dou- 
tes qu'on  pourroit  avoir  sur  la  pureté  de  sa  créance  :  il  y 
déclare  qu'il  reçoit   toutes  les  divines  écritures  de  l'ancien 
et  du   nouveau    testament,    les   quatre  évangiles,    les    sept 
épitres  canoniques,   ccllos   de  saint   Paul,   les  quatre   con- 
ciles généraux,  comme  les  quatre  évangiles,  sçavoir,  de  Ni- 
cée,   d'Ephèse,  de  Constantinople,  de  Calcédoine;   et   il  y 
joint  celui  d'Antiocbe,  les  décrets  des  souverains  pontifes, 
sur-tout    ceux    de    Grégoire    VII    et    d'Urbain    son    prédé- 
cesseur;   il    approuve,    confirme,    rejette,    condamne,    in- 
terdit,  défend   tout  ce  qu'ils  ont  approuvé,    confirmé,   re- 
jette,   condamné,    interdit,    défendu.    Godefroi    de   Vilerbe 
ajoute  que  Pascal  quitta  la  niante  et  la  cappe,  priant  l'as- 
semblée qui  étoit  composée  de  plus  de  cent  évoques,  de  plu- 
sieurs abbés  et  d'une  multitude  innombrable  de  clercs,  d'é- 
lire un  autre  pape;   proposition  qui   fut   rejettée. 

Pendant  tout  le  reste  de  son  pontificat,  Pascal  n'eut  pour 
objet  que  de  réparer  la  faute  qu'il  crut  avoir  faite  par  le  trai- 
té avec  Henri,  et  d'anéantir  la  fatale  bulle  qu'il  avoit  don- 
née en  faveur  des  invesiitures.  Pour  tranquilliser  les  fidèles 
allarmés  à  ce  sujet ,  il  manda  à  ses  légats  ce  qui  avoit  été  fait 
dans  le  concile  de  Latran  contre  le  traité  conclu  avec  l'em- 
pereur, leur  enjoignant  de  s'y  conformer  dans  les  conci- 
les qu'ils  tiendraient  à  cet  effet.  On  en  tint  plusieurs  cette 
même  année  -MI 2  et  les  suivantes,  en  France  et  ailleurs, 
qu'il  est  inutile  de  rapporter.  Il  suffit  de  dire  que  dans  tous 
généralement,  la  bulle  donnée  en  faveur  des  investitures 
fut  condamnée,   et  l'empereur  excommunié. 

L'an  1115,  la  mort  de  la  Comtesse  Matbilde,  arrivée 
le  24  Juillet,  ayant  attiré  en  Italie  l'empereur  Henri  pour 
1  i         Tome  X.  F  f 


III  SIECLE. 


226  PASCAL  II, 


recueillir  la  succession  de  cetle  princesse ,  il  fit  proposer  au 
pape  des  conditions  de  paix  par  Pons  abbé  de  Cluni,  qui 
y  travailla  avec  beaucoup  d'application,  mais  sans  succès. 
L'année  suivante  Pascal  tint  au  mois  de  Mars  un  grand  con- 
cerne. 1. 10,  p.  805.  cile  dans  l'église  de  Latran  :  '  il  y  parla  avec  beaucoup 
|Usp.  adan.  111G.    ,,,         ...,,    ,  °  e  .     .,,  n       ■      j-       *        »-i      >'»  K 

d  humilité  du  fameux  traite  avec  Henri,  disant  qu  il  s  etoit 

conduit  comme  un  homme,  parce  qu'il  n'étoit  que  cendre 
et  poussière,  avouant  qu'il  avoit  mal  fait,  et  priant  ceux 
qui  étoient  présens,  de  joindre  leurs  prières  aux  siennes, 
u»j.  ib.  pour  obtenir  le  pardon  de  sa  faute  :  Feci  autemuthomo,  quia 

pulvis  sum  et  cinis;  fateor  me  maie  egisse,  etc.  Puis  il  frap- 
pa d'un  anathême  perpétuel  l'infortuné  traité,  qui  lui  cau- 
soit  tant  de  peine ,  et  pria  tous  les  assistans  de  faire  la  même 
chose,  ce  qu'ils  firent.  Il  approuva  ce  qui  avoit  été  arrêté  au 
concile  de  Vienne  contre  les  investitures,  '  et  tout  ce  que 
ses  légats  avoient  fait  à  ce  sujet  dans  les  différens  conciles 
qu'ils  avoient  tenus.  Le  seul  Conon  évêque  de  Palestrinè, 
cardinal  légat  du  saint  siège  en  avoit  tenu  cinq ,  dont  il  de- 
manda et  obtint  la  confirmation  du  pape  et  du  concile  :  il 
avoit  excommunié  l'empereur  à  Jérusalem,  aussi-tôt  qu'il 
eût  appris  la  violence  qu'il  avoit  faite  au  pape;  il  l'excom- 
munia ensuite  dans  la  Grèce,  en  Hongrie,  en  Saxe,  en 
Lorraine,  en  France,  de  l'avis  de  ces  églises,  dans  les  cinq 
conciles  qu'il  tint. 

C'est  ainsi  que  Pascal  se  releva  du  traité  fait  avec  l'em- 
pereur. Si  ce  fut  une  faute  de  sa  part,  on  peut  assurer  qu'il 
la  répara  bien  ;  et  qu'il  a  donné  à  ses  successeurs  un  exem- 
ple de  modestie  et  d'humilité  d'autant  plus  grand  et  plus 
admirable,  qu'il  est  joint  à  la  plus  haute  dignité.  On  peut 
encore  remarquer  la  modération  de  ce  pape ,  en  ce  qu'il 
ne  voulut  rien  faire  contre  la  personne  de  l'empereur,  ni 
prononcer  contre  lui  de  sentence  d'excommunication. 

L'empereur  étant  informé  de  tout  ce  qui  s'étoit  fait  'au 
concile  de  Latran ,  et  voyant  tous  ses  projets  dérangés ,  prit 
la  résolution  de  repasser  en  Italie,  ce  qu'il  fit  l'an  -H 47.  Au 
bruit  de  son  arrivée  Pascal  se  retira  au  Mont  Cassin,  ensuite 
à  Capoue,  de-là  à  Bénévent,  où  il  apprit  que  l'empereur 
avoit  célébré  la  fête  de  Pâques  à  Rome,  et  s'y  étoit  fait  cou- 
ronner empereur  par  Maurice  archevêque  de  Brague,  plus 
connu  sous  le  nom  d'antipape  Bourdin.   Le  pape  qui  avoit 


PAPE. 


227 


XII  SIECLE. 


envoyé  Maurice,  pour  traiter  de  la  paix  avec  l'empereur, 
excommunia  ce  ministre  infidèle ,  et  le  priva  de  ses  digni- 
tés dans  un  concile  qu'il  tint  au  mois  d'avril.  L'abbé  d'Us- 
perge  '  rapporte  que  l'empereur  étant  frappé  des  malheurs  usp.  adann.nn. 
arrivés  en  Allemagne ,  des  tremblemens  de  terre  qui  s'y 
faisoient  sentir,  des  tonnerres  effroyables  et  autres  fléaux  par 
lesquels  Dieu  affligeoit  ce  pays ,  et  qui  sembloient  annon- 
cer le  jour  du  jugement .  il  ne  cessa  d'envoyer  des  députés 
au  pape  pour  lui  faire  satisfaction,  mais  qu'il  ne  pût  rien 
obtenir.  Pascal  donnoit  pour  raison  qu'il  n'avoit  point  don- 
né de  sentence  contre  Henri ,  à  cause  de  la  promesse  qu'il 
lui  avoit  faite,  quoique  par  force;  mais  qu'il  ne  pouvoit  pas 
non  plus  lever  l'excommunication  portée  par  d'autres,  sans 
avoir  leurs  avis ,  et  sans  entendre  les  deux  partis  dans  un 
Concile  (I).  Le  pape  ne  vit  pas  la  fin  de  cette  grande  affaire. 
Etant  revenu  à  Rome  sur  la  fin  de  l'an  \\\7 ,  il  y  mourut  au 
mois  de  Janvier  de  la  suivante. 

g  II. 
SES  ÉCRITS. 

Tons  les  écrits  de  ce  pape  ne  consistent  que  dans  les 
lettres  qu'il  a  écrites  :  le  nombre  en  est  considérable  et 
le  seroit  encore  davantage ,  si  le  registre ,  ou  le  recueil  que 
Jean  Cajetan  chancelier  du  saint  siège,  et  son  successeur 
immédiat  en  avoit  dressé,  étoit  parvenu  jusqu'à  nous,  mais 
malheureusement  il  a  été  perdu.  Le  père  Libbe  en  a  re- 
cueilli 407  qu'il  a  insérées  dans  sa  grande  collection  des 
conciles. 

'La  première  est   une   lettre  de    félicitation    aux   croisés  t.io,  eonc.p.622 
sur  leurs  conquêtes,  et  d'exhortation  à  continuer  leurs  glo- 
rieux exploits. 

'Dans  la  seconde,  qui  est  datée  du  AS  Avril  de  l'année  ib.  6î3. 


(1)  His  et  Hujusmodi  cladibus  rex  Henricus  corde  tenu»  tauciatus  non  cessât 
legationes  satisfaclorias  ad  apostolicam  sedem,  licet  ipse  multiim  infestalioni- 
bus  Italicis  insudans,  destinare.  quas  tamen  constat  minime  profecisse.  Nam 
Dominus  apostolicus,  propter  securitatem  quam  régi,  licet  coactus  fecerat.  dif- 
fitetnr  illum  aaathematis  vinculo  colligasse.  ab  ecclesiœ  tamen  potioribus 
membris  excommunicationem  connexam  nonnisi  ipsorum  consilio  ienegat  se 
poste  disiotvere,  concesso  nimirum  utrinque  synodalis  audientiœ  jure. 

F  f  ij 


Ail  SIECLE. 


Ib.  624. 


T.    10,   conc. 
620. 


Ib.  627,  628,  629. 


228  PASCAL  II, 

\\ 00  qu'il  compte  pour  la  seconde  de  son  pontificat ,  il  con- 
firma rétablissement  du  nouveau  monastère,  c'est-à-dire, 
de  Cileaux  dans  le  diocèse  de  Châlons  :  elle  est  adressée  à 
Albéric  qui  en   étoit  alors  abbé,   et  à  ses  successeurs. 

La  troisième  est  une  réponse  à  celle  «pie  saint  Anselme  lui 
avoit  écrite.  Il  y  loue  le  courage  de  ce  suint  prélat,  qui  n'a 
pu  être  abbattu  par  les  menaces,  ni  gagné  par  les  promesses. 
11  s'y  inscrit  en  faux  contre  ce  qu'avoient  avancé  les  dépu- 
tés du  roi  d'Angleterre  à  leur  retour,  sçavoir,  que  le  pape 
étoit  disposé  à  lui  accorder  les  investitures;  et  que  s'il  ne  le 
lui  avoit  pas  témoigné  p:ir  écrit,  e'étoit  pour  ne  point  se  com- 
promettre avec  les  autres  princes,  ausquels  il  ne  vouloit 
point  donner  occasion  de  se  plaindre.  Il  prend  à  témoin 
Jesus-Christ  scrutateur  des  cœurs  et  des  reins,  que  ce  cri- 
me horrible  ne  lui  c.-'t  jamais  venu  en  pensée  depuis  qu'il 
est  placé  sur  le  saint  siège.  11  s'élève  avec  force  contre  les 
investitures  que  les  laïcs  donnent  par  le  bâton  pastoral  et 
l'anneau,  et  les  regarde  comme  un  renversement  de  la  dis- 
cipline ecclésiastique  it  de  toute  la  religion. 

'Dans  la  quatrième  il  confirme  à  Bernard  de  Tolède  le 
droit  de  primatic  en  Espagne;  droit  dont  cette  église  avoit 
joui  anciennement,  et  dans  lequel  Urbain  II  son  prédéces- 
seur l'avoit  rétabli.  Il  lui  accorde  l'usage  du  Pallium  dans  la 
célébration  de  la  messe,  et  marque  en  détail  les  fêtes  aus- 
quels il  le  doit  porter;  il  veut  que  tous  les  évoques  d'Es- 
pagne  le  regardent  comme  leur  primat,  et  portent  à  son 
tribunal  les  affaires  de  conséquence  qui  peuvent  naître  par- 
mi eux,  sauf  l'autorité  du  saint  siège,  et  les  privilèges  de 
chaque  métropolitain.  Il  exhorte  ensuite  Bernard  à  se  ren- 
dre digne  d'un  tel  honneur;  à  attirer  à  la  foi  les  infidèles  par 
ses  bons  exemples,  et  à  se  distinguer  autant  par  les  vertus 
intérieures  aux  yeux  de  Dieu,  qu'il  l'est  à  l'extérieur  aux 
yeux  des  hommes  par  sa  dignité.  Celle  lettre  est  datée  du 
5  de  mars  de  l'an  'M  00,  second  du  pontificat  de  Pascal. 

'  La  cinquième  et  sixième  ne  sont  qu'une  seule  et  même 
lettre ,  comme  le  remarque  M.  Dupin  ;  la  première  n'étant 
qu'un  fragment  de  la  seconde,  dont  on  a  changé  le  titre  : 
elle  est  adressée  à  un  évêque  de  Pologne  qui  refusoit  de  prê- 
ter serment  au  pape  en  recevant  le  pallium;  et  pretendoit 
qu'il  n'est  jamais  permis  de  jurer.  Pascal  lui  représenie  que 


PAPE.  229 


XII  SIECLE 


le  serment  est  défendu ,  selon  saint  Augustin ,  parce  que  la 
facilité  de  jurer  peut  faire  tomber  dans  le  parjure.  C'est 
pourquoi,  ajoute— t— il ,  on  ne  doit  jurer  que  dans  la  néces- 
sité et  lorsqu'on  ne  peut  autrement  persuader  les  hommes 
de  quelque  chose  qu'il  leur  est  utile  de  croire.  C'est  par 
nécessité  que  nous  exigeons  le  serment,  pour  conserver  la 
foi,  l'obéissance  et  l'unité  :  nous  croyons  même  que  saint 
Paul  l'employé  dans  ses  lettres.  Pascal  relevé  beaucoup 
dans  cette  lettre  l'autorité  de  l'église  Romaine ,  et  prétend 
que  c'est  par  elle  que  tous  les  conciles  ont  été  assemblés , 
et  que  c'est  d'elle  qu'ils  ont  reçu  leur  force  et  leur  autorité. 
Il  y  fait  aussi  beaucoup  valoir  le  pallium. 

'  Dans  la  septième  adressée  à  Robert  comte  de  Flandres,  îbid.  p.  «9. 
après  avoir  remercié  ce  comte  de  ce  qu'il  a  exécuté  les  or- 
dres qu'il  lui  avoit  donnés  touchant  l'église  de  Cambrai ,  il 
l'exhorte  à  poursuivre  vivement  Henri  qu'il  appelle  le  chef 
des  hérétiques,  et  les  Liégeois.  11  assure  qu'il  ne  peut  point 
offrir  de  sacrifice  plus  agréable  à  Dieu,  que  d'attaquer  un 
prince  qui  s'élève  contre  Dieu  ;  qui  veut  détruire  le  royau- 
me de  l'Eglise.  Il  lui  ordonne  de  lui  faire  la  guerre,  com- 
me un  moyen  d'obtenir  la  rémission  de  ses  péchés,  et  d'ar- 
river à  la  céleste  Jérusalem. 

'  Cette  lettre  est  suivie  d'une  réponse  de  l'église  de  Lié-  »>.  p  oao 
ge,  addressée  à  tous  les  hommes  de  bonne  volonté,  dans 
laquelle  elle  proteste  qu'elle  est  inviolablement  attachée 
à  la  pureté  de  la  foi  et  à  l'unité  de  l'église  {i).  Cela  n'a  pas 
empêché  le  père  Labbe  qui  a  inséré  cette  lettre  dans  sa  col- 
lection des  conciles,  de  la  '  qualifier  de  violente  déclama- 
tion; de  traiter  le  clergé  de  Liège  de  schismatique,  et 
de  le  comparer  aux  Donatistes  (2).  Le  lecteur  jugera  si  cette 
accusation  est  bien  fondée. 

Le  clergé  de  Liège  après  avoir  déploré  en  général  et 
gémi  de  la  confusion  et  des  maux  causés  dans  l'église  par 
la  division  qui  y  régnoit ,  vient  à  la  lettre  par  laquelle  Pas- 
cal exhorte  le  comte  de  Flandre  à  poursuivre  les  Liégeois. 
Ceux-ci   témoignent  leur   étonnement,    de  voir   un    tel   or- 

il)  Omnibui  bonœ  voluntatis  hominibus  Leodiuntti  eccUsia  teritatem  fidei  tt 
eatholicam  un-animitatem  inconcusse   tenen*. 

(*)  Responsoria  declamatio  acerrima  LeodUnsium  schismaticorum,  qui  more 
luorum  comparum  in  schismale  DonaUstarum  adversut  principes  reiuitntium, 
et  ceUHolicim  nomen  affectantium,  etc. 


XII  SIECLE. 


250  PASCAL  II, 


dre  donné  par  la  mère  commune  des  fidèles  contre  ses  pro- 

ib.p.  C3i.  près  enfans,  '  et  qui  est  si  contraire  à  la  tendresse  d'une 

mère.  Ils  citent  à  ce  sujet  le  jugement  rendu  par  Salomon, 
et  font  voir  par  grand  nombre  de  textes  de  l'écriture,  com- 
bien une  telle  dureté  est  opposée  à  l'esprit  et  à  la  charité 
de  l'église.  Les  remerciemens  que  le  pape  fait  au  comte 
de  Flandres,  de  ce  qu'il  a  exécuté  ce  qu'il  lui  avoit  ordonné 
touchant  l'église  de  Cambrai  est  pour  celle  de  Liège  le  su- 
jet d'une  double  douleur.  En  qualité  de  fille  de  l'église 
Romaine,  elle  gémissoit  déjà  des  malheurs  de  Cambrai, 
de  la  désolation  de  celle  ville,  de  l'oppression  des  pau- 
vres et  des  veuves,  des  rapines,  des  brigandages,  des  meur- 
tres; mais  c'est  pour  elle  le  sujet  d'une  nouvelle  douleur, 
d'apprendre  par  la  bouche  même  de  Pascal  qu'il  approu- 
ve ces  excès,  et  que  c'est  par  ses  ordres  que  le  comte  les 

ib.  p.  632,  633.  a  commis.  'Jamais  le  clergé  de  Liège  n'auroit  pu  le  croire, 
si  le  pape  ne  l'eût  déclaré  lui-même  :  Nous  n'invectivons 
point,  disent-ils,  contre  l'oint  du  Seigneur  à  qui  appartient 
le  soin  de  toutes  les  églises.  Mais  puisque  le  pape  se  re- 
connoît  l'auteur  de  ces  maux,  et  applaudit  à  celui  qui  a  ra- 
vagé l'église  de  Cambrai,  en  lui  faisant  des  remerciemens, 
nous  ignorons  s'il  y  a  plus  de  sujet  d'en  gémir  que  d'en  être 
étonné.  Ils  citent  l'exemple  de  Jesus-Christ ,  des  Apôtres, 
des  hommes  apostoliques,  l'autorité  de  saint  Augustin,  celle 
de  saint  Grégoire  le  Grand,  pour  faire  voir  qu'on  ne  doit 
point  se  servir  du  glaive  matériel  contre  ceux  même  qui 
sont  coupables,  et  qu'il  faut  les  exhorter,  les  prier,  les 
reprendre    avec    beaucoup    de    patience.     Mais    pourquoi  , 

ib.  p.  634  disent-ils  '  nous  veut-on  faire  périr  par  le  fer?  Qu'avons- 

nous  fait  contre  les  règles  de  l'église  ?  Quel  est  le  crime  qui 
nous  rend  digne  de  mort  et  de  l'excommunication?  Ils  nous 
objectent  que  nous  n'observons  pas  leurs  nouvelles  tradi- 
tions; mais  Dieu  leur  dit  :  Pourquoi  violez-vous  le  comman- 
dement de  Dieu  en  suivant  vos  traditions?  Dieu  ordonne 
de  rendre  à  César  ce  qui  appartient  à  César ,  et  à  Dieu  ce 
qui  appartient  à  Dieu.  Les  apôtres  saint  Pierre  et  saint  Paul 

i  Pet.  2.  nous  enseignent  la  même  maxime  :   Craignez  Dieu;   honorez 

le  roi  :  Deum  timete;  regem  honorificate.  Après  avoir  établi 
par  l'écriture,  l'obéissance  due  aux  princes  et  aux  puissan- 
ces, le  clergé   de   Liège  conclut   que  c'est    à    tort    qu'on 


PAPE.  254 


XII  SIECLE. 


veut  les  faire  passer  pour  excommuniés,  parce  qu'ils  hono- 
rent le  roi  et  qu'ils  obéissent  à  leurs  souverains.  Ils  se  justi- 
fient ensuite  sur  ce  qu'on  les  accusoit  d'être  simoniaques,  '  ib.  p.  635. 
en  protestant  qu'ils  n'avoient  aucun  commerce  avec  eux, 
et  qu'ils  évitoient  avec  soin ,  non-seulement  les  simonia- 
ques, mais  encore  tous  ceux  qui  en  feignant  de  donner  gra- 
tuitement les  dignités  ecclésiastiques,  les  vendoient  sous 
le  nom  de  charité.  Puis  revenant  à  la  première  accusation 
ils  s'écrient  :  Nous  sommes  saisis  de  douleur  et  d'étonne- 
ment  de  ce  qu'on  prétend  que  nous  sommes  excommuniés  : 
quand  l'avons-nous  été?  Par  qui?  Pour  quelle  raison?  Ce 
n'est  pas  par  notre  évêque;  ce  n'est  point  par  notre  mé- 
tropolitain; ce  n'est  point  même  par  le  pape,  parce  que 
nous  sommes  persuadés  qu'il  n'ignore  pas  cette  maxime; 
que  la  loi  ne  condamne  personne  sans  l'avoir  entendu . . . 
Vous  direz  peut-être  que  nous  sommes  excommuniés, 
parce  que  nous  sommes  attachés  à  notre   évêque,  qui  est 

lui-même    attaché    à    l'empereur    son   souverain 

Mais  qui    peut   trouver    à    redire   qu'un    évêque  soit   fidè- 
le à  son  prince,  à  qui  il   a  fait  serment  de  fidélité?  Person- 
ne ne  doute  que  le  parjure  ne  soit  un  grand  péché.  Lors- 
que l'homme  jure,    Dieu   lui  ordonne   d'observer  son  ser- 
ment. C'est  ce  que  n'ignorent  pas  ceux  même  qui  allument 
le  schisme  entre  le  sacerdoce  et   l'empire;    et  qui  préten- 
dent   en    suivant  de  nouvelles    traditions,    pouvoir    absou- 
dre de  la   peine  du  parjure   ceux  qui  manquent  à  la  fidé- 
lité qu'ils  ont  promise  à  leur  roi.  '  Ils  insistent  beaucoup  sur  H>-  P  636 
cet  article,  et   s'appliquent   à   prouver  qu'on  est  indispensa- 
blement  obligé  de  garder  la  fidélité  à  son  souverain;  qu'on 
ne  peut  y  manquer,  sans  violer  le  commandement,  qui  dé- 
fend  de  prendre  le  nom  de  Dieu   en  vain.  Or  n'est-ce  pas 
prendre  le  nom  de  Dieu  en  vain  que  de  violer  une  pro- 
messe que  l'on  a  faite  en  employant  son  nom  :  Quis  magis 
assumit  nomen  Dei,  quant  ille  qui  violât  hoc  quoi  per  nomen 
Dei  jurât?  C'est  un  crime  qui   mérite  la  mort  de  ne  point 
rendre  à  César  ce  qui  appartient  à  César,    comme   Jesus- 
Christ  l'a    ordonné;  ou   de    ne   point  honorer  le  roi;    ou 
enfin  de  se  parjurer  en  prenant  en  vain  le  nom  de  Dieu, 
par  lequel  on  a  juré  la  fidélité  à  son  prince.  C'est  parce  que 
nous  ne  voulons  pas  commettre  ce  crime,   et    que    nous 


XII  SIECLE 


252  '         PASCAL  II, 


sommes  fidèles  à  notre  souverain  qu'on  prétend  que  nous 
sommes  excommuniés  :  Ecce  quare  excommunicati  dicimur. 
Mais  pourquoi  nous  appelle-t-on  faux  clercs,  nous  qui 
menant  une  vie  conforme  aux  règles  de  l'église,  méritons 
par  nos  actions  de  porter  le  nom  de  clercs? 

L'auteur  de  cette  lettre  voulant  justifier  en  particulier 
l'évêque  de  Liège  sur  son  attachement  au  parti  de  l'em- 
pereur, allègue  le  serment  de  fidélité  que  le  prélat  a  prêté 
au  prince  en  recevant  de  lui  les  régales  :  Cui  ex  regalibus 
ejus  acceptis  juravit  fidelitatem,  c'est-à-dire,  les  domaines 
dépendant  de  la  couronne  :  il  soutient  que  c'est  une  cou- 
tume très-ancienne,  sous  laquelle  sont  morts  plusieurs  saints 
évêques,  qui  ont  rendu  à  César  ce  qui  appartient  à  César, 
Ambr.  i.  9,  exp.  et  à  Dieu  ce  qui  appartient  à  Dieu.  '  Ils  rapportent  à  ce  su- 

Luc.  I  Aug.  tr.  6,    .    ,      ,  i.i  i      u      •  i.  j 

in  Joan.  jet    deux  textes ,   1  un  de  saint  Ambroise,   1  autre  de   saint 

Augustin,  pour  établir  ce  que  l'on  doit  aux  princes  par  rap- 
port aux  biens  temporels  que  l'on  a  reçu  d'eux. 

conc.t.io,  p.637.  'Le  clergé  de  Liège  avance  dans  cet  écrit,  que  si  on  lit 
avec  l'esprit  de  Dieu  l'écriture  sainte  tant  de  l'ancien  que  du 
nouveau  testament,  on  verra  clairement  que  les  rois  et  les 
empereurs  ne  peuvent  point  être  excommuniés,  ou  qu'ils 
ne  peuvent  l'être  que  difficilement  :  Aut  minime  aut  diffici- 
le possunt  reges  et  imperatores  excommunie  ari.  Voilà  pour- 
quoi on  nous  traite  d'excommuniés,  disent-ils,  c'est  par- 
ce que  nous  suivons  l'exemple  des  saints  et  des  anciens  pè- 
res, et  que  nous  imitons  leur  modération...  C'est  parce 
que  nous  sommes  attachés  à  l'ancienne  régie,  et  que  nous 
ne  nous  laissons  point  entraîner  à  tout  vent  de  doctrine; 
voilà  la  raison  pour  laquelle  on  dit  que  nous  sommes  ex- 
communiés :  Quia  igitur  antiquœ  regvlœ  inhœremus,  et  non 
omni  vento  doctrinœ  circumferimur ,  ecce  unde  excommuni- 
cati dicimur.  Mais  pourquoi  le  pape  Pascal  nDus  appelle— 
t-il  de  faux  clercs?  Les  faux  apôtres  corrompent  la  parole 
de  Dieu;  pour  nous,  nous  ne  la  corrompons  point;  mais 
nous  conservons  par  la  grâce  de  Dieu  la  foi  catholique,  et 
nous  y  conformons  notre  vie  ; .  . .    Nous   suivons  les  règles 

ib.  p.  638.  canoniques;  nous  évitons  le  schisme,  '  la  simonie  et  ce  qui 

pourroit  mériter  l'excommunication.  Mais  nous  ne  devons 
pas  trop  nous  allarmer  de  ce  qu'on  nous  traite  d'excommu- 
niés; parce  que  nous  croyons  que  Rome  même  nous  ex- 
ceptera 


PAPE.  233      in  SIlcLg. 

ceptera  de  l'excommunication.  Le  pape  Hildebrand  (Gré- 
goire VII)  qui  est  auteur  de  ce  nouveau  schisme,  et  qui  le 
premier  a  levé  la  lance  sacerdotale  contre  le  diadème,  ex- 
communia d'abord  tous  ceux  qui  favorisoient  le  roi;  mais 
ensuite  voyant  qu'il  avoit  été  trop  loin,  il  excepta  de  cette 
excommunication  tous  ceux  qui  étoient  attachés  à  l'empe- 
reur par  devoir  et  par  nécessité,  non  pour  exécuter  volon- 
tairement ses  ordres,  ou  lui  donner  de  mauvais  con- 
seils. 

Comme   le   pape  Pascal    traitoit   l'empereur  Henri    d'hé-  u>.  p.  039. 
rétique,  le  clergé  de  Liège  fait  cette  réponse  remarquable  : 
«  S'il   est   tel,   ce  qu'à   Dieu   ne   plaise,    nous  en   sommes 
»  affligés  et  pour  lui   et  pour  nous.   Nous   ne  dirons  rien 
»  présentement  en   faveur  de  notre  empereur  :   mais  nous 

>  dirons  que  quand  bien  même  il  seroit  tel ,  nous  souf- 
»  fririons  qu'il  nous  commandât,  parce  que  nous  croirions 
»  mériter  par  nos  péchés  d'avoir  un  tel  souverain.  Enfin, 
»  supposons  même  qu'il  soit  hérétique  comme  on  le  pré- 
»  tend,  nous  ne  devons  point  prendre  les  armes  contre  lui, 
»  et  chercher  à  nous  en  délivrer,  par  la  force  ;  nous  devons 
»  seulement    employer   nos    prières   :   Je   vous   conjure,  dit 

»  saint    Paul,  que    Von  fasse   des  supplications,  des  prières,  1.  Tim.  2. 1. 
»  des  demandes  et  des  actions  de  grâces  pour  tous  les   hom- 
*  mes,  pour  les  rois  et  pour  tous  ceux  qui  sont  élevés  en  di- 
»  gnités. 

»  Les  rois  de  ce  temps,  pour  qui  saint  Paul  conju- 
»  roit  les  fidèles  de  prier,  n'étoient  ni  catholiques  ni  chré- 
»  tiens.  Baruch  écrivant  par-  ordre  de  Jérémie  aux  Juifs 
»  qui  étoient  captifs  à  Babylonne,  leur  recommande  de 
»  prier  pour  Nabuchodonosor  et  pour  son  fils  :  la  raison 
»  pour  laquelle  saint  Paul  veut  qu'on  prie  pour  les  rois, 
»  c'est  afin  que  nous  menions  une  vie  paisible  et  tranquille. 
»  Ce  seroit  'une  conduite  apostolique,  d'imiter  l'apôtre. 
»  Mais  pour  nos  péchés,  l'Apostolique,  (c'est-à-dire,  le 
»  pape)  qui  devroit  prier  pour  le  roi,  quoique  pécheur, 
»  afin  que  nous  menions  une  vie  paisible  et  tranquille,  lui 
»  fait  la  guerre  et  empêche  lui-même  que  nous  ne  vivions 
»  en  paix.  Mpi  qui  suis   fille   de  la  sainte   église  Romaine, 

>  dit  l'église  de  Liège,  je  demande  humblement  à  ma  me- 
»  re  d'où  vient  au  pape  cette  autorité  de  tirer  le  glaive  ma- 

fwe  X.  G  g 


III  SIECLE. 


234  PASCAL  II, 


»  tériel  pour  mettre  à  mort,  outre  le  glaive  spirituel  ? 

»  Quel  est  le  souverain  pontife  qui  se  soit  jamais  attribué 
»  le  pouvoir  de  faire  usage  du  glaive  matériel  contre  les 
»  pécheurs  ?  »  L'auteur  de  la  lettre  cite  ici  l'autorité  de 
saint  Grégoire  le  Grand  qui  écrivant  au  Diacre  Sabinien, 
lui  marque  qu'il  ne  veut  point  participer  à  la  mort  d'aucun 
homme,  quel  qu'il  soit;  puis  il  ajoute,  que  tous  les  papes, 
qui  ont  suivi  saint  Grégoire,  marchant  sur  les  traces  de 
ceux  qui  les  avoient  précédés,  se  contenaient  de  faire  usa- 
ge du  glaive  spirituel  jusqu'au  dernier  Grégoire,  c'est-à- 
dire,  jusqu'à  Hildebrand,  qui  le  premier  s'est  armé  du  glai- 
ve militaire  contre  l'empereur  et  en  a  armé  les  autres  pa- 
pes à  son  exemple. 

ceme.  1. 10, p. 64i.  'L'apologiste  du  clergé  de  Liège  ne  manque  pas  de  rele- 
ver la  clause  de  la  lettre  de  Pascal  au  comte  de  Flandre,  où 
le  pape  ordonne  à  ce  Prince  de  faire  la  guerre  à  l'empereur 
pour  la  rémission  de  ses  péchés,  et  pour  mériter  d'entrer 
dans  la  céleste  Jérusalem.  Jusqu'à  présent,  dit-il,  je  me  suis 
appuyé  sur  l'autorité  de  l'évangile,  des  apôtres  et  des  pro- 
phètes :  mais  ici  je  ne  sçais  plus  que  dire,  ni  de  quel  côté  me 
tourner.  En  vain  parcourerois-je  tous  les  livres  de  l'ancien 
et  du  nouveau  testament  et  tous  les  interprètes  de  ces 
saints  livres,  pour  y  trouver  l'exemple  d'un  semblable  com- 
mandement. Hildebrand  est  le  seul  qui  mettant  la  dernière 
main  aux  saints  canons  a  enjoint  à  la  comtesse  Mathilde,  pour 
la  remission  de  ses  péchés,  de  faire  la  guerre  à  l'empereur 
Henri.  Si  c'est  justement  ou  injustement  que  lui  et  d'autres 
l'ont  fait,  c'est  ce  que  nous  ignorons;  mais  nous  sçavons 
qu'on  ne  peut  lier  ni  délier  personne  sans  examen...  C'est 
une  règle  que  vous  aviez  toujours  observée,  ô  sainte  église 
Romaine  notre  mère ,  et  que  vous  nous  recommandiez 
d'observer;  d'où  vient  donc  cette  nouvelle  maxime,  par  la- 
quelle on  accorde  sans  confession  et  sans  pénitence,  l'im- 
punité des  péchés  passés,  et  la  liberté  d'eu  commettre  de 
nouveaux  !  Quelle  porte  n'ouvrez-vous  pas  par-là  à  la  ma- 
lice des  hommes! 

Telles    sont    les    maximes   de   la    lettre    apologétique   du 

ffist eeel. i. 65, n.  clergé  de  Liège.  '  <  Dès  le  titre,  dit  M.  de  Fleuri,  ils  se 
»  déclarent  catholiques  et  attachés  inviolablement  à  l'u- 
»  nité  de  l'église,  et  ils  le  montrent  encore  mieux  dans  le 


40,  p.  78,  t.  14. 


PAPE.  255 


XII  SIECLE. 


»  corps  de  la  pièce,  où  ils  nomment  l'église  Romaine  leur 
»  mère,  le  pape  Pascal  leur  père,  l'apostolique,  l'évêque 
»  des  évêques,  l'ange  et  l'oint  du  Seigneur,  à  qui  appartient 
»  la  sollicitude  de  toutes  les  églises.  Ils  reconnoissent  aussi 
»  pour  vrai  pape  Hildebrand  ou  Grégoire  Vil,  et  déclarent 
>  qu'ils  n'adhérèrent  jamais  à  aucun  antipape.  »  Ainsi,  ajou- 
te M.  Fleuri,  il  n'y  a  aucun  sujet  de  les  traiter  de  schis- 
matiques.  Cependant  le  perc  Labbe  dans  sa  collection  des 
conciles,  n'a  pas  craint  de  leur  donner  cette  infamante  qua- 
lification, et  de  les  comparer  aux  Donatistes;  mais  le  lec- 
teur sensé  et  judicieux  ne  balancera  pas  à  préférer  le  sen- 
timent de  M.  Fleuri  appuyé  sur  de  solides  raisons,  à  celui 
de  l'éditeur  des  conciles,  dont  l'injuste  accusation  n'est  éta- 
blie sur  aucune  preuve.  Cet  auteur  prétendroit-il,  que  le 
clergé  de  Liège  étoit  schismatique,  parce  qu'il  étoit  demeu- 
ré fidèle  à  son  souverain  quoiqu'excommunié  par  Pascal  II? 
En  ce  cas  il  pourroit  traiter  de  même  tous  les  François  qui 
ne  cessèrent  de  regarder  comme  leur  roi  légitime  Henri  le 
Grand,  malgré  les  excommunications  lancées  par  les  pa- 
pes, et  à  la  fidélité  desquels  la  France  est  redevable  de  ce 
que  le  sceptre  s'est  conservé  dans  la  maison  régnante. 

Nous  pouvons  encore  opposer  au  père  Labbe  l'autorité 
du  père  Fisen  son  confrère.  Cet  écrivain  enseigne  expres- 
sément comme  le  remarquent  les  auteurs  '  de  la  nouvelle  Gaii.  christ,  t.  s, 
Gaule  chrétienne,  qu'on  ne  doit  point  regarder  l'église  de  p" 
Liège,  comme  schismatique,  puisque,  quoiqu'elle  demeu- 
rât attachée  et  fidèle  au  roi  Henri  IV  qui  étoit  excommu- 
nié, elle  ne  reconnut  point  l'antipape  Guibert,  et  ne  fa- 
vorisa point  son  schisme.  Et  même  après  la  mort  du  roi 
Henri,  les  Liégeois  firent  leur  paix  avec  le  pape  Pascal  IL 

Du  reste  nous  conviendrons  néanmoins  sans  peine 
qu'il  y  a  des  traits  trop  vifs  dans  cette  lettre  que  Dom 
Mabillon  appelle  pour  cela  Htteras  acideatas.  Mais  ces 
traits  sont  corrigés  par  d'autres.  On  sçait  que  l'auteur  de 
cet  écrit  apologétique  du  clergé  de  Liège ,  est  Sige- 
bert  moine  de  Gemblou ,  qui  leur  prêta  sa  plume,  l'une 
des   meilleures    de    ce    siècle.  '  Le   compte  que   Dom  Ri-  Hist.  m.  t.  9,  p. 

.,,  ,  ,  .  ,      -     •     •       j  1     557,  et  suiv. 

vet  en  a  déjà   rendu    en    parlant  de  cet    écrivain    dans   le 

volume  précédent,  nous  dispense  de  faire  d'autres  remar- 

Gg  ij 


in  SIECLE. 


236  PASCAL  II, 


ques  que  le  lecteur  y  trouvera.  Revenons  aux  lettres  de  Pas- 
cal II. 

conc. 1. 10, p. 642.  'La  huitième  est  adressée  au  clergé  et  au  peuple  de 
Bamberg ,  pour  leur  recommander  Otton  leur  évêque , 
qu'il  avoit  ordonné  sans  préjudice  des  droits  du  métro- 
politain. 

n>.  p.  643.  Dans   la    neuvième    adressée  à  Henri  I  roi  d'Angleterre , 

il  témoigne  à  ce  prince  la  part  qu'il  prend  aux  bienfaits 
dont  Dieu  l'a  comblé  en  lui  faisant  remporter  des  avanta- 
ges considérables  sur  ses  ennemis  et  en  lui  donnant  un 
fils.  Le  pape  soubaiteroit  pouvoir  joindre  à  ces  faveurs 
du  Ciel,  la  grâce  que  Henri  lui  avoit  demandée,  et  lui 
accorder  ce  qu'il  désire,  c'est-à-dire  les  investitures;  mais 
il  ne  lui  est  pas  possible.  Il  l'exhorte  à  rappeller  dans  son 
royaume  saint  Anselme,  et  lui  promet  que  quelque  grâ- 
ce qu'il  lui  demande,  il  la  lui  accordera,  s'il  le  peut,  se- 
lon Dieu. 

ib.  p.  6M.  '  Dans  la  dixième   datée    de  la   quatrième    année   de   son 

pontificat,  il  donne  des  avis  à  Didace  de  Compostelle  sur 
la  manière  de  gouverner  son  diocèse. 

conc. t.  îo, p. 64i.  La  onzième  datée  de  la  dixième  année  de  son  ponti- 
ficat, est  proprement  la  bulle  de  canonisation  de  Pierre 
évêque  d'Anagnia,  dont  Pascal  ordonne  que  la  fête  sera 
célébrée  le  3  du  mois  d'Août. 

ib.  p.  645.  La  douzième  sans  date  est  adressée  à   Gebehard  évêque 

de  Constance,  à  Oderic  de  Passau  et  aux  catholiques  de 
l'empire,  tant  clercs  que  laïcs.  Pascal  l'écrivit  au  sujet  de 
quelques-uns,  qui  s'imaginant  qu'on  encouroit  l'excommu- 
nication en  communiquant  avec  des  excommuniés,  de 
quelque  manière  que  ce  fut,  méditoient  de  quitter  leur 
pays,  par  la  crainte  d'avoir  commerce  avec  ceux  qui  étoient 
dans  le  cas.  Le  pape  les  rassure  en  décidant  que  ceux  qui 
fréquentent  des  excommuniés  malgré  eux  par  nécessité  ou 
par  devoir,  ne  tombent  point  dans  l'excommunication, 
ce   qu'il   appuyé  de   l'autorité  de    Grégoire  VII   lui-même. 

ib  p. -si,  752.  'Les  deux  lettres  suivantes,  sçavoir,  la  treizième  et  la 
quatorzième  ont  été  écrites  à  l'occasion  d'un  différend  du 
clergé  et  du  peuple  d'Ausbourg  avec  Hériman  leur  évê- 
que qui   étoit  allé   trouver  le  pape.  Pascal  invite  le  clergé 


PAPE-  237      xii  siècle. 


et  le  peuple  à  se  trouver  à  l'assemblée  qu'il  avoit  indiquée 
au  premier  de  Novembre  pour  y  terminer  cette  affaire. 
Dans  la  quatorzième  il  leur  témoigne  la  joie  qu'il  a  eue  en 
apprenant  par  leurs  lettres  qu'ils  étoient  réconciliés  avec 
leur  évêque,  et  il  les  en  félicite. 

Dans  la  quinzième  il  avertit  le  clergé  et  le  peuple  d'Ar-  ib.  p.  R46. 
les,  de   faire   l'élection    d'un    archevêque   pour    remplir  le 
siège  de   leur   église    vacant   par   la   translation  de  Gibelin, 
sur  celui  de  Jérusalem. 

La  seizième  est  adressée  à  s.  Anselme  sur  sa  réconciliation 
avec  le  roi  Henri.  11  y  remercie  Dieu,  qui  a  entre  ses  mains 
le  cœur  des  rois,  de  ce  que  celui  d'Angleterre  a  rendu  au 
saint  siège  l'obéissance  qu'il  lui  devoit.  11  attribue  cet  heu- 
reux changement  à  la  charité  et  aux  prières  de  saint  An- 
selme. 

'  11   ordonne    dans   la    dix-septieme   à   Gérard    archevêque  »>■  p-  647. 
d'Yorck,  de  faire  ses  soumissions  à  saint  Anselme,  à  l'exem- 
ple de  ses  prédécesseurs. 

La  dix-huitiéme  est  adressée  à  ikiudouin  roi  de  Jérusalem  u»-  p-  648 
qui  l'avoil  prié  de  soumettre  à  Pévêque  de  cette  ville,  com- 
me à  leur  métropolitain,  toutes  les  villes  qu'il  avoit  pri- 
ses, ou  qu'il  pourrait  prendre  sur  les  infidèles.  Pascal  lui 
accorde  sa  demande  en  considération  des  dangers  ausquels 
il  a  exposé  sa  personne   pour  relever  l'église  de  Jérusalem. 

La  lettre  suivante  est  écrite  sur  le  même  sujet  à  Gibe-  foid.  p  648. 
lin  patriarche  de  Jérusalem,  à  qui  il  confirme  et  à  tous  ses 
successeurs  le  droit  de   métropolitain. 

Il  déclare  dans  la  vingtième  à  Bernard  patriarche  d'An-  ih.  p.  649. 
tiothe,  que  son  intention  n'a  point  été  en  accordant  le  droit 
de  métropolitain  au  patriarche  de  Jérusalem,  de  préjudiciel- 
aux  droits  de  son  église,  dont  il  relevé  la  dignité,  en  ce 
qu'elle  a  eu  dans  la  personne  de  saint  Pierre  le  même 
chef  que  celle  de  Rome,  avec  laquelle  elle  a  toujours  eu 
une  liaison  particulière  :  Eadem  Pétri  personna  utrasque 
illustravit  crclesias.  Il  s'excuse  même  sur  cela  en  disant,  que 
si  dans  ce  qu'il  a  réglé  touchant  les  limites  des  deux  égli- 
ses d'Antioche  et  de  Jérusalem,  il  y  a  de  l'erreur,  ce  n'est 
point  en  lui  l'effet  de  la  légèreté  ou  de  la  malice,  mais  de 
î  éloignement  des  lieux  et  de  l'ignorance  de  leurs  noms. 
Cette  lettre  ne  calma   pas  les    inquiétudes  de  Bernard ,   et 


m  siècle.     238  PASCAL  II, 

Pascal  lui  écrivit  encore,  comme  nous  le  verrons,  pour  le 
même  sujet. 

Dans  la  vingt-unième,  il  charge  Didace  évêque  de  Com- 
postelle  d'engager  Uraque  fille  du  roi  de  Castille,  qui  avoit 
épousé  Alphonse  roi  d'Arragon,  son  parent  au  troisième  dé- 
gré,  à  se  séparer  de  lui  sous  peine  d'excommunication  et  de 
privation  de  la  puissance  séculière  :  Ut  vel  à  tanta  prœsum- 
ptione  désistât,  vel  ecclesiœ  consortio  et  seculari  potestate  pri- 
vetur. 

ib  p  650.  'La  vingt-deuxième  adressée  à  l'empereur  Henri  V,  re- 

garde les  investitures,  et  semble  être^un  projet  de  bulle 
qui  contient  les  clauses  du  premier  traité  de  Pascal  avec 
Henri.  Par  ce  traité  fait  entre  les  députés  des  deux  partis, 
le  pape  s'engageoit  à  couronner  empereur  Henri  V ,  qui 
promettait  de  son  côté  de  rendre  la  liberté  aux  églises,  et 
de  renoncer  aux  investitures,  mais  c'étoit  à  condition  que 
ce  prince  retireroit  les  duchés,  les  comtés,  les  marquisats, 
les  terres,  les  droits  de  monnoies,  de  justice,  de  marchés, 
les  redevances,  péages,  et  autres  biens  que  les  églises  te- 
noient  de  l'empire. 

ntip .  bib.ecci.  12.  Cette  convention,  '  comme  le  remarque  M.  Dupin,  sem- 
bloit  donner  gain  de  cause  à  l'église  ;  mais  dans  le  fonds 
elle  dépouilloit  les  évêques  de  leurs  biens  et  de  leurs  di- 
gnités, pour  un  honneur  chimérique,  et  les  réduisoit  à  une 
extrême  pauvreté.  L'empereur  ne  fit  pas  difficulté  de  signer 
ce  traité,  prévoyant  de  deux  choses  l'une,  ou  que  cette 
convention  seroit  exécutée,  et  qu'il  y  gagneroit  beaucoup; 
ou  que  si  le  pape  ne  pouvoit  pas  faire  résoudre  les  évêques 
d'Allemagne  à  quitter  ces  grands  biens  (comme  il  ne  le 
put  effectivement)  il  rentreroit  dans  ses  droits  touchant 
les  investitures. 

p- 65°  'Pour  venir  à  la  lettre  de  Pascal  à  l'empereur  Henri  V, 

ce  pape  remarque  d'abord  que  les  canons  défendent  aux 
ecclésiastiques  de  se  mêler  des  affaires  temporelles,  et  d'al- 
ler à  la  cour,  si  ce  n'est  pour  des  œuvres  de  charité  ;  puis 
il  se  plaint  que  dans  l'Allemagne,  les  évêques  et  les  abbés 
sont  tellement  occupés  des  choses  qui  leur  sont  défendues, 
et  sont  si  souvent  à  la  cour,  que  les  ministres  de  l'autel 
sont  devenus  des  ministres  de  l'empire  :  Ministri  vero  al- 
taris,  ministri  curiœ  facti  surit,-  parce  qu'ils  ont  reçu  des 


PAPE.  239         XII  SIECLE. 


rois,  des  villes,  des  duchés,  des  marquisats,  des  droits  de 
monnoies  et  autres  choses  qui  les  engagent  au  service 
des  princes.  De-là  est  venu  dans  l'église  la  coutume  de  re- 
cevoir par  la  main  des  rois,  l'investiture  qui  a  été  condam- 
née dans  plusieurs  conciles  par  les  papes  Grégoire  VII  et 
Urbain  II.  Pascal  marchant  sur  leurs  traces,  déclare  qu'il  a 
confirmé  dans  un  concile ,  ce  qu'avoient  fait  ses  prédéces- 
seurs, et  qu'en  conséquence  il  a  ordonné  qu'on  rendît  à 
l'empereur  tout  ce  qui  appartenoit  à  l'empire  du  temps  des 
empereurs  Charles,  Louis,  Otton  et  autres  princes  prédé- 
cesseurs d'Henri.  Il  défend  sous  peine  d'anathême,  qu'au- 
cun évêque  ni  abbé  ne  s'empare  de  ces  sortes  de  biens, 
qui  consistent  en  villes,  duchés,  comtés,  marquisats,  droit 
de  monnoie,  etc.  Il  veut  que  les  églises,  avec  leurs  obla- 
tions  et  leurs  héritages  soient  libres,  conformément  à  la 
promesse  que  l'empereur  a  voit  faite  le  jour  de  son  couron- 
nement. 

'  La  vingt-troisième  est  adressée  aux  cardinaux  qui  s'étoient  ibid.  p.  65i. 
assemblés  à. Rome  pour  casser  le  décret  que  Pascal  avoit  fait 
en  faveur  de  l'empereur  Henri  V ,  par  lequel  il  lui  accor- 
doit  les  investitures.  '  Pascal  casse  lui-même  par  la  lettre  sui-  ib. 
vante  à  Gui  archevêque  de  Vienne,  son  décret  en  faveur 
des  investitures.  '  Il  marque  dans  la  vingt-cinquième,  au  ib.  p.  esa. 
clergé  d'Ausbourg,  que  l'évêque  de  celte  ville  s'étoit  pré- 
senté devant  lui  cinq  ans  auparavant,  et  qu'il  l'avoit  inter- 
dit de  ses  fonctions,  sur  les  plaintes  faites  contre  lui;  il 
ajoute  que  ce  prélat  n'ayant  point  comparu  depuis ,  pour 
se  purger,  il  ne  se  souvient  pas  d'avoir  levé  l'interdit.  '  Pas-  ib.  p.  653. 
cal  charge  par  sa  vingt-sixième  lettre,  l'archevêque  de 
Mayence  nommé  Arnoul,  d'examiner  et  de  décider  l'affaire 
de  l'évêque  d'Ausbourg  accusé  de  choses  horribles  et  infâ- 
mes. Ce  pape  changea  apparemment  d'avis,  puisque  par  la 
lettre  vingt-septième  adressée  aux  chanoines  d'Ausbourg, 
il  renvoya  l'affaire  d'Heriman  leur  évêque,  à  Gui  évêque 
de  Coire.  On  voit  par  cette  lettre,  qu'il  y  avoit  d'abord  eu 
autrefois  trois  chefs  d'accusation  contre  l'évêque  d'Aus- 
bourg ,  sçavoir  sur  son  entrée  dans  l'épiscopat ,  sur  sa  con- 
duite, et  sur  la  dissipation  des  biens  de  son  église.  Sur  ces 
premières  accusations,  Pascal  l'interdit,  et  fixa  un  temps, 
auquel  le  prélat  et  ses  accusateurs  dévoient  se  présenter  de- 


XII  SIECLE. 


240  PASCAL  II, 


vant  lui.  Le  pape  ayant  entendu  former  de  nouvelles  accu- 
sations contre  Herinian ,  se  rappella  les  anciennes,  et  il 
écrivit  la  lettre  dont  il  s'agit  ici,  par  laquelle  il  permet  à 
l'évêque  de  Coire ,  de  rétablir  Heriman  dans  ses  fonctions, 
s'il  peut  se  purger  des  crimes  dont  on  l'accuse, 
ib.  p.  653,  634.  'Les  lettres  vingt-huitième  et  vingt-neuvième  adressées, 
l'une  à  Bernard  patriarche  d'Antioche,  et  l'autre  à  Baudouin 
roi  de  Jérusalem,  sont  écrites  sur  le  môme  sujet  que  la 
vingtième.  Pascal  y  déclare  de  nouveau  qu'il  n'a  point  pré- 
tendu donner  atteinte  aux  droits  de  l'église  d'Antioche,  par 
le  privilège  qu'il  avoit  accordé  à  celle  de  Jérusalem.  Il  or- 
donne aux  clercs  de  Jérusalem  de  se  contenter  des  préroga- 
tives de  leur  église,  et  de  ne  point  usurper  ce  qui  appartient 
à  celle  d'Antioche. 
u».  p.  655.  'Dans  la  trentième  adressée   à   Henri   roi   d'Angleterre,  et 

aux  évêques  de  son  royaume,  Pascal  témoigne  qu'il  ne  veut 
déroger  en  rien  aux  droits  de  l'église  de  Cantorberi.  Il  veut 
que  cette  église  conserve  dans  leur  intégrité  les  préroga- 
tives que  saint  Grégoire  le  Grand  lui  a  accordées  par  le 
ministère  de  saint  Augustin,  et  donl  Anselme  de  sainte  mé- 
moire a  joui. 

Après  avoir  exhorté  dans  la  trente-unième  lettre  Henri  I 
roi  d'Angleterre,  à  maintenir  dans  son  royaume  l'honneur 
de  Dieu  et  des  églises,  il  se  plaint  de  ce  qu'on  a  chassé  de 
son  siège,  sans  aucune  formalité  de  justice  Turstin,  qui  avoit 
été  élu  archevêque  d'York.  Son  intention  n'est  point  de 
donner  atteinte  aux  droits  cl':  i  i  ië  des  deux  églises  de 
Cantorberi  et  d'York;  mais  il  veut  (pie  l'on  observe  ce  qui 
a  été  établi  par  saint  Grégoire  l'apôtre  d'Angleterre. 
Ib  Par  la  trente-deuxième  adres        à   Ponce  abbé  de  Clum, 

il  ordonne  que  l'on  observe  dans  la  distribution  de  l'eucha- 
ristie ce  que  Jesus-Christ  notre  maître  a  enseigné  et  prati- 
qué.  et  que  l'on  donne  séparément  les  espèces  du  corps 
et  du  sang.  Il  veut  que  l'on  suiv^  toujours  cet  us:u;e,  ex- 
cepté à  l'égard  des  enfans  et  des  infirmes. 

'Il    marque   dans  la   trente-troisième,   à  Daïmbert   arche- 
vêque de  Sens,  qu'il  a  consacré  l'évêque  de  Paris,  sans  pré- 
judice des  droits  de  l'église  de  Sens,  salvo    in  omnibus  Sé- 
nonensis  ecclesiœ  jure. 
h»-657-  'Il  confirme    dans    la   trente-quatrième  ce   qui   avoit   été 

•    la, 


u. 


PAPE.  24^ 


XII  SIECLE. 


fait  par  son  prédécesseur,  en  faveur  de  la  ville  d'Arras, 
dans  laquelle  Urbain  II  avoit  rétabli  le  siège  épiscopal  qu'elle 
avoit  eu  autrefois.  11  veut  que  Lambert  placé  sur  ce  nou- 
veau siège  par  Urbain  ,  jouisse  de  tout  ce  qui  avoit  été  donné 
à  cette  église  par  saint  Rend,  et  de  tous  les  droits  et  pri- 
vilèges dont  l'église  d'Arras  jouissoit  autrefois,  lorsqu'elle 
avoit  un  évêque.  Il  lui  donne  deux  archidiaconés  qu'il  dé- 
membra de  l'église  de  Cambrai ,  et  ordonne  de  plus  que 
celle  d'Arras  jouïroit  de  tout  ce  qu'elle  possédoit  autrefois. 
Cette  lettre  adressée  à  Lambert  évêque  d'Arras ,  est  du  mois 
d'avril  de  l'an  -MOI. 

'  Pascal  ayant  appris  par  les  lettres  de  quelques  évoques  ib.  658. 
de  France ,  que  le  roi  Philippe  avoit  résolu  de  quitter  Ber- 
trade ,  au  sujet  de  laquelle  il  l'avoit  si  souvent  averti ,  et 
même  excommunié,  il  écrivit  aux  archevêques  et  évoques 
des  provinces  de  Reims,  de  Sens  et  de  Tours,  leur  mar- 
quant qu'il  les  avoit  commis  avec  Lambert  évêque  d'Arras, 
pour  absoudre  ce  prince  et  sa  concubine ,  en  cas  qu'ils  vou- 
lussent se  séparer  sincèrement,  et  promettre  de  n'avoir  plus 
aucune  liaison.  Cette  lettre  est  la  trente-cinquième;  '  elle  est  ib. 
suivie  du  serment  que  Philippe  et  Bertrade  prêtèrent  l'an 
M  04 ,  entre  les  mains  de  Lambert  d'Arras  qui  fit  la  fonc- 
tion de  légat,  et  de  plusieurs  évêques. 

'  Il  exhorte  dans  la  trente-sixième,  Daïmbert  archevêque  ib.  659. 
de  Sens ,  à  se  préparer  à  la  mort ,  et  le  charge  de  termi- 
ner un  différend  entre  l'abbé  de  Vezelay  et  celui  de  Fleuri, 
Floriacensem ,  et  non  de  Flavigny.  Car  nous  ne  voulons 
point,  dit  le  pape,  que  les  privilèges  que  nous  accordons, 
portent  préjudice  à  aucune  église  :  Non  enim  volinnas,  pri- 
vilegiomm   obtentu,    ecclesia    quœlibet   prajadieium  patiatur. 

'  La   trente-septième    adressée   aux  archevêques ,   évêques ,  r.  ggo. 
abbés,  princes,  etc.  ,  est  proprement  la  formule  par  laquelle 
Pascal  fait  Gérard  d'Angoulême  son  légal  dans  les  provinces 
de   Bourges,  de  Bordeaux,  d'Auch ,   de   Tours  et    de  Bre- 
tagne. 

'  11  confirme  dans  la   trente-huitième  datée  de  l'an  -H  00,  ib. 
l'élection    lie     Norgaud    évêque    d'Autun.  Il    défend     dans 
cette   lettre  de  rien  exiger  pour   le   lieu  de  sa  sépulture  : 
Statuimus  quoque  ut  pro   sepulturce  quidem   loco    et  spatio, 
nullum  penitus  ab  aliquo  pretium  exigatur;  mais  il  approuve 

1  s     Tome  X.  H  h 


III  SIECLE. 


242  PASCAL  II, 


que  les  mourans,  pour  la  rémission  de  leurs  péchés,  fassent 
quelqu'aumône    à   l'église ,  où   ils  ont  reçu  les  sacremens. 

662.  '  La  trente-neuvième  est  adressée  à  Etienne  évêque  d'Au- 

tun,  qui  l'avoit  prié  de  confirmer  toutes  les  possessions  de 
son  église  ;  ce  que  le  pape  lui  accorde. 

C63.  '  Dans    la    quarantième,    il    témoigne  à  saint    Anselme  la 

part  qu'il  prend  à  son  retour  en  Angleterre;  il  lui  recom- 
mande de  travailler  premièrement  à  corriger  et  à  réformer 
les  églises  d'Angleterre,  selon  les  décrets  de  l'église  Ro- 
ui.une;  ensuite  à  lui  procurer  la  bienveillance  du  Roi  et 
le  payement  du  denier  de  saint  Pierre.  Vous  n'ignorez  pas, 
dit-il,  le  besoin  extrême  où  nous  sommes.  Comme  l'église 
Romaine  travaille  pour  toutes  les  autres,  et  non  pour  elle 
seule,  quiconque  lui  fait  tort,  se  rend  sacrilège  envers  toutes 
les  églises. 

il.  '  Dans  la  quarante-unième  à  saint  Anselme,    il    remercie 

Dieu  du  courage  qu'il  lui  a  donné,  n'ayant  point  cessé  d'an- 
noncer la  vérité,  même  dans  les  plus  grands  dangers,  au 
milieu  des  barbares,  et  exposé  à  la  violence  des  tyrans.  Il 
l'exhorte  à  continuer,  en  agissant  et  parlant  toujours  avec 
la  même  fermeté  et  la  même  liberté. 

664,  665,  666.  '  La  quarante-deuxième   est   une    réponse   à   plusieurs  ar- 

ticles, sur  lesquels  saint  Anselme  l'avoit  consulté.  Il  y 
décide  entr'autres  choses,  qu'un  évêque  qui  est  consa- 
cré, ne  peut  point  recevoir  de  la  main  des  laïcs,  des  biens 
ecclésiastiques  qui  sont  dans  un  autre  évêché;  mais  qu'il 
peut  recevoir  ceux  qui  sont  dans  son  propre  évêché,  parce 
qu'alors  ce  n'est  qu'une  restitution  qu'on  lui  fait.  Les  abbés 
ne  doivent  en  recevoir  que  par  le  canal  des  évêques. 

2°.  Il  vaut  mieux  recevoir  le  corps  de  notre  Seigneur 
de  la  main  d'un  prêtre,  quel  qu'il  soit,  que  de  s'exposer  à 
mourir  sans  le  recevoir,  en  attendant  un  digne  ministre. 
Pascal  ajoute  que  si  quelques  prêtres  refusoient  d'administrer 
le  viatique  à  des  montions,  parce  qu'ils  auroient  méprisé 
leurs  messes,  à  cause  de  leur  mauvaise  vie,  ils  doivent 
être  punis  comme  des  massacreurs  d'ames.   (\) 

tn.  La   quarante-quatrième  est    une  réponse  à  celle  que  lui 

avoit  écrit   saint  Anselme,    pour   le  prier  de   ne   point    ac- 

11  Si  quia  rero  presbylerorum,  pro  viUe  suie  conlemtu  prœlerxto  ,  in  illo  ex- 
tremitali*  articula  posilis  vialicum  dentgârxnt ,  tanquam  onimarum  homicidce 
dtftrictius  puniantur. 


PAPE.  2^5         III  SIECLE. 


corder  le  pallium  à  Thomas  archevêque  d'York,  avant  qu'il 
fût  consacré,  et  qu'il  lui  eût  rendu  l'obéissance  qu'il  lui 
devoit  en  qualité  d'archevêque  de  Cantorberi.  Pascal  lui 
marque  qu'il  considère  trop  saint  Augustin  l'apôtre  des  An- 
glois,  pour  faire  quelque  chose  qui  puisse  préjudicier  à  la 
dignité  de  son  siège.  Quant  à  ce  que  saint  Anselme  lui  avoit 
mandé  qu'on  étoit  scandalisé  en  Angleterre,  qu'il  tolérât 
les  investitures  en  Allemagne,  Pascal  répond  qu  il  ne  les 
a  point  tolérées .  et  qu'il  ne  les  tolérera  point  ;  et  que 
si  le  roi  marche  sur  les  traces  d<  son  père,  il  éprouvera  le 
glaive  de  saint  Pierre,  qu'il  a  déjà  commencé  de  tirer. 

Dans  la  quarante-cinquième  à  saint  Anselme,  il  lui 
accorde  tout  ce  qu'il  avoit  demandé,  et  confirme  les  pré- 
rogatives de  l'église  de  Cantorberi. 

'  Il    déclare    dans  la   quarante-sixième   au    clergé    de   Te-  ib. 
rouane,  que  les  clercs  concubinaires  qui  ne  vouloient  point 
quitter   leurs   femmes,   doivent    être   exclus  de  leurs   fonc- 
tions et  privés  de  leurs  bénéfices, 

'Dans    la    quarante-septième    adressée    à    Madelme .    abbé  668. 
de    sainte   Sophie  près  de  Bénévent,   il  confirme   toutes  les 
possessions  de  ce  monastère,  dont  il  fait  l'énumération. 

Dans  la  quarante-huitième,  à  Richard  archevêque  de  66». 
Narbonne,  il  confirme  les  droits  et  biens  de  cette  église, 
et  menace  de  grandes  peines,  même  de  la  damnation  éter- 
nelle, quiconque  osera  troubler  l'église  de  Narbonne,  en- 
lever ses  biens  ou  les  retenir.  Richard  à  qui  cette  lettre 
est  adressée,  s'étant  plaint  de  ce  que  les  abbés  de  saint 
Pons  et  d'Aleth  communiquoient  avec  des  personnes  qu'il 
avoit  excommuniées,  le  pape  leur  défendit  par  une  lettre 
qui  est  la  quarante-neuvième,  de  tenir  une  conduite  con- 
traire aux  canons,  et  spécialement  aux  décisions  du  con- 
cile qu'il  avoit  tenu  à  Troyes. 

La  cinquantième  est  adressée  à  Rothard  archevêque  de  67i. 
Mayence.  Pascal  s'y  plaint  de  ce  que  les  princes  ayant 
voulu  se  rendre  maîtres  de  ce  qui  ne  leur  appartenoit  pas, 
ils  ont  fait  perdre  à  l'église  sa  liberté.  Il  fait  remonter  la 
source  de  ce  désordre  jusqu'à  Simon  le  Magicien.  Le  com- 
mencement d'un  nouveau  régne  est  pour  lui  un  nouveau 
motif  de  redoubler  ses  soins,  pour  arrêter  ce  désordre.  Il 
est  néanmoins   disposé  à  accorder  aux  princes  tout  ce  qui 

H  h  ij 


XII  SIECLE. 


244  PASCAL  II, 

leur  est  dû,  et  à  conserver  tous  leurs  droits  dans  leur  inté- 
grité, pourvu  qu'ils  laissent  jouir  l'église  de  toute  la  liberté 
que  Jésus-Christ  lui  a  acquise  par  son  sang.  11  s'élève  contre 
les  investitures  que  les  laïcs  donnoient  par  le  bâton  pasto- 
ral et  l'anneau  :  Quid  enim  ad  militem  bacuïus  episcopalis? 
Quid  annulus  sacerdotalis?  (i)  Que  les  princes  ayent  dans 
l'église  le  premier  rang  ;  qu'ils  en  soient  les  défenseurs,  qu'ils 
en  tirent  des  subsides.  Que  les  rois  ayent  ce  qui  appartient 
aux  rois;  et  les  prêtres,  ce  qui  appartient  aux  prêtres;  et 
qu'ainsi  tous  vivent  en  paix.  Pascal  renouvelle  dans  sa  let- 
tre le  décret  du  concile  de  Plaisance  tenu  sous  Urbain  II, 
contre  les  clercs  ordonnés  dans  le  schisme.  A  l'égard  de  ceux 
qui  étant  excommuniés  et  dans  le  schisme,  se  sont  fait  ordon- 
ner évêques,  il  renvoyé  à  un  concile,  pour  juger  de  quelle 
manière  ils  doivent  être  traités. 

672.  'Dans  la   cinquante-unième  à   Artaud    abbé    de    Yezelay, 

673.  il  accorde  plusieurs  privilèges  à  ce  monastère.  Par  la  cin- 
quante-deuxième, il  levé  l'interdit  ou  la  défense  que  l'é- 
vêque  d'Autun  et  ses  archidiacres  ou  archiprêtres  avoient 
faite ,  de  visiter  par  dévotion  le  monastère  de  Vezelay , 
d'entrer  dans  l'église,  d'y  porter  des  offrandes. 

674.  'Dans  la  cinr)uantc-troisieme,  à  Robert  abbé  de  Veze- 
lay, il  lui  déclare  qu'il  le  prend  sous  la  protection  du  s.  siège. 

675.  '  Dans  la  cinquante-quatrième  adressée  à  Guillaume 
comte  de  Nevers,  il  lui  recommande  de  protéger  les  égli- 
ses, et  en  particulier  le  monastère  de  Vezelay,  contre  les 
violences  de  ceux  qui  le  veulent  opprimer. 

ib.  'La   cinquante-cinquième  est  encore    écrite  en   faveur  du 

monastère  de  Vezelay,  à  Daïmbcrt  archevêque  de  Sens,  et 
à  plusieurs  autres  évêques.  La  cinquante-sixième  est  adressée 
aux  évêques  de  France  contre  les  meurtriers  de  l'abbé  de 
Vezelay. 

676.  '  Par  la  cinquante-septième ,  à  Raoul  archevêque  de 
Reims,  il  confirme  les  privilèges  accordés  par  son  prédé- 
cesseur à  l'évêque  d'Arras  ;  et  il  déclare  que  jamais  il  ne 
souffrira  qu'il  soit  soumis  à  l'église  de  Cambrai.  La  cin- 
quante-huitième au  clergé  et  au  peuple  d'Arras,  est  écrite 
sur  le  même  sujet. 

(1)  IJabeant  in  ecclesia  primatum  suutn.  ut  sint  ecclesice  defensores,  et 
tcclesiœ  subsidiis  perfruanlur.  TInbeant  reges,  quod  regum  est;  quod  sa- 
cerdotum  est,  habeant  sacerdoles. 


PAPE.  243      iasnsclB. 


Dans  la  cinquante-neuvième,  il  marque  à  Lambert  évê- 
que  d'Arras,  qu'il  a  nommé'  des  arbitres  pour  régler  le 
différend  qui  étoit  entre  les  chanoines  d'Arras  et  les  moines 
de  l'abbaye  de  saint  Vast.  La  lettre  suivante,  soixantième,  est 
adressée  aux  arbitres  qui  étoient  au  nombre  de  douze. 

'Dans  la   soixante-deuxième    adressée  ^  Etienne   abbé   de  «77. 
Beze,   Pascal  confirme  les  biens  de  cette  abbaye,   dont  il 
fait  le  détail. 

'Par   la   soixante-troisième,   il  prend    sous   sa    protection  679. 
l'abbaye  de  saint  Maixant.  Elle  est  adressée  à  Geofroi  qui 
en  étoit  abbé. 

Dans  la  soixante-quatrième,  à  Galon  évêque  de  Paris,  et  8S° 
au  chapitre,  il  confirme  ce  qui  avoit  déjà  été  réglé  par  le 
roi  (Louis  le  Gros),  que  les  serviteurs  de  cette  église  scroient , 
dorénavant  recevables  à  rendre  témoignage  contre  des  per- 
sonnes libres  dans  les  affaires  civiles.  Us  en  étoient  aupa- 
ravant incapables,  étant  regardés  comme  serfs,  ce  qui  fai- 
soit  beaucoup  de  tort  à  l'église  de  Paris. 

Les  deux  suivantes  sont   adressées  à  Bernard   de  Tolède 
primat   d'Espagne.  '  La   soixante-cinquième   regarde   l'élec-  &si. 
lion  de  l'évêque  de  Burgos.   Par  la  soixante-sixième,  il  lui 
soumet  l'église  de  Ségovie  dans  la  vieille  Castille,  à  moins 
que  cetie  ville  ne  veuille  avoir  un  évêque  particulier. 

'  La  soixante-septième  adressée  aux  archevêques  et  évêques  n»d. 
de  France,  est  très-hbnorable  aux  religieux  de  Cluni  ;  il 
prie  les  prélats  de  ne  point  s'opposer  aux  privilèges  accor- 
dés par  les  papes  à  cette  abbaye  ;  il  leur  défend  même  de 
le  faire,  sous  peine  d'encourir  l'indignation  du  saint  siège. 
Il  les  exhorte  à  imiter  leurs  prédécesseurs,  qui  ont  respecté 
cette  vénérable  congrégation;  et  de  concourir  avec  eux, 
au  salut  de  plusieurs  pécheurs  que  Dieu  opère  par  leur  mi- 
nistère. 

'La  soixante-huitième   adressée  à  Hugues  abbé  de  Cluni,  m*-. 
ne  fait  pas  moins  d'honneur  que  la  précédente  à  cette  cé- 
lèbre abbaye.  Il  confirme  tous  les  privilèges  qui  lui  avoient 
été  accordés  par  ses  prédécesseurs,   spécialement  par  Gré- 
goire VII  et  Urbain  II,  et  en  accorde  de  nouveaux. 

'Les  trois  lettres  suivantes  69,  70,  1\  ,  sont  adressées  «83,684,68». 
au  même  Hugues,  en  faveur  de  l'abbaye  de  Cluni. 

'  Part*    la    6ôixante-douzieme ,   à   Pons    abbé   de    Cluni,    il  m. 
1  s  * 


III  SIECLE. 


246  PASCAL  II, 


confirme  les  privilèges  de  Cluni.  La  soixante-treizième 
adressée  au  même  abbé,  est  encore  une  confirmation  des 
privilèges  de  cette  abbaye,  et  de  ses  nouvelles  acquisitions. 
Par  la  soixante-quatorzième   il   accorde  à  Pons   l'usage  des 

687.  ornemens  pontificaux  dans  la  célébration  de  la  messe.  Dans 

la  soixante-quinzième,  il  reprend  cet  abbé,  de  ce  qu'il 
avoit  fait  consacrer  le  saint  crème  dans  l'abbaye  de  Cluni , 
au  préjudice  des  droits  de  l'évèque  de  Mâcon,  qui  lui  en 
avoit  porté  des  plaintes.  Il  l'exhorte  à  ne  rien  faire  de  sem- 
blable dans  la  suite,  et  à  ménager  ce  prélat  qui  mérite  leur 
attachement  par  celui  qu'il  a  lui-même  pour  les  religieux 
de  Cluni. 

«8«.  'La  soixante-seizième  est  une  réponse  à  Otton,  que  l'em- 

pereur avoit  nommé  évêque  de  Bamberg.  Otton  avoit  déjà 
refusé  deux  fois  l'épiscopat.  Enfin  étant  nommé  pour  la  troi- 
sième fois,  il  en  informa  Pascal,  en  lui  marquant  qu'il  re- 
nonceroit  à  son  évêché,  s'il  ne  lui  donnoit  lui-même  l'in- 
vestiture et  la  consécration.  Le  pape  fut  très-satisfait  de 
ces  dispositions,  et  lui  marqua  de  le  venir  trouver  au  plu- 
tôt, en  l'assurant  de  sa  bienveillance. 

689.  '  Dans  la  soixante-dix-septieme  adressée  au  clergé  de  Pa- 
ris, il  fait  l'éloge  de  Galon  leur  évêque,  et  le  leur  re- 
commande. Il  les  exhorte  à  le  recevoir  avec  charité,  à  le 
respecter  et  à  lui  obéir.  Galon  fut  lui-même  porteur  de 
cette  lettre,  par  laquelle  le  pape  lui  donne  tout  pouvoir 
pour  recouvrer  les  biens  de  l'église  de  Paris,  et  même 
d'excommunier  ceux  qui  les  retiendroient ,  de  quelque 
diocèse  qu'ils  fussent.  Il  le  charge  de  travailler  à  la  ré- 
forme du  monastère  de  saint  Eloy ,  dont  les  religieuses 
étoient  fort  dérangées,  laissant  à  sa  discrétion  le  choix  des 
moyens  qu'il  jugeroit  à  propos  d'employer.  L'éditeur  re- 
connoît  dans  une  note  qui  est  au  bas  de  cette  lettre,  qu'elle 
auroit  dû  être  placée  avant  la  soixante-quatrième  adressée 
à  Galon  lui-même  :  c'est  le  rang  dans  lequel  il  l'auroit  mise, 
si  elle  lui  étoit  tombée  plutôt  entre  les  mains. 

690.  La  soixante-dix-huitieme  est  adressée  à  Gui  archevêque 
de  Vienne,  à  qui  il  confirme  les  droits  et  privilèges  de 
métropolitain,  marquant  en  détail  toutes  les  églises  sur  les- 
quelles sa  juridiction  doit  s'étendre. 

«si-  'Par   la    soixante-dix-neuvieme,    il   charge   Gui    archevê- 


PAPE.  247 


III  SIECLE. 


que  de  Vienne,  son  légat,  de  terminer  le  différend  qui 
duroit  depuis  longtemps  entre  les  chanoines  de  saint  Jean 
et  de  saint  Etienne  de  Besançon.  Le  sujet  de  la  contestation 
étoit  le  droit  de  métropole,  que  les  uns  et  les  autres  s'at- 
tribuoient.  '  La  quatre-vingtième  est  adressée  au  même,pré-  ibid. 
lat,  et  écrite  pour  le  même  sujet.  Sans  entrer  dans  le  détail 
de  ce  différend,  nous  nous  contenterons  de  dire  qu'il  sub- 
sista encore  plus  d'un  siècle ,  malgré  le  jugement  rendu  l'an 
M45,  au  concile  de  Tournus,  en  faveur  des  chanoines 
de  saint  Jean,  confirmé  depuis  par  Calixte  II,  et  que  la  con- 
testation ne  put  être  terminée  que  par  la  réunion  des  deux 
églises,  que  le  cardinal  Hugues  unit  par  un  traité  conclu 
entr'elles  vers  le  milieu  du  siècle  suivant. 

Dans  la  quatrevingt-unieme  adressée  encore  à  Gui ,  il 
confirme  ce  qui  avoit  été  fait  au  concile  de  Vienne  touchant 
les  investitures. 

Dans  la  quatrevingt-deuxieme,    à   Ives   de   Chartres,  et  ib.  p.  595. 
à  Ranulphe  de  Xaintes,  il   ordonne   qu'on   observe  le  décret 
du  concile  de  Clermont,    tenu  sous   Urbain   II,   concernant 
certaines  redevances  sur  les  autels  et  les  églises. 

'  Dans  la  quatrevingt-troisieme  il  accorde  les  investitures  p.  780. 
à  l'empereur  Henri  V. 

Par   la   quatrevingt-quatrieme   aux    Vélitriens,    il   casse  692. 
ce   qu'avoit    fait    l'antipape   Guibert,    à   leur    préjudice,  et 
confirme    les  limites   que   Grégoire    VII    avoit   accordées  à 
la  cité  de  Velitre. 

Dans  la  quatrevingt-cinquieme  à  Guillaume  évêque  693. 
de  Melphe,  il  supprime  l'évêché  établi  dans  le  bourg  de 
Lavelle,  et  confirme  les  possessions  et  les  droits  de  l'église 
de  Melphe.  La  raison  que  Pascal  allègue  de  la  suppression 
de  cet  évéché,  c'est  que  saint  Pierre  et  saint  Anaclet  ont 
défendu,  à  ce  qu'il  prétend,  d'établir  des  évéchés  dans  les 
campagnes,  les  bourgs  et  les  petites  villes;  car  il  seroit  très- 
préjudiciable  à  l'église,  ajoute— t'il ,  que  le  nom  et  la  dignité 
d'évêque  vinssent  à  s'avilir  par  le  grand  nombre  et  la  pau- 
vreté :  Magnum  enim  est  ecclesiœ  detrimentum,  cum  epis- 
coporum  nomen  et  dignitas  frequentiâ  inopiâque  vilescit. 
Nous  ne  voyons  cependant  pas  que  la  pauvreté  des  apô- 
tres, et  celle  des  évêques  des  temps  apostoliques,  ait  rien 
diminué  de  leur  mérite  aux  yeux  des  fidèles,  et  avili  leur 
dignité. 


XII  SIECLE. 


248  PASCAL  II, 


La   quatrevingt-sixieme    est  une    confirmation    des   droits 

69i.  et  privilèges  de  l'église   de  Pavie,   adressée  à   l'évêque   Gui 

qui  la  lui  avoit  demandée.  La  plus  grande  partie  des  let- 
tres qui  suivent,  ne  sont,  comme  plusieurs  de  celles  dont 
nous    avons    parlé,    que    des    comfirmations   de    privilèges. 

695etsuiv.  '  Telles   sont   les  lettres   87,    92,    93,    94,    95.    Il    or- 

096.  donne    dans    la   quatrevingt-neuvieme  '  aux  clercs  de  Flo- 

rence d'assister  les  jours  de  dimanches  et  de  fêtes  principales 

6y7.  à  l'office  de  la   grand 'messe.   '  Dans  la   quatrevingt-dixieme 

aux  clercs  et  au  peuple  de  Florence ,  il  déclare  leur  évêque 
innocent  du  crime  de  simonie,  dont  il  avoit  été  accusé 
par  l'archidiacre  et  quelques  autres;  et  il  prive  les  calom- 
niateurs de  leurs  bénéfices. 

703.  '  La   quatrevingt-seizieme  est  une    réponse  .  à  'Henri  I  roi 

d'Angleterre,  qui  lui  avoit  demandé  par  ses  ambassa- 
deurs le  droit  d'établir  les  évêques  et  les  abbés  par  l'in- 
vestiture, sur  quoi  le  pape  lui  dit  que  cela  est  contraire  à 
l'institution  divine;  que  les  princes  ne  sont  point  la  porte 
par  laquelle  les  ministres  doivent  entrer  dans  l'église:  que 
ceux  qui  entreroicnt  par  cette  porte,  ne  seroient  point  des 
pasteurs,  mais  des  voleurs;  que  la  religion  ne  lui  permet 
pas  d'accorder  ce  qu'il  lui  demande.  Il  lui  cite  ces  belles 
paroles  de  saint  Ambroise ,  que  l'empereur  ne  doit  pas  croire 
qu'il  ait  droit  sur  les  choses  divines;  que  les  palais  appar- 
tiennent à  l'empereur,  et  les  églises  au  prêtre;  qu'il  a  reçu 
le  pouvoir  sur  les  villes,  mais  qu'il  n'en  a  point  sur  les  choses 
sacrées  :  Ad  imperatorem  palatin  pertinent,  ad  sacerdotem 
ecclesiœ.  Publicorum  tibi  mœnium  jus  permission  est,  non  sa- 
crorum. 

703.  '  La    quatrevingt-dix-septieme      est     adressée     au     même 

prince,    et  regarde  la   même   matière. 

Dans  la  quatrevingt-dix-huiticme,  à  Osberne  évêque 
d'Excester,  et  aux  clercs  de  cette  église,  il  leur  ordonne 
de  ne  point  s'opposer,  comme  ils  faisoient,  à  ce  que  les 
religieux  de  saint  Martin  de  la  même  ville  eussent  un  cime- 
tière dans  leur  monastère,  pour  enterrer  leurs  morts. 

7og.  '  La  quatre-vingt-dix-neuvième  adressée  à  saint  Anselme, 

regarde  les  investitures  et  la  promotion  des  fils  de  prêtres 
aux  ordres.  Dans  la  centième  au  même  prélat,  il  lui  té- 
moigne la  part  qu'il  a  prise   à  toutes  ses  traverses,  et  lui 

marque 


PAPE.  249 


XII  SIECLE. 


marque   que   les   fauteurs   des   investitures  en  Angleterre, 
avoient  été  excommuniés  dans  le  concile  de  Latran. 

Dans   la  cent-unième,  il   mande  à  Guillaume   évêque    de 
Rouen,   qu'il  a  renvoyé    son    affaire  à  saint   Anselme,   et 
qu'il  approuve  tout  ce  qu'il  fera  en  sa  faveur;  à  condition 
y  toutefois  '  qu'il  éloignera  de  lui  ceux   qui  par   leurs  mau-  707. 
vais  conseils  lui  ont  fait  faire  beaucoup  de  fautes. 

'Dans  la  cent-deuxième  Pascal  permet  à  saint  Anselme,  nid. 
vu  la  multitude  de  fils  de  prêtres  qu'il  y  avoit  en  Angle- 
terre, d'élever  aux  ordres  ceux  qui  en  seroient  dignes  par 
leur  science  et  leurs  mœurs. 

'La  cent-troisième  est  une  réponse  à  celle  de  saint  An-  708. 
selme,  qui  lui  avoit  demandé  la  permission  de  faire  un  dé- 
membrement de  l'évêché  de  Lincoln,  pour  en  ériger  un 
nouveau  à  Eli,  à  quoi  Pascal  consent.  A  l'égard  du  mo- 
nastère que  l'on  eboisissoit  pour  être  le  siège  du  nouvel  évê- 
que, il  veut  que  l'on  observe  ce  qui  s'étoit  pratiqué  en  pa- 
reille occasion  en  Angleterre,  dans  les  monastères  où  l'on 
avoit  établi  des  évêchés.  '  Nous  remarquons  dans  cette  709. 
lettre,  que  le  pape  donne  au  roi  Henri  le  titre  de  roi  très- 
chrétien  :  Christianissimus  rex  Anglorum  Henricus. 

'  Pascal  répond  par  la  cent-qualrieme  au  roi ,  qui  s'étoit  u>. 
joint  à  saint  Anselme,  pour  lui  demander  l'érection  du  nou- 
vel évêcbé,   parce  que  celui  de  Lincoln   étoit   trop   vaste, 
pour  qu'un  seul  évêque  pût  suffire  à  le  gouverner.  Il  loue 
le  prince  de  sa  demande,  et  la  lui  accorde. 

'  Dans  la  cent  cinquième  au  même  prince ,  il  se  plaint  710. 
de  ce  qu'il  n'a  pas  pour  le  saint  siège  le  respect  qui  lui  est 
dû  ;  et  de  ce  que  l'entrée  de  ses  états  est  fermée  à  ses  lé- 
gats ;  en  sorte  qu'on  n'y  reçoit  ni  légats  ni  lettres  sans  sa 
permission  et  ses  ordres.  11  se  plaint  encore  de  ce  que  l'on 
ne  porte  aucune  affaire  d'Angleterre  à  Rome;  d'où  il  ar- 
rive qu'on  y  fait  beaucoup  de  choses  contre  les  régies.  Une 
telle  conduite  est  bien  éloignée  de  celle  des  anciens  rois 
d'Angleterre,  dont  quelques-uns  ont  porté  la  vénération 
et  l'attachement  pour  les  apôtres ,  jusqu'à  quitter  leur 
royaume  pour  aller  visiter  en  personne  leur  tombeau,  et 
même  finir  leurs  jours  à  Rome.  Pascal  marque  ensuite  au 
roi,  qu'il  lui  envoyé  Anselme  abbé  du  monastère  de  saint 
Saba,  pour  traiter  d'affaires,  et  corriger  ce  qui  mériteroit 

Tome  X.  I  i 


XII  SIECLE. 


250  PASCAL  II, 


de  l'être.  Il  consent  à  ce  que  le  roi  et  les  évêques  lui  avoient 
demandé  touchant  l'archevêque  de  Cantorberi ,  quoiqu'ils 
eussent  agi  contre  l'autorité  du  saint  siège.  Il  s'agissoit  de 
la  translation  de  Radulphe  évêque  de  Rochester  sur  le  siège 
de  Cantorberi.  Enfin  Pascal  se  plaint  de  ce  que  le  denier 
de  saint  Pierre  avoit  été  levé  avec  tant  de  négligence  et 
de  mauvaise  foi,  que  l'église  Romaine  n'avoit  pas  reçu  la 
moitié  de  ce  qui   lui  étoit  dû. 

7ii.  '  La  lettre  cent  sixième  est  adressée  à  l'église  de  Cantor- 

beri ,  qui  lui  avoit  envoyé  des  députés  pour  l'informer  de 
la  translation  de  Radulphe,  de  l'église  de  Rochester  à  celle 
de  Cantorberi. 

712.  '  Dans   la  cent  septième  au  roi   Henri,  il  se  plaint  de  ce 

que  l'on  fait  beaucoup  de  choses  en  Angleterre,  sans  con- 
sulter le  saint  siège  ;  en  particulier  de  ce  qu'on  y  décide 
les  causes  des  évêques,  et  qu'on  ôte  aux  opprimés  la  li- 
berté de  recourir  au  souverain  pontife  par  la  voie  de  l'ap- 
pel ;  quoique  ce  soit  à  lui,  et  non  à  d'autres,  qu'appartient 
le  jugement  des  affaires  des  évêques,  et  des  causes  ma- 
jeures. Il  cite,  pour  le  prouver,  les  paroles  des  papes  Vic- 
tor et  Zephirin,  tirées  des  fausses  décrétales  d'Isidore  Mer- 
cator. 

conct.io.p. 6-22-  'En  rendant  compte  des  lettres  de  Pascal,  nous  avons 
suivi  l'ordre  dans  lequel  elles  sont  rangées  dans  le  dixième 
volume  de  l'édition  des  conciles,  qui  n'est  ni  l'ordre  chro- 
nologique, ni  celui  des  matières.  La  crainte  de  nous  en- 
gager dans  une  trop  grande  discussion,  nous  a  empêché 
de  changer  cet  ordre  dont  le  changement  causeroit  d'ail- 
leurs de  l'embarras  au  lecteur.  Nous  laissons  ce  travail  à 
ceux  qui  voudront  entreprendre  une  nouvelle  édition  de 
ces  lettres,  qui  ne  seroit  point  inutile.  On  pourroit  y  en 
ajouter    plusieurs    qui    ont    échapé   aux  dernières   éditions. 

cod.  Mois,  apud  'Telles  sont   celles    qu'il  écrivit  aux   religieux    de  Cluni,   et 

Mab.  ann.  lib.  69.    ,    ,.„.,  .  n       ,  .    ,„T  ,    .     °  ,, 

n.  io8.  a  dilierens  princes,  sur  la  mort  d  Urbain  II,  et  sur  son  élec- 

tion ;  la  lettre  à  Ansel  évêque  de  Beauvais ,  rapportée  par 
Souchet  dans  ses  notes  sur  la  deux  cent  quatrevingt-unieme 

iv.  p  256.  lettre  '  d'Ives  de  Chartres  :  telles  sont  deux  lettres  et  deux 

bulles  publiées  par  D.  Martene  dans  le  premier  volume 
de  son  thrésor  d'anecdotes,  pages  336,  337,  338;  les  let- 
tres  du   même   pape   données   au   public    par   M.    Baluze, 


PAPE.  251       XIISIECLE_ 


dans  le  septième  tome  de  ses  mélanges,  \°.  à  l'abbé  et  aux 
moines  du  Bec;  2°  à  Robert,  évêque  de  Conventri  ;  3°. 
aux  moines  de  saint  Gilles  ;  4°.  à  Guillaume  arcbevêque  de 
Rouen.  Pour  ce  qui  est  de  la  cinquième  à  saint  Anselme, 
ML  Baluze  pouvoit  se  dispenser  de  l'imprimer  dans  son  re- 
cueil, puisqu'elle  se  trouve  dans  l'édition  des  conciles,  p. 
624;  enfin  plusieurs  autres  lettres  et  bulles  du  même  pape, 
indiquées  dans  le  cinquième  et  sixième  volumes  des  annales 
de  Tordre  de  saint  Benoit;  où  l'on  trouve  un  grand  détail  des 
actions  de  ce  pape.  Nous  n'avons  point  indiqué  les  différentes 
éditions  des  lettres  de  Pascal,  parce  que  les  éditeurs  citent 
les  sources  d'où  ils  les  ont  tirées,  qui  sont  la  collection 
des  conciles  de  Binius,  le  spicilége  de  D.  Dacbery,  l'his- 
toire des  nouvelles  d'Edmere,  Yltalia  sacra,  etc. 

Ces  éditeurs  ont  ajouté  à  la  suite  des  lettres  de  Pascal  p.  713. 
plusieurs  fragmens  de  décrets  et  d'autres  lettres,  cités  sous 
son  nom  dans  Gratien.  'Quelques-uns  de  ces  fragmens  re- 
gardent la  grande  affaire  dont  ce  pape  fut  occupé  pendant 
tout  son  pontificat,  c'est-à-dire,  les  investitures  :  d'autres, 
les  dixmes  que  le  pape  ne  veut  point  qu'on  exige  des  moines 
et  des  chanoines,  qui  travailloient  de  leurs  mains  pour 
subsister.  On  y  trouve  des  défenses  faites  aux  moines  de 
s'arroger  les  droits  appartenans  aux  évêques.  Enfin  il  y  en 
a  sur  les  mariages,   et  sur  des  sujets  particuliers. 


LAMBERT, 

ABBÉ    DE    POUTIERES, 

ET  AUTRES  ECRIVAINS. 

Lambert    eut    le    bonheur    d'être    le   disciple   de    saint  Mab.  ann.  t.  5, 1. 
Bruno  instituteur   des   Chartreux ,  comme   il   le  témoi-  70,  n'  **' 
gne  lui-même.  C'est  tout  ce  que  nous  sçavons  de  ses  pre- 
mières   années    et    de    son    éducation.    Il    embrassa    l'état 
monastique  et  fut  abbé  de  Poutieres,  abbaye  de  l'ordre  de 
saint  Benoît  dans  le  diocèse  de  Langres.  '  Il  assista  en  cette  Mab.  ib.  n.  75.  1 
qualité  au  concile  tenu  à  Troyes  l'an  44  04.  La  chronique  4,%'.  735?  ' "°V'  " 
de  Beze  nous  apprend  qu'il  étoit  à  la  suite  de  Pascal  II , 

I  i  ij 


ni  siècle.      232         LAMBERT,  ABBÉ  DE  POUTIERES, 


lorsqu'il  visita  ce  monastère  en  W07.  Nous  ignorons  l'année 
Mab.  ann.  t  o.i.  de  la  mort  de  Lambert;  '  mais  il  est  certain  qu'il  vivoit  en- 
73>  "• fll-  core  en  l'année  -1^8,  puisqu'il  est  nommé  comme  témoin 

dans  une  charte   qu'Hugues,  comte   de   Champagne,  donna 
cette  année  en  faveur  des  religieux  de  Marmou tiers. 
D'Arannes,  bibi.      '  Nous    avons    une    lettre    de    Lambert    moine    de    Pou- 
cccies.  Turon.  p.  tjeres  ^   adressée  à  l'abbé  Alberic  et  aux  frères  qui  étoient 
avec   lui.   Cet    abbé  Alberic    est    indubitablement   celui    qui 
quitta  l'abbaye  de  Molême  dont  il  étoit  prieur,  avec  quel- 
ques compagnons,  pour  se  retirer  dans  la  forêt  de  Cîteaux, 
Mab.  et  fut  fait  abbé  de  ce  célèbre  monastère  l'an  -1099.  '  Alberic 

et  ses  compagnons  avoient  consulté  Lambert  sur  la  pronon- 
ciation de  certains  mots;  ce  qui  fait  voir  qu'il  avoit  la  répu- 
tation d'homme  sçavant  et  habile  dans  les  belles  lettres. 
La  réponse  qu'il  fit  à  ces  pieux  solitaires,  suffit  dans  sa  briè- 
veté, pour  donner  une  idée  avantageuse  de  sa  capacité.  11 
paroît  que  Lambert  avoit  du  goût  et  de  l'érudition,  qu'il 
sçavoit  faire  usage  des  écrivains  de  la  bonne  latinité  qui 
n'étoient  point  effacés  de  sa  mémoire,  quoiqu'il  fût  fort 
avancé  en  âge  lorsqu'il  écrivit  cette  lettre.  D.  Mabillon 
l'a  fait  imprimer  dans  l'appendice  du  second  tome  de  ses 
annales,   page  744. 

A  cette  lettre  de  Lambert  on   peut  joindre   la    réponse 
,  qu'il  fit  à  la  lettre  circulaire,  par  laquelle  les  disciples  de 

saint  Bruno  avoient  annoncé  la  mort  de  leur  saint  institu- 
teur. Lambert  qui  avoit  été  instruit  dans  les  lettres  et  dans 
Brun.vit.apudsur.  la  connoissance  de  la  religion,  '  à  l'école  de  ce  saint  homme, 
ne  manqua  pas  de  témoigner  ses  regrets  sur  sa  mort,  de 
louer   sa   sainteté ,    et   de   se   féliciter  de  l'avoir  eu    pour 
maître. 
Le  Long,  bibi.  Fr.       Anontme    Auteur    d'un     écrit    intitulé     :     Lemovicenses 
p'  181  episcopi  usque  ad  annum  i\\S.   C'est  un  manuscrit  in-fol. 

conservé  parmi  ceux  de  M.  Duchesne  dans  la  bibliothèque 
de  M.  Colbert,  aujourd'hui  dans  celle  du  Roi.  Ce  manus- 
crit avoit  appartenu  à  l'abbaye  de  Grandmont. 

On  conserve  encore  dans  les  mêmes  manuscrits  un  autre 
écrit  qui  porte  ce  titre  :  Gesta  Lemovicensium  episcoporum 
usque  ad  annum  4438,  auctore  incerto. 

Anonyme  auteur  d'un  écrit  intitulé,  Opus  in  duos 
libros   divisum,  quorum  primas   agit   de   litteris ,    de   voce, 


ET  AUTRES  ÉCRIVAINS.  253 


III  SIECLE. 


de  verbo,  de  syllaba,  de  ceris  cartis  et  pergamenis ,  de 
generibus  opusculorum ,  de  ortographia ,  de  glossa,  prosa  et 
historia.  Secundus  agit  de  bibliotheca,  de  interpretibus ,  de 
Trinitate,  de  prophetis ,  de  omnibus  sanctorum  ordinibus,  de 
clericis,  de  monachis,  de  festivitatibus ,  de  officiis,  de  or- 
dine  missce.  '  Cet  ouvrage  est  indiqué  parmi  les  manus-  p.  îe.n.  113. 
crits  de  la  bibliothèque  de  l'abbaye  de  saint  Martial  de  Li- 
moges, dont  le  catalogue  fut  imprime  à  Paris  m-8°,  en  4730, 
chez  les  frères  Barbou.  L'éditeur  de  ce  catalogue  donne 
au  moins  700  ans  d'antiquité  au  manuscrit  qui  contient  ce 
catalogue  :  ainsi  l'auteur  sur  lequel  on  ne  nous  donne  au- 
cune connoissance,  doit  avoir  écrit  pour  le  plus  tard  vers 
l'an  ^30. 


DROGON, 

MOINE    DE    SAINT    ANDRÉ    DE    BRUGES. 


§    I. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

ON  a  déjà  remarqué  dans  le  volume  précédent,  à  t.  9,  p.  11  et  1-2. 
l'article  de  Drogon  moine  de  Berg  saint  Vinok,  que 
presque  tous  les  bibliographes  et  autres  écrivains  ont  con- 
fondu trois  hommes  qui  ont  porté  le  nom  de  Drogon  ou 
Dreux,  et  que  des  trois  ils  n'en  ont  fait  qu'un.  Ces  trois 
hommes  sont ,  Drogon  moine  de  Berg  saint  Vinok , 
Drogon  évêque  de  Terouane ,  et  Drogon  moine  de  saint 
André  de  Bruges.  Par  une  suite  de  cette  première  erreur , 
les  mêmes  écrivains  sont  tombés  dans  une  autre,  en  attri- 
buant à  un  seul  Drogon  tous  les  écrits  portant  le  nom  de 
Drogon.  Nous  ne  répéterons  pas  ici  ce  qui  a  été  dit  à  ce 
sujet,  pour  dissiper  la  confusion,  et  découvrir  la  méprise; 
nous  nous  contenterons  de  remarquer  qu'un  peu  d'atten- 
tion sur  les  dates  auroit  fait  éviter  cette  méprise  et  cette 
confusion.  A  peine  Drogon  de  saint  André  étoit-il  au  monde, 
lorsque  Drogon   de  Berg  s.   Vinok    fiorissoit.   Celui-ci   écri- 


XII  SIECLE. 


254  DROGON, 

voit  dès  l'année  4058  l'histoire  des  miracles  de  s*.  Lewine; 
l'autre  n'écrivit  la  vie  de  sainte  Godoleve  morte  en  4  070," 
que  vers  l'an  4098.  11  avoue  lui-même  qu'il  n'a  point  été 
témoin  oculaire  des  faits  qu'il  rapporte,  mais  seulement 
qu'il  les  a  appris  de  personnes  dignes  de  foi,  qui  les  avoient 
vus,  et  qui  vivoient  encore  au  temps  qu'il  les  écrivoit.  Ces 
différentes  époques  montrent  assez  clairement  que  l'auteur 
de  l'histoire  des  miracles  de  sainte  Lewine,  et  celui  delà 
vie  de  sainte  Godoleve,  ne  sont  pas  un  seul  et  même 
homme,  et  qu'il  faut  les  distinguer. 

Drogon  qui  fait  le  sujet  de  cet  article,  n'étoit  peut-être 
pas  encore  né  au  milieu  de  l'onzième  siècle.  Il  embrassa  la 
vie  religieuse  dans  le  monastère  de  saint  André  de  Bruges. 
Il  en  fut  tiré  pour  faire  les  fonctions  de  chapelain,  ou  de 
curé,  à  Ghistelle  monastère  de  filles,  fondé  vers  l'an  4  090, 
dans  l'ancien  diocèse  de  Tournai.  Ce  monastère  porte  au- 
jourd'hui le  nom  de  sainte  Godoleve,  et  est  dans  le   nou- 

pal27er'  n°v'  '' 5'  veau  diocèse  de  Bruges. 

p.  593.' ib.  p.  329.  Sanderus  avance  dans  son  Franconatu,  '  que  Drogon  flo- 
rissoit  l'an  4  448,  et  qu'il  fut  envoyé  à  Ghistelle  après  cette 
année,  pour  gouverner  cette  église.  Néanmoins  la  chro- 
nique d'Arnoul  Gocthals,  d'où  Sanderus  semble  avoir  tiré 
ce  qu'il  dit  de  Drogon,  ne  marque  point  l'année  4448. 
Quoiqu'il  en  soit  de  l'année  où  Drogon  fut  envoyé  à  Ghis- 
telle, il  gouverna  parfaitement  bien  cette  église  tant  pour 
le  spirituel  que  pour  le'  temporel,  jusqu'à  sa  mort  dont  on 
ignore  le  temps. 

§  II- 
SES  ÉCRITS. 

LE  grand  nombre  de  miracles  que  Dieu  opéra  au  tom- 
beau de  sainte  Godoleve,  et  les  pressantes  sollicita- 
tions de  plusieurs  personnes  engagèrent  Drogon  à  écrire  la 
vie  de  cette  sainte,  dont  le  corps  reposoit  dans  l'église  de 
Ghistelle.  Il  dédia  son  ouvrage  à  Radbode  ou  Radbodon, 
évêque  de  Noyon  et  de  Tournai,  mort  en  4098.  La  dé- 
dicace que  Drogon  a  faite  à  ce  prélat,  peut  servir  à  fixer 
l'époque  d'un  écrit  dans  lequel  l'auteur  n'a  mis  aucune 
date. 


MOINE  DE  SAINT  ANDRÉ  DE  BRUGES.    255 


XII  SIECLE. 


L'auteur  anonyme  qui  a  interpolé  l'ouvrage  de  Drogon , 
a  cru  que  la  vie  de  sainte  Godoleve  avoit  été  faite  par  Dro- 
gon ,  et  lue  par  l'évêque  Radbodon ,  avant  que  ce  prélat 
fit  en  l'année  4  084,  l'élévation  du  corps  de  la  sainte;  étant 
nécessaire  qu'il  fût  instruit  de  sa  vie,  de  ses  vertus  et  de  ses 
miracles,  avant  que  de  faire  cette  cérémonie  :  il  est  même 
persuadé  que  Radbodon  alla  en  personne  porter  ces  pièces 
à  Rome.  Il  faut  excuser  l'anonyme  qui  ayant  peu  de  con- 
noissance  de  l'antiquité ,  et  voulant  juger  des  siècles  qui  l'a- 
voient  précédé  par  les  usages  de  celui  où  il  vivoit,  a  cru 
qu'on  observoit  dès-lors  dans  la  canonisation  des  saints  des 
cérémonies  qui  n'ont  été  introduites  que  dans  la  suite-,  et 
qu'il  falloit  une  vie  écrite,  des  procès  verbaux  en  bonne 
forme ,  etc. 

Selon  l'auteur  de  la  chronique  de  saint  André  de  Bruges , 
Drogon  entreprit  beaucoup  plus  tard  d'écrire  la  vie  de  sainte 
Godoleve,  et  il  ne  la  composa  qu'après  l'an  -144  8,  étant 
curé  de  Glùstelle  ;  ce  qu'il  fit,  si  l'on  en  croit  cet  auteur ,  à 
la  prière  de  ses  paroissiens.  Mais  cela  n'a  aucun  fondement; 
car  \°.  Drogon  ne  se  donne  nulle  part  le  titre  de  chape- 
lain ni  de  curé  de  Ghistelle,  il  prend  seulement  ceux  de 
moine  et  de  prêtre.  2°.  Il  ne  dit  point  que  ce  fut  à  la 
prière  de  ses  paroissiens ,  qu'il  entreprit  d'écrire  la  vie  de 
sainte  Godoleve,  mais  qu'il  y  fut  engagé  par  les  pressantes 
sollicitations  de  plusieurs  personnes.  Ainsi  on  ne  peut  point 
en  conclure  qu'il  étoit  alors  curé  de  Ghistelle. 

'Les  continuateurs  de  Bollandus  prenant  le  milieu  entre  Bon.  ejui.  p.see, 
ces  deux  sentimens,  croyent,  et  avec  plus  de  vraisemblance, 
que  Drogon  a  composé  son  ouvrage  du  vivant  de  Radbo- 
don évêque  de  Noyon  et  de  Tournai,  qui  mourut  l'an 
-1098,  et  qu'il  l'aura  présenté  la  même  année  à  ce  prélat, 
lorsqu'il  vint  à  Bruges  pour  la  dernière  fois. 

Un  autre  point  de  critique  plus  important,  est  de  dé- 
mêler parmi  les  différentes  légendes  de  sainte  Godoleve , 
quelle  est  le  véritable  ouvrage  de  Drogon.  Il  y  en  a  deux 
principales,  l'une  donnée  par  Surius,  l'autre  tirée  d'un  ma- 
nuscrit du  monastère  d'Aldenbourg  du  seizième  siècle,  et 
publiée  par  les  continuateurs  de  Bollandus.  Quoique  la  lé- 
gende donnée  par  Surius  paroisse  du  premier  coup  d'œil  la 
meilleure  et  la  plus  ancienne,  elle  ne  peut  néanmoins  être 


ïll  SIECLE. 


256  DROGON, 


regardée  comme  le  véritable  ouvrage  de  Drogon ,  tel  qu'il 
est  sorti  de  ses  mains,  puisque  Surius  avoue  lui-même  qu'il 
en  a  presqu'entierement  changé  le  style  ;  dictionem  fere  totam 
mutavi.  Non  seulement  il  en  a  changé  le  style,  mais  il  a 
encore  retranché  tout  ce  qui  n'avoit  pas  rapport  à  l'his- 
toire, et  s'est  contenté  d'extraire  ce  qui  regardoit  les  ac- 
tions,  le  martyre  et  les  miracles  de   la  sainte.    Malgré   ces 

Bon.  6  juillet,  p.  changemens,  on  trouve  dans  l'édition  de  Surius  '  tout  le 
fond  de  la  vie  de  sainte  Godoleve,  écrite  par  Drogon.  On 
y  trouve  des  phrases  entières  toutes  semblables,  et  les  faits 
rapportés  dans  le  même  ordre  qu'ils  le  sont  dans  la  légende 
que  les  continuateurs  de  Bollandus  croyent  sur  des  raisons 
assez  solides  être  le  véritable  ouvrage  du  moine  de  saint  An- 
dré. C'est  ce  qui  les  a  déterminés  à  la  faire  imprimer  de  nou- 

ib. ajui. p.  109.  veau  dans  leur  recueil,  '  à  la  suite  de  celle  qu'ils  ont  tirée 
du   manuscrit  d'Aldenbourg. 

Quant  à  l'ouvrage  en  lui-même,  il  est  dédié,  comme 
nous  l'avons  déjà  dit ,  à  Radbodon  évêque  de  Noyon  et 
de  Tournay.  L'auteur  se  qualifie  de  moine  et  prêtre  in- 
digne, et  dit  qu'il  a  été  forcé  d'entreprendre  cet  ouvrage 
qui  est  beaucoup  au  dessus  de  ses  forces.  Il  prie  le  prélat 
de  l'examiner  et  de  le  corriger  avant  que  de  le  publier ,  et 
de  le  confirmer  par  son  autorité  qui  lui  tiendra  lieu  de  dé- 
fense contre  les  critiques.  Il  assure  qu'il  n'y  a  rien  avancé 
que  sur  la  foi  de  témoins  oculaires  qui  étoient  encore  vi- 
vans.  Cette  légende  est  pleine  de  lieux  communs,  sur- 
chargée de  réflexions  qui  néanmoins  respirent  la  piété,  et 
font  voir  que  l'auteur  avoit  de  la  justesse  d'esprit,  et  étoit 
versé  dans  la  lecture  de  l'écriture  et  des  Pères,  et  même 
dans  celle  des  auteurs  profanes.  Le  style  en  est  diffus, 
obscur,  et  tel  qu'on  peut  l'attendre  d'un  écrivain  de  la  fin 
du   onzième    siècle. 

La  vie  de  sainte  Godoleve  telle  qu'elle  est  dans  Surius , 
et  la  véritable  production  de  Drogon,  telle  qu'elle  est  sor- 
tie de  sa  plume ,  ont  été  traduites  l'une  et  l'autre  en  Fla- 
mand; la  première  en  l'an  4  619,  et  la  seconde  en  -1629. 
Les  continuateurs  de  Bollandus  voulant  flater  le  goût 
de  leur  nation,  ont  publié  à  la  suite  des  deux  vies  de  sainte 
Godoleve,  dont  nous  venons  de  parler,  une  longue  lé- 
gende de  la    même   sainte,    qu'ils   croyent   avoir    été   faite 

vers 


MOINE  DE  SAINT  ANDRE  DE  BRUGES.    257      Xn  smclï. 

vers  le  milieu  du  seizième  siècle,  et  qui  fui  presque  aussi- 
tôt traduite  en  Flamand,  en  faveur  des  bons  habitans  de 
Ghistelle.  Cette  troisième  légende  de  sainte  Godoleve,  et 
la  traduction  qui  mit  tous  les  Flamands  en  état  de  la  lire, 
fit  tomber  celle  de  Drogon.  Elle  fut  .reçue  d'autant  plus 
agréablement,  qu'elle  étoit  plus  ample  et  plus  remplie  de 
faits  merveilleux  .et  de  prodiges  inouis.  Le  goût  pour  cette 
légende,  comparable  au  roman  de  YInnocence  reconnue, 
qui  a  eu  tant  de  cours  dans  ce  pays,  s'est  tellement  con- 
servé, qu'on  s'en  sert  encore  aujourd'hui  dans  les  petites 
écoles  pour  apprendre  à  lire  aux  enfans.  Ne  seroit-ce  pas  Lib.  7,  conf.  c.  25. 
ici  le  cas  de  dire  avec  saint  Augustin  :  Vœ  tibi  flumen 
morts  humani  !  Pourquoi  choisir  un  tel  livre  pour  remplir 
l'esprit  des  enfans  de  fables,  en  leur  apprenant  à. lire? 

L'auteur  de  cette  légende  a  supprimé  son  nom  pour  son 
honneur.  On  ignore  de  même  son  état  et  sa  condition  : 
les  éditeurs  soupçonnent  qu'il  pourroit  bien  avoir  été  maître 
d'école  à  Ghistelle.  L'histoire  de  sainte  Godoleve  est  telle- 
ment défigurée  dans  cette  légende,  qu'elle  n'y  est  plus  re- 
connoissable.  L'anonyme  qui  l'a  composée,  avoit  promis 
dans  son  prologue  d'être  court,  et  d'éviter  la  prolixité  qui 
est  la  mère  de  l'ennui.  Malheureusement  il  ne  s'est  pas  sou- 
venu de  sa  promesse  en  écrivant,  du  moins  il  n'a  pas  tenu 
parole.  Cette  esp*ece  de  roman  est  rempli  de  lieux  com- 
muns, de  moralités,  de  faits  fabuleux.  Le  style  est  aussi 
ennuyeux  que  le  fond  :  le  sacré  et  le  profane,  la  prose  et 
les  vers,   surtout  de  Virgile,    se    trouvent  cités  pêle-mêle. 

Sainte  Godoleve  y  est  nommée  fille  de  Jupiter  et  sœur  Bou  ejuti.  p.  433, 
d'Apollon;  elle  est  qualifiée  de  déesse  et  de  nymphe.  L'au- 
teur adressant  la  parole  à  la  sainte,  lui  dit  dévotement  ; 
t  Je  vous  salue,  Godoleve  (4),  vierge  sainte,  miroir  de 
»  patience,  modèle  d'humilité,  vraie  fille  de  Jupiter,  mar- 
»  tyre  unique  de  notre  Flandre,   etc. 

On  peut  juger  par  ces    traits   du    bon  goût   de  l'auteur 
et  du  mérite  de  la  pièce.  '  Mais  il  faut  rendre  aux  éditeurs  Bou.  u>.  p.  438. 
la  justice  qu'ils   méritent.   Ils  désapprouvent   nettement   les 

(  1  )  Salve  igitvr,  6  tu  Godoleva,  virgo  sacra,  spéculum  patientioe,  exemplar  hu- 
miliiatis.  decus  eirtutum.  vera  JovU  proies,  (u  et  dea  etrl},  tu  Pbœbi  soror  et 
nympbarum  sangulnis  una,  U  stygïi  tremvtte  Idcus,  te  jaMtor  orci,  otia  titper 
rttmbon*  ant.ro  temtia  cruento 

Tome  X.  K  k 


XII  SIECLE. 


BoU.  il),  p.  370,11. 
51. 


238 


OTBERT,    OtJ  OBERT, 


expressions  profanes,  et  blâment  l'usage  que  l'auteur  en  a 
fait.  Ils  font  même  en  quelque  sorte  excuse  au  lecteur  d'a- 
voir publié  une  telle  pièce  ;  '  et  pour  prévenir  les  reproches 
qu'ils  ont  prévu  qu'on  pourroit  leur  en  faire,  ils  se  justifient, 
en  disant  qu'ils  sont  redevables  aux  sages  et  aux  insensés. 
Ils  ajoutent  qu'ils  onC  voulu  recueillir  ensemble  tout  ce  qui 
concerne  sainte'  Godoleve  :  ce  qui  ne  peut  être  que  très- 
agréable  à  leurs  compatriotes. 


Marten.  ampl.  col. 
t.  1,  prsef.  p.  39. 
il.  54,  50. 


OTBERT    ou    OBERT, 

EVESQUE    DE    LIEGE. 
§      I. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Otbert  ou  Obert  fut  premièrement  chanoine  de  l'é- 
glise de  saint  Lambert,  et  prévôt  de  sainte  Croix.  En- 
suite ayant  été  chassé  de  Liège  à  cause  de  ses  crimes, 
par  l'évêque  Henri,  prélat  recomniandable  par  sa  piété  et 
son  zèle  pastoral,  il  se  retira  auprès  de  l'empereur  Henri  IV, 
qui  le  mit  au  rang  de  ses  chapelains.  Pendant  le  séjour 
qu'il  fit  à  la  cour,  l'évêque  de  Liège  étant  mort,  il  obtint 
ce  siège,  à  force  d'argent,  de  l'empereur,  auquel  il  pro- 
mit de  donner  tous  ses  soins  pour  maintenir  dans  la  sou- 
Mirœus ,    chron.   mission  la  principauté  de  Liège.  '  Ce  fut  en  l'an  4  09-1   qu'Ot- 

ad  a»n.  1091.  ,  .  \  r,      .  „  .,,,,.  .  n 

bert  parvint  par  de  telles  voies  a  1  episcopat,  De  tels  com- 
mencemens  n'annonçoient  pas  un  heureux  gouvernement. 
Hugo,  t.  î,  part.  Cependant  '  l'auteur  des  annales  de  Prémontré  assure  que 
quoiqu'Otbert  fut  si  mal  entré  dans  l'épiscopat,  il  s'y  con- 
duisit d'une  manière  qui  lui  fit  honneur,  et  que  la  fin  en 
fut  glorieuse.  Licet  aliundè  quam  per  portant  in  ovile  in- 
troierit  Otbert us ,  tamen  indecora  principia  glorioso  fine 
correxit ,  prœclara  enim  permulta  regiminis  sui  tempore  ges- 
sit.  Gilles  d'Orval  parle  encore  plus  favorablement  d'Ot- 
bert,  que  l'annaliste  de  Prémontré;  non  seulement  il  ne  dit 
rien  de  désavantageux  sur  son  entrée  dans  l'épiscopat,  ni  de 


EVESQUE  DE  LIEGE.  259 


XII  SIECLE. 


ce  qui  Favoit  précédée,  mais  il  loue  sa  sagesse ,  sa  prudence  , 
son  habileté  dans  les  choses  divines  et  humaines ,  son  zèle 
épiscopal  et  ses  belles  actions.  Chapeauville  auteur  sçavant 
et  exact,  en  parle  de  la  même  manière.  L'autorité  de  ces 
écrivains  a  porté  D.  Mabillon  à  avoir  des  sentimens  assez 
favorables  pour  ce  prélat,  et  à  ne  le  pas  croire  aussi  cou- 
pable et  aussi  mauvais  évêque  que  d'autres  le  prétendent  ; 
et  en  particulier  Jarenton  abbé  de  saint  Bénigne,  qui  lui 
paroît  parler  trop  durement  d'Olbert.  '  Sic  desinit  Jarento-  Hist.  litt.  1. 10,  p. 
nis  epistola...  veritatis  zelo  et  caritate  referta,  sed  paulô 
durior  in  Otbertum  episcopum,  qui  aliàs  non  ita  malus  vi- 
detur  episcopus.  Quelques  modernes  ont  suivi  D.  Mabil- 
lon; de  ce  nombre  est  D.  Rivet,  qui  porte  le  même  juge- 
ment que  lui  de  la  lettre  de  Jarenton.  11  ne  la  juge  pas 
assez  mesurée  en  ce  qu'elle  dit  d'Otbert  évêque  de  Liège , 
et  ne  croit  pas  ce  prélat  si  mauvais  évêque,  qu'il  méritât 
d'être  mis  en  parallèle  avec  Cerinthe  et  Simon  le  magi- 
cien. 

'  D.  Martenne  prétend  au  contraire  que  ces  modernes  Marten.  it>. 
auroient  eu  des  sentimens  bien  différens  d'Otbert,  s'ils 
avoient  consulté  l'histoire  du  monastère  de  saint  Hubert , 
écrite  du  vivant  même  de  cet  évêque,  et  les  anciens  mo- 
numens  de  saint  Laurent  de  Liège;  et  qu'ils  y  auroient  vu 
qu'Otbert  étoit  non  seulement  un  mauvais  évêque,  mais 
même  un  scélérat  :  non  mode  malum  episcopuln ,  sed  et  sce- 
leratissimum  fuisse  facile  animadvertissent.  Il  faut  avouer  que 
si  on  s'en  rapporte  aux   auteurs  auxquels   D.  Martene  ren-  Ampi.  cou.t.  4,  p. 

•  ,-i    e  j>/-wi.     1       ■  „  973,  n.  81  et  suiv. 

voye  pour  sçavoir  ce  qu  il  faut  penser  dOtbert;  si  on  con- 
sulte l'histoire  de  saint  Hubert,  celle  du  monastère  de  saint 
Laurent  de  Liège ,  et  autres  monumens  imprimés  par  les 
soins  du  même  D.  Martene,  on  sera  persuadé  qu'Otbert 
étoit  non  seulement  un  mauvais  évêque,  mais  même  un 
grand  scélérat.  Le  portrait  que  le  pape  Urbain  II  fait  de  lui, 
dans  sa  lettre  à  Berenger  abbé  de  saint  Laurent,  s'il  est  fidèle, 
prouve  fort  bien  que  Jarenton  n'en  a  pas  parlé  trop  dure- 
ment en  le  comparant  à  Cerinthe  et  à  Simon  le  magicien, 
puisque  ce  pape  employé  des  expressions  pour  le  moins  aussi 
dures,  en  l'appellant  Antichristi  signifer,  satanœ  jumentum, 
perfidiœ  Simonis  manifestus  sectator,  etc. 

Mais  ces   autorités  quelques  respectables  qu'elles  soient, 

K  k  ij 


XII  Sir.CLE. 


260  OTBERT,  OU  OBERT, 


doivent-elles  être  d'un  tel  poids,  qu'il  ne  soit  pas  permis 
de  s'en  écarter?  Est-il  impossible  que  l'historien  de  saint 
Hubert  parlant  d'un  prélat  qui  avoit  vexé  son  monastère,  et 
en  avoit  chassé  l'abbé  Berenger,  ait  quelquefois  exagéré  les 
choses  et  grossi  les  objets?  Est-il  incroyable  que  des  écri- 
vains attachés  au  saint  siège  se  soient  trop  livrés  à  leur 
zèle,  et  ayent  crû  plus  coupable  qu'il  n'étoit,  un  évêque 
dévoué  à  l'empereur  Henri  IV ,  qui  étoit  pour  lors  excom- 
munié? En  un  mot  Otbert  ne  peut-il  pas  être  considéré 
comme  la  partie  de  ceux  qui  déposent  contre  lui  ?  Est-il  de 
l'équité  de  s'en  rapporter  au  témoignage  et  à  la  déposition 
de  l'adverse  partie,  sans  écouter  les  témoins  qui  lui  sont  fa- 
vorables? Puis  donc  que  d'autres  auteurs,  dont  la  sincérité 
et  l'exactitude  sont  reconnues,  ont  parlé  d'Otbert  assez  favo- 
rablement, ne  pourroit-on  pas  au  moins  faire  usage  de  leur 
témoignage ,  pour  apprécier  à  sa  juste  valeur  ce  qui  est  dit 
contre  lui  dans  les  monumens  que  nous  avons  cités?  Après 
tout ,  nous  ne  pensons  pris  qu'on  puisse  blâmer  ceux  qui 
imitant  la  modération  du  sage  et  judicieux  D.  Mabillon,  et 
des  modernes  qui-  l'ont  suivi,  ne  croyent  pas  Otbert  aussi 
mauvais  évêque  qu'on  se  le  représente  ordinairement.  Il  est 
spic.  t.  12,  p. 4i6.  vrai  '  qu'il  fut  attaché  au  Roi  Henri  IV,  tant  que  ce  prinee 
vécut,  et  qu'il  lui  demeura  toujours  fidèle.  Il  le  reçut  à 
Liège,  lorsqu'il  y  passa  en  fuyant  son  fils,  pour  se  retirer 
en  Lorraine  ,  et  lui  rendit  de  grands  services.  Mais  qui  peut 
blâmer  un  évêque ,  comme  le  disent  les  Liégeois  dans  leur 
lettre  apologétique,  de  favoriser  son  prince,  à  qui  il  s'est 
engagé  par  serment  de  demeurer  fidèle?  Qui  peut,  dis-je, 
blâmer  un  évêque  de  ce  qu'il  est  exact  au  serment  de  fi- 
délité qu'il  a  fait,  pourvu  qu'il  ne  favorise  ni  l'erreur  du 
Prince,  si  elle  est,  ni  le  schisme?  On  ne  peut  donc  point 
faire  un  crime  à  Otbert  de  la  fidélité  qu'il  garda  à  Henri. 
Il  seroit  plus  difficile  de  le  justifier  sur  le  traitement  injuste 
qu'il  fit  à  Berenger,  en  le  chassant  de  son  abbaye  de  saint 
Laurent  :  et  c'est  en  partie  ce  qui  a  porté  l'abbé  Jarenton 
à  parler  de  lui  avec  tant  de  vivacité. 

Enfin  quoique  l'entrée  d'Otbert  dans  l'épiscopat  ne  pa- 
roisse pas  régulière  ni  canonique ,  l'église  de  Liège  n'en 
souffrit  point;  au  contraire  Otbert  lui  fit  beaucoup  de  bien 
pendant  les  vingt-huit   ans  qu'il   la  gouverna.  On  lui  re- 


EVESQUE  DE  LIEGE.  264       XII SIECLE. 

proche  à  la  vérité  d'avoir  dépouillé  les  églises  de  son  dio- 
cèse, et  de  n'avoir  pas  même  épargné  le  tombeau  de  saint 
Lambert,  en  enlevant  tout  ce  qu'il  y  avoit  d'or,  d'argent, 
et  de  pierreries,  pour  payer  trois  cents  marcs  d'argent,  et 
trois  marcs  d'or  au  célèbre  Godefroi  de  Bouillon  qui , 
avant  son  départ  pour  la  croisade,  lui  avoit  vendu  son  châ- 
teau de  Bouillon,  et  les  terres  qui  en  dépendoient.  Mais 
Gilles  d'Orval  excuse  sur  cela  Otbert ,  par  les  avantages  qui 
revinrent  de  cette  acquisition  à  tout  le  pays,  qui  ne  fut  plus 
exposé  comme  auparavant  au  pillage  et  aux  violences  des 
soldats  de  la  garnison  du  château.  Otbert  acheta  encore  de 
Baudouin  comte  de  Hainaut ,  l'an  4096,  le  château  de  Cor- 
vin  ;  ce  qui  donne  occasion  à  Le  Mire  '  de  dire  que  les  chrome,  ad  ann. 
deux  seigneurs  qui  vendirent  leurs  châteaux  à  l'évêque  de  ' 
Liège,  se  firent  plus  d'honneur  en  vendant,  que  le  prélat 
ne  s'en  fit  en  les  achetant  :  Et  vero  major  fuit  utriusque  ven- 
dentis  quam  ementis  gloria. 
'Otbert  éleva  de   terre   l'an  4  4  02  le  corps  de   sainte  Ode  Butkens,  trophées 

.    .,  ,     ,  -     '     .•  i_i-  j  if»   i-        de  Brabant,  p.  96. 

vierge ,  et  1  exposa    a    la   vénération  publique   dans    1  église  |  Mir.  chron.  ad. 
de  Rode,   qui  du  nom  de  celte  sainte,   a  été  depuis  appel-  ann- 1093- 
lée  sainte  Oden-Rode.  Il  fit  l'an  444  0,  avec  grande  solem- 
nité,   la  même  cérémonie  pour  les    reliques  de    saint  Gui- 
bert  fondateur  de  Gemblou.  Les  historiens  rapportent  plu- 
sieurs autres  actions  d'Othort  qui  font  honneur  à  sa  mémoire, 
et  d'où  l'on  peut  conclure  avec  Gilles  d'Orval,    et   avec  les 
auteurs  de  la  nouvelle  Gaule  chrétienne  ' ,  que  ce  prélat  cor-  Gaii.  chr.  t.  3,  p. 
rigea  les  vices  de  ses  premières  années  par  une  fin   glo- 
rieuse. Il  mourut  le  34   janvier  4  449  :  d'autres  mettent  sa 
mort  l'an  4448;   mais  cette  différence  ne  vient  que  de  la 
différente   manière  de  commencer  l'année.  En    la  commen- 
çant à  Pâques,  la  mort  d'Olbert  est  arrivée  l'an  444  8;  mais 
en  la  commençant  au  mois  de  janvier,  il  est  mort  l'an  444  9, 

§  II. 

SES  ÉCRITS. 

Otbert   ayant  été  attaché   à  l'empereur  Henri   IV,    tant 
qu'il  vécut,  écrivit  après  sa   mort  une  lettre  que  '  Gol-  ApudGoui.  p.  204 

^       .      »   /  .  ».       .        .         .  ad  p.  226. 

dast   a   insérée   sous  ce  titre,    Otbe.rU  episcopi  epistma  pa- 
1  9  * 


III  SIECLE. 


262 


JEAN, 


606. 


rentatoria,  de  vita  et  obitu  Henrici  IV  imperatoris ,  dans 
l'apologie  qu'il  a  publiée  pour  cet  empereur.  Baronius  en 
parlant  dans  ses  annales  de  cette  vie  de  l'empereur  Henri 
IV ,  écrite  par  l'évêque  de  Liège ,  fait  entendre  que  le 
véritable  auteur  de  cet  ouvrage  est  Reinec  Leinec,  qui 
l'a  imprimé,  et  qui  pour  lui  donner  plus  d'autorité,  l'a 
jonrn.desscav.de  publié  sous  le  nom  d'Otbert.  Mais  M.  Wendler  réfute 
'  cette  prétention  de  Baronius  par  une  raison  bien  solide , 
en  faisant  voir  que  l'ouvrage  dont  ce  cardinal  veut  faire 
auteur  Reinec  Leinec,  a  été  imprimé  en  '  Allemagne  (à 
Bâle  en  -1 5-1 8)  avant  que  Reinec  Leinec  fût  au  monde; 
ce  qu'il  confirme  par  l'autorité  de  Cuspinien  auteur  contem- 
porain. 

'  L'auteur  de  l'histoire  du  monastère  de  saint  Hubert  rap- 
porte une  lettre  d'Otbert  à  Wirede ,"  usurpateur  de  l'ab- 
baye de  saint  Hubert ,  par  laquelle  il  lui  donne  jour  pour 
venir  à  Liège  recevoir  la  bénédiction  abbatiale  de  sa  main. 
Wirede  s'y  rendit,  reçut  la  bénédiction,  et  s'attira  l'indi- 
gnation de  tous  ses  frères. 


Marten.  ampl.  col. 
t.  4,  p.  1004,1005. 


JEAN, 

DIACRE  ET  MOINE  DE  SAINT  OUEN, 


On  a  déjà  remarqué  dans  le  huitième  volume  de  l'histoire 
littéraire,  '  que  les  études  étoient  en  honneur  en  l'ab- 
baye de  saint  Ouen  de  Rouen  dans  l'onzième  siècle,  et 
qu'il  s'y  forma  alors  des  élevés  de  mérite.  Jean,  diacre, 
moine  de  cette  abbaye,  fut  du  nombre,  et  commença 
dès  l'âge  de  vingt  ans ,  à  se  distinguer  par  des  ouvrages , 
dont  une  partie  est  venue  jusqu'à  nous.  Mais  rien  ne  fait 
plus  d'honneur  au  moine  Jean,  que  le  choix  qu'on  fit  de  lui, 
pour  tenir  la  plume,  et  faire  les  fonctions  de  notaire  ou  de 
conc  t.  io,  p.  872.  secrétaire,  dans  le  '  concile  tenu  à  Reims  l'an  -H  -1 9  ,  par 
72,  p'.  863.  "  '  le  pape  Calixte  IL  Cette  glorieuse  époque  sert  à  faire  voir 
qu'il  a  vécu  pour  le  moins  jusqu'en  1H9,  et  qu'on  ne 
peut  placer  sa  mort,  dont  le  temps  est  incertain  ,  avant  cette 
année. 


DIACRE  ET  MOINE  DE  SAINT  OUEN,       265      m  S1KCLE 


Jean  n'avoit  pas  encore  vingt  ans,  lirsqu'il  composa  en 
prose  et  en  vers  la  vie  de  saint  Nicolas.  Il  fit  à  l'âge  de 
vingt-cinq  ans  des  additions  en  vers  et  en  prose  rimée  à 
celle  de  saint  .Ouen,  faussement  attribuée  par  Henschenius 
à  Fridegode  auteur  Anglois,  dont  les  sçavans  reconnois- 
sent  aujourd'hui  que  Thieri  moine  de  saint  Ouen,  est  le 
véritable  auteur.  Si  l'on  veut  en  croire  ce  qui  est  rapporté 
dans  quelques  manuscrits,  Jean  eut  une  vision  dans  laquelle 
saint  Ouen  lui  ordonna  d'écrire  sa  vie,  à  quoi  il  obéît. 
Mais  ce  qui  est  plus  certain,  c'est  qu'il  entreprit  ce  travail 
par  ordre  de  son  abbé.  La  nouvelle  vie  de  saint  Ouen  que 
le  moine  Jean  entreprit  d'écrire,  est  faite  sur  une  plus  an- 
cienne vie  du  saint  évèque  de  Rouen,  écrite  par  un  ano- 
nyme du  huitième  siècle,  ensuite  mise  en  vers  par  Thierri 
moine  de  saint  Ouen,  avec  lequel  Jean  avoit  vécu.  Le 
travail  de  ce  dernier  consiste  en  des  additions  qu'il  a  faites 
à  l'ouvrage  précédent,  en  y  ajoutant  quelques  miracles 
qui  avoient  été  omis  par  le  moine  Thierri.  Ainsi  ce  n'est 
proprement  que  la  même  vie  de  saint  Ouen,  mais  aug- 
mentée. M.  Baillet  ne  paroit  pas  avoir  eu  connoissance  de 
cette  nouvelle  vie. 

On  croit  que  le  moine  Jean  peut  être  l'auteur  de  plu- 
sieurs discours  ou  sermons,  qui  se  trouvent  avec  beaucoup 
d'autres  ouvrages,  recueillis  dans  un  fort  beau  manuscrit 
de  l'abbaye  de  saint  Ouen  de  Rouen,  appelle  ïe  livre 
noir ,  par  le  P.  Pommeraye.  Ce  manuscrit  a  six  cents  ans 
d'antiquité,  au  jugement  de  D.  Martene,  et  par  consé- 
quent va  jusqu'au  temps  qu'a  vécu  le  moine  Jean.  Le  même 
D.    Martene  '  a  publié  quatre  pièces   de  ce  manuscrit,   du  t.  3, Tbes  anecd. 

.  j  ,1  ,  •  ,  -,  P    1669.  etsoq. 

nombre  de  celles  dont  on  croit  que  le  moine  Jean  est  au- 
teur, sans  toutefois  les  lui  attribuer,  ni  les  lui  contester. 
Ces  pièces  sont  quatre  discours,  dont  le  premier  est  sur  la 
translation  de  saint  Ouen  faite  en  94  8;  le  second,  sur  une 
autre  translation  du  même  saint,  dont  le  corps  se  trouva  pour 
la  troisième  fois  entier,  sans  aucune  altération,  et  dans  le 
même  état  où  il  étoit,  lorsque  saint  Ansbert  son  successeur, 
le  tranféra  la  première  fois  pour  le  placer  à  l'orient  de  l'au- 
tel de  saint  Pierre;  et  lorsque,  cent  soixante-cinq  ans  après 
cette  première  translation ,  l'archevêque  Riculfe  l'éleva  dans 
le  temps  du  ravage  des  Normans,  pour  le  mettre  dans  une 


xii  siècle.       264  JEAN,  DIACRE  ET  iMOINE,  ETC. 


«..il.  24  ang.  p.  châsse  garnie  d'or  et  de  pierres  précieuses.  '  Les  conti- 
nuateurs de  Bollandus  ont  publié  les  deux  pièces  dont 
nous  venons  de  parler  sur  l'édition  de  D.  iMartene,  qu'ils 
ont  conférée  avec  un  manuscrit;  et  ils  ont  ajouté  des  notes 
pour  l'éclaircissement  du  texte.  Le  troisième  discours  porte 
ce  titre  :  Translation  de  saint  Nicaise  martyr,  et  de  ses  com- 
pagnons, saint  Quirin  prêtre,  et  Scuvicul,  diacre.  Enfin 
le  quatrième  discours  ou  sermon  est  sur  la  fête  des  saints, 
dont  on  conservoit  alors  les  reliques  dans  l'abbaye  de  saint 
Ouen,  et  qui  ent  été  brûlées  depuis  par  la  fureur  des  Cal- 
vinistes. 

Si  le  moine  Jean  est  auteur  du  troisième  de  ces  discours, 
comme  le  P.  Pommeraye  le  suppose,  on  ne  peut  lui  en 
contester  aucun.  Ils  sont  si  semblables  pour  le  style,  et 
pour  tout  ce  qui  peut  caractériser  un  auteur,  qu'on  ne 
peut  lui  en  attribuer  un  sans  le  reconnoitre  auteur  de  tous 
les  quatre.  De  plus,  le  temps  où  ils  ont  été  faits,  con- 
vient fort  bien  au  temps  où  vivoit  le  moine  Jean,  qui 
les  aura  composés  pour  servir  à  l'office  des  différentes 
fêtes  dont  il  y  est  question.  Ces  discours  sont  moins  des 
serinons,  que  des  relations  historiques  de  ce  qui  a  occa- 
sionné les  translations  de  saint  Ouen  et  de.  saint  Nicaise, 
et  des  différais  événemens  qui  les  ont  accompagnées. 

Pomm.  îùst.  de  s.  'H  ne  faut  point  séparer  du  moine  Jean,  Ambroise  reli— 
gieux  de  la  même  abbaye,  qui  employa  sa  plume  à  célé- 
brer en  prose  et  en  vers  l'illustre  sainte  Agnès  vierge  et 
martyre.  Cette  vie  se  trouve  dans  le  même  manuscrit  qui 
contient  les  ouvrages  du  moine  Jean,  et  est  écrite  du  même 
caractère;  ce  qui  donne  lieu  de  croire  que  ces  deux  au- 
teurs ont  vécu  dans  le  même  temps.  Le  P.  Pommeraye 
le  conjecture  ainsi. 


Ouen,  p.  5:19. 


liERHEKT , 


HERBERT,  EVESQUE  DE  NORWICH.       2G;>      xn  siècle. 


HERBERT, 

EVESQUE  DE  NORWICH, 
Surnommé  Lozinga. 


§  à. 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Herrert  '  né  en  Normandie,  dans  un  lieu  appelle  Mon.  Angi.  1. 1,  p. 
Hiesmes,  in  pago  Oximensi,  embrassa  la  profession 
monastique  dans  la  célèbre  abbaye  de  Fccan ,  dont  il  de- 
vint prieur.  Quelques-uns  le  font  natif  d'Oxford  on  An- 
gleterre, '  trompés  sans  doute  par  la  ressemblance  du  nom  Bui.  t.  2,  p.  544. 
latin  du  lieu  de  sa  naissance ,  en  lisant  in  pago  O.roniensi, 
au  lieu  de  in  pago  Oximensi.  De  Fccan  il  fut  transféré  en 
Angleterre  par  Guillaume  1 1  ,  et  fait  abbé  de  Ramsey  l'an 
4087.  Quatre  ans  après,  en   1091, 'il  monta   sur  le  siège  Mon-  Anet-  edu. 

7     1       m     ./•       1  .1  -.■.'>  •  1656,  p.  240,  col. 

episcopal  de  llietlord,   qu  il   avoit  acheté   a  prix  d  argent.  2. 

Herbert   procura   à    son  père  nommé  Robert,   l'abbaye  de  Hist.  Angi.  p.  947. 
Wincbestrc ,  par  la  même  voie   par  laquelle  il  s'étoit  pro- 
curé à  lui-même  l'évéi  lié  de   Thi  tford  ;  ce   qui  donna  oc- 
casion à  un  poêle  de  faire  cette  sanglante  épigramme  contre 
l'évêque  et  l'abbé. 

Surgit  in  ecclesia  nionsinim  genitorc  Losinga,  Alford  ,   ad    ann. 

Simoniduni  secte,  ranoiitiui  virtute  r dicta.  1093,  n.  39.1  Cen- 

.    .  ,  tur.  Mngdeb.  ren- 

Petre,  iiiniis  lardas,  nain  Simon  ad  ardua  tentât.  tur.  111,  p.  1096. 

Si  prasens  esses,  non  Simon  ad  alla  volaret. 

Proh  dolor  !  Ecclcsiae  nunirnis  vendnnlnr  et  are. 

Filius  est  prsesul,  pat^r  ablias,  Simon  iiterque. 

Omd  non  speremus,  si  luimmos  possidearous  ? 

Omnia  miniums  babet,  inod  voit  faeit,  addi!  el  aufert. 

Res  nimis  injuste,  nummis  m  prxsiil  et  abbn  s. 

L'entrée  d'Herbert  dans  l'épiscopat   ne  donne  pas  de  ce  Hist.  Eccies.  Angi. 
prélat  une  idée  fort  avantageuse,  non  plus  que  ce  qu'en  dit  Guiul'iuîùiesb.'i! 
Harpsfcld  qui    le  représente   comme  un  homme  prostitué  à  2» c-  2- 
la  plus  basse  et  la  plus  honteuse  flatterie;  ce  qui  lui  mé- 
Tome  X.  L  1 


XII  SIECLE. 


Angl.  sacr.  t.  1, 
398. 


Malmesb.  ib. 


Spelm.  conc.  Brit 
t.  2,  p.  21. 


266   HERBERT,  EVESQUE  DE  NORWICH, 

rita  le  surnom  de  Losinga  :  à  mendaci  adulatione,  quâ  se  ad 
régis,  potentiorum ,  ad  aliorumque  non  modo  sensum  et  vo- 
luntatem,  sed  quasi  nutum  atque  vultum  turpiter  blandiendo 
convertebat,  Losinga  dictus  est.  Enfin  touché  de  Pieu ,  il 
prit  la  résolution  de  descendre  d'une  place  dans  laquelle  il 
étoit  entré  par  une  si  mauvaise  porte.  '  Pour  cet  effet ,  il 
alla  à  Rome ,  et  remit  le  bâton  pastoral  et  l'anneau  entre  les 
mains  du  pape ,  qui  usant  d'une  grande  indulgence  à  son 
égard,  comme  parle  Guillaume  de  Malmesbury ,  le  réta- 
blit, indulgentia  clementissimœ  sedis. 

Herbert  de  retour  en  Angleterre,  transféra  l'an  4094 
le  siège  épiscopal  de  Thetford  à  Norwich,  où  il  fonda  un 
monastère  des  plus  célèbres  par  le  grand  nombre  et  la  vie 
édifiante  des  religieux  qui  étoient  au  nombre  de  soixante. 
Il  établit  aussi  à  Thetford  des  moines  de  Cluni.  C'est  ainsi 
qu'Herbert  travailla  à  réparer  les  fautes  de  sa  jeunesse;  di- 
sant souvent  avec  saint  Jérôme  :  Erravimus  juvenes,  emen- 
demus  senes.  '  Il  assista  l'an  -H 02  au  concile  national,  que 
saint  Anselme  tint  à  Londres  dans  l'église  de  saint  Pierre 
de  Westminster,  où  plusieurs  abbés  d'Angleterre  furent  pri- 
vés de  leurs  dignités  ,  dans  lesquelles  ils  étoient  entrés  par 
simonie,  ou  qu'ils  a  voient  deshonorées  par  leur  mauvaise 
conduite.  Pendant  le  séjour  que  saint  Anselme  fit  à  Lyon  , 
au  retour  de  son  second  voyage  de  Rome,  où  ses  démêlés 
avec  le  roi  Henri  I,  au  sujet  des  investitures,  l'avoient  obligé 
de  retourner ,  Herbert  lui  écrivit  avec  quelques  autres  évê- 
foPiUdiA?,Hi;3h,e^'  y^S'  une  lettre  '  des  plus  pressantes,  pour  l'engager  à  reve- 
nir au  plutôt  remédier  aux  abus  que  son  absence  occasion- 
noit.  Ces  prélats  lui  déclarent  dans  leur  lettre,  qu'ils  sont 
prêts  non  seulement  à  le  suivre ,  mais  même  à  marcher  de- 
vant, et  à  se  sacrifier,  s'il  l'ordonne.  Saint  Anselme  fit  ré- 
ponse aux  évêques ,  et  leur  témoigna  la  part  qu'il  prenoit 
aux  maux  dont  ils  se  plaignoient,  et  la  joie  qu'il  avoit  de 
ce  qu'ils  reconnoissoient  enfin  les  malheurs  où  leur  trop 
grande  patience  les  avoit  fait  tomber. 

Depuis  le  moment  que  Dieu  toucha  Herbert ,  il  se  con- 
duisit de  telle  sorte  qu'il  semble  avoir  effacé  le  vice  de  son 
entrée  dans  l'épiscopat ,  par  plusieurs  belles  actions,  par  son 
zèle  pour  le  rétablissement  de  la  discipline  contre  les  clercs 
concubinaires  ;  par  le  soin  qu'il  eût  de  construire  des  églises, 


121.  |  Eadra.  hist 
nov.  p.  73. 


Ib.  ep.  122. 


ET   AUTRES   ECRIVAINS.  267 


XII  SIECLE. 


et  de  fonder  des  monastères  :  ce  qui  fait  dire  à  Barthelemi  Angi  sac.  t.  i,p, 
de  Cotton  qu'il  a  immortalisé  son  nom.  Ainsi  on  peut  lui 
faire  une  juste  application  de  ce  que  Gilles  d'Orval  dit 
d'Otbert  évêque  de  Liège,  dont  l'entrée  dans  l'épiscopat 
étoit  aussi  irréguliere  que  celle  d'Herbert  ;  Licet  aliundè 
quàm  per  portant  introïerit ,  tamen  indecora  principia  glo- 
rioso  fine  correxit.  Prœclara  enim  permulta  regiminis  sui 
tempore  gessit.  Aussi  voyons-nous  que  non-seulement  Bar- 
thelemi de  Cotton  ,  mais  encore  plusieurs  autres  écrivains , 
font  les  plus  grands  éloges  de  ce  prélat.  Il  mourut  le  22 
juillet  4  4  4  9.  'Nous  croyons  devoir  préférer  le  sentiment  ib. 
de  ceux  qui  mettent  sa  mort  en  cette  année,  à  celui  de  M. 
Du  Gange ,  de  Fabricius ,  et  autres ,  qui  la  placent  en 
4420. 

§  II. 
SES  ÉCRITS. 

Quant  aux  écrits  d'Herbert,  voici  ceux  que  Posse- 
vin,  Pitsée,  Fabricius,  les  Centuriateurs  de  Magde- 
bourg  lui  attribuent;  un  livre  adressé  à  saint  Anselme, 
contre  les  mauvais  prêtres;  dix-huit  sermons;  un  traité  de 
la  durée  des  temps;  un  autre  de  la  fin  du  monde;  et  des 
lettres  écrites  à  différens  particuliers.  Il  seroit  à  désirer  que 
les  écrivains  qui  attribuent  ces  ouvrages  à  Herbert ,  nous 
eussent  fourni  des  preuves  convaincantes  qu'il  les  a  compo- 
sés; et  de  plus  qu'au  lieu  d'en  faire  une  simple  liste,  ils  nous 
en  eussent  donné  des  notions  suffisantes  pour  pouvoir  en 
rendre  compte.  '  On  trouve  encore  dans  le  catalogue  des  sander.  Mb.  mss. 
manuscrits  de  l'abbaye  de  Cambron  deux  écrits  sous  le  nom  357!'  par  '  '  p' 
d'Herbert.  Herbertus  de  septem  sacrammtis ;  de  situ  terree 
Jerosolymitanœ.  Comme  nous  n'avons  vu  aucun  de  ses 
éerits,  nous  ne  pouvons  en  porter  de  jugement. 

AUTRES  ECRIVAINS. 

Saint   Geofroi  abbé    de  Nogent ,   puis  évêque  d'Amiens, 
mort  l'an  4448,    est  auteur  d'une  lettre  à  Baudri  évê- 
que   de    Noyon ,    et  de   quelques  chartes  qui  se  trouvent 

L  lij 


xii  siècle.       268      HERBERT,  EVESQUE  DE  NORWICH, 


spic.  t.  8,  p.  163,  partie  imprimées  dans  le  spicilége  de  D.  Dachery,  partie 
manuscrites  dans  les  archives  de  Jlarmoutiers,  de  Mo- 
lesme ,  et  ailleurs. 

Bernard    doyen    de   l'église    de    Soissons,    a    fait    quel- 
ques vers  sur  saint  Gcofroi  évêque  d'Amiens,  selon  le  té- 
moignage de  Nicolas  auteur  de  la   vie  de  ce  prélat. 


n.  109. 


Geracd  second  abbé  de  Chazal-Bcnoît,  au  diocèse  de 
Bourges,  disciple  du  b.  André,  premier  abbé  et  fonda- 
teur de  ce  monastère,  soutint  avec  beaucoup  de  réputation 
et  de  succès,  depuis  l'an  \  113  ou  environ,  jusqu'en  4  1 19, 
l'institut  de  Vallombreuse.  11  écrivit  la  vie  du  b.  fondateur, 
avec  Alger  autre  disciple  du  saint  abbé;  mais  cet  ouvrage 
ne  se  trouve  nulle  part.  On  croit  qu'il  fut  enfermé  dans  le 
tombeau  du  bienheureux  André. 

Saint  Melchiade  moine  de  Clairvaux ,  mort  en  \\ 20  , 
est  auteur  d'un  ouvrage  intitulé,  de  légitima  Pétri 
De  visch.  bibl.  cathedra  contra  schismaticos.  '  L'auteur  et  son  écrit  ne  nous 
Clst- p •"-'-'•  sont   connus  que  par  ce  qu'en  dit  le  bibliothécaire  de  Ci- 

teaux. 

La  mémoire  de  Progom  de  Troyes  n'a  passé  à  la  posté- 
rité que  par  ce  trait  mordant  de  Jean  de  Salisbury,  par 
lequel  on  voit  qu'il  avoit  composé  un  ouvrage  peu  estimé  : 
Magnus  Theodorieus ,  ut  memini,  Topica ,  non  Aristotelis , 
sedr  Trecassini  Progonis   irridebat. 

Ludolpoe  premier  prieur  du  monastère  de  saint  André 
de  Bruges,  qui  dans  son  origine  n'étoit  qu'un  prieuré 
Gaii.  chr.  nov.  t.  dépendant  de  l'abbaye  d'Afflighem  ,  '  érigé  depuis  en  ab- 
5,  p.  269.  baye,    fut    ensuite    fait    abbé   d'Oostbrouck.  11   florissoit    en 

-!  i  05  ,  et  doit  avoir  vécu  jusqu'en   -H20.  Il  est  auteur  d'une 
lettre  sur  l'origine  de  saint  André. 

Mab.  ann.  i.  5,  i.  ttulcuerede  qui  de  moine  '  de  saint  Martin  de  Seez  ,  dc- 

h^t.ni.55,*p.58i;   JP  vint  abbé  de  Scrobcsburi   en   Angleterre,   étoit  plein  de 

ib.  i.  io,  p.  781.  zeje    et  habiie  interprète  de    l'écriture    sainte  :   In    divink 

tractalibus  explanator  profitais.  C'est  le   témoignage  que  lui 

rend  Ordric  Vital.   Cet    historien    rapporte  que  Fulcherede 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  269       XII SIECLB 


ayant  été  choisi  par  les  abbés  et  les  prêtres,  pour  prêcher 
dans  une  grande  fête  qui  se  célébra  à  Glocestrc  le  premier 
d'août  de  l'an  -H  00,  il  parla  avec  beaucoup  de  force 
sur  les  malheurs  qui  alloicnt  accabler  le  royaume  d'Angle- 
terre,  et  sembla  annoncer,  comme  s'il  eût  prophétisé,  la 
mort  funeste  du  roi  Guillaume  qui  fut  tué  le  lendemain  à 
la  chasse,  en  poursuivant  un  cerf.  Nous  n'avons  de  Fulehe- 
rede  que  le  fragment  ou  extrait  du  sermon  qu'il  fit  en  cette 
occasion.  Il  mourut  vers  l'an  -H 20. 

Pibon  '  moine  de  saint  Mansuy  de  Toul  en  Lorraine,  An.  ...  t.  •?,  p. 
est  auteur  d'un  petit  écrit  intitulé ,  Tractatus  de  translatione  108"' 1092' 
secunda  sancti  Mansueti ,  imprimé  par  les  soins  de  Dom 
Martenne.  C'est  une  espèce  de  notice  ou  une  petite  his- 
toire de  la  seconde  translation  de  saint  Mansuy,  faite  en 
-1104,  par  l'abbé  Thiemare,  avec  l'agrément  de  l'évêque 
Pibon.  Mais  elle  n'a  été  écrite  qu'après  la  mort  de  l'abbé 
et  du  prélat,  et  ainsi  après  l'an  -H 4 5,  puisque  Thiemare 
vivoit  encore  en  cette  année,  selon  '  D.  Mabillon.  L'au-  Ann.  i.  72,  n.  100. 
teur  commence  ainsi  sa  narration  :  «  Après  avoir  parlé  en 
»  peu  de  mots  de  la  vie  et  des  actions  de  notre  B.  P.  saint 
»  Mansuy,  nous  nous  proposons  d'écrire  sa  seconde  trans- 
»  lation,  d'en  expliquer  le  sujet;  et  de  rapporter  de  quelle 
»  manière  elle  s'est  faite.  »  On  voit  par  ces  paroles  que 
Pibon  avoit  aussi  écrit  la  vie  de  saint  Mansuy,  et  que  l'his- 
toire de  la  seconde  translation  n'est  qu'une  addition  et  une 
suite.  Lorsqu'on  eut  indiqué  le  jour  de  cette  cérémonie, 
qui  se  fit  au  mois  de  juin  de  l'an  -H 04;  les  seigneurs  et 
le  peuple  du  pays  y  accoururent  avec  autant  d'empresse- 
ment ,  dit  l'auteur,  que  si  on  leur  eût  annoncé  qu'ils  alloient 
voir  ressusciter  le  saint  évêque. 

Lambert  ,  évêque  de  Tournai  et  de  Noyon ,  mort  en 
W2\  ,  est  auteur  d'une  lettre,  par  lequelle  il  exhorte 
Secard  abbé  de  saint  Martin ,  qui  avoit  quitté  son  mo- 
nastère, à  revenir  en  prendre  la  conduite,  ou  à  donner  sa 
démission,  pour  pouvoir  en  élire  un  autre.  '  D.  Martenne  Marten.  anecd.  t. 
a  tiré  cette  lettre  d'un  manuscrit  de  saint  Martin  de  Tour-  7305!  '  '  ' P' 
nai,  et  l'a  insérée  parmi  ses  anecdotes,  D.  Maur  d'Antinne 
cite   dans   son  nouveau  Du  Cange,   une  charte   du   même 


m  mai.      270  JEAN, 

Lambert ,  qui  se  trouve  dans  le  eartulaire  de  l'abbaye  de 
saint  Quentin  en  l'Isle ,  en  faveur  de  laquelle  elle  a  été  don- 
née, Elle  est  datée  de  l'an  4422,  quoique  Lambert  soit  mort 
en  -H  21,  ce  qui  vient  apparemment  de  la  différente  manière 
de  commencer  l'année. 

Rogo    Fretellus  a   fait   un  ouvrage  sous   ce   titre,    Fre- 
tellus,  de  locis  sanctis ,  que  '  D.  Martenne  témoigne  avoir 
p'  vu   parmi  quelques  historiens  de  la  guerre  sainte,  dans  un 

manuscrit   de    la   bibliothèque    de    Marchienne.    Cet    écrit 
est  sans  doute  le  même  que  celui  qui  est  ainsi  cité  dans  M. 
cang.  indi.  auct.  Du    Cange    :    Rogo   Fretellus  Anliochenus   archidiaconus ,    de 
locis  patriarchii   Hierosolymitani  usque   ad    Arnulphum  III. 

Gaii.  chr.  nov.  t.  TTiRiEBOLDE  qui   fut    fait    Doyen   de  l'église    de  Cambrai, 
3.  P.  69.  JLVan   \\2\  ,   étoit  très-habile  dans  l'intelligence  de   l'é- 

criture; et  faisoit  souvent  des  exhortations  au  peuple. 
C'est  le  témoignage  que  lui  rend  Guibert  abbé  de  Nogent, 
qui  nous  le  représente  comme  un  missionnaire  :  Cùm  in 
scripturœ  scientia  copiosus  foret,  multos  circumquaque  faciebat 
ad  populum  sermones. 


JEAN, 

Moine  de  Beze. 

§1. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Jean  moine  de  l'abbaye  de   la  fontaine  de  Beze,  au  dio- 
cèse de  Langres,  et  aujourd'hui  dans  celui  de  Dijon,  fut 
élevé  dès  son  enfance  dans  ce  monastère.    Il  s'y  distingua 
surtout  par  son  goût  pour  les  livres,   et  par  le  zèle   qu'il 
eut  pour  en  amasser,   soit  en  les  copiant   lui-même,   soit 
chron.  Bez.,  t.  î,  en  les  faisant  copier.  '  C'est  en   qualité  de  sacristain  et  de 

Spicileg.  p.  659.  ,  ,  •  t  7        i-  •      •      i 

chantre ,    que    le    moine    Jean    s  appliqua    ainsi    à    procu- 
rer des  livres;  ce  qui   ne   doit   pas  cependant   s'entendre 


MOINE   DE   BEZE.  274 


III  SIECLE. 


comme  s'il  ne  s'agissoit  que  des  livres  concernant  l'office 
divin.   Son  soin  s'étendoit  également  aux  livres  de  piété  et 
de  science;  soin  qui   étoit  alors  attaché  à  son  emploi.  On 
voit  à  la  suite  de  son  épitaphe  l'énumération  des  livres  qu'il 
fit  copier ,  dont  le  nombre  est  considérable  pour  le  tems  où 
il  vivoit.   (4  )  C'est  tout  ce  que  nous  sçavons  de  sa  vie  ;  son 
épitaphe,  quoique  longue,  ne  nous  apprend  pas  d'autres  par- 
ticularités.   Nous    ignorons    même  l'époque   précise    de    sa 
mort,  que  nous  croyons  pouvoir  placer  vers  l'an  -H 20.  Il 
paroît  qu'il  vivoit  encore  en  l'an  \\\<è  ,  et  qu'il  mourut  sous 
l'abbé    Etienne,    auquel    Gérard    succéda  pour  le  plus  tard 
l'an  -H25.  Cet  abbé  voulant  remédier  à  la  négligence  qu'on 
avoit  eue  d'entretenir  les  livres  de  son  monastère  depuis  la 
mort  du  chantre  Jean,  fit  un  règlement,  par  lequel  il  obli- 
gea tous  les  prieurs  dépendans  de  son  abbaye  à  faire  une  re- 
devance annuelle  au  chantre,  pour  fournir  à  celte  dépense. 
Tous     y    concoururent     d'autant    plus     volontiers,     qu'ils 
croyoient  que  c'étoit  un  moyen  '  d'obtenir  la  rémission  de  n>.  P  665. 
leurs  péchés.  Cela  montre  l'idée  qu'on  avoit  alors  de  cette 
bonne  œuvre ,  et  du  mérite  qu'il  y  a  de  procurer  de  l'ins- 
truction par  la  lecture  des  bons  livres  (2).  Voici  l'épitaphe 
du  moine  Jean,  dans  laquelle  on  fait  son  éloge  et  celui  de 
l'abbé  Etienne,  en  rapportant  ce  qu'ils  ont  fait  l'un  et  l'autre 
pour  le  bien  de  leur  monastère  ;  l'un  en  réparant  les  édi- 
fices ,    et  augmentant  les  revenus ,  l'autre  en  l'enrichissant 
de  livres;  l'un  en  rétablissant  la  maison  du  Seigneur,  et  u»d.  p.  658, 659. 
l'autre  en  travaillant  à  l'embellir  et  à  l'orner. 

EPITAPHE. 

Ostendit  nobls  monachi  pia  cura  Jotaannis, 
Qualis  in  ecclesia  fuit  à  pumlibus  annis. 
Abbatis  Stepbani  studium  quserens  imitari, 
Plus  studuit  reliquis  ea  qux  bona  sunt  operarl . 

(11  Dans  le  catalogue  des  livres  que  le  moine  Jean  fit  copier,  on  marque  :  une 
grande  partie  de  Joseph  ;  saint  Augustin  sur  cinquante  pseaumes  ;  ses  confessions  : 
l'eumeron  de  saint  Ambroise.  ses  offices  ;  sur  les  sacremens;  sur  la  mort  de  son 
frère  Satyre;  son  traité  de  la  virginité  ;  le  pastoral  de  saint  Grégoire  ;  sur  les  mi- 
racles ;  la  vie  de  saint  Gai,  et  plusieurs  autres  vies  ;  des  actes  des  martyrs,  la  vie 
de  saint  Léon  ;  saint  Jérôme  sur  Sophonie,  Aggée,  etc. 

(2)  Omnes  ver'o  abedientiarum  prœpositi  huic  decrelo,  quod  eis  in  remissionem 
peccatorum  injungebatwr.  assenserunt,  et  libenter  se  hoc  acturos  promiserunt. 


m  siècle.      272  JEAN, 

Abbas  ecclesiam  venerabiliter  renovavit, 
Desertasque  domos,  veluti  patet,  aediflcavit. 
Hic  partem  cupiens  ipsius  habere  laboris, 
Libris  scribendis  operani  dédit  omnibus  bons. 
Stephanus  ecclesiae  possessa  suae  duplicavit, 
Dùm  reditus,  fundos  et  praedia  multiplicavit. 
Hic  rerum  custos  sibi  crédita  dùm  benè  servat, 
Multiplici  studio  libros  studiosus  acervat. 
Stephanus  ecclesiae  thesauros  ampliûcavit, 
Omnia  septa  ferè  meliùs  mutando  locavit. 
Hic  rerum  custos,  dùm  curis  invigilavit, 
Plus  in  ea  reliquis  custodibus  aediflcavit. 
Stephanus  ecclesiam  ditem  de  paupere  fecit, 
Quain  meliùs  statuendo  superflua  quaeque  rejecit. 
Cujus  et  iste  sequens  factum  non  degeneravit, 
Dùm  res  ecclesia;  pro  posse  suo  decoravit. 
Stephanus  ecclesiae  caput  extendit  super  amnem. 
Novimus  auxilium  simul  impendisse  Johannem. 
Cuisque  modo  famulando  suo  dat  plurima,  proque 
Fine  sui  cursus  bravio  lit  dignus  uterque. 
Ecclesiae  Domini  dilexit  uterque  decorem, 
Dùm  pro  posse  sui  famulatûs  praestat   honorem. 
Fidus  uterque  cliens  Domini  sepelire  talentum 
Noluit,  ex  uno  dùm  quaerit  reddere  centum. 
Vila  patris  Stephani  pustoribus  est  imitanda  : 
Vita  Johannis  erit  non  immérité  memoranda. 
Hic  erit  exemplo  praelatis,  iste  sequendus, 
Quis  in  officio  suus  est  successor  habendus. 
Nos  igitur,  qui  tôt  tanti  bona  patris  habemus, 
Quique  Johannis  opus  tôt  florida  scripta  videmus, 
Expansis  régi  manibus  qui  régnât  ubique, 
Conférât,  oremus,  meritum  pietatis  utrique, 
Ut  qui  justiflcat  majores  atque  pusillos 
Connumeret  patriae  cœlestis  civibus  illos. 


§  II. 
SES  ÉCRITS. 

Jean  est  auteur  d'une  chronique  de  son  monastère,   que 
D.  Dachery  a  fait  imprimer  dans  le  premier  tome  de  son 
spicilége.  Quelques  critiques  ont  voulu  lui  enlever  cet  ou- 
vrage, 


MOINE  DE  BEZE.  275      xn  sibixb. 


vrage,   pour   en   faire    honneur   à  un    anonyme    qui   auroit 
vécu  après  le  milieu   du    huitième   siècle.    La   raison    qu'en 
donnent  ces  critiques  est  que  l'auteur  de  la  chronique'  ,  qu'on  chron.  B«e,  p. 
attribue  au    moine  Jean,   en  rapportant  un  événement   ex- 
traordinaire ,    et   le    quatrième    ravage   de    son    monastère , 
arrivé  vers  l'an   754 ,  dit   l'avoir    appris   de  témoins  ocu- 
laires ;  ce  qui  ne  peut  convenir  à  un  écrivain  mort  dans  le 
douzième  siècle.   Cette   raison,    l'unique  qu'on  allègue,  est 
plus  spécieuse   que  solide.  Ne   sçait-on  pas  que  les  auteurs 
des  chroniques  ne  font  souvent  que  copier  les  faits ,  et  les 
rapportent  tels  qu'ils  les  trouvent  dans  leurs  mémoires,  sans 
rien  changer  dans  les  expressions?  C'est  ainsi   que   l'auteur 
de  la  chronique   de   Beze  a  transcrit    dans   son    ouvrage   le 
fait  rapporté  par  un  écrivain  qui  l'avoit  appris  de   témoins 
oculaires,   et    en  a  conservé  jusqu'aux  paroles.  '  La  preuve  ib.  p.  504. 
en  est  évidente  par  rapport  à  notre  auteur  ;   car  outre  que 
quelques  lignes   après  il  parle  de   l'empereur  Louis   le  Dé- 
bonnaire, qui  n'a  commencé  à  régner  qu'en  8L4 ,  il  dit  plus 
bas  '  qu'il  va  rapporter  les  différens  ravages  faits  dans  son  p-  5Î6- 
monastère,  jusqu'à  celui  des  Normans ,  qu'il  appelle  la  dé- 
solation de  la  désolation ,   selon  ce  qu'il  a  trouvé  écrit  dans 
les  anciennes  chartes  de  la  maison.   (\  )  Dans  la  description 
qu'il  fait  de  ces  ravages ,   voici    de   quelle  manière  il  parle 
du    quatrième.    «  '  Le  quatrième,    dit— il ,    arriva    du  temps  P.  s»i. 
>  de    Rémi ,    frère    du   Roi  Pépin ,   père  de  •  Charlemagne , 
»  par    une    certaine    femme   nommée    Angla ,    à   qui    ledit 
»  Rémi  avoit  donné  ce  lieu ,  comme  nous  l'avons  déjà   rap- 
»  porté  plus  haut.  »  '  L'auteur  après  cela  renvoyé  son  lecteur 
à  ce  qu'il  en  a  dit  ;  puis  il  ajoute  que  le  monastère  demeura 
dans  cet  état,  jusqu'au  temps  d'Alberic  qui  le  rétablit,  c'est- 
à-dire  jusqu'en  830.  Ce  fut  du  moins  en  cette  année  qu'il 
obtint  de    Louis    le   Débonnaire  une    charte  confirmative  de 
ce  qu'il  avoit  fait.  Enfin  il  raconte  tout  de  suite  la  dernière 
désolation  du   monastère  de  Beze,    qui   fut  pillé   et    ravagé 
par  les   Normans ,  l'an  888.  Qu'on  fasse  attention   à   cette 
description,  et  l'on  verra  que  celui  qui  a  écrit  le  ravage  fait 
par  les  Normans  en  888 ,  est  le  même  que  celui  qui  a  rap- 

(11  Dicamug  \Qitur.  meut  in  antiquis  membranuli*  nostris  vix  recolHgfre  po- 
(uimui,  quamoau  tt  à  quibus  seilxes  Uevaaalum  Ht,  ut  tandem  ad  liane  *l- 
timam  tt  atrocistxmam  desolalionem  paulb  htiiU  difTfrendam  acetdamut. 

2  0      Tome  A.  M  m 


III  SIECLE. 


274  JEAN, 


porté  l'événement  de  l'an  754 ,  et  le  quatrième  ravage  de 
son  monastère  ,  puisqu'il  dit  lui-même  qu'il  en  a  fait  mention 
plus  haut  :  Unde  et  nos  in  superioribus  mentionem  fecimus. 
L'auteur  de  la  chronique  de  Beze  n'est  donc  pas  un  anonyme 
qui  auroit  vécu  après  le  milieu  du  huitième  siècle ,  puis- 
qu'il écrit  encore  vers  la  fin  du  neuvième  après  l'an  888. 
Mais  comment ,  dira-t-on ,  un  auteur  qui  a  rapporté  sur 
la  foi  de  témoins  oculaires ,  un  événement  arrivé  en  754 , 
aura-t-il  pu  écrire  après  l'an  888  ?  11  faudroit  pour  cela  qu'il 
eût  vécu  pour  le  moins  un  siècle?  La  réponse  est  aisée;  c'est 
qu'en  rapportant  l'événement  de  l'an  754 ,  il  n'a  fait ,  selon 
l'usage  assez  ordinaire  des  chroniqueurs,  que  de  le  transcrire 
tel  qu'il  l'a  trouvé  dans  un  écrivain  plus  ancien  que  lui , 
qui  l'avoit  lui-même  appris  de  témoins  oculaires.  On  pour- 
roit  peut-être  insister  et  prétendre  que  cette  chronique  est 
l'ouvrage  de  plusieurs  mains,  et  qu'elle  a  été  continuée 
par  différens  auteurs.  Cela  pourroit  être.  Mais  néanmoins 
si  l'on  veut  bien  faire  attention  que  l'auteur  dans  sa  pré- 
face donne  le  plan  de  son  ouvrage,  qu'il  l'exécute  comme 
il  l'a  tracé,  sans  s'en  écarter,  qu'on  voit  partout  la  même 
manière  de  rapporter  les  choses ,  et  le  même  style ,  on  con- 
viendra sans  peine  que  c'est  l'ouvrage  du  même  auteur , 
et  celui  de  Jean  moine  de  Beze.  Car  quoique  M.  Papillon 
ait  prétendu  prouver  par  une  dissertation  insérée  dans  le 
quatrième  tome  de  la  continuation  des  mémoires  de  litté- 
chron.  Bez.  p.  ratlire  et  d'histoire  '  imprimé  à  Paris  en  4  727,  que  la  con- 
Fab.  bib.  med.  et  jecture  sur  laquelle  D.  Dacheri  et  '  D.  Mabillon  se  sont  ap- 

inf   Lat  I    Q     p  , 

56i.  '    '  puyes  pour  attribuer  cette  chronique  au  moine  Jean  ,  est  in- 

certaine ,  il  paroît  évident  par  le  témoignage  de  celui  qui  l'a 
continuée  qu'il  en  est  le  véritable  auteur.  (Et  assurément  il 
méritoit  une  place  dans  la  bibliothèque  des  écrivains  de  Bour- 
gogne .  )  Quel  sens  en  effet  peut-on  donner  à  ces  paroles  du 
continuateur  de  la  chronique  de  Beze ,  qui  après  avoir  fait 
le  catalogue  des  livres  que    le   moine   Jean   avoit   ou   copié 

spic.  t.  î,  p.  660.  lui-même,  ou  fait  copier,  ajoute  :  '  Istum  etiam  librum  de 
diversis  rébus  et  cartis  composuit.  Peut-on  désigner  d'une 
manière  plus  claire  la  chronique  dont  il  s'agit  ? 

Cette  chronique  et  celle  de  saint  Bénigne  de  Dijon  sont 
si  semblables ,  qu'il  faut  nécessairement  que  celle  de  Beze 
ait  été  copiée  sur  celle  de  Dijon,   ou  celle    de   Dijon  sur 


MOINE  DE  BEZE.  275      xn  sikcle. 


celle  de  Beze.  C'est  sur  quoi  les  sçavans  sont  partagés.  An- 
dré de  Valois  et  le  P.  le  Cointe  sont  d'un  sentiment  op- 
posé. 

Pour  résoudre  la  difficulté ,  il  n'est  question  que  de  sça- 
voir  quelle  est  la  plus  ancienne  des  deux  chroniques.  Car 
il  est  certain  que  la  plus  récente  a  été  faite  sur  celle  qui 
l'a  précédée.  '  D.  Rivet  s'est  déjà  déclaré  en  faveur  de  l'a-  Hist.  litt.  t.  i,  p. 
nonyme  auteur  de  la  chronique  de  saint  Bénigne,  comme 
étant  le  plus  ancien ,  puisqu'il  n'a  poussé  son  ouvrage  que 
jusqu'à  l'an  4  052.  Il  ajoute  qu'environ  un  siècle  après  que 
cet  anonyme  eut  fini  son  ouvrage ,  Jean  moine  de  Beze , 
entreprenant  aussi  d'écrire  la  chronique  de  son  monastère, 
le  prit  tellement  pour  modèle,  qu'il  en  copia  littérale- 
ment la  préface  et  plusieurs  autres  longs  morceaux.  Quoi- 
qu'il n'y  ait  pas  un  interval  aussi  long  entre  la  chronique 
de  saint  Bénigne  et  celle  de  Beze ,  que  D.  Rivet  semble 
le  marquer ,  nous  nous  rendons  à  son  sentiment ,  et  nous 
pensons  que  celle  de  saint  Bénigne  a  servi' de  modèle  au 
moine  Jean ,  qui  commence  la  sienne  dans  les  mêmes  ter- 
mes que  l'auteur  de  la  chronique  de  saint  Bénigne,  ne 
faisant  que  substituer  le  nom  de  son  monastère  à  celui  de 
saint  Bénigne.  Il  ne  le  copie  néanmoins  pas  toujours  ser- 
vilement dans  ce  qu'il  emprunte  de  lui.  '  Il  déclare  que  P-  *9"- 
pour  ne  pas  donner  lieu  à  ceux  qui  lui  succéderont,  de 
se  plaindre  de  la  négligence  de  son  temps ,  comme  il  y  avoit 
lieu  de  la  reprocher  à  leurs  prédécesseurs  ,  il  entreprenoit 
de  leur  transmettre ,  quoique  d'un  style  impoli  et  grossier, 
l'histoire  de  la  fondation  de  son  monastère,  de  son  anti- 
quité ;  de  faire  connoître ,  autant  qu'il  a  pu  l'apprendre , 
les  dons  faits  par  les  rois ,  les  évêques ,  les  ducs ,  les  com- 
tes, et  autres  personnes  illustres,  pour  exciter  la  reconnois- 
sance  des  moines  envers  leurs  bienfaiteurs,  et  les  engager 
à  prier  Dieu  pour  eux.  Voilà  quel  est  son  dessein  qui  est 
assurément  très-louable.  Il  entre  ensuite  en  matière,  et  com- 
mence sa  chronique  par  le  régne  de  Clovis,  qui  défit  Sia- 
grius,  et  établit  la  monarchie  Françoise,  en  chassant  les 
Romains  des  Gaules.  Comme  cette  partie  de  la  chronique 
de  Beze  se  trouve  toute  entière  dans  celle  de  saint  Béni- 
gne, l'éditeur,  pour  ne  point  répéter  inutilement  les  mê- 
mes choses,   a   retranché  tout  ce  qui  précède  la  fondation 

M  m  ij 


III  SIECLE. 


276  JEAN,   MOINE  DE  BEZE. 


du  monastère  de  Beze ,  faite  l'an  600 ,  sous  le  régne  de 
Clovis  II,  par  le  Duc  Amalgaire.  L'auteur  de  cette  chro- 
nique, suivant  le  plan  qu'il  s'est  proposé,  s'attache  parti— 
culiérememt  à  ce  qui  regarde  son  monastère  ;  il  fait  la  des- 
cription du  terrein ,  dans  laquelle  il  n'a  pas  oublié  la  belle 
fontaine  qui  forme  une  rivière  à  sa  source,  fournit  une  grande 
abondance  de  poissons,  et  produit  des  herbes  qui  dans  des 
tems  de  disette  servent  de  nourriture  aux  pauvres.  Il  fait 
le  détail  des  donations  que  fit  le  fondateur,  et  continue 
son  histoire ,  rapportant  tous  les  différens  événemens ,  de- 
puis la  fondation  jusqu'à  son  temps  :  en  sorte  que  cette 
chronique  n'est  proprement  que  l'histoire  et  le  recueil  des 
chartes  du  monastère  de  Beze.  Son  continuateur  en  a  donné 
une  idée  fort  juste  par  ces  paroles  :  Istum  etiam  librum  de 
chron.  p.  606,  i  diversis  rébus  et  cartis  composuit.  '  Il  conduit  sa  chronique 
Mab.gann.  1.  67,  jUSqU»au  temps  de  l'abbé  Etienne,  sous  lequel  le  monastère 
de  Beze  fut  si  florissant,  que  sa  réputation  s'étendit  non 
seulement  par  toute  la  France ,  mais  même  jusqu'à  Borne. 
La  communauté  étoit  composée  de  soixante  religieux  ;  et 
on  en  comptoit  de  plus  quarante  qui  habitoient  au  dehors 
dans  des  celles  particulières.  Plusieurs  d'entr'eux  furent 
choisis  pour  gouverner  d'autres  monastères.  De  ce  nombre 
furent  Gui  abbé  de  saint  Michel  de  Tonnerre,  Henri  de 
Saint  Seine,  Eustase  de  saint  Eloi  de  Noyon,  Godefroi 
de  saint  Jean  de  Beome,  etc. 

Quoique  l'objet  principal  de  l'auteur  de  la  chronique  de 
Beze  soit  de  rapporter  ce  qui  concerne  cette  abbaye,  on 
y  trouve  cependant  plusieurs  traits  importans  pour  l'histoire 
de  Bourgogne  et  des  évêques  de  Langres.  Nous  remarque- 
rons en  finissant,  que  cette  chronique  a  été  continuée  à 
peu  près  sur  le  même  plan,  mais  d'une  manière  moins  in- 
téressante pour  l'histoire  générale,  jusqu'au  temps  de  Geo- 
froi  qui  étoit  abbé  de  Beze  en  -1253  et  en  -1255. 


ALBERT  D'AIX.  277      In  sncLB 


ALBERT     D'AIX. 

\  lbert    ou    Alberic ,    chanoine    et  gardien  '    de    l'église  Cu$to$    œdituui 

sacritia. 
Gall.  chr.  n 
1.  p.  310.  I 
Belg.  p'  38. 


-f*-d'Aix     en     Provence,    Aquensis,   et  non   d'Aix-la-Cha-  Gau^chr.  n 
pelle  au  diocèse  de  Liège ,  comme   le  prétend  Valere  An-  j^g-  ^•1^8I  Bibl 
dré,   a   composé  une  histoire  de  la  première  croisade,  qui 
commence  en  4095,  et  finit  en  la  seconde  année  du  règne 
de  Baudouin  du  Bourg  roi  de  Jérusalem.  Il  est  vraisemblable, 
selon  '  Vossius,  que  cet  auteur  qui  paroît  être  le  plus  an-  vos»,  dehist.  ut. 
cien  historien  de  cette  guerre,  finit  ses  jours  en  la  même      ' c' 48' 
année  qu'il  termina  son  histoire ,  c'est-à-dire  la  seconde  an- 
née du  règne  de  Baudouin  second  du  nom,  et  troisième  roi 
de  Jérusalem.  Mais  ce  prince   ayant    été  couronné    roi    de 
Jérusalem  le  jour  de  Pâques  de  l'an  444 8 ,  la  seconde  année 
de  son  régne  doit  concourir  avec  l'année  -M  20,  et  non  avec 
l'année  4448,  comme  le  marque  '  Vossius.   Ainsi  nous  ne  voss.  ib. 
pouvons    placer   la    mort    d'Albert,    dont    nous    convenons 
volontiers  avec  le  P.  Pagi  que  l'année  est  incertaine,   avant  Pag.  ad  an  1129, 
l'an  4-120.  Oudin   dans   son  supplément,  avance  qu'Albert 
a  continué  son  histoire  jusqu'en  l'an  4426,  en  quoi  il  se 
trompe  très-certainement,  et   nous  donne  lieu   de   croire, 
qu'il  ne  s'est  pas  donné  la  peine  de  jetter  les  yeux  sur  cet 
ouvrage. 

'  Albert  avoit  toujours  eu  grand  désir  d'aller  en  personne  i«  1.  c.  1. 
à  l'expédition  de  la  terre  sainte  ;  mais  divers  obstacles  l'en 
ayant  empêché,  il  entreprit  d'écrire  ce  qu'il  en  avoit  ap- 
pris par  le  canal  de  ceux  mêmes  qui  en  avoient  été  té- 
moins; afin  d'accompagner  au  moins  d'esprit  et  de  cœur 
ceux  qu'il  ne  pouvoit  accompagner  de  corps  dans  cette 
expédition  :  ut  vel  sic  non  in  otio,  sed  quasi  in  via,  si  non 
corpore,  at  Ma  mente  conscius  essem.  Il  a  partagé  son  ou- 
vrage en  douze  livres,  qui  contiennent  l'histoire  de  vingt 
cinq  ans,  depuis  l'origine  de  cette  célèbre  entreprise,  qui 
vient  de  Pierre  l'hermite,  du  diocèse  d'Amiens,  jusqu'en 
4420.  L'histoire  d'Albert  est  une  des  mieux  détaillées  et 
des  mieux  circonstanciées  que  nous  ayons  de  la  croisade  : 
Il  y  rapporte  des  fait3  considérables  qu'on  ne    trouve   pas 

2  0* 


xusiECLE.      278  ALBERT  D'AIX. 


Franc. 


ailleurs,  ou  du  moins  qu'on  ne  trouve  pas  si  bien  expli- 
qués. Ce  qui  fait  voir  qu'il  avoit  consulté ,  comme  il  le 
dit,  (4  )  des  personnes  très-instruites,  et  des  témoins  fidèles 
des  événemens  qu'il  raconte.  On  peut  juger  par-là  de  ce 
qu'il  faut  penser  de  Sandius,  qui  dit  qu'Albert  n  ecrivoit 
qu'en  -H  84.  Si  Albert  n'avoit  écrit  son  histoire  qu'en  -H  84  , 
auroit-il  trouvé  alors  des  témoins  qui  avoient  vu  les  choses 
arrivées  depuis  l'an  -1095,  qu'il  commence  son  ouvrage, 
jusqu'en  -H 20  qu'il  le  finit?  Le  style  de  cet  auteur  est  simple 
et  naturel  :  il  ne  faut  point  y  chercher  la  pureté  du  lan- 
gage ;  mais  on  y  trouve ,  comme  dans  la  plupart  des  histo- 
Gest.  Dei  per  riens  de  la  croisade ,  '  selon  la  remarque  de  celui  qui  en  a 
donné  le  recueil,  la  vérité  toute  nue,  sans  ornement  et  sans 
artifice.  (2)  Tout  ce  qu'on  peut  reprocher  avec  fondement 
à  Albert,  c'est  de  n'avoir  pas  eu  soin  de  marquer  les  années 
des  événemens  qu'il  décrit.  Un  autre  défaut  que  j'y  trouve, 
est  d'avoir  souvent  défiguré  les  noms  propres  :  par  exemple, 
Gaston  de  Bearn  y  est  toujours  appelle  Gastur  de  Berdeh, 
etc. 

Reiner-Reineccius  a  publié  pour  la  première  fois,  sans 
nom  d'auteur,  l'ouvrage  d'Albert  l'an  -1584,  à  Hemstad, 
sous  le  titre  de  Chronique  de  Jérusalem  :  Chronicon  Hiero- 
solymitanum  de  bello  sacro.  Cette  édition  en  deux  vo- 
lumes m-4°.  est  très-rare.  David  Haeschelius  découvrit  dans 
sa  préface  sur  l'Alexiade,  le  nom  de  l'auteur  de  la  chronique 
publiée  par  Reineccius;  et  après  lui  Jacques  Gretser  dans 
un  manuscrit  de  la  bibliothèque  de  saint  Martin  de  Lou- 
vain.  Depuis  cette  découverte,  l'ouvrage  a  été  publié  avec 
le  nom  de  l'auteur,  dans  le  recueil  des  historiens  de  la  croi- 
sade ,  que  Bongars  a  donné  au  public  l'an  \  64  \  ,  avec  ce 
titre  :  Gesta  Dei  per  Francos.  L'histoire  d'Albert  cha- 
noine et  gardien  de  l'église  d'Aix,  tient  le  cinquième  rang 
dans  le  premier  tome  de  ce  recueil,  depuis  la  page  484, 
jusqu'à  la  page  38-1  (2). 

(1)  Decrevi  saltem  ex  Us  aUqua  memoriœ  commendare,  quœ  auditu  et  revela- 
tione  nota  fièrent  ab  his  qui  prœsentes  ad  fuissent. 

(2)  Bi  quamvis  rusticule,  sine  fuco  et  fallaciis,  nudam  et  incontammatam  ve- 
ritaiem  exhibent. 


GUI  CHANCEL.  DE  L'EGL.  DE  NOYON.    279      xtI  SIKCLE. 


GUI, 

CHANCELIER  ET  TRESORIER 

de  l'Eglise  de  Noyon. 

G  m  a  vécu  sous  l'épiscopat  de  Baudri ,    et  sous  celui  de  a™,  de  régi  de 
.1  .  .-./»       ..  »  j'  i        Noyon,    p.    1317, 

Lambert,    mort    en    -H 20.    H    a    compose    une   decla-  ms. 

ration  sommaire  de  l'église  de  Noyon ,  qui  est  dédiée  à 
Robert  doyen  de  la  même  église.  '  Peut-être  est-il  encore  ind.  auct. 
auteur  de  l'ouvrage  rapporté  sous  ce  titre,  par  M.  du 
Cange  :  Guidonis  magistri  summa  dictaminum.  Du  moins 
nous  ne  connoissons  point  d'autre  Gui  à  qni  on  puisse  l'attri- 
buer. D'ailleurs  personne  n'étoit  plus  propre  à  composer 
un  écrit  de  la  nature  de  celui  dont  il  est  question,  qu'un 
chancelier  dont  l'office  étoit  de  dresser  toutes  les  lettres, 
les  chartes,  les  diplômes,  et  autres  actes  qu'il  falloit 
expédier.  La  qualité  de  maître,  qui  est  donnée  à  l'auteur 
convient  au  chancelier  de  l'église  de  Noyon.  Tout  chan- 
celier portoit  le  titre  de  maître  ;  et  on  ne  donnoit  cet  em- 
ploi qu'à  ceux  qui  avoient  long-tems  exercé  celui  de  scho- 
lastique ,  et  conduit  les  écoles.  Ces  raisons  nous  portent 
à  croire  que  le  chancelier  de  Noyon  pourroit  bien  être 
auteur  de  cet  ouvrage.  On  a  parlé  d'un  semblable  écrit 
dans  le  septième  volume  de  l'histoire  littéraire,  Le  lecteur  p.  393  et  594. 
peut  le  consulter. 


III  SIECLE. 


280  LEGER, 


LEGER, 
Archevesqde  de  Bourges. 


HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Léger     succéda     à     Audebert,      ou     Hildebert,      arche- 
vêque de  Bourges,   mort  l'an  4  096.   '  Toutefois  le  sen- 

Àlless.  Rer.  Aqmt.      •  ,        ,  , 

1. 10,  c.  10.  p.  465.  tnnent  le  plus  commun  est   que  Léger  ne  tut    place  sur  ce 

"em'a  seT0' ai'  si^°e  9uel'an  'l  097  ,  et  même  selon  Henriquez ,  'en  4098. 
Il  le  tint  jusqu'à  l'année  4420,  qui  fut  celle  de  sa  mort, 
arrivée  le  34  de  mars.  Léger  assista  l'an  4  099  au  concile 
de  Rome ,  'que  le  pape  Urbain  II  tint  la  troisième  semaine 
après  Pâques.  11  se  trouva  l'an  4  440  avec  les  évêques  et 
les  abbés  de  sa  métropole ,  à  celui  de  Fleuri ,  ou  de  saint 
Benoit  sur  Loire,  auquel  présida  Richard  évêque  d'Albane. 
Il  écrivit  de-là  une  lettre  à  Pierre  évêque  de  Germon t  en 
Auvergne,  au  sujet  de  la  division  qui  ré^noit  entre  l'abbé 
de  Mauriac  et  les  religieux.  Cette  lettre  qui  est  fort  courte , 

spicii.  1.2,  p.  760.  se  trouve  dans  la  chronique  de  saint  Pierre  le  Vif.  '  Léger 
envoya  l'an  4  442  un  député  au  concile  de  Latran ,  dans 
lequel  les    investitures  furent  condamnées  ;   et  assista   avec 

,bi(1-  ses  sullragans  à  celui  de   Beauvais  tenu  en  44  44.  Nous  ne 

doutons  point  que  le  métropolitain  de  Bourges,  qu'Or- 
dric  Vital  appelle  Leother,  ne  soit  le  même  que  Léger; 
ainsi  il   fut  l'un  des  huit  archevêques  de  France ,   qui  avec 

Marien.  anecd.  t.  plusieurs  évêques ,  composoient  le  '  concile  de  Reims  tenu 
par  le  pape  Caliste  II  1  an  '4  4  4  9.   Léger  survéquit  à   peine 

souch.  not.  ia  op.  un  an ,  étant  mort  le  54  mars  de  l'année  suivante.  '  Il  fut 
enterré  au  monastère  d'Orsan  ,  dont  il  peut  être  regardé 
comme  le  fondateur.  Cette  maison  est  la  seconde  de  l'ordre 
de    Fontevraud ,    que   ce  prélat  avoit    toujours    favorisé   de 

Andr.  cosn.  G.iii.  son  vivant.  '  Il  avoit  été  fort  attaché  au  bienheureux  Ro- 
bert d'Arbrissel,  qui  étoit  mort  quelques  années  aupara- 
vant dans  ce  monastère  :  il  lui  rendit  visite  pendant  sa  ma- 
ladie, et  se  chargea  de  faire  transporter  après  sa  mort  son 

corps 


ARCHEVESQUE  DE  BOURGES.     28J 


XII  SIECLE. 


corps  à  Fontevraud.  Il  voulut  même  l'accompagner;  et 
après  ses  obsèques,  il  fit  dans  le  chapitre  des  religieuses 
un  discours  sur  les  vertus  de  leur  saint  instituteur.  Ce  dis- 
cours ou  oraison  funèbre  est  cite  par  le  P.  d^  la  Main- 
fcrme  dans  son  Bouclier  de  l'ordre  de  Fontevraud ,  '  et  dans  T.  1,  p.  30  et*7.i 

j.       .  .  1  n  ii"  .,  I.  î,   p.    401,    et 

d  autres  auteurs  plus  anciens.  On  en  a  publie  un  en  Iran-  SUiT; 
çois,  avec  la  vie  du  bienheureux  Robert,  l'an  458G.  Mais 
M.  Baluze  soutient  que  l'archevêque  de  Bourges  ne  peut 
être  auteur  de  ce  discours;  parce  qu'il  y  est  fait  mention 
des  hérétiques  Albigeois ,  de  s.  Dominique,  du  pape  Inno- 
cent III ,  et  du  roi  Philippe  Auguste.  Comment  en  effet 
Lcger  auroit-il  pu  parler  de  s.  Dominique,  d'Innocent  III 
et  de  Philippe  Auguste  qui  n'étoient  pas  encore  au  monde, 
lorsqu'il  fit  cette  oraison  funèbre  en  \\\11  II  ne  paroît  pas 
possible  de  se  tirer  d'une  semblable  objection.  Faut-il  donc 
rejelter  avec  M.  Baluze  ce  dicours,  comme  étant  fausse- 
nt ni  attribué  à   Léger  archevêque  de  Bourges?  //  se   trouve 

parmi  les  morceaux  qu'on  nous  a  conservés  de  cet  '  eloqe  Pu-  Dissert,  apoioget. 

-i  ?  î    77  »  <    î        i   •         7  •   „   e      7   ] ,  i     imprimée  à  Anvers 

nebre ,   de  trop  belles  choses  a   la  aloire  du  sumt  fondateur  de  en  noi,  not.  p.  5, 

l'ordre  de  Fontevraud,  pour  que  les  enfans  animés  d'un  juste  el  suiv- 
zèle    pour    l'honneur  de    leur   saint   patriarche  ,    n'en   sou- 
tiennent pas  l'authenticité.   Aussi  le  religieux  de  cet  ordre, 
qui    a  fait  l'apologie  du    bienheureux   Hobert  contre  Bayle, 
dans   une  dissertation    en    forme  de  lettre,  entreprenl-il  se 
prouver  que  ce  discours    est  de    l'archevêque   de   Bourges. 
Pour    cela    il    avoue   d  abord   «  qu'il  y  a   quelques  fourures 
»  dans  ce  que  cite  Ives  Magïstri  qui  a  parlé  de  cette  oraison 
»  funèbre,   et  qui  en  a  fait  l'analyse;  »  et  il  ajoute  que  ce 
n'est  pas  sur  ce  qui  est  dit   ;cs  Albigeois,   qu'Ives   a  mis 
quelque  chose  du  sien;    ce  qu'il  prouve  en  faisant  voir  que 
ces    hérétiques  étoient    nés    avant    la    mort  du  bienheureux 
Robert,  que  ce  saint  missionnaire  les  avoit  combattus  dans 
ses  prédications,  et  qu'ainsi  Léger  a  pu  en  parler  dans  son 
oraison   funèbre.   Mais  il  n'est  pas  si  aisé  de  répondre  sur 
ce  qui  est  dit   dans   le   discours  de   l'archevêque    touchant 
saint  Dominique,  Innocent  III,  et  Philippe  Auguste.  Néan- 
moins comme   il   semble  qu'on    ne   puisse   pas  douter   que 
Léger  n'ait  fait  un   éloge  funèbre  du   bienheureux  Robert, 
ce  fait  étant  attesté  par  des  auteurs  anciens,  qui  en  citent 
même  des  extraits,  nous   croyons   qu'on   pourroit    recen- 

Tome  X.  .N  n 


xii  siècle.       282  LE  B-   THEODGER,    OV  DIETGER, 

cosnier,  in  Fontis  noîfre  la  pièce  citée  par  '  Cosnier  et  par  Ives  Magistri ,  an- 

Ebraldi    exordio  ,      •  i       _•  ir>  j  ,  ,   .,  ,, 

p.4i,etseq.p.  126.  CI(?n    chroniqueur   de    Fontevraud,    pour    le   véritable    ou- 
vrage de  Léger,  en  avouant  qu'il  y  a  des  foururcs. 

LE    BIENHEUREUX 

THEODGER,     ou    DIETGER, 

EVESQDE    DE    METS. 
§    I- 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

^ ^heodger,   ou    Diotger,    appelle    Theogerus   par    les    La- 
lins,    et    Theok:irus    par   les   Allemands,    frère  de    Fol- 
mare  comte  de  Mets,  reçut  l'habit  monastique  des  mains  de 
Mab.  ann.  t.  5, 1.  Guillaume',  dans  l'abbaye  d'Hirsange  au  diocèse  de   Cons- 
chr.  noy.  t.  s,  p".  lance'.   Comme  il    étoit    habile   dans    les  lettres   divines    et 
M°a°b.' ibid.  |  Hist.   l>uniaines,   l'abbé  le  chargea    avec    un   au  re    sçavant    reli- 
Lorr.  1. 1,  p.  1175.  gjeux  nomme  Hcrinon,   de   travailler  à  corriger   les    fautes 
qui    s'étoient  glissées    par    la   négligence    des    copistes    (fans 
les  livres  saints  de  l'ancien  et  du  nouveau  testament.  N'é- 
tant encore  que  diacre,  il  fut  fait   prieur  du  monastère  de 
Rcichenbach,    et    reçut    peu    après  l'ordre    de   prêtrise.    Le 
respect   qu'il    avoit  pour  les   saints   mystères,   étoit  si   vif, 
et  lui  inspiroit  une  si  grande  frayeur,  qu'il  en  étoit  saisi,  et 
Mab.  ib.  tomboit   presque  en  défaillance,   lorsqu'il  mettoit  l'étole  '  : 

Quo  munere  tanta  eum  révèrent  ici  fungebatur,  ut  cum  stolam 
collo  imponeret,  prœ  nimio  tremore  pêne  deficeret.  Theod- 
ger  fut  fait  abbé  de  saint  Georges  dans  la  forêt  noire,  l'an 
4088.  Il  se  conduisit  dans  le  gouvernement  de  ce  mo- 
Mab.  ib.  nastere  avec   beaucoup  de   fermeté.  '  Zélé  pour  la   pratique 

des  régies,  il  en  donnoit  l'exemple,  et  les  faisoit  obser- 
ver. Sévère  à  lui-même,  il  le  fut  aussi  à  l'égard  des  autres, 
jusqu'à  ce  qu'une  infirmité  occasionnée  par  une  chute  de 
cheval,    lui  fit  comprendre  que  la  conduite  d'un  supérieur 


EVESQUE  DE  METS.  233       msiEcu. 


doit  être  mêlée  d'indulgence.  Après  avoir  gouverne  son 
monastère  pendant  près  de  vingt-huit  ans  ,  il  fut  choisi  vers 
l'an  1117  ou  1118,  pour  être  mis  sur  le  siège  de  Mnts  à 
la  place  d'Adalheron  qui  s'en  étoit  emparé,  et  qui  oppri- 
moit  cette  église.  Thcoclger  ayant  appris  son  élection  , 
en  fut  consterné,  et  mit  tout  en  œuvre  pour  qu'elle  n'eût 
pas   lieu.  '  Ceux  qui    l'avoient  élu,    n'ayant   aucun  égard  à  Mab.  ann.  t.  6,  l. 

/  /    /  73   n    34  et  35 

son  refus  et  à  ses  raisons ,  et  son  élection  ayant  été  con- 
firmée dans  un  concile  tenu  à  Cologne  l'an  1118,  par  Co- 
non  cardinal,  légat  du  pape,  il  fut  obligé  de  céder  à  une 
si  grande  autorité,  et  de  se  soumettre.  11  reçut  peu  après 
l'ordination  épiscopalc  des  mains  du  légat  :  mais  jamais  il 
ne  put  prendre  possession  de  son  église,  à  cause  de  la  ré- 
sistance des  habitans  de  Mets,  qui  tenoient  le  parti  d'A- 
dalberon.  L'auteur  de  la  chronique  de  Saxe  semble  cepen- 
dant dire  le  contraire,  en  marquant  qu'après  avoir  essuyé 
bien  des  insultes  de  la  part  des  partisans  de  l'empereur,  '  Mab.  ib. 
il  mourut  dans  le  Seigneur,  et  fut  enterré  dans  l'église 
qu'il  avoit  gouvernée,  Mais  cet  auteur  se  trompe,  et  ce 
qu'on  lit  dans  les  autres  historiens,  fait  voir  que  Theodger 
ne  put  prendre  possession  de  l'église  de  Mets,  et  qu'ainsi 
il  ne  la  gouverna  jamais. 

Tritheme  qui  a  sans  doute  tiré  ce  qu'il   dit   touchant  ce 

saint  évêque ,  de    l'auteur  anonyme  '  qui  écrivit  sa  vie  par  chronic.  Hirsaug. 
.     ;,,',,„,  ,.     .   ,      j  .  \  ,  ,-,  ad  an.  1087.1  Mab. 

ordre  de  1  abbe  Erbon  disciple  du  saint,  rapporte  qu  il  as-  ann.  t.  6, 1.  73,  n. 
sista  au  concile  tenu  à  Heiins  l'an  1119,  par  Caliste  H,  1U- 
et  qu'il  accompagna  ce  pape  jusqu'à  l'abbaye  de  Cluny  , 
où  il  passa  quatre  mois  après  le  départ  du  pape,  unique- 
ment occupé  de  la  méditation  des  choses  divines  et  de  la 
prière.  11  y  fut  attaqué  le  quatrième  mois  d'une  fièvre  qui 
l'emporta  le  29  d'avril,  et  fut  enterré  dans  l'église  de  saint 
Pierre.  Tritheme  ajoute  qu'il  se  fit  plusieurs  miracles  sur 
son  tombeau;  mais  cet  auteur  se  trompe  visiblement  sur 
l'année  de  sa  mort  qu'il  met  en  1119  ;  ce  qui  ne  peut  être, 
puisqu'elle  n'arriva,  selon  Tritheme  lui-même,  qu'après  le 
concile  de  Reims.  Or  si  Theodger  assista  au  concile  de 
Reims  tenu  sur  la  fin  d'Octobre  de  l'année  1119,  s'il  sui- 
vit le  pape  à  Cluni ,  et  mourut  quatre  mois  après  que  le 
saint  père  en  fût  parti  pour  se  rendre  à  Rome,  sa  mort  ne 
peut  être  placée  au  moi-  d'avril  1119  ,  mais  au  mois  d'avril 

N  n  ij 


XII  SIECLE. 


n>.  hlst.  de  Lorr. 
Meurisse,  p.  390. 


28i         LE  B.   THEODGER,   OU  DIETGER, 

de  l'année  suivante,  comme  Dodechin,  l'auteur  de  la  chro- 
nique de  Saxe ,  le  P.  Mabillon  et  autres  écrivains  la  pla- 
cent. '  D.  Calmet ,  sur  l'autorité  de  Meurisse,  historien  de 
Mets ,  avance  quelques  faits  sur  Theotger ,  qui  ne  sont 
point  conformes  à  ce  que  nous  venons  de  rapporter.  «  On 
»  ignore,  dit-il,  ce  que  fit  Theotger  durant  son  épiscopat; 
»  on  doute  même  qu'il  se  soit  fait  sacrer  évèque.  On  assure 
»  que  l'amour  de  la  solitude  et  de  la  vie  comtemplative  le 
»  porta  à  renoncer  à  l'épiscopat  en  \  120,  et  à  se  retirer  dans 
»  l'abbaye  de  Cluni ,  où  il  vécut  encore  quelques  années , 
»  et  mourut  enfin  comme  un  saint,  «  Dieu  ayant  fait  éclater 
»  plusieurs  miracles  par  son  mérite  à  son  tombeau.  »  On 
ne  peut  douter  que  Theotger  ne  fût  sacré,  puisqu'il  le  fut  en 
effet  par  le  légat  Conon  assisté  des  archevêques  de  Saltz- 
Lourg  et  de  Magdebourg ,  et  de  deux  autres  évèques , 
comme  le  marque  le  P.  Mabillon  ,  sur  la  foi  d'un  manus- 
crit qui  lui  avoit  été  communiqué  par  le  P.  Papebroc, 
avec  lequel  on  sçait  qu'il  éloit  lié.  Ce  manuscrit,  quoi- 
qu'imparfait ,  nous  apprend  tout  ce  que  nous  sçavons  de  la 
vie  de  ce  saint  prélat ,  écrite  par  un  de  ses  disciples.  Elle  est 
divisée  en  deux  parties,  et  finit  à  l'année  H4  9. 


§  H- 
SES  ÉCRITS. 


Hist.  de  Lorr.  1. 1,  <  rneEOTGER         écrivit     plusieurs     ouvrages     de     piété, 
p'115'  »    -L  dit     D.     Calmet,    plusieurs    lettres    spirituelles,     des 

»  commentaires  sur  les  pseaumes,  des  conférences  ou  ho-v 
»  mélies  pour  l'instruction  des  novices,  un  traité  de  la 
»  musique,  et  quelques  autres  ouvrages.  »  De  tous  ces 
ouvrages,  le  plus  connu  est  le  traité  de  la  musique',  dans 
lequel  il  traite  de  son  invention,  des  nombres  et  des  pro- 
portions avec  assez  de  délicatesse ,  subtiliter.  C'est  le  juge- 
i09i.Bern.Pez.  ment  qu'en  porte  l'anonyme  de  Moleh.  '  D.  Bernard  Pez 
î%19.1'  m'  ayant  trouvé  cet  écrit  de  Theotger,  sous  ce  titre,  Inci- 
pit  musica  Theotgeri  episcopi,  parmi  les  manuscrits  du  mo- 
nastère de  Tegernsée  en  Bavière,  a  cru  faire  plaisir  aux 
sçavans ,  en  donnant  le  prologue  de  cet  ouvrage ,  qui  est 
fort    court.   L'auteur  y  loue  Pythagore  comme   l'inventeur 


Ch 
anecd 
Isag. p 


EVESQUE  DE  METS.  285 


XII  SIECLK. 


de  la  musique  parmi  les  Grecs  ;  Boece  et  le  moine  Gui , 
comme  deux  sçavans  qui  ont  travaillé  à  perfectionner  cette 
science.  Dans  cet  ouvrage  sur  la  musique,  Theotger  traite 
la  matière  plus  du  côté  de  la  théorie,  que  de  la  pratique. 
C'est  le  jugement  qu'en  porte  M.  l'abbé  Le  Beuf.  Dissert,  sa  r  rhist 


de  Paris,  t.  S,  p. 
115. 


HUGUES 

DE    SAINTE    MARIE, 
Moine  de  Fleuri. 


h: 


HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

ugces   de   sainte    Marie,     ainsi    appelle    du    nom    d'un 
village  appartenant  à  son    père,    où    éloit    une    église 
dédiée  à  la  sainte  Vierge ,  '  embrassa  la  vie  monastique  dans  Note  du  mss.  de 
l'abbaye  de  saint  Benoît   sur   Loire,  et  s'y    rendit   célèbre    !  '   uro,*96s- 
par  son  sçavoir,  vers  la  fin  du  onzième  siècle.  C'est  presque 
tout  ce  que  nous  sçavons  de  la  vie  et  des  actions  de  cet  au- 
teur, qui  ne  nous  est  connu  que  par  son  nom  ,  sa  profession 
et  ses  écrits.  Le  plus  considérable  de  tous  par  la  solidité 
et   l'exactilude,  est   son  traité  de  la  puissance  royale  et   de 
la  dignité   sacerdotale ,   que  '  M.   Baluzc  a  imprimé  dans  le  Miscei.  t.  4,  p.  9, 
recueil  des  anciens  monumens.   Hugues  l'adressa  à  Henri  I,  Jusqu 
roi  d'Angleterre,  par   un  prologue   ou  préface  qu'il    mit   à 
la  tête.  Le  dessein  de  Vauteur  est  d'appaiser  les  disputes  qui 
divisoient  les  deux  puissances,  et  de  combattre  l'erreur   de 
ceux   qui  croyant  sçavoir  ce  qu'ils  ignoroient,  renversoient 
l'ordre  de  Dieu.  Ce   que  notre  auteur  appelle   erreur   avec 
raison,  et    ce  qu'il  entreprend  de  combattre,  est  le  senti- 
ment de  ceux  qui  prétendoient  que   la  puissance  temporelle 
n'a  point   été  établie    de    Dieu,  mais  par   les   hommes,  et 
qui    en    conséquence    mettoient    la    dignité   sacerdotale  au 
dessus  de  Ja  royale,  quoiqu'elle  lui  doive  être  soumise,  non 
en  dignité,  mais  par  l'ordre  de  Dieu  (I  ).  Hugues  se  flatte 

(1)  OrdinemhDeo  diipo$itum  evertunt,  dilm njHnantur te  teire  quod  ncteivvt. 


xii siècle.       286  HUGUES   DE   SAINTE  MARIE, 

qu'après  qu'il  aura  dissipé  les  nuages  de  cette  erreur,  on 
se  rendra  peut-être  à  la  vérité  et  aux  dogmes  qu'il  appelle 

Miscei.  ib.  p.  10.  divins  :  '  divinis  dogmatibus  acquiescent.  Il  traite  de  sacri- 
lèges et  de  Pharisiens  les  partisans  de  l'erreur  qu'il  entre- 
prend de  réfuter  :  ce  sont  des  furieux  qui  ne  cherchant 
qu'à  satisfaire  leur  fureur,  renversent  l'ordre  établi  par  Dieu 
même,  et  entretiennent  entre  les  puissances  des  divisions 
qui  mettent  le  trouble  dans  l'église  que  Jesus-Christ  a  ra- 
chetée de  son  sang.  Quel  nom  notre  auteur  donneroit-il 
aujourd'hui,  s'il  vivoit,  à  ceux  qui  non  contens  de  ren- 
verser l'ordre  de  Dieu ,  en  avançant  que  la  puissance  tem- 
porelle vient  des  hommes  et  non  de  Dieu,  détruisent  en- 
core la  puissance  ecclésiastique  ;  et  qui  aussi  ignorans  qu'ils 

voit,  dans  un  li-  sont   impies,    attribuent    aux    Vandales  '  la  distinction    des 

belle  qui  a  pour  U-     ,  r  „  ,     ,  •,. 

tre,  la  Vuix  du  Sa-  deux  puissances.  La  raison  qui  engagea  Hugues  a  dédier  son 
5e-  traité  au  roi   d'Angleterre,  é'oit  pour    lui    donner  plus   de 

poids  et  d'autorité  ;  et  il  suivoit  en  cela,  dit-il,  l'exemple 
des  sçavans,  qui  avoient  autrefois  coutume  de  présenter 
leurs  ouvrages  aux  rois  versés  dans  les  lettres.  Il  prie  sa 
majesté  de  l'examiner  avec  des  gens  sages,  pour  découvrir 
tout  ce  qui  mériteroit  d'être  corrigé.  Pour  ce  qui  est  de 
ces  téméraires  qui  renversent  l'ordre  des  choses,  il  prévoit 
que  son  ouvrage  ne  sera  point  de  leur  goût ,  tant  à  cause 
du  style  qui  leur  paroîtra  grossier,  que  parce  qn'il  combat 
leur  sentiment  :  car  hélas,  dit-il,  les  aveugles  de  cœur  se 
pl.iisent  pour  l'ordinaire  dans  leur  aveuglement  et  leur  té- 
mérité! Nam  cœcis  corde  plerumque  sua,  proh  dolor  !  cœcitas 
atque  temeritas  placet.  11  les  exhorte  cependant  à  ne  point 
s'offenser  de  son  style,  et  à  préférer  dans  son  discours  la 
vérité  à  l'éloquence.  Malïnt  veros  quàm  disertos  audire  ser- 
mones. 

Du  reste ,  il  sçait  qu'il  y  a  plus  de  sûreté  à  entendre  la 
vérité  qu'à  l'annoncer  soi-rnème  :  tutiùs  veritas  auditur , 
'quàm  prdœicatur ;  c'est  pourquoi  il  prie  les  évêques  et  les 
autres  prélats  de  l'église,  qui  liront  son  livre,  de  ne  point 
croire  qu'il  ait  la  présomption  et  la  témérité  de  vouloir 
les  enseigner,  eux  qui  sont  assis  dans  des  chaires,   et  ins- 

Putant  enim  quod  terreux  regni  dispositiu  non  à  Deo,  sed  ab  hnminibus  sit 
orainuta.  sive  dispnsita.  Et  ide'o  sa<erdntulim  dnjmtatem  majestati  regiœ 
prœfervnt,  vàm  et  subesse  ordme,  non  dignitate,  debîat. 


MOINE'DK  FLKURI.  287 


XII  SIECLE. 


truits  des  secrets  de  la  divine  Philosophie.  Ce  que  nous 
venons  de  rapporter  du  prologue  d'Hugues  de  Fleuri ,  ne 
peut  que  donner  une  idée  trés-avantageuse  du  traité  de  la 
puissance  royale  et  de  la  dignité  sacerdotale  :  il  est  divisé 
en  deux    livres.    Dans    le   premier,    après  avoir   établi   par 

l'autorité  de   l'apôtre,    que  tout   pouvoir   vient  de  Dieu;  cap.  1,  p.  12. 
qu'un  '  roi  est  dans  son  royaume,  ce  qu'est  la  tête  dans  le  cap.  2,  p.  13. 
corps  humain;  qu'il   est  '  l'image  de  Dieu  le  père,  comme  cap.  3,  ibid. 
l'évêque  est  celle  de  Jesus-Christ ,  il   explique  fort  au   long 
en  quoi  consiste  le  devoir  d'un  véritable  roi.'  Il  doit  era-  cap.  4,  p.  15. 
ployer  son  ministère  à   tirer  ses  sujets  de  l'erreur ,  et  à  les 
ramener  dans  les  voies  de  l'équité  et  de  la  justice,   en  quoi 
il  peut  être  très-utile  à  l'église.  Notre  auteur  remarque  d'a- 
près un  père  de  l'église',  dont  il  emploie  les  paroles,  sans  saint  Grégoire  le 
citer  la  source,  que   Dieu  donne  souvent  aux  peuples   des 
rois    pour   les    gouverner    tels    qu'ils  les   méritent,   (1)  et 
qu'il  y  a   quelquefois  une  si  grande  connexion  entre  les  mé- 
rites des  sujets  et  des  personnes  qui   les  gouvernent ,   que 
la  vie  des  sujets  devient  plus  déréglée  par  la  faute  de  celui  n>.  16. 
qui    les  conduit;    et    que  le   prince   change    de    vie  par  le 
mérite  de  ses  sujets.  '  Un  bon  roi  est  un  don   de  la   miséri-  P-  n. 
corde  de   Dieu ,  et    un  mauvais  est  donné   par  un  effet   de 
sa   colère;   selon    qu'il   est  écrit  ';  Je  vous   donnerai  un  roi 
dans  ma  fureur   :  et   ailleurs;    II  fait  régner  l'homme  hypo- 
crite à  cause  des  péchés  du  peuple.   Mais  quelques  soient  les 
rois  et  ks  princes,   il  faut  les  souffrir,  et  on  ne  doit  jamais 
avoir  la   témérité   de    s'  lever   contr'eux,   en  leur  résistant. 
En  suivant  le  précepte  de   l'apôtre  ',  si  nous  étions  sous   la  P.  is. 
domination    d'un    prince   payen ,   il    faudrait    l'honorer,    et 
souffrir  patiemment  tous  les  traiteme!  s  qu'il   pourrait  nous 
faire.   Il  nous  est  ordonné   de    prier  pour  eux,  et   non   de 
leur  résister.   C'est  par  la   prière,   et  non  pas  les   armes, 
qu'il  faut  résister  aux  mauvais  princes.  Saint  Ambroise  n'op- 
pns:i  à  la  persécution  de  l'impératrice  Justine,  que  les  prières 
continuelles  qu'il  faisoit  à  Dieu  jour  et  nuit.  '  C'est  une  lé-  P-  20. 
mérité  et   un  crime  pour  tout  prélat  de  prendre  les  armes 

(1*  Verumtnmen  secundùm  mérita  subditorum  tribuuntur  plerumqur  pemonœ   Grpg.  Mag.  mor. 
reyentium;  et  ila  nmiMiiiiqnàm  aibi  itHricem  connectiintur  mérita  snbditnrum   in  Job. 1.  25,  c.-iO. 
alifne  rectorum  ,    ut  tx   culjm  reclaris  fiât  ûeteriur  rila   subdituram   et  ex 
mentis  subditorum  mutetur  cita  recturum. 


msmcLB.       288  HUGUES   DE  SAINTE  MARIE, 


p.  n.  contre  un  roi  ou  un  empereur.   '  C'est  se   révolter  contre 

Dieu  même ,  que  de  résister  aux  puissances.  Quiconque 
meurt  en  portant  les  armes  contre  son  prince  ,  meurt ,  non 
nomme  un  martyr,  mais  comme  un  voleur  qui  subit  la 
peine  qu'il  mérite.  Mais  ce  n'est  point  à  dire  pour  cela  qu'on 
«toive  obéir  aux  puissances,  si  elles  commandoient  de  faire 
le  mal.  Si  les  disciples  de  Jesus-Christ  doivent  aux  princes 
l'obéissance  dans  les  choses  de  ce  monde,  ils  doivent  à 
Dieu  leur  innocence  (I).  C'est  pourquoi  si  un  chrétien  se 
trouvoit  dans  la  nécessité,  ou  de  blesser  l'innocence  et  la 
justice,  en  obéissant  aux  puissances,  ou  de  perdre  la  vie, 
en  refusant  de  leur  obéir,  il  doit  préférer  la  mort  à  une  vie 
périssable,  qu'il  ne  peut  conserver  qu'aux  dépens  de  sa 
conscience,  et  de  la  fidélité  qu'il  doit  à  Dieu.   (2) 

c.  6,  p.  «4.  'le  devoir  d'un  bon  roi  est  de  gouverner  son  peuple  dans 

l'équité  et  la  justice  et  de  défendre  l'église  de  tout  son  pou- 
voir. Il  doit  être  le  défenseur  du  pupile ,  le  protecteur  de  la 
veuve,  et  le  père  du  pauvre,  afin  de  pouvoir  dire  à  Dieu 
comme  Job  :  J'ai  été  l'œil  de  l'aveugle,  le  pied  du  boiteux; 
j'examinois  avec  soin  les  affaires  dont  je  7i'étois  pas  instruit. 
Il  doit  aimer  de  tout  son  cœur  le  Dieu  tout-puissant ,  qui  l'a 
choisi  pour  gouverner  des  milliers  d'hommes;  et  le  peuple 
qui  lui  est  confié,  comme  lui-même.  Il  est  encore  du  devoir 
d'un  grand  roi  d'orner  et  d'embellir  les  églises  de  son  royau- 
me ,  et  de  veiller  à  ce  que  le  culte  de  la  religion  s'y  conserve 
religieusement ,  à  l'exemple  de  Constantin  et  de  plusieurs 
autres  rois  et  princes.  Il  doit  avoir  les  quatre  vertus  princi- 
pales; la  soLriété,  qui  lui  fera  éviter  la  paresse,  tant  par  rap- 
port au  corps  que  par  rapport  à  l'esprit  ;  la  justice  qui  le  fera 
chérir  de  Dieu  et  de  tous  les  hommes  sensés  ;  la  prudence 
qui  lui  fera  faire  le  discernement  de  ce  qui  est  juste  et  in- 
juste ;  la  tempérance  qui  l'empêchera  de  tomber  dans  aucun 
excès.  Ce  n'est  point  assez  qu'il  soit  orné  de  verlus,  il  doit 
aussi  être  instruit  de  lettres,  afin  de  pouvoir  nourrir  son  es- 
prit par  la  lecture  des  livres  saints,  et  s'instruire  et  se  forli- 

(1)  Verùm  ad  malvm  perpetravduw ,  rtullus  pnlestntibus  débet  adhibere  can- 
srvsum  quia  si  Mis  dtbetur  à  Chrisli  culluiibus  terrena  militia,  Deo  debelur 
innocenlia. 

[i>  Uimi  si  jertè  enaelus  puer  il  rtliquis  christiunus.  ut  aut  eis  nbediendo, 
justitiw  vel  innocenlia}  régulant  infringal,  aul  quamlibet  pœtiam  aut  rrwrtem 
pro  contemlu  hujusmodi  solvat,  eligal  Deo  fidelis  anima  magi»  fugitivam  vi- 
tam  annttere,  quàm  reatum  peragere. 

fie 


MOINE  DE  FLEURI.      ...      289      x„  S1ECLB. 


fier  par  les   exemples   des  granls   hommes  anciens  et  mo- 
dernes.  Noire  autçur    propose  au*   rois  la   prière  de  Salo- 
mon,  pour  modèle  de   ce  qu'ils    doivent  demander  à  Dieu; 
et    il   y  joint  différens  textes  tires  des   livres  de  ce   roi   de 
Jérusalem,   pour  leur  servir  d'instruction.  '  11  veut   que  le  c.  7,  p.  28. 
prince   corrige    les    mœurs  de  tes    sujets,    en  les  exhortant 
et  leur  inspirant  la  crainte ,   et   en  leur  donnant  lui-même 
l'exemple   du   bien  :  qu'il   ait  de   la  considération  pour  les 
hommes  vertueux    et  sages;  qu'il  reçoive  comme  des  ora- 
cles  de   Dieu  les  avis  qui  lui   sont  donnés  par    de    saints 
personnages  :  qu'il  soit  libéral,  affable,  tranquille,  d'un  es- 
prit gai,  vrai  dans  ses  paroles,  modeste  dans  son  ris,   etc. 
qu'il  ait  une  langue  sçavante,  une  foi  pure;  qu'il  ait  en  hor- 
reur la  débauche,  l'envie,  et  la  cupidité  qui  est  la  source  de 
tous  les  maux  :  que  ses  ministres  soient  modestes,  hommes 
de  bon  sens  et  de  bons  conseils,  etc. 

A  l'égard  des  rois  qui  s'écartent  de  la  voie  de  Dieu,  notre 
auteur   dit  sagement  que  pour  les  ramener,   on  doit   em- 
ployer des  moyens  qui  soient   tels,    qu'on  honore  toujours 
en  eux  la  majesté  royale,    et   que   le   péché  cependant  soit 
puni  ('l  );  les  rois  n'étant  point,  par  leur  dignité  et  leur  puis- 
sance ,  exempts  de   suivre  les  loix  de  l'église ,  et  dispensés 
de  sa  discipline ,  à  laquelle  ils  sont  soumis  par  la  profession 
qu'ils  font  de  la   foi.  Ainsi   il  faut  les  reprendre  non  avec 
hauteur,    mais    charitablement,    et    avec    les    ménagemens . 
de  la  sagesse,  caritatis  affectu,    sapienterque.   Notre  auteur 
parle  ensuite  de  la   punition  que  Dieu  exerce  sur  les  rois  et 
les   princes,    qui   désobéissent  à   ses   commandemens   ';    il  es,  p.  sa. 
leur  arrive  ce  qui  arriva  au  premier  homme  après  son  pé- 
ché.  Aussitôt  qu'il  eût  désobéi   au  commandement    de  son 
créateur,   il  éprouva  on  lui-même  une  révolte  de  ses  mem- 
bres,    et    les   mouvemens    de    la    concupiscence    qui     s'é- 
leva  contre  sa   volonté.  Les  animaux  qui  avoient  été  créés 
pour  lui  être  soumis,    secouèrent  le  joug  de  son  empire, 
et  refusèrent  de   lui   obéir.    C'est   ainsi   qu'il  arrive  souvent 
que  les  sujets  d'un  roi  rébelle  à  Dieu  s'élèvent  contre  lui , 

(1)  Porr'o  Regibus  trunsgressnribus  modi  curatinnum  laie»  tunt  ndhxbendi.  ut 
et  majeslas  regia  m  ei<  honuretur.  et  redtus  puniatur  censura  justitiœ.  Sub  re- 
liqionit  eium  disciplina  regia  putes  ta"  pusUa  est.  .Vum  quamiis  stt  rex  pulet- 
talis  culmine  prœditus,  nod  >  tamen  christianœ  fidei  tenelur  adstriclus. 

2  f      Tome  X.  0  o 


XII  SIECLE. 


290  HUGUES  DE  SAINTE  MARIE, 


lui  tendent  des  embûches,  et  refusent  l'obéissance  qu'ils 
lui  doivent.  Pour  l'ordinaire  même  les  princes  prévarica- 
teurs périssent  misérablement. 

c.  9, p.33.  'Après  avoir  parlé  de  la  puissance  royale,   Hugues  passe 

à  la  dignité  sacerdotale,  dont  il  relève  le  ministère.  L'é- 
vêque  a  reçu  de  Dieu  et  de  Jesus-Christ  le  pouvoir  d'ou- 
vrir et  de  fermer  le  ciel  aux  hommes.  Les  rois  et  les  puis- 
sances lui  soumettent  leurs  têtes,  parce  que  quoique  les 
rois  et  les  empereurs  ayent  la  souveraine  autorité  sur  la 
terre,  cependant  ils  sont  liés  par  le  lien  de  la  foi  :  Quia  licèt 
rex  vel  imperator  culmine  pote  statis  sit  prœditus,  nodo  tamen 
fidei  tenetur  adstrictus.  L'évêque  doit  être  le  sel  de  la  terre  par 
sa  doctrine.  Il  est  roi  pour  conduire  le  peuple;  c'est  un  ange, 
parce  qu'il  annonce  une  bonne  nouvelle  ;  il  est  pasteur, 
parce  qu'il  nourrit  les   hommes   de  la   parole  de  Dieu.   En 

en,  p.  37.  parlant  des  mauvais  prélats',    il   se  plaint  de  ce  que  cette 

dignité  se  donne  plutôt  à  des  ambitieux  et  à  des  ignorans, 
qu'au  mérite,  ce  qui  déshonore  la  religion,  et  attire  le 
mépris  de  la  dignité  sacerdotale.  Il  y  en  a  quelques-uns 
d'eux,  dit-il,  qui  délivrent  du  serment  de  fidélité  qu'on  doit 

c.  12,  p.  38.  à  ses  maîtres,  ce  qui  absurde.  '  Il  combat  cet  abus  dans 
le  chapitre  suivant,  et  blâme  le  zèle  indiscret  des  pasteurs, 
qui  font  servir  la  rigueur  de  la  discipline  à  leur  haine  et 
à  leurs  passions,  dans  les  jugemens  qu'ils  prononcent,  soit 
contre  l'innocent,  soit  en  faveur  du  coupable  :  il  faut  donc 
examiner  sérieusement  les  causes,  et  exercer,  après  cet 
examen ,  la  puissance  de  lier  et  délier.  L'évêque  doit  bien 
prendre  garde  de  ne  pas  avilir  la  doctrine  qu'il  prêche  par 
la  manière  dont  il  vit  :  c'est  l'avilir  et  la  rendre  méprisable, 
que  de  n'y  pas  conformer  sa  vie.  Néanmoins  quelque  soit 
sa  conduite,  elle  n'autorise  point  à  mépriser  sa  personne 
et  sa  prédication.  Ce  seroit  mépriser  Jesus-Christ.  Les  fi- 
dèles doivent  donc  respecter  non  seulement  les  évêques , 
mais  encore  les  prêtres  et  les  clercs  ;  et  quand  même  il  y 
en  auroit  quelques-uns  de  répréhensibles,  tous  ne  sont  pas 
pour  cela  méprisables.  D'ailleurs  tous  les  hommes,  tant 
qu'ils  sont  dans  cette  chair  corruptible ,  sont  sujets  à  faire 
des  fautes.  Mais  Dieu,  afin  d'empêcher  que  les  crimes  ne 
se  multipliassent  par  l'impunité ,  a  établi  des  rois  sur  la 
terre ,  pour  les  punir  par  des  peines  capables  d'inspirer  de 


MOINE  DE  FLEURI.  294      xn  SIECLE. 


la  crainte  aux  hommes  qui  méprisent  ses  commandemens. 
Ce  seroit  une  piété  mal  réglée,  que  de  laisser  le  crime  im- 
puni, parce  que  ce  seroit  le  multiplier.  Cependant  les  juges 
doivent  se  conduire  avec  beaucoup  de  discrétion ,  et  pour 
cela  ils  doivent  être  instruits,  afin  de  discerner  ce  qui  doit 
être  puni,  et  ce  qui  mérite  quelqu'indulgence.  Ainsi  les 
rois,  les  empereurs  et  les  juges  ne  font  rien  contre  le  com- 
mandement, qui  défend  de  tuer,  soit  lorsqu'ils  condamnent 
des  criminels  à  mort,  soit  lorsqu'ils  font  la  guerre  pour  de 
justes  raisons. 

Comme  les  rois  sont  établis  de  Dieu  sur  la  terre,  pour 
la  punition  des  méchans,  de  même  les  évcques  le  sont  dans 
l'église,  pour  exercer  la  puissance  qu'ils  ont  reçue  à  l'égard 
des  pécheurs.  Il  en  est  que  l'évêque  doit,  selon  la  nature 
de  la  faute,  séparer  du  corps  et  du  sang  de  Jesus-Christ, 
et  leur  imposer  une  pénitence  qu'ils  accomplissent,  pour 
être  réconciliés  et  réunis  à  la  société  des  fidèles.  Il  est 
obligé,  par  le  devoir  de  sa  charge,  d'instruire  les  uns,  de 
corriger  les  autres,  d'en  excommunier  d'autres.  Quelque- 
fois il  diffère  de  reprendre,  soit  pour  attendre  un  temps  plus 
favorable,  soit  par  la  crainte  que  celui  qu'il  reprendroit  n'en 
devînt  plus  mauvais. 

Voilà  une  partie  des  maximes  que  notre  auteur  établit 
par  l'autorité  de  l'écriture  et  des  pères,  dans  son  premier 
livre,  où  il  fait  voir  que  toute  puissance  vient  de  Dieu,  el 
que  c'est  détruire  l'ordre  établi  par  Dieu  même,  que  de  ré- 
sister aux  puissances.  Comme  il  relève  la  puissance  tempo- 
relle dans  cet  écrit,  il  semble  qu'il  ait  voulu  prévenir  une 
objection  qu'on  pourroit  lui  faire  là-dessus,  et  se  justifier  par 
les  paroles  suivantes.  Je  ne  prétends  point,  dit-il,  établir 
qu'il  soit  permis  à  aucun  roi  ou  à  aucun  empereur,  de  faire 
quelque  chose  contre  les  commandemens  de  Dieu  et  les 
saints  canons;  '  mais  je  dis  que  comme  un  bon  chrétien  ne  ib.  p.  44. 
doit  point  obéir  aux  loix  des  rois,  lorsqu'elles  sont  con- 
traires à  celle  de  Dieu  ;  ainsi  on  fait  mal  lorsqu'on  n'obéit 
point  à  ce  qu'ils  ont  sagement  établi.  Car,  comme  dit  saint 
Augustin,  la  paix  de  toutes  choses  consiste  dans  la  tran- 
quillité de  l'ordre. 

'Hugues,   après  avoir  prouvé  solidement  dans  l'écrit  dont  Bai.  Mise.  1.  2, p. 
nous  venons  de  rendre  compte,  que  toute  puissance  vient  de 

0  0  ij 


XII  SIECLE. 


292  HUGUES  DE  SAINTE  MARIE, 


Dieu,  entreprit  de  faire  voir  par  un  second,  que  Dieu  a  établi 
et  placé  deux  puissances  dans  son  église,  la  royale  et  la  sacer- 
dotale; l'union  et  le  concours  de  ces  deux  puissances  étant  né- 

ii).  p.  50.  cessaire  pour  assurer  la  paix  et  la  tranquillité.  '  Ce  sont  deux  ai- 

les par  le  moyen  desquelles  l'église  s'élève  jusqu'au  ciel;  c'est 
par  les  pieux  soins  de  ces  deux  puissances  qu'elle  s'est  étendue 
depuis  une  mer  jusqu'à  l'autre.  Pour  prouver  ce  qu'il  avance, 

P.47,  48.  il  remonte  jusquà  Moïse  ',  puis  il  cite  Josué,  Samuel,  David, 

Salomon,  etc.,  comme  des  rois  qui  ont  travaillé  de  concert 

49^  avec  les  prophètes,  pour  l'établissement  de  l'église.  '  Il  donne 

le  nom  d'église  à  la  synagogue,  parce  que  ce  qui  arrivoit  alors 
étoit  la  figure  de  ce  qui  est  arrivé  depuis  à  l'église  établie  par 

50.  le  sang  de  Jesus-Christ  ',  dans  laquelle  les  prêtres  tiennent  le 

rang  que  les  prophètes  avoient  dans  la  synagogue.  L'ancien 
Testament  a  précédé  le  nouveau ,  comme  une  figure  et  une 
ombre  qui  a  été  dissipée  par  la  lumière  de  l'évangile.  Dieu 
qui  envoyoit  les  prophètes  sous  l'ancienne  loi,  a  envoyé 
son  fils  qui  en  a  établi  une  nouvelle,  en  répandant  son  sang 
pour  racheter  les  hommes  de  la  mort  éternelle,  et  les  déli- 
vrer de  la  captivité.  Ses  disciples  ausquels  on  a  donné  le  nom 
d'apôtres,  ont  prêché  cette  nouvelle  alliance  par  tout  l'uni- 
vers ,  et  ont  fondé  l'église  sur  Jesus-Christ  la   pierre  angu- 

52.  laire,  en  qui  les  deux  peuples,  les  Juifs  et  les  Gentils,   ont 

été  réunis  pour  n'en  faire  qu'un.  L'église  s'est  établie  au  mi- 
lieu des  persécutions  qu'elle  a  essuyées  de  la  part  des  empe- 
reurs payens,  pendant  l'espace  de  300  ans,  jusqu'à  la  conver- 
sion de  Constantin  qui  fit  fermer  les  temples  des  idoles,  et 
bâtir  des  églises.  Hugues  parle  à  ce  sujet  d'une  manière  con- 
forme aux  préjugés  de  son  siècle,  des  biens  et  des  honneurs 
que  cet  empereur  accorda  à  l'église  de  Rome.  Mais  quelques 
soient  les  prérogatives  par  lesquelles  les  empereurs  ont  re- 
levé la  dignité  épiscopale,  les  évêques  en  ont  reçue  une  bien 
plus  glorieuse  de  Jesus-Christ,  par  le  pouvoir  qu'il  leur  a  ac- 
cordé, d'ouvrir  et  de  fermer  le  ciel,  pouvoir  auquel  les  prin- 
ces eux-mêmes  sont  soumis. 

Il  est  du  devoir  des  évêques  de  reprendre  les  rois,  lors- 
qu'ils s'écartent  des  voies  de  la  justice,  et  de  les  y  ramener, 

m.  comme  on  le  voit  par  l'exemple  de  saint  Ambroise  '  ,  qui  sé- 

para de  la  communion ,  et  mit  en  pénitence  le  grand  Théo- 
dose tout  empereur  qu'il  étoit.   Cette  sévérité  à  l'égard  des 


MOINE  DE  FLEURI.  295      HI  MECir 


princes  est  d'autant  plus  nécessaire,  que  leur  exemple  est  ' 
plus  contagieux  et  plus  capable  d'entraîner  le  peuple.  Au- 
cun catholique  ne  peut  refuser  de  se  soumettre  aux  loix  de 
l'église ,  et  il  doit  obéir  au  prêtre  qui  lui  donne  des  avis 
salutaires.  Notre  auteur  insiste  beaucoup  sur  l'obéissance 
due  aux  évêques  successeurs  et  disciples  des  apôtres  :  en- 
suite il  revient'  à  ce  que  les  princes  ont  fait  en  faveur  de  55. 
l'église,  et  aux  services  qu'ils  lui  ont  rendus.  'Il  compte  par-  56. 
mi  ces  services  le  soin  qu'ils  ont  pris  de  lui  procurer  de  di- 
gnes pasteurs  :  il  en  cite  des  exemples.  C'est  pourquoi ,  dit- 
il,  le  grand  pape  saint  Grégoire  qui,  par  les  fleurs  de  son 
éloquence,  répand  encore  aujourd'hui  la  bonne  odeur  dans 
la  sainte  église,  ne  refusa  pas  d'obéir  à  l'ordre  de  l'empereur 
Maurice,  et  consentit  à  son  ordination.  Avant  lui,  saint 
Ambroise  avoit  accepté ,  par  ordre  de  Valentinien , 
la  prélature  de  l'église  de  Milan.  Saint  Ouen  et  saint  Eloi 
ont  été  de  même  élevés  à  l'épiscopat  par  le  roi  Dagobert, 
et  placés  l'un  sur  le  siège  de  Rouen,  l'autre  sur  celui  de 
Noyon.  Mais  l'église  voulant  s'opposer  aux  abus  qu'on  vit 
bientôt  naître,  et  mettre  une  barrière  à  l'ambition  de  ceux 
qui  par  le  moyen  de  l'argent,  obtenoient  cette  dignité  des 
princes  peu  religieux,  elle  défendit  dans  un  concile  d'or- 
donner un  évêque  sans  le  consentement  du  métropolitain. 
Les  papes  Gelase ,  Céleslin ,  Léon ,  s'élevèrent  contre  un 
pareil  abus,  en  faisant  défense  de  reconnoître  pour  évêque, 
celui  qui  n'auroit  pas  été  élu  par  le  clergé,  demandé  par 
le  peuple,  et  ordonné  par  les  évêques  de  la  province. 

'  Le  roi  doit  travailler  à  concilier  les  évêques ,  lorsqu'il  57. 
y  a  de  la  division  entr'eux.  Gela  fait  partie  des  obligations 
des  princes,  au  jugement  de  Hugues,  qui  cite  plusieurs 
exemples  pour  le  prouver.  Valentinien  le  jeune  assembla 
un  concile,  pour  examiner  les  accusations  formées  par  Bas- 
sus  contre  le  pape  Sixte,  dans  lequel  celui-ci  fut  justifié,  et 
son  accusateur  condamné.  Theodoric,  roi  d'Italie,  prit 
connoissance  de  l'affaire  qu'occasionna  dans  l'église  de 
Rome  l'usurpation  de  l'archidiacre  Laurent  qui  vculoit 
s'emparer  du  siège,  malgré  l'élection  canonique  de  Sym- 
maque.  A  ces  deux  exemples,  '  Hugues  ajoute  ce  que  fit  58. 
l'empereur   Othon   à    l'égard   d'Octavien.    De- là  vient  que 

2  1  * 


r  rIII  SIECLE. 


294  HUGUES  DE  SAINTE  MARIE, 


tous  les  évêques  du  royaume  (4  )  sont  soumis  au  roi  com- 
me un  fils  l'est  à  son  père,  en  vertu  de  l'ordre  établi 
de  Dieu  ;  afin  qu'il  n'y  ait  dans  un  état  qu'un  seul  principe 
de  gouvernement  duquel  tout  dépend ,  et  auquel  tout  se 
rapporte.  Enfin  il  appartient  au  roi  de  connoître  toutes  les 
plaintes  et  les  différends  qui  naissent  dans  ses  états,  d'exa- 
miner prudemment  toutes  choses,  de  corriger  ce  qui  mé- 
rite de  l'être ,  et  d'établir  la  paix  et  le  bon  ordre.  C'est 
pourquoi ,  dit-il ,  quelques-uns  blâment  Grégoire  VII  d'a- 
voir été  consacré  sans  en  avoir  préalablement  obtenu  la  per- 
mission et  l'agrément  de  l'empereur;  ce  qui  causa  tant  de 
désordres,  et  fit  répandre  tant  de  sang.  Et  par  malheur  il 
ne  se  trouve  personne  qui  discute  avec  précaution  cette 
matière,  qui  l'examine  prudemment,  et  qui  en  porte  un 
jugement  équitable.  On  blâme  aussi,  dit  notre  auteur,  le 
décret  par  lequel  le  même  Grégoire  VII  défend  de  rece- 
voir de  la  main  du  roi  ou  de  l'empereur,  l'investiture  d'un 
évêché  ou  d'une  abbaye.  La  raison  qu'il  en  donne,  c'est 
qu'il  y  a  eu  de  saints  personnages  qui  ont  reçu  l'investiture  des 
princes;  ce  qu'ils  n'auroient  pas  fait,  s'ils  avoient  cru  com- 
mettre i  n  cela  quelque  faute  :  et  Dieu  n'auroit  pas  fait  con- 
noître leur  sainteté  par  tant  de  miracles.  Mais  les  princes 
du  siècle  auxquels  leur  grandeur  inspire  de  l'orgueil ,  se 
prévalent  souvent  de  leur  rang,  pour  faire  le  mal  impuné- 
ment; et  sous  prétexte  qu'il  ne  sont  soumis  à  aucune  puis- 
sance,  ils  rejettent  les  sages  avis  des  médecins  spirituels, 
qui  pourroient  leur  être  salutaires.  Ils  n'en  agiroient  pas 
ainsi,  s'ils  craignoient  Dieu  et  le  feu  qui  est  préparé  au  dé- 
«o.  mon  et  à  ceux  qui  l'imitent.  'Hugues  s'excuse  ici  sur  la  li- 

berté qu'il  semble  se  donner  de  critiquer  la  conduite  des 
personnes  constituées  en  dignité,  et  se  justifie  par  l'exemple 
de  saint  Paul  qui  reprit  saint  Pierre.  Reprenant  ensuite  sa 
matière,  il  cite  le  décret  du  pape  Nicolas,  qui  prescrit  ce 
qu'il  faut  observer  dans  l'élection  du  pape,  et  en  particu- 
lier les  égards  qu'on  y  doit  avoir  pour  l'empereur ,  confor- 
ma, mément  au  précepte  de  saint  Pierre  '  :  Subjecti  estote  omni 

(1)  Régi  rite  subjacere  videntur  omnes  regni  ipsius  episenpi.  sicut  patri  filius 
deprchenditur  esse  subjeetus,  non  vatura  sed  ordine,  ut  universxtas  regni  ad 
unu-in  redxgatur  principium. 


MOINE  DE  FLEURI.  295 


XII  SIECLE. 


humanœ  creaturœ ,  propter  Deum,  sive  régi  quasi  prœcellenti, 
etc.  '  Hugues  veut  que  chaque  puissance  conserve  les  64. 
prérogatives  qui  lui  sont  attachées  (1);  que  les  évoques  65. 
imitent  l'exemple  que  Jesus-Christ  leur  chef  a  donné;  qu'on 
honore  la  puissance  royale.*' Le  Roi,  dit-il,  doit  être  le  dé-  es. 
fenseur  de  l'église,  c'est  pourquoi  il  doit  être  respecté,  non- 
seulement  des  prélats ,  mais  de  tous  ceux  sur  lesquels  il 
a  autorité.  Ce  respect  est  dû  au  rang  que  Dieu  lui  a  donné. 
On  a  tort  d'objecter  qu'il  y  a  peu  de  bons  princes,  et 
qu'il  en  est  beaucoup  de  mauvais.  C'est  Dieu  qui  les  place  : 
il  les  souffre  pour  exercer  ses  élus.  Nous  devons  donc 
aussi  les  souffrir  nous-mêmes,  quelqu'injustes  qu'ils  soient, 
non  par  crainte,  mais  par  charité  et  par  amour  pour  celui 
qui  les  a  mis  sur  nos  têtes  :  Toleremus  malos  caritate  illius 
qui  eos  7iobis  œquo  judicio  prœtulit,  atque  prœposuit.  Legem 
quippe  non  implet  nisi  caritas.  Mais  il  ne  faut  pas  que  le 
respect  qui  est  dû  aux  puissances,  nous  engage  à  leur  obéir, 
lorsqu'elles  nous  font  des  commandemens  injustes.  Nous 
devons  alors  leur  répondre,  qu'il  faut  obéir  à  Dieu  plutôt 
qu'aux  hommes,  sans  craindre  tous  les  mauvais  traitemens 
dont  ils  pourroient  nous  menacer  (2).  Notre  auteur  en 
finissant,  fait  mention  d'un  écrit  qu'il  avoit  déjà  composé 
sur  le  même  sujet.  Cet  écrit  n'est  autre,  comme  il  y  a  lieu 
de  le  croire,  que  la  première  partie  du  traité  des  deux  puis- 
sances. Nous  nous  sommes  étendus  dans  l'extrait  que  nous 
venons  d'en  donner,  parce  que  l'importance  de  la  matière 
nous  a  paru  l'exiger.  Nous  sommes  persuadés  que  cet  ex- 
trait ne  déplaira  pas  au  lecteur.  Il  y  verra  avec  plaisir  que 
dans  un  siècle  où  la  malheureuse  division  qui  regnoit  entre 
les  deux  puissances,  causoit  tant  de  maux  et  tant  de  scan- 
dales ,  et  faisoit  souvent  avancer  de  part  et  d'autre  tant  de 
maximes  fausses  et  dangereuses,  il  y  avoit  cependant  des 
gens  sensés  qui  sçavoient  démêler  le  vrai,  et  marcher  entre 
les  deux  extrémités  opposées.  Le  traité  de  Hugues  en  est 
une  preuve.  Cet  écrit  dans  sa  brièveté  est  très-propre  à  don- 
ner des  idées  justes  des  puissances  que  Dieu  a  établies  ;  de 

(1)  Decet  igitur  ut  uniruique  potestati  suce  autoritalU  privilegium  sibi  sem- 
per  saluum  et  incolume  ferseueret. 

(2)  Denique  si  per  eos,  id  est.siper  pnwns  prœlatos,  diabolus  nos  instigat 
verbo,  aut  urget  tormento  ut  malum  peragamus ;  mox  illis  respondeamus,  quia 
obedire  Deo  oportet  magis  quàm  hominibu». 


m  sieclb.      296  HUGUES  DE  SAINTE  MARIE, 

leurs  droits,  de  leurs  prérogatives;  et  de  l'obéissance  qui 
leur  est  due.  Le  sage  et  judicieux  auteur  de  ce  traité  éta- 
blit tout  ce  qu'il  avance  sur  l'autorité  de  l'écriture  et  des 
pères,  surtout  de  saint  Ambroise,  de  saint  Augustin  et  de 
saint  Grégoire,  dans  les  écrits  desquels  on  s'apperçoit  aisé- 
ment qu'il  étoit  très-versé.  En  puisant  dans  ces  sources  pures, 
qui  lui  étoient  très-familieres ,  et  en  suivant  des  guides 
si  éclairés,  il  a  évité  les  écueils.où  tant  d'autres  écrivains  de 
ce  tems  sont  tombés,  les  uns  en  attaquant  la  puissance 
ecclésiastique ,  les  autres  en  attaquant  la  puissance  sécu- 
lière. 

2°.  Un  autre  écrit  d'Hugues  de  sainte  Marie ,  plus  con- 
sidérable pour  le  volume,  est  son  bistoire  ou  sa  chronique, 
intitulée  Hugonis  Floriacensis  monachi  chronicon.  Elle  est 
divisée  en  six  livres,  dont  le  premier  comprend  un  abrégé 
de  l'histoire  des  Juifs  depuis  Abraham  jusqu'à  Jesus-Christ. 
p.  2,  etsuiv.  '  Hugues  y  traite  des  anciennes  monarchies  qui  ont  suc- 
cédé les  unes  aux  autres  pendant  ce  long  espace  de  temps, 
jusqu'à  la  mort  de  Jules  César.  Il  fait  connoître  les  rois  qui 
ont  régné,  et  commence  par  Ninus  roi  des  Assyriens  :  les 
grands  hommes  du  paganisme  y  trouvent  leur  place;  la 
fable  n'y  est  pas  négligée;  mais  il  passe  légèrement  dessus, 
n'en  parlant  qu'autant  que  cela  entre  dans  6on  dessein,  qui 
est  de  faire  voir  la  conduite  de  Dieu  sur  les  hommes  pen- 
dant les  différons  âges  du  monde  jusqu'à  Jesus-Christ. 

Le  second  livre  qui  est  précédé  d'une  longue  préface , 
contient  l'histoire  des  Scytes,  des  Amazones  et  des  Par- 
thes.  Dans  le  troisième,  Hugues  donne  la  suite  des  em- 
pereurs Romains ,  depuis  Auguste ,  sous  lequel  Jesus-Christ 
vint  au  monde,  jusqu'à  Domitien.  Sous  chaque  empereur 
il  rapporte  les  papes ,  les  hommes  apostoliques,  les  persé- 
cutions, les  martyrs,  les  confesseurs,  les  docteurs,  les 
hérésies ,  les  conciles.  Il  garde  la  même  méthode  dans  les 
livres  suivans ,  qui  sont  tous  distingués  par  des  préfaces  par- 
ticulières. L'auteur  conduit  son  histoire  jusqu'à  Charles  le 
Chauve. 

On    auroit    tort   de    regarder    cette    chronologie    comme 
une  compilation  de  faits  extraits  des  auteurs  sans  goût ,  et 
arrangés  sans   art.    Hugues  ayant  dans   la    bibliothèque   de 
son  monastère  les  principaux  historiens  et  les  écrits  néces- 
saires 


MOINE  DE  FLEURI.  297 


XII  SI      .E. 


faires  pour  son  dessein,  il  s'appliqua  à  les  lire,  à  les  com- 
parer ensemble,  à  en  exprimer  ce  qu'il   appelle   le  suc    di 
vrai,   medullam  veritatis  (4  ).  S'il  fait   des  extraits,    il   le* 
fait  en  habile  historien,  qui  sçait  les  placera  propos,   et  se 
les  approprier.    Il   paroît   qu'il  avoit   devant  les   yeux   Eu- 
trope,    Justin,    Orose,    Grégoire   de  Tours,    Eginard,    Paul 
diacre,   Aimoin ,  et  plusieurs  autres  mémoires  qui  ne  sont 
point  parvenus  jusqu'à  nous.    Ce   qui   fait ,    comme    le   re- 
marque l'éditeur,  qu'on  trouve  dans  son   histoire  beaucoup 
de    choses   intéressantes,     qui    n'avoient    point    été    écrites 
avant   lui ,    ou  qui   ne    se   trouvoient  pas  communément    : 

'  Et  non  pauca   aliis  intacta,   vel   saltem  non  nbivis  obvia  Prsf. 
recenset. 

Le  principal  objet  de  l'auteur  dans  cette  histoire  est  d'in- 
struire des  principaux  mystères  de  la  religion;  ce  qu'il  et 
cute  en  habile  théologien.  Il  ne  parle  d'aucune  hérés.e. 
qu'il  ne  la  réfute,  mais  avec  beaucoup  de  précision.  Sou 
vent  même  la  seule  exposition  qu'il  en  fait,  en  est  la  ré- 
futation. Ce  qu'on  peut  observer  spécialement  dans  ce 
qu'il  rapporte  de  Pelage  et  de  ses  sectateurs. 

Il  ne  commence  à  parler  de  la  monarchie  Françoise  que 
dans  son  cinquième  livre;  c'est  pourquoi  il  donne  dans  la 
préface  qui  est  à  la  tête,  la  description  des  Gaules,  comme 
il  avoit  donné  d'après  Paul  diacre,  celle  de  l'Italie,  dans 
la  préface  du  troisième,  qui  commence  à  l'empire  d'Au- 
guste. '  M.  Duchesne  a  inséré  cette  description  des  Gaules  p.  i6i. 
dans  son  premier  volume  des  historiens  de  France.  Robert 
Cœnal  l'a  copiée  page  4  35  de  son  histoire. 

Nous  avons  trouvé  cette  chronique  bien  moins  étendue 
dans  un  manuscrit  de  la  bibliothèque  du  Roi,  cotté  4963. 
Ce  manuscrit  qui  est  très-ancien,  peut  passer  pour  origi- 
nal. Le  titre  en  lettres  majuscules  de  la  même  antiquité, 
est  ainsi  conçu  :  Incipit  liber  historiée  ecclesiasticœ ,  gesto- 
rumque  Romanorum  atque  Francorum,  comprehensus  bre- 
viter   ab   Ilugone   de  sancta  Maria.  Suit  l'épître  dédicatoire 

(1)  Ecclesiaslicam  relegens  historinm  à  muUis  historiologis  editam ,  1 1  modii 
variis  cotnprehensam,  Iwc  «no  volumine  decrevi  coaictare  et  coadunatit  mini 
quhm  plurïmis  Ubrts  deflorare,  veritatirque  medullam  de  stngulit  diligenter 
extrahere.  utnis  eorumdem  auctorum  verbis  ,  quibvsdam  in  locis ,  aliquando 
vero  sermonibus  meis. 

Tvme  X.  P  p 


XII  SIECLE. 


298  HUGUES  DE  SAINTE  MARIE. 

dont  personne  n'a  parlé  jusqu'à  présent,  à  Adèle  comtesse 
de  Chartres,  de  Blois  et  de  Meaux,  princesse  qui  cultivoit 
les  lettres,  et  avoit  la  réputation  de  femme  sçavante.  «  Il 
»  est  bien  juste ,  lui  dit  l'auteur,  sérénissime  princesse,  que 
»  je  vous  offre  cet  ouvrage  préférablement  à  toute  autre , 
»  à  vous  qui  êtes  la  plus  distinguée  de  notre  siècle,  par 
»  votre  naissance  et  votre  vertu  ;  et  qui  relevez  l'éclat  de 
»  votre  rang  par  l'amour  que  vous  avez  pour  les  lettres.  » 
La  suite  de  l'épi tre  dédicatoire  confirme  ce  que  nous  avons 
déjà  remarqué ,  que  Hugues  s'étoit  proposé  dans  son  his- 
toire d'instruire  des  principaux  mystères  de  la  religion  (4  ). 
Il  entre  là-dessus  dans  un  détail  qu'il  seroit  trop  long  de 
rapporter. 

Dans  le  manuscrit  du  roi,  l'histoire  n'est  divisée  qu'en 
quatre  livres ,  dont  le  premier  commence  par  une  espèce 
de  préambule  où  Hugues  avertit  qu'il  ne  fait  remonter  son 
ouvrage  qu'au  troisième  âge  du  monde,  et  qu'il  omet  plu- 
sieurs événemens  rapportés  par  Moïse.  Le  titre  de  ce  pre- 
mier livre  porte  que  Hugues  de  sainte  Marie ,  bénédictin  , 
a  composé  cette  histoire  l'an  -H 09.  Mais  il  ne  la  conduit 
toutefois  que  jusqu'à  Louis  le  Débonnaire,  dont  il  ne  dit 
rien.  La  conclusion  qui,  quoique  de  même  caractère,  pa- 
roît  avoir  été  ajoutée,  est  comme  une  seconde  dédicace. 
Hugues  après  avoir  fait  une  longue  récapitulation  des  ma- 
tières qu'il  y  a  traitées,  témoigne  à  la  princesse  qu'il  lui 
dédie  son  ouvrage  ,  plutôt  qu'à  des  princes  qui  n'ont  aucune 
teinture  des  lettres,  et  qui  les  regardent  même  avec  mé- 
pris :  Non  illiteratis  principibus,  quibus  ars  litteraria  spre- 
tui  est,  sed  vobis  mérita  dedicavi,  Il  joint  à  cet  épilogue 
la  généalogie  des  ancêtres  de  la  princesse  depuis  Rollon 
premier  duc  de  Normandie;  et  lui  promet  de  donner  dans 
un  autre  livre  l'histoire  tant  des  princes  Danois  et  Nor- 
mands, ses  illustres  ancêtres,  que  des  rois  de  France,  de- 
puis Louis  le   Débonnaire ,  jusqu'à  son  temps. 

Quoique  l'histoire  de  Hugues  soit  moins  étendue  dans 
le  manuscrit  de  la  bibliothèque  du  roi,  que  dans  les  autres 
que  nons  avons  vus,  et  dans  l'édition  publiée  à  Munster 
en  \  658,  on  ne  peut  cependant  point  dire  que  ce  soit  un 

(1)  Prœtereà  hujus  kistoriœ  hber  nimis  profunda  lalenter  contintl  Ecclesiœ 
sacramenla. 


MOINE  DE  FLEURI.  299 


XII  SIECLE. 


abrégé.    En    examinant    avec    attention    ces    manuscrits   et 
l'imprimé,     nous    n'y    avons    remarqué    que    des    additions 
faites    en    différens   endroits,    qui    ne    sont   point    dans   le 
manuscrit    du    roi.    Mais    c'est    partout    le    même    fonds 
d'histoire,     le    même    ordre    et    les    mêmes    expressions. 
D'où   l'on  peut  conclure  que  le  manuscrit   du  roi  contient 
l'histoire  de  notre  auteur,   telle  qu'il  la  composa   d'abord, 
et  qu'il  la  présenta  dans  cet  état  à    la   comtesse  de    Blois; 
mais  que  dans  la  suite  ayant  fait  de  nouvelles  découvertes, 
il  la  retoucha ,   et  y  fit  des  additions  que  nous  voyons  dans 
d'autres  manuscrits  et  dans  l'imprimé.  '  Par  exemple,  la  com-  Ed.  p.  u. 
paraison  qu'il  fait  à  la  fin  du  premier  livre,  des  sçavans  de 
l'antiquité,   des  philosophes,   des   sepi   sages   de  la  Grèce, 
avec   les  patriarches  et  les  prophètes  qui  étoient  inspirés  de 
Dieu;  cette  comparaison,   dis-je,  est  une  addition  considé- 
rable dont  on  ne  trouve  rien  dans  le  manuscrit  du  roi.  Le 
troisième  livre  est   précédé  dans   l'imprimé,    d'une   longue 
préface  qui  ne  se   trouve  point  non  plus  dans  le  manuscrit 
dont    nous    parlons.    Le   cinquième    livre   est    parfaitement 
conforme  avec  le   troisième  du  manuscrit  du    roi.   La   pré- 
face  est  la  même,  à  quelques  changemens  près,   qui   font 
toujours  voir  que  cet  ouvrage  a  été  retouché.  Enfin  la  pré- 
face du   sixième  livre,   lequel  s'accorde  avec  le  quatrième 
et  dernier  du  manuscrit,   est  neuve.  Nous  ne  parlons  point 
des    transpositions  ni   de  la  différente  distribution  de  cette 
histoire,  qui  est  partagée  en  quatre  livres  seulement  dans  le 
manuscrit  du  roi,  et  en  six  dans  ceux  qui  contiennent  l'ou- 
vrage tel    qu'il  sortit   en   dernier  lieu   des  mains   de  l'au- 
teur. 

Hugues  nous  apprend  dans  sa  préface  sur  son  sixième 
livre ,  que  l'ouvrage  d'Anastase  le  bibliothécaire ,  dont  il 
n'avoit  eu  jusques-là  aucune  connoissance,  lui  étant  tombé 
entre  les  mains,  il  en  avoit  tiré  beaucoup  de  choses,  qu'il 
ignoroit  auparavant.  Les  découvertes  qu'il  fit  par  la  lec- 
ture de  cet  auteur,  dont  il  témoigne  faire  beaucoup  de 
cas,  le  déterminèrent  sans  doute  à  revoir  son  ouvrage,  et 
à  l'augmenter.  Cet  ouvrage  ainsi  revu  et  augmenté ,  est 
l'histoire  de  Hugues  de  sainte  Marie,  que  l'on  trouve  dans 
tous  les  manuscrits;  je  dis  tous  :  car  le  manuscrit  du  roi  est 
peut-être  le  seul  qui  contienne  cette  histoire  telle  qu'elle 

P  p  ij 


i     tbile.       300  HUGUES  DE  SAINTE  MARIE, 

sortit  la  première  fois  des  mains  de  l'auteur;  soit  que  les 
copistes  l'ayent  négligée,  comme  étant  moins  étendue, 
soit  que  Hugues  lui-même  ait  contribué  à  la  suppression  de 
son  premier  travail.  Il  n'employa  gueres  qu'un  an  à  le  re- 
voir et  à  l'augmenter,  et  put  l'offrir  à  la  comtesse  Adèle 
l'an  \\\§.  Mais  il  l'envoya  d'abord  à  Ives  de  Chartres,  pour 
l'examiner,  comme  nous  l'apprenons  par  une  note  qui 
cot.  8n.  est  au  commencement    de    l'histoire,   dans  un   manuscrit 

de  la  bibliothèque  de  saint  Victor.  Elle  porte  expressément 
que  t  Hugues  moine  de  Fleuri ,  ou  de  saint  Benoît  sur 
»  Loire,  composa  cette  histoire  en  faveur  d'Adèle  comtesse 
»  de  Blois ,  de  Chartres  et  de  Meaux ,  et  qu'il  l'envoya 
au  maître  Ives  alors  évêque  de  Chartres,  l'an  \\\f).  »  On 
a  cru  jusqu'à  présent  avoir  la  lettre  que  l'auteur  écrivit  à 
Ives ,  en  lui  envoyant  son  histoire  ;  toutefois  il  n'est  pas 
parlé  d'histoire  dans  la  lettre.  Hugues  marque  seulement 
à  Ives  qu'il  lui  envoyé  deux  de  ses  ouvrages,  Ecce  ego, 
tibi  prœcellentissime  Domine ,  duo  humilitatis  meœ  opus- 
cula  transmitto ,  sans  spécifier  quels  sont  ces  deux  ouvra- 
ges. Ainsi  on  ne  peut  décider  certainement  s'il  s'agissoit 
de  son  histoire ,  quoique  d'ailleurs  on  ne  puisse  douter  qu'il 
ne  la  lui  ait  envoyée ,  par  l'estime  qu'il  avoit  de  l'évêque  de 
Chartres  et  la  confiance  en  ses  lumières.  Mais  de  plus, 
la  note  que  nous  avons  déjà  citée ,  le  dit  formellement  : 
Eam  (historiam)  misit  magistro  Ivoni  tune  episcopo  Carno- 
tensi.  Le  titre  de  l'histoire  dans  quelques  manuscrits  le  con- 
firme encore  :  Historia  Hugonis  Floriacensis  monachi  Ivoni 
ou  ad  Ivonem  Carnotensem.  Ce  titre  a  même  trompé  plu- 
sieurs sçavans ,  en  leur  faisant  croire  que  l'ouvrage  a  été 
dédié  à  l'évêque  de  Chartres.  Mais  est-il  vraisemblable  que 
Hugues  ayant  composé  son  histoire  en  faveur  de  la  com- 
tesse Adèle,  gratta  Adelce  comitissœ ,  il  l'eut  dédié  à  un 
autre?  S'il  y  avoit  quelque  doute  là-dessus,  Hugues  les 
levé  lui-même,  et  déclare  bien  formellement  dans  la  pré- 
face du  sixième  livre ,  en  adressant  la  parole  à  la  princesse , 
(4  )  qu'il  lui  dédie  son  ouvrage  par  la  connoissance  qu'il  a 
de  son   érudition,  pour  lui  faire  passer  agréablement  quel- 

(1)  Codicem  ittum  tibi  meritb.  ôidela,  nobilis  comititta,  dienvi  ;  quam  nonme- 
dio  criter  eruditam  non  ambigo,  ad  delenicndum  animum  tuum,  et  acuendam 
/titan  pe  et  or  il  lui. 


MOINE  DE  FLEURI.  301 


XII  SIECLE 


ques    momens    de    son    loisir ,     et     pour    animer   sa    foi. 

3°.  Après  que  Hugues  eût  revu  et  augmenté  son  his- 
toire ,  il  pensa  sérieusement  à  un  autre  à  laquelle  il  s'étoit 
engagé,  en  promettant  à  la  comtesse  d'écrire  les  actions, 
tant  des  princes  Danois  et  Normans  ses  illustres  ancêtres , 
que  des  rois  de  France,  depuis'  Louis  le  Débonnaire,  jus- 
qu'au temps  où  il  vivoit.  Jusqu'à  présent  cette  histoire  n'a 
point  vu  le  jour;  nous  n'en  n'avons  que  l'épître  dédicatoire 
publiée  par  D.  Martenne  '  Elle  est  adressée  à  l'impératrice  Mart  anec.  t.  i, 
Mathilde  nièce  d'Adèle,  et  non  à  Adèle;  ce  qui  nous  fait  p' 
juger  que  la  pieuse  comtesse  avoit  renoncé  au  monde , 
lorsque  l'ouvrage  fut  en  état  de  paroître,  et  s'étoit  déjà 
retirée  au  monastère  de  Marcigny,  où  l'on  sçait  qu'elle  finit 
saintement  ses  jours  l'an  44  37.  Effectivement  Hugues  ne 
paroît  l'avoir  achevé  que  sous  le  régne  de  Louis  le  Gros. 
Car  après  avoir  exposé  à  l'impératrice  qu'il  avoit  recueilli 
les  actions  de  ses  ancêtres  et  des  rois  de  France,  depuis 
Louis  le  Débonnaire ,  jusqu'au  prince  actuellement  ré- 
gnant ;  ce  que  personne,  dit-il,  n'avoit  encore  tenté,  il 
ajoute  qu'il  n'ose  y  joindre  les  hauts  faits  de  ce  prince, 
de  crainte  de  les  obscurcir  par  la  bassesse  de  son  style.  Cela 
suppose  qu'il  y  avoit  déjà  quelque  temps  que  Louis  le  Gros 
étoit  sur  le  trône.  Il  est  du  moins  certain  que  Mathilde 
n'ayant  eu  le  titre  d'impératrice  que  par  son  mariage  avec 
l'empereur  Henri  V,  et  ce  mariage  n'ayant  été  célébré  que 
l'an  \\\ 4,  l'histoire  dont  nous  parlons  n'a  pu  lui  être  pré- 
sentée avant  cette  année,  en  qualité  d'impératrice.  C'est 
à  quoi  D.  Martenne  n'a  pas  fait  attention,  en  plaçant  l'é- 
pître  dédicatoire  l'an  \  \  4  0. 

On  ne  doit  pas  passer  légèrement  sur  ce  que  dit  notre  au- 
teur, qu'il  étoit  le  seul  qui  jusqu'alors  eût  entrepris  une 
histoire  suivie  depuis  Louis  le  Débonnaire ,  jusqu'à  son 
temps.  On  en  doit  conclure  qu'il  peut  être  regardé  comme 
auteur  original  de  ce  morceau  considérable  de  l'histoire  de 
France.  Il  est  très-vraisemblable  que  les  historiens  qui  ont 
travaillé  après  lui ,  ont  puisé  dans  cette  source.  Peut-être 
même  n'ont-ils  fait  que  transcrire  et  insérer  dans  leurs 
écrits  celui  d'Hugues,  sans  le  nommer,  comme  il  seroit 
facile  de  le  voir  ;  et  c'est  ce  qui  aura  fait  tomber  dans 
l'oubli  cette   histoire  qui  nous    seroit   à  peine  connue,    si 


XII  SIECLE. 


Duchesn.  t.  3, 

334. 

T.  i,  p.  97,  98. 


502 


HUGUES  DE  SAINTE  MARIE, 


D.  Martenne  n'en  avoit  pas  donné  au  public  l'épi tre  dé- 
dicatoire. 

Les  deux  fragmens  de  chronique  que  '  M.  Duchesne 
a  insérés  dans  son  recueil  des  historiens  de  France ,  sous 
le  nom  de  Hugues  de  sainte  Marie,  peuvent  bien  en  avoir 
été  extraits.  Ces  deux  fragmens  réunis  ensemble  forment 
une  chronologie  suivie  de  nos  rois ,  depuis  l'an  997 ,  jus- 
qu'en UI09.  Mais  cette  chronologie  ne  répond  point  à  l'i- 
dée qu'on  peut  avoir  de  l'ouvrage  de  Hugues  de  Fleuri.  On 
n'y  trouve  que  des  dates  qui  marquent  sèchement  le  com- 
mencement et  la  fin  des  régnes ,  avec  quelques  faits  dé- 
tachés, sans  aucun  détail  :  au  lieu  que  l'ouvrage  de  notre 
au  leur  étoit  un  recueil  des  actions  de  nos  rois  et  des  princes 
Danois  et  Normans,  qu'il  avoit  tirées  avec  beaucoup  de 
peines  et  de  fatigues,  de  plusieurs  livres,  et  de  différens 
mémoires  où  elles  étoient  dispersées  sans  ordre  et  sans  liai- 
son. Cet  ouvrage  devoit  servir  comme  de  supplément  à 
l'histoire  dont  nous  avons  parlé  (4  ).  Ainsi  les  deux  fragmens 
rapportés  par  M.  Duchesne  ne  peuvent  passer  que  pour  un 
abrégé  fort  succinct  de  ce  supplément  de  l'histoire  d'Hugues 
de  Fleuri. 

4°.  On  trouve  parmi  les  œuvres  d'Ives  de  Chartres ,  dans  les 
éditions  données  en  \  585  et  \  647  ,  ainsi  que  dans  le  recueil 
des  historiens  de  France ,  publié  |  ar  Marquard  Freher , 
une  petite  chronique  attribuée  à  l'évêque  de  Chartres.  Mais 
nous  souscrivons  au  jugement  de  M.  Duchesne,  qui  Ja 
regarde  comme  une  production  de  Hugues  de  Fleuri.  Notre 
auteur  accoutumé  à  soumettre  ses  écrits  à  la  critique  et  à 
l'examen  de  l'évêque  de  Chartres,  lui  aura  envoyé  celui- 
ci,  et  quelque  copiste  peu  attentif,  le  trouvant  parmi  les 
écrits  du  prélat,  le  lui  aura  attribué.  Hugues  fait  remon- 
ter cette  chronique  jusqu'à  l'origine  des  Francs,  et  la  con- 
duit jusqu'à  son  temps. 

Tous  les  écrits  historiques  dont  nous  venons  de  parler, 
quoique  publiés  par  l'auteur  en  différens  temps ,  et  dédiés 
à  différentes  personnes,  semblent  néanmoins  ne  faire  qu'un 
même  ouvrage,  ou  uri  même  corps  d'histoire.  Il   seroit  à 


(1)  Sed  Ma  quœ  vobis  deflorare  curavimus,  non  à  nobis  accepimus ,  sed  h 
multis  codicibus  nosiro  sudore  decerpsimus,  ad  suplementum  historiée  illius 
cujus  supra  meminimus.  et  quam,  swut  prœmisimus,  nuper  edxdimus. 


MOINE  DE  FLEURI.  303      XII S1ECLK 

souhaiter  que  quelque  sçavatvt  voulût  prendre  la  peine  d'en 
donner  une  édition  exacte,  et  fit  en  sorte  de  découvrir  la 
partie  de  cette  histoire ,  qui  est  dédiée  à  l'impératrice  Ma- 
thilde,  dont  nous  n'avons  que  l'épître  dédicatoire.  On 
pourroit  peut-être  y  trouver  des  choses  importantes  pour 
l'histoire  des  rois  de  la  troisième  race. 

Marquard  Freher  est  le  premier  qui  ait  mis  au  jour  l'his- 
toire de  Hugues,  ou  plutôt  une  partie,  la  plus  grande  à  la 
vérité.  Mais  en  publiant  l'an  4  645,  dans  son  recueil  des 
anciens  historiens  de  France,  les  quatre  premiers  livres  de 
cette  histoire,  et  la  préface  du  cinquième,  il  a  enlevé  l'hon- 
neur de  cette  production  à  son  véritable  auteur ,  pour  le 
transférer  à  Ives  de  Chartres,  sans  toutefois  citer  aucun 
manuscrit  en  faveur  de  son  sentiment,  et  avouant  même 
au  contraire  que  personne  jusqu'alors  n'avoit  fait  aucune 
mention  de  cet  écrit  prétendu  d'Ives  de  Chartres.  Nous  ne 
dissimulerons  cependant  pas  qu'il  y  a  quelques  manuscrits 
qui  portent  le  nom  de  l'évêque  de  Chartres.  On  en  voit, 
par  exemple,  deux  dans  la  bibliothèque  de  saint  Evroul  en 
Normandie,  ainsi  intitulés,  Histoi'ia  magistri  Ivonis.  Celui 
de  la  bibliothèque  de  l'empereur  dont  parle'  Lambecius,  Bibi.  cœs.  1. 1,  c. 
a  un  titre  encore  plus  favorable  à  Ives.  Mais  ce  sont-là  des  '  p 
fautes  des  copistes.  Quelqu'ignorant,  en  copiant  l'histoire 
de  Hugues ,  aura  lu  dans  son  original ,  Historia  Hugonis  ma- 
gistro  Ivoni  episcopo  Camotensi,  ou  quelqu'autre  titre  à  peu 
près  semblable,  et  ne  connoissant  pas  le  nom  de  Hugues,  qui 
peut-être  n'étoit  exprimé  que  par  la  première  lettre,  il 
l'aura  témérairement  retranché.  Cette  faute  se  sera  ensuite 
répandue  en  d'autres  copies,  comme  cela  arrive  ordinaire- 
ment. Mais  personne  ne  doute  aujourd'hui  que  Hugues  ne 
soit  le  véritable  auteur  de  l'histoire  que  Freher  attribue 
à  Ives  de  Chartres. 

L'an  4  658,  Bernard  Rottendorf,  sçavant  médecin  de 
Munster,  fit  imprimer  dans  cette  ville  l'histoire  d'Hugues 
de  Fleuri,  sous  ce  titre  :  Hugonis  Floriucensis  monachi 
Benedictini  chronicon,  quingentis  ab  hine  annis,  et  quod 
excurrit,  conscriptum,  monasterii  Westphaliœ ,  typis  et  im- 
pensis  Bernardi  Baesfeldii,  un  volume  in-4?.  C'est  propre- 
ment la  seule  édition  que  nous  ayons  de  cette  histoire,  et 
qui  est  fort  rare.  Il  paroît  que  l'éditeur  a  pris  tout  le  soin 


III  SIBCLE. 


504  HUGUES  DE  SAINTE  MARIE, 


possible,  pour  la  rendre  parfaite.  Il  l'a  enrichie  d'une  sça- 
vante  préface  et  de  notes  très-intéressantes.  La  lettre 
d'Hugues  à  Ives  de  Chartres,  qui  n'avoit  point  encore  été 
donnée,  est  placée  immédiatement  après  la  préface.  Suit 
un  prologue  où  le  plan  de  l'ouvrage  est  tracé  en  dix-neuf 
vers.  Ce  prologue  est  adressé  au  roi  Louis ,  que  D.  Ma- 
billon  croit  être  Louis  le  Gros;  ce  qui  n'est  point  douteux, 
si  le  prologue  est  véritablement  de  l'auteur.  Mais  il  y  a 
lieu  de  douter  qu'il  soit  de  lui,  puisqu'il  ne  se  trouve  dans 
aucun  des  manuscrits  que  nous  avons  vus.  Bernard  Rotten- 
dorf  se  plaint  dans  sa  préface,  de  ce  que  celui  sur  lequel 
il  a  donné  son  édition,  étoit  si  plein  de  fautes  de  toute 
espèce,  qu'il  n'a  pu  y  remédier  entièrement.  C'est  ce  que 
nous  n'examinerons  pas  ici,  nous  observerons  seulement 
que  les  livres  ne  sont  point  distingués  dans  cette  édition, 
quoiqu'ils  le  soient  dans  tous  les  anciens  manuscrits,  et 
que  nous  n'y  avons  point  trouvé  la  préface  du  sixième 
livre,   qui  commence  à  l'empereur  Maurice. 

Nous  pourrions  encore  ajouter  divers  fragmens  de  chro- 
nique et  d'histoire,  qui  ont  été  imprimés  soit  dans  la  se- 
conde   partie    des    historiens   contemporains   donné   par   M. 
Pithou,  et  dans  son  recueil  des  onze  anciens   historiens  de 
Duchesne,  t.  3,  p.  France;    soit    dans    la   collection  de    M.    Duchesne   ',    soit 
rPithlYec.Pde9i7i  enfin  dans  la  '  grande  collection    de  D.    Bouquet,   qui  re- 
s  p  °w33BnU3>î'  ,r,arflue  qu'on   a   inséré   plusieurs  extraits   de   la   chronique 
341,353.'  '  d'Hugues  dans  celles  de  saint  Denis,  où  ils  se  trouvent  tra- 

duits en  notre  langue. 
Lab.  bibi.  no*,  t.      '  5°.  La  vie  de  s.  Sacerdos,  ou  par  abréviation  ,  s.  Sardos , 
' p  °61'  et  s.  Sardot  évèque  de  Limoges,  publiée  par  le  P.  Labbe  et 

par  les  Bollandistes,  au  5  de  mai ,  est  l'ouvrage  d'Hugues  de 
Fleuri.  Le  travail  de  notre  auteur  ne  consiste  qu'à  avoir 
corrigé  et  mis  en  meilleur  latin  la  vie  de  ce  saint  prélat,  dé- 
figurée par  les  copistes,  et  écrite  en  langue  du  pays,  c'est-à- 
dire,  en  cette  basse  latinité  qu'on  parloit  encore  au  temps 
qu'elle  avoit  été  composée.  Ce  fut  à  la  prière  d'Arnould  abbé 
de  Sarlat,  que  Hugues  entreprit  ce  travail,  non  vers  l'an 
1430,  comme  Henschenius  l'a  cru,  mais  au  plus  tard, 
Ed.  p.  127.  vers  l'an  -H 07,   ou  4408.  '  La   preuve  en  est   évidente, 

puisque  Hugues  fait  mention  de  la  vie  de  saint  Sacerdos, 
qu'il    avoit  entrepris  de  corriger  dans  son  histoire  qui  fut 

certainement 


MOINE  DE  FLEURI.  305       m  siècle. 

certainement  écrite  l'an  -H 09,  et  revue  l'an  I  HO.  Il  aver- 
tit dans  la  préfaee  de  cette  vie  ',  que  sans  s'attacher  à  la  Bon.  app.  mai,  p. 
lettre,  il  s'est  particulièrement  appliqué  à  en  exprimer  le 
sens;  comme  l'abbé  Arnoul  l'en  avoit  prié  :  Non  studeo 
verbum  pro  verbo  transcribere. . ,  sed  sensum  ex  sensu  depro- 
mere. 

6°.  Le  dernier  ouvrage  d'Hugues  de  sainte  Marie,  qui 
soit  parvenu  jusqu'à  nous,  mais  qui  n'a  cependant  point 
encore  été  imprimé ,  est  un  livre  des  miracles  opérés  de 
son  temps,  par  l'intercession  de  saint  Benoît.  C'est  une  con- 
tinuation du  recueil  d'Aimoin  et  de  Raoul  Tortaire,  l'un 
et  l'autre  moines  de  cette  abbaye  d'un  mérite  distingué. 
Aimoin  l'avoil  conduit  jusqu'en  1005,  et  l'avoit  divisé  en 
trois  livres.  Nous  avons  quelques  ex'raits  du  dernier  livre 
dans  M.  Duchesne  '.  Hugues  avertit  dans  sa  préface  que  t.  4,  p.  142,  H3. 
Raoul  avoit  continué  cet  ouvrage  jusqu'à  sa  mort,  et  qu  il 
avoit  oublié  un  miracle  arrivé  en  1059  sous  l'abbé  Rainier. 
C'est  par  ce  miracle  qu'il  commence  son  ouvrage.  Il  en  rap- 
porte ensuite  neuf  opérés  jusqu'en  \  H  4  ;  puis  un  autre  opéré 
sur  un  jeune  liomme  sourd  et  muet,  qui  fut  guéri  de  la  sur- 
dité le  4  décembre  1H7,  et  commença  à  parler  le  deux 
mars  de  l'année  suivante.  Enfin  il  termine  son  écrit  par  la 
relation  de  trois  miracles  opérés  en  1H9.  Cet  ouvrage  d'Hu- 
gues'  de  sainte  Marie  se  conserve  dans  un  manuscrit  de  t'ab-  Bihi.  sac  Leiong, 

?  ,  .    .    „       ».  p.  785.  |  Cat.  mss. 

baye  de  saint  Bcioit.  Angi.  part.  4,  n. 

7°.  Le  P.  Leiong,  dans  la  bibliothèque  sacrée,  attribue  299- 
un  écrit  sur  le  psautier  à  Hugues,  moine  de  Fleuri.  Parmi 
les  manuscrits  de  la  cathédrale  de  Durham  il  y  en  a  un  qui 
porte  ce  titre  :  Hugo  Floriacensis  super  psalterium.  C'est  tout 
ce  que  nous  pouvons  dire  de  cet  écrit ,  dont  nous  n'avons 
connoissance  que  par  les   indications  que  nous    rapportons. 

Hugues  de  sainte  Marie  est  un  auteur  estimable ,  et  qui 
mérite  une  singulière  attention  par  rapport  à  son  traité  des 
deux  puissances.  Il  lui  est  glorieux  de  s'être  élevé  au  des- 
sus des  préjugés  de  son  siècle,  et  d'avoir  sçu  prendre  le 
juste  milieu  entre  les  deux  extrémités  également  vicieuses. 
Rien  n'est  plus  exact,  plus  sage,  plus  solide,  que  ce  qu'il 
dit  de  la  puissance  royale  et  de  la  dignité  sacerdotale.  Son 
écrit  sur  cette  importante  matière  est  un  monument  pré- 
cieux de  la  véritable  doctrine  de  l'église  si  obscurcie  alors 

2  2      Tome  X.  Qq 


xii  siècle.      5°6  HUGUES,  MOINE  DE  FLEURI. 


par  les  funestes  démêlés  des  papes  et  des  empereurs ,  de- 
puis le  pontificat  de  Grégoire  VII.   Les   autres  ouvrages  du 
même  auteur  ont  aussi  leur  mérite;  en  particulier  son  his- 
Methode  pour  étu-  toire  '  dédiée  à   la  comtesse  Adèle.   L'abbé  Lenglet  du  Fres- 

dier  l'histoire,  t.  3,  ,    .    .  ,  „  ...  .        ,  .,   . 

p.  66,  éd.  1729.       noy  convient  lui-même  quelle  est  utile  pour  les  bas  siècles 

rmchesne,  t.  i,  p.  ^c   l'église   et   de    l'empire.    Sa  petite  chronique  ',   depuis 

l'an  996,  jusqu'en  ^09,  publiée  par  M.  '  Duchesne,   est 

courte,    mais   bien   dirigée,   au   jugement    de   M.    l'abbé  le 

Gendre  :  elle  contient  en  peu  de  mots  beaucoup  de  choses , 

et  est  bien  écrite.   Son  style  n'a   pas   la  pureté  des  auteurs 

de  la   bonne  latinité,  mais  il  est  clair  et  concis.   Hugues  a 

un    avantage    sur    les    écrivains    de    son   siècle,    selon    M. 

Lebeuf, dissert. sur  l'abbé  Lebeuf  ',  et    qu'il  ne    partage    qu'avec   Guibert    de 

lhist.de Paris, t. 2,   AT      -    ,         ,  ,  «;         •    i     i"     •     •        r> 

p.  ni.  Nogent;    c  est  qu  on  ne  connoit    point   d  écrivains  François 

du  onzième  siècle,   depuis  la   mort  du  roi  Robert,  qui  ait 

montré    la    moindre    connoissance    de    Géographie,     sinon 

Hugues   de   sainte  Marie,    moine  de  Fleuri;  qui  peut-être, 

ajoute  M.  Lebeuf,    ne   fit  que  copier   quelques    exemplaires 

d'Aimoin.    Nous  ne  voyons   point  sur  quel  fondement  peut 

être  appuyé  un  tel    soupçon.    Ce   n'est   point   en    faisant   le 

métier  de    copiste,   mais   en  puisant  dans  les  sources,    en 

lisant  les  historiens,  que  notre  auteur  avoit  acquis  ses  con- 

noissances,  et   s'étoit    rendu  capable  de  composer  lui-même 

de  bons  ouvrages ,  comme  nous  l'avons  fait  voir  en   parlant 

de  son  histoire. 


GUILLAUME  DE  CHAMPEAUX,  507 


XII  SIECLE. 


GUILLAUME 

DE     CHAMPEAUX, 

EVESQUE  DE  CHALONS 
Scr  Marne. 


HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Guillaume         ,    dit     de    Champeaux,     du     lieu     de     sa  Rouiti.  Wst.de  Me  - 
•II  U  J  l        «    •  lun.  P-202.  203-  I 

(  naissance ,  qui  est  un   village   ou    bourg   dans   la    Brie ,  Robert,  de  Monté 

Prps  de  Melun,    se  rendit   célèbre   dès   la   fin   du    onzième  hUtC*eec"ès! t e" p" 
s>ecle.   Après  avoir   étudié    avec   beaucoup   de   succès    sous  520.  i  Dubois  w'st. 

An     1  1  •  •         •  »    r>  de  Par.  I.  11,  c.  7, 

Anselnie  de  Laon  ,  qui    enseignoit  pour  lors  a  Pans,   il   fut  n.  10,  c.  9,  n.  1,  et 
fa't  archidiacre  et  scholastique  de  l'église    de    cette    ville,  nov^G9%Ch8T7.' 
e*     enseigna    lui-même     publiquement     pendant     plusieurs 
années,    avec    la     réputation    du    plus     habile     philosophe 
de  scn  temps.   C'est  pour  cela    que  Pasquier  '  ,    dans    ses  PasQ-  Recn-  edit. 
recherches ,  regarde  les   écoles  formées  à  Paris   par   Guil-       '  p'      ' 
laume  de  Champeaux  et  Anselme  de  Laon ,  comme  la  pre- 
mière  origine   de  l'université  de    cette  même    ville.  L'an 
-H 03,   Pandulphe,    prêtre  de    l'église    de    Milan,    auteur 
d'une   histoire   de    Milan ,  imprimée    par   les    soins  de   M. 
Muratori  '  vint  à  Paris  à  la  suite  d'Anselme    de  Pustella  et  Apud  Murât,  t.  5, 
d'Olric   vidâme  de  Milan,  qui    furent   successivement    l'un  485."  -  IC'  p' 
et    l'autre    archevêques    de    cette    église,     pour    entendre 
les   leçons  d>3  Guillaume    di  Champeaux.  '  Robert   de    Be-  Angi.  sac  t.  2,  p. 
thune,  evêque   d'Herfort    l'un   des    plus  grands  prélats    de 
son  siècle,  étudia  sous  le  même  maitre.   Le  fameux  Abe- 
lard  attiré  par  sa  réputation,  vint  aussi  à  son  école.  Mais 
bientôt  le  mérite  du  jeune  disciple  fit  ombrage  an  maître, 
qui  excessivement  jaloux  de   sa   réputation,  craignit  d'être 
éclipsé.  Les  choses  allèrent  même  si  loin  de  part  et  d'autre , 

Q  q  U 


in  siècle.      508  GUILLAUME  DE  CHAMPEAUX, 


que  le  maître  et  le  disciple  se  déclarèrent  une  guerre  ou- 
verte. Guillaume ,  par  dégoût  du  monde ,  pour  les  désa- 
vantages qu'il  eut  dans  ce  différend ,  mais  plus  encore  par 
le  désir  d'une  plus  grande  perfection,  et  non  comme  le  dit 
ep.  i.  Abelard  '  ,  par  ambition ,  et  pour  se  frayer  le  chemin  à  l'é- 

piscopat,  forma  le  dessein  d'embrasser  la  vie  monastique. 
Lobin. hist  dePar.  11  quittn  la  ville  de  Paris  l'an  J108,  pour  se  retirer  dans 
op1,8PBern.1  faib,'  un  fauxbourg  où  étoit  une  chapelle  dédiée  à  saint  Victor 
app.  p.  h.  martyr.  Ce  fut   là  que  Guillaume  prenant    l'habit   de   cha- 

noine régulier,  jetta  les  fondemens  de  la  célèbre  abbaye 
de  saint  Victor  de  Paris,  qui  fut  fondée  l'an  \\\ 5,  par 
lettres  patentes  de  Louis  VI,  et  confirmée  l'année  sui- 
vante par  le  pape  Pascal  IL  11  reçut  à  ce  sujet  une  lettre 
mm.  ep.  i.  d'Hildebert  '  évêque  du   Mans,  qui  le  félicitoit  de  ce  qu'il 

avoit  renoncé  aux  honneurs  et  aux  dignités  ecclésiastiques 
pour  embrasser  la  vraie  philosophie.  Mois  comme  plusieurs 
des  disciples  de  Guillaume  se  plaignoient  de  ce  qu'ils  éloient 
privés  par  sa  retraite  du  fruit  qu'ils  retiroient  de  ses  instruc- 
tions, le  prélat  l'exhorta  à  continuer  de  donner  ses  leçons, 
et  à  ne  point  fermer  les  ruisseaux  de  sa  science,  en  lui  di- 
sant avec  Salomon  :  Que  les  ruisseaux  de  votre  fontaine  cou- 
prov.  a,  v.  le.  lent  dehors,  et  répandez  vos  eaux  dans  les  rues.  '  «  Noli 
»  ergo  claudere  rivos  doctrinse  tuse,  sed  juxta  Salomonem, 
»  deriventur  fontes  tut  foras  et  aquas  tuas  in  plateis  di- 
»  vide. 

Champeaux  se  rendit  à  cet  avis ,  et  ouvrit  à  saint  Victor 

Dubois, hi=t.  dePa-  des  écoles  publiques     ,  où  il  enseigna  la  réthorique,  la   phi- 

vuiefore,v'ie7de's.  losophie  et  la  théologie.   '  On  prétend  qu'il  est  le  premier 

Bernard,' p.  42.       qUj    ait   enseigne  dans    le    royaume    cette   dernière   science 

d'une   manière  contentieuse ,  c'est-à-dire  la  théologie  scho- 

laslique.  Ce  fut  lui   qui  introduisit  cette   méthode  de    rai- 

saresb.  Met.  i.  3,  sonner  '  ,  dont  les  écoles  ont  fait  depuis  un  si  grand  usage, 

c  9,  p.  i6ô.         cn   prescrjvant  la   manière  de  faire  des   argumens   :    Quam 

hilaris    memoriœ    Guillelmus    de  Campellis,  postmodum    Ca- 

talaunensis  episcopus  definivit,   etsi  non  perfectè,  esse  scien- 

tiam  reperiendi  médium   terminum ,   et    indè  eliciendi  argu- 

mentum cujus    (medii)    interventu     copulentur    ex- 

tretna. 
Depœnit. î.  io, c.     'Le  P.  Morin  assure  qu'avant  l'an  -H42,  personne  n'a- 
voit    enseigné    publiquement   la  théologie    i   Paris;    quoi- 


22,  n.  8. 


EVESQUE  DE  CHALONS  SUR  MARNE.        309       ,„  SIKCLE 


qu'An6elmc  et  Alberic  remplissent  alors  l'on  et  l'autre  cette 
fonction  avec  beaucoup  de  gloire,  le  premier  à  Laon ,  et 
le  second  à  Reims,  Ce  sçavant  homme  '  remarque  encore  m.  »• 
à  l'occasion  de  la  retraite  de  Guillaume  de  Champeaux, 
qu'elle  lut  l'origine  d'une  double  source  de  théologie  scho- 
lastique,  l'une  dans  la  ville  de  Paris,  l'autre  dans  l'abbaye 
de  saint  Victor  :   Nemo    ad  hune  annum  illum  -H -12   theo- 

logiam  Parisiiis  publiée  docuerat E   Guillelmi  secessu 

duplex  fans  theologiœ  seholasticœ  erupit,  unus  inter  tnuros 
Parisienses ,  alter  in  abbatia  Viclorina.  Guillaume,  avant  que 
d'embrasser  la  vie  de  chanoine  régulier,  quoique  son  nom 
fût  célèbre  p^r  toute  la  France,  et  qu'il  eût  enseigné  pendant 
plusieurs  années  la  philosophie  à  Paris,  alla  à  Laon  se  met- 
tre au  rang  des  disciples  d'Anselme  '  ,  pour  y  recevoir  des  le-  »ior.  u>. 
ço:>s  de  théologie;  c'est  pourquoi,  dit  le  P.  Morin,  il  l'ensei- 
gna dans  la  retraite,  et  ne  négligea  pas  la  philosophie.  Nous 
devons  remarquer  ici  à  la  louange  de  Guillaume,  que  dans 
son  école  i'e.  saint  Victor,  il  faisoit  gratuitement  ses  leçons 
à  tous  ceux  qui  se  présentoient.  C'est  le  témoignage  que 
lui  rend  un  de  ses  disciples  dans  une  lettre  citée  par  D. 
Martenne  '  :  Omnibus  ad  eum  undique  venientibus  gratis  et  Ampi.  con  t.  5, 
causa  Dei  solummodô. .  .  .  devotum  ac  benignum  se  prœbuit.  priBf  n" li' 
Abelard  qni  avoit  été  obligé  de  faire  un  voy;ige  dans  sa 
patrie,  pour  rétablir  sa  santé,  étant  revenue  Paris,  alla 
aussi  à  l'école  de  saint  Viclor  prendre  les  leçons  de  son 
ancien  maître,  et  le  poussa  si  vivement  sur  son  opinion 
touchant  les  universaux  (question  autrefois  fameuse  dans 
les  écoles ,  et  qui  paroîl  aujourd'hui  si  frivole  à  tous  les 
gens  sensés  )  qu'il  le  força  de  se  retracter.  Il  falloit  avoir 
beaucoup  d'humilité,  pour  souffrir  patiemment  de  telles 
attaques  de  la  part  d'un  disciple.  Mais  si  Abelard  eut  l'hon- 
neur d'avoir  remporté  une  victoire  si  glorieuse  pour  ces 
temps,  il  n'eut  pas  assez  de  crédit  pour  empêcher  que  son 
ennemi  ne  traversât  ses  desseins,  comme  nous  le  verrons 
dans  son  article. 

Guillaume  conlinua  encore  quelque  temps  ses  leçons , 
et  gouverna  jusqu'en  \W5  la  communauté  de  chanoines 
réguliers,  qu'il  avoit  formée  à  saint  Victor,  en  qualité  de 
prieur,  et  non  en  qualité  d'abbé,  comme  le  dit  l'historien 
de  Melun  ;  car  Hilduin  son  successeur ,  le  plus  cher  et  Rouu  p  «03 
2  2  * 


ai  siècle.      3*°  GUILLAUME  DE  CHAMPEAUX, 


Lobin.  hist.  de  Pa-  le  plus  illustre  de  ses  disciples,'  fut  le  premier  honoré  du 
Gaiï. christ. nov.' t.  titre  d'abbé  sur  la  fin  de  l'an  -H 4 4,  ou  au  commencement 
deP  Mom.1  apùd  de  ^^-  L'abbaye  de  saint  Victor  ne  fut  même  fondée 
Gujb.  app.  i  pu-  .qu'après  que  Guillaume  en  eût  été  tiré  l'an  4 -H  3,  et  non 
\  H2,  pour  être  placé  sur  le  siège  de  Châlons  sur  Marne. 
Rup.   Tint,  apud  Nous  apprenons   de  Rupert  '  que  ce  ne   fut   qu'après   avoir 

Marten.  t.  0,  ampl.      ,e     ',■«..„,  .  ^     „  r      ,L 

coll.  p.  102a.  reluse  trois  lois  lepiscopat,  que  Guillaume  se  rendit,  et 
l'accepta  malgré  lui,  terque  licèt  subterfugisset ,  tandem  in- 
vitus  episcopus  efficitur.  Ce  qui  fait  voir  que  c'est  à  tort 
qu'Abelard  l'a  accusé  de  n'avoir  quitté  le  monde,  que  pour 
se  frayer  le  chemin  à  cette  dignité. 

Son  premier  soin,  en  quittant  sa  communauté,  fut  de 
choisir  un  sujet  capable  de  le  remplacer,  et  de  continuer 
ce  qu'il  avoit  si  heureusement  commencé.  Il  le  trouva  dans 
la  personne  du  vénérable  Hilduin ,  qui  remplit  dignement 
cette  place  pendant  trente-cinq  ans.   Rien  n'est  plus  admi- 

l.  2,  occid.  hist.  rable  que  ce  que  rapporte  Jacques  de  Vitri  '  de  ce  nou- 
vel établissement ,  et  le  portrait  qu'il  fait  de  l'abbaye  de 
saint  Victor.  Nous  souhaiterions  pouvoir  nous  étendre  sur 
un  sujet  si  édifiant  ;  ce  seroit  même  l'éloge  le  plus  parfait 
de  l'instituteur  qui  fait  le  sujot  de  cet  article  :  mais  les  bor- 
nes dans  lesquelles  nous  sommes  obligés  de  nous  renfer- 
mer, ne  le  permettent  pas.  Guillaume  de  Champeaux , 
deux  ans  après  son   ordination ,   eut   l'avantage    de   donner 

vit.  s.  Bem.  i.  î.  la  bénédiction  abbatiale  à  saint  Bernard  '  ,  qui  alla  la  rece- 

c    7  • 

voir  a  Châlons  sur  Marne ,  parce  que  le  siège  de  Langres 
étoit  pour  lors  vacant.  Il  se  forma  dès  ce  moment  une  si 
étroite  liaison  entre  le  prélat  et  le  saint  abbé,  que  ce  ne- 
toit  plus  qu'une  ame.  La  même  année  \W5  il  assista  au 
concile  de  Reims  et  de  Châlons  sur  Marne ,  et  à  plusieurs 
autres  les  années  suivantes,  spécialement  à  celui  de  Reims 
tenu  en  H  19,  célébré  par  le  pape  Caliste  II.  Il  fut  un  des 
prélats  qui  s'y  distinguèrent  le  plus  par  leur  éloquence ,  et 
orderic.  1.12, hist.  qu'Orderic  '  appelle  pour  ce  sujet  duces  verbi.  Il  se   trouva 

eccles    i  Aliess   1 

io,  Rer.  Aquit.'c.  encore  l'an  1120  au  concile   de   Beauvais,  pour  la    cano- 

15,  p.  su,  512.       nisalion    de   saint   Arnoul  évêque   de  Soissons ,    et    Lisiard 

évêque  de  cette  même  église ,  le  qualifie  de  colomne  des 

docteurs  dans  les  actes  de  ce  concile ,    columna  doctorum. 

Mab.  act.  t.  o,  p.  La   chronique   de  Maurigni  '  nous  apprend  que   Guillaume 

accompagna   le    légat   Conon   cette   année   4120,    lorsqu'il 


EVESQUE  DE  CHALONS  SUR  MARNE.      5\\ 


XII  SIECLE. 


alla  dans  ce  monastère';  et  elle  nous  représente   ce  prélat  du  chesne,  t  t. 
comme  un  homme  plein  de  zèle ,  qui  avoit  dirigé  des  écoles 
sublimes,   sublimes  scholas,   ce  que  le  P.  Mabillon  '  entend  Not.  in  3.  er.  s. 
des   écoles   de    théologie;    et  qui   l'emportoit    sur  tous  les 
évêques    de   France    par    la   science  des  divines  écritures  : 
Super  omnes    episcopos  totius  Galliœ  divinarum  scripturarum 
scientiâ  fulgebat.   '    Le    voyage   que  Guillaume  fit  à  Mau-  Mab.  ib.  not.  Fus. 
rigny  l'an  •H 20,  et  le  concile  de  Beauvais  auquel  il  assista 
cette  même  année,  font  voir  d'une  manière  bien  convain- 
cante,  qu'il   n'est  point  mort  en  4H9,    comme  Manrique 
et  quelques   autres   le  prétendent.    Ce   prélat  vécut  certai- 
nement jusqu'à  l'année  H  21  ,   qui   est  la  véritable  époque 
de   sa    mort,  comme  elle  est  marquée  dans  Alberic,    dans  Aib.  ehron  ad  an. 

,        ,.  .  ...  u-  *     •  j  1  •  1121.  I  Mab.  ib.  | 

la  plupart  des  meilleurs  historiens,  et  dans  tous  les  anciens  pagi,  ad  an  nsi. 
monumens  de  l'église  de  Chàlons.  Pour  ce  qui  est  du  jour, 
l'autorité  de  Simeon  de  Durham,  Roger  de  Hoveden  et 
d'un  ancien  livre  de  l'église  de  Châlons ,  nous  porte  à  croire 
qu'elle  est  arrivée  le  48  janvier,  quoique  le  nécrologe  de 
saint  Victor  la  place  le  25  de  ce  mois ,  qui  a  peut-être  été 
le  jour  de  son  enterrement.  Nous  ne  sçavons  sur  quel  fon- 
dement Hcnriquez  a  inséré  son  nom  dans  son  menologe 
de*  Citeaux. 

Roger   de   Hoveden    rapporte    que   huit  jours    avant    sa 
mort,  il  reçut  l'habit  monastique  dans    l'abbaye   de   Clair- 
vaux,   et    qu'il   y    fut  enterré.  '  Seguin  rapporte  la  même  L.iet2,  devir.  M. 
chose,  et  compte  Guillaume  de  Champeaux  parmi  les  hom- 
mes illustres  de  l'ordre  de  Citeaux  :  l'abbé  Rupert  '  se  sert  Kup.  ap.  Marten. 
,  ,  ,..  ,  ,         .        t.  9,  ampl.  coll.  p. 

de  cet  exemple  pour  prouver  qu  il  est  permis  ^a  un  chanoine  1023. 

régulier,  et  même  à  un  évêque  d'embrasser  la  vie  monas- 
tique, pour  arriver  à  une  plus  grande  perfection.  '  Le  P.  Pagi  ad  an.  mi. 
Pagi  paroît  convaincu  de  la  vérité  de  ce  fait,  et  trouve 
mauvais  que  Manrique  '  le  révoque  en  doute.  Néanmoins  Manr.  ann.cisterc. 
les  raisons  d  en  douter  rapportées  par  cet  analiste  de  1  or- 
dre de  Citeaux,  sont  assez  solides.  Car  si  Guillaume  avoit 
quitté  son  évêché  pour  se  faire  religieux  de  Clairvaux ,  s'il 
s'y  étoit  fait  enterrer  dans  une  chapelle  qu'il  avoit  lui-même 
fait  bâtir ,  n'en  seroit-il  pas  fait  mention  dans  les  monumens 
tant  de  l'église  de  Châlons,  que  du  monastère  de  Clairvaux? 
On  n'a  pas  oublié  dans  ces  monumens  la  tendre  affection 
de  l'évêque  de  Châlons  pour  le  saint   abbé  de  Clairvaux; 


XII  SIECLE. 


54  2 


GUILLAUME  DE  CHAMPEAUX, 


Lob.hist.  de  Paris. 
t.  1.  p.  144. 


lnter  e|>ist.  Wibal. 
ep.147  apudMart. 
t.  2,  ampl.  coll.  p. 
334. 


De  Wiscb.bib.  Ci- 
sterc.  p.  133. 


M  .l>.  not.  In  ep. 
:  6  s    liera,  t.  l,p. 

49 


Ma!)  art.  t.3,prsef. 
H.  7.j.  |  Ann.  t.  5, 

I.  7j,  11.  28. 


comment  auroit-on  passé  sous  silence  la  plus  grande  marque 
qu'il  pouvoit  en  donner,  qui  est  celle  d'avoir  abdiqué  l'é- 
piscopat,  et  pris  l'habit  religieux  pour  finir  ses  jours  avec 
lui,  et  mél  r  ses  cendres  avec 'les  siennes?  Comment  ne 
découvriroit-on  pas  à  Clairvaux ,  sinon  le  lieu  où  repose  son 
corps,  du  moins  quelques  indices  qui  fassent  connoître 
qu'il  y  a  été  inhumé. 

§  II. 
SES  ÉCRITS. 

Guillaume  de  Champeaux  '  étoit  sans  contredit  le  pro- 
fesseur le  plus  accrédité  de  tous  ceux  qui  enseignoient 
à  Paris  au  commencement  du  douzième  siècle;  et  il 
rendit  son  nom  célèbre  non  seulement  par  ses  leçons, 
mais  encoie  par  ses  écrits  :  ce  qui  le  fit  regarder  comme 
une  des  plus  grandes  lumières  tic  la  France.  '  Wibsud 
parlant  de  lui  sous  le  nom  de  Guillaume  de  Paris,  dans 
sa  lettre  à  Manegolde  chonoine  et  scholastiquc  de  Puder- 
bon,  le  compte  parmi  les  maîtres  modernes  de  l'église, 
qui  avoient  rempli  le  monde  de  leur  doctrine  et  de  leurs 
écrits,  Quorum  doctrina  et  seriptis  mundus  impletus  est. 
11  composa  plusieurs  traités  de  ph.Iosophie  en  faveur  de  la 
doctrine  des  Réalistes,  Quibus  Realium  doctrinam  non  pa- 
rùm  illust ravit;  c'est  ce  que  dit  de  Viscli.  '  On  voit  par-là 
que  les  Réalistes  étoient  dès-lors  connus,  et  que  celte  secte 
de  philosophes  n'est  pas  redevable  de  sa  naissance  et  de 
son  nom  au  fameux  Scot ,  comme  l'insinue  le  dictionaire 
de  Trévoux ,  en  disant  que  le  nom  de  Réaliste  a  été  donné 
aux  philosophes  opposés  à  Ochan,  et  sectateurs  de  Scot 
et  des  autres  docteurs ,  qui  croyent  que  les  universaux 
sont  des  réalites  qui  existent  de  fait  hors  de  la  pensée  et 
l'imagination. 

2°.  '  Outre  les  écrits  philosophiques,  Guillaume  fit  sur 
la  théologie  plusieurs  opuscules  dont  il  est  parlé  dans  un 
livre  manuscrit  de  l'abbaye  de  Cheminon ,  ordre  de  Cî- 
teaux,  dans  le  diocèse  de  Châlon.  On  trouve  dans  le  même 
livre  intitulé  Pancrms ,  plusieurs  fragmens  de  ces  opus- 
cules. '  D.  Mabillon  qui  a  eu  communication  de  ce  ma- 
nuscrit ,  en  a  tiré  un  fragment  très-important  sur  l'eucha- 
ristie : 


EVESQUE  DE  CHALONS-SUR  MARNE.      515      xn  slgCLE. 


ristie  :  on  y  voit  non  seulement  la  présence  réelle  établie  de 
la  manière   la    plus  claire  et  la   plus  précise ,    mais   encci  ! 
l'usage  de  l'église  dans  l'administration  de  cet  auguste  sacre- 
ment. Les  fidèles   reçevoient  encore  alors  l'eucharistie  sous 
les  deux  espèces;   mais  il  faut  sçavoir,  dit  Guillaume,    que 
celui  qui  n'en  reçoit  qu'une,  reçoit  Jesus-Christ  tout  entier, 
parce  qu'il  est  tout  entier,  soit  sous  les  deux,  soit  sous  cha- 
cune :   Non  enim  accipitur  Christus  membratim  vel  paulatim, 
sed  totus  vel  in  utraque  specie ,  vel  in  altéra.  On  la  donnoit 
aussi  aux  enfans  aussi-tôt  après  le  baptême ,  mais  seulement 
sous  l'espèce  du  vin,   parce  que  leur  état  les  rendoit  inca- 
pables de  la   recevoir    sous   l'autre   espèce  :  Infantulis  mox 
baptisatis    solus   ealix  datur ,   quia  pane  uti   non  possunt.   Il 
traite    d'hérésie  le  sentiment   de  ceux  qui    prétendent   qu'il 
est   nécessaire    de  recevoir   l'eucharistie  sous    les  deux  es- 
pèces. Cependant  ajoute— t— il ,    l'église  conserve    toujours    ce 
sacrement  sous  l'une  et  l'autre  espèce  :  Sacramentum  utrius- 
que   speciei  ab  ecclesia  imrnutabiliter   retinetur.   Ces  paroles 
font  voir,    dit    le   P.  Mabillon  ',    que   du    temps  de   Guil-  Ann.  t. 6, 1. 73,  n. 
laume  de  Champeaux,   la   communion  sous  les  deux   espè- 
ces étoit  encore  en  usage.    Mais    peu   après,    c'est-à-dire, 
vers  le  milieu  du  douzième  siècle,   cet  usage  cessa  insensi- 
blement. 

3°.  De  tous  les  ouvrages  de  théologie  composés  par  Guil- 
laume, le  plus  considérable  est  celui  des  sentences,  qui  se 
trouve  dans  la  bibliothèque  de  Notre  Dame  de  Paris ,  et 
dans  celle  de  durions  sur  Marne  C'est,  dit'  M.  Lebeuf,  Diss.  t.  2,  p.  îao. 
un  abrège  de  théologie.  M.  Dargcntrc,  évoque  de  Tulle,  Yar.  diss.  p.  404. 
qui  nous  a  donné  une  liste  de  plusieurs  commentaires  en- 
core manuscrits  des  anciens  maîtres  de  la  scholastiquc,  place 
Guillaume  de  Champeaux  à  la  tête  de  sa  liste,  et  le  re- 
garde comme  le  premier  des  scholastiques  de  Paris,  qui  ait 
composé  un  livre  des  sentences  sur  les  matières  de  théo- 
logie. Il  avoit  néanmoins  été  précédé  par  Anselme  de  Laon 
comme  nous  l'avons  vu  dans  l'article  de  cet  auteur. 

4°.  Le  seul  ouvrage  imprimé  que  nous  ayons  de  Guil- 
laume de  Champeaux,  est  un  petit  traité  de  l'origine  de 
l'ame,  que  D.  Marlenne  a  publié  dans  son  trésor  d'anecdo- 
tes ',  sur  un  manuscrit  de  l'abbaye  de  saint  Ouen  de  Rouen,  t.  5,  p.  ssi. 
C'est  une  question,  dit  notre  auteur,  qu'on  agite  souvent 
Tome  X.  R  r 


III  SIECLE. 


3U  GUILLAUME  DE  CHAMPEAUX, 

comment  les  enfans  qui  meurent  sans  batême,  peuvent 
être  damnés  justement.  Il  n'est  pas  étonnant  que  le  corps 
qui  tire  son  origine  d'Adam  pécheur,  soit  souillé;  mais  on 
ne  peut  pas  dire  la  même  chose  de  l'ame  qui  ne  tire  point 
son  origine  d'une  masse  corrompue,  mais  qui  sort  des  mains 
d'un  Dieu  très-bon,  et  est  unie  au  corps,  non  par  son  pro- 
pre choix,  mais  par  la  volonté  du  créateur.  C'est  cepen- 
dant un  point  de  la  foi  de  l'église,  que  si  un  enfant  meurt 
aussitôt  que  l'ame  est  jointe  au  corps,  l'ame  est  damnée  à 
cause  du  péché  originel  :  ce  qui  semble  retomber  sur  le 
créateur  qui  crée  l'ame  pour  la  placer  dans  une  demeure 
où  il  est  nécessaire  qu'elle  se  souille.  Cette  difficulté  en  a 
porté  quelques-uns  à  croire  que  l'ame  ainsi  que  le  corps 
vient  des  parens  par  la  génération.  Ce  sentiment  n'est  point 
celui  de  Guillaume.  Il  explique  ensuite  comment  Dieu 
peut  sans  injustice  créer  des  âmes  qui  doivent  contracter  la 
tache  du  péché  originel,  par  leur  union  avec  le  corps. 
Si  l'homme  avoit  persévéré  dans  la  justice  dans  laquelle 
il  avoit  été  créé,  sa  justice  auroit  passé  à  ses  descendans, 
et  les  âmes  que  Dieu  avoit  résolu  de  toute  éternité  de  join- 
dre aux  corps  qui  naîtroient  par  une  succession  continuelle, 
ne  se  seroient  point  souillées  par  leur  union  avec  les  corps  : 
mais  l'homme  s'étant  rendu  coupable  par  sa  désobéissance, 
il  a  mérité  d'en  être  puni ,  et  de  ne  plus  engendrer  que  dans 
la  concupiscence.  L'homme  ayant  ainsi  corrompu  sa  na- 
ture ,  en  ce  qui  dépendoit  de  lui  par  la  génération ,  Dieu 
devoit-il  suspendre  ce  qu'il  avoit  résolu  par  ses  décrets  éter- 
nels,  et  ne  plus  créer  de  nouvelles  âmes,  pour  les  joindre 
à  des  corps  auquels  elles  ne  pouvoient  plus  être  unies 
sans  se  souiller?  Dieu  a  donc  exécuté  ce  qu'il  avoit  résolu 
de  toute  éternité,  en  suivant  les  régies  de  sa  juste  provi- 
dence; et  a  uni  les  âmes  à  des  corps  souillés.  L'ame  n'a 
point  sujet  de  s'en  plaindre,  et  elle  ne  peut  accuser  que  nos 
premiers  pères  du  mal  qu'elle  souffre.  Guillaume,  après 
avoir  ainsi  établi  la  foi  de  l'église  touchant  le  péché  ori- 
ginel ,  assure  que  la  peine  des  enfans  morts  sans  baptême , 
sera  beaucoup  plus  légère.  Il  admire  la  bonté  de  Dieu  qui, 
après  la  chute  de  l'homme,  a  bien  voulu  lui  accorder  le 
remède  du  baptême,  qui  purifie  de  tout  péché  l'enfant  qui 
le  reçoit.  Quant  à  ceux  qui  meurent  sans  baptême,  si  on 


EVESQUE  DE  CHALONS  SUR  MARNE.      3^      XII  SIECLE> 

demande  à  notre  auteur  pourquoi  Dieu  ne  leur  a  pas  fait 
la  grâce  de  le  recevoir,  pour  repondre  à  cette  question, 
il  a  recours  comme  l'apôtre,  aux  secrets  jugemens  du  Tout- 
Puissant;  In  his  verà  qui  antè  baptismum  pereunt,  quare 
Deus  hoc  disposuerit ,  ut  ad  baptismum  non  pervenirent ,  oc- 
culta sunt  judicia  Dei. 

5°.  'D.  Martenne  qui  a  publié  ce  petit  écrit,  fait  men-  ib.p.  877. 
tion  d'un  autre  qu'il  a  trouvé  parmi  les  manuscrits  de  l'ab- 
baye de  Clairvaux,  intitulé  Moralia  abbreviata  Guillelmi 
de  Campellis.  C'est  cet  ouvrage  dont  parle  Alberic  dans  sa 
chronique'  ,  où  il  dit  que  Guillaume  de  Champeaux,  évê-  Ad  ann.  1113. 
que  de  Châlons ,  abrégea  les  morales  de  saint  Grégoire.  Il 
contient  les  fleurs  des  morales  de  ce  saint  pape,  divisées  en 
35  livres. 

6°.  '  On  trouve  dans  les  manuscrits  de  l'abbaye  de  saint  Montf.  bibi.  mm. 
Ouen    de    Rouen,  un  écrit    de   Guillaume    sous    ce    titre, 
Guillelmi  de  Campellis  episcopi  Catalaunensis  quœstio  unica. 
C'est  sans  doute  le  petit   traité  sur  l'origine  de  l'ame,   pu- 
blié par  D.  Martenne,   dont  nous  avons  parlé.  . 

7°.  '  Nous  ne  parlerons  pas  ici  de  la  dispute  entre   un  t.  20,  p.  issi. 
Chrétien   et  un  Juif,  imprimée  mal  à  propos    sous  le   nom 
de   Guillaume    de    Champeaux,    dans    la    bibliothèque    des 
pères  ;   nous  avons  fait  voir  ailleurs  que  c'est  l'ouvrage  de 
Gislebert  Crispin  abbé  de  Westminster. 

Les  Centuriateurs  de  Magdebourg  lui  attribuent  une 
lettre  à  Innocent  II,  contre  Abelard,  sans  faire  attention 
que  Guillaume  de  Champeaux  étoit  mort  neuf  ans  pour 
le  moins  avant  qu'Innocent  II  fût  élu  pape,  ne  l'ayant  été 
qu'au  mois  de  février  -H  30,  et  Guillaume  étant  mort  dès 
le  mois  de  janvier  -H2J.  Ces  écrivains  auront  apparem- 
ment confondu  Guillaume  de  Champeaux  avec  Guillaume 
abbé  de  saint  Thierri. 


m  siècle.      5!6  RICHARD  CARDINAL, 


RICHARD, 

CARDINAL, 
Arcbevesque  de  Narbonne, 


§  I. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

cal.  chr.  noy.  t.  e,  t)  ichard  '  étoit  fils  de  Richard  vicomte  de  Milhaud 
Mïst  Lang.  t.  2,  JLtet  de  Rixinde  fille  de  Berenger  I,  vicomte  de  Nar- 
p-  m-  bonne.  Il   embrassa  la  profession  monastique  dans   l'abbaye 

de   saint  Victor  de  Marseille,   à  l'exemple  de  Rernard   son 
frère,  qui  en   fut  fait  abbé,   et  il  lui  succéda    immédiate- 
ment   l'an     4 079.    Il    étoit    déjà    cardinal,     lorsqu'il    fut 
élu  abbé  de  saint  Victor;   et  en  cette  qualité  il   faisoit    les 
caii.  chr.  ibid.  i  fonctions  de  légat  en  Espagne;  où  il  tint  un  concile  à  Bur- 
arian.  .  ,  c.    •  g0g>  j^g  igque^   à   ja    prière    de    Constance  femme   d'Al- 
fonse  roi  de  Castille,  les  anciens  rit  et  office  Gothiques  fu- 
rent abrogés,  pour  leur  substituer  le  rit  et  l'office  romains. 
Les  uns  placent   ce  concile   en   4076,   d'autres  en  1080. 
Ferr.  hist.  dEsp.  '  Ferreras  met  ce  changement  en  4079.    Cet  historien  dit 
qu'Alfonse  députa  une  personne  avec  des  présens  à  Rome, 
pour  engager  le  pape  à  envoyer  un  légat  en  Espagne,  afin 
d'exécuter  ce  projet.    Grégoire  VII  choisit   Richard.   Aussi- 
tôt qu'il  fut  arrivé,  on   travailla  avec  chaleur  au   change- 
ment de  l'office   ecclésiastique;  et   pour   cette   fois,   ajoute 
Ferreras,  l'office  Romain    demeura  établi  avec    le   consente- 
ment du  roi  et  des  prélats.  Richard  eut  une  grande  part  aux 
voyez  les  lettres  faveurs  de  Grégoire  VII  '  ,  dont  il  fut  chéri  à  cause  de  ses 
im,6 papi93,  eic!  belles  qualités.    Ce  fut   ce   souverain   pontife,   selon  l'histo- 
Hist.  Lang.  t.  2,  p.  rien  de  Languedoc',  ou  plutôt  Alexandre  II,  selon  la  nou- 
velle Gaule    chrétienne,   qui  l'honora    de    la  pourpre    Ro- 
maine, à  cause  de  son  mérite,  quoiqu'il   fût  jeune.    Gré- 
goire VII  l'envoya   en  Espagne    l'an  4078,   en    qualité    de 


ARCHEVESQUE  DE- NARBONNE.     347 


III  SIECLE. 


Légat.    Il  y  étoit  encore,  lorsqu'il  fut  élu  pour  succéder  à 

son  frère  Bernard  dans  l'abbaye   de   saint   Victor.   Grégoire 

applaudit  au  choix  des  religieux,   et  leur  écrivit  une  lettre 

par  laquelle  il    approuva    leur   élection.    Il    écrivit  aussi    à 

Richard  '  ,  l'exhortant  à  ne  point  contrister  ses  frères  par  sa  Ep.  7. 1.  7. 

résistance,  et  à  se  soumettre  à  la  volonté  de  Dieu.  Ce  pape 

continua    d'employer    le    cardinal    Richard    '  en   différentes  Hist.  Lang.  ibid. 

affaires   importantes.    Il  le   chargea  le    28   avril   4  080   de  n.1b.ad  *"' im' 

travailler  à  la  réforme  des  abbayes  de    Montmajour   et   de 

la  Grasse. 

Richard  n'eut  pas  la  même  faveur  sous  Victor  III,  suc- 
cesseur de  Grégoire  VII.  Ce  pontife  offensé  de  ce  que  Ri- 
chard prenoit  le  parti  d'Hugues  archevêque  de  Lyon,  con- 
tre lequel  il  avoit  de  justes  sujets  de  plainte;  ou  même  si 
l'on  en  croit  Ciaconius,  de  ce  qu'il  favorisoit  le  schisme 
de  Guibert  de  Ravenne,  l'excommunia  dans  un  concile 
qu'il  tint  à  Bénévent  l'an  4  087.  Mais  sa  disgrâce  ne  fut 
pas  de  longue  durée,  et  Victor  III  étant  mort  quelques 
mois  après  le  concile  de  Bénévent,  Richard  rentra  en 
grâce  avec  le  saint  siège,  et  fut  toujours  depuis  constam- 
ment attaché  aux  papes.  '  C'est  pourquoi  Ciaconius  se  trompe  vit.  pontu*.  nom. 
lorsqu'il  avance  que  Richard  mourut  dans  le  parti  de  l'an-  p' 
tipape  Clément  III,  c'est-à-dire  de  Guibert  de  Ravennes. 
Bertrand  '  archevêque  de  Narbonne ,  ayant  été  déposé  de  mst.  Lang.  t.  2,  p. 
son  siège,  soit  pour  cause  de  simonie,  soit  par  le  crédit 
de  Mahaud  son  ennemie,  Richard  fut  élu  à  sa  place  d'un 
consentement  unanime,  le  5  novembre  -H  06,  et  non  l'an 
■H  07  ou  -H  08,  comme  quelques-uns  l'ont  prétendu.  Pas- 
cal II  confirma  cette  élection  peu  de  temps  avant  que  d'ar- 
river en  France,  où  il  vint  sur  la  fin  de  l'an  4406.  Cette 
année  est  la  vraie  époque  du  commencement  de  l'épisco- 
pat  de  Richard  ;*  quoique  l'on  trouve  des  actes  signés  de  lui 
en  qualité  d'archevêque  de  Narbonne,  qui  sont  de  l'année 
4400 ,  et  même  4098.  Mais  ces  signatures  ne  sont  que  des 
confirmations  des  actes  où  elles  se  trouvent,  et  elles  y  ont 
été  ajoutées  depuis,  pour  leur  donner  plus  de  poids.  On 
en  voit  souvent  de  semblables  dans  les  actes.  L'hiBtorien 
de  Languedoc  '  remarque  que,  Ricbard,  depuis  sa  promo-  I1,id- 
tion  à  l'archevêché  de  Narbonne,  ne  prit  plus  le  titre  de 
cardinal;  ce  qui  est  effectivement    remarquable.    Il    tint   ce 


III  SIECLE. 


Ib.  p.  390. 


318 


RICHARD  CARDINAL, 


T.  2,  p.  358. 
Ital.    sacr.    nov. 
edit.  p.  352. 


siège  quatorze  ans  trois  mois  et  dix  jours,  et  mourut  le  45 
de  Février  de  l'année  4-124.  '  D'autres  mettent  sa  mort  en 
l'année  4420,  ce  qu'il  est  aisé  de  concilier,  par  la  manière 
différente  de  commencer  l'année,  qui  étoit  l'année  4  424 
pour  ceux  qui  commençoient  l'année  aux  calendes  de  jan- 
vier ,  et  l'année  4  4  20  pour  ceux  qui  ne  la  commençoient 
qu'au  25   de  mars,  ou  à  Pâques. 

Nous  remarquerons  ici  avec  l'historien  de  Languedoc  ' , 
que  quelques  auteurs  confondent  mal  à  propos  le  cardinal 
Richard  archevêque  de  Narbonne,  qui  fait  le  sujet  de  cet 
article,  avec  un  autre  cardinal  de  même  nom,  évêque 
d'Albano,  légat  du  saint  siège,  qui  tint  l'an  4440  un  con- 
cile à  Toulouse,  touchant  les  différens  survenus  entre  l'ab- 
baye du  Moissac  et  celle  de  Mas-Garnier. 


S  H. 

SES  ÉCRITS. 


4°.  t  E  cardinal  Richard  est  redevable  à  Aimeri  II,  vi- 
-L^comte  de  Narbonne,  de  la  place  que  nous  lui 
Hist.  deLang.  t. 2,  donnons  dans  '  l'histoire  littéraire  de  France,  celte  émi- 
8ufv.v  p  ' e  nence  n'étant  connue  dans  la  république  des  lettres  que 
par  la  relation  qu'elle  a  faite  de  ses  démêlés  avec  le  vi- 
comte. L'origine  de  ces  différends  étoit  antérieure  à  l'é- 
piscopat  de  Richard,  et  Bertrand  son  prédécesseur  immé- 
diat, auroit  éprouvé  de  la  part  d'Aimeri  I,  ce  qu'il  éprou- 
voit  de  la  part  d'Aimeri  II  son  fils.  L'archevêque  de 
Narbonne,  après  avoir  exposé  ses  plaintes  et  ses  griefs  con- 
tre Aimeri  II,  exhorte  ceux  qui  lui  succéderont  dans  le  gou- 
vernement de  cette  église,  et  les  prie  de  faire  leurs  efforts 
pour  recouvrer  les  droits  qu'il  a  laissés  enlever  par  sa  foi— 
blesse ,  et  parce  qu'il  n'avoit  pas  eu  assez  de  courage  pour 
résister  aux  maux  qu'on  lui  faisoit  souffrir.  On  voit  dans 
cette  relation,  que  Bertrand  prédécesseur  de  Richard,  avoit 
été  déposé  par  le  pape,  et  que  l'archevêché  de  Narbonne 
fut  vacant  quelque  temps,  jusqu'à  ce  qu'enfin  le  pape  Pas- 
cal II  en  pourvût  Richard,  à  la  prière  du  clergé  et  du 
peuple.  Quoique  cet  archevêque  eût  été  extrêmement  mal- 
traité par  les  gens  du  vicomte  de  Narbonne,  qui  l'avoient 


ARCHEVESQUE  DE  NARBONNE.  349      xuslECLB. 


enfermé  dans  une  étroite  prison,  d'où  il  ne  sortit  qu'en  ac- 
quiesçant à  tout  ce  qu'on  exigeoit  de  lui ,  cependant  son 
mémoire  est  écrit  avec  assez  de  modération,  mais  avec 
plus  de  candeur  que  d'éloquence.  Cette  relation  apologé- 
tique du  cardinal  Richard ,  archevêque  de  Narbonne ,  con- 
tre le  vicomte  Aimeri  II ,  se  trouve  dans  l'appendice  du 
sixième  volume  de  la  nouvelle  Gaule  chrétienne',  et  parmi  Gaii.  chr.  t.  6,  ap. 

i  a      m  •  .   -       a      i  a      '  p.24  |Hist.  Lang. 

les  preuves  de   1  histoire  du  Languedoc  .  «t.  s,  pr.  p.  399. 

2°.  D.  Martenne  a  publié  dans  sa  grande  collection  '  t.  1,  p.  497. 
une  lettre  de  Richard  à  Sanche  V  roi  de  Navarre,  par  la- 
quelle il  confirme  l'excommunication  lancée  contre  les  dio- 
césains de  Pampelune ,  et  interdit  toute  communication  avec 
eux.  Il  y  défend  d'ensevelir  les  morts,  et  de  célébrer  l'of- 
fice divin  dans  les  églises  ;  et  permet  seulement  d'admi- 
nistrer le  baptême  aux  enfans  en  cas  de  maladie  et  de  dan- 
ger de  mort.  Richard  a  encore  écrit  une  lettre  au  pape 
Grégoire  VII,  dont  le  P.  Mabillon  parle  dans  ses  annales  '.  T.5,1.  «5,n.8i. 
C'est  tout  ce  que  nous  connoissons  d'ouvrages  de  ce  car- 
dinal. 


FREDERIC, 

Evesque  de  Liège. 


HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

près  la   mortVotbert  ',   évêque  de  Liège;    le  clergé,  vu.  Fred. appar- 
ies nobles  et  le  peuple  s'étant  partagés  pour  lui    don-  4,  P.  1023. 
ner  un  successeur ,  cette  église  fut  exposée  à  de  grands  trou- 
bles qui    occasionnèrent    un    schisme    fâcheux.    Alexandre, 
trésorier  et  l'un  des  archidiacres  de  Liège ,  après  s'être  fait 
un  parti  considérable  par  toutes  sortes  de  moyens,   présens, 
caresses,  promesses,  alla  trouver  l'empereur  Henri  V,  à  qui  J^P^ftW; 
il  donna   7000   livres  d'argent,  selon  le   bruit  public,    et  bgçm fi. ûst. ecei 
reçut    de    lui   l'investiture  de   l'évéché    qu'il     ambitionnoit.  '  w' n- 7> 
L'archevêque  de  Cologne  informé  de  ce   qui  s'étoit    passé, 
fit  défense  aux  Liégeois  de  reconnoître  Alexandre,   et  cita 


A 


XII  SIECLE. 


520  FREDERIC, 


devant  lui  les  parties.  L'intrus  n'ayant  point  comparu  mal- 
gré trois  citations,  le  métropolitain  tint  une  assemblée,  dans 
laquelle  Frédéric  frère  du  comte  de  Namur,  fut  élu  par  le 
concours  du  clergé  et  du  peuple ,  pour  remplir  le  siège  de 

il  p.  1026.  Liège.   '  Frédéric  étoit  encore  plus  recommandable    par    la 

pureté  de  ses  mœurs  et  par  sa  science,  que  par  sa  haute 
naissance.  Il  accepta  ce  fardeau,  et  se  soumit  au  joug  qu'on 
lui  imposa,  quoiqu'il  n'ignorât  pas  qu'il  lui  en  couteroit  la 
vie,  et  partit  pour  Reims,  où  le  pape  Caliste  II  qui  y  te- 
noit  un  concile  au   mois  d'octobre  de  l'an   -H49,   lui  im- 

ib.  ,>.  1027.  posa  les  mains.  '  Le  nouveau  prélat  prit  ensuite  la  route  de 

Liège,  et  la  fit  pieds  nuds.  L'élection  canonique  de  Fré- 
déric ne  mit  pas  fin  aux  maux  de  cette  église  :  Alexandre 
son  concurrent,  soutenu  par  le  duc  de  Louvain ,  continua 
de  causer  du  trouble ,  et  fit  beaucoup  de  maux.  Comme 
Frédéric  demeuroit  maître  de  Liège,  et  qu'il  avoit   toujours 

ib.  p.  1029.  l'avantage   sur   le    parti    d'Alexandre  ',   on    eut   recours  au 

poison  pour  se  défaire  de  lui.  Parmi  les  officiers  du  prélat, 
il  s'en  trouva  un  qui  voulut  bien  se  prêter  à  un  crime  aussi 
horrible;  ce  fut  l'échanson.  Frédéric  fut  empoisonné,  et 
traîna  quelque  temps  une  vie  languissante  ;  mais  cpmme  le 
poison  n'opéroit  pas  assez  promptement  au  gré  de  ses  en- 
nemis, on  réitéra  jusqu'à  trois  fois,  et  le  prélat  y  suc- 
comba. Au  milieu  des  douleurs  les  plus  violentes  causées 
par  le  poison,  il  fit  paroître  une  patience  et  une  charité  ad- 
mirables. Non  seulement  il  pardonna  généreusement  à  ses 
ennemis  et  ses  meurtriers,  et  pria  pour  eux;  mais  il  en  fit 
même  venir  quelques-uns,  se  jetta  à  leure  pieds,  leur  de- 
mandant lui-même  pardon,  pour  tâcher  de  les  toucher,  et 
de  leur  inspirer  le  repentir  de  leur  crime.  Tels  furent  les 
sentimens  dans  lesquels  mourut  Frédéric  évêque  de  Liège, 
un  vendredi,  sur  la  fin  du  mois  de  mai  ou  de  juin  (car  les 
auteurs  varient)  l'an   W2\.  Dieu  fit  connoitre  la  sainteté  de 

ib .  p  io30.  son  serviteur,   selon   la  prédiction  d'un  solitaire ',   par  plu- 

sieurs merveilles  arrivées  à  sa  mort,  et  par  grand  nombre 
de  miracles  qui  continuèrent  pendant  L2  ans  à  son  tom- 
beau, et  y  attiroient  une  foule  de  malades,  dont  les  uns 
recouvroient  l'ouïe ,  d'autres  la  vue ,  d'autres  y  trouvoient 
la  guérison  des    différentes   maladies  dont  ils  étoient  alta- 

ii'  i>  «67.  qués.  Les  auteurs  de  la  nouvelle  Gaule  Chrétienne  '  n'osent 

pas 


EVESQUE  DE  LIEGE.  32* 


in  SIECLE. 


fias   assurer  que  Frédéric  soit  mort  de  poison.   Néanmoins 
'auteur  de  sa  vie  que  l'on  peut  regarder  comme  un  auteur 
contemporain,  puisque  dans  le  temps    qu'il  écrivoit  '  ,  plu-  u>.  p.  1029, 1030. 
sieurs  des  ennemis  du   saint   prélat  vivoient  encore  ,   le  dit 
d'une   manière  si  formelle,  en  détaillant  les  effets  du  poi- 
son ,  qu'il  n'est  pas  possible  d'en  douter.  Le  même  auteur 
qualifie  Frédéric  de  saint  ',  et  même  de  martyr,    en  assu-  p.  1024. 
rant    que   le  poison    fut   pour  lui   un   genre   de   mort   plus 
cruelle    qu'elle    ne  l'auroit    été   par   le   feu   ou  le   fer.    On  ' 
peut  voir  dans  Molanus  ',  et  dans   les  trophées  de  Brabant  Moi. natal. 39. Beig. 
de  Butkens,  les  éloges  qu'ils  font  de  ce  prélat.  Butq.  1.  4,'p.  9s| 

Nous    sommes    redevables  à  D.   Martenne  non   seulement  "• 
de  la  vie  de  Frédéric,  '  qu'il  a  publiée  sur  un  manuscrit  de  Marten.ampi.  coi. 

1.   11  1.1     1  •  /     i.  1,1  »  '       t.  1,  p.  10i3,  1030. 

1  abbaye  d  Aulne;  mais  encore     dune  lettre  du  même  pre-  t.  i,  p.  653,  656. 
lat,  qu'il   a   insérée  dans  sa   grande  collection.    Dans   cette 

letlre  adressée  à  l'église  de  Malines,  Frédéric  entreprend  de 
justifier  le  prévôt  de  cette  ville,  qui  après  avoir  obtenu  sa 
liberté  sur  un  serment  qu'il  avoit  fait  de  retourner  en  pri- 
son ,  ne  s'y  étoit  point  rendu.  Comme  quelques-uns  pou-  ib.  p.  653. 
voient  lui  faire  le  reproche  d'avoir  manqué  à  sa  parole  et 
à  son  serment,  notre  prélat  déclare  que  le  prévôt  n'a  rien 
fait  que  par  son  conseil  et  par  celui  de  toute  l'église  de 
Liège,  qui  l'avoit  prié  d'interposer  son  autorité  pour  l'em- 
pêcher de  se  rendre  en  prison ,  comme  il  l'avoit  promis , 
et  de  l'absoudre  de  son  serment.  '  Le  prévôt  étoit  tellement  ib. 
disposé  par  lui-même  à  l'observer,  qu'il  avoit  fallu  le  rete- 
nir de  force,  et  même  le  lier,  pour  empêcher  qu'il  ne  se 
rendît  au  lieu  et  au  jour  marqués.  11  fut  même  si  touché 
de  se  voir  retenu  de  la  sorte,  et  hors  d'état  de  pouvoir 
satisfaire  à  ses  engagemens ,  qu'il  en  devint  furieux,  et  qu'il 
sembloit  avoir  perdu  la  raison.  Après  avoir  exposé  le  fait, 

Frédéric  rapporte  plusieurs  exemples ,  pour  faire  voir  654. 
qu'on  n'est  point  obligé  d'exécuter  ce  qu'on  a  promis  même 
avec  serment  '  ,  lorsqu'on  s'y  est  engagé  étant  contraint.  Il  655. 
n'oublie  pas  parmi  ces  exemples  celui,  de  Pascal  II ,  qui  bien 
loin  de  se  croire  obligé  d'accorder  à  l'empereur  Henri  V, 
ce  qu'il  lui  avoit  promis  avec  serment ,  cassa  son  traité  dans 
un  concile  qu'il  assembla  pour  ce  sujet.  Mais  comme  les 
exemples  cités  par  Frédéric ,  pouvoient  paroître  insuffisans , 
étant  des  exemples   domestiques   et  modernes,    il   remonte 

2  3     Tome  X.  S  « 


xii  siècle.       322  FREDERIC,  EVESQUE  DE  LIEGE 


plus  haut,  et  rapporte  que  le  pape  Jean  VII,  (lisez  VIII) 
dispensa  l'empereur  Louis  du  serment  qu'il  avoit  fait  par  la 
crainte  de  la  mort,  à  Adalgise  duc  de  Bénévent,  de  ne 
jamais  rentrer  dans  ses  états.  L'apologiste  du  prévôt  de 
Malines  cite  en  sa  faveur  l'autorité  de  Ciceron,  qui  décide 
dans  le  troisième  livre  des  offices,  qu'il  y  a  des  occasions 
où  l'on  peut  sans  parjure  manquer  à  sa  parole  et  à  son  ser- 
ment ,  comme  lorsqu'on  a  promis  de  l'argent  à  des  voleurs 
pour  sauver  sa  vie  :  Ut  si  prœdonibus  factura  pro  capite  pre- 
tium  non  attuleris,  nulla  fraus  est,  ne  si  juratus  quidem  id 
non  feceris.  La  raison  qu'en  donne  Ciceron  est  qu'un  pirate 
étant  ennemi  commun  de  tous  les  hommes,  on  ne  doit  rien 
avoir  de  commun  avec  lui,  ni  fidélité  ni  serment.  Pirata 
communis  est  hostis  omnium,  cùm  hoc  nec  fides,  nec  jusju- 
randum  potest  esse  commune. 

Frédéric,  après  avoir  ainsi  justifié  le  prévôt  de  Malines, 
prie  ceux  a  qui  il  adresse  sa  lettre ,  de  la  faire  courir  de  côté 
et  d'autre,  lorsqu'ils  l'auront  lue,  afin  qu'on  la  lise,  et  qu'on 
ait  de  quoi  répondre  à  ceux  qui  osent  blâmer  sa  conduite. 
Il  y  avoit  d'autant  moins  de  sujet  de  le  condamner,  qu'il 
avoit  donné  depuis  sa  sortie  de  prison,  l'argent  dont  il  étoit 
convenu  pour  sa  personne.  On  ne  peut  point  d'ailleurs  lui 
faire  un  crime  de  n'être  point  retourné  en  prison  ;  puis- 
qu'il en  a  eu  la  volonté,  et  qu'on  l'en  a  empêché;  et  qu'en- 
fin il  n'étoit  point  obligé  de  garder  la  parole  qu'il  avoit 
donnée,  non  à  un  ennemi  juste  et  légitime,  mais  à  un 
voleur,  à  un  brigand,  à  un  tyran.  Cette  lettre  est  bien 
écrite,  on  y  trouve  du  feu,  de  la  justesse,  de  l'éloquence  et 
de  l'érudition. 


XII  SIECLE. 


ROBERT,  ABBÉ  DE  SAINT  REMI.  525 

ROBERT, 

Abbé  de  Saint  Rémi  de  Reims. 

■    Il  ■        »  .  ■  —   ■  .1.111  ■  I  .  .     I  ■  ■!■■■■ 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Robert  ou  Rupert  fut  élevé  dans  l'abbaye  d£  saint 
Rémi  de  Reims,  sous  la  discipline  de  l'abbé  Hérimar, 
et  passa  dans  la  suite  dans  le  célèbre  monastère  de 
Marmoutiers.  '  L'an  1094,  après  la  mort  d'Henri  abbé  de  Mab.  ann.  t.  5,  ! 
saint  Rémi,  Robert  fut  rappelé  pour  remplir  sa  place; 
mais  Bernard  abbé  de  Marmoutiers,  s'y  opposa,  ou  du  moins 
n'y  consentit  qu'à  la  condition  qu'il  auroit  droit  de  corri- 
ger le  nouvel  abbé,  si  sa  conduite  étoit  telle  qu'il  méritât 
correction.  Bernard  ne  tarda  pas  à  faire  usage  du  droit  qu'il 
s'étoit  réservé  à  l'égard  de  Robert,  soit  que  celui-ci  y  eût 
réellement  donné  occasion,  soit  qu'on  l'eût  accusé  injuste- 
ment. Après  le  concile  de  Clermont,  auquel  Robert  avoit 
assisté,  Bernard  le  cita  à  comparoître  devant  lui,  sous  peine 
d'excommunication,  pour  y  rendre  compte  de  sa  conduite. 
Robert  n'ayant  point  comparu  au  jour  marqué ,  l'abbé  de 
Marmoutiers  prononça  contre  lui  une  sentence  d'excom- 
munication,   qui    fut   confirmée    dans    un  concile  '  tenu    à  Mab.ib.n.65.|Bai. 

■  ™.r  ,  ii       i  •  Miscel.  t.  5,  pag. 

Reims  1  an  4097.    Robert  appella  de   ce  jugement  au  pape  304.  i  eau.  chr. 
Urbain    II,    et  Lambert   évêque    d'Arras  informa  le  souve-  "ang.  t.Vp.2^'! 
rain   pontife  de   toute  cette  affaire  par  une    lettre  qu'il  lui 
écrivit,   le   priant  de  confirmer  ce  qui  s'étoit  fait  dans   le 
concile.  Robert  alla  en  personne  à  Rome,  et  fut  bien  reçu 
du  pape ,  qui  cassa  la  sentence  de  Bernard  et  du  concile  de 
Reims,  sur  ce  fondement  qu'un  moine  tiré  d'un  monastère, 
pour  être  chargé  de   la  conduite  d'un  autre,  n'est  plus  sou- 
mis à  la  jurisdiction  de  l'abbé  de  ce  premier  monastère.   Si 
l'on  juge  de  Robert  par  la  lettre  que  '  Hugues    archevêque  J1»1-  a|"pi-  coll. 
de   Lyon,    écrivit    au   pape  Urbain  II  contre  lui,  on  sera 

S  s  ij 


III  SIECLE. 


524  ROBERT, 


persuadé  que  sa  déposition  ne  fut  que  la  juste  punition  qu'il 
s'attira  par  l'irrégularité  de  sa  conduite.  Hugues  de  Cluni  écri- 
vit aussi  au  même  pape  une  lettre  peu  favorable  à  Robert. 
Elles  se  trouvent  l'une  et  l'autre  dans  la  grande  collection 
de  D.  Martenne.  D'un  autre  côté  Baudri  abbé  de  Bour- 
gueil,  s'intéressa  pour  Robert  qu'il  paroît  qui  avoit  été  son 
Mab.  ann.  1.  69,  n.  disciple  ',  et  le  recommanda  à  Odon  cardinal,  évêque  d'Os- 
66,  tie,   par  une  lettre   en  vers,   dans    laquelle  il    insinue  que 

l'archevêque  de  Reims  maltraitoit  trop  cet  abbé  :   Namque 
manum  super  hune  nimis  aggravât  Me  Remensis ,  etc.   Il  est 
vraisemblable,    selon    D.    Mabillon,    que   la    déposition    de 
l'abbé  de  saint  Rémi  fut  l'effet  de  la  haine  qu'avoit  contre 
lui  Manassés  archevêque  de  Reims,  qui  le  décria  dans  l'es- 
prit de  Bernard,    et  confirma  lui-même  dans  son   concile, 
l'excommunication  portée  par  l'abbé  de  Marmoutiers  contre 
Metr.  Rem.  t.  2,  i.  celui  de  saint  Rémi.    Marlot  'croit  qu'il  fut  déposé,  parce 
2,  c.  n,  p.  221.      qU-j|  avojj  dissipé  les  biens  de  son  abbaye  ,  pour  fournir  aux 
frais  du  voyage  de  la  terre  sainte;  mais  ce  ne  fut  qu'après 
sa  déposition  que  Robert  entreprit   ce  voyage,  puisqu'il  se 
trouva  à   la   prise  de  Jérusalem  l'an  ^99. 
p.  26i.  D.   Martenne',  dans  une  histoire  manuscrite  de  l'pbbaye 

de  Marmoutiers,  attribue  à  la  même  cause  la  déposition 
de  Robert,  qu'il  place  après  son  retour  du  voyage  de  la 
Palestine,  quoiqu'il  paroisse  certain  qu'elle  l'a  précédé. 
Hugues  archevêque  de  Lyon,  légat  du  saint  siège,  écri- 
vant à  Urbain  II,  entre  dans  un  assez  grand  détail  sur  Ro- 
bert el  sur  sa  déposition;  cependant  il  ne  parle  ni  de  son 
voyage  de  la  terre  sainte,  ni  de  la  dissipation  des  biens  de 
son  abbaye  pour  fournir  aux  frais  de  ce  voyage.  Mais  il 
rapporte  seulement  en  général,  qu'il  fut  déposé,  parce 
qu'il  n'étoit  point  zélé  pour  faire  observer  la  règle,  et  n'en 
donnoit  point  non  plus  lui-même  l'exemple,  quoiqu'on  l'eût 
averti  plusieurs  fois.  Cette  lettre  a  été  donnée  au  public  par 
Mart.  atnpi.  coll.  D.  Martenne  ';  elle  est  très-importante  pour  ce  qui  re- 
Hist'.  ^'u"f  •  9  p  garde  l'affaire  de  Robert  ;  et  nous  n'avons  rien  de  plus  pro- 
325-  pre  à  nous  mettre  au  fait  de  cet  événement. 

Quoique  le  pape  Urbain  II  eût  cassé  le  jugement  rendu 
contre  Robert ,  il  ne  put  rentrer  dans  son  abbaye  ;  on  lui 
permit  seulement  de  se  retirer  au  prieuré  de  Senuc ,  d'où 
il  sortit  bientôt  pour  suivre  les  croisés  dans  la  première  ex- 
pédition de  la  terre  sainte. 


ABBÉ  DE  SAINT  REMI.  528      mmat. 


'L'affaire   de  Robert    fut  examinée   de    nouveau    dans   le  Gaii.  chr.  md.  i 
concile  de  Poitiers,   tenu  l'an  44  00,  et  décidée  en  sa  fa-  Mab  lbn  ll- 
veur.  On  y  déclara  que  sa  vie  étoit  irréprochable,  son  en- 
trée légitime,  sa  promotion  et  son  ordination  authentiques  et 
canoniques,    et  confirmées  par  les  lettres  du   pape  Urbain. 
On  y  jugea  qu'il  avoit  été   injustement  déposé.,   et  que   la 
substitution  de  Burchard,  qui  avoit  été  mis  à  sa  place,  étoit 
illicite.    Néanmoins  Robert    ne   fut    point  rétabli,    ni   Bur- 
chard confirmé;  '  et  on  élut  abbé  de  saint  Rémi   un    sujet  Mab.  u>.  n.  «9  et 
d'un    mérite    distingué,    également    recommandable  par   sa 
naissance  et  sa  piété,  nommé.  Azenaire,  parent  de  Gui  de 
la   Tremoille,  insigne  bienfaiteur  de    l'abbaye  de  saint  Ré- 
mi. C'est  ce  que  l'on  voit  par  une  inscription'  qui  se  con- 
serve encore  dans  cette  abbaye  (i).   Alors  Robert  retourna 
dans  l'azyle  qu'on   lui    avoit  accordé    après    sa    déposition, 
c'est-à-dire  dans  le  prieuré  de  Senuc,  où  il  vécut  en  simple 
particulier,    content    du    titre    de   prieur.    Ce    fut-là   qu'il 
composa  son    histoire  de  la  croisade.    Mais  il   n'eut  pas  la 
satisfaction   de  finir  tranquillement  ses  jours  dans  cette  re- 
traite ;   on  l'accusa  encore  de  mal  administrer  les  biens  de 
son  prieuré,  et  de   les  dissiper.    On  en   porta    même   des 
plaintes  jusqu'au   pape  Caliste  II ,    qui   par  un   rescrit  daté 
du  46  mai,   donna  ordre  qu'on  le  destituât.   Robert  survé- 
cut peu   à  cette   dernière  déposition,   et    mourut  vers   l'an 
4422.  Sa  mort  est  marquée  dans  le  nécrologe'  le  23  d'août  *ab.  «m.  ».  «,  i. 
en  ces  termes  :  Robert  dixième  abbé  de  ce  monastère,  mourut  ; 
il  gouverna  deux  ans.   Une  main  plus  récente  a  ajouté  :   // 
fut  enstiite  déposé,  et  mourut  moine  vers   Van  4422. 

(1)  Anno  Domini  milletimn  noniqetimn  octavo.  ctim  incendio  contumpUim 
fuistet  magna  ex  parte  monastenum  nottrum  observitom  eccletiam  nostram 
novam  quce  non  mullo  anti-  dedientn  fuerat  h  domino  papa  Leone,  et  restaura- 
tum  monnsterxum  sumptibui  fortiftinii  ducii  Guidomt  Trimoliennt .  cognati 
abbat'i  noxtri,  et  ordim*  surtcti  Brnedicti  pii  defenso  i>\  rrd"cis  ab  erpugna- 
t'one  tanctce  Jeiusalrm  qun  noviaaverat  in  au  xi  hum  Gittofredit  régi»  s  domi- 
na» abbns  nos  1er.  ut  s>ng  ■  l\s  tabbatis  gralir  Deo  rtdd'rentur.  hanc  Dei-parœ 
Virgmi*  effigiem  (n  oratorio  novitinrum  potuit  nnfiomilletftnin  cenlettmo  Celle 
figure  delà  Vierge,  qui  est  de  bols,  s'est  conservée  jusqu'à  présent  avec  l'inscription. 


2  3  * 


XII  SIECLE. 


326  ROBERT, 

§  II. 

SES  ÉCRITS. 

Gest.  Dei .  per  -1°.  T)  obert  '  est  auteur  d'une  histoire  de  la  première 
Franc.  1. 1,  P.  30.  lLexpédition  des  Chrétiens  d'Europe  dans  la  Pales- 
tine. Cette  histoire  est  divisée  en  huit  livres,  ou  en  neuf, 
et  même  en  dix;  parce  qu'on  partage  quelquefois  en  deux 
quelques-uns  de  ces  livres;  ce  qui  en  augmente  le  nombre. 
L'auteur  a  mis  à  la  tête  une  préface  apologétique ,  dans 
laquelle  il  rapporte  de  quelle  manière  l'abbé  B.  c'est-à-dire 
Bernard  abbé  de  Marmoutiers,  comme  il  est  marqué  dans 
le  manuscrit  de  cette  abbaye,  l'engagea  à  entreprendre  cet 
ouvrage,  en  lui  montrant  une  histoire  de  cette  célèbre  ex- 
pédition, qui  lui  déplaisoit,  tant'  parce  qu'elle  ne  remontoit 
pas  jusqu'au  concile  de  Clcrmont,  que  parce  qu'une  si 
belle  matière  n'y  étoit  pas  traitée  avec  la  méthode  et  le 
style  convenables.  Ensuite  de  quoi  l'abbé  ordonna  à  Robert 
qui  avoit  assisté  au  concile  de  Clermont ,  de  donner  une 
nouvelle  forme  à  cette  histoire,  en  y  ajoutant  ce  qui  re- 
gardoit  ce  concile,  et  en  corrigeant  le  style.  L'histoire  que 
Robert  entreprit  de  mettre  en  un  meilleur  style,  n'est  autre 
que  celle  de  l'anonyme,  qui  tient  le  premier  rang  dans  le 
recueil  de  Bongars,  et  dont  il  est  parlé  à  la  fin  du  huitième 
tome  de  l'Histoire  Littéraire.  Il  commence  sa  narration  au 
grand  concile  tenu  l'an  \  095  à  Clermont  en  Auvergne ,  où 
la  croisade  fut  résolue,  et  la  continue  jusqu'à  l'an  4 099 , 
finissant  à  la  victoire  que  les  croisés  remportèrent  le  -12 
août  de  cette  année  sur  le  Soudan  d'Egypte,  environ  un 
mois  après  la  prise  de  Jérusalem.  Robert,  pour  orner  sa 
narration  et  la  rendre  plus  agréable,  a  soin  de  mêler  de 
temps  en  temps  des  vers  à  sa  prose.  Il  exprime  même  en 
vers  qu'il  met  en  marge  par  forme  de  sommaire,  ce  qui 
est  de  plus  important  dans  le  corps  de  l'ouvrage.  Parmi  ces 
vers  mis  en  marge ,  on  peut  en  remarquer  deux  qui  fixent 
l'année  de  la  prise  de  Jérusalem ,  non  qu'ils  soient  remar- 
quables par  la  poésie,  mais  parce  qu'ils  se  trouvent  rapportés 
ibid.p.  75.  par  plusieurs  historiens  'postérieurs  à  Robert,  dont  cepen- 


ABBE  DE  SAINT  REMI.  527       x„  SIECLE 


dant  aucun  ne  marque  qu'il  en  soit  auteur  . 

Anno  milleno  cenleno,  quo  minus  uno, 
Hierusalem  Franci  capiunt  virtute  poti'iiti. 

Robert  assure  que  ceux  qui  liront  son  histoire,  n'y  trou- 
veront ni  faussetés ,  ni  bagatelles ,  ni  mensonge ,  mais  la  seule 
vérité  (-1  ).  Cependant  les  choses  merveilleuses  qu'il  raconte 
en  parlant  des  exploits  de  Godefroi  de  Bouillon ,  qui  d'un 
coup  de  sabre  coupoit  un  homme  en  deux,  ont  fait  porter 
à  Jean  Griphian  un  jugement  très-désavantageux  de  l'ou- 
vrage de  Robert.  Non  seulement  il  le  regarde  comme  rem- 
pli de  fables,  selon  le  témoignage  de  Decker,  mais  il  prend 
même  encore  occasion  de  soupçonner  qu'il  est  l'auteur  du 
fameux  roman  connu  sous  le  nom  de  Jean  Turpin.  Il  faut 
avouer  qu'on  trouve  dans  ce  roman,  ou  dans  cette  préten- 
due histoire  de  la  vie  de  Charlemagne  et  de  Roland,  des 
merveilles  semblables  à  celles  que  Robert  rapporte  tou- 
chant Godefroi  dans  son  histoire  de  la  première  croisade. 
Mais  si  c'est-là  un  juste  motif  de  le  croire  auteur  du  roman 
de  Turpin,  Jean  Griphian  pouvoit,  par  la  même  raison, 
l'attribuer  aux  autres  historiens  de  la  croisade,  puisque  la 
plupart,  sans  en  excepter  Guillaume  de  Tyr,  rapportent 
les  mêmes  merveilles.  Quant  au  jugement  que  Griphian 
porte  de  l'écrit  de  Robert,  tant  pour  le  fonds  que  pour  le 
style,  il  doit  d'autant  moins  servir  de  régie,  qu'il  s'accorde 
peu  avec  celui  des  autres  écrivains.  '  L'auteur  de  la  hiérar-  l.  4,c.  9. 
chie  terrestre  compte  Albert  de  saint  Rémi,  c'est-à-dire, 
selon  Vossius  '  ,  Rupert  ou  Robert,  parmi  les  plus  illustres  Hist.iat.  1.3, part, 
historiographes  de  France.  Yepez  '  témoigne  qu'il  a  tou-  Vep"  t.  4,rp.  195. 
jours  fait  beaucoup  de  cas  des  dix  livres  de  l'histoire  de  la 
guerre  sainte,  composée  par  Robert  moine  de  saint  Rémi, 
qui  a  rendu  son  nom  assez  recommandable  entre  les  autres 
historiens.  Tri  thème  cité  par  Marlot  '  ,  loue  Robert  pour  son  Metr.  Rem.  t.  2,  p. 
habileté'  dans  les  saintes  écritures,  son  esprit,  son  élo- 
quence, et  appelle  son  histoire  historiam  insignem.  Orderic 
Vital  n'en  parle  pas  moins  avantageusement  sur  la  fin  de  son 

(11  Siant  qui  hœc  legtrint,  sivè  qui  audierint.  qu'nd  nihil  frivoli,  nihil  men- 
dacii,  nihil  nugarum,  nisi  qu'od  verum  est,  enarrabunus. 


III  SIECLE. 


528  ROBERT, 


neuvième  livre,  où  il  dit  que  Robert  n'a  pas  écrit  avec  moins 
de  vérité  que  d'élégance. 

Outre  ces  témoignages  en  faveur  de  l'écrit  de  Robert, 
il  faut  considérer  qu'il  a  été  témoin  de  la  plupart  des  évé- 
nemens  qu'il  rapporte  depuis  le  commencement  jusqu'à  la 
fin,  ayant  assisté  au  concile  de  Clermont  en  4  095,  et  s'é- 
tant  trouvé  au  siège  et  à  la  prise  de  Jérusalem  en  4  099. 
L'histoire  de  Robert  reçoit  encore   un  nouveau  degré  d'au- 

Mart.  ampi.  coll.  torité  par  l'usage  qu'un  anonyme  '  en  a  fait  dans  une  histoire 
de  la  croisade  sous  le  nom  du  patriarche  ,   des   évèques   et 

ib.  p.  5i2.  de  toute  l'église  de  Jérusalem.  D.  Martenne  '  ,    après  avoir 

pris  la  peine  de  ffrer  une  copie  de  l'histoire  de  cet  ano- 
nyme, sur  un  manuscrit  de  l'abbaye  d'Hemmerode  de  l'or- 
dre de  Cîteaux,  dans  le  diocèse  de  Trêve,  s'étant  aperçu 
que  ce  n'est  presqu'autre  que  l'ouvrage  de  Robert  abbé 
de  saint  Rémi,  auquel  il  a  ajouté  quelques  fragmens  de 
Foucher  de  Chartres ,  n'a  pas  jugé  à  propos  de    la    donner 

ib.  p.  536.  au  public.   Il  a   seulement  promis  '  de  le   faire,    si  les  sça- 

vans  en  étoient  d'avis,  et  s'est  contenté  en  attendant,  de 
publier  la  préface  qui  est  en  vers  hexamètres,  au  nombre 
de  trente-quatre.  L'auteur  y  donne  le  plan  de  son  histoire, 
qu'il  commence  à  la  prise  de  Nicée.  11  la  finit  à  la  troi- 
sième année  de  Baudouin  III  roi  de  Jérusalem,  par  l'ordre 
duquel  il  dit  l'avoir  écrite.  La  troisième  année  de  ce  prince 
répond  à  l'an  -H45  :  ainsi  notre  anonyme  a  composé  son 
histoire  vers  ce  temps.  A  la  suite  de  la  préface  dont  nous 
venons  de  parler,  D.  Martenne  a  publié  une  relation  abré- 
gée de  la  guerre  sainte ,  faite  dans  le  goût  des  chroniques , 
qui  commence  en  4  097,  et  finit  en  -H 28.  Nous  indiquons 
ici  ces  auteurs,  pour  n'être  pas  obligés  d'y  revenir:  quoi- 
que d'ailleurs  nous  n'ayons  pas  de  preuves  qu'ils  "appar- 
tiennent à  la  France.  Mais  de  quelques  pays  qu'ils  soient , 
il  convenoit  de  dire  un  mot  du  premier  qui  s'est  approprié 
l'ouvrage  de  notre  abbé. 

L'histoire  de  la  première  croisade  par  Robert ,  est  un  des 
premiers  ouvrages  que  l'on  ait  mis  sous  la  presse  à  Paris , 
depuis  l'invention  de  l'art  admirable  de  l'impression.  C'est 
ce  que  nous  sommes  portés  à  croire  par  la  notice  d'une 
édition  sans  date,   sans  nom  de  lieu,   ni  d'imprimeur,  qui 

nous 


ABBÉ  DE  SAINT  REMI.  329 

nous  a  été  envoyée  de  Limoges.  4°.  Le  caractère  de  cette 
édition  ,   qui   est  en    lettres  quarrées,    séparées  et   dans  le 
goût  de  la  bible  latine   inpriméc  à  Venise  en  1476,   mais 
encore  plus  ancien,  fait  juger  qu'elle  est  antérieure  à  cette 
année,   et  par  conséquent   peu   après  que  l'imprimerie    fut 
en  usage;  à  Paris.  On  sçait  qu'UIric  Gering,  Martin  Crantz, 
et    Michel    Fribulge,    les    premiers    imprimeurs  de   Paris, 
vinrent  s'y   établir  en  1470.   Il  est  naturel  de  penser   que 
l'histoire  de  la  croisade  de  Bobert  étant  glorieuse  à  la   na- 
tion Françoise  qui  eut  plus  de  part  que  les  autres  à  cette 
expédition,   les  François   furent  les  premiers  à   la  publier. 
2°.   Une   preuve  certaine  de   l'ancienneté  de  cette  édition, 
est  qu'on  n'y  trouve  ni  lettres  capitales,  ni  chiffres,  ni  re- 
clames, ni   alphabeth;  ce  qui,  selon  Naudé,  est  la  marque 
d'une    grande  antiquité,  surtout  le   manque  de  l'alphabeth, 
autrement  registre,  puisqu'on  le  trouve  établi  dans  les  livres 
imprimés  en  1476  et   1477.    Ainsi  il   paroît   que  l'édition 
de   l'histoire  de  Robert  a  précédé  ces  années.  Nous  remar- 
querons encore  ici  avec  le  même  Naudé ,  que  les  premiers 
imprimeurs  de  Paris   furent   les   plus  négligens  à  mettre  à 
la  tête  de  leurs  ouvrages  leurs  noms  et  la  date.  Cette  an- 
cienne édition  contient  126  feuillets  d'impression  non  chif- 
frés,  et  commence  par  une  lettre  de  l'empereur  de  Cons- 
tantinople,  écrite  quatre  ans  avant  le  voyage  de  Jérusalem, 
adressée   aux  églises  d'Occident  ;    mais  spécialement   à   Bo- 
bert  comte  de   Flandres,   qui  avoit  vu  l'empereur  dans  un 
voyage  qu'il  avoit  fait  auparavant  en   pèlerin  dans  la  terre 
sainte  ,  pour  visiter  le  saint  sépulcre.  Cette  lettre  est  suivie 
de  la   préface  apologétique  de  l'historien  ,  et  d'un  prologue 
tels   qu'on   les  voit  dans  l'édition  de  Bongars.  A  la  fin  de 
l'histoire,   on   trouve  une  cour'c  lettre  du  patriarche  de  Jé- 
rusalem,  des  évèques  tant  Grecs  que  Latins,   et  de  toute 
l'église  d'Occident.  Si    cette  édition   a    l'avantage  d'être  la 
plus  ancienne,    elle   est  aussi   la    plus   remplie  de    fautes, 
comme  nous   le   voyons   par  les  échantillons   qui   nous  ont 
été  envoyés.   C'est   pourquoi   nous   ne   pouvons  croire   que 
ce  soit  l'une  des  trois  éditions  dont  Bongars  s'est  servi,  qu'il 
dit   être    très-bonne   et    très-ancienne,    mais  sans  nom   de 
lieu  ni  d'imprimeur.  Ou  peut-être  l'a-t-il  regardée  comme 

Tome  X.  T  t 


XII  SIECLE. 


XII  SIECLE. 


550  ROBERT, 


très-bonne,    parce  qu'elle  renferme   lout   l'ouvrage  de  Ro- 
bert. 

La  plus  ancienne  édition,  après  celle   dont   nous  venons 

de  parler,  est  lVdition  faite  à  Bâle  en  4555,  par  les  soins 

Gest.     Dei    per  d'Henri    Pierre.    Bongars  '  en  porte    un  jugement  des  plus 

desavantageux,   lorsqu'il   dit  :  Nos  usi  sumus alio  depra- 

vatissimo  Basileensi   Henrici  Pétri. 

Juste  Beuber  fit  imprimer  la  même  histoire,  et  l'inséra 
p.  2\7  dans  son  recueil  des  historiens  d'Allemagne,  qui  pa- 
rut à  Francfort  l'an  1584,  sous  ce  titre,  Veterum  scripto- 
rum,  qui  Cœsarum  et  imperatorum  Germanicorum  res  per 
aliquot  sœcula  gestas  litteris  manddrunt.  Enfin  Bongars 
ayant  revu  l'histoire  de  la  croisade  de  Bobert,  sur  trois 
manuscrits,  et  sur  trois  éditions  précédentes,  sçavoir  une 
très-ancienne  et  très-bonne,  mais  sans  nom  de  lieu  ni  d'im- 
primeur; une  très-mauvaise  faite  à 'Bâle  dn  -1555,  et  une 
beaucoup  plus  correcte,  faite  par  Juste  Beuber,  il  en  a 
doimé  lui  même  une  nouvelle  qui  tient  le  second  rang  dans 
le  recueil  des  historiens  de  la  croisade,  publié  en  deux  vo- 
lumes in-fol.  Gesta  Dei  per  Franeos,  etc.  Hanoviœ ,  typis 
Wechelianis ,  apud  hœredes  Johannis  Aubrii ,  ann.  -161-1. 
Depuis  l'édition  de  Bongars,  l'histoire  de  Robert  a  encore 
été  réimprimée  en  ^26  à  Francfort,  avec  des  notes  de  Gas- 
pard Barthius,  parmi  les  écrivains  d'Allemagne  de  Juste 
Beuber. 

Ajoutons  à  toutes  ces  éditions  de  l'ouvrage  de  Bobert, 
une  traduction  q:;i  en  a  été  faite  en  langue  Italienne,  et 
imprimée  à  Florence  :  Historia  di  Roberto  monacho  délia 
guerra  fatta  da  principi  christiani  contra  Saracini  per  Vac- 
quisito  di  terra  santa  ,  tradotta  per  M.  Francesco  Baldelli, 
à  Florence,   -1552,  in  8°. 

Nous    sommes    obligés   de  faire   remarquer  ici   une    mé- 
prise  dans  laquelle  sont  tombés  quelques  écrivains,  en  con- 
fondant Bobert,  abbé  du  mont  saint   Michel,  avec  Bobert, 
abbé  de  saint  Bemi ,  et  en  attribuant  au    premier  l'ouvrage 
Gesn.  p.  73o.|Du-  du    second.  De  ce  nombre  sont  '  Gesner ,   Duchcsne,   Pos- 

chesne,  t  4,  p.  74.  .         _       ,        .  ,  .  ,,,„,,,,  . 

IPoss.  t  2, p. 329,  sevin.    Ce  dernier,  après  avoir   attribue  a   1  abbe  du    mont 

344 et 345.  sajnt  ]\]jche|  l'histoire  de  la  croisade,  divisée  en  huit  livres, 

imprimée  à  Bâle  en  -1555,  sans  penser  qu'il  tombe  en  con- 


ABBE  DE  SAINT  REMI.  531       xu  siècle. 


tradiction  avec  lui-même ,  restitue  dans  la  page  suivante  la 
même  histoire  à  son  véritable  auteur,  avec  cette  différence 
qu'il   partage  l'histoire  en  dix  livres. 

2°.  Possevin  '  parle  d'un  Robert  de  Clcrmont,  qui  a,  dit-  Poss.  ib.  p.  341. 
il,    écrit  sur   le    concile    tenu    dans  cette  ville    contre    les 
Turcs,  sous   Urbain   VI.    Ce   prétendu   Robert   de    Clermont 
n'est  certainement  autre  que  Robert  abbé  de  saint   Rémi , 
puisque  le  concile  de  Clermont  dont  il    est    ici    question  , 
s'est  tenu  ,  non  sous  Urbain  VI ,  mais  sous  Urbain  II ,  l'an 
4095.    Selon   les  apparences,   l'ouvrage  sur    le    concile  de 
Clermont  est  celui  que  Possevin  '  attribue  lui-même  quel-  ib.p.  345. 
ques  pages  après  ,  à  Robert  de  saint  Rémi.  On  ne  peut  pas 
douter  que  notre  auteur  n'ait  fait  quclqu'écrit  sur  les  con- 
ciles, ou  du  moins  sur  le  concile  de  Clermont,  auquel  il 
avoit  assisté;  puisque  plusieurs  écrivains  '  s'accordent  à  lui  Yepez,  t.  4,  p.  195. 
attribuer  un  livre   sur  les  conciles  :  Robertus  Remensis    mo- 
nachus ,  dit  entr'autres  Konigius',  collegit  acta  conciliorum.  p.  696. 
M.   Fleuri  ' ,  après  avoir  rapporté  sur  l'autorité  de  Guillaume  Hist.  ecci.  t.  13, 
de  Tyr ,   le  discours  que  le  pape  fit  dans   ce  concile,   cite  p'  1  ' 
Rémi   moine    de  saint  Rémi    de  Reims ,   qui  étoit  présent  au 
concile,  comme   ayant  écrit  l'histoire  de  ce  concile.   Il  est 
visible  que   ce  célèbre,  historien  se  trompe ,  et  prend  Rémi 
pour  Robert,    qui  y  assista   effectivement,   et   qui  rapporte 
dans  son  premier  livre  ce  qui  s'y  passa.  D'ailleurs  on  ne  con- 
noît   aucun    moine  de   l'abba\e  de   saint    Rémi   de   Reims, 
appelle  Rémi,  qui  ait  écrit  sur  ce  sujet. 

3°.  Parmi  les  lettres  de  Lambert  évêque  d'Arras,  impri- 
mées par  les  soins  de  M.  Baluze  ' ,  on  en  trouve  une  que  Mise.  t.  5,  p.  315, 
Robert  écrivit  à  ce  prélat,  pour  se  plaindre  de  sa  déposi-  Mab40^PP°stt-3- 
tion  dans  le  concile  de  Reims.  Il  y  rapporte  le  jugement 
rendu  à  Rome  en  sa  faveur ,  pour  faire  voir  qu'on  l'avoit 
injustement  déposé,  et  prie  Lambert  d'intercéder  pour  lui 
auprès  de  son  archevêque  qui  le  vexoit. 


Tt  ij 


III  SIECLE. 


352 


VITAL  ABBE  DE  SAVIGNI, 


VITAL, 

Abbé  de  Savigni, 
ET  AUTRES  ÉCRIVAINS, 


Mab.  ann.  I.  68,  n. 
07.1  Marten.  ampl. 
coll.  t.  6,  praef.  n. 
60. |  Fleur.hist.ee- 
cles.  t.  14,  n.  18.1 
Maar.  ann.  Cist.  t. 
1,  p.  63.  64  IRob. 
de  mont.  ap.  op. 
Gulb.  p.  812.IOrd. 
Vil.  I.  8,  ad  an. 
1094,  p.  715. 1  Men. 
1.  2,  obs.  in  Mart. 
Bened.  p.  562, 563. 
Voy.  t.  XI.  Avert. 
p.  xixiij. 


Le  bienheureux  Vital  '  fils  de  Reinfroi  et  de  Roharde , 
vint  au  morde  vers  le  milieu  du  onzième  siècle,  dans 
le  village  de  Tierceville,  prés  de  Mortain,  d'où  lui  vint 
le  surnom  de  Vital  de  Mortain.  Ses  parens  qui  étoient  très- 
pieux  ,  le  firent  élever  avec  beaucoup  de  soin  dans  la  piété 
et  les  lettres.  11  étoit  dès-lors  si  grave,  que  ses  compagnons 
l'appelloient  le  petit  abbé.  Après  ses  humanités  il  quitta 
ses  parens  pour  chercher  d'autres  maîtres,  et  fit  de  grands 
progrès  dans  les  sciences.  Puis  étant  retourné  dans  sa  pa- 
trie, il  fut  ordonné  prêtre,  et  devint  chapelain  de  Robert 
comte  de  Mortain,  qui  lui  donna  une  prébende  de  la  col- 
légiale de  saint  Evroul,  qu'il  venoit  de  fonder  dans  sa 
ville.  Mais  bientôt  l'amour  de  la  solitude  lui  fit  quitter  son 
bénéfice,  et  vendre  son  bien  qu'il  distribua  aux  pauvres, 
pour  aller  chercher  une  retraite.  11  en  trouva  une  dans  les 
rochers  de  Mortain,  où  il  assembla  quelques  compagnons, 
avec  lesquels  il  alla  peu  après  s'établir  dans  la  forêt  de  Craon 
en  Anjou,  et  se  joignit  avec  le  célèbre  Robert  d'Arbrissel. 
Ils  y  assemblèrent  un  grand  nombre  d'hermites;  mais  s'y 
trouvant  trop  resserrés,  ils  passèrent  dans  la  forêt  de  Fou- 
gères, à  l'entrée  de  la  Bretagne.  Raoul  qui  en  étoit  sei- 
gneur, les  y  souffrit  quelque  temps;  mais  comme  ce  sei- 
gneur aimoit  passionnément  la  chasse,  il  craignit  que  ces 
solitaires  ne  dégradassent  sa  forêt,  et  aima  mieux  leur  aban- 
donner celle  de  Savigni ,  près  d'Avranche.  Ce  fut  là  que 
Vital  se  fixa,  et  qu'il  jetta  les  fondemens  du  monastère  de 
Savigni,  l'an  4105,  selon  1).  Mabillon;  ce  qui  doit  s'en- 
tendre du  commencement  de  ce  monastère  qui  ne  fut  achevé 
que  sept  ans  après ,  c'est-à-dire  l'an  \W2.  La  charte  de  fon- 
dation est  datée  de  cette  année  ;   mais  comme  le  remarque 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  333       m  siècle. 


D.  Mabillon  ',  elle  suppose  une  donation  antérieure  qu'elle  Ann.  1.  72,  n.  43. 
confirme.    Vital    gouverna   dix   ans   cette  nouvelle    abbaye, 
et  prescrivit  aux  religieux   qu'il  avoit  rassemblés,   de  nou- 
velles constitutions  semblables  en  quelque  chose  à  celles  de 
Cîteaux ,   in   aliquibus   Cisterciensibus  similes .   Orderic     Vi-  chron.saMin.  Bai. 
tal  les  appelle   modernas   institutiones  Neophytorum,   ce   que  iMa'rt.'amph  cou! 
le  P.   Martenne   entend  des   constitutions   des   religieux   de  cu?ii  PNeubrn'H6erl 
Citeaux ,    qu'Orderic   a   coutume    de  désigner   par   le    nom  Angi.  1.  i,c.  15.  i 

a       m'      u    .  n  ap.    1  •»  a     41      i  Neustr.pia,p.676, 

de  Néophytes.  Comme  Vital  avoit  un  grand  talent  pour  etseqq. 
la  parole,  et  un  zèle  admirable,  il  prêchoit  souvent,  et 
avec  une  grande  liberté,  reprenant  les  vices  sans  ménager 
personne.  La  vie  pénitente  et  austère  qu'il  menoit,  don- 
noit  un  nouveau  poids  à  ses  prédications;  et  il  s'attira  éga- 
lement l'estime  et  la  vénération  des  peuples,  des  princes, 
des  rois ,  des  prélats  et  des  papes.  On  voit  quel  cas  Ca- 
lixte  II  faisoit  de  cet  homme  apostolique  ',  par  une  lettre  Mart.  ampi.  cou. 
qu'il  écrivit  en  sa  faveur  aux  évêques  d'Avranches  et  du 
Mans,  au  comte  de  Mortain  et  aux  seigneurs  de  Fougères 
et  de  Mayenne.  Ce  même  pontife  ayant  entendu  Vital  prê- 
cher dans  le  con.  ile  qu'il  tint  à  Reims  l'an  4 -M  9,  avec  cette 
force  et  cette  liberté  qui  lui  étoient  propres,  il  déclara  que 
personne  jusques-là  ne  lui  avoit  si  bien  représenté  les  obli- 
gations des  papes.  Le  zèle  de  Vital  '  ne  se  renferma  pas  dans  M»b-  ann.i.  70,  n. 
la  France,  il  passa  en  Angleterre  l'an  -H 20,  et  y  prêcha 
avec  un  succès  étonnant;  quoique  ses  prédications  fussent 
en  langue  romance,  ou  en  françois  du  temps,  ceux  mêmes 
qui  ne  l'entendoient  pas  en  étoient  touchés.  Vital ,  après 
avoir  passé  presque  toute  sa  vie  dans  la  pénitence  et  les 
travaux  apostoliques,  tomba  malade  l'an  \ -122  dans  le 
prieuré  de  Dampierre,  que  Henri  I  roi  d'Angleterre  lui 
avoit  donné  trois  ans  auparavant,  et  y  termina  sa  vie  par 
une  mort  aussi  sainte  que  l'avoit  été  sa  vie.  '  Il  conserva  l'a-  Manr.  ib.  Mart. 
mour  de  la  régularité,  et  la  pratiqua  jusqu'au  dernier  sou- 
pir. Orderic  Vital  rapporte  qu'après  avoir  reçu  les  sacre- 
mens,  il  se  trouva  le  premier  à  l'église  pour  chanter  ma- 
tines, et  expira  dans  ce  saint  exercice  le  46,  ou  selon  Pagi,  '  Pagi,  ab  an.  un, 
le  24  septembre.  Il  se  fit  plusieurs  miracles  pendant  trois 
jours  que  son  corps  demeura  exposé  à  la  vénération  du  peu- 
ple. Les  religieux  donnèrent  aussitôt  avi»  de  sa  mort  aux 
plus  célèbres  églises    de  France  et   d'Angleterre,   dont  ils 


XH  SIECLE. 


334  VITAL  ABBÉ  DE  SAVIGNI. 


reçurent  des  réponses  pleines  d'éloges  du  saint  abbé,  que 
l'on  conserve  dans  l'abbaye  de  Savigny.  Sa  vie  fut  écrite 
non  par  Etienne  prieur  de  saint  Florent,  près  de  Saumur, 
et  ensuite  évêque  de  Rennes,   mais   par  Etienne  de  Fou- 

Manr.  adan.  1179,  gères  '  successeur  du  premier  dans  l'évêehé  de  Rennes.  Voici 
son  épitaphe  faite  par  un  anonyme,    eti  donnée   au  public 

Balaz.Hiscei.  t.  4.  par  M.  Baluze '. 

p.  556.  r 

EPITAPHE. 

Vitalis  vita  puer  et  vir  vixit  honesta  : 

Canonicus  primo,  post  heremita  bonus. 
Cœnobium  Savigneii  construxit,  et  abbas 

PTimus  iu  boc  sanctè  vixil  et  ulililer. 
Jejunans,  vi„'ilans,  crans,  sic  membra  subegit 

Quod  caro  spiiilui  subdita  jure  fuit. 
Vox  cl  imantis  erat  spargendo  semina  verbi, 

Verus  praeco  Dei  sedulus  atque  lubens. 
Ipse  die  postquam  decessit  nocte  secundà, 

Obtulerat  Domino  sacra  sacer  sacrifex. 
Psallebant  Domino  fratres,  psallebat  et  ipse. 

Psallens  ascendit  psallere  dulcè  Deo. 
Hospilium  carnis  cœli  novus  incola  liquit, 

Cùm  sol  egreditur  virginis  bospitium. 

Quelque  célèbre  qu'ait  été  Vital  par  ses  prédications, 
il  ne  nous  en  est  rien  resté,  Nous  n'avons  pas  même  les  sta- 
tuts qu'il  dressa  pour  ses  religieux,  à  moins  qu'on  ne  les 
conserve  manuscrits  dans  l'abbaye  de  Savigni.  Cette  ab- 
baye, ainsi  que  tous  les  autres  monastères  qui  en  dépen- 
doient ,  furent  réunis  à  l'ordre  de  Citeaux  par  l'abbé  Serlon. 


LE  nom  de  Reginald  ,  moine  de  saint  Augustin  de 
Canlorberi,  qui  est  purement  François,  et  la  liaison  de  ce 
religieux  avec  Hildebert  évêque  du  Mans,  donnent  lieu 
de  croire  qu'il  étoit  François,  et  peut-être  même  Manceau  : 
car  il  y  avoit  alors  plusieurs  Manceaux  en  Angleterre,  tels 
que  Geofroi  XVI  et  Robert  XVIII ,  abbé  de  saint  Alban  ; 
comme  on  peut  le  voir  dans  l'histoire  des  abbés  de  ce  cé- 
p.  35  et  42,  edit.  lébre  monastère,  par  Matthieu  Paris  '. 
An». i. 3, ep. 2%.  '      Saint  Anselme  '  écrivant  à  Boson  religieux  du  Bec,    le 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  555      m  siècle. 


prie  de  saluer  de  sa  part  son  très-cher  fils  Rainald  frère  du 
même   Boson    :  Saluta  dulcissimum  filium    meum ,    fratrem 
tuum   Rainaldum.    Ce    Rainald   moine  du  Bec,  ne    seroit-il 
pas  le  même  que  Reginald  moine  de  Cantorberi ,   que  saint 
Anselme  y  auroit  attiré  depuis  dans   ce  monastère,  comme 
il  y  attira   Boson  lui-même  '.  On  sçait  d'ailleurs  que  Rai-  ^^  a™-  *•  5>  '• 
naldus  et  Reg maldus  sont  le  même  nom,   et  désignent  ordi- 
nairement une   seule  et    même   personne.    Néanmoins   Pit- 
sée  '  compte  Reginald  parmi  les  illustres  écrivains  d'Angle-  ^p,1"1181,  AngL 
terre,    et  dit  qu'il  étoit  Anglois   de  nation,   de  Tordre  de 
saint  Benoît,  moine  de  Cantorberi.    Le  même  auteur'  nous  Ibid- 
représente   Reginald   comme  un  sçavant   qui   possédoit  par- 
faitement  la  langue    Latine,    et   la   parloit   avec    beaucoup 
d'élégance.   Il  fit  une  étude   particulière  des   meilleurs  au- 
teurs,   et    devint    également    célèbre    dans    la    Rélhorique 
et   la    poésie  :  Evasitque  rhetor  et  poëta  inter  suos  insignis. 
Reginald  '  s'appliqua  aussi  à   l'étude  de  la  langue  Grecque ,  f'ts.  ib. 
et  s'y  rendit  assez  habile  pour  traduire  en  vers  latins  l'his- 
toire   Grecque    d'un    certain    moine    nommé  Malchus.     La 
prétendue   histoire   Grecque   du    moine  Malchus  que   Pitsée 
dit  avoir  été  traduite  en  latin  par  Reginald,  n'est  autre  que 
la   vie  latine  du  moine  Malchus,   écrite   par  saint   Jérôme, 
qui  aura  été  mise   en   vers   par   Reginald.  Il   envoya  cette 
pièce  de   poésie  à  Hildebert  '   alors  évèque  du   Mans,   puis  Hild.  op.1.  3, ep. 
de  Tours ,   qui  l'en  remercia  par  une  lettre  très-obligeante. 
Mais  quoique  le  prélat   comble    d'éloges  l'ouvrage  et   l'au- 
teur, ce  qu'il  en  dit  n'en  donne  pas  une  idée   fort  avanta- 
geuse. Reginald   fit  encore  d'autres   ouvrages   sur    différens 
sujets,      ejusdem    versus     rythmici     multi'plich    argumenti, 
dont  quelques-uns  sont  adressés  à  saint  Anselme ,  qui  étoit 
pour  lors  en  exil.  Cela  peut  servir  à  fixer  le  temps  où  notre 
poëte  florissoit,  c'est-à-dire  au  commencement  du  douzième 
siècle,    puisque   saint  Anselme  fut  rappelle   en   Angleterre 
l'an  -H  06.  Un  ne  peut  placer  sa  mort  avant  l'an  -H 22,  s'il 
est  vrai ,    comme  le  marque   l'éditeur  des   ouvrages   d'Hil- 
debert,  que  la  lettre  de  ce  prélat  à  Reginald,  a  été  écrite 
vers  l'an  W22. 

Robert  ,  '  premier  du   nom ,    religieux  de  Cluni ,   prieur  ™-  f£[-  n0T-  l- 
de  saint  Sauve  de  Valencienne,  également  recommanda- 


III  SIECLE. 


556  RAOUL, 


ble  par  sa  piété  et  ses  lumières,  a  écrit  quelques  ouvrages 

que  l'on    conserve    manuscrits  dans  le   monastère  de  saint 

Sauve.  Il  y  a  aussi  quelques  chartes  de  sa   façon.    Pans  le 

Gallia  christiana  on  a  ajouté  le  mot  sacra  a  celui  à'instru- 

Mab.  an.  t.  i,  p.  menta,   seul  employé  par  D.  Mabillon  ';  ce  qui  peut  signi- 

Ma'b. '  it>.'  fier    des    vases  sacrés,    des  reliquaires.    Robert  '  est   mort 

??53.ChI"  '■  4' p-  au  plus  tard  dans  le  commencement  de  l'an   W22,  puisque 

Richard  son  successeur  fut  placé  par  Ponce  abbé  de  Cluni, 

qui   abdiqua  au  mois  d'avril  de  cette  année  (I). 


RAOUL, 

Archevesque  de  Cantorberi, 


Si. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Mab.  ann.  i  67.  n.  -p  aoul  ,  issu  d'une  illustre  famille  de  Normandie, 
-LXprit  l'habit  monastique  dans  l'abbaye  de  saint  Martin 
de  Seès  Pan  ^79.  Dix  ans  après  Robert  qui  en  étoit  abbé, 
étant  mort,  Raoul  fut  choisi  ponr  lui  succéder.  Inquiété 
par  Robert  de  Relesme,  il  passa  en  Angleterre  pour  se  met- 
tre  à   couvert  des  vexations  de  ce  seigneur,   et   fut  bien 

ib.  i.  7i,  n.  59.  reçu  du  roi  Henri.  '  Son  mérite  fut  bientôt  connu  en  Angle- 
terre ,  et  le  siège  de  Rochester  ayant  vaqué  par  la  mort  de 
Gondulphe,  Raoul  fut  regardé  par  saint  Anselme  comme 
le  plus  capable  de  remplir  cette  place,  et  reçut  l'ordi- 
nation des  mains  de  ce  saint  prélat.  Six  ans  après  il  fut 
transféré  de  Rochester  sur  le  premier  siège  d'Angleterre. 
Cette  élection  se  fit  le  26  avril  4 44 4,  dans  une  assem- 
blée de  prélats  et  de  seigneurs,  terne  à  Ouindsor,  pour 
donner  un  pasteur  à  l'église    de   Cantorberi,   qui    en    étoit 

Mab  ann.  1. 72.  n.  privée  depuis  la  mort  de   saint  Anselme.'  Après   quelques 

69.  I  Kadm.  hist.    r      .     .   ,.  .  ,         <•    »  -, 

nov.  i.  5.  contestations    occasionnées    par    les  eveques,    qui    auroicnt 

souhaité  que  l'archevêque  fût  choisi  dans  le  clergé,  quoique 
depuis  saint   Augustin  l'apôtre   d'Angleterre,  tous  les  pré- 
lats 


76 


ARCHEVESQUE  DE  CANTORBERI.    337   xn  SIiCI.E. 

lato  de  cette  église,  à  l'exception  d'un  seul,  eussent  été  tirés 
de   l'ordre   monastique,  tous  les  suffragans  se  réunirent  en 
faveur   de  l'évêque  de  Rochester.  Le  roi  qui  d'abord   étoit 
porté   pour   l'abbé  Farice,    agréa    l'élection,   et  elle  fut  gé- 
néralement applaudie,  c  Si  vous  examinez  la  naissance,   di- 
»  soient  ceux  qui   l'élurent,  selon  le  rapport  de  Guillaume 
»  de  Malmesbury  (  \  ) ,  il  tire  son  origine  d'une  illustre  fa- 
»  mille  de    Normans.  ...    Si    vous  demandez    la    science , 
>  il  a  épuisé  Athènes;  si  vous  cherchez  l'éloquence,  la  pa- 
»  rôle  coule  de  sa  bouche  comme  le  miel.  A  cette  éloquence 
»  est  jointe  une  exactitude  et  une  délicatesse  dans  le  dis— 
»  cours,  qui  caractérisent  les  habitans  du  Maine.  »  On  voit 
par  ce  témoignage  qui  fait  honneur  à  Raoul  et  à  sa  patrie , 
que   quoiqu'il  fût  Normand   d'origine ,   il  étoit   né  au  Mans 
ou  dans  le  pays  du  Maine  ;   et  que  les  Manceaux  passoient 
alors  pour  gens  qui  parloient  le  mieux  et  le  plus  correcte- 
ment la   langue  Françoise.    Car  c'est  de  cette  langue  dont 
il  est  ici  question. 

Raoul',  après  son  élection,  se  rendit  le  \  7  juin  à  Cantor-  radm  iti5.iM.ib. 

a  mi     t   &   I    79   u 

beri,  où  il  fut  reçu  avec  grande  joie  par  le  clergé ,  le  peuple  ,  io>. 
et  par  les  évêques  qui  s'y  étoient  assemblés.  On  envoya  dej 
députés  à  Rome ,  pour  demander  le  pallium  au  pape ,  qui 
d'abord  ne  donna  aucune  réponse  favorable,  piqué  de  ce  que 
le  nouvel  archevêque  n'étoit  point  venu  en  personne  le  de- 
mander, et  de  ce  qu'il  avoit  été  transféré,  sans  sa  participa- 
tion ,  de  l'église  de  Rochester  à  celle  de  Cantorberi.  Mais 
Anselme  neveu  du  saint  archevêque,  prédécesseur  de  Raoul , 
obtint  de  Pascal  II,  auprès  duquel  il  avoit  beaucoup  de  cré- 
dit, ce  que  les  députés  n'avoient  pu  obtenir,  et  fut  chargé  de 
porter  lui-même  le  pallium  au  prélat ,  qui  le  reçut  le  27  juin 
LH5.  Edmere ,  '  qui  rapporte  tous  ces  faits  dans  un  grand  ib. 
détail ,  nous  a  conservé  les  lettres  de  part  et  d'autre  à 
ce  sujet. 

La  conduite  de  Raoul  justifia  pleinement  la  bonne  opinion 
qu'on   avoit   conçue  de  lui,    dit  Guillaume   de   Malmesburi , 

(1)  Si  gtnus  explores,  speclabili  Normannnrum  prosapia  oriundus. . .  si  scien- 
tiam  littermrum  rimeris,  totasexhausit  Athtnai  ti  tloquentiam  exigns,  mellto 
quodam  (ap?u  ex  ejus  ore  fluit  oralio;  ru;  nccedii  geniali»  iuH,  id  est  Cenormi- 
nici,  accur.itui  et  quasidepexus  sermo.  Guill.  M,  Imesb    not.  Fr    Juret  in  ep.25U. 

h  unis  carnol.  p.  -loi. 

Tome  X.  V  v 

2  4 


XII  SIECLE. 


558  RAOUL, 


qui  d'ailleurs  est   peu  favorable  aux  François ,  comme  le  re- 

ib-  marque  D.  Mabillon.  '  Il  remplit  dignement  le  siège  de  Can- 

torberi,   et   en   soutint  vivement  les    droits,    surtout  contre 

Turstan  ou  Turstin  ,   archevêque  d'Iorck ,   qui ,   pendant  tout 

le  temps  de  l'épiscopat  de  Raoul,  aima  mieux  renoncer  à  son 

élection,   que  de  lui  rendre  l'obéissance  qu'il  exigeoit.  Après 

avoir   gouverné    l'église  de  Cantorberi   pendant   huit  ans   et 

six    mois,    Raoul  mourut   le  20   octobre  4422,    selon   Ed- 

Eadm.  hist.  nov.   mer',  dont  le  sentiment  doit  être  préféré  à  celui  d'Orderic 

Vital  qui  place  la  mort  de  ce  prélat  en  4425.  Personne  n'eut 

plus    de  religion  que  Raoul,   religione  impar  nulli,  selon  le 

Guiii.  Maimesb.     témoignage  d'un  auteur  '  le  moins  suspect.  Il  étoit  très-ha- 

74,"n.  25.' ann'  '  bile    dans    les    lettres,  affable,    généreux,    n'employant   son 

bien  qu'à   en  faire  aux  autres.  Le  seul  défaut  qu'on  put  lui 

reprocher ,   étoit    d'être  enclin    au    ris   et   à   la  plaisanterie , 

plus  qu'il  ne  convenoit  à  son  rang  et  à  sa  dignité  :  mais  tout 

ce  qu'il   faisoit  venoit  d'un  excellent  fond,    et  on  ne  pou- 

voit,  sans  blesser   la  religion,   former  contre  lui  le  moindre 

soupçon    désavantageux    (4).    Edmere    ne     parle    pas    avec 

moins  d'éloges  de    Raoul  dans   son   historia  novorum ,   dont 

les   deux    derniers    livres,    c'est-à-dire   le   cinquième  et   le 

sixième  ne  contiennent  presque  que   l'histoire  de  son  épis- 

Ep.  252.  copat.    Ives    de    Chartres'  appelle    Raoul    Virum    religiosum 

et    honestum    scientid   et  moribus   elarum ,     dans  une    lettre 

qu'il  écrivit   en  sa  faveur  au  pape  Pascal,  pour  l'engager  à 

confirmer    son   élection,  et  à  lui  envoyer  le  pallium.   A  ces 

témoignages  rendus    par    des  auteurs  contemporains  et  non 

suspects ,    nous   pourrions    ajouter   les  éloges    que    font  de 

nnir.  i.  io,  ei  12. |   Raoul    plusieurs    écrivains  '    postérieurs  ,    comme    Artus   du 

Neiist.  pia,  p.  579.    m       .-         j  iv-        «   •         ■  i 

Moutier  dans  sa  jNeustrie  pieuse  ,   etc. 

(1)  Periliâ  lilterarum  magnifiée  pollens,  affabibtale  cerlè  facile  omnium  pri- 
nuis  ;  qui  /oi  tuni'rum  ampliludine  nihil  plus  acquisierit.  nisi  ut  plus  hei-efucere 
possft  quitus  Vellet.  ■  ■  (  CBlerÙnl  nultxus  delicti  suspinnne  Vil  levinotabilis  nisi 
quml  ad  risnseljocos  inclmalior  erut.  quàm  vel  diguitatis,  vel  grudus  interesse 
videretur.  Sed  tiuwcuniqite  faciebal  bono  uiique  anima  vir  ille  faciebat ;  de  quo 
quidquam  sinislrum  suspicari,  contra  relinionem  estnili. 


XII  SIECLE. 


ARCHEVESQUE  DE  CANTORRERI.    339 

§  II. 
SES  ÉCRITS. 

\°.  tvjous  ne  connoissons  d'autres  écrits  de  Raoul,  que 
-L*  quelques  lettres  dont  la  plus  considérable  et  la  plus 
intéressante  est  celle  qu'il  écrivit  au  pape  Cnlixte,  pour 
se  plaindre  de  l'injure  faite  à  sa  personne  et  à  l'église  de 
Cantorberi  ',  dans  l'ordination  de  l'archevêque,  et  la  cause  Bibi.  coït.  p.  46, 
de  l'église  d'Yorck  :  Epistola  Radulphi  archiepiscopi  Can-  n'  ,ep' 
tuariensis  ad  Calixtum  papam  missa,  querentis  de  injuria 
sibi  et  ecclesiœ  Cantuaviensi  Mata  in  consecratione  archiepis- 
copi et  causis  ecclesiœ  Eboracensis.  Le  sujet  des  plaintes  de 
l'archevêque  de  Cantorberi  étoit  que  Turstin  archevêque 
d'Yorck,  qui  avoit  refusé  de  recevoir  l'ordination  de  ses 
mains,  conformément  aux  droits  et  privilèges  de  l'église 
primatiale  de  Cantorberi,  '  étant  allé  trouver  le  pape  Ca-  Eadm.  tnst.  nov.  i. 
lixte  à  Reims,  où  il  avoit  assemblé  un  concile,  il  s'étoit  ' 
fait  ordonner  par  le  pape  même,  ayant  mis  les  Romains  dans 
ses  intérêts,  en  employant  le  moyen  efficace  par  lequel 
on  réussit  à  gagner  leurs  suffrages  dans  toutes  sortes  d'af- 
faires; quo  in  quœque  negotia  pertrahi  soient,  largitatis  offi- 
cio.  Ce  n'^est  pas  ici  le  lieu  de  faire  l'histoire  de  cette  af- 
faire, quoiqu'elle  ait  occupé  Raoul  tout  le  reste  de  son 
épiscopat;  nous  remarquerons  seulement  que  l'archevêque 
de  Cantorberi  avoit  d'autant  plus  sujet  de  se  plaindre  de 
l'ordination  de  Turstin ,  que  le  pape  avoit  été  informé  de 
son  différend  avec  l'archevêque  d'Yorck,  '  par  un  envoyé  ibid. 
du  roi  d'Angleterre  même,  qui  avoit  chargé  surtout  cet 
envoyé  de  recommander  au  pape  de  ne  point  ordonner, 
et  de  ne  point  permettre  que  Turstin  fût  ordonné  par  au- 
cun autre  prélat  que  par  l'archevêque  de  Cantorberi. 
Turstin  lui-même  n'avoit  obtenu  du  roi  la  permission  d'al- 
ler au  concile  indiqué  à  Reims  l'an  -H 4 9,  par  Calixte  II, 
que  sur  la  promesse  solemnelle  qu'il  fit  de  ne  rien  faire  au- 
près du  pape  qui  pût  donner  atteinte  aux  privilèges  de 
l'église  de  Cantorberi,  et  de  n'y  point  recevoir  l'ordina- 
tion. Mais  lorsqu'il  fut  arrivé  à  Reims,  où  Raoul  ne  put 
se  rendre  tant   pour  cause  d'infirmité,    que   pour   d'autres 

V  v  ij 


XJI  SIECLE. 


540  RAOUL, 


raisons,  il  oublia  ses  promesses,  et  se   fit  ordonner. 

ib.  p.  93,  coi.  2.  2°.  Raoul  '  au   retour    d'un   voyage  de  Rome,  s'arrêta  en 

Normandie ,  d'où  il  écrivit  une  lettre  à  ses  très-chers  frères, 
et  fils,  au  prieur  et  aux  autres  serviteurs  de  Dieu,  qui 
eomposoienf  le  clergé  de  l'église  de  Cantorberi.  11  leur  té- 
moigne un  grand  désir  de  les  revoir  après  une  si  longue  ab- 
sence, et  fait  l'éloge  d'Edmere  qui  fut  le  porteur  de  cette 
lettre. 

ib.  p.  07,  coi.  î.  3°.  Raoul  '  étant  revenu  en  Angleterre,  Alexandre  I, 
roi  d'Ecosse,  lui  écrivit  une  lettre  par  laquelle  il  le  prioit 
de  lui  envoyer  un  religieux  nommé  Edmer,  pour  le  mettre 
sur  le  siège  de  l'église  de  saint  André ,  qui  vaquoit  depuis 
longtems.     L'archevêque     de    Cantorberi     reçut    avec    joie 

ib.  coi.  2.  cette   proposition,  et  écrivit  à  Henri  roi  d'Angleterre',  pour 

lui  demander  son  agrément;  l'ayant  obtenu,  il  envoya  Ed- 
mer en  Ecosse ,  et  le  chargea  d'une  lettre  pour  Alexandre , 
dans  laquelle  il  témoigne  '  que  quoique  ce  soit  lui  arracher 
l'œil  ou  la  main  droite,  que  de  lui  enlever  Edmer,  il  con- 
sent néanmoins  à  ses  justes  désirs,  pour  ne  pas  résister  à  la 

ib  p.  98,  coi.  î.  volonté  de  Dieu.  '  Les  belles  qualités  d'Edmer,  et  l'em- 
pressement avec  lequel  le  roi  d'Ecosse  l'avoit  demandé, 
donnoient   lieu   de  croire  que  cette   affaire  auroit  un    heu- 

ib.  p.  99,  coi.  2,  reux  succès.  '  Le  contraire  arriva  néanmoins  ;  et  Edmer 
fnt  obligé  de  revenir  à  Cantorberi  ;  ce  qui  engagea  Raoul 
à  écrire  au  roi  d'Ecosse  deux  lettres  sur  ce  sujet.  Ce  sont-là 
toutes  les  lettres  que  nous  ayons  de  Raoul. 

Ap.  cent.  Magd.  Bala?us  '  lui  attribue  quelques  homélies.  Nous  avons  en 
quelque  sorte   obligation  à   Raoul  de  la   vie   de   saint   An- 

Angi.  sac.  t. 2.      selme  écrite  par  Edmer',  puisque  ce  fut  par  son  ordre  qu'il 

Mab.  ann.  1.74,  n.  l'écrivit  '.  Nous  ne  devons  pas  oublier  que  du  temps  de 
Raoul,  les  lettres  étoient  florissantes  dans  le  monastère  de 
Christ,  qui  étoit  la  cathédrale  de  Cantorberi  :  les  beaux 
manuscrits  de  ce  temps  en  sont  la  preuve.  Parmi  ces  ma- 
nuscrits il  y  en  a  un  remarquable  en  lettres  d'or  et  d'argent, 
littcris  aureis  atque  argenteis,  ac  passim  miniatis,  écrit  par 
un  sçavant  moine  de  Christ  nommé  Eduin.  Ce  qui  est  con- 
tenu dans  ce  manuscrit,  et  l'ordre  qui  y  est  gardé,  déno- 

ib.  tent,   au  jugement   de  D.    Mabillon  ',   non    seulement   un 

habile  écrivain,  mais  encore  un  homme  versé  dans  l'écri- 
ture sainte.  On  y  voit  surtout  un  psautier  en  trois  colonnes, 


ARCHEVESQUE  DE  CANTORBERI.  541      xn  sb.xb. 

avec  des  préfaces,  des  commentaires  et  des  prières  jointes 
à  chaque  psaume.  Dans  la  première  colonne  est  placé  ce 
qu'on  appelle  le  pseautier  Gallican;  dans  la  seconde,  le  Ro- 
main, avec  la  version  interlinaire  Normande- Saxone  ;  dans 
la  troisième,  l'Hébraïque  avec  la  version  Normande-Fran- 
çoise, '  Hiquès  a  donné  des  échantillons  de  tous  ces  psau-  Hiq.  t.  s,  p.  les. 
tiers  dans  son  trésor  des  langnes  septentrionales. 


SERLON, 

EVESQCE     DE     SEEZ. 

Serlon  '  sorti  de  l'ancienne  et  noble  maison  d'Orger,  Monast.  oaii.  m«s. 
fit  d'abord  profession  de  la  régie  de  saint  Benoît  dans 
le  monastère  de  saint  Evroul,  dont  il  fut  ensuite  abbé  l'es- 
pace de  deux  ans.  Il  se  trouva  l'an  -1 091  au  concile  que  Guil- 
laume archevêque  de  Rouen  assembla  pour  donner  un 
successeur  à  Girard  évêque  de  Seez,  mort  au  commen- 
cement de  cette  année ,  '  et  y  fut  choisi  malgré  lui ,  pour  or<i.  vit.  i.  8.  p. 
remplir  ce  siège,  de  lavis  de  tous  les  eveques,  par  Guil-  es,  n.  t. 
laume  qui  le  sacra  le  22  de  juin.  Il  gouverna  cette  église 
l'espace  de  trente- deux  ans,  et  eut  beaucoup  à  souffrir 
de  la  part  de  Robert  de  Belesme,  dont  les  mauvais  trai- 
temens  l'obligèrent  de  passer  en  Angleterre.  On  assure 
qu'il  avertit  Guillaume  le  Roux  la  veille  de  sa  mort,  du 
funeste  accident  qui  lui  arriva ,  lorsque  poursuivant  un  cerf, 
qu'il  avoit  blessé,  un  chevalier  nommé  Tirrel  lui  perça  le 
cœur  d'une  flèche ,  en  tirant  sur  ce  même  cerf.  Serlon 
fut  considéré  du  roi  Henri  I  successeur  de  Guillaume,  et 
trouva  en  lui  un  protecteur  contre  les  violences  de  Ro- 
bert de  Belesme.  '  L'an  4105  étant  à  la  suite  de  ce  prince,  ib.1.70,  n.  io«. 
comme  il  alloit  célébrer  les  saints  mystères  le  jour  de  VI-  sis.  ' 
ques  à  Carentan,  il  s'apperçut  que  l'église  étoit  toute  rem- 
plie des  meubles  des  paysans  qui  les  y  avoient  apportés, 
pour  les  mettre  à  couvert  du  pillage  de  Robert  et  de  ses 
adhérans  :  il  fit  un  discours  sur  ce  sujet  en  présence  du  roi. 
Il  parla  en  même-temps  avec  tant  de  force  contre  ceux  qui 
laissoient  croître   leurs   barbes  et  leurs  chevçus  ',   que  ce 

2  4  * 


u.  siècle.      342  SERLON, 


prince  et  tous  les  gens   de   sa  suite   consentirent  qu'il  les 
pom.p.295,n.io.  dépouillât  de  ces  vains  ornemens.  '  Le  P.   Pommeraye  nous 
a  conservé  un  précis  de  ce  discours  dans  son  histoire  des  ar- 
ord.  1.  11,  p.  sis.  chevêques  de  Rouen.  '  Orderic   Vital  qui  fait  aussi  mention 
de  ce  sermon  prêché  devant  le  Roi  Henri,  pour  l'engager  à 
remédier  aux  maux  dont    l'église  de  Normandie   étoit   alors 
ib.  1.22.  affligée,    comble    Serlon    des    plus    grands    éloges,   '  et  le 

représente   comme  l'homme  le    plus  éloquent   que  la  Nor- 
Guiii.  Gem.  i.  7,  mandie    eût    produit.       Guillaume    de    Jumieges    en    parle 
Hisyiorm.  c  32,  ^g    ies  mêmes   termes.    Hildebert  le  loue   dans   une   de 
HUd.j.  2,  ep.7,  p.  ses  lettres',  de  la  fermeté  avec  laquelle  il  avoit  défendu  le. 
68 •  droit  d'azyle  que  l'église  accorde  à  ceux  qui  s'y  réfugient. 

Dans  une  autre  lettre   le  même   prélat  s'excuse  d'avoir  dif- 
féré de  lui   envoyer  un  petit  présent,   et  témoigne  faire  beau- 
ib.  1.  i,  ep.  3,  p.  coup  de  cas  de  son  amitié  :  '  il  lui  demande  le  secours  de 
17a-  ses  prières,  dont  il  a  besoin,  étant  sur  le  point  de  partir, 

pour  se  rendre  à  un  concile  que  Calixte  avoit  indiqué  à 
Rome.  D.  Reaugendre  croit  cette  lettre  écrite  en  -H  02; 
ce  qui  ne  peut  être.,  puisque  le  pape  Calixte  ne  monta  sur 
le  siège  de  saint  Pierre  que  l'an  -H19.  D'ailleurs  le  con- 
cile, auquel  Hildebert  étoit  invité,  est  selon  D.  Reaugen- 
dre, le  concile  de  Latran ,  qui  ne  se  tint  que  l'an  -H 23, 
C'est-là  tout  ce  que  nous  pouvons  dire  de  Serlon.  Ce  vé- 
ord.  i.  12,  p.  877.  nérable  prélat',  après  avoir  célébré  nos  saints  mystères 
j^Mab.  ann.  i.  74,  dang  ga  cathédrale  le  26  octobre  de  l'an  W22,  ayant  assem- 
blé ses  chanoines,  leur  dit  qu'd  sentoit  que  sa  fin  étoit 
arrivée;  qu'il  les  recommandoit  à  Dieu,  et  se  recom- 
manda lui-même  à  leurs  prières  :  puis  il  alla  accompagné 
de  son  clergé,  à  la  chapelle  de  la  Vierge;  marqua  le  lieu 
de  sa  sépulture,  fit  sa  prière,  et  jetta  de  l'eau  bénite.  Après 
quoi  on  creusa  la  terre,  et  l'on  prépara  toutes  choses, 
comme  s'il  eût  été  mort.  Le  lendemain  il  se  rendit  à  l'é- 
glise, suivant  son  zèle  plus  qu'il  ne  consultait  ses  forces, 
il  vouloit  encore  célébrer  la  messe,  mais  il  ne  le  put.  L'of- 
fice fini,  il  invita  ses  chanoines  à  manger,  pour  disposer 
en  leur  présence  de  ce  qui  lui  restoit  en  faveur  de  l'église. 
A  l'heure  de  none,  il  se  mit  à  table;  mais  ne  pensant  qu'aux 
choses  du  ciel.  Après  le  repas  on  annonça  l'arrivée  de 
deux  cardinaux  légats  du  saint  siège;  le  vénérable  prélat 
donna  ordre  qu'on  les  reçût  avec  tous  les  égards  et  le  res- 


M,' 


EVESQUE  DE  SEEZ.  545      XIISieclb. 

pect  dûs  au  père  commun  des  fidèles.  Tandis  qu'on  étoit 
occupé  à  les  recevoir,  le  saint  prélat  s'étant  assis  sur  son 
siège  comme  pour  reposer,  expira  tranquillement  le  27  oc- 
tobre -H22,  après  trente-deux  ans  et  quelques  mois  d'é- 
piscopat. 


MARBODE, 

Evesque  de  Rennes. 


§  I. 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

arbode    étoit    né,    non    en    Angleterre    dans    le    pays 
de    Galles,    comme    le   prétend  Pitsée  ',    qui    l'appelle  pus.  ab ann.  1150, 
Cambro-Britannus ,  mais  à  Angers,   ou  dans  l'Anjou  :  Natus 
erat ,  quorum  decus   extitit,  Andegavorutn.    Sa   famille  étoit 
une  des  plus  considérables  de  la  province,   comme   l'assure 
Ulger;   on    veut  même   que  ce   soit    l'ancienne  famille   des 
Marbœufs,  qui  subsiste  encore  aujourd'bui  en  Bretagne  (-1). 
Si   cela   est,   il  faut  qu'elle  ait  changé  de  nom;  puisque  le 
père  de   notre  auteur   s'appelloit   Robert    Pelletier,    comme 
on  le  voit  par  plusieurs  titres  de  l'abbaye  de  saint  Aubin  '.  His;  do  uret.  i.  4, 
Marbode  fut  instruit  des  lettres  et  des  autres  sciences  dans  259,267.  '    ' 
sa  patrie ,  et  y  exerça  lui-même  dans  la  suite  avec  distinc- 
tion l'office  de   maître  d'éloquence  ;  ce  qui   ne  dérogeoit   en 
rien,  comme  le  remarque  le  dernier  éditeur  de  ses  œuvres, 
à  l'éclat  de  sa  naissance. 

Après  avoir  été  professeur  d'éloquence,  il  fut  chargé  par 
l'évêque   Eusebe    Brunon ,    de   la   direction    des  écoles   de 
l'église  d'Angers  ',    emploi    qu'il  remplit   pendant  quatorze  Hist.  univ.  d'Angi. 
ans,  c'est-à-dire  depuis  4067  jusqu'en  ^0S\  ,  avec  tant  de  p' 
3uccès,  que  l'école  d'Angers  fut  de  son  temps  l'une  des  plus 

(X)  Le  lecteur  curieux  peut  voir  sur  ce  sujet  les  notes  de  M.  Loyauté  sur  les 
actes  des  évêques  du  Mans,  et  les  remarques  de  l'éditeur  des  œuvres  d'Hildeberl, 
page  59. 


III  SIECLE. 


544  MARBODE, 


florissantes  de  la  France.  Il  semble  même  que  Marbode  a 
eu  la  gloire  d'être  le  fondateur  de  l'université  de  cette 
ville.  C'est  ce  qu'Ulger  a  donné  lieu  de  croire  à  M.  Du- 
cange ,  en  parlant  ainsi  de  lui  :  Transtulit  hùc  studium,  trans- 
Bourdigné,  chron.  tulit  ingeniùm.  Aussi  les  historiographes  d'Anjou  '  ne  man- 
quent-ils pas  de  faire  honneur  à  Marbode  d'avoir  donné  le 
commencement  aux  écoles  publiques  d'Angers.  Il  étoit  assu- 
rément bien  capable  de  les  conduire,  s'il  étoit,  comme 
le  dit  Ulger,  l'homme  le  plus  éloquent  qu'il  y  eût  dans  l'u- 
nivers, au  dessus  même  de  Ciccron,  de  Virgile  et  d'Ho- 
mère :  Cessit  ei  Cicero ,  cessit  Maro ,  junctus  Homero.  L'au- 
teur de  l'histoire  manuscrite  de  l'université  d'Angers  croit, 
qu'un  tel  éloge  paroîtroit  tenir  de  la  flatterie,  si  divers  au- 
teurs du  temps  de  Marbode  ne  concouroient  avec  Ulger , 
pour  nous  le  donner  comme  un  des  plus  habiles  hommes 
de  son  siècle.  A  la  bonne  heure  qu'on  nous  donne  Mar- 
bode comme  un  des  plus  habiles  hommes  du  douzième 
siècle;  mais  malgré  le  concours  de  diflérens  auteurs  en  sa 
faveur ,  on  ne  nous  persuadera  jamais  qu'il  l'a  emporté 
sur  Ciceron ,  Virgile  et  Homère.  On  compte  parmi  les 
élevés  de  Marbode,  Samson  évêque  de  Winchestre  ;  Rai- 
naud  de  Martigné-Briand  élu  évêque  d'Angers  en  \\(S\  , 
puis  archevêque  de  Reims  ;  Geoffroi  Martel ,  second  du 
nom,  comte  d'Anjou,  etc. 
Hist.  And.  mss. t.  M.  Menard  '  prétend  qu'outre  les  arts  libéraux,  Mar- 
vu.  Maiii'.  Mena-  bode  enseigna  aussi  le  droit  Romain;  que  les  titres  de  Fu- 
ge,  p.  si,  57.  Diversité  d'Angers  démontrent  qu'il  alla  à  Rome ,  pour 
y  solliciter  des  privilèges  en  faveur  des  écoles  de  cette 
ville  ;  qu'il  en  rapporta  une  bulle  du  pape ,  qui  lui  per- 
mettoit  d'enseigner  le  droit  civil  et  le  droit  canon.  M.  Me- 
nard témoigne  avoir  lu  dans  quelques  écrits  de  Papyre  Mas- 
son,  que  cet  auteur  avoit  vu  la  bulle,  qui,  dit  le  même 
Menard,  est  dans  les  archives  de  l'université  d'Angers.  Néan- 
moins quelque  recherche  qu'on  y  ait  faite ,  il  n'a  pas  été 
possible  de  la  découvrir  :  ainsi  jusqu'à  ce  qu'on  ait  produit 
ce  titre  fondamental  de  l'établissement  de  l'université  d'An- 
gers, l'opinion  de  M.  Menard  pourra  essuyer  des  contra- 
dictions. D'ailleurs  est-il  croyable  qu'on  ait  commencé  à 
donner  des  degrés  dans  les  écoles  d'Angers  plus  de  cin- 
quante ans  avant  que  cette  coutume  se   soit  introduite  dans 

les 


EVESQUE  DE  RENNES.  545       x„  SIECLE. 

les  écoles  de  Paris.  On  sçait  que  l'opinion  la  plus  probable 
sur  l'origine  des  dégrès  dans  l'université  de  Paris,  est  qu'ils 
n'y  eurent  lieu  que  vers  l'an  'M  50. 

A  la  dignité  de  scholastique,  Marbode  joignit  celle  de 
grand  arcbidiacre  d'Angers;  car  il  paroît  par  une  transac- 
tion faite  entre  les  cbanoincs  de  saint  Jean-Baptiste  et  Eudes 
seigneur  de  Blaison  en  Anjou,  qu'il  étoit  revêtu  de  ces  deux 
dignités,  puisqu'on  lui  donne  le  double  titre  de  scholastique 
et  de  grand  archidiacre.  Le  nom  de  Marbode  se  trouve 
dans  une  multitude  d'actes  de  différens  chartriers  du  dio- 
cèse d'Angers,  en  sorte  qu'on  peut  dire  qu'il  ne  se  tenoit 
pour  lors  aucune  assemblée  considérable,  soit  dans  la  ville, 
soit  dans  le  diocèse,  qu'il  n'y  fût  appelle.  C'est  la  marque 
de  la  haute  estime  qu'on  avoit  de  son  mérite. 

L'an  4  095,  selon  l'ancien  calcul,  ou  l'an  4  096,  selon 
le  nouveau,  Marbode  fut  élu  évoque  de  Rennes.  Il  n'éloit 
point  encore  sacré  au  mois  de  Mars  de  celte  année, 
comme  on  le  voit  par  une  charte  donnée  en  faveur  de 
l'abbaye  de  Cormery  par  Urbain  II,  qui  tenoit  alors  un 
concile  à  Tours.  Marbode  ',  qui  étoit  à  la  suite  du  pape,  a  spic.  t.  6,  p.  a. 
signé  cette  charte  comme  évêque  de  Rennes  élu  :  Mar- 
bodi  Rhedonensis  electi.  Ce  qui  fait  voir  qu'il  n'avoit  point 
encore  reçu  l'ordination.  Bien  loin  d'avoir  recherché  cette 
dignité,  il  ne  l'accepta  que  malgré  lui,  selon  le  témoi- 
gnage d'Ulger ,  et  parce  qu'il  y  fut  forcé  :  Hic  pi'œsul  fac- 
tus,  nolens  licèt  atque  coactus.  Ne  regardant  l'épiscopat  que 
comme  un  état  de  perfection ,  qui  l'obligeoit  à  une  plus 
grande  vertu,  il  employa  plus  de  temps  à  la  prière  et  à 
toutes  sortes  de  bonnes  œuvres  :  ses  veilles  furent  plus  lon- 
gues, ses  jeûnes  plus  rigoureux,  ses  aumônes  plus  abon- 
dantes. Il  y  avoit  déjà  cinq  ans  qu'il  gouvernoit  son  dio- 
cèse avec  beaucoup  de  sagesse,  lorsque  le  siège  d'Angers 
étant  venu  à  vaquer  par  la  démission  de  l'évêque  Geofroi, 
qui  se  retira  à  Cluni ,  il  y  eut  pour  le  remplir ,  une  grande 
contestation ,  qui  donna  occasion  à  Marbode  de  faire  pa- 
raître le  crédit  que  lui  avoient  acquis  sa  science,  sa  vertu  et 
ses  autres  qualités.  Rainaud  de  Martigné  avoit  été  élu,  mais 
Etienne  doyen  de  la  cathédrale,  et  la  plus  saine  partie  du 
clergé  réclamoient  contre  l'élection ,  comme  étant  contraire 
aux  canons;   plusieurs  grands  personnages,   tels  que  Hilde- 

Tome  X.  X  x 


XII  SIECLE. 


546  MARBODE, 


HiM.  ep.  4, 5,  e,  1.  bcrt   évêque   du    Mans   ',    Geofroi    abbé    de    Vendôme,    et 
plusieurs   autres   y    étoient    opposés.    Rainaud    de    Martigné 
qui   sçavoit   l'autorité   que  Marbode  avoit   dans  la   province 
et   principalement   dans    le    chapitre    de    l'église   d'Angers, 
eut  recours   à   lui ,    et   le  pria   de  venir.   Marbode   y   con- 
sentit,  et   soit  qu'il  ne  jugeât  pas  que  l'élection  de  Rai- 
naud fût  «régulière,   soit  qu'il  crût  que  Rainaud,  qui  à  la 
vérité  étoit  un  jeune  homme,   mais  qui  avoit  de  la  nais- 
sance et  des  talens,   seroit  capible  de  remplir  cette  place, 
il  entreprit  de  maintenir  l'élection ,  et  d'aller  même  à  Rome 
pour  ce  sujet.   Comme  il   étoit  en   chemin,   le  doyen   sça- 
chant  son  dessein,  le  fit  arrêter  et  mettre  en  prison.  Mar- 
bode en  étant   sorti   peu   après ,   alla  à  Tours  trouver  l'ar- 
chevêque Radulphe  qui  vouloit  porter  cette  affaire  à  Rome, 
non  pour  y  être  examinée ,  mais  pour  faire  casser  l'élection  : 
rem  judicio  papœ  non  tàm   decidendam ,  quàm  rescindendam , 
reservare  decreverat;  et  il  agit  si  puissamment  par  ses  prières 
et  ses  larmes,  que  non  seulement  il  détourna  Radulphe  de 
son  dessein,   mais  qu'il  l'engagea  même  à  confirmer  l'élec- 
tion qu'il  vouloit  faire  casser,  et  à  consacrer  Rainaud.  En- 
fin pour  mettre  la  dernière  main  à  cette  affaire,  il  reprit  le 
chemin  de  Rome,  et  obtint  du  pape  Pascal  H  la  confirma- 
tion  de  l'élection  de  Rainaud.   Alors   ceux   qui   lui   avoient 
été  opposés,    se  réunirent  et    le  reconnurent  pour  leur  lé- 
gitime évêque.   Mais    ce   qui   doit    paroître   bien   extraordi- 
naire, c'est  que  Marbode   qui  s'étoit  donné   tant   de  peine, 
pour  réunir   les  esprits,  et  qui  avoit  eu  un   succès  si  heu- 
reux, ne  fut  pas  plutôt  revenu  de  Rome,  qu'il  tomba,  sans 
qu'on  en  puisse  dire  la  raison ,  dans  la  disgrâce  du  nouveau 
prélat,  qui  l'obligea  de  sortir  incontinent  de  la  ville  d'An- 
.  gers ,  et  le  priva  de  tous  les  titres  par  lesquels  ses  prédéces- 
seurs avoient  cru   devoir  récompenser  sa  vertu,   sa  scien.ee 
et  ses  bons  services.  L'affaire  alla  jusqu'à  Rome,  où  il  pa- 
roît   même  que    Rainaud    eut   l'avantage.    Mais   enfin   après 
lui    avoir   fait  du   mal   pour  tout   le   bien    qu'il  avoit   reçu 
de    lui ,    comme    Marbode    le    dit   dans   la   lettre   qu'il   lui 
écrivit  sur   ce    sujet,   on  réconcilia  ensemble  les  deux  pré- 
lats en   -H  08.   Quelques  années  après  Marbode  fut  chargé 
du    gouvernement   du   diocèse   d'Angers,   pendant  l'absence 
de  Rainaud  de  Martigné. 


EVESQUE  DE  RENNES.  347       XIiSIECLE. 

D.    Lobineau    avance    que  Rainaud  étoit    déposé  par    les 
légats  du  saint  siège  :  cependant  Messieurs  du  chapitre  d'An- 
gers',  dans  leur  défense  de  saint  René,  attribuent  l'absence  Beaug.  not.  in  i. 
de  ce  prélat  à  une  cause  bien  différente ,  en  assurant  que  Rai-  cp' Marb'  p'  1389' 
naud   étoit  allé  à  Jérusalem.   Mais  quelle  qu'ait  été  la  cause 
de  l'absence  de  Bainaud,  il  est  certain  par   différens  actes, 
que  Marbode    gouverna   ce    diocèse    pendant    plusieurs  an- 
nées, et  y  fit  les  fonctions  épiscopales.  Marbode  '  assista  l'an  Act.  Pont,  cenom. 
4-120  à  la  dédicace  de  l'église  du  Mans,  et  consacra  un  au-  ed.foi.  pM3n.an 
tel  sous  le  nom  de  saint  Pierre  et  de  saint  Paul,  et  en  l'hon- 
neur  de  tous  les  apôtres.  On  voit  à  cette  occasion  un  bel 
éloge  de  ce   prélat  dans  les  actes  des   évêques    du   Mans    : 
il  y  est  dit  que  Marbode  évêque  de   Rennes ,  cassé  de  vieil- 
lesse ,  et  privé  de  la  vue ,  soutenoit  la  foiblesse  de  son  corps 
par  la  force  de  son  esprit,  par  ses  sages  conseils  et  par  une 
sagesse  consommée.  Marbode  '  quitta  son  évéclié  sur  la  fin  Lob.  ib.iMab.  ann. 
de  sa  vie ,  et  se  retira  dans  l'abbaye  de  saint  Aubin  ,  où  il  prit    '   4'  n'  57- 
l'habit  monastique ,  et  mourut  âgé  d'environ  88  ans ,  le  \\ 
septembre  -H 23.  Son  corps  fut  mis  dans  un  tombeau  creusé 
dans  la   muraille  de  l'église,   du  côté  du  septentrion,   près 
l'autel  de   saint   Clair.   Bourdigné   prétend  que  les   habitans 
de  Rennes  obtinrent  un  ordre  du  pape,   pour  que  le  corps 
de  leur  pasteur  leur  fût  rendu ,   à  condition  qu'ils  demande- 
raient un  religieux  de  saint  Aubin  pour  évêque,  et  que  les 
religieux   donnèrent  leur  abbé   nommé  Hamelin ,  qui  alla  à 
Rennes  l'an  W51 ,  et  transféra  en  même-tems  le  corps  de 
Marbode.  Nous  ignorons  d'où  Bourdigné  a  tiré   ce  qu'il  dit 
de  cette  translation ,    dont  on  ne   trouve  aucun   monument 
dans  l'église  cathédrale  de  Rennes,  ni  dans  l'abbaye  de  saint 
Aubin,  où   l'on  voit  encore  aujourd'hui  le  tombeau  de  Mar- 
bode. Il  étoit  autrefois  orné   de  vers,  c'est-à-dire  des  épi— 
taphes  composées  par    Ulger   évêque    d'Angers;    mais    ces 
épitaphes  qui   ne  sont  plus  à  présent  sur  le  tombeau,   nous 
ont  été  conservées  dans  d'autres  monumens.  '  Elles  se  trou-  Marb.  pr.  p.  i»». 

.._    ,    i  ,      ■  .,  ,,,.-,  .    Mart.  The.   anec. 

vent  dans  plusieurs  manuscrits,   et  ont  ete  imprimées  parmi  t.  i,  p.  357. 
les  œuvres  de   Marbode  et   dans   d'autres    recueils.    Néan- 
moins nous  croyons  devoir   les  rapporter   ici. 


X  x  ij 


xnsiicLB.      348  MARBODE, 

Première   Epitapde   de   Marbode, 
Composée  par  Ulger  évêque  d'Angers. 

Si  quis  quantus  erat  Mâhbodis  noseere  quœrat, 

Postulat  hoc  quod  ego  dicere  posse  nego. 
In  toto  mundo  non  invenitur  eundo 

Unus  compar  ei  nominis  atque  rei. 
Omnes  facundos  sibi  vidimus  esse  secundos  : 

Nullus  ei  ingenio  par  nec  in  eioquio. 
Cessit  ei  Cicero,  cessit  Maro,  junctus  Homero. 

Ut  dicam  breviter,  vicit  eos  pariter. 
Per  cunctas  metas,  per  quas  sua  se  tulit  aetas, 

Nulla  sibi  placuit  res,  nisi  quae  decuit. 
Curans  ut  fleret  virtutem  quod  redoleret.  . 

Transtulit  bùc  studium,  transtulit  Lngenium. 
Illi  sic  noto  dédit  eis,  sed  sine  voto. 

Christi  judicium,  pontificum  solium. 
Hic  praesul  factus,  nolens  licèt  atque  coactus, 

ÉITecit  meliùs,  quae  benè  cuncta  priùs. 
jEquâ  mensurâ  mensurans  singula  jura, 

Lenls   erat  placidis,  et  rigidus  lu  midis. 
Jugiter  orabat,  jejunabat,  vigilabat. 

Quodque  sibi  minuit,  pauperibus  tribuit. 
Hic  tàm  laudari  diguus,  tam  dignus  amari. 

Sorte  cadens  hoininum  transiitad  Dominum. 
Omnes  personse  quae  sunt  in  religione, 

'  IngemuSre  nimis  planctibus  et  lachrymis. 
Nobilitas  flevit,  nec  plebs  àfletu  quievit. 

Tàm  gémit  et  plorat,  quàm  bona  commémorât. 
In  cunctis  annis  nova  mors  erit  ista  Britannis, 

Quos  vivens  tenuit,  quos  aluit,  docuit. 
Praecipuè  Rhedoni,  propriique  morte  patroni, 

Est  velut  aegra  jacens ,  factaque  muta  tacens 

Seconde  Epitaphe  de  Marbode, 

Par  le  même  Ulger. 

Hahbodi  vila  doctrinae  luce  perita, 
Enituit  mundo  sensu  fœcunda  profundo. 


EVESQUE  DE  RENNES.  549       in8iiCLi. 


Natus  erat,  quorum  decus  extitit,  Andegavorum  : 
Post  Rbedonum  turbis,  et  clero  prafuit  Urbis. 
Diim  studio  vixit,  quae  prosunt  plurima  dixit. 
Occidit  autistes,  facit  haec  occasio  tristes  ; 
Sed  succurat  ei  Deus ,  et  societ  requiel. 


Rivallon  archidiacre  de  Rennes,  qui  avoit  été  disciple 
de  Marbode ,  renferma  dans  les  vers  suivans  les  vertus  de 
ce  saint  prélat,  pour  me  servir  des  paroles  du  P.  '  Sirmond  :  sirm.not.  ad  ep. 

Vind. 

Reddidit  ingenium  sapientem,  lingua  disertum, 

Mens  memorem,  vigilem  sollicitudo  gregis, 
*tas  longasenem,  jucundum  gratia  moris, 

Ordo  pontiflcem,  relligioque  sacrum, 
Sobrietas  parcum  sibi,  muniflcentia  largum 

Pauperibus,  rectum  régula  justitise. 
Hic  basis  ecclesiae  pondus  portabat,  et  idem 

Mansuetudine  bos,  et  feritate  leo. 

Les  religieux  de  l'abbaye  de  saint  Aubin,  qui  avoient 
reçu  les  derniers  soupirs  de  Marbode,  annoncèrent 
sa  mort  par  une  lettre  circulaire  qui  est  très-édifiante ,  .et 
digne  d'être  lue.  D.  Beaugendre  '  a  cru  devoir  la  donner  Marb.  pr.  1393. 
toute  entière  pour  l'édification  du  lecteur ,  et  comme  un 
monument  plus  durable  que  le  bronze  de  la  sainteté  de  Mar- 
bode. On  y  loue  sa  vertu  ,  son  éloquence,  son  zèle  pour  rem- 
plir les  fonctions  de  sa  dignité  pendant  vingt-huit-ans  d'épis— 
copat,  parmi  un  peuple  difficile  à  conduire.  '  D.  Martenne  Thés.  ann.  1. 1,  p. 
a  publié  cette  même  lettre  encore  plus  entière  qu'elle  ne  °  ' 
l'avoit  été  par  D.  Beaugendre,  en  y  ajoutant  ce  qui  regarde 
un  saint  religieux  de  saint  Aubin ,  nommé  Girard ,  qui  mou- 
rut environ  deux  mois  après  Marbode,  et  dont  la  mort  est 
annoncée  dans  cette  lettre.  Quoique  la  vie  de  Girard  n'eût 
été  qu'un  long  martyr,  et  qu'il  l'eût  passée  dans  l'exercice 
continuel  des  bonnes  œuvres,  et  dans  la  plus  rigoureuse 
pénitence,  cependant  comme  le  corps  qui  se  corrompt,  ap- 
pesantit l'ame,  et  que  personne  sur  la  terre  n'est  exempt  de 
péché,  pas  même  l'enfant  qui  ne  fait  que  naître,  les  reli- 
gieux de  saint  Aubin  demandent  le  secours  des  prières 
des  fidèles  pour  Girard;   et   en  les  demandant,   ils  prient 


XII  SIECLE. 


350  MARBODE, 


de  retrancher  tout  ce  qui  est  l'effet  de  la  vanité  et  de  la  lé- 
gèreté :  car,  disent-ils,  nous  vous  demandons  de  véritables 
prières,  qui  soient  utiles  aux  âmes,  et  non  de  vains  orne- 
mens  de  paroles,  qui  ne  servent  de  rien  aux  morts,  et  qui 
souvent  nuisent  beaucoup  aux  vivans.  Ces  paroles  sont  re- 
marquables :  Nos  enim  vota  precum  animabus  profutura , 
non  verborum  phaleras  postulamus ,  quœ  defunctis  nihil  pro- 
ficiunt ,  et  vivis  plurimùm  soient  obesse.  Il  est  vraisemblable 
que  ce  qui  engagea  Marbode  à  choisir  l'abbaye  de  saint  Au- 
bin pour  le  lieu  de  sa  retraite,  ce  fut  pour  y  profiter  de 
l'exemple  admirable  qu'y  donnoit  par  la  sainteté  de  sa  vie 
et  l'austérité  de  sa  pénitence,  le  vénérable  Girard  qui  ne  lui 
survécut  que  deux  mois.  Ferrarius ,  dans  son  catalogue  gé- 
néral et  du  Saussaye  dans  son  martyrologe,  mettent  ce 
prélat  au  nombre  des  saints,  en  parlant  de  lui  au  \\  de  sep- 
tembre qui  est  le  jour  de  sa  mort.  Toutefois  son  nom  ne 
se  trouve  ni  dans  le  nouveau  martyrologe  de  Paris ,  ni  dans 
le  martyrologe  universel  de  Châtelain.  C'est  pourquoi  les 
11  sept.  p.  745.  Bollandistes  '  ne  voyant  point  son  culte  établi ,  n'ont  pas 
cru  devoir  lui  donner  place  dans  leur  grande  collection. 

§11. 

SES  ÉCRITS. 


D, 


ans  le  détail  où  nous  allons  entrer  des  ouvrages  de 
'Marbode ,  nous  suivrons  l'ordre  de  la  dernière  édition , 
en  commençant  par  les  lettres  qui  sont  au  nombre  de 
six. 

\°.  La  première  est  adressée  à  Rainaud  d'Angers,  au  su- 
jet des  traitements  qu'il  en  avoil  reçus,  et  dont  nous' avons 
Marb.  p   1388,  et  déjà  parlé.    Marbode  '  lui  reproche  d'avoir  violé  toutes    les 

V 1 1 1  V  /  ■ 

loix  de  l'évangile  dans  la  conduite  qu'il  a  tenue  à  son  égard , 
en  le  condamnant  sans  l'avoir  entendu.  Si  j'avois  péché 
contre  vous ,  lui  dit-il ,  n'auriez-vous  pas  dû  m'avertir  en 
particulier?  Si  j'avois  été  incorrigible,  n'auriez-vous  pas 
dû  prendre  avec  vous  deux  ou  trois  témoins?  Mais  au  lieu 
de  suivre  la  régie  établie  par  Jesus-Christ ,  vous  m'avez 
traité  comme  un  payen  et  un  publicain.  Vous  m'avez  ôté 
tout  moyen  de  m'excuser,  de  me  justifier,  ou  de  réparer 


EVESQUE  DE  RENNES.  554       xn  siècle. 


ma   faute,  si  j'en  avois  commis  quelqu'une  à  votre  égard. 
Mais  enfin  quelle  est  donc  la  faute  par  laquelle  j'ai   mérité 
un  pareil  traitement   de   votre   part?  Seroit-ce  parce  qu'en 
écrivant  au  pape,   j'ai   rejette  la  cause  de  mon  retardement 
sur  la  malice  d'Angers?  (Marbode  parle  de   la  malice  d'E- 
tienne doyen  d'Angers ,   qui  le  fit  arrêter  et  mettre  en   pri- 
son).  Mais  peut-être,   conlinue-t-il ,  qu'au  lieu  de  dire  la 
méchanceté   d'Angers,    je    devois    dire    que    la  bonté   d'An- 
gers m'avoit  retenu.  Marbode,    après  avoir  fait  sentir  le  ri- 
dicule   d'une    telle    accusation,   dit  à  Rainaud,    que    quand 
bien  même    il   auroit    commis  quelque  grande  faute  contre 
lui ,    les    grands   services    qu'il    lui    avoit  rendus  devroient 
l'emporter  :   cela  lui  donne  occasion  de  parler  de   tout  ce 
qu'il  a   souffert,    et  fait  à  Angers,   à  Tours,    et   à   Rome, 
pour    maintenir    l'élection    de   Rainaud,    qu'il    avoue   avoir 
été    tumultueuse,    contraire    aux    canons,    et    désapprouvée 
par  la  partie  la  plus  saine  du  clergé.  Il  lui  reproebe  de  l'a- 
voir chassé  honteusement  d'Angers,   sans  vouloir  lui  accor- 
der un   délai  de  six  mois,  qu'il  lui  demandoit  pour  se  reti- 
rer   honnêtement.     Comme    Marbode     se    plaignoit    d'être 
traité  si  indignement  par    l'évêque   d'Angers ,    celui-ci  dé- 
féra l'affaire  au  pape ,   sous  prétexte   qu'il  étoit  inscrit  dans 
deux  églises.  Notre  auteur,  en  rappellant  ce  trait  à  Rainaud, 
lui  dit  :  o  Après  avoir  refusé  de  m'entendre,    après  que  je 
»  me  suis  épuisé  de  toute  manière  pour  vous,   par  les   dé- 
»  penses  que  j'ai  faites,    par  les  fatigues  que  j'ai  essuyées; 
»  vous  qui  êtes  jeune,  robuste,  riche  et  tout  fier  de  votre 
»  nouvelle  dignité,   vous  me  forcez  malgré  moi  tout  acca- 
»  blé   que   je    suis   d'années    et    d'infirmités,    actuellement 
»  même  attaqué   de  la   fièvre,    d'aller  plaider  ma    cause  à 
»  Rome,    où   j'ai   de  ma  bonne  volonté  plaidé  la  votre  par 
»  mes  larmes.   »  Marbode  exhorte  ensuite    Rainaud  à   mo- 
dérer ses  emportemens ,  à  ne  pas  suivre  l'impétuosité  de  la 
jeunesse,   à  respecter  ses  anciens,  et  à  ne  pas  vérifier  par 
sa  conduite   ce    que  quelques-uns   di?o:ent  de  lui ,   que  le 
bonheur  et  l'élévation  où  il  est,   ont  fait  connoître  son  es- 
prit. Si  je  vous  parle  ainsi,  ajoute-t-il ,  ce  n'est  pas  à  des- 
sein de  vous   porter  à  être   indulgent   à    mon  égard,   et  à 
avoir    pour   moi    des    manières   plus   dignes   d'un   honnête 
homme;  l'expérience  que  j'ai  ne  me  permet  pas  de  l'espé- 


III  SIICLB. 


352 


MARBODE, 


Aug.  I     î,   Const. 
Paroi,  c.  II. 


Hisi .  Bret.  I. 
117. 


i.  P- 


rer  :  mais  je  crains  que  vous  n'en  traitiez  d'autres  de  la  même 
façon,  en  abusant  à  leur  égard  comme  au  mien,  de  la  puis- 
sance qui  vous  a  été  donnée  pour  édifier,  et  non  pas  pour 
détruire. 

Dans  la  seconde  lettre  adressée  à  un  solitaire  nommé 
Ingelger,  et  à  ses  frères,  dont  on  disoit  beaucoup  de  bien, 
il  les  reprend  de  ce  qu'un  zélé  indiscret,  qui  n'étoit  point 
selon  la  science,  les-portoit  non  seulement  à  ne  point  as- 
sister aux  oblations  des  mauvais  prêtres,  mais  même  à  dé- 
tourner les  laïques  de  recevoir  les  sacremens  de  leurs  mains. 
Si  cela  est  vrai,  dit-il,  il  est  à  craindre  que  le  démon  qui 
ne  peut  vous  faire  tomber  dans  des  crimes  manifestfs,  ne 
cherche  à  perdre  vos  âmes,  en  vous  prenant  dans  le  filet 
caché  de  cette  erreur,  qui  n'est  autre  que  l'hérésie  des  No- 
vatiens.  Il  leur  prouve  par  plusieurs  passages  de  saint  Au- 
gustin ',  que  les  sacremens  peuvent  être  administrés  valide- 
ment  par  de  mauvais  prêtres;  qu'on  ne  doit  pas  les  mé- 
priser à  cause  de  l'indignité  de  ceux  qui  les  administrent; 
que  les  mauvais  prêtres  ne  nuisent  qu'à  eux-mêmes;  qu'il 
faut  les  souffrir  jusqu'à  ce  qu'ils  soient  rejettes  et  condam- 
nés par  le  jugement  des  évêques;  que  les  choses  saintes, 
en  passant  par  leurs  mains,  ne  contractent  aucune  souillure. 
Ingelger,  ou  Engelger,  à  qui  cette  lettre  est  adressée,  étoit 
un  ancien  compagnon  de  Robert  d'Arbrissel,  auquel  Mar- 
bode  en  écrivit  aussi  une,  dont  nous  parlerons  bientôt. 
Cela  donne  occasion  à  D.  Lobineau  '  de  dire  que  *  Robert 
»  ne  fut  pas  le  seul  qui  éprouva  le  chagrin  de  Marbode,  et 
»  que  ce  prélat  animé  contre  le  chef,  ne  pardonna  pas  aux 

>  membres.  Engelger  ancien  compagnon  de  Robert  d'Ar- 
»  brissel,  ajouie-t-il ,  préchoit  avec  fruit  aux  environs  de 
»  la  forêt  de  Fougères,  qui  lui  servoit  de  retraite.  Maroc— 
»  dus  lui  écrivit ,  comme  à  Robert ,  une  lettre  pleine  d'in- 
»  vectives,  où  il  l'accusoit  entr 'autres  choses  de  troubler 
»  par    une    conduite    irréguliere    l'ordre    de    la   hiérarchie, 

>  en  prêchant  et  administrant  sans  mission  et  sans  aulo- 
»  rite.  »  Il  paroît  par  le  jugement  que  D.  Lobineau  porte 
de  la  lettre  à  Ingelger ,  qu'il  ne  l'a  pas  lue  avec  assez  d'at- 
tention ;  car  elle  est  remplie  de  principes  très-solides,  pour 
prouver  la  validité  des  sacremens  administrés  par  de  mau- 
vais  prêtres,    et    nullement    pleine    d'invectives.    Marbode 

y 


EVESQUE  DE  RENNES.  555 

y  parle  avec  estime  d'Ingelger  et  de  ses  compagnons;  et  il 
ne  les  accuse  point  de  prêcher  et  d'administrer  les  sacre- 
mens  sans  mission  et  sans  autorité;  mais  seulement  de  ne 
point  assister  aux  oblations  de  mauvais  prêtres,  et  de  détour- 
ner les  laïques  de  recevoir  les  sacremens  de  leurs  mains. 
La  troisième  lettre  est  une  réponse  aux  mêmes  solitaires 
qui  avoient  écrit  à  Marbode,  qu'ils  ne  s'éloignoient  pa3 
de  la  doctrine  de  l'église  sur  la  validité  des  sacremens  ad- 
ministrés par  de  mauvais  prêtres,  mais  qu'ils  étoient  per- 
suadés qu'il  falloit  éviter  les  hérétiques,  et  déposer  les 
prêtres  fornica leurs.  Marbode  leur  témoigne  la  joie  qu'il 
a  eue  de  voir  par  leur  lettre,  qu'ils  ne  pensoient  et  n'ensei- 
gnoient  rien  que  de  conforme  à  la  doctrine  de  l'église. 
Car  qui  ne  sçait,  dit-il,  qu'il  faut  en  général  éviter  et  dé- 
tester les  hérétiques?  Et  les  saints,w canons  ordonnent  qu'on 
dépose  les  prêtres  concubinaires.  Mais  il  les  avertit  qu'il 
n'appartient  pas  à  tout  le  monde  de  les  condamner,  et  qu'on 
ne  doit  le  faire  que  suivant  les  régies  de  l'église.  Quand  bien 
même  les  crimes  seroient  véritables,  il  faut,  selon  l'ordre, 
qu'ils  soient  constatés  par  un  jugement  juridique.  Quatre 
sortes  de  personnes  doivent  concourir  à  ce  jugement  ;  l'ac- 
cusateur, le  défenseur,  les  témoins  et  le  juge.  Outre  l'ordre 
général  des  jugemens  qui  prescrit  ce  qui  doit  être  observé 
à  l'égard  de  ceux  qui  méritent  d'être  condamnés,  il  faut 
une  discussion  et  un  examen  particulier  de  chaque  personne 
[i).  Qui  seroit  assez  osé  pour  changer  cet  ordre,  et  pour 
s'attribuer  la  liberté  déjuger?  Marbode  exhorte  ensuite  ces 
solitaires  à  reprendre  les  pécheurs  avec  douceur ,  à  prier 
pour  eux,  et  même  à  les  accuser,  s'ils  le  trouvent  à  pro- 
pos, devant  ceux  à  qui  il  appartient  de  les  juger,  afin  qu'ils 
soient  déposés,  s'ils  sont  convaincus,  ou  qu'ils  avouent  leur 
faute,  Ut  convicti  vel  confessi  juste  damnentur.*  C'est  en 
priant  plutôt  qu'en  disputant  qu'on  obtient  cette  grâce  du 
Seigneur.  Nous  ne  connoissons  que  ces  deux  lettres  de  Mar- 

(1)  Constitutio  autem  itaest.  etnrdn  judiaorum,  ut  quamvii  vera  sint  quœ- 
dam.nun  lainincredanluràjudire.  nisiquœ  ordine  judniarin  fuermt  publtcata. 
Elinomnijudicin  quatuor  debent  esse  per«mœ.  accusator.  de/ensor.  iebtei,  ju- 
in. Etindecreti-inabelis.utnuUumjudicium.  nisiordinabiliter  hahitum.  te- 
ntalur.  Nnm  prœter  damnandnrum,  quod  hubetur  in  requlit  générale  Judtcium. 
prnpriam  tnmen  singulnrum  discusnnnem  rxigit  proprietas  penonarum  Hanc 
ifiilur  ordinis  constitulionem  quis  audeat  perturbare  î  aut  non  sxbi  permistam 
judieandi  Itceniiam  quis  audeat  usurpare  f 

Tome  X.  Y  y 

2  5  J 


III  SIECLE 


ÏII  SIECLE. 


554  MARBODE, 


bode  à  Ingelger,  et  nous  ne  voyons  pas  ce  qui  a  pu  faire 
dire  à  D.  Lobineau  que  le  temps  adoucit  l'esprit  de  Marbo- 
dus,  et  que  l'on  trouve  qu'il  fit  des  excuses  à  Engelger.  Car 
il  n'y  a  point  d'insulte  dans  la  première ,  ni  d'excuse  dans  la 
seconde. 

Dans  la  quatrième  Marbode  prie  un  serviteur  de  Dieu, 
nommé  Vital,  (qui  n'est  autre  que  le  fondateur  de  l'abbaye 
de  Savigny)  de  donner  une  place  dans  un  monastère  qu'il 
avoit  fondé,  à  une  pauvre  fille  qui  désiroit  de  se  consacrer 
à  Dieu;  et  qui  quoiqu'elle  eût  toutes  les  qualités  néces- 
saires, et  qu'elle  fût  même  instruite  dans  les  lettres,  ne 
pouvoit  pas  espérer  d'être  reçue  dans  les  anciens  monas- 
tères, où,  par  une  mauvaise  coutume,  on  préféroit  l'argent 
au  mérite.  C'est  pourquoi  il  a  recours  à  Vital,  ne  doutant 
point  que  son  monastère  ne  soit  exempt  de  cette  contagion. 

Marb.i398,etsuiv.  '  La  cinquième  est  écrite  à  une  religieuse  nommée  Ageno- 
ris.  Il  la  félicite  d'avoir  renoncé  à  tous  les  avantages  dont 
elle  jouissoit  dans  le  siècle,  ou  qu'elle  pouvoit  se  procurer, 
et  d'avoir  plus  aimé  Jésus-Cbrist  que  tous  les  biens  tempo- 
rels :  il  l'exhorte  à  faire  tous  ses  efforts  pour  faire  chaque 
jour  du  progrès  dans  la  vertu.  «  Car  telle  est,  dit-il,  la  con- 
»  dition  de  l'homme  dans  cette  vie  mortelle;  il  ne  peut  res- 
»  ter  longtemps  dans  le  même  état,  et  il  recule  dès  qu'il 
»  cesse  de  vouloir  avancer.  C'est  pourquoi  il  faut  que  vous 
»  viviez  chaque  jour  comme  si  vous  ne  faisiez  que  com- 
»  mencer.   »    Il    lui  propose    l'exemple    de    l'apôtre    parlant 

c.3.  v.  13,  u.  ainsi  aux  Philippiens  '  :  Mes  frères,  je  ne  pense  point  avoir 
atteint  où  je  tends.  Mais  tout  ce  que  je  fais  maintenant , 
c'est  qu'oubliant  ce  qui  est  derrière  moi,  et  m' avançant  vers 
ce  qui  est  devant  moi,  je  cours  incessamment  vers  le  bout  de 
la  carrière.  Si  le  grand  apôtre  qui  avoit  reçu  tant  de  faveurs 
du  ciel,  tient  ce  langage,  quel  est  l'homme,  quelque  saint 
qu'il  soit,  qui  puisse  se  flatter  d'avoir  fait  quelque  progrès? 

Luc  n,  îo.  Notre  Seigneur  '  instruisant  ses  apôlres,    leur  dit  :  Lorsque 

vous  aurez  fait  toutes  ces  choses,  dites  :  Nous  sommes  des 
serviteurs  inutiles,  nous  n'avons  fait  que  ce  que  nous  de- 
vions. En  vous  parlant  de  la  sorte,  dit-il,  mon  dessein  n'est 
pas  de  vous  jetter  dans  le  désespoir,  mais  de  vous  inspirer 
l'humilité ,  de  peur  que  les  louanges  qu'on  vous  donne,  ne 
vous  portent  à  croire  que  vous  êtes  les  seuls  qui  pratiquiez 


EVESQUE  DE  RENNES.  555       XII S1KCLB. 

l'évangile,  ayant  renoncé  à  tout  pour  suivre  Jesus-Christ. 
Il  lui  fait  sentir  qu'elle  doit  avoir  des   sentimens  bien  dif-  , 

férens  ;  qu'en  quittant  le  monde,  on  n'est  pas  pour  cela 
victorieux  de  l'ennemi  de  notre  salut.  C'est  seulement  lui 
déclarer  la  guerre,  et  commencer  le  combat.  L'atblete 
ne  se  tient  pas  assuré  de  la  victoire,  lorsqu'il  s'est  dépouillé 
et  qu'il  a  fait  les  préparatifs  nécessaires  pour  se  battre.  Ce- 
lui qui  veut  passer  un  fleuve  à  la  nage,  est  plus  en  état  de 
nager,  lorsqu'il  a  quitté  ses  habits ,  mais  il  n'est  pas  pour 
cela  assuré  qu'il  arrivera  à  l'autre  bord.  Il  en  est  de  même 
de  ceux  qui  renoncent  à  tous  les  a\antages  du  siècle  pour 
se  consacrer  entièrement  à  Dieu.  En  se  dépouillant  de  tout, 
ils  se  sont  mis  à  la  vérité  dans  l'état  où  il  faut  être  pour 
combattre  l'ennemi  du  genre  humain,  et  passer  à  la  nage 
les  fleuves  de  Babilone;  mais  ils  sont  exposés  au  danger 
de  périr  dans  le  combat  et  dans  les  eaux  du  fleuve,  si  leur 
esprit  ou  leurs  mains  se  lassent.  L'ennemi  emploie  toutes 
sortes  de  ruses  pour  vaincre  :  il  tâche  de  séduire  en  rap- 
pellant  le  souvenir  des  plaisirs  passés  :  il  inspire  le  dégoût 
par  la  vue  de  l'avenir,  et  il  tire  de  la  vertu  même  des 
armes  pour  blesser.  Pour  vous,  servante  de  Jesus-Christ, 
repoussez  tous  ces  traits  avec  le  bouclier  de  la  foi;  et  ou- 
bliant ce  qui  est  derrière  vous,  avancez  vers  ce  qui  est  de- 
vant vous ,  en  mettant  votre  confiance  dans  celui  à  qui 
vous  vous  êtes  consacrée,  et  qui  ne  permettra  pas  que 
vous  soyez  tentée  au  dessus  de  vos  forces.  Considérez  com- 
bien il  y  a  de  vanité  dans  les  choses  du  monde,  com- 
bien au  contraire  il  y  a  de  douceur  dans  l'amour  des  biens 
éternels.  Les  biens  temporels  ne  sont  qu'imaginaires  et 
aceompagnés  d'une  infinité  de  traverses.  11  est  doux  de  ser- 
vir Dieu ,  et  il  n'y  a  que  de  la  peine  à  servir  le  démon  :  Suave 
ergo  est  servire  Deo,  laboriosum  verà  servire  diabolo. 

Marbode  '  craignant  que  les  occupations  d'Agenoris  ne  lui  ib.  p..  U03. 
permissent  pas  de  relire  souvent  une  aussi  longue  lettre  que 
celle  qu'il  lui  écrivit,  ajouta  à  la  fin  une  règle  de  vie  tirée 
des  maximes  des  anciens,  pour  qu'elle  pût  y  avoir  fréquem- 
ment recours,  comme  à  un  miroir  qui  lui  feroit  connoitre 
tout  ce  qu'il  y  auroit  à  réformer  dans  sa  conduite.  Cette 
régie  consiste  dans  la  pratique  de  quatre  vertus  auxquelles 
on   do»ne   diflërens   noms,    et   qu'il    appelle  la   prudence, 

Y  y  ij 


III  SIECLE. 


356  MARBODE, 


la  magnanimité ,  la  continence  ei  la  justice.  Yoici  les  ins- 
tructions qu'il  lui  donne  sur  ces  vertus.  Par  la  prudence 
on  juge  des  choses  considérées  en  elles-mêmes,  et  non 
suivant  l'opinion  des  hommes.  En  suivant  la  prudence , 
on  tient  toujours  une  conduite  uniforme  :  si  l'on  s'accom- 
mode aux  temps  et  aux  circonstances,  c'est  sans  changer.  Il 
est  de  la  prudence  de  tout  peser  et  examiner,  de  prévoir 
.l'avenir  et  de  prendre  des  mesures  pour  tout  ce  qui  peut 
arriver.  L'homme  prudent  ne  dira  jamais,  Je  n'ai  pas  cru 
que  cela  se  fit,  parce  qu'il  n'est  pas  eu  suspend,  mais  qu'il 
attend  :  il  ne  soupçonne  pas,  mais  il  se  tient  sur  ses  gardes. 
Rejetiez  toutes  les  pensées  vagues  et  semblahles  à  un  songe. 
Que  vos  discours  ne  soient  jamais  inutiles,  mais  qu'ils 
tendent  toujours  à  persuader ,  à  toucher,  à  consoler,  à  ins- 
truire. Soyez  réservée  à  louer  et  à  blâmer,  afin  d'éviter  le 
soupçon  de  malignité  et  de  flatterie.  Cherchez  ce  qu'on 
peut  trouver,  apprenez  ce  qu'on  peut  sçavoir.  Si  vous  avez 
la  magnanimité  que  l'on  appelle  force ,  vous  vivrez  dans 
une  grande  confiance,  vous  serez  libre  et  intrépide.  C'est 
un  des  plus  grands  biens  de  l'esprit  d'être  ferme ,  de  ne 
point  craindre ,  et  d'attendre  avec  intrépidité  la  fin  de  sa 
vie.  C'est-là  le  bien  que  la  magnanimité  seule  procure. 
Si  vous  avez  la  continence  que  l'on  nomme  tempérance, 
vous  rejetterez  tout  ce  qui  est  superflu ,  vous  mettrez  à 
l'étroit  vos  désirs  :  vous  considérerez  ce  que  la  nature  exige  , 
et  ce  que  la  cupidité  recherche;  vous  arrêterez  celle-ci 
en  lui  mettant  un  frein,  et  en  rejettant  tout  ce  qui  n'est 
que  pour  le  plaisir.  Ne  craignez  personne  plus  que  vous- 
même.  Que  votre  repos  ne  soit  pas  oisif,  et  tandis  que 
les  autres  jouent  ou  prennent  quelque  délassement,  occu- 
pez-vous de  quelque  chose  de  saint  et  d'honnête.  Pour  de 
qui  est  de  la  justice,  vous  remplirez  les  devoirs  qu'elle 
prescrit,  en  soumettant  votre  esprit  à  Dieu;  et  votre  corps 
à  votre  esprit  ;  en  ne  faisant  injure  à  personne  ;  en  fai- 
sant du  bien  à  tout  le  monde;  en  attribuant  à  vous  seule 
tout  le  mal ,  et  à  Dieu  tout  le  bien  que  vous  faites.  Telles 
sont  les  maximes  et  les  régies  que  Marbode  prescrit  à  Age- 
noris,  pour  s'avancer  dans  la  vie  chrétienne  et  religieuse. 
Marb.  p.  H03.  'La  sixième  et  dernière  lettre  de  Marbode  est  adressée  à 
Robert  serviteur  de  Dieu ,  c'est-à-dire  à  Robert  d'AArissel. 


EVESQUE  DE  RENNES.       .  557      ni  SIECLB 

Il  lui  témoigne  d'abord  la  joie  qu'il  a  d'entendre  dire  du 
bien  de  lui ,  et  la  douleur  qu'il  ressent  lorsqu'il  en  apprend 
des  choses  désavantageuses;  puis  il  lui  représente  que  l'é- 
tat qu'il  a  embrassé  exige  de  sa  part  une  grande  circons- 
pection dans  ses  paroles  et  ses  actions ,  afin  de  ne  donner 
aucun  scandale,  ni  aucune  occasion  à  la  médisance.  Après 
cet  avis  général  Marbode  entre  dans  le  détail,  et  dit  à 
Robert  qu'il  va  lui  marquer  en  particulier  ce  qui  scanda- 
lise dans  sa  conduite;  afin  que  s'il  se  reconnoît  coupable, 
il  travaille  à  se  corriger;  et  s'il  ne  l'est  point,  qu'il  dissipe 
ces  faux  bruits  (/t).  On  voit  par  ces  paroles  que  Marbode 
ne  portoit  pas  un  jugement  fixe  sur  ce  que  l'on  débitoit 
de  désavantageux  contre  Robert,  mais  qu'il  l'avertit  cha- 
ritablement pour  lui  donner  occasion  de  se  corriger  ou 
de  se  justifier.  C'est  pourquoi  il  y  a  lieu  d'être  surpris  que 
l'hstorien  '  de  Bretagne  regarde  cette  lettre  comme  l'ef-  Lob.  wst.  de  Bret. 
fet  des  préventions  de  Marbode  contre  le  fondateur  de  ' 4' p'  °8' 
Fontevraud.  «  Quand  les  ennemis  de  Robert,  ajoute  en- 
»  core  cet  historien ,  voulurent  décrier  sa  conduite ,  ils 
»  trouvèrent  l'esprit  du  prélat  tout  disposé  à  croire  le  mal 
»  qu'on  voulut  lui  en  dire.  Il  lui  écrivit  une  lettre  pleine 
»  d'aigreur  et  de  reproches,  mais  plus  capable  dans  le 
»  fonds  d'en  décrier  l'auteur,  que  de  noircir  celui  à  qui 
»  elle  est  adressée.  »  Les  reproches  que  l'on  faisoit  à  Ro- 
bert, et  dont  Marbode  l'avertit,  se  réduisent  à  trois  chefs. 
Le  premier  regarde  la  trop  grande  familiarité  qu'on  pré- 
tendoit  qu'il  avoit  avec  les  femmes  qui  l'accompagnoient 
dans  ses  missions;  le  second,  la  singularité  de  son  habille- 
ment; le  troisième,  la  liberté  qu'il  se  donnoit  d'invectiver 
dans  ses  prédications  contre  toutes  sortes  de  personnes, 
soit  présentes,  soit  absentes,  surtout  contre  les  ecclésias- 
tiques. A  l'égard  de  la  première  accusation,  Marbode  re- 
présente avec  beaucoup  de  force  à  Robert  le  danger  qu'il 
y  a  dans  la  trop  grande  familiarité  avec  les  personnes  du 
sexe,  et  il  l'exhorte  à  éloigner  de  lui  ces  sortes  de  tenta- 
tions, qui  quand  bien  même  son  ame  n'en  seroit  point  bles- 
sée   par   le   consentement,    ne  peuvent  que  faire  beaucoup 

(1)  Qua  cirea  te  plurimo$  tcandaliztint,  tpecialittr  dtsignobo,  ut  H  eulpam 
cognovtrU.  emtndare  n<m  nrgligas  :  tin  minus  contraria  ofinionit  errorem  ra- 
twnabili  satisfaction»  dissolvas. 

2  5  * 


xn  SIECLE. 


558  MARBODE, 

de  tort  à  sa  réputation  et  à  la  religion.  (4)Marbode  ve- 
nant ensuite  au  second  chef  d'accusation ,  dit  à  Robert  que 
plusieurs  trouvent  à  redire  à  la  singularité  de  son  habille- 
ment, qui  ne  convient  ni  à  la  profession  de  chanoine  ré- 
gulier, qui  est  celle  qu'il  a  premièrement  embrassée,  ni  à 
l'ordre  de  prêtrise  auquel  il  a  été  élevé.  Chaque  profes- 
sion, chaque  ordre  a  son  habillement  particulier  qu'on  ne 
peut  changer  sans  choquer  le  public.  L'homme  sage  est  at- 
tentif à  ne  point  causer  de  trouble,  et  n'attire  point  les 
regards  du  peuple  sur  lui  par  aucune  singularité.  Il  faut 
avoir  égard  dans  l'habillement  vil  et  humble ,  au  sens  com- 
mun et  à  la  coutume,  et  garder  des  mesures.  Autre  chose 
est  de  se  revêtir  d'un  habit  éclatant,  autre  chose  d'avoir  un 
habit  propre.  Fuyez  également  la  parure  et  la  malpropreté; 
l'une  marque  la  mollesse,  et  l'autre  la  vanité.  A  quoi  bon, 
lui  dit-il,  vous  donner  en  spectacle  au  public,  en  marchant 
pieds  nuds  parmi  le  peuple,  couvert  d'un  cilice  sur  la  chair, 
revêtu  d'un  habit  usé  et  déchiré,  ayant  les  jambes  à  demi 
nues,  portant  une  grande  barbe,  les  cheveux  coupés  à  la 
hauteur  du  front,  ensorte  qu'on  dit  qu'il  ne  vous  manque 
rien,  pour  avoir  tout  l'équipage  d'un  lunatique,  que  de 
porter  une  massue  à  la  main  (2). 

Pour  ce  qui  est  de  la  liberté  que  Robert  se  donnoit  dans 
ses  discours,  en  déclamant  en  présence  des  gens  ignorans, 
sans  épargner  ni  les  absens ,  ni  les  personnes  constituées  en 
dignité;  Marbode  lui  dit  que  ce  n'est  point  là  prêcher, 
mais  déchirer  la  réputation  :  hoc  non  est  prœdicare ,  sed  de- 
trahere.  Bien  loin  qu'il  y  ait  du  fruit  à  espérer  de  pareilles 
déclamations  contre  des  absens,  c'est  donner  occasion  de 
pécher  aux  simples  qui  croiront  être  autorisés  par  un  tel 
exemple  à  faire  la  même  chose.  Car  telle  est,  dit-il,  la  con- 
dition des  supérieurs;  ce  qu'ils  font  semble  être  des  pré- 
ceptes et  des  régies  de  conduite  pour  les  inférieurs  :  Hœc 
est  enim  conditio  superiorum,  ut  quiquid  faciunt  prœcipere 
videantur.    Quelques-uns    s'imaginoient    même    que    Robert 

(1)  Hemnve.  obtecro.  h  te  hvjvsmo  i  tentamenla,  quœ  elsi  animant  luaw  per 
consentumnon  vulnerant.  sine  dubio  famam  tuum  commaculant.  religiunemque 
infnmnnt. 

(2)  Qun  modo  \gitur  libi,  objectn  hanitu  oprrtum  ad  carnem  cilicio  attrilnper- 
luiuque  birro.  seihinudn  crure.  barba  proltxa,  cnpitlis  ad  fronlem  cxr.uincisi» . 
nudi  pedem  pervulgus  incrdere.  et  novum  quasi  *p«  ctaculum  prtrbtre  videnlibus, 
ut  ad  ornatum  lunaiiet  tvlam  tit,i  jam  elavam  deexte  hquaniur. 


EVESQUE  DE  RENNES.  559 


XII  SIECLE. 


ne  déclamoit  de  la  sorte  contre  les  ecclésiastiques,  que  pour 
être  lui  seul  estimé  du  peuple.  Du  moins  c'étoit  l'effet  que 
produisoient  ses  prédications.  Les  pasteurs  étoient  aban- 
donnés de  leurs  troupeaux,  qui  couroient  en  foule  pour  l'en- 
tendre :  en  quoi  cependant  on  voyoit  que  l'amour  de  la  nou- 
veauté,  plutôt  que  la  religion,  les  conduisoit,  puisque  leur 
vie  n'en  étoit  pas  plus  régulière. 

A  ces  reproches ,  Marbode  en  •  ajoute  encore  d'autres. 
Il  reprend  Robert  de  ce  qu'ir  admet  à  la  profession  religieuse 
toutes  les  personnes  qui  paroissent  tant  soit  peu  touchées 
de  ses  prédications,  sans  distinction  d'âge,  de  sexe,  de  con- 
dition, et  sans  aucune  épreuve;  ce  qui  est  contraire  au 
précepte  de  l'apôtre  saint  '  Jean  :  Probate  spiritus  si  ex  Deo  i.Joan.4.  v.i. 
sint;  Eprouvez  si  les  esprits  sont  de  Dieu.  Il  fait  ensuite 
la  description  des  mauvais  effets  et  des  suites  fâcheuses  d'une 
telle  conduite,  qui  n'est  point  accompagnée  de  prudence 
et  de  discrétion.  Enfin  le  dernier  reproche  que  Marbode 
fait  à  Robert,  est  d'avoir  quitté  la  vie  de  chanoine,  qu'il- 
avoit  embrassée,  et  le  monastère  dans  lequel  il  avoit  fait 
vœu  de  stabilité,  où  il  avoit  été  établi  supérieur  de  ses  frères, 
pour  prendre  la  conduite  de  ses  sœurs.  Sur  tout  cela  il  lui 
demande  une  réponse  qui  soit  satisfaisante,  sans  quoi  il  lui 
témoigne  qu'il  craint  beaucoup  pour  son  salut  (-1  ), 

Il  y  a  de  l'apparence,  dit  M.   Dupin,  'que  Robert  d'Ar-  Bibi.  ecei.  miect. 
brissel  se  justifia  de  ces  reproches  auprès  de  Marbode ,  mais  par 
il  n'y  en  a  point  que  cette  lettre  soit  supposée,  comme  le  P. 
Mainferme  l'a  prétendu. 

Le  zèle  que  les  disciples  du  bienheureux  Robert  d'Ar- 
brissel  ont  eu  pour  venger  la  mémoire  de  leur  saint  fonda- 
teur, a  rendu  cette  lettre  fameuse  par  les  efforts  qu'ils  ont 
faits  pour  en  prouver  la  supposition.  Mais  qu'il  nous  soit 
permis  de  le  dire ,  leurs  efforts  ont  été  inutiles  en  tout 
sens.  La  réputation  et  la  sainteté  du  bienheureux  fondateur 
de  Fontevraud  est  indépendante  de  la  supposition,  ou  de 
l'autenticité  de  la  lettre  de  Marbode,  comme  de  celle  de 
Geofroi  de  Vendôme.  Combien  l'histoire  ne  nous  fournit- 
elle  pas  d'exemples  de  saints,  dont  la  réputation  a  été  at- 
taquée, même  quelquefois  par  des  saints  auxquels  on  en 
avoit  imposé?  S'est-on  jamais  avisé,   pour  les  justifier,   de 

(1)  Super  auo,  vtl  rationabilem  à  tua  jraternitatt  pttimui  responrionem,  vel 
certam  tibi  (imtmus  damnationem. 


III  SIECLE. 


560  MARBODE, 


faire  passer  pour  supposés  les  écrits  dans  lesquels  ils  ont 
été  maltraités?  Les  hommes  peuvent  être  surpris;  les  plus 
saints  n'en  sont  pas  exempts  :  saint  Jérôme  ne  l'a-t-il  pas 
été  à  l'égard  de  saint  Melece  et  de  saint  Jean  Chryso- 
stome?  La  même  chose  est  arrivée  à  Marbode  à  l'égard  du 
bienheureux  Robert.  C'est  tout  ce  que  l'on  peut ,  et  ce 
qu'on  doit  raisonnablement  penser  de  lui  touchant  sa  let- 
tre :  car  prétendre  qu'elle  est  supposée,  c'est  ce  qu'on  ne 
prouvera  jamais  par  aucune  raison  solide.  Quiconque  se 
donnera  la  peine  de  la  lire  et  de  la  comparer  avec  les 
autres  lettres  de  Marbode ,  sera  convaincu  qu'elles  sont 
toutes  du  même  auteur.  L'évêque  de  Rennes  y  prend  le 
titre  qu'il  se  donne  dans  toutes  les  lettres  qu'il  a  écrites, 
Minimus  episcoporum.  11  la  termine  par  ces  paroles,  Oran- 
tem pro  nobis  sanctitatem  tuam  Christus  custodiat,  dilectis- 
sime  frater  :  C'est  ainsi  qu'il  finit  ordinairement  ses  lettres, 
comme  on  le  voit  par  la  précédente  adressée  à  Agenoris  : 
Orantem  pro  nobis  religionem  tuam  Christus  custodiat  dilectis- 
sima  soror;  et  par  celle  qu'il  écrivit  à  Ingelgcr  :  Deusom- 
nipotens  orantem  pro  nobis  sanctitatem  vestram  exaudiat. 
On  voit  dans  la  lettre  à  Robert  le  même  style  que  dans  les 
autres ,  le  même  feu ,  le  même  fonds  de  raisonnement , 
la  même  abondance  de  citations  et  d'autorités  de  l'écriture 
et  des  pères,  la  même  manière  de  les  citer;  en  sorte  qu'il 
n'est  pas  possible  de  se  refuser  à  une  telle  évidence.  C'est 
pourquoi  les  critiques  les  plus  sensés,  les  plus  sages  et  les 
plus  judicieux ,  n'ont  jamais  douté  de  l'autenticité  de  cette 
lettre,  et  que  Marbode  n'en  fût  l'auteur  :  Quem  verum  hujus 

An.  1.  69,  n.  24.  epistolœ  parentem  esse  non  dubito,  dit  le  P.  Mabillon',  dont 
tout   le  monde   connoît   le   sage  discernement  et  la   modes- 

Marb.  p.  1412.  tie  ,  quand  il  s'agit  de  décider.  Cependant  D.  Beaugendre  ' 
a  quelque  scrupule  de  la  lui  attribuer.  La  raison  qu'il  en 
donne,  c'est  qu'il  ne  l'a  trouvée  ni  dans  le  manuscrit  d  An- 
gers, ni  dans  les  deux  de  Jumieges,  ni  dans  celui  du  Bec, 
mais  seulement  dans  l'édition  de  Rennes,  dont  il  témoigne 
ne  pas  faire  beaucoup  de  cas.  En  conséquence,  il  regarde 
cette  pièce  comme  suspecte,  sans  toutefois  vouloir  décider 
absolument  une  question  si  difficile.  Il  est  vrai  que  la  lettre 
de  Marbode  ne  paroît  p'.us  aujourd'hui  dans  le  manuscrit 
d'Angers,  mais  il  n'est  pas  moins  vrai  qu'elle  y  étoit  au- 
trefois 


EVESQUE  DE  RENNES.  564       x„  sibcle. 


trefois,  comme  on  le  voit  par  un  ancien  catalogue  de  la 
bibliothèque  de  saint  Aubin.  L'auteur  d'une  histoire  ma- 
nuscrite de  cette  abbaye,  dont  nous  tirons  ceci,  ajoute 
qu'elle  a  été  enlevée  de  la  bibliothèque  avec  plusieurs  au- 
tres pièces  rares.  Il  y  a  toute  apparence  que  le  zèle  porté 
trop  loin  pour  l'honneur  du  bienheureux  Robert ,  a  fait 
disparoître  la  lettre  de  Marbode  dans  le  manuscrit  d'An- 
gers ,  par  la  même  voie  que  celle  de  Gcofroi  au  même  Ro- 
bert a  disparu  du  manuscrit  de  Vendôme.  Nous  ne  pensons 
pas  qu'aucun  lecteur  sensé  et  judicieux  balance  un  moment 
sur  le  parli  qu'il  doit  prendre;  sçavoir  s'il  ('oit  s'en  rappor- 
ter au  jugement  du  P.  Mahillon,  qui  est  persuadé  que  la 
lettre  est  de  Marbode,  non  dubito,  ou  à  celui  de  D.  Reau- 
gendre,  qui  se  fait  scrupule  de  la  lui  attribuer,  et  qui  la 
regarde  comme  enfantée  par  l'envie,  et  remplie  de  calom- 
nies. Ce  n'est  point  là  l'idée  qu'on  se  formera  de  la  lettre  de 
Marbode  à  Robert  d'Arbrissel.  (Quiconque  la  lira  sans  pré- 
vention, jugera  non  seulement  qu'elle  est  de  l'évêque  de 
Rennes,  mais  encore  digne  de  lui,  et  écrite,  non  par  l'im- 
pression de  l'envie,  mais  par  celle  de  la  charité  chrétienne, 
qui  veut  qu'on  avertisse  le  prochain,  soit  pour  lui  donner 
occasion  de  se  justifier,  s'il  est  innocent,  soit  pour  qu'il  se 
corrige  s'il  est  coupable.  Ceux  qui  ont  attribué  cette  lettre 
à  Roseclm,  n'y  ont  pas  pensé.  S'ils  y  avoient  fait  réflexion, 
ils  ne  lui  auroient  pas  fait  tant  d'honneur,  et  ne  l'auroient 
pas  cru  capable  d'une  telle  production. 
'  Le  P.  de  la  Mainferme  fait  un  raisonnement  bien  singu-  T.  1,  dissert.  1,  c. 

..  ,  ,      .     .    ..         ,  .,       ,  °.,      2,  p.  67,  éd.  1684. 

lier,  pour  prouver  la  supposition  de  la  lettre  dont  il  s  agit. 
11  est  fondé  sur  ce  que  dit  Etienne  de  Fougères  évêque  de  Ren- 
nes, mort  en  44  78,  en  parlant  des  poésies  de  Marbode, 
sçavoir  que  toutes  celles  qui  portent  son  nom,  ne  sont  pas 
de  lui  (4).  Pourquoi,  conclud  le  P.  de  la  Mainferme,  n'en 
seroit-il  pas  de  même  de  la  lettre  à  Robert,  qui  porte  son 
nom,  quoiqu'il  ne  l'ait  point  éente?  Si  cette  conséquence 
étoit  juste  et  bien  tirée,  il  y  auroit  peu  d'écrits  qu'on  ne 
pût  faire  passer  pour  supposés.  Dès  lors  qu'on  aura  attribué 
faussement  quelqu'ouvrage  à  un  Père  de  l'église ,  on  pourra, 

(1)  Stephanus  Fulgensis  loquens  de  Varbodo,  ait  :  Extant  etiam  hodie  versus 
ineruditi,  vt  temponbus  illis  ;  quamvis  non  omnes  qui  ejus  nomine àrcumferun- 
tnr,  veresintipsius  (juidniigitur  eliam  sub  nomine  ejusdent  Marbodi  prœdicta 
circumferatur  epistoïa  (ad  Roberlumj  quamvis  ab  eo  non  fuerit  verè conscripta. 

Tome  X.  Z  z 


XII  SIECLE. 


562  MARBODE, 


pour  se  débarrasser  de  l'autorité  des  autres,  les  rejetter  tous 
en  détail  ,  selon  son  caprice ,  en  suivant  la  méthode  du  P. 
de  la  Mainferme.  Il  y  a ,  dira-t-on ,  p-.irmi  les  écrits  de  saint 
Cyprien,  de  saint  Augustin,  de  sjint  Jérôme,  etc.  des  ou- 
vrages et  des  lettres  qui  leur  sont  fausseme:  t  attribuées; 
pourquoi  n'en  seroit-il  pas  de  même  de  tel  ouvrage.de  telle 
lettre,  qui  porte  le  nom  du  saint  Docteur,  quoiqu'il  ne  l'ait 
point  écrite?  Quidni  igitur  etiam,  etc. 
Alex  sec xn, t. 6,  Je  ne  sçais  pas  pourquoi  le  P.  Alexandre  '  qui  reconnoît 
dissert.  5.  h  let(re   de    Geofroi    de   Vendôme    à    Robert    d'Arbrisscl , 

pour  véritable,  a  pris  ici  un  parti  opposé,  en  contestant  la 
vérité  de  celle  de  Marbode.  Aussi  tournit-il  lui-même  les 
réponses  aux  objections  qu'il  fait  :  en  sorte  que,  pour  re- 
pondre au  P.  Alexandre,  on  n'a  besoin  que  du  P.  Alexan- 
dre. Tout  ce  qu'il  a  dit  ponr  la  défense  de  la  lettre  de  l'abbé 
de  Vendôme,  contre  les  raisonnemens  du  P.  de  la  Main- 
ferme,  a  une  application  d'autant  plus  naturelle  ici,  que 
les  objections  contre  les  deux  lettres  sont  les  mêmes.  Cest 
pourquoi  on  trouve  dans  la  réponse  du  P.  Alexandre  au 
P.  de  la  Mainferme,  touchant  la  lettre  de  Geofroi,  tout 
ce  qu'il  faut  pour  détruire  les  objections  du  P.  Alexandre , 
contre  la  lettre  de  Marbode  à  Robert. 

Les  enfans  du  bienheureux  Robert  d'Arbrissel ,  et  ceux 
qui  ont  pris  parti  pour  eux  dans  cette  querelle,  semblent 
s'être  persuadés  que  la  réputation  de  leur  saint  fondateur 
est  dépendante  de  'l'autenticité  de  ces  deux  lettres;  en 
sorte  qu'on  ne  puisse  en  soutenir  la  vérité,  sans  donner 
atteinte  à  sa  sainteté.  Mais  si  les  exemples  des  siècles  pré- 
cédons ne  sont  pas  suffisans,  pour  guérir  là-dessus  leur  ima- 
gination ,  qu'ils  jettent  les  yeux  sur  ceux  qui  ont  soutenu 
que  les  lettres  de  Geofroi  et  de  Marbode  sont  véritables. 
Ont-ils  moins  eu ,  et  ont-ils  moins  de  respect  et  de  véné- 
ration pour  le  B.  Robert ,  que  ceux  qui  ont  regardé  les  deux 
lettres  comme  des  pièces  supposées?  Mais  c'est  trop  s'é- 
tendre sur   ce  sujet. 

Fabricius  croit  qu'aux  six  lettres  dont  nous  venons  de 
parler,  on  pourroit  en  ajouter  une  septième ,  que  D.  Lia- 
sse, t.  13,  p.  95.  chéri  a  publié  dans  son  spicilége  ',  sous  le  nom  de  Mar- 
bode. Mais  ce  sçavant  bibliographe  n'a  pas  fait  attention 
que  D.  Beaugendre  a  placé  cette  lettre  parmi  celles  d'Hil- 


EVESQUK  DE  HENNES.  365       XII  slECLB 

debert,  comme  ay:nt  été  écrite  par  ce  prélat  alors  évêque 
du  Mans ,  à  Marbode  évêque  de  Rennes. 

2°.  Les  autres  ouvrages  de  Marbode,  soit  en  vers,  soit 
en  prose,  sont  plus  considérables  que  les  lettres  dont  nous 
venons  de  rendre  compte.  Ces  ouvrages  sont  les  vies  de 
quelques  saints ,  et  un  grand  nombre  de  poésies  sur  difie- 
rens  sujets.  Commençons  par  les  vies  ,  en  suivant  toujours 
l'ordre  de  la  dernière  édition. 

La  première  est  celle  de  saint  Lezin  évêque  d'Angers , 
connu  dans  les  auteurs  latins  sous  le  nom  de  Licinius.  La 
vie  de  ce  saint  prélat,  mort  en  606,  avoit  été  écrite  par 
un  anonyme  d'Angers  même.  Marbode  entreprit,  à  la  prière 
des  chanoines  d'Angers,  de  donner  une  nouvelle  vie  de 
saint  Lezin  ;  ce  qu'il  fit  en  conservant  tout  le  fond  de  la 
première;  et  bornant  son  travail  à  en  changer  le  style,  à 
l'abréger  en  quelques  endroits,  et  à  l'augmenter  en  d'au- 
tres. 11  explique  dans  une  courte  préface'  ,  les  motifs  qui  Marb.p.  1417. 
l'ont  engagé  à  retoucher  cette  vie ,  et  le  plan  qu'il  a  suivi 
pour  la  rendre  plus  utile.  Elle  est  divisée  en  quatre  cha- 
pitres. Dans  le  premier,  il  parle  de  l'éducation  et  des  pre- 
mières années  de  saint  Lezin  ,  de  la  piété  qu'il  fit  dès-lors 
paroître,  et  qui  ne  lit  que  croître  en  lui,  même  au  milieu 
des  délices  de  la  cour,  et  du  tumulte  des  armes,  qu'il  quitta 
pour  entrer  dans  l'état  ecclésiastique ,  et  embrasser  la  vie 
religieuse,  où  il  se  distingua  par  la  pratique  de  toutes  les 
vertus.  Dans  le  second  chapitre ,  Marbode  rapporte  de 
quelle  manière  Lezin  fut  choisi  malgré  lui ,  pour  remplir 
le  siège  d'Angers  ,  et  avec  quel  zele  il  s'acquitta  de  tous 
les  devoirs  de  cet  éiat,  en  exerçant  les  œuvres  de  miséri- 
corde, en  visitant  son  diocèse,  en  prêchant  la  parole  de 
Dieu,  et  travaillant  à  la  conversion  des  pécheurs.  Dans 
le  troisième  chapitre  ,  il  raconte  plusieurs  miracles  du  saint 
prélat.  Dans  le  quatrième,  il  continue  de  parler  des  mer- 
veilles que  Dieu  operoit  par  le  ministère  de  saint  Lezin, 
dont  la  mort  précieuse  aux  yeux  du  Seigneur ,  fut  encore 
accompagnée  et  suivie  de  plusieurs  miracles.  Marbode  ctoit 
archidiacre  d'Angers ,  lorsqu'il  fit  cet  ouvrage  ;  Ego  Mar- 
bodus  indignus  archidiaconus  Andegavensis  ecclesiœ  vitam 
beati  Licinii  descripsi   et  recognovi. 

Les  Bollandisles  '  ont  publié  la    vie  de  saint  Lezin  dans  13  febr.  p.  682. 

Zz  ij 


III  SIECLE. 


564  MARBODE, 


leur  grande  collection ,  en  y  joignant  celle  de  l'anonyme 
d'Angers  qui  la  précède  ,  avec  des  notes  qui  ne  sont  pas 
inutiles.  D.  Beaugendre  s'est  contenté  de  publier  l'ouvrage 
de  Marbode.  Nous  ne  devons  pas  omettre  que  la  vie  de 
saint  Lezin  a  paru  si  édifiante  à  M.  Arnauld  d'Andilly,  que 
ce  grand  homme  l'a  traduite  en  notre  langue,  et  l'a  insérée 
parmi  ses  vies   de  saints  illustres,  page  287. 

3°.  La  seconde  vie  écrite  par  notre  auteur,  est  celle  de 
saint  Robert  fondateur  et  premier  abbé  de  la  Chaise-Dieu, 
dans  les  montagnes  d'Auvergne.  Un  disciple  du  saint  abbé 
nommé  Gerauld ,  ou  Gérard  de  la  Venne  ,  avoit  déjà  écrit 
sa  vie  aussitôt  après  sa  mort,  arrivée  l'an  -1 067 ,  et  avoit 
assez  bien  réussi  à  rapporter  avec  exactitude  les  actions  du 
saint,  en  ayant  été  le  témoin,  en  qualité  de  disciple  et  de 
chapelain.  Mais  comme  l'ouvrage,  quoiqu'écrit  avec  fidé- 
lité, étoit  d'un  style  embarrassé  et  trop  diffus  ,  l'abbé  et  les 
religieux  de  la  Chaise-Dieu  prièrent  Marbode  archidiacre 
Marb.proi.  vit.  s.  d'Angers,  de  le  retoucher.  '11  se  rendit  à  leur  prière  qui 
lui  parut  fondée  sur  la  raison.  Car,  dit-il,  comme  le  but 
de  celui  qui  écrit  les  actions  des  saints  ,  est  de  porter  les  le- 
cteurs à  suivre  leur  exemple,  il  doit  écrire  d'une  manière 
qui  soit  à  leur  portée  ,  afin  qu'ils  ne  soient  ni  embarrassés 
par  l'obscurité  du  style,  ni  ennuyés  et  dégoûtés  par  la  lon- 
gueur. Ainsi  Marbode  ne  fit,  comme  il  le  déclare  lui-même, 
que  de  mettre  en  un  style  plus  clair  et  plus  concis  la  vie 
de  saint  Robert ,  écrite  par  Gerauld  de  Venne.  De  sorte 
qu'on  peut  dire  que  l'ouvrage  de  Gerauld,  quoique  perdu, 
subsiste  encore  pour  le  fonds  dans  celui  de  Marbode ,  qui 
est  venu  jusqu'à  nous. 

Gérard  avoit  divisé  son  ouvrage  en  deux  parties,  ou  deux 
livres  ,  dont  le  premier  contenoit  l'histoire  de  la  vie  de  saint 
Marb.  act.  sec.  6,  Robert,  et  le  second  traitoit  de  ses  vertus.  Marbode'  ayant 
par  '   '  p'  retouché  le  premier ,  l'envoya  à  l'abbé  et  aux  religieux    de 

la  Chaise-Dieu,  qui  en  furent  si  satisfaits,  qu'ils  le  prièrent 
avec  beaucoup  d'instance  de  faire  la  même  chose  à  l'égard 
du  second.  L'archidiacre  d'Angers  se  rendit  à  leur  désir,  et 
fit  un  second  livre,  qu'il  adressa  à  l'abbé  de  la  Chaise-Dieu, 
accompagné  d'une  lettre  qui  ne  respire  que  la  modestie  et 
l'humilité  chrétienne.  Comme  l'abbé  à  qui  cet  écrit  est 
adressé ,  n'est  désigné  que  par  la  lettre  S ,  les  uns  ont  cru 


EVESQUE  DE  RENNES.  365      iusiicli. 

que  c'étoit  l'abbé  Etienne ,  les  autres ,  l'abbé  Seguin ,  qui 
ont  été  tous  les  deux  abbés  de  la  Chaise-Dieu  du  vivant  de 
Marbode  ;  Mais  pour  peu  qu'on  y  fasse  attention,  on  verra 
aisément  que  c'est  l'abbé  Séguin.  Car  outre  qu'on  îrouve  le 
le  nom  de  Seguin  dans  les  plus  anciens  manuscrits  ,  il  est  cer- 
tain ,  par  le  témoignage  de  Bernard  de  la  Chaise-Dieu ,  que 
Marbode  fit  cet  ouvrage  n'étant  qu'archidiacre  d'Angers  : 
le  style  même  de  la  lettre  qui  ne  convient  point  à  un  évêque 
parlant  à  un  abbé ,  le  marque  assez.  Or  l'abbé  Etienne  ne 
fut  élu  abbé  de  la  Chaise-Dieu  qn'en  4108  ,  et  Marbode 
étoit  évêque  de  Rennes  depuis  douze  ans ,  ayant  été  placé 
sur  ce  siège  en  4  096.  Par  conséquent  ce  n'est  point  à  l'abbé 
Etienne  ,  mais  à  Séguin  ,  qu'il  a  adressé  la  vie  de  saint  Ro- 
bert. Cet  ouvrage  a  été  donné  au  public  par  D.  Mabillon  , 
parmi  les  actes  des  saints  de  l'ordre  de  saint  Benoît,  dans 
la  seconde  partie  du  sixième  siècle,  et  par  les  Bollandistes, 
au  24   d'avril,  page  31 G  et  suivantes. 

4°.  Les  chanoines  de  l'église  collégiale  de  sr.int  Main- 
bœuf  d'Angers,  s'adressèrent  aussi  à  Marbode,  alors  évêque 
de  Renr.es ,  pour  l'engager  à  écrire  la  vie  de  leur  saint  pa- 
tron ,  le  prélat  voulut  bien  se  charger  de  ce  travail ,  et 
mit  en  meilleure  forme  la  vie  de  ce  saint  évêque  d'Angers, 
qui  avoit  été  écrite  par  un  anonyme ,  comme  il  avoit  fait 
celle  de  saint  Lezin ,  dont  Mainbœuf  avoit  été  disciple. 
D.  Beaugendre  a  publié  l'une  et  l'autre  parmi  les  œuvres 
de  Marbode. 

5°.  Aux  vies  dont  nous  venons  de  parler,  il  en  faut 
joindre  deux  autres  qui  ne  se  trouvent  point  dans  la  der- 
nière édition  des  œuvres  de  Marbode.  Les  Bollandistes 
ont  donné  la  première  dans  leur  grande  collection  au  \\ 
de  mai  ;  et  ils  ont  promis  de  donner  la  seconde  au  22  de 
septembre.  Ils  ont  trouvé  l'une  et  l'autre  dans  un  manuscrit 
qu'ils  croyent  être  du  temps  même  de  l'auteur,  et  qui  ren- 
ferme plusieurs  de  ses  ouvrages,  sous  le  nom  de  Marbode 
qualifié  archidiacre  d'Angers.  La  première  de  ces  deux  vies 
est  celle  de  saint  Gautier  abbé  et  chanoine  d'Esterp  dans  le 
Limousin,  mort  en  4070.  Il  est  étonnant  que  D.  Beaugendre'  Gai.  cnr.  nov.  t  a, 
n'ait  pas  eu  connoissance  de  cette  vie,  qui  se  trouve  non 
seulement  imprimée  dans  l'histoire  sacrée  de  la  vie  des  saints  imprimée  a  umo- 

.      .  r  .  .  .     ges ,  cher  Martial 

principaux,    et    autres    personnes    vertueuses,    qui   ont    pris  Barbou,  en  îero. 


XII  SIECLE. 


366  MARBODE, 

naissance,  qui  ont  vécu ,  ou  qui  sont  en  vénération  particu- 
lière en  divers  lieux  du  diocèse  de  Limoges;  maii  encore 
dans  la  grande  collection  de  Bollandus.  11  est  certain  que 
l'autorité  de  ces  critiques  dont  le  P.  Beaugendre  témoigne 
faire  tant  de  cas  en  plusieurs  occasions,  jointe  à  celle  d'un 
manuscrit,  qui  paioit  être  un  des  meilleurs  recueils,  et 
des  plus  amples  des  ouvrages  de  Marbode,  auroît  engagé 
l'éditeur  à  publier  cette  vie.  Marbode  composa  celle  de 
saint  Gauthier  sur  une  plus  ample,  écrite  par  uu  disciple 
du  saint ,  ou  par  un  témoin  oculaire  de  ses  actions  ,  dont 
il  a  tiré  ce  qui  convenoit  le  plus  à  son  sujet.  La  seconde 
vie  omise  dans  l'édition  des  œuvres  de  Marbode ,  et  con- 
tenue dans  le  même  manuscrit ,  est  celle  de  saint  Florent , 
dont  nous  serons  plus  en  état  de  rendre  compte,  lorsque 
les  continuateurs  de  Bollandus  l'auront  donnée  iiu  public, 
comme  ils  l'ont  promit.  Ils  pourront  aussi  nous  donner  plu- 
sieurs éclaircissements  sur  les  écrits  de  Marbode,  par  le  moyen 
du  manuscrit  qu'ils  ont  entre  les  mains. 

Ce  sont  là  toutes  les  vies  des  saints  que  Marbode  a  com- 
posées en  prose,  ausquellcs  il  en  faut  ajouter  d'autres  écrites 
en  vers ,  et  qui  font  partie  de  ses  poésies ,  dont  il  nous 
reste  à  parler. 

6°.  La  première  vie  écrite  en  vers,  est  celle  de  saint 
Théophile.  Quelques  critiques  l'ont  regardée  comme  une 
fable;  mais  les  raisons  par  lesquelles  les  Bollandistes  en 
établ.ssent  la  vérité,  ont  paru  si  solides  à  D.  Beaugendre, 
qu'il  a  cru  que  ce  seroit  blesser  l'équité  et  la  pieté,  et 
même  donner  atteinte  au  crédit  que  la  sainte  Vierge  a  au- 
près de  son  fils,  pour  obtenir  aux  pécheurs  la  rémission 
de  leurs  pèches,  de  douter  de  la  vérité  de  cette  histoire. 
Ne  pourroit-on  pas  dire  au  contraire  que  c'est  blesser  l'é- 
quité et  la  piété,  et  donner  atteinte  à  ce  que  la  religiou 
nous  apprend  du  crédit  des  saints ,  et  même  de  la  sainte 
Vierge  auprès  de  Dieu  ,  de  les  faire  dépendre  de  la  vérité 
de  faits  semblables  à  ceux  qui  sont  rapportés  dans  la  vie  de 
Théophile?  Le  lecteur  sensé  et  éclairé  en  jugera.  Cette  vie 
est  renfermée  dans  une  espèce  de  poëme  de  568  vers  ,  divisé 
en  quatre  chants  ou  chapitres. .Dans  le  premier,  l'auteur  parle 
des  premières  années  de  Théophile,  et  de  sa  chute;  dans 
le  second,  de  sa  pénitence;  dans   le  troisième,  d'une  ap- 


EVESQUE  DE  RENNES.  367 


III  SIECLE. 


parition  de  la  sainte  Vierge  qui  lui  fait  des  reproches,  et 
lui  donne  espérance  du  pardon  de  son  crime;  dans  le  qua- 
trième, du  pardon  qu'il  obtient  et  de  sa  mort. 

'  Thaophile  avoit    été  élevé  dans  la  piété,   et  y  avoit   fait  Marb.    p.    1507, 
de  grands  progrès  ;  mais  sa  vertu  échoua  ,  et  ne  put  se  sou- 
tenir cont.-e  les  mauvais  trailemens   d'un    prélat  qui   occu- 
poit  un  si%e  qu'il  avoit  lui-même  refusé.   Se  voyant   donc 
dépouillé  de   la  dignité  d'œconome,  et  maltraité,  il  se  livre 
au  chagrin.  Dans  cet  état   il  rencontre  uu  magicien  qui  lui 
demande   le  sujet  de  ses   peines  ;  Théophile    en  ayant    fait 
le  détail ,  le  magicien  lui  en  promet  le  remède ,  et  l'assure 
qu'il  le  fera  rentrer   dans  sa  dignité,  dont    il    portera   les 
droits  au  dessus  même  de  l'épiscopat.  Les  paroles  sont  don- 
nées de   part  et  d'autre;  le  magicien  lui  déclare  que  satan 
est  son  roi ,  se  charge  de  le  lui  présenter  ,  et  donne  des  le- 
çons à  Théophile  sur  le   cérémonial.   11  l'avertit  surtout  de 
ne  point  faire  le  signe  de  la   croix ,   pareeque  ce  seroit  mal 
s'y  prendre  pour  gagner  ses   bonnes  grâces.   (4)  Théophile 
consent  à  tout,  et  ne  pense  qu'à   exécuter   sa   promesse  : 
il    se    trouve    au   rendez-vous   pour    son   entrevue    avec  le 
diable.   Le  sorcier  ne  manque  pas  de  se  rendre  au  lieu  et 
à  l'heure  dont  ils  étoient  convenus  ensemble,  c'est-à-dire, 
pendant  une  nuit  obscure.    Il   fait   des  invocations  ;   aussi- 
tôt satan   paroît    escorté   de    sa    troupe   maligne,  et    envi- 
ronné d'une  lumière  telle  qu'il  convient  au  prince  des  ténè- 
bres ,  et  se  place    sur   son    trône.    Le  magicien  l'appellant 
son  père,  fait  valoir  le  zèle  qu'il  a  pour  sa  gloire,  et  pour 
augmenter  le  nombre  de  ses    sujets ,  en    enlevant  à  Jesus- 
Christ  les  siens,  comme  il  le  voit- dans  la  personne  de  celui 
qu'il  lui   présente,  et  auquelle  il  prie  d'être  favorable.  Mon 
fils,   répond  satan,   c'est  une  grande  faute  que  de  faire  du 
bien  à  ceux  qui  en   sont  indignes,    au    préjudice    de   ceux 
qui  le  méritent:  vous  sçavcz  que  c'est  se  nuire  à  soi-même 
que  de  favoriser  son  ennemi.  Celui-ci  étant  donc  mon  en- 
nemi, il  n'est  pas  juste  qu'il  ait  part  à  mes  faveurs;  à  moins 
qu'il   ne  renonce   à  Jcsus-Christ,  à    son  baptême,  et  à  la 
mère  de  Jesus-Christ ,  pour  me  servir,   en  me  reconnois- 

(I)     .     .     .     .     Tibi  nec  sijnum  emeis  tdas, 

Perquod  evmsignum  ntquta*  reperirebenignum. 


IFI  SIECLE. 


568  MARBODE, 

sant  pour  son  souverain.  A  cette  condition,  je  veux  bien 
le  recevoir  au  nombre  de  mes  sujets,  et  répandre  mes  fa- 
veurs sur  lui.  Théophile  accepte  la  condition,  renonce  à 
Jesus-Christ ,  à  sa  mère,  et-  au  baptême  :  il  en  signe  l'acte 
par  ordre  du  diable,  et  le  lui  remet.  C'est  ainsi  que  les 
choses  se  passèrent  dans  cette  entrevue.  Satan  tint  parole; 
l'évèque  qui  avoit  maltraité  Théophile,  changea  tout  d'un 
coup  de  dispositions  à  son  égard ,  reconnut  qu'il  avoit  eu 
tort  dans  la  conduite  qu'il  avoit  tenue,  et  le  rétablit  dans 
la  dignité  dont  il  l'avoit  dépouillé.  Théophile  étant  ainsi 
rentré  dans  sa  place,  s'y  conduisit  d'une  manière  digne  des 
moyens  qu'il  avoit  employés  pour  cela.  Livré  à  l'ambition 
et  à  l'orgueil ,  il  entreprit  tout  ce  qu'il  voulut ,  sans  trou- 
ver d'opposition  ,  et  tout  plia  sous  lui.  Le  sorcier  lui  ren- 
doit  de  temps  en  tems  visite,  pour  l'exhorter  à  tenir  fidè- 
lement parole.  Lorsqu'il  étoit  ainsi  enseveli  comme  le  La- 
zare dans  le  tombeau ,  le  vrai  médecin  dit  :  Mon  ami  dort. 
Uu  coup  de  la  grâce  réveille  Théophile  ;  il  rentre  en  lui- 
même,  réfléchit  sur  son  triste  état,  et  se  croit  perdu.  Il  se 
dit  à  lui-même  :  Il  n'y  a  de  sauveur  pour  moi  que  mon 
créateur;  mais  que  puis-je  attendre?  Qui  me  sauvera,  après 
que  j'ai  renoncé  le  fils  t'e  Dieu  et  sa  sainle  mère?  Je  me 
suis  livré  à  satan  ;  qui  pourra  lui  enlever  l'acte  par  lequel 
je  me  suis  donné  à  lui  ?  Mon  crime  ne  mérite  aucun  par- 
don ,  je  le  sçais  ;  et  il  ne  me  reste  aucune  espérance.  Malheur 
à  moi,  misérable  que  je  suis!  Je  n'ai  plus  à  attendre  que 
des  peines  et  des  supplices  éternels,  dont  personne  ne  peut 
me  délivrer.  Hélas!  dans  quelle  abime  me  suis-je  précipité! 
Je  ne  puis  en  sortir ,  et  ne  vouloir  pas  en  sortir  est  un  nou- 
veau crime.  Je  ferai  donc  tous  mes  efforts  ;  quoique  j'aye 
péché,  quoique  je  vous  aye  renié,  Jésus  Christ,  et  votre 
mère  qui  régne  dans  tous  les  siècles,  j'implorerai  votre 
secours  :  oubliant  le  boire  et  le  manger,  je  ne  cesserai  de 
la  solliciter,  en  gémissant  et  répandant  mes  prières  en  pré- 
sence de  Dieu.  Mais  je  pense  qu'une  telle  entreprise  est  le 
comble  du  crime ,  parce  que  la  prière  qui  sort  de  la  bouche 
du  pécheur,  est  souillée,  (\  )  et  celui  qu'on  a  offensé,  s'ir- 


(1)    Bœc  audere  tamen,  puto  criminis  est  cumulamen, 
Dùm  ptecatorit  oratio  sordtat  orit. 


rite 


EVESQUE  DE  RENNES.  569 


XII  SIECLE. 


1512. 


rite,  lorsqu'on  le  prie.  Triste  situation  des  méchans;  c'est 
une  double  peine  pour  eux,  soit  de  prier,  soit  de  se  taire, 
La  crainte  m'arrête,  l'espérance  m'anime,  et  mon  gémis- 
sement me  rend  coupable.  N'importe,  je  passerai  par  des- 
sus, j'aurai  la  témérité  de  me  présenter,  je  ferai  comme 
je  pourrai ,  je  frapperai  à  la  porte ,  je  prierai  Marie.  Théo- 
phile, après  s'être  ainsi  exhorté  et  rassuré,  alla  dans  une 
église  dédiée  à  la  sainte  Vierge,  où  il  demeura  pendant 
quarante  jours,  jeûnant  pleurant  et  priant  jour  et  nuit. 

'  Alors  la  sainte  Vierge  apparut  à  Théophile  ;  et  lui  Marbode,  c.  3,  p. 
ayant  reproché  son  crime,  elle  promit  de  solliciter  sa 
grâce,  jusqu'à  ce  qu'elle  l'eût  obtenue  de  son  fils  qui  est 
miséricordieux,  mais  qui  est  aussi  très-juste.  Lorsque  la 
sainte  Vierge  eut  cessé  de  parler  et  de  donner  des  avis  à 
Théophile,  il  prit  courage,  lui  fit  un  compliment,  et  con- 
fessa son  crime  qui,  dit-il,  ne  mérite  aucun  pardon.  Quippè 
caret  venia  scelus  hoc,  mi  sancta  Maria.  Il  l'espère  toute- 
fois en  considérant  que  Dieu  a  pardonné  aux  Ninivites,  à 
David,  à  saint  Pierre  qui  avoit  renié  trois  fois  Jesus-Christ , 
à  la  Madeleine,  à  Saul  qui  avoit  persécuté  l'église,  à  l'in- 
cestueux de  Corinthe,  à  Cyprien  le  Magicien.  Tous  ces. 
exemples  rassurent  Théophile;  il  espère  que  Dieu  aura 
pitié  de  lui,  et  qu'il  lui  pardonnera,  si  la  sainte  Vierge 
veut  bien  l'en  prier,  parcet  enim  pro  te.  Votre  fils,  dit-il, 
fera  ce  que  vous  voudrez;  vous  n'avez  qu'à  ordonner,  et  ce 
que  vous  voudrez  se  fera  :  Velle  tuum  faciet  natus,  tu  prœ- 
cipe,  fiet.  (i  )  La  sainte  Vierge  exhorta  ensuite  Théophile  à 
rentrer  dans  sa  première  voie ,  à  confesser  son  fils,  qu'il  avoit 
renoncé ,  et  à  croire  tout  ce  qui  doit  être  cru ,  en  l'assurant 
que  Dieu  qui  est  plein  de  miséricorde,  écouteroit  ses  gé- 
missemens.  Théophile  répondit  qu'il  croyoit,  et  qu'il  se 
donnoit  tout  entier  à  elle ,  après  quoi  il  confessa  en  détail 
tous  les  principaux  articles  de  foi,  et  finit  en  la  suppliant 
de  retirer  des  mains  de  sa  tan  sa  signature;  triste  monument 

Plus  irritatur  infensus,  quando  rogatur. 

Ce  que  dit  Ici  Théophile,  n'est  point  exact.  La  prière  du  pécheur  qui  est  tou- 
ché de  son  crime,  qui  le  déteste,  qui  désire  d'en  sortir,  qui  en  demande  humble- 
ment pardon,  n'est  point  souillée,  et  n'irrite  point  Dieu  ;  au  contraire  elle  l'appaise, 
et  obtient  le  pardon. 

(1)  Quelque  grand  que  soit  le  pouvoir  de  la  mère  du  Sauveur,  elle  n'obtient  rien 
de  lui  que  par  prière,  et  non  par  commandement  :  elle  le  sollicite,  mais  elle  ne  lui  or- 
donne pas. 

2  6     Tome  X.  A  a  a 


XII  SIECLE. 


570  MARBODE, 

de  son  crime,  qui  étoit  le  sujet  de  sa  crainte.  La  sainte 
Vierge  l'assura  qu'elle  prieroit  Jesus-Christ  de  le  rétablir 
dans  l'état  d'où  il  étoit  tombé,  et  disparut.  Théophile 
demeura  dans  le  même  endroit,  et  y  passa  trois  jours  en 
prières,  et  répandant  beaucoup  de  larmes.  La  sainte  Vierge 
lui  apparut  de  nouveau  avec  un  visage  doux,  et  lui  dit, 
en  le  consolant  :  Votre  constance  a  triomphé  ;  le  Sauveur 
vraiment  miséricordieux,  vous  a  pardonné  à  ma  considé- 
ration .  conservez  cette  grâce,  et  ne  péchez  plus.  Théo- 
phile répondit  qu'il  se  consacreroit  à  Dieu  et  à  elle  pour 
toujours,  prolestant  que  tant  qu'il  vivroit,  il  ne  suivroit 
qu  elle  pour  guide  ;  et  il  la  pria  de  vouloir  bien  prendre 
soin  de  lui  :  mais  il  lui  restoit  encore  une  peine  au  sujet 
de  sa  signature,  qui  le  tourmentoit  beaucoup.  Il  se  pros- 
terna donc,  et  redoubla  ses  prieies  et  ses  larmes,  pour 
obtenir  qu'elle  lui  fût  rendue.  Il  fut  bientôt  exaucé.  Dès 
le  lendemain  la  sainte  Vierge  lui  apparut  en  songe,  et  la 
lui  remit.  Il  s'éveilla  tout  tremblant,  et  dans  son  étonne- 
ment  mêlé  d'une  grande  joye,  il  fait  éclater  sa  reconnois- 
sance ,  en  chantant  les  merveilles  de  Dieu.  Le  dimanche 
suivant,  lorsque  le  peuple  fut  assemblé  pour  la  célébration 
de  l'office  divin,  Théophile  se  prosterna  au  pieds  de  l'é- 
voque, raconta  toute  son  avanture  ,  montra  son  billet  qui 
fut  lu  en  présence  de  tous  les  assistans.  Après  quoi  le  pré- 
lat parla  sur  les  grandes  choses  que  Dieu  venoit  d'opérer, 
exhorta  son  peuple  à  considérer  les  fruits  de  pénitence 
qu'on  voyoit  dans  celui  sur  qui  elles  s'étoicnt  opérées ,  et 
releva  beaucoup  la  puissante  protection  de  la  sainte  Vierge, 
qui  avoit  retiré  ce  frère  de  l'abîme  où  il  s'étoit  précipité. 
Lorsqu'il  eut  fini,  Théophile  se  leva  de  terre,  et  pria  qu'on 
jettàt  au  feu  son  malheureux  billet;  ce  qui  fut  exécuté, 
pendant  que  le  peuple  chantoit  les  louanges  de  Dieu.  On 
célébra  la  messe,  Théophile  y  reçut  les  saints  mystères,  et 
son  visage  parut  aussi  éclatant  que  le  soleil.  Tout  le  monde 
en  fut  dans  l'étonnemcnt  et  l'admiration.  On  le  conduisit 
ainsi,  au  milieu  des  chants  de  joie,  dans  l'église  dédiée  à 
la  sainte  Vierge,  où  il  avoit  passé  tant  de  jours  et  de  nuits 
dans  les  larmes  :  son  corps  en  étoit  épuisé.  Il  redoubla  ses 
prières,  ranima  son  courage  dans  ce  lieu  saint,  et  y  de- 
meura trois  jours ,  ne  pensant  plus  aux  choses  de  ce  monde 


EVESQUE  DE  RENNES.  57\      m  SÏECLE- 

Enfin  après  avoir  salué  les  frères,  et  distribué  aux  serviteurs 
de  Jesus-Christ  et  aux  pauvres  tout  ce  qui  lui  restoit,  il 
mourut  saintement.  '  Les  Bollandistes  ont  publié  cette  pièce,  x<Hfeb.  p.  ast. 
persuadés  qu'elle  mer i toit  une  place  dans  leur  grande  col- 
lection ,  ob  sententiarum  gravitatem  et  verborum  pondéra  luce 
publica  dignum  :  ce  que  le  P.  Beaugendre  a  entendu  mal  à 
propos  du  poëme  sur  les  pierres  précieuses  dont  nous  par- 
lerons bientôt. 

Nous  laissons  au  lecteur  à  porter  son  jugement  sur  la 
vérité  de  cette  histoire ,  et  sur  le  mérite  d'une  pareille  pro- 
duction ,  de  quelque  plume  qu'elle  soit  sortie.  Nous  disons 
de  quelque  plume  qu'elle  soit  sortie,  parce  qu'il  ne  nous 
paroît  pas  bien  certain  que  l'évêque  de  Rennes  en  soit 
auteur.  Les  raisons  que  les  Bollandistes  '  en  donnent  ne  Boit.  4  feb. 
sont  rien  moins  que  convaincantes.  Ces  critiques  attribuent 
à  Marbode  la  vie  de  saint  Théophile,  parce  qu'il  l'ont 
trouvée  dans  un  même  manuscrit,  avec  des  pièces  dont 
ils  croyent  que  notre  prélat  est  auteur.  Ces  pièces  sont 
celles  qui  suivent  :  le  martyr  de  saint  Laurent ,  la  vie  de 
saint  Alexis.  La  pénitence  de  Théophile  est  placée  ici ,  et 
suivie  d'autres  ouvrages,  sçavoir  :  le  martyr  de  la  légion 
Thébéenne,  le  poëme  sur  les  pierres  précieuses,  et  un 
extrait  des  écrits  de  Solin,  etc.  Les  éditeurs  ajoutent  que 
ces  écrits  sont  sans  nom  d'auteur  dans  leur  manuscrit , 
mais  qu'ils  croyent  que  c'est  Marbode  :  Nidlus  auctor  ap- 
ponitur,  quem  opinamur  Marbodum.  Sur  quel  fondement 
le  croyent-ils?  Est-ce  parce  que  cette  vie  se  trouve  jointe 
avec  des  écrits  qui  appartiennent  véritablement  à  l'évêque 
de  Rennes?  Il  est  vrai  qu'il  y  en  a  deux,  sçavoir  le  mar- 
tyre de  saint  Laurent ,  et  celui  de  la  légion  Thébéenne , 
qui  lui  sont  attribués  par  Sigebert,  et  que  nous  ne  dou- 
tons pas  qui  ne  soient  de  lui;  mais  il  y  en  a  aussi  d'autres, 
comme  la  vie  de  saint  Alexis ,  le  traité  des  pierres ,  l'ex- 
trait des  écrits  de  Solin,  qui,  pour  ne  rien  dire  de  plus, 
sont  fort  douteux.  Ainsi  puisque  la  vie  de  saint  Théophile 
se  trouve  avec  des  écrits  de  Marbode,  dont  les  uns  lui  ap- 
partiennent, d'autres  sont  suspects,  on  ne  peut  rien  con- 
clure touchant  l'auteur  de  cette  vie,  de  la  circonstance  des 
écrits  dans  la  compagnie  desquels  elle  se  trouve.  On  sçait 
que  les  copistes  ont  souvent  mêlé  dans  un  même  manus- 

A  a  a  ij 


xi,  siècle.       372.  MARBODE, 


crit  les  productions  de  diflerens  auteurs.  Le  dessein  de  celui 
qui  a  dressé  le  recueil  dont  nous  parlons,  n'a  certaine- 
ment pas  été  de  réunir  ensemble  toutes  les  productions  en 
vers  héroïques  sortis  de  la  plume  de  l'évêque  de  Rennes. 
Il  a  si  peu  eu  ce  dessein,  qu'il  n'a  pas  même  mis  le 
nom  de  notre  prélat  à  la  tête  des  pièces  qui  lui  appar- 
tiennent. 

Nous  remarquerons  ici  en  général,  que  parmi  les  ou- 
vrages de  Marbode,  surtout  dans  les  poésies,  il  y  en  a  plu- 
sieurs de  suspectes.  Cela  demanderoit  une  grande  discus- 
sion, mais  nous  ne  sommes  point  en  état  de  la  faire,  faute 
de  manuscrits.  C'est  pourquoi  nous  aimons  mieux ,  en  con 
tinuant  de  rendre  compte  des  écrits  de  notre  prélat,  nous- 
en  rapporter  à  l'éditeur,  que  de  combattre  des  conjectures 
par  d'autres  conjectures. 
Marb.  p.  1517,  et  '  7°.  Marbode  a  écrit  en  vers  le  martyr  des  sept  frères 
smv-  Machabées,   et  de   leur  sainte  mère.    Ce  poëme  ne  contient 

que  cent  cinquante-huit  vers;  il  se  trouve  dans  l'édition  de 
4  524. 
ib.p.i52i,etsuiv.      '8°.  Le  poëme  sur  le  martyr  de  saint  Laurent  est  attri- 
bué à   Hildebert   évêque    du    Mans,    ensuite   archevêque  de 
Tours,   dans  le  manuscrit  de  saint  Marien  d'Auxerre;    mais 
dans  celui   d'Elnone  ou  de  saint  Amand,  qui  est  présente- 
ment  à  la   bibliothèque  du   Roi ,    il  suit  immédiatement  le 
poëme  sur  le  martyre  de  saint    Victor }    qui   est    expressé- 
ment attribué  à  Marbode   dans   ce   manuscrit.    Cette  preuve 
seroit    équivoque  par  elle-même,    si   elle  éloit  seule,  pour 
prouver  que  les  deux  écrits  sont  la  production   d'une  même 
plume.    Mais  elle   est   confirmée  par    le   témoignage  de  Si- 
sigeb.  ser.  eui.  c.  gebert  ' ,  qui   attribue   le  poëme   sur  saint  Laurent  à   notre 
158-  prélat.  De  plus  Tritheme,  Possevin ,  Yossius,   Pitsée,    et   la 

foule  des  bibliographes  reconnoissent  l'évêque  de  Rennes 
et  non  celui  du  Mans,  pour  auteur  de  ce  poëme.  Il  consiste 
en  355  vers  hexamètres. 
ib.p.i528,etsuiv.  '9°.  Un  poëme  de  482  vers  hexamètres  sur  le  martyr  de 
saint  Victor.  D.  Beau  rendre  l'a  publié  sur  deux  excellens 
manuscrits,  l'un  delà  bibliothèque  du  roi,  l'autre  de  saint 
Gatien  de  Tours.  Ce  poëme  est  imparfait;  car  la  mort  du 
saint  martyr,  qui  en  fait  le  sujet,  n'y  est  point  rapportée. 
C'est  pourquoi  on  lit  à  la  fin  du  manuscrit  de  saint  Gatien , 


EVESQUE  DE  RENNES.  375      In  SIECLB 

le  vers  suivant,  Scribitur  hîc  partim  Victoria  passio  passim , 
qui  a  été  ajouté,  pour  faire  voir,  comme  le  remarque  l'édi- 
teur, que  cette  pièce  est  défectueuse.  '  Dans  le  huitième  Hi8t.  utt.  t.  8,  p. 
volume  de  cette  histoire,  on  a  déjà  parlé  des  actes  de 
saint  Victor,  dont  il  s'agit  ici.  Il  est  inutile  de  répéter  ce 
qui  a  été  dit  :  nous  prions  le  lecteur  de  vouloir  bien  con- 
sulter l'article  de  Rainard  évêque  de  Langres,  n°.  5.  Nous 
remarquerons  seulement  que  ce  poëme  est  attribué  à  Hil- 
debert  dans  le  manuscrit  de  saint  Marien  d'Auxerre.  Mais 
l'autorité  des  manuscrits  de  Tours  et  de  saint  Amand,  qui 
le  donnent  à  Marbode ,  doit  l'emporter. 

'40°.  Autre  poëme  sur  le  martyr  de  saint  Maurice  et  de  ib.p  i535,et»uiT. 
ses  compagnons. 

''M0.  La  vie  de  sainte  Thaïs  pénitente  d'Egypte,  en  459  p.  imi. 
vers.  L'auteur  débute  par  déclarer  qu'il  entreprend  d'écrire 
cette  vie,  afin  de  faire  connoître  par  l'exemple  de  cette  sainte 
pénitente,  que  ceux  qui  se  sont  livrés  aux  plaisirs  du 
monde,  ne  doivent  pas  désespérer  de  leur  salut,  pourvu 
qu'ils  y  renoncent  pour  faire  pénitence. 

'  42°.  Un  poëme  de  56  vers,  sur  le  martyr  de  saint  Fe-  P-  ims. 
lix  et   de  saint  Adauct.   L'auteur  a   ajouté  une   prière  aux 
saints  martyrs,    dans  laquelle  il  rend   témoignage   de  plu- 
sieurs miracles  obtenus  par  leur  intercession  ',  et  dont  il  a  P-  ims. 
été  lui-même  témoin. 

'  \  5°.  La  vie  de  saint  Maurille  disciple  de  saint  Martin ,  n>id  • 
ensuite  évêque  d'Angers.  Elle  est  divisée  en  deux  livres, 
qui  sont  remplis  d'un  grand  nombre  de  miracles.  '  L'auteur  p.  1552. 
n'y  a  pas  oublié  l'histoire,  ou  la  fable  de  saint  René,  et  sa 
résurrection  sept  ans  après  sa  mort.  Ce  poëme  est  de  642 
vers.  M.  de  Launoy  cite  p.  45  de  sa  dissertation  sur  saint 
Maurille,  un  traité  de  miracle3  opérés  par  ce  saint  après 
sa  mort.  Cette  pièce  est  l'ouvrage  d'un  chanoine  d'Angers 
nommé  Chermer ,  dont  on  ignore  le  temps.  M.  de  Tille- 
mont  '  dit  qu'il  ne  sçait  si  ce  traité  est  imprimé,  ni  s'il  en  Hist.  eccie».  1. 10, 

,  .  •  p.  356. 

vaut  la  peine. 

'44°.  Un  recueil  de  poësies  sur  différens  sujets  et  en  dif-  p.  1536 
férentes  sortes   de  vers.  La  première,  que  l'éditeur  donne 
sous  le  titre  d'hymne  sur  la  Magdelaine,   est   un  parallèle 
entre  Marie  mère  du  Sauveur,  et  Marie  sœur  du  Lazare, 
qui  sont  deux  pa  trônes  que  le  ciel  a  accordées  aux  fidèles , 

2  6  * 


XII  SIECLE. 


574  MARBODE, 

dont  l'une  leur  sert  de  modèle  de  pénitence,  et  l'autre  de 
mère,  pour  obtenir  le  pardon  de  leurs  pèches.  La  seconde 
est  une  hymne  sur  Marie,  que  Jesus-Christ  délivra  de  ses 
péchés,  et  qui  apprend  aux  pécheurs  à  ne  point  désespé- 
rer du  pardon  de  leurs  crimes,  s'ils  font  pénitence.  La 
troisième  est  encore  une  hymne  sur  la  pécheresse  qui  entra 
dans  la  maison  de  Simon,  et  qui,  sans  parler,  exposa  par 
ses  larmes  au  Sauveur  ce  qu'elle  demandoit.  L'auteur  con- 
fond dans  les  trois  hymnes  Marie  sœur  du  Lazare,  Mag- 
delaine  et  la  femme  pécheresse,  ne  faisant  des  trois  qu'une 
seule  personne.  La  quatrième  est  une  prière  à  Dieu  le 
père  ;  la  cinquième  est  une  j  riere  à  Dieu  le  fds ,  pour  lui 
demander  le   pardon   de  ses  péchés,    et  les   vertus.  «  Par- 

»  donnez-moi     ceux-là,     accordez-moi     celles-ci Lors- 

»  que  vous  nous  ordonnez  de  rechercher  les  vertus,  que 
»  vous  appeliez  le  royaume  de  Dieu,  donnez-nous  vous- 
»  même  ce  que  vous  voulez  que  nous  cherchions,  et  or- 
»  donnez   ainsi   ce  que  nous  devons  faire. 

La  sixième  est  une  prière  dans  laquelle  il  témoigne  à 
Dieu  un  vif  regret  d'avoir  recherché  des  choses  périssables. 
La  septième  est  une  prière  à  la  sainte  Vierge ,  dont  il  im- 
plore la  protection ,  pour  obtenir  de  Jesus-Christ  le  pardon 
de  ses  péchés,  qu'il  confesse.  La  huitième  est  encore  une 
prière  à  la  mère  de  Dieu.  La  neuvième  est  sur  les  douze 
patriarches.  La  dixième  est  une  ode  sur  les  prêtres.  La  on- 
zième est  une  lettre  à  Hildebert  évèque  du  Mans,  sur  ses 
ouvrages  dont  il  fait  un  grand  éloge.  La  douzième  sur  la 
chasteté.  La  treizième  sur  les  vertus  et  les  vices,  dont  il 
fait  la  comparaison.  '  La  quatorzième  est  adressée  à  une 
vierge,  pour  la  féliciter  sur  les  avantages  de  son  état.  La 
quinzième  à  une  vierge  chrétienne.  La  seizième  contre  l'a- 
mour prophane.  La  dix-septieme  sur  le  même  sujet;  il  y 
témoigne  sa  douleur  de  s'être  livré  à  cet  amour.  La  dix— 
huitième  contre  un  abbé  qui  prenoit  les  ornemens  d'é- 
vêque;  il  le  compare  à  un  âne  couvert  de  la  peau  d'un 
lion  (A  )   :  La  dix-neuvieme  sur  l'Incarnation.  La  vingtième 

(1)     Quod  si  pontificem  simulât,  sed  permanet  abbas, 
Permanel  ergb  tatens  sub  pelle  leonis  asellus, 
Aut  velul  in  scena  personam  fert  alienam. 


EVESQUE  DE  RENNES.  575       Xn  siècle. 


est  un  éloge  de  la  vie  monastique.  Le  P.  Sirmond ,  '  dans  s>™.  not.  in  ep. 
ses  notes   sur  les  lettres  de  Geofroi  de  Vendôme,  rapporte     ' 
cette   pièce   comme    l'ouvrage  d'un    auteur  incertain   :  mais 
les   manuscrits   d'Angers   et   de  saint  Catien   de  Tours,  où 
elle   se  trouve  parmi  les  écrits  de  Marbode,   ne   permettent 
pas  de  douter  qu'elle  ne  soit  de  lui.   La  vingt-unième   est 
une  lettre   à   Samson  évoque   de   Wincbestre ,    l'un   de  ses 
plus    chers    disciples.   11    lui    témoigne    un    grand   dcsir  de 
le   voir;    mais  la  mer  qui  les  sépare,   ne  permet  pas  à  un 
vieillard  comme  lui   de  s'y  exposer.  Il  l'invite  à  venir  lui- 
même,    et  offre  d'aller  le  trouver  à  Bayeux    qui  peut  bien 
suffire  à  trois  évêques  :  Sedes  prœsulibus  sufficit  Ma  tribus. 
La    vingt-deuxième    est  adressée  à    Rivallon    archidiacre  de 
Nantes,    ou    plutôt    de    Rennes.    La   vingt-troisième  à  Er- 
mengarde    fdle    de    Foulques    Rechin    femme    d'Alain    Fer- 
gent  duc  de  Bretagne.  Il  y  fait  le  détail  de  tous  les  avan- 
tages dont  elle  jouit  dans  le  monde,   dont   le  temps  et  la 
mort  doivent  la  dépouiller  tôt  ou  tard  ;  mais  l'amour  qu'elle 
a    pour   Jesus-Cbrist ,    le    soin   qu'elle   prend    des    pauvres, 
sont  des  biens  que  ni   la  viellesse  ni   la   mort   ne   peuvent 
lui   enlever.   La  vingt-quatrième  à  Mathilde   reine  d'Angle- 
terre. Il  la  loue  sur  sa  beauté,  ses  excellentes  mœurs,  son 
éloquence,    sa   modestie.    La  vingt-cinquième   sur  l'Annon- 
ciation. La  vingt-sixième  sur  l'épiphanie.  La  vingt-seplieme 
sur   l'hypapante,    ou  la    présentation   de    l'enfant   Jésus  au 
temple.    La  vingt-huitième  sur  le  triomphe  de  Jesus-Christ 
dans  son  ascension.  La  vingt-neuvième  sur  la  solitude.  Notre 
auteur,    pour   se  délasser  des  fatigues  de  la  régence,   avoit 
coutume  de  se  retirer  de  temps  en   temps  dans  une  mai- 
son de  campagne  qui  appartenoit  à  son  oncle  paternel.  C'é- 
toit  là  où,  pour  me  servir  de  ses  expressions ,   dégagé  des 
embarras  du  siècle,  et  éloigné  du  tumulte  de  la  ville,  il  se 
retrouvoit,  et  rentrait  au  dedans  de  lui-même  : 

Rus  habet  in  sylva  patrnus  meus  ,  hue  mihi  sœpè 
Mos  est  abjeclis  curarum  sordibus ,  et  quœ 
Excruciant  hominem,  secedere  ruris  amœna; 
Iljrba  virens,  et  silva  silens  et  spiritus  aurae 
Lenis  et  œstivus,  et  fons  in  gramine  vivus 
Defessam  mentem  recréant,  et  me  mihi  reddunt 
Et  faciunt  in  me  consistere. 


XII  SIECLE. 


376  MARBODE, 

Il  y  a  lieu  de  croire  que  c'est  dans  cet  agréable  séjour  que 
Marbode  a  composé  une  grande  partie  de  ses  poésies.  Le 
lecteur  peut  juger  par  l'échantillon  que  nous  avons  ap- 
porté de  celle-ci ,  du  succès  que  noire  poëte  aurait  eu  dans 
ce  genre  d'écrire,  s'il  eût  pu  s'élever  au  dessus  du  mau- 
vais goût  de  son  siècle,  qui  étoit  une  démangeaison  d'y 
mettre  des  rimes;  ce  qui  ne  fait  que  gâter  la  poésie  latine. 
C'est  un  défaut  qui  régne  dans  la  plupart  des  productions 
de  Marbode ,  sans  parler  de  plusieurs  autres.  La  trentième 
sur  la  désobéissance  du  premier  homme,  qui  a  introduit 
la  mort  dans  le  monde.  La  trente-unième  contre  ceux  qui , 
après  avoir  fait  profession  de  la  vie  religieuse ,  renonçoient 
à  leur  état.  La  trente-deuxième  sur  la  différence  des  peines 
des  damnés.  La  trente-troisième  est  une  prière  d'un  péni- 
tent qui  est  retombé  plusieurs  fois  dans  le  crime.  Dans  la 
trente-quatrième  il  fait  des  reproches  à  un  moine  qui  avoit 
de  l'éloignement  pour  lui;  il  lui  fait  sentir  qu'il  a  tort  de 
se  glorifier,  parce  que  personne  dans  cette  vie  n'est  assuré 
de  son  sort.  Dieu  fait  miséricorde  à  qui  il  veut  :  il  retire 
quelquefois  les  plus  grands  pécheurs  de  leurs  crimes,  et 
les  sauve ,  tandis  qu'il  permet  que  des  justes  tombent  et  pé- 
rissent. La  trente-cinquième  sur  la  chute  du  premier  hom- 
me. La  trente-sixième  sur  la  vie  et  la  mort  :  la  terre  est  un 
exil,  pour  nous,  dit-il,  le  ciel  est  notre  patrie.  Après  avoir 
fait  une  description  des  maux  de  cette  vie,  il  demande  si  on 
peut  lui  donner  le  nom  de  vie ,  et  si  c'est  vivre  que  d'être 
tourmenté  (■<).  Au  contraire  la  mort  de  la  chair  mérite  le 
nom  de  vie,  parce  que  la  foi  nous  apprend  qu'elle  rend 
l'homme  heureux,  c'est-à-dire  celui  que  la  grâce  de  Jesus- 
Christ  sauve.  La  trente-septième  est  un  éloge  de  Boëmond, 
dont  il  décrit  le  exploits.  La  trente-huitième  sur  une  in- 
vitation à  des  funérailles  :  il  compare  celui  qui  l'y  avoit 
invité  au  chathuant  oiseau  de  mauvais  augure.  La  trente- 
neuvième  est  une  consolation  pour  ceux  qui  sont  dans  l'af- 
fliction. Jesus-Christ  a  pleuré  avant  que  de  ressusciter  le 
Lazare,  pour  nous  apprendre  par  son  exemjle  à  avoir  un 
cœur  compatissant;  les  chrétiens  peuvent  donc  avoir  de  la 


(I)     Tantis  pressa  malis  an  débet  vita  vncarit 
Numquid  concèdes  ut  vivere  sit  cruciari? 


douleur 


EVESQUE  DE  RENNES.  577      inSiECL*. 

douleur  de  la   mort  des  personnes  qui  leur  sont  chères  (■!); 
mais  il  faut  que  l'espérance  modère  la  crainte  et  essuyé  les 
larmes.   La    quarante  et  quarante-unième  sont  deux  prières 
pour  les  morts.  La  quarante-deuxième  sur  la  mort  des  chré- 
tiens,  qu'on  ne  doit  pas  pleurer.   La  quarante-troisième   sur 
l'épitaphc  d'un   abbé  Jean,   dans   laquelle  on  avoit  mis  de» 
choses    inutiles,    qu'il    blâme,    comme    ne    pouvant   édifier 
ceux    qui    liroient   cette    épitaphe.    La    quarante-quatrième 
sur    Jonas   jette  dans    la  mer,   sa  prédication  à  Ninive,   et 
la  pénitence  des  Ninivites,   qu'il  propose   comme   un   grand 
sujet    de   consolation   pour   ceux  qui  pleurent   leurs  péchés 
(2).  La  quarante-cinquième  sur  l'histoire  de  Ruth.  La  qua- 
rante-sixième  sur  l'enlèvement  de  Dina,  et  le  massacre  des 
Sichimites. 

'-I50.  Dans  le  temps  que  Marbode  enseignoit  les  huma-  Mai*,  pr.  1587. 
nités  et  la  Rhétorique  à  Angers,  il  fit  sur  cette  matière, 
pour  l'instruction  de  ses  disciples,  un  ouvrage  qui  porte  ce 
titre  dans  le  manuscrit  de  Jumieges  :  Marbodus  discipulo 
suo ,  de  ornamentis  verborum.  Il  est  divisé  en  trente  articles. 
Dans  chaque  article  il  commence  par  donner  en  prose  l'ex- 
plication d'un  terme  ou  d'une  figure  qui  est  en  tête;  puis 
il  en  donne  un  exemple  en  vers.  Ainsi  après  avoir  expli- 
qué ce  que  c'est  que  la  répétition,  il  en  fournit  un  modèle 
dans  les  vers  suivans  : 

Tu  mihi   rex,  mihi  lex,  mihi  lux,  mihi  dux,  mini  vindex, 
Te  colo.  te  laudo,  le  glorificans,  tibi  plaudo. 

Cet  écrit  est  terminé  par  un  épilogue  dans  lequel  l'au- 
teur promet  de  donner  encore  d'autres  instructions  sur  la 
même  matière.  Cœtera  quce  restant,  me  dispensante,  dabun- 
tur.  En  attendant ,  il  exhorte  son  disciple  à  se  remplir  de 
celle-ci.  11  ajoute  que  celui  qui  veut  s'acquérir  de  la  ré- 
putation en  écrivant,  doit  surtout  s'appliquer  à  peindre  au 
naturel  l'âge,  le  sexe,  les  mœurs,  les  conditions  des  per- 
sonnes dont  il  parle  :  en  s'écartant  de  ces  régies ,  il  ne  sera 

(1)  Est  contriîlari  piares  in  funere  cari. 

(2)  Qui  culpas  fletis  magnum  solamen  habetit; 
Non  desperetis,  quia  cèdent  tristia  lœtis. 

Tome  X.  Bbb 


XII  SIECLE. 


578  MARBODE, 


SUIV 


qu'un  Bavius;  et  s'il  les  suit,  il  égalera  Homère  :  Hœc 
spernens  Bavius;  hœc  servans  fiet  Homerus. 
Marb.  p.  i59f>,  et  '4G°.  Le  livre  des  dix  chapitres  est  un  des  ouvrages 
de  nofre  auteur  qui  lui  fait  le  plus  d'honneur;  et  quoique 
sa  muse  fût  vieille,  lorsqu'il  composa  cet  écrit,  il  a  mieux 
réussi  que  dans  aucun  autre.  Non  seulement  les  pensées 
en  sont  justes,  mais  la  poésie  en  est  meilleure.  Dans  le 
premier  chapitre  qui  traite  de  apto  génère  scribendi,  il  dé- 
bute en  témoignant  son  regret  de  plusieurs  productions  de 
sa  jeunesse,  qui  sont  trop  libres  (\).  Il  souhaiteroit  ne  les 
avoir  jamais  publiées;  mais  cela  n'étant  pas  possible,  il 
se  propose  d'être  plus  sur  ses  gardes  pour  l'avenir,  en  évi- 
tant de  tomber  dans  de  semblables  fautes,  et  en  ne  s'exer- 
çant  plus  que  sur  des  sujets  graves  et  sérieux.  Il  exige  trois 
choses  pour  bien  écrire;  sçavoir  :  que  le  discours  soit  clair , 
sans  défauts  et  orné  de  figures  (2).  Celui  qui  réunit  ces 
trois  choses,  a  trouvé  le  secret  d'allier  ensemble  l'utile  et 
l'agréable,  et  de  mériter  l'attention  de  ses  lecteurs  et  de 
ses  auditeurs.  Dans  le  second  chapitre  Marbode  fait  une 
très-belle  et  très-vive  peinture  des  différens  états  de 
l'homme ,  des  maux  et  des  passions  auxquels  il  est  sujet 
dans  chaque  âge ,  depuis  le  moment  de  sa  naissance  jusqu'à 
sa  mort.  Mais  il  ne  faut  pas  croire,  dit-il,  que  lorsque  nous 
mourrons,  tout  meurt  avec  nous.  Le  corps  même  ne  périt 
point,  et  il  sera  réuni  à  l'ame  immortelle  à  laquelle  le  Tout- 
puissant  l'avoit  joint  (5).  Notre  auteur  finit  ce  chapitre  par 
une  humble  confession  de  ses  péchés,  et  il  en  demande 
pardon   à  Dieu,    dont    la    miséricorde    est  l'unique    fonde- 

ll)  Quœ  juvenis  scripsi,  senior  dùm  plura  retracto, 
Pœnitet,  et  quœdam  vel  scripta  vel  édita  nollem.. . . 

Sed  quia  missa  semel  vox  irrevocabilis  exil 

Restât  ulinreliquumjam  cautior  esse  luborem. 

(2)  Sam  lex  scribendi  reclè  tria  postulat.  Vt  sit 
Perspicuum,  vitioque  carens  et  schemate  vernans. 
Qund  qui  consequilur  fit  dulcis  et  utilis  idem. 
Et  relinere  potest  animos  auresque  legentum. 

(3)  Son  est  credendum  nos  funditùs  interituros , 
Sed  potiùs  constat ,  quod  nec  caro  nostra  peribit , 
Mtemm  menti  miro  simul  ordine  juncta. 


EVESQUEDE  RENNES.  579       XIiSiecle. 

ment  de  son  salut  et  de  son  espérance.  Dans  le  troisième 
il  fait  un  grand  détail  des  maux  que  la  femme  cause  dans 
le  monde  :  elle  est  une  source  de  querelles,  de  divisions, 
de  séditions,  même  parmi  les  parens  et  les  amis,  qu'elle 
soulevé  les  uns  contre  les  autres  ;  elle  fait  tomber  la  cou- 
ronne de  dessus  la  tête  des  monarques ,  arme  les  nations 
pour  se  détruire  réciproquement,  renverse  les  villes,  rem- 
plit tout  de  sang  et  de  carnage,  porte  le  feu  et  le  fer  dans 
les  campagnes  :  en  un  mot  '  il  n'est  sorte  de  maux  où  elle  Marb.  p.  îeoo. 
n'ait  quelque  part.  Denique  nulla  mali  species  grassatur  in 
orbe,  in  qua  non  aliquam  sibi  sumat  fœmina  partern.  L'en- 
vie, la  colère,  l'avarice,  le  désir  de  la  vengeance  font 
son  caractère.  '  Dans  le  quatrième  chapitre  notre  auteur  p.  ieoi. 
fait  l'éloge  de  la  femme  vertueuse,  qui  est  le  plus  grand 
bien  que  Dieu  accorde  dans  cette  vie.  Après  avoir  repré- 
senté tous  les  avantages  qu'elle  procure  dans  la  société, 
il  ajoute  qu'on  a  souvent  vu  dans  ce  sexe,  quoique  le  plus 
foible,  une  vertu  non-seulement  égale  à  celle  de  l'homme, 
mais  même  qui  la  surpasse.  Il  en  cite  plusieurs  exemples 
tant  sous  l'ancienne  que  sous  la  nouvelle  alliance,  et  même 
parmi  les  payens.  D'où  il  conclud  que  le  sexe  n'est  point 
pour  la  femme  un  sujet  de  blâme ,  ni  celui  de  l'homme  un 
titre  d'honneur;  mais  que  ce  qui  fait  le  mérite  de  l'un  et 
de  l'autre,  est  la  vertu.  '  Dans  le  cinquième  chapitre  il  p.  1603. 
parle  de  la  vieillesse  dont  il  décrit  les  incommodités ,  et 
ensuite  les  avantages.  Il  remercie  Dieu  de  l'avoir  conduit 
jusqu'à  un  âge  où  il  a  l'agrément  de  recueillir  le  fruit  de 
ses  études,  en  lisant,  méditant,  écrivant  quelque  chose 
d'utile,  et  en  instruisant  son  troupeau  (i).  Le  sixième  cha- 
pitre est  sur  le  destin  et  la  naissance.  Il  y  combat  l'astro- 
logie judiciaire  par  des  raisonnemens  solides,  et  déclare 
qu'il  a  éprouvé  lui-même  la  fausseté  de  cette  science,  à 
laquelle  il  s'étoit  autrefois  appliqué.  '  Dans  le  septième  cha-  p.  1607. 

(I)  Ast  ego  nunc  suaves  studiorum  collign  fructus, 
Cùm  lego  vel  meditor,  vel  qttidhbet  utile  scribo, 
Vel  mini  eommissns  moralibus  i'islruo  ver  ois. 


Ergb  Creatori  non  cesse  m  reddere  grates 
Mtatem  qui  me  miserons  perduxil  ad  islam. 


B  b  b  ij 


m  SIECLE. 


580  '       MARBODE, 

pitre  Marbode  réfute  le  système  d'Epicure  qui,  selon  lui, 
a  fait  consister  le  souverain  bien  dans  le  plaisir.  Dans  le 
huitième  il  entreprend  d'établir  quelles  sont  les  loix  de  la 
véritable  amitié  parmi  les  gens  de  bien ,  et  les  fruits  agréa- 
bles qu'on  en  retire.  Il  traite  de  dogme  exécrable  et  inhu- 
main le  sentiment  de  certains  philosophes,  qui  ont  pré- 
tendu que  le  sage  doit  vivre  content  de  s'aimer  lui-même. 
Pour  lui  il  regarde  comme  une  chose  si  nécessaire  d'avoir 
des  amis,  qu'il  croit  qu'il  vaut  mieux  en  avoir  même  de 
suspects  que  de  n'en  point  avoir  du  tout  :  Suspectos  opus  est 
etiam  patiamur  amicos,  queis,  licèt  indignis,  vxtœ  tantùm 
indiget  usus.  Aussi  ne  fait-il  point  difficulté  de  dire  qu'un 
ami  est  le  plus  grand  bien  qu'il  y  ait,  après  Dieu  et  la 
vertu  (4).  Dans  le  neuvième  chapitre  il  fait  voir  les  avan- 
tages de  la  mort.  Tous  les  hommes  se  plaignent  de  l'arrêt 
de  mort  prononcé  contr'eux.  Tout  âge,  tout  sexe,  toute 
condition,  le  jeune  et  le  vieillard,  le  pauvre  et  le  riche, 
le  sujet  et  le  souverain  font  sur  cela  des  plaintes,  mais 
elles  sont  injustes.  La  mort  n'est  point  à  craindre  pour  les 
bons,  puisqu'elle  est  la  fin  de  leurs  travaux  et  le  com- 
mencement de  leur  bonheur.  Pour  ce  qui  est  des  méchans, 
ee  n'est  point  la  mort,  mais  leur  mauvaise  vie  qui  leur 
attire  les  supplices  qu'ils  craignent,  et  qui  leur  font  crain- 
dre la  mort  ;  ainsi  la  raison  qui  la  leur  fait  craindre  n'est 
point  juste.  La  mort  leur  est  même  avantageuse,  '  parce 
qu'en  terminant  leur  carrière,  elle  arrête  leurs  crimes  qui 
leur  attireroient  encore  de  plus  grandes  peines,  s'ils  vi- 
voient  plus  long  temps.  Enfin  dans  le  dixième  et  der- 
nier,  il   prouve  la  résurrection  des  corps. 

47°.  Le  livre  des  dix  chapitres  est  suivi  d'un  recueil  de 
plusieurs  petites  pièces  de  peu  de  conséquence  pour  la 
plupart.  On  y  voit  cinq  épitaphes,  dont  la  plus  remar- 
quable est  celle  du  célèbre  Anselme  de  Laon.  Il  y  en  a  une 
autre  dans  laquelle  il  plaisante  sur  un  certain  Robert,  qui 
n'étoit  ni  riche,  ni  pauvre,  ni  bien  sage,  ni  bien  fou,  ni 
fort  célèbre,  ni  absolument  inconnu,  ni  trop  saint,  ni  trop 

(1)  Obtinet  ergo  loeum  Deïtas  super  omnia  primum, 
Proxima  *tat  virtus,  postquam  numeretur  amicus  ■ 
Quo  meliùs  post  Ma  duo  niM  esse  putamus. 


EVESQUE  DE  RENNES.  581 


XII  SIECLE. 


débauché.  Les  deux  dernières  pièces  de  ce  recueil  sont 
adressées  à  un  poëte  nommé  Gaultier,  dont  il  fait  grand 
éloge. 

'48°.  D.  Beaugendre  a  tiré  du  manuscrit  de  S.  Gatien  Marb.  wm. 
un  autre  recueil  de  poésies,  dont  aucune  n'avoit  encore 
paru;  à  l'exception  de  l'épitaphe  de  Lanfranc ,  qui  a  été 
imprimée  sous  le  nom  de  saint  Anselme  dans  le  dernier  tome 
des  actes  des  saints  de  l'ordre  de  saint  Benoît;  et  la  satyre 
contre  les  habitans  de  Rennes ,  qui  avoit  déjà  été  publiée 
dans  l'ancienne  édition ,  et  dans  l'histoire  de  Bretagne  '  par  t.  2,  p.  345. 
D.  Lobineau.  Dans  cette  satyre  (car  c'est  le  nom  qu'on 
peut  donner  à  la  petite  pièce  de  Marbode ,  de  civilate 
Redonis)  les  habitans  de  Rennes  sont  représentés  comme 
un  peuple  livré  au  plaisir ,  ennemi  du  travail  ;  qui  méprise 
les  gens  de  bien,  et  met  toute  son  application  à  tromper. 
Il  n'y  avoit  point  de  mauvaise  cause ,  qui  ne  fût  assurée 
de  trouver  dans  cette  ville  des  avocats,  qui  étoient  tou- 
jours prêts  à  employer  leur  ministère,  pour  faire  con- 
damner l'innocent  et  absoudre  le  coupable. 

Causidicos  perfalsidicos  absolvit  iniquos. 
Veridicos  et  pacificos  condemnat  auucos. 

Les    gens    de    bien   y  étoient   à  charge ,    Quisque   bonus 
reputatur    onus;    la   bonne   foi    y    étoit    inconnue;    la   no- 
blesse  exerçoit  une  cruelle    tyrannie    sur  les   paysans;    les 
riches  opprimoient  les  pauvres.    D.    Lobineau   se   contente 
dédire,   qu'il  y  a  un  peu  de  passion  dans   ce  portrait.  '  Il  Hist.  Bret.  t.  1,  p. 
semble  qu'un  historien  de  Bretagne  pouvoit,    sans  s'écarter  204' 
de    l'impartialité,    dont   on    doit  toujours   faire  profession, 
dire  quelque  chose  de    plus  ,  et  moins  ménager  une  pièce 
si  injurieuse   aux  habitans   de  la  capitale  d'une   province, 
dont  il  publioit    l'histoire.   Mais  il  aura  sans  doute   pensé, 
qu'il  étoit  inutile  de  se  donner  la  peine,  de  repousser  des 
reproches,    qui  n'ont  plus  aujourd'hui  de  fondement  à  l'é- 
gard des  citoyens  de  la  ville  de   Rennes.  '  D.  Beaugendre  iwd. not.  ad.  pag. 
avoue  qu'il  avoit   d'abord   eu   dessein   de  supprimer    cette  1825- 
pièce,  afin  de  ne  point  choquer  les  esprits,  mais  l'autorité 
des  manuscrits  où  elle  se  trouve,  et  la  crainte  de  passer  pour 
téméraire,   l'en   ont   empêché.   Il   la   regarde   comme    une 


III  SIECLE. 


582  MARBODE, 


production  de  la  jeunesse  de  Marbode ,  qui  la  composa  peut- 
être  dans  un  temps,  où  il  y  avoit  quelque  division  entre 
les  habitans  d'Angers  et  ceux  de  Rennes.  De  plus  il  pense 
qu'elle  est  du  nombre  de  celles,  dont  Marbode  a  eu  du 
regret ,  et  dont  il  a  dit  qu'il  auroit  souhaité  ne  les  avoir 
jamais  publiées,  ou  pouvoir  les  effacer  :  Vel  delenda  cita, 
vel  non  edenda  fuissent. 

p.  i63i.  H  y  a  dans  le  même  recueil  une  autre  pièce  '  plus  con- 

sidérable, et  beaucoup  plus  vive  que  la  précédente  :  elle 
est  intitulée  Versus  canoniales.  Notre  poète  y  fait  une 
peinture  affreuse  des  mœurs  des  ecclésiastiques.  Il  leur 
reproche  d'avoir  des  relies  particulières  pour  eux,  de  com- 
mettre impunément  toutes  sortes  de  crimes ,  d'exercer  une 
domination  qu'il  appelle  exécrable ,  placet  execranda  po- 
testas;  de  dépouiller  les  autels,  de  briser  les  calices,  etc., 
sans  qu'on  ose  même  blâmer  de  tels  excès  :  nec  mu  tire 
licet.  Ce  serait  même  un  crime  digne  de  punition,  d'y 
trouver  à  redire.  Si  quelqu'un  a  la  hardiesse  de  le  faire ,  il 
est  menacé  d'une  sévère  punition  pour  servir  d'exemple  aux 
autres  :  c'est  à  nous,  disent  les  ecclésiastiques,  à  régler 
les  loix,  et  à  prescrire  aux  autres  ce  qu'ils  doivent  ob- 
server. Nos  leges  regimus,  nos  jura  docenda  tenemus.  Si 
nous  volons,  nous  voulons  que  le  vol  soit  impuni.  La  loi 
n'a  de  force  qu'autant  qu'il  plaît  au  Souverain.  Le  Roi  et 
les  supérieurs  ne  sont  soumis  à  aucune  loi  :  Rex  et  prce- 
positi  nulla  sunt  lege  premendi.  En  détaillant  les  excès, 
dont  il  les  accuse,  il  répète  plusieurs  fois  ces  paroles, 
altéra  prcepositis  est ,  altéra  régula  nobis.  Outre  les  plaintes 
générales  qui  regardent  tous  les  ecclésiastiques,  il  fait  encore 
les  portraits  de  quelques  particuliers ,  qui  n'y  sont  point 
ménagés.  Il  n'épargne  pas  même  l'évêque ,  qu'il  traite 
d'ignorant,  et  dont  il  parle  avec  beaucoup  de  mépris.  Il 
lui  sied  bien,  dit-il,  d'occuper  le  premier  rang,  de  vou- 
loir être  le  maître  des  autres,  lui  qui  n'est  propre  qu'à 
conduire  des  ânes  (4).  L'auteur  de  l'histoire  manuscrite  de 

p.  79.  l'université   d'Angers,   '  croit   que  ce  prélat   étoit   Geofroi 

(1)  Cur  tenet  imperium?  Cur  se  vult  esse  magistrum? 
Et  cur  doctores  sub  se  premit  atque  priores, 
Que  m  decetex  atavis  asinum  deducere  sxlvis? 


EVESQUE  DE  RENNES.  5x85      m  siècle. 


de  Mayenne,  contre  lequel  on  porta  des  plaintes  au  pape 
comme  ayant  été  ordonne  néophitc,  et  n'ayant  aucune 
teinture  des  lettres.  Ce  Gcoffroi  quitta  l'évêché  d'An- 
gers l'an  MOI  ,  '  et  se  retira  dans  l'abbaye  de  Cluni.  La  Mab.ann.  1. 70, n. 
pièce  dont  nous  venons  de  parler,  ne  fait  pas  honneur  à 
Marbode,  il  y  marque  trop  de  passion  et  trop  peu  de  cha- 
rité. C'est  pourquoi  on  peut  croire  avec  fondement,  que 
ces  vers  sont  du  nombre  de  ceux,  dont  il  a  témoigné  du 
regret  dans  sa  vieillesse,  et  qu'il  auroit  souhaité  n'avoir  ja- 
mais composés. 

49°.  Ne  pourroit-on  pas  dire  la  même  chose  du  poëme 
sur  les  différentes  espèces  et  la  nature  des  pierres;  ou- 
vrage dont  l'auteur  «  se  montre  presque  par  tout  grand 
»  partisan  de  l'astrologie  judiciaire  et  même  de  la  plupart  des 
»  superstitions  et  des  fables  ridicules  '  des  pavens.  »  Ce  qui  a  Hist.  utt.  4,  t.  2, 

j»  u     j   e  m  •        -    t^     «•  it     j.  ~  •„  1    ■      p.  335  et  suiv. 

d  abord  lait  croire  a  D.  Rivet,  que  1  auteur  etoit  payen  lui- 
même,  n'étant  pas  croyable  qn'un  chrétien  eût  prêté  sa  plume, 
pour  faire  passer  à  la  postérité  tant  de  rêveries  payennes  ou 
magiques,  sans  donner  quelque  marque  qu'il  les  improu- 
voit,  ce  qu'il  ne  fait  nulle  part.  En  conséquence  le  même 
D.  Rivet  a  cru ,  que  ce  poëme  n'est  point  l'ouvrage  d'un  évê- 
que  aussi  plein  de  piété  que  l'étoit  Marbode  ;  et  que  c'est  mal- 
à-propos  qu'on  l'a  confondu  avec  un  poëte  ancien ,  qui  en 
est  le  véritable  auteur.  La  confusion  est  venue,  selon  lui, 
de  ce  que  Marbode  ayant  donné  une  explication  '  des  pierres  ibid.p.  338. 
précieuses,  dont  il  est  parlé  dans  l'apocalypse,  cela  aura 
donné  occasion  de  lui  attribuer  le  poëme  de  l'ancien  poëte 
sur  la  nature  des  pierres,  parce  qu'il  en  a  fait  quelqu'usage 
dans  son  explication,  et  parce  qu'il  se  sera  peut-être  trouvé 
sans  nom  parmi  ses  papiers.  Mais  plusieurs  raisons,  dit-il, 
pouvoient  empêcher  de  tomber  dans  cette  confusion  et  dans 
cette  erreur;  sçavoir  la  différence  du  style,  qui  est  plus  poli, 
plus  latin  et  plus  élégant  dans  le  poëme  de  l'ancien  poëte, 
que  ne  l'est  celui  de  Marbode  :  2°.  La  différence  de  senti- 
mens;  l'explication  des  pierres  précieuses  de  Marbode  étant 
toute  chrétienne  et  ne  tendant  qu'à  inspirer  la  piété,  au 
lieu  que  celle  de  l'ancien  poëte  est  toute  profane,  et  ne 
respire  que  les  superstitions  de  la  magie  et  du  paganisme. 
Ces  raisons  ont  paru  plus  que  suffisantes  à  D.  Rivet,  pour 
convaincre  les  personnes  judicieuses,  que  le  poëme  sur  les 


M  SIECLE. 


584  MARBODE. 


134. 


> 


différentes  espèces  et  la  nature  des  pierres  n'est  point 
de  Marbode.  Il  ajoute  encore  que  l'opinion  qui  le  lui  donne  , 
n'est  appuyée  sur  aucun  solide  fondement.  On  ne  trouve 
que  deux  manuscrits  qui  portent  le  nom  de  Marbode.  Un 
troisième ,  d'un  égale  antiquité,  si  même  il  n'est  pas  plus 
ancien ,  n'a  aucun  nom  d'auteur.  Un  quatrième  porte  le 
nom  d'Hildebert  évêque  du  Mans.  Celui  sur  lequel  a  été 
faite  l'édition  de  4  43J  ,  porte  simplement  Marbodeus  Câl- 
ins. Enfin  les  écrivains  du  treizième  siècle,  qui  ont  cité  le 
poème,  dont  il  est  ici  question,  ne  l'ont  fait  que  sous  le 
nom  d'Evax ,  qui  est  l'auteur  original,  ou  sous  le  nom  ap- 
pellatif  de  Uapidaire  .  ou  de  Liliaire. 

Quelque  convaincantes  qu'ayent  paru  ces  preuves  à  D. 
Rivet ,  elles  ne  l'ont  pas  empêché  de  revenir  lui-même 
au  sentiment  le  plus  commun ,  et  de  reconnoitre  que  Mar- 
inât, im.  t.  t.  p.  bode  est  auteur  du  poëme  sur  la  nature  des  pierres.  '  €  Mar- 
>  bode ,  dit-il ,  évêque  de  Rennes  dans  la  suite  ,  a  fait  un 
»  traité  de  soixante-une  pierres  précieuses,  dont  il  donne 
une  assez  juste  connoissance ,  surtout  par  rapport  à  leurs 
»  principales  propriétés  et  leurs  qualités  essentielles.  >  Ef- 
fectivement les  raisons  sur  lesquelles  D.  Rivet  s'étoit  d'a- 
bord appuyé,  pour  enlever  cet  ouvrage  à  Marbode,  sont 
plus  spécieuses  que  solides;  et  notre  habile  critique,  en 
les  donnant  pour  convaincantes,  avoit  plus  suivi  le  mou- 
vement de  son  cœur  et  de  sa  piété,  qui  lui  faisoient  regar- 
der cet  ouvrage  comme  indigne  d'un  évêque ,  que  ses  lu- 
mières et  son  discernement  ordinaires.  \°.  Quant  au  style, 
la  différence  n'est  pas  assez  grande,  pour  en  tirer  une  preuve 
solide  ;  d'autant  que  dans  les  poésies  qui  sont  constament 
de  Marbode,  on  y  trouve  quelquefois  tant  d'inégalité 
et  de  différence ,  qu'on  est  tenté  de  croire  qu'elles  ne  sont 
pas  du  même  auteur.  2°.  Pour  ce  qui  est  de  la  preuve  tirée 
du  fond  de  l'ouvrage,  qui  paroit  être'  celui  d'un  payen  et 
non  d'un  évêque  aussi  plein  de  piété  que  Marbode  ;  cette 
preuve,  dis-je,  n'a  pas  plus  de  force  que  la  première,  puis- 
que ce  reproche  ne  peut  tomber  que  sur  le  premier  auteur 
de  l'ouvrage ,  et  non  sur  celui  qui  n'en  est  que  l'abbrévia- 
teur;  et  qui  en  l'abrégeant  ne  doit  pas  être  censé  donner 
ses  propres  sentimens.  Qu'on  lui  reproche,  si  l'on  veut, 
d'avoir  fait  un  mauvais  usage  de  ses  talens  et  de  sa  plume , 

pour 


EVESQL'E  DE  RENNES.         .  38o      m  SIICLB. 


pour  faire  passer  à  la  postérité  des  rêveries  payennes ,  ou 
magiques,  nous  conviendrons  que  ce  reproche  est  bien 
fondé  ;  mais  on  ne  peut  pas  en  conclure  qu'il  n'est  point 
auteur  de  cet  ouvrage.  Combien  y  a-t'il  de  chrétiens,  qui 
ont  fait  des  écrits  en  vers  et  en  prose,  indignes  de  notre 
sainte  religion,  et  pleins  de  superstitions  et  des  fables  ri- 
dicules des  payens?  Combien  pourrions-nous  en  donner  d'e- 
xemples? Doit-on  en  conclure  qu'il  ne  sont  pas  de  ceux 
dont  ils  portent  les  noms?  La  même  chose  a  pu  arriver  à 
Marbode  dans  sa  jeunesse.  Ne  dit-il  pas  lui-même  en  re- 
passant dans  sa  vieillesse  les  écrits  qu'il  avoit  publiés  étant 
jeune ,  qu'il  y  en  a  plusieurs  qui  font  la  matière  de  ses  re- 
grets (•!)?  Ne  voit-on  pas  par  ses  écrits,  qu'il  s'étoit  oc- 
cupé à  des  études  inutiles,  telles  que  l'astrologie  (2)? 'Ainsi  p.  i6œ. 
on  ne  doit  point  regarder  comme  une  chose  incroyable , 
qu'il  ait  fait,  ou  plutôt  abrégé  le  traité  de  soixante-une 
pierres  précieuses ,  qui  porte  son  nom  dans  deux  anciens 
manuscrits,  et  qui  lui  est  attribué  par  une  multitude  d'auteurs, 
Il  s'en  trouve  à  la  vérité  qui  ne  citent  cet  ouvrage  que 
sous  le  nom  d'Evax.  ou  de  Marbodus  Gallus,  et  qui  dou- 
tent que  ce  Marbodus  Gallus  soit  le  même  '  que  l'évêque  Hist.  deBret.  m>.  " 
de  Rennes.  €  On  doute,  dit  d'Argentré,  si  c'est  celui  qui  3|  c"  5'  p' i5  ' 
»  fut    évêque    de    Rennes,     homme   de    grande  probité  et 

>  religion ,    et    instruit     en    toutes    lettres Ce  que  ne 

»  montrent  toutefois  pas  les  vers  qu'on  dit  être  de  lui.  > 
Le  même  d'Argentré  ajoute  «  qu'il  faut  que  quelqu'un 
»  mal  apris  voulut  emprunter  son  autorité  et  crédit,  et 
»  sous  icelui  faire  couler  cette  folle  et  indocte  composition.  » 
Ce  qu'il  avance  sans  en  donner  de  preuves.  Lilius  Giraldi, 
dans  son  quatrième  dialogue  '  sur  l'histoire  des  poètes,  doute  inier.  ej.op.  t.  s, 
si  Marbodus  Gallus,  auteur  du  Liliaire  ou  Lapidaire,  est  le  p' 306,  et  307 
même  que  l'évêque  de  Rennes ,  qui  a  fait  un  poëme  sur 
les  martyrs  de  la  légion  Thébéenne ,  et  sur  les  canti- 
ques, et  qui  vivoit  du  temps  d'Henri  III,  l'an  4  0o0.  Mais 
ce  doute,   joint  aux  méprises   dans  lesquelles  il    tombe   en 

(1)  Qua  juvenis  seripsi ,  senior  dùm  plura  rttracto, 
Pœmtet ,  et  quœdam  vel  scripta  vel  édita  nollem. 

(S)  Bœc  apud  astrologos  quondam  mihi  lecta  reeordor.... 
Sicut  in  hoc  studio  versons  aliquando  protavi. 

2  7     Tome  X.  C  c  c 


XII  SIECLE. 


386  MARBODE, 


parlant  de  notre  Marbode,  prouve  seulement  qu'il  n'étoit 
pas  bien  instruit  de  ce  qui  regarde  cet  écrivain.  Pour  ce  qui 
est  de  l'auteur,  quel  qu'il  soit ,  il  en  porte  un  jugement 
peu  avantageux  :  Sed  ute  unique  prceter  facilitatem ,  nihil  Me 
satis  castum  habet  :  nam  elocutionem  née  puram ,  nec  sylla- 
bas  prœcipuè  grœcas ,  probe  satis  enuntiat. 

Malgré  les    raisons  que  nous   avons  de  croire  que  l'écrit 
sur  les   pierres    précieuses,   appartient  à  Marbode,   nous  ne 
prétendons    point    décider    absolument.    Nous   ne    dissimu- 
lons même  pas  qu'il  y  a  de  part  et  d'autre  beaucoup  de  proba- 
bilité.    Ainsi     nous     consentons    volontiers    qu'on    regarde 
cet  écrit  comme    une  production,    sinon    faussement  attri- 
buée à  Marbode ,  du  moins    douteuse.    Le  compte  que   D. 
Hist.  nu.  t.  2,  p.  Rivet  a  rendu  de  cet   ouvrage    ,   de  la  traduction  françoise, 
averf1  pAv\).  '  '  (que  M.  Falconet    regarde  comme  la   plus  ancienne   qu'il  y 
Marb. p.  1679.       ajt  en  notre  langue)  et  des  différentes  éditions,   nous    dis- 
pense   d'en    parler    davantage.    Nous    ajouterons    seulement 
d'après  Fabricius  deux  éditions  de    ce   traité,   sous  le   nom 
d'Evax   roi   des  Arabes  l'une  ,    à  Lubec  in-S°.    l'an    4  575; 
l'autre  à  Lipsic  m— 4°.  l'an  \  585  ,  et  une  troisième  à  Leyde 
\  707 ,  m— 4°  ,  grand  papier. 

2i°.  Outre  le  traité  des  soixante-une  pierres,  Marbode 
a  encore  fait  un  petit  écrit  sur  les  douze  pierres  précieuses 
dont  il  est  parlé  dans  l'apocalypse.  '  C'est  une  prose  en  seize 
stropbes,  qui  n'avoit  point  encore  été  imprimée,  et  que  D. 
Beaugendre  a  donnée  sur  un  manuscrit  de  saint  Victor. 
L'auteur  y  donne  une  explication  morale  des  douze  pierres, 
qui  servent  de  fondement  à  la  Jérusalem  céleste:  Le  jaspe, 
dont  la  couleur  est  verte,  marque  ceux  dont  la  foi  est  tou- 
jours la  même,  sans  aucune  altération,  et  qui  résistent  cou- 
rageusement au  démon.  La  sardoine,  par  sa  couleur  rouge, 
désigne  les  martyrs  qui  répandent  leur  sang  pour  Jcsus- 
p.  1581,  et  suiv.  Christ  :  ainsi  des  autres.  Marbode  répète  les  mêmes  expli- 
cations, en  douze  articles  '  qui  suivent  la  prose,  et  il  les 
ib  p.  1684.  étend  quelques  fois  plus.  '  Vient  ensuite  un  petit  écrit,  dans 

lequel  l'auteur  parle  de  la  nature  des  pierres,  et  leur  attri- 
bue des  effets  merveilleux.  C'est  un  précis  de  ce  qu'il  y  a 
de  plus  superstitieux  dans  le  traité  des  soixante-une  pierres; 
il  y  joint  un  autre  précis  bien  différent ,  qui  est  celui  des 
explications   morales  des  douze  pierres.  Ce  petit  écrit  est 


EVESQUE  DE  RENNES.  587 


XII  SIECLE. 


terminé  par  seize  vers  en  vieux  françois,  sur  ces  douze  pier- 
res précieuses,  qui  sont  la  figure  îles  saintes  âmes,  qui 
servent  Dieu  (I).  Le  tout  est  terminé  par  une  liste  latine  et 
françoise  des  soixante-une  pierres.  Enfin  on  trouve  à  la  fin 
des  ouvrages  de  Marbode  un  petit  poëme,  '  qui  traite  en-  P- 1687. 
core  de  quelques  pierres  et  de  leur  vertu  ;  mais  il  est  incer- 
tain s'il  est  de  Marbode.  Abraham  Curée  l'avoit  déjà  pu- 
blié en  4  595. 

Marbode  est  auteur  de  l'éloge  en  vers  de  Milon  ;  '  qui  Mab.  ann  1.  70,  n. 
de  Moine  de  saint  Aubin  d'Angers,  fut  évêque  de  Pales- 
tine, cardinal  et  légal  du  pape  Pascal  II  en  France.  D. 
Beaugendre  n'a  point  donné  celle  pièce  qui  se  trouve  néan- 
moins dans  un  manuscrit  de  l'abbaye  de  saint  Aubin.  Pour 
y  supléer,  on  l'a  imprimée  '  dans  l'appendix  du  cinquième  ib.  p.  670. 
tome  des  annales  Bénédictines. 

22°.  Le  P.  Hommey  dans  son  suplément  des  pères,  nous  Hom.  supi.  p.  546- 
a  donné,  sous  le  nom  de  Marbode,    un  écrit  sur   les  trois  551- 
ennemis    de    l'homme ,    de    tribus    inimicis    hominis    liber, 
qui   sont  la  femme,   l'avarice  et  l'ambition. 

§  III. 

ÉCRITS  SUPPOSÉS. 

■ 

-1°.  "Plusieurs     écrivains     anciens     et      modernes     comp- 
-Etent   parmi    les    ouvrages    de    Marbode    un    commen- 
taire en   vers  héroïques  sur  le  cantique  des  cantiques.  Si-  sig.de script,  ecci. 
gebert,    mort    avant    notre   auteur,    le  lui   attribue.'  ïliri-  Trim.  '  de  script, 
thème  en    parle   comme    du    plus    excellent    de    tous    ses  centPMagdPcent' 
écrits:'  inter  quœ  prœcellit  opus  insigne,  quod  triplici  sensu  n,  c.  io,  p.  557. 
eleganti  métro  composuit  in  cantica  canticorum. 

Le  même  commentaire  lui  est  attnbué  par  M",  de  sainte 
Marthe  ,  le  Père  Hommey  et  Balaeus.  '  Ce  dernier  ne  fait 
que  trois  bévues  en  trois  mots ,  lorsqu'il  dit  que  Marbode 
s'appelloit  Evax,  qu'il  etoit  né  en  Angleterre,  '  et  qu'il 
florissoit  en   4  050.   Enfin,    sans  parler  de  plusieurs  autres, 

(  1  )  De  saints  urnes  portent  figure, 
Ki  Deu  servent  s'en  ponre, 
Tûtes  maneres  de  sainieté 
Unt  à  urnes  figures. 

C  c  c  ij 


III  SIECLE. 


588  MAR130DE, 


D.  Beaugendre  a  publié  ce  commentaire  sous  le  nom  de 
Marbode,  sur  un  manuscrit  du  collège  de  Clermont,  qui 
lui  a  été  communiqué  par  le  P.  Hardouin,  quoique  ce  ma- 
nuscrit ne  portât  point  anciennement  le  nom  de  Marbode, 
qui  a  été  ajouté  depuis.  Le  véritable  auteur  de  ce  com- 
mentaire est  Willerame,  scolastique  de  Bamberg,  ensuite 
Ampi.  ceu.  t.  1,  religieux  de  Fulde,  enfin  abbé  de  Mersbourg.  '  C'est  une 
p'      '      '  découverte,    dont   nous   avons    l'obligation    à    D.    Martenne 

et  à  D  Durand,  '  qui  ont  trouvé  dans  l'abbaye  de  saint 
Eucher,  aujourd'hui  de  saint  Matbias,  à  Cologne,  le  com- 
mentaire sur  le  cantique  des  cantiques  en  vers,  et  en  lan- 
gue Teutonique,  sous  le  nom  de  Willerame  scolastique  de 
Bamberg,  moine  de  Fulde.  Il  est  précédé  d'une  préface 
de  l'auteur,  dans  laquelle  il  gémit,  en  comparant  le  zèle 
qu'avoient  autrefois  nos  pères  pour  l'étude  de  l'écriture 
sainte,  avec  la  négligence  des  chrétiens  de  son  siècle,  qui 
n'avoient  plus  de  goût  pour  les  lettres,  et  ne  s'exerçoient 
qu'à  l'avarice,  à  l'envie  et  à  la  dispute.  Ceux  même  qui 
apprenoient  la  grammaire  et  la  dialectique  en  demeuroient- 
là,  et  négligoient  entièrement  l'étude  de  l'écriture  sainte; 
«  quoiqu'il  ne  soit  permis,  dit-il,  à  des  chrétiens  de  lire 
»  les  livres  de  gentils,  que  pour  mieux  sentir  la  différence 
»  qu'il  y  a  entre  la  lumière  et  les  ténèbres,  entre  la  vérité 
»  et  l'erreur  »  (-\  ).  Paroles  remarquables  et  dignes  d'un 
chrétien.  La  vue  de  ces  maux,  et  le  désir  d'y  apporter 
quelque  remède,  engagèrent  Willerame  à  entreprendre  de 
donner  une  explication  du  cantique  des  cantiques  en  vers, 
et  en  langue  Teutonique.  Ce  qu'il  lit,  sans  y  rien  mettre  de 
lui-même,  mais  en  tirant  toutes  ses  interprétations  des 
saints  Pères.  Tel  est  l'auteur  du  commentaire  sur  le  canti- 
que faussement  attribué  à  Marbode.  D.  Martenne  a  fait 
imprimer  la  préface,  qui  est  fort  édifiante,  avec  le  com- 
mencement de  l'ouvrage,  tant  en  vers  qu'en  langue  Teuto- 
nique pour  en  donner  idée.  Il  est  inutile  d'avertir  que  la 
préface  manque  dans  l'édition  de  D.  Beaugendre,  car  s'il 
en  avoit  eu  connoissance  il  n'auroit  pas  attribué  cet  ou- 
vrage à  l'évêque  de  Rennes. 

(1)  Cùm\pb  hoc  solùm  chrislianis  liceat  genliles  libros  légère,  ut  ex  his  quan- 
ta dislantîa  sit  lucis  et  tenebi arum,  ventotis  et  erroris,  postint  discernere. 


EVESQUE  DE  RENNES.  389       XII SIECLK 


2°.  Possevin  attribue  à  Marbode  '  un  écrit  sous  ce  titre,  bîm.  sel.  part.  2, 
Vitœ  eremitarum  Thebaïdis.  Ce  bibliographe  n'auroit-il  pas  p' 455' 
pris  le  poème  de  notre  auteur  sur  les  martyrs  de  la  légion 
Thébéenne,  pour  la  vie  des  hermites  de  la  Thébaïde  ? 
Car  on  ne  trouve  point  d'ouvrage  de  Marbode  sous  ce  titre, 
ni  dans  l'ancienne  ni  dans  la  nouvelle  édition,  ni  dans  les 
manuscrits,  ni  dans  Fabricius,  et  dans  les  écrivains  qui  ont 
donné  la  liste  des  productions  de  cet  auteur. 

§  iv. 

Son  génie,  son  érudition,  le  jugement  qu'on  en  a  porté. 

Il  est  aisé  de  se  former  une  juste  idée  de  Marbode,  par 
les  extraits  que  nous  avons  donnés  de  quelques-uns  de 
ses  ouvrages.  Il  étoit  d'un  caractère  vif  et  caustique,  com- 
me on  le  voit  par  les  lettres  à  Robert  d'Arbrisselles,  à 
Renaud  d'Angers,  et  par  plusieurs  de  ses  poésies,  qui 
sont  pleines  de  feu,  d'invectives  et  de  railleries.  Quoi- 
qu'il se  fût  plus  appliqué  à  l'étude  de  l'éloquence,  qu'à 
celle  de  la  théologie,  il  paroît  néanmoins  qu'il  n'avoit  pas 
négligé  celle-ci.  L'usage  qu'il  fait  de  l'écriture  et  des  pères 
dans  ses  différens  ouvrages,  montre  qu'il  avoit  puisé  dans  ces 
sources  pures ,  et  qu'elles  lui  étoient  familières.  Sa  seconde 
lettre  à  Vital,  sa  réponse  à  une  consultation  d'Hildebert, 
quelques  courtes  qu'elles  soient  l'une  et  l'autre ,  prouvent 
qu'il  étoit  versé  dans  les  écrits  de  saint  Augustin.  Son  style, 
tant  dans  sa  prose  que  dans  ses  vers,  n'est  pas  tel  qu'on  pour- 
roit  l'attendre  d'un  écrivain,  qui  a  passé  une  partie  de  sa  vie 
à  professer  l'éloquence;  il  est  néanmoins  agréable  et  se  fait 
lire  avec  plaisir,  mais  plus  par  la  vivacité  des  pensées,  que 
par  la  pureté  des  expressions.  '  Ses  lettres  sont  assez  bien 
écrites ,  et  remplies  de  bons  principes  et  de  passages  de 
l'écriture  et  des  pères,  très-bien  appliqués.  Ses  poésies,  dit 
M  Dupin,  ne  sont  pas  en  fort  beaux  vers,  ni  d'un  style  bien  Bibi.  îaueci.pwt. 
poétique;  mais  elles  sont  pleines  de  pensées  justes  et  so-  s'  p' 539' 
ïides.  Il  s'en  trouve  néanmoins  quelques-unes,  comme 
son  poëme  sur  la  solitude,  la  lettre  à  la  reine  Mathilde,  et 
quelques  autres  dont  le  style  est  meilleur,  et  peut  faire 
juger  du  succès  qu'il  auroit  eu  dans  ce  genre  d'écrire,  s'il 

2  7  * 


xn  siècle.      390  MARBODE, 

ne  s'étoit  point  astreint  aux  rimes,  selon  le  mauvais  goût 
p.  80.  de  son   siècle.   L'auteur   de   l'histoire   manuscrite  de    l'uni- 

versité d'Angers  prétend  que  quand  Marbode  vouloit 
bien  ne  point  s'astreindre  aux  rimes  latines,  ses  vers  éga- 
loient  quelquefois  ceux  des  meilleurs  poètes.  On  auroit 
bien  de  la  peine  à  en  produire  des  exemples.  D.  Beau- 
gendre  qui  pense  a^sez  favorablement  des  poésies  de  Mar- 
bode ,  remarque  dans  un  avertissement ,  qui  est  à  la  tête 
du  poème  sur  le  martyre  de  saint  Victor,  que  les  poètes  de 
ce  temps  avoient  une  si  grande  démangeaison  de  rimer  dans 
leurs  vers,  qu'ils  forgoient  quelquefois  pour  cela  des  mots 
nouveaux,  qui  n'avoient  aucun  sens.  C'est  ainsi,  dit-il, 
que  l'auteur  de  ce  poème ,  quoique  d'ailleurs  très-habile 
dans  les  belles  lettres,  met  iliu  pour  illius,  afin  de  le 
faire  rimer  avec  diu.  Mais  D.  Reaugendre  se  trompe  lui- 
même  en  prétendant  que  iliu  est  mis  pour  illius.  '  Il  est 
mis  pour  f,Xïcu  ,  qui  singnifie  soleil. 

Nox  abit,  baneque  diù,  jam  lux  orientis  iliu 
Sparserai  auroiani,  elc. 

L.i.deimag.mun-  L'explication  en  est  bien  simple  et  bien  naturelle;  outre 
b'ricC  suppLPbibi~  que  Marbode  n'est  pas  le  seul  qui  se  soit  servi  de  cette  ex- 
îat.  p.  88i.  pression;    on   trouve  dans  Honoré,    casa  iliu,  c'est-à-dire, 

la  maison  du  soleil,  pour  marquer  le  ciel,  qui  est  la  de- 
meure de  cet  astre.  La  remarque  de  P.  Beaugendre  est 
juste  d'ailleurs,  et  il  n'est  pas  douteux  que  si  les  poètes  de 
ce  siècle,  et  Marbode  en  particulier,  n'eussent  pas  af- 
fecté de  rimer  dans  leurs  vers,  ils  auroient  mieux  réussi  : 
Mais  il  se  laissa  entraîner  au  torrent,  et  suivit  le  goût  do- 
minant ,  dont  il  commença  trop  tard  à  appercevoir  les  mau- 
vais effets.  Il  les  reconnut  néanmoins  enfin ,  et  dans  un 
ouvrage  qu'il  fit,  étjnt  déjà  fort  âgé,  il  se  corrigea.  Cet 
ouvrage  est  celui  des  dix  chapitres ,  dans  lequel  il  se  proposa 
d'éviter  les  défauts  dans  lesquels  il  étoit  tombé  auparavant, 
qui  eonsistoient  à  préférer  l'harmonie  des  sons  et  l'agrément 
des  expressions,  à  la  solidité  des  choses  mêmes  (4). 

(1)  Ergo  proposition  mihi  sit,  neque  ludicra  queedam 
Scribere,nec  rerbi»  aures  mulcere  canoris; 
Non  quod  inomatè  describere  séria  Inudem, 


EVESQUE  DE  RENNES.  591       XII  siècle. 


Si  l'on  s'en  rapporte  au  témoignage  des  écrivains  du 
siècle  de  Marbode,  et  de  quelques  autres  qui  ont  suivi,  on 
aura  de  lui  l'idée  la  plus  avantageuse.  '  Non-seulement  Epist.  Enc.  Marb. 
ou  le  regardera  comme  le  roi  des  orateurs  de  son  temps,  li83' 
Oratorum  rex  ;  et  avec  Baudry  de  Bourgueuil,  comme  le 
poëte  le  plus  excellent,  ipseque  Marbodus  vatum  specta- 
bile  sydus;  mais  on  le  mettra  même  avec  Ulger  au-dessus 
de  Ciceron,  de  Virgile  et  d'Homère  :  Cessit  ei  Cicero , 
cessit  Maro  junctus  Homero. 

Le    lecteur    appréciera    ces    éloges   à    leur   juste   valeur. 
Tritbeme  écrivain  postérieur  de  plusieurs  '  siècles,  en  parle  De  script,  eccies. 
d'une   manière  qui  approche   plus   du    vrai.   Marbode,   dit-  ElstV p!  leiV  °P' 
il ,   étoit  très-habile  dans  la  connoissance  des  saintes  écri- 
tures,   versé  dans  la    lecture   des   anciens,    et    très-instruit 
des  sciences.   Il  composa  tant  en  prose  qu'en  vers  différens 
ouvrages,  dont  la  lecture  peut  être  aussi   utile  qu'agréable, 
Quœ    legentibus    non   minus   placere   possent   quàm   prodesse. 
L'auteur   de   l'histoire    manuscrite    de   l'université    d'Angers  p.  to. 
assure  que  Marbode  fit  de  son  temps  les  délices  de  la  pro- 
vince d'A  jou ,   que  tous  les  historiens  qui  ont  parlé   de  lui 
se    sont   accordés   à  le  dépeindre   comme  l'homme  le   plus 
accompli   de    son    siècle;    qu'il  joignoit   à  la   science     et  à 
l'éloquence    un    jugement    solide,    une    bravoure    digne    de 
son    rang  et  une    piété  exemplaire.    M.    Dusaussay    évêque 
de   Toul   n'a   pas  fait  difficulté  de  mettre  Marbode  au  rang 
des  saints,  et  d'insérer  son  nom  au  -H   de  Septembre  dans 
son    martyrologe. 

Pour  ce  qui  est  des  éditions  de  ses  ouvrages,  différens 
auteurs  en  ont  donné  des  parties  séparées,  dont  il  seroit 
trop  long  de  faire  l'énumération.  Le  plus  grand  nombre 
a  été  recueilli  et  publié  l'an  ^524  à  Rennes  en  un  volu- 
me m-4°.  par  Jean  Baudouin.  On  est  redevable  de  cette 
première  édition  au  zèle  qu'Yves  Mayeux,  évêque  de 
Rennes,  eut  pour  l'honneur  d'un  de  ses  plus  illustres  pré- 
décesseurs, et  qui  porta  ce  prélat  à  faire  rechercher  les  di- 
vers ouvrages  de  Marbode  pour  les  donner  au  public;  c; 
qui  fut  assez  mal  exécuté,    tant  pour  le  fond  que  pour   la 

Sed  ne,  quodprius  est,  neglecto  pondère  rerum. 
Dulcisonos  numéros,  concinnaque  verbasequamur. 


XII  SIECLE. 


592  RIVALLON, 

forme.  D.  Beaugendre  en  travaillant  à  donner  une  édition 
des  ouvrages  d'Hildebert,  ayant  fait  beaucoup  de  nou- 
velles découvertes  touchant  les  écrits  de  Marbode  ,  qui  se 
trouvoient  souvent  mêlés  et  confondus  avec  ceux  d'Hil- 
debert,  il  a  entrepris  de  publier  ensemble  ces  deux  auteurs. 
Une  nouvelle  édition  des  œuvres  de  Marbode  étoit  d'au- 
tant plus  nécessaire,  qu'outre  les  défauts  essentiels  de  la 
première,  les  exemplaires  en  étoient  devenus  si  rares,  qu'à 
Rennes  même  il  n'y  en  avoit  pas  un  seul;  et  que  dans  la 
capitale  du  royaume  il  ne  s'en  est  trouvé  que  dans  la  biblio- 
thèque du  collège  Mazarin,  l'une  des  plus  riches  de  Paris 
pour  les  anciennes  éditions.  Les  manuscrits  sont  aussi  très- 
rares,  et  quelque  recherche  qu'ait  fait  le  dernier  éditeur, 
il  n'a  pu  en  découvrir  que  cinq,  dont  aucun  même  ne 
contenoit  tous  les  ouvrages  de  Marbode.  Avec  le  secours 
de  ces  cinq  manuscrits,  sçavoir  de  l'abbaye  de  saint  Vic- 
tor de  Paris,  de  saint  Gatien  de  Touis,  de  saint  Aubin 
d'Angers,  de  Jumiéges  et  du  Bec,  D.  Beaugendre  a  pu- 
blié l'an  4  708,  une  nouvelle  édition  des  ouvrages  de  Mar- 
bode à  la  suite   de   ceux  d'Hildebert. 


RIVALLON, 

Archidiacre   de  Rennes, 


Mart.  anecd.  t.  1 
p.  319. 


Nous  plaçons  à  la  suite  de  Marbode,   un    de   ses  disciples 
nommé    Rivallon    archidiacre    de    Rennes.     Nous   voyons 
Aug.  du  Paz.  Hist.  dans  le  même  (emps  trois  archidiacres  de  ce  nom.  '  \°.  Ri- 
e  Bret.  p.  623.     vayon  archidiacre  de  s.  Malo,  qui  en  cette  qualité  donna  l'an 
\\Q\  ,  son  consentement  à  la  fondation  du  prieuré  de  Lohëac. 
2°.  '  Rivallon  archidiacre  de  Nantes,  qui  fut  présent  à  une 
donation  faite  l'an  \\\0  aux  religieux  de  l'abbaye  de  Mar- 
moutiers.  Ce  même  Rivallon  assista  à  la  dédicace  de  l'église 
cosn.  Fontis-Ebr.  de  l'abbaye  du  Ronccray  '  d'Angers,  faite  par  le  pape  Calixte 
exord.  P.  191.        j|  ^  le  7  septembre  \\\<è.  '  Enfin  le  troisième  Rivallon,  dont 
Not.    in   Hiideb.  il  s'agit  ici ,  est  l'archidiacre  de  Rennes,  auquel  M.  Loyauté 
conjecture,    avec  assez   de  vraisemblance,   que  la  deuxième 

lettre 


ep.  p.  15,  10. 


ARCHIDIACRE  DE  RENNES.  593      IIISieclb. 


lettre  d'Hildebert ,  (la  vingt-deuxième  du  troisième  livre  Not.  in  HUd.  ep. 
de  la  nouvelle  édition)  est  adressée.  Cet  archidiacre,  qui  p'  ' 
étoit  un  grand  poëte  de  son  temps,  a  composé  des  épigram- 
mes  sacrées,  que  le  même  M.  Loyauté  témoigne  dans  ses 
notes  sur  les  lettres  d'Hildebert,  avoir  vues  dans  le  manus- 
crit de  Claude  Menard.  Toutefois  il  est  assez  difficile  de 
prouver  que  ces  épigrammes  lui  appartiennent  plutôt 
qu'à  l'archidiacre  de  Nantes,  de  même  nom  ,  auquel  on  les 
attribue.  '  Rivallon  de  Rennes  est  auteur  d'un  épitaphe 
de  Marbode,  qui  est  à  la  tête  des  œuvres  de  ce  prélat  dans 
l'édition  de  D.  Reaugendre,  '  et  qui  se  trouve  dans  le  pre- 
mier tome  des  anecdotes  du  P.  Martene,  et  enfin  parmi 
les  preuves  de  l'histoire  de  Rretagne  de  D.  Lobineau.  '  Lob.  p.  26i. 

Parmi  les  poésies  de  Marbode,  il  y  en  a  une  qui  porte  ce 
titre  :  M.  episcopns  Ii.  archidiacono.  C'est  une  réponse 
de  ce  prélat  à  l'archidiacre,  lequel  lui  avoit  envoyé  des 
vers,  qu'il  avoit  composés  à  sa  louange  : 

Amplector  missos  à  te,  rarissime  fili, 
Versus,  ingenii  signa  benigna  tui. 

Mais  quel  est  l'archidiacre  désigné  par  la  lettre  R?  Elle 
peut  désigner  l'archidiacre  de  Rennes,  Rhedonensi  archidia- 
cono :  Elle  peut  aussi  être  regardée  comme  la  lettre  initiale  de 
Rivallon ,  qui  étoit  commun  aux  deux  archidiacres  de  Nan- 
tes et  de  Rennes.  Ainsi  il  sera  incertain  quel  est  celui  des 
deux,    qui  a  composé  des   vers   à  la  louange   de   Marbode. 

Quoi  qu'il  en  soit  de  l'archidiacre,  à  qui  cette  poésie  de 
Pévêque  de  Rennes  est  adressée,  le  prélat  le  loue  sur  la 
pureté  de  ses  mœurs,  et  le  félicite  sur  ce  qu'après  avoir 
porté  les  armes,  il  étoit  entré  dans  l'état  ecclésiastique. 

Ecclesiae  castris  te  gratulor  adsociatum, 
Qui  modo  sub  niuiidi  principe  miles  eras. 

Mais  quoique  nouvellement  engagé  dans  une  nouvelle 
milice,  l'église  ayant  plus  d'égard  à  son  mérite  qu'à  la 
sévérité  de  ses  canons,  l'avoit  placé  dans  un  rang  distingué, 
qui  ne  se  donnoit  qu'à  l'ancienneté,  et  aux  services  ren- 
dus à  l'église.  Marbode,  après  avoir  loué  l'archidiacre  sur 
ses  vertus  et  ses  belles  qualités,  qui  marquoient  la  no- 
blesse de  son  origine,  lui  annonce  qu'il  sera  un  jour  évê- 
Tome  X.  D  d  d 


m  siècle.       394  EBREMAR, 

que  :  Poslmodo  pontifias  suscipies  apieem.  Il  lui  témoigne 
que  ce  sont  là  ses  espérances,  et  l'exhorte  à  travailler  jour 
et  nuit  à  faire  ensorte  qu'elles  ne  soient  point  vaines. 
Nous  ne  voyons  cependant  pas  que  les  désirs  du  prélat 
ayent  été  accomplis. 


EBREMAR    ou    EVERMER 

Patriarche  de  Jérusalem, 
ET  AUTRES  ÉCRIVAINS. 

Ebremar  ou  Evermer  né  à  Cickes  village  du 
diocèse  de  Terouane,  entra  dans  le  clergé  d'Arras, 
où  il  fut  élevé  à  la  prêtrise ,  et  eut  pour  maître ,  Lambert , 
qui  passoit  pour  une  des  plus  grandes  lumières  de  la  se- 
conde Belgique ,  et  qui  fut  ensuite  placé  sur  le  siège  d'Ar- 

l.  10,  c.  26.  ras,    Guillaume  de  Tyr  '  nous  apprend   qu'Ebremar  alla  en 

Palestine  à  la  première  expédition  des  François  pour  le  re- 
couvrement de  la  terre  sainte.  Il  s'y  consacra  à  Dieu  dans 
l'église  du  saint  sépulcre,   et   fut   apparemment  du  nombre 

Hist.  Jerosoi.  ex-  des  chanoines  réguliers  que  '  Godefroi  y  établit  peu  de  temps 

ppdit.I.  9,c.  lfiet   „      <       i  •  î      t'         i  *u      .     i>4-  l  i 

17,  p.  339.  après    la  prise    de  Jérusalem.   Albert  d  Aix   auteur  contem- 

porain, nous  donne  une  idée  très-avantageuse  d'Ebremar, 
et  nous  le  représente  comme  un  homme  plein  de  zèle  pour 
la  religion,  de  charité  pour  ses  frères,  et  qui  rendit  même 
au  roi  Baudouin  des  services  importans  dans  les  guerres 
contre  les  Sarrasins  et  les  infidèles. 

C'est  ainsi  qu'en  parle  cet  historien  dans  l'endroit  même 
où  il  rapporte  de  quelle  manière  Ebremar  fut  placé  sur  le 
siège  de  Jérusalem,  après  la  déposition  du  patriarche  Daïm- 
bert  qui  venoit  d'être  déposé  pour  ses  crimes,  dans  une 
assemblée  de  prélats,  d'abbés  et  de  seigneurs  du  royaume 
de  Jérusalem.  Ce  témoignage  en  faveur  d'Ebremar,  mé- 
rite d'autant  plus  d'attention,  que  tous  les  historiens  mo- 
dernes, sur  l'autorité  de  Guillaume  de  Tyr,  nous  repré- 
sentent  Ebremar  comme   un  intrus   qui   s'étoit  emparé  du 


PATRIARCHE  DE  JERUSALEM.  395       xu  siècle. 


siège  de  Jérusalem,  dont  le  patriarche  Daimbert  avoit 
été  injustement  dépouillé.  Cependant  nous  voyons  tout 
le  contraire  dans  Albert,  qui  nous  apprend  que  Daimbert 
avoit  été  accusé  et  convaincu  de  simonie,  d'homicide  et 
de  plusieurs  autres  crimes,  par  des  témoins  irréprochables, 
dans  un  concile  auquel  présidoit  un  cardinal.  Il  ajoute  que 
ce  patriarche  fut  frappé  d'anathême,  et  que  ses  partisans 
même  forcés  par  l'évidence  de  la  vérité,  l'avoient  aban- 
donné; en  un  mot,  que  le  siège  de  Jérusalem  étoit  vacant 
par  la  déposition  canonique  de  Daimbert.  Ce  fut  alors  que 
de  l'avis  du  cardinal  Robert,  et  par  le  choix  du  clergé  et 
de  tout  le  peuple,  Ebremar  recommandable  par  ses  bonnes 
qualités,  par  la  pureté  de  ses  mœurs,  par  sa  compassion 
tendre  pour  les  pauvres,  par  son  zèle  pour  la  religion,  par 
sa  charité  pour  ses  frères,  par  les  services  importans  qu'il 
avoit  rendus  au  roi  et  à  l'état;  ce  fut  alors,  dis-je,  qu'E- 
bremar  fut  placé  sur  le  siège  patriarchal  de  Jérusalem  (-i). 
C'est-là  néanmoins  celui  que  la  plupart  des  modernes 
font  passer  pour  un  intrus.  '  D.  Rivet  lui-même  semble ,  Hist.  litt.  t.  9,  p. 
dans  sa  préface  sur  le  douzième  siècle,  s'être  laissé  entraî- 
ner par  la  foule ,  et  parle  d'Ebremar  comme  d'un  usurpa- 
teur. Sans  vouloir  blâmer  tant  d'habiles  gens,  qui  le  re- 
gardent comme  tel,  nous  avons  cru  pouvoir  au  moins 
rapporter  une  partie  de  ce  qui  est  dit  à  sa  décharge  par  un 
historien  du  temps.  Nous  pourrions  encore  joindre  au  té- 
moignage d'Albert,  en  faveur  d'Ebremar,  celui  de  Radul- 
phe ,  dans  son  Tancrede  ' ,  qui  assure  que  tout  le  monde  Marten.  anecd. 
applaudit  au  choix  d'Ebremar,  et  qu'il  fut  élevé  malgré 
lui  sur  le  siège  de  Jérusalem.  Enfin  '  Guillaume  de  Tyr  Guiii.  Tyr  i.  10, 
reconnoît  qu'étant  venu  à  la  première  croisade,  il  s'étoit  c' 2  ' 
fait  aimer  de  tous  par  sa  sage  conduite;  honestœ  conversa- 
tionis  merito  cunctis  acceptus.  Il  le  blâme  seulement  d'a- 
voir cru  par  une  ignorance  grossière,  qu'il  pouvoit  s'em- 
parer du  siège  de  Jérusalem ,  du  vivant  du  patriarche. 
Mais  si   Daimbert  avoit  été  canoniquement  déposé,    comme 

(a)  ConsiHo  rju*dem  Rnherti  cnrdinalis,  cleri  qnoque  ac  totius  popnli  electio- 
ne.  Evermerus  quidam,  vir  et  clericus  boni  teslimonn.  prœclarus  achilans  dis- 
tnbnt'ir  eleemosynarum,  vice  et  loco  Dagoberli  patriarcha  conslitulus,  succès- 
sil  nmni  studio  reiigvmis,  ac  bonœ  cmversatioms.  in  amore  fraternilatis  et 
caritute,  illic  in  lemplo  dnminici  sepulchri  servie»»,  et  régi  Balduino  contra 
Sarracenos  et  incredulos  fidelis  adjuior  existent.  Gesta  Dei  per  Franco*,  t.  I,  p. 
333. 

D  d  d  ij 


m  siècle.      «»«  EBREMAR, 


le  dit  Albert  d'Aix,  Ebremar  peut-il  être  regardé  comme 
un  intrus,  pour  être  monlé  sur  le  siège  de  ce  patriarche? 
Albert  ne  fixe  point  le  temps  de  la  déposition  de  Daïm- 
bert  et  de  l'élection  d'Ebremar;  mais'  on  doit  rapporter 
cet  événement  à  l'an  -H 03  ou  4  4  04. 

Ebremar  n'oublia  pas  dans  son  élévation  Lambert  évê- 
que  d'Arras,  qui  avoit  été  son  maître,  et  il  lui  écrivit  une 
lettre  pleine  de  sentimens  de  reconnoissance.  «  Je  vous 
»  rends  grâces,  lui  dit-il,  de  l'affection  que  vous  avez  eue 
»  pour  moi,  lorsque  j'étois  sous  votre  discipline,  et  je  vous 
»  déclare  comme  à  mon  père  et  à  mon  maître,  que  je  n'ai 
»  point  oublié  l'amitié   qui  nous  unissoit  alors.   Ainsi  mal- 

>  gré  la  distance  des  lieux ,  qui  m'empêche ,  à  mon  grand 
»  regret,  de  jouir  de  la  douceur  de  votre  compagnie,  je  ne 
»  perds  point  de  vue  votre  charité ,  et  Dieu  sçait  avec 
»  quelle  tendresse  je  vous  suis  attaché.    Plein   de  confiance 

>  en  votre  bonté  ,  je  vous  supplie  de  m'aider  à  porter  le 
»  fardeau  qui  m'a  été  imposé.  »  Ebremar  accompagna  cette 
lettre  de  quelques  petits  présens,  et  l'envoya  l'an  4  4  04. 

Guw.  de  Tyr,  i.     'L'année   suivante    (4405),    le  Calife    d'Egypte   connois- 
11  '  °-  3'  sant  la  foiblesse  du   nouveau   royaume  de  Jérusalem  ,  mé- 

dita d'en  faire  la  conquête,  et  de  tirer  vengeance  des  fré- 
quentes invasions  que  les  croisés  faisoient  dans  ses  états. 
Il  envoya  pour  cela  en  Palestine  une  nombreuse  armée 
commandée  par  des  chefs  expérimentés.  A  la  première 
nouvelle  de  leur  arrivée ,  Baudouin  ramassa  tout  ce  qui 
étoit  capable  de  porter  les  armes  ;  et  ayant  à  peine  assem- 
blé 4  500  chevaux  et  2000  hommes  d'infanterie,  il  mar- 
cha avec  cette  petite  armée  contre  les  infidèles.  Lorsqu'elle 
fut  rangée  en  bataille,  le  patriarche  Ebremar  parcourut  les 
rangs  ,  tenant  en  main  la  portion  de  la  vraie  croix  qu'on 
avoit  conservée  à  Jérusalem  :  il  exhorta  les  soldats  à  com- 
battre vaillamment  à  la  vue  de  ce  signe  salutaire ,  et  de 
se  souvenir  de  celui  qui  étoit  mort  attaché  à  ce  bois  pour 
les  racheter.  Les  soldats  animés  par  cette  exhortation,  et 
pleins  de  confiance,  marchèrent  au  combat  avec  un  cou- 
rage extraordinaire,  enfoncèrent  les  ennemis,  en  taillèrent 
en  pièce  une  partie ,  et  mirent  l'autre  en  fuite. 

Ebremar  demeura  sur  le  siège  de  Jérusalem  jusqu'en  l'an 
4407,   sans  être  troublé  par  Daïmbert.    Celui-ci    après   sa 


PATRIARCHE  DE  JERUSALEM.  397      in  stICL1 


déposition,  ou,  si  l'on  veut,  après  son  expulsion,  s'étoit 
retiré  à  Antioche ,  dans  la  principauté  de  Boëmond  son 
protecteur,  qui  le  mena  l'année  suivante  avec  lui  en  Eu-' 
rope.  Boëmond  y  alla  solliciter  des  secours  pour  la  terre 
sainte,  et  Daïmbert  pour  porter  des  plaintes  au  pape,  de 
ce  que  le  roi  Baudouin  l'avoit  injustement  chassé  de  son 
siège ,  à  ce  qu'il  prétendoit.  Ce  patriarche  étant  arrivé  en 
Italie,  alla  trouver  Pascal  II,  qui  le  retint  plus  de  deux 
ans  à  sa  suite,  pour  voir  si  ceux  qui  l'avoient  chassé  de 
son  siège,  se  présenteroient  pour  justifier  leur  conduite. 
Personne  n'ayant  comparu,  Daïmbert  fut  renvoyé  avec 
des  lettres  du  Pape,  qui  témoignoit  qu'il  étoit  en  ses 
bonnes  grâces;  mais  la  mort  arrêta  le  patriarche.  Etant 
tombé  malade  à  Messine  où  il  attendoit  une  occasion  favo- 
rable pour  s'embarquer,  il  y  mourut  le  \A  mai  de  l'an  -H 07. 
Ebremar  apprenant  que  Daïmbert  revenoit  triomphant  pour 
remonter  sur  son  siège,  et  ne  sachant  point  sa  mort,  résolut 
d'aller  à  Rome  pour  justifier  son  innocence ,  et  faire  con- 
noîlre  que  bien  loin  d'être  un  usurpateur,  il  avoit  été 
placé  malgré  lui  sur  le  siège  de  Jérusalem.  Mais  y  étant 
arrivé,  il  ne  put  rien  obtenir  autre  chose,  dit  Guillaume 
de  Tyr ,  sinon  qu'on  enverroit  un  légat  à  Jérusalem,  pour 
prendre  sur  les  lieux  une  pleine  connoissance  de  cette  af- 
faire. Gibelin ,  archevêque  d'Arles,  fut  chargé  de  cette 
commission  par  le  pape,  et  étant  arrivé  à  Jérusalem,  il 
assembla  un  concile  des  évêques  du  royaume ,  où  il  s'ins- 
truisit pleinement  de  la  cause  d'Ebremar.  Ayant  donc  re- 
connu par  les  dépositions  de  témoins  au  dessus  de  tous 
soupçons ,  que  Daïmbert  avoit  été  dépouillé  de  son  siège 
sans  aucun  fondement,  par  la  violence  d'ArnouI  et  la  vo- 
lonté du  roi,  il  déposa  par  l'autorité  qu'il  avoit,  Ebremar 
qui  étoit  monté  sur  le  siège  d'un  patriarche  vivant  et  en 
communion  avec  l'église  Romaine  :  mais  considérant  sa 
piété  et  sa  grande  simplicité,  il  lui  donna  l'église  de  Césa- 
rée,  qui  étoit  pour  lors  vacante.  C'est  ainsi  que  Guillaume 
de  Tyr  qui  a  été  suivi  de  tous  les  modernes,  rapporte  la 
chose.  Mais  Albert  d'Aix  la  raconte  d'une  manière  toute 
différente.  '  Selon  lui,  Ebremar  se  justifia  pleinement  à  Albert  dAix,  1. 10. 
Rome,  dans  un  concile,  et  il  en  revint  apportant  le  juge- 
ment de  l'église  Romaine  en  sa  faveur ,    et  des  lettres  que 


XII  SIECLE. 


598 


EBREMAR, 


Albert  ib.  n.  58. 


le  pape  Pascal  écrivit  au  roi,  pour  lui  recommander  de 
maintenir  Ebremar  sur  le  siège  de  Jérusalem  :  Evermerus 
patriarcha  Jérusalem,  à  Romana  synodo  rediit,  quant  causa 
excusandi  se  de  omni  querela  et  culpa  sibi  à  rege  et  Ar- 
nolpho  cancellario  Mata,  adiit,  et  etimdem  iniqua  adversùs 
se  loquentem  in  medio  ecclesiœ  Romanœ,  et  in  domini 
Apostolici  audientia ,  obstructo  ore  fecit  obmutescere  ,•  et  ex 
sentent'm  sanctœ  Rornanœ  ecclesiœ,  cum  litteris  et  signo  ip- 
sius  domini  apostolici  Pascalis  ad  regem  remissus  est,  quate- 
nùs  honorificè,  et  sine  offensione,  sedem  patviarchalûs  ultra 
retineret. 

Si  l'on  demande  pourquoi  Ebremar  ayant  été  si  solem- 
nellement  justifié  à  Rome,  et  renvoyé  à  Jérusalem,  il  ne 
remonta  pas  sur  le  siège  patriarchal?  la  réponse  est  aisée. 
'Baudouin  roi  de  Jérusalem,  à  l'instigation  d'Arnoul,  qui 
étoit  maître  de  son  esprit,  n'ayant  aucun  égard  au  juge- 
ment de  l'église  Romaine,  et  aux  lettres  du  pape,  s'op- 
posa absolument  au  rétablissement  d'Ebremar,  qui  fut  obligé 
de  se  retirer  à  Accaron.  Ensuite,  pour  ne  pas  laisser  l'é- 
glise de  Jérusalem  sans  pasteur,  on  élut  Gibelin  patriar- 
che. Cela  étoit  injuste,  comme  le  dit  Albert  d'Aix,  et 
contraire  aux  canons,  qui  ne  permettent  pas  de  déplacer 
un  évêque,  pour  en  mettre  un  autre  sur  son  siège,  sans 
l'avoir  auparavant  jugé  selon  les  régies  et  condamné.  Le 
pape  néanmoins  y  consentit,  à  cause  de  l'état  où  étoit 
l'église  de  Jérusalem.  Quèd  quamvis  injustum  sit . . .  tamen 
quia  rudis  et  tenera  adhuc  Hierosolymitana  erat  ecclesia, 
id  fieri  concessit  Apostolicns.  Effectivement,  si  Pascal  eût 
voulu  maintenir  Ebremar  à  Jérusalem  contre  la  volonté  du 
Roi  qui  étoit  indisposé  contre  lui,  cela  auroit  pu  causer 
du  trouble  dans  une  église  foible  et  naissante,  et  avoir  des 
suites  fâcheuses  pour  un  royaume  assez  mal  affermi.  Mais 
ce  qui  fait  voir  qu'on  n'avoit  rien  à  reprocher  à  Ebremar, 
c'est  qu'en  même  temps  qu'on  le  dépouilla  du  siège  de 
Jérusalem,  on  le  plaça  sur  celui  de  Césarée. 

Afin  que  le  lecteur  soit  plus  en  état  de  juger  de  ces  ré- 
volutions arrivées  sur  le  siège  de  Jérusalem.  Il  est  à  pro- 
pos de  lui  faire  connoître  Arnoul  de  Rohës,  l'auteur  de 
tous  les  troubles  dont  nous  venons  de  parler.  Il  avoit  été 
chapelain  du  duc  de  Normandie  Robert   II,   et  l'accompa- 


PATRIARCHE  DE  JERUSALEM.  399 


XII  SIECLE. 


gna  à  la  première  croisade.  '  Guillaume  de  Tyr  le  dépeint  GuM.  de  Tyr,  i.  9, 
comme  un  homme  sans  naissance,  étant  fils  d'un  prêtre; 
sans  mœurs,  et  d'une  vie  si  irréguliere,  qu'il  avoit  scan- 
dalisé toute  l'armée  des  croisés,  et  étoit  devenu  le  sujet 
de  leurs  chansons  :  Ità  ut  in  expeditione  canticum  populis 
se  exhiberet ,  et  esset  materia  fatuis  et  lascivis  hominibus  in 
choro  canentibus.  '  Il  s'étoit  lié  avec  un  certain  évêque  Ga-  Gum.  de  Tyr,  ib. 
labrois  par  les  liens  que  la  ressemblance  de  mœurs  et  le 
libertinage  sont  capables  de  former,  et  qui  étoient  encore 
alors  resserrés  par  des  vues  d'intérêt  et  de  cupidité.  L'é- 
vêque  s'étoit  emparé  de  l'église  de  Bethlehem,  et  pour 
se  maintenir  dans  cette  usurpation,  il  lui  falloit  un  évêque 
tel  qu'Arnoul.  Ayant  gagné  une  partie  du  peuple,  il  le  fit 
élire  dans  une  assemblée  tumultueuse,  et  l'intronisa  sur  le 
siège  patriarchal.  '  Albert  d'Aix  ne  parle  pas  aussi  désavanta-  Ltb.  e,  c.  39. 
geusement  d'Arnoul ,  que  Guillaume  de  Tyr;  il  lui  donne 
même  beaucoup  de  prudence  et  d'éloquence  :  il  ajoute 
que  les  princes  ayant  appris,  peu  après  la  prise  de  Jéru- 
salem, la  mort  de  Simeon  patriarche  Grec  de  cette  église, 
s'étant  assemblés  pour  délibérer  sur  le  choix  d'un  successeur, 
ils  jugèrent  à  propos  de  différer  l'élection,  jusqu'à  ce  qu'ils 
eussent  trouvé  un  sujet  capable  de  remplir  cette  place,  et 
qu'en  attendant,  ils  nommèrent  Arnoul  chancelier  de  l'église 
de  Jérusalem,  trésorier  et  garde  des  aumônes.  Cela  se  passa 
dans  une  assemblée  tenue  le  premier  d'août  4  099.  Le  Père 
Papebrok  remarque  à  l'occasion  de  la  dignité  qui  fut  con- 
férée à  Arnoul,  que  les  historiens  varient  dans  les  titres 
qu'ils  lui  donnent ,  les  uns  l'appellant  patriarche  de  Jéru- 
salem, d'autres  vice-patriarche.  Quoi  qu'il  en  soit,  s'il  le 
fut  pour  lors,  il  n'occupa  pas  longtemps  ce  siège;  car 
Daïmbert  fut  élu  cette  même  année,  selon  Albert  d'Aix; 
ou  vers  la  fête  de  Pâques  de  l'année  suivante ,  selon  un  his- 
torien anonyme  des  croisades,   cité  parle  P.  Mabillon.  '       Mus.  itai.  1. 1,  p. 

Arnould  se  voyant  frustré  d'une  place  qui  faisoit  l'objet 
de  son  ambition,  ne  laissa  tranquille  ni  Daïmbert,  qui  lui 
fut  préféré,  ni  Ebremar,  qui  fut  élu  après  la  déposition  et 
la  retraite  de  Daïmbert.  Ce  fut  lui  qui,  par  ses  intrigues, 
empêcha  qu'Ebremar  ne  remontât  sur  le  siège  de  Jérusa- 
lem, après  être  revenu  de  Rome,  où  il  s'étoit  justifié.  II 
ne  s'opposa  pas  néanmoins  à  l'élection  de  Gibelin,  et  même 


III  SIECLE. 


400 


ANSELLE, 


T.   5 
331. 


il  la  favorisa;  mais  comme  le  remarque  Guillaume  de  Tyr, 
c'est  qu'il  considérait  que  Gibelin  étant  accablé  sous  le  poids 
des  années  et  décrépit,  il  n'occuperoit  pas  longtemps  ce 
siège.  (Hoc  etiam  prœdictus  Arnulphus  malitiosè  dicitur  cons- 
truxisse,  ut  homo  senex  et  decrepitus  in  illa  sede  diù  vi- 
vere  non  posset.)  Gibelin  ne  l'occupa  en  effet  que  quatre 
ans ,  étant  mort  sur  la  fin  de  l'an  \\\\.  Alors  Arnould  vit 
enfin  ses  vœux  accomplis,  et  monta  sur  le  siège  de  Jéru- 
salem, invita  divinitate,  comme  parle  un  historien.  Sa  con- 
duite fut  telle,  que  le  pape  en  étant  instruit,  crut  devoir 
envoyer  sur  les  lieux  un  légat,  pour  y  remédier.  Le  légat 
étant  arrivé,  assembla  un  concile,  cita  Arnould,  et  enfin 
le  déposa  pour  ses  excès,  Tneritis  exigentibus.  Arnould  plein 
de  confiance  dans  le  talent  qu'il  avoit  de  renverser  les  es- 
prits par  ses  intrigues,  ou  ses  prestiges,  selon  l'expression 
de  Guillaume  de  Tyr,  alla  à  Rome,  trompa  la  religion  du 
souverain  pontife,  revint  à  Jérusalem,  remonta  sur  son 
siège,  et  continua  d'y  mener  la  vie  qu'il  menoit  avant  sa 
déposition,  jusqu'à  sa  mort  arrivée  au  mois  d'avril  444  8. 
Il  eut  pour  successeur  Gortmond  François  de  nation,  de  la 
ville  de  Pequigny ,  dans  le  diocèse  d'Amiens.  Arnould  est 
auteur  d'une  lettre  à  Frutare  abbé  en  Piémont  que  Gui- 
chenon  a  insérée  dans  sa  bibliothèque  Sébuzienne.  Quant 
à  Ebremar,  il  assista  l'an  -H  20  au  concile  de  Naplouse 
(Sichem)  assemblé  par  le  patriarche  Gortmond,  et  auquel 
se  trouva  Baudouin  roi  de  Jérusalem.  Il  signa  en  4425  le 
traité  fait  entre  les  princes  croisés  et  les  Vénitiens.  C'est 
tout  ce  que  nous  sçavons  d'Ebremar  :  nous  ignorons  le 
temps  de  sa  mort.  Nous  n'avons  de  lui  que  la  lettre  à  Lam- 
bert d'Arras  dont  nous  avons  parlé,  et  qui  a  été  imprimée 
avec  la  réponse  de  cet  évêque,  par  les  soins  de  M.  Ba- 
Miscell.  p.  luze  '. 

Anselle  ou  Anceau,  à  qui  l'église  de  Notre  Dame  de 
Paris  est  redevable  de  la  précieuse  portion  de  la  vraie  croix 
qu'elle  possède,  étoit  un  chanoine  de  cette  église,  recom- 
mandable  par  sa  naissance,  mais  encore  plus  par  la  pureté  de 
ses  mœurs.  Ayant  accompagné  les  croisés  dans  la  première 
expédition  de  la  terre  sainte,  après  la  prise  de  Jérusalem, 
il  fut   fait  préchantre  de  l'église  collégiale  du  saint  Sèpul- 

çhre. 


CHANOINE  DE  PARIS.  401 

chre.  H  ne  perdit  jamais  le  souvenir  de  sa  patrie,  ni  de  l'é- 
glise de  Paris,  dans  laquelle  il  avoit  été  élevé;  et  il  lui  en 
donna  une  marque  bien  sensible  par  le  riche  présent  qu'il 
lui  fit,  d'une  croix  faite  du  bois  de  celle  sur  laquelle  Jesus- 
Christ  a  souilert  la  mort  pour  le  salut  du  genre  humain. 
Il  ne  se  vit  pas  plutôt  en  possession  de  ce  pieux  trésor, 
qu'il  écrivit  à  l'évèque  de  Paris  (Galon),  et  à  quelques 
chanoines  de  ses  amis,  leur  témoignant  la  disposition  où 
il  étoit  de  s'en  dépouiller  en  leur  faveur.  11  ajoutoit  que 
s'ils  vouloient  lui  envoyer  quelque  personne  de  confiance , 
avec  des  lettres  de  créance,  il  le  chargerait  de  cette  pré- 
cieuse relique,  pour  en  enrichir  leur  église. 

L'évèque  de  Paris  et  les  chanoines  acceptèrent  les  offres 
obligeons  d'Anselle,  et  lui  en  firent  leurs  remerciemens 
par  une  "lettre,  dont  ils  chargèrent  Anselme  ou  Anselin, 
et  Foulques  son  fils;  qu'ils  députèrent  pour  ce  sujet,  ou 
plutôt  qui  entreprirent  d'eux-mêmes  par  piété  le  voyage 
de  la  terre  sainte.  Le  Préchantre  du  saint  Sépulchre  confia 
à  ces  deux  voyageurs  le  bois  de  la  vraie  croix,  après  leur 
avoir  fait  promettre  qu'ils  le  remettroient  fidèlement  à  l'é- 
vèque et  aux  chanoines  de  l'église  de  Paris.  Il  accompa- 
gna ce  riche  présent  d'une  lettre  remplie  de  témoignages 
de  l'amitié  la  plus  tendre.  Anselle  y  rapporte  ainsi  comment 
il  avoit  acquis  ce  trésor.  David  roi  des  Géorgiens,  qui  le 
possédoit ,  étant  mort ,  la  reine  son  épouse ,  princesse  d'une 
grande  piété,  renonça  au  monde,  prit  le  voile,  vint  à  Jé- 
rusalem, pour  y  finir  ses  jours,  apportant  avec  elle  cette 
portion  de  la  vraie  croix.  Elle  y  institua  une  congrégation 
de  religieuses  Géorgiennes,  dont  le  patriarche  Gibelin  l'en- 
gagea de  prendre  la  conduite.  Les  grandes  libéralités  que 
cette  pieuse  princesse  fit  aux  pauvres  et  aux  pèlerins,  l'ayant 
mise  hors  d'état  de  pouvoir  faire  subsister  les  filles  de  son 
institut ,  dans  une  famine  qui  survint ,  elle  fut  obligée  de 
vendre  la  relique  qu'elle  avoit  apportée,  et  le  chantre  du 
saint  Sépulchre  l'acheta. 

Elle  fut  apportée  en  France  par  Foulques  qui  avoit  perdu 
se»  père  dans  la  route.  Foulques  étant  arrivé  dans  un  lieu 
près    de   Paris,  juxta   Parisios,    nommé  Fontenay   (i),   s'y 

(1)  M.  l'abbé  Lebeuf  a  fait  une  dissertation  pour  prouver  que  ce  Fontenay  est 
FOnttu»?  «on*  Louvre» 

2  «    Tvmc  X.  E  e  e 


XII  SIECLE. 


XII  SIECLE. 


402  ANSELLE, 

arrêta ,  et  donna  avis  de  son  arrivée  à  l'évêque  de  Paris , 
et  au  chapitre,  qui  s'y  rendirent.  La  relique  fut  déposée  à 
saint  Cloud  le  50  juillet  44  09,  et  apportée  le  dimanche 
suivant  premier  août,  à  l'église  de  Notre-Dame,  dans  une 
procession  solemnclle  à  laquelle  les  évoques  de  Meaux  et 
de  Senlis  se  trouvèrent. 

Dans  la  lettre  de  remerciement ,  que  Galon  et  les  chanoi- 
nes de  Paris  écrivirent  à  Anselle,  ils  lui  proposèrent  quel- 
ques difficultés,  et  lui  demandèrent  pour  quelle  raison, 
et  par  quelle  nécessité  cette  partie  de  la  vraie  croix  avoit 
été  srparée.  Cela  donna  occasion  au  chantre  du  saint  Sé- 
pulchre  de  leur  écrire ,  et  de  leur  marquer  ce  qu'il  avoit 
appris  là-dessus ,  par  les  écrits  et  la  tradition  des  anciens 
Syriens,  ex  Utteris  et  relatione  seniorum  Surianorum.  Il  re- 
monte jusqu'à  la  découverte  de  la  vraie  croix  par  Ste 'Hélène, 
et  en  parle  en  pen  de  mots,  puis  il  continue  ainsi.  Chosroës 
ayant  pris  et  pillé  Jérusalem  ,  enleva  la  Ste  croix  qu'il  transpor- 
ta en  Perse.  Mais  Héraclius  i'a  recouvra ,  et  la  replaça  sur  le 
Mont-Calvaire,  pour  être  exposée  à  la  vénération  des  fidèles. 

Après  la  mort  d'Héraclius,  les  infidèles  qui  opprimoient 
les  chrétiens,  firent  tous  leurs  efforts  pour  en  éteindre  le 
nom ,  et  pour  effacer  le  souvenir  de  la  croix  et  du  sépul- 
chre.  Pour  cela  ils  tentèrent  de  les  brûler.  Alors  les  chré- 
tiens, qui  avoient  caché  la  croix,  formèrent  la  résolution 
de  la  diviser  en  plusieurs  parties,  afin  que  s'il  en  tomboit 
dans  les  mains  de  ces  barbares,  il  leur  en  restât  du  moins 
quelques-unes.  Ces  portions  de  la  vraie  croix  furent  distri- 
buées en  différens  endroits.  La  ville  de  Constantinople  en 
eut  trois,  outre  celle  de  l'empereur;  l'isle  de  Chypre,  une, 
l'isle  de  Crète,  une  autre  :  on  en  mit  trois  à  Antioche; 
une  à  Edesse  ;  une  à  Alexandrie  ;  une  à  Damas ,  une  à 
Ascalon;  quatre  à  Jérusalem;  les  Syriens  en  eurent  une; 
les  Grecs  de  saint  Sabas,  une;  les  moines  de  la  vallée  de 
Josaphat,  une;  les  Latins  qui  éloient  auprès  du  saint  Sé- 
pulchrc,  en  eurent  une  d'une  palme  et  demie  de  hauteur; 
le  patriarche  des  Géorgiens  en  eut  une;  et  c'est  celle, 
dit  le  chantre  du  saint  Si'pulchre ,  que  vous  avez  actuelle- 
ment. Tels  sont  les  réponses  que  le  chantre  du  saint  Sé- 
pulchre  fit  aux  questions  qu'on  lui  avoit  proposées  sur  son 
précieux  présent.  Bernard  préchantre  de  sainte  Geneviève 
fut  le  porteur  de  cette  deuxième  lettre  d'Anselle,   qui   se 


CHANOINE  DE  PARIS.  403      x„  SIECLB. 


servit  de  la  même  occasion  pour  envoyer  encore  à  l'évê- 
que  et  aux  chanoines  de  Notre-Dame ,  une  croix  de  la 
pierre  du  Sépulchre  de  Notre  Seigneur.  Mais  on  ne  sçait 
ce  qu'est  devenue  celte  croix ,  qui  s'est  apparemment  per- 
due par  les  chemins  de  Jérusalem  à  Paris.  Les  deux  lettres 
d'Anselle  dont  nous  venons  de  parler ,  se  trouvent  impri- 
mées dans  l'ancienne  Gaule  chrétienne  de  MM.  de  sainte 
Marthe;  ainsi  que  dans  la  nouvelle;  et  dans  l'histoire  de 
Paris  par  le  P.  Dubois.  On  les  conserve  manuscrites  dans 
les  archives  de  l'église  de  Notre-Dame.  M  Grancolas  les 
a  traduites  en  François  et  insérées  dans  le  tome  premier , 
page  378  et  suivantes  de  son  histoii-e  de  l'église,  de  la  ville, 
et  de  l'université  de  Paris ,  qui  a  été  suprimée. 

C Grégoire  Bechade,  du  château  de  Lastours,  de  turri- 
*bus,  dans  le  Limousin,  étoit  peut-être  frère  ou  fils  du  che- 
valier Geofroy  de  Lastours,  qui  se  dislingua  dans  la  pre- 
mière croisade  par  sa  valeur  et  ses  grandes  actions.  '  Be-  Maimb.  hist.  des 
chade  n'avoit  que  quelque  teinture  des  lettres,  aliquan-  et°suiv.' 2' P" 179 
tulum  litteris  imbutus  ;  mais  il  joignoit  à  un  esprit  très-vif 
et  très-subtil,  beaucoup  de  talent  pour  écrire.  Ce  fut  sans 
doute  pour  cette  raison,  qu'Eustorge  évêque  de  Limoges, 
l'engagea  à  faire  l'histoire  de  la  délivrance  ou  de  la  prise 
de  Jérusalem  par  les  François.  Grégoire  obéit  aux  ordres 
du  prélat ,  et  employa  douze  ans  à  la  composition  de  cette 
histoire,  ou  de  ce  poëme;  car  elle  étoit  écrite  en  vers 
françois  ou  limousins.  M.  '  l'évêque  de  la  Ravaliere  parlant  Rer.  de  la  Lang. 
de  cette  production  de  Bechade  dans  le  premier  tome  des  Fraaç-  p'  125' 
poésies  du  Roi  de  Navarre ,  dit  que  c'est  donc  le  premier 
poëme  françois,  '  comme  la  Henriade  est  le  dernier.  Nous 
prions  le  lecteur  de  vouloir  bien  prendre  la  peine  de  con- 
sulter l'avertissement,  qui  est  à  la  tête  du  septième  volume 
de  l'Histoire  Littéraire,  pge  ix ,  et  suivantes;  il  y  trouvera 
de  quoi  fixer  son  jugement  sur  l'antiquité  des  ouvrages 
écrits  en  langue  romance,  ou  françoise;  et  apprendra  ce 
qu'il  doit  penser  de  la  prétention  de  M.  de  la  Ravaliere. 
L'ouvrage  de  Bechade  ne  nous  est  connu  que  par  la  chro-  c.  30. 
nique  de  Geoffroy  du  Vigeois;  et  s'il  existe,  on  ne  l'a 
point  encore  découvert.  On  peut  juger  du  temps  où  il  le 
publia,  par  celui  où  Eustorge  a  tenu  le  siège  de  Limoges, 

E  e  e  ij 


XII  8IECLE. 


404  GREGOIRE  BECHADE, 


puisque  ce  fut  par  ses  ordres  qu'il  le  composa.  Ce  prélat 
fut  fait  évêque  en  44  06  et  mourut  en  -H 37.  Il  est  à  croire 
que  ce  fut  dès  le  commencement  de  son  épiscopat  qu'il 
engagea  notre  poëte  à  ce  travail ,  et  qu'il  n'attendit  pas  à 
ses  dernières  années  pour  instruire  les  gens  de  son  pays, 
d'évenemens  aussi  intéressans  que  ceux  de  la  croisade ,  et  de 
la  délivrance  de  Jérusalem,  prise  par  les  François  dès  l'an 
-1099.  En  supposant  donc,  comme  il  est  très-croyable, 
que  Bechade  entreprit  d'écrire  l'histoire  de  la  croisade  vers 
le  commencement  de  l'épiscopat  d'Eustorge,  c'est-à-dire, 
vers  l'an   -H 06,    et  y    ayant  employé  douze  ans,   il  a   pu 

Cou. ui.iem.p.io.  le  publier  en  -H48  '  pour  le  plutôt.  Collin  croit  qu'il  le 
finit  en  -H 20;  et  lui  attribue  un  autre  ouvrage,  sçavoir  l'his- 
toire des  guerres  des  Anglois  en   Aquitaine.  Voyez  ce   que 

voy.  t.  u.  Avert.  D.  Rivet  a  dit  de  cet  auteur  dans  l'endroit  déjà  cité. 

p.  34. 

DIVERS  AUTEURS  ANONYMES. 

Lab.  Bibb.  ms.  t.  \" .    \   nonyme     auteur      du      martyrologe,       ou       plutôt 
2,  p.  ose  et  seq.  ix  du   nécrologe   de    saint   Bénigne   de    Dijon.    Le  P. 

Labbe  nous  a  donné  de  longs  extraits  de  cet  ancien  né- 
crologe, 'qui  contiennent  les  éloges  de  cinq  évêques  de 
Langres,  bienfaiteurs  de  l'abbaye;  dont  le  premier  est 
mort  en  880,  et  le  dernier  nommé  Robert,  en  -l-HO. 
On  y  trouve  l'éloge  d'Odon  évêque  de  Bayeux,  frère  de 
Guillaume  le  conquérant  duc  de  Normandie,  et  celui  du 
pieux  et  sçavant  abbé  Jarenton  mort  l'an  -l-H-l.  On  voit 
par-là  que  ce  martyrologe,  qui  devroit  plutôt  être  appelle 
nécrologe,  a  été  commencé  vers  la  fin  du  neuvième  siècle, 
et  qu'il  a  été  continué  jusques  vers  l'an  -H 20.  Cet  ou- 
vrage a  un  mérite  particulier  qui  le  distingue  des  autres 
écrits  de  ce  genre,  en  ce  qu'il  est  instructif,  et  donne  la 
connoissance  des  personnes  dont  il  parle.  C'est  ce  qu'on 
ne  trouve  pas  ordinairement  dans  les  nécrologes,  qui  la 
plupart  sont  secs,  décharnés,  et  ne  contiennent  presque 
que  des  noms  et  des  dates, 
spic.  t.  s,  p.  739.  2°.  Autre  Anonyme,  auteur  de  la  vie  de  saint  Gilbert, 
évêque  de  Meaux.  Ce  prélat  est  mort,  selon  la  chronique 
de  saint  Pierre  le  Vif,  l'an  4045,  '  a'près  vingt  ans  d'épis- 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  405      ra  sbclk. 


copat,   et  étoit  par  conséquent  monté  sur  le  siège  de  Meaux 

l'an   995.  «  Les  Bollandistes,  dit   l'auteur    de    la   nouvelle 

»  histoire  de  Meaux,  '  rapportent  néanmoins  sa  mort  à  l'an  t.  t,  p.  739,  not. 

>  -1009,   ou    environ....    Mais    ces    sçavans    hommes    ne  **" 

»  prouvent   point    leur  époque    de    -1009 Après   tout, 

»  les  actes  de  saint  Gilbert  ne  sont  pas  exempts  de  fautes; 
»  et  les  sçavans  Bollandistes  y  ont  observé  eux-mêmes 
»  plusieurs  contradictions,  dont  ils  ne  se  sont  pas  pressés 
»  de  nous  donner  le  dénoument.  »  Cependant  il  faut  dire 
pour  la  justification  des  Bollandistes ,  qu'il  paroît  en  lisant  Bou.  19.  febr.  p. 
avec  attention  cet  article  de  leur  recueil,  que  lorsqu'ils  718'n-7- 
ont  mis  la  mort  de  saint  Gilbert  en  4  009,  ils  n'ont  fait  que 
donner  le  sentiment  de  Claude  Hemeré,  et  n'ont  pas  pré- 
tendu fixer  eux-mêmes  cette  époque.  2°.  S'ils  ne  se  sont 
pas  pressés  de  nous  donner  '  le  dénouement  des  contra- 
dictions qui  se  trouvent  dans  les  actes  de  saint  Gilbert, 
c'est  qu'ils  n'avoient  pas  ces  actes  ;  et  que  ne  les  ayant  pu 
trouver,  ils  ne  les  ont  pu  donner.  Ils  s'engagent  à  la  vérité  ib.  p.  719,  n.  11. 
à  applanir  les  difficultés  et  les  contraditions  qu'ils  relè- 
vent dans  le  Gallia  Christiana  de  Claude  Robert ,  mais 
c'est  lorsqu'ils  auront  recouvré  la  vie  de  saint  Gilbert,  dont  ib.717, n.2, p. 71. 
l'auteur  de  la  chronique  de  saint  Marien  d'Auxerre,  fait 
mention  et  loue  le  style  comme  étant  très-beau.  En  atten- 
dant, les  Bollandistes,  pour  suppléer  à  celte  vie,  ont  donné 
les  leçons,  qui  se  lisent  dans  le  bréviaire  de  Meaux  le  jour 
de  la  fête  du  saint;  et  un  abrégé  de  sa  vie  de  saint  Gilbert, 
Meré  dans  son  Augusta  Veromanduorum  illustrata.  C'est 
tout  ce  que  nous  pouvons  dire  de  la  vie  de  saint  Gilbert, 
sur  laquelle  nous  souhaiterions  avoir  pu  trouver  de  plus 
grandes  lumières ,  tant  dans  les  Bollandistes  que  dans  la 
nouvelle  histoire  de  Meaux. 

3°.  Autre  Anonyme,  auteur  de  la  vie  de  S.  Ansaric, 
ou  Anseric  '  évêque  de  Soissons.  Cet  écrivain  qui  semble  Bon, 5 sep»,  r  547- 
avoir  été  moine  de  saint  Medard ,  par  l'intérêt  qu'il  prend 
à  ce  monastère,  n'a  écrit  la  vie  du  saint  évêque  qui  gouver- 
noit  l'église  de  Soissons  l'an  625,  que  plusieurs  siècles 
après  sa  mort  ;  soit  dans  le  onzième ,  soit  dans  le  douzième. 
Aussi  est-elle  pleine  d'anachronismes  grossiers;  et  l'ordre 
des  faits  y  est  renversé  d'une  manière  qui  fait  voir  que  l'au- 
teur avoit  aussi  peu  de  connoissance  de  l'histoire  que  de  la 

2  8  * 


III  SIECLE. 


406  GREGOIRE  RECHADE, 


chronologie.  Il  ne  manquoit  cependant  pas  de  talens  pour 
écrire,  et  il  auroit  pu  réussir  s'il  avoit  eu  de  bons  mé- 
moires.   Les    Rollandistes    ont    inséré   cette   vie    dans    leur 

Ad.  5 sept.  p.  543  recueil,  '  faute  d'une  meilleure,    sur    une  copie    tirée    des 

et8eq'  archives  de  l'église  de  Soissons,  avec  une  dissertation  pré- 

liminaire et  des  notes  préférables  à  l'ouvrage. 

4°.    Autres    Anonymes,    auteurs    de   trois    sermons   sur 

Bib.  Fior.  pan.  2,  S.  Medard  évêque  de  Noyon.  'Ces  trois  sermons  se   trou- 

p'  *   '  vent  dans  la  bibliothèque  de  Fleuri,  à   la  suite  d'une  vie  de 

saint  Medard,   que  le  bibliographe  nous  donne  sous  le  nom 

Hisi.  lut.  t.  8,  p.  de  Fortunat,  quoiqu'elle  ne  soit  point  de  lui.  '  D.  Rivet 
a  déjà  parlé  de  cette  vie  dans  le  huitième  volume  de  l'His- 
toire Littéraire,  à  l'occasion  de  Radbod  évêque  de  Noyon. 
L'auteur  du  premier  sermon  sur  saint  Medard  cite  une  vie 

Bon.  8  jun.  p.  73,  de  ce  saint;  '  mais  on  ne  voit  pas  si  c'est  l'ouvrage  de  Radbod, 
ou  celui  de  l'Anonyme  imprimé  dans  la  bibliothèque  de 
Fleuri.  S'il  s'agissoit  de  ce  dernier,  l'Anonyme  n'auroit 
fait  son  sermon  qu'au  douzième  siècle  au  plutôt,  et  peut- 
être  qu'au  treizième  :  car  les  Rollandistes  sont  plus  portés 
à  placer  dans  le  treizième  siècle  l'auteur  de  cette  vie.  D. 
Quatremaire  a  cru  que  la  vie  et  le  sermon  étoient  de  la 
même  plume;  mais  la  remarque  des  continuateurs  de 
Rollandus  paroît  suffisante  pour  prouver  le  contraire.  Ce 
sermon,  quoiqu'il  en  soit  du  temps  où  il  a  été  fait,  est 
moins  la  production  d'un  orateur  que  celle  d'un  historien. 
L'auteur  y  fait  le  récit  de  quelques  révolutions  arrivées  à 
l'église  de  son  monastère,  qui  avoit  été  détruite  par  les 
Normands,  auquels  il  donne  le  nom  de  Marcomans.  Cette 
église  étoit  celle  qu'avoit  fait  bâtir  Louis  le  Débonnaire, 
laquelle  altiroit  de  loin  les  regards  par  sa  grandeur  et  sa 
magnificence,  et  faisoit  l'admiration  de  ceux  qui  la 
voyoient,  par  sa  beauté,  l'élévation  de  ses  voûtes,  sa 
largeur  et  sa  hauteur.  C'est  ainsi  que  l'orateur  parle  de 
cette  basilique  comme  subsistante  encore  de  son  temps, 
après  avoir  dit  que  les  Normands  l'avoient  détruite  de 
fond  en  comble,  et  réduite  en  un  monceau  de  pierres. 
Cela  fait  une  contradiction,  et  pour  la  lever,   les  Rollan- 

Boii.  u>.  p.  76,  n.  distes  croyent  '  que  ce  qui  est  dit  de  la  destruction  de  cette 
église  pourroit  bien  être  une  interpolation ,  et  que  celle 
qui  avoit  été  bâtie  par  la  libéralité  de  Louis  le  Débonnaire 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  407       XIISBCLr 


subsistait  encore  lorsque  ce  sermon  fut  débité.  Cette  con- 
jecture peut  être  appuyée  sur  le  silence  que  garde  l'ora- 
teur à  l'égard  de  l'église  qui  fut  rétablie  par  l'abbé  Odon, 
et  consacrée  à  sa  prière,  l'an  4450  par  le  pape  Innocent  H. 
Si  l'auteur  du  sermon  étoit  postérieur  à  cet  événement, 
il  n'auroit  pas  manqué  d'en  faire  mention;  et  son  dessein 
même  .l'exigeoit.  Son  discours  ne  se  borne  pas  à  ce  qui  re- 
garde l'église  de  saint  Medard ,  il  y  a  encore  fait  entrer  le 
détail  des  vexations  de  toute  espèce,  que  le  monastère  de 
saint  Medard  avoit  essuyées  de  la  part  de  Warimbert  évê- 
que  de  Soissons,  qui  en  étoit  abbé;  et  il  a  soin  d'ajouter 
à  ce  détail  la  mort  funeste  du  prélat.  11  passe  ensuite  brus- 
quement à  un  autre  sujet ,  '  et  renvoyé  à  un  auteur  de  la  Bib.  Fior.  p.  uî. 
vie  de  saint  Medard ,  qui  a  aussi  écrit  l'histoire  de  la  trans- 
lation de  ses  reliques;  et  à  l'auteur  d'une  troisième  vie, 
qui  de  la  précédente  et  de  celle  de  Fortunat  n'en  a  fait 
qu'une,  à  laquelle  il  ajoute,  dit-il,  plusieurs  choses  qu'il 
a  tirées  des   anciens  monumens. 

Le  deuxième  sermon  est  un  panégyrique  de  s.  Medard  et 
de  s.  Gildard  son  frère,  rempli  de  lieux  communs,  qui 
pourroient  s'appliquer  à  tout  évêque  recommandable  par 
sa  sainteté,  '  comme  à  saint  Medard.  Il  n'y  a  rien  qui  soit  Bib.Fi.p.113-150. 
particulier  à  ces  deux  saints ,  si  ce  n'est  que  l'orateur ,  con- 
formément à  la  tradition  populaire,  les  suppose  jumeaux, 
ordonnés  évêque ,  et  enfin  morts  le  même  jour. 

Le  troisième  sermon  est  imparfait,  et  n'est  qu'une  co-  ib.  p.  150-153. 
pie  de  la  vie-  de  saint  Medard  '  par  Fortunat.  C'est  ce 
que  le  bibliothécaire  de  Fleuri  n'a  pas  apperçu ,  et  ce  qui 
ne  doit  pas  surprendre.  Un  écrivain,  qui  nous  donne  sous 
le  nom  de  Fortunat  l'ouvrage  d'un  Anonyme  bien  posté- 
rieur, étoit  capable  d'une  telle  méprise. 

5°.  'Autre    Anonyme,    auteur  de    la  chronique    d'Eter-  Amp.  cou.  t.  4,  p. 
nac;   Brève   chronicon    Eptemacense.    D.   Martenne   a   donné  505"5?9- 
au  public  cette   chronique  '   sur  un   manuscrit   de  l'abbaye 
d'Eternac.  L'auteur  l'a   dressé  sur  les  titres  et  les   chartes 
de    sa   maison;    il    en    cite   une  entr'autres  de   l'an    877,  P.506. 
dans    laquelle  on    lit,    que   Carloman    fut   aveuglé   par    les 
ordres  de  Charles  le  Chauve  son  père ,  et  que  Louis  le  Ger- 
manique   son    oncle    lui    donna    l'abbaye    d'Eternac,    pour 
le   faire  subsister.   Notre  Anonyme  commence    sa  chroni- 


iiisieclr.      408  GREGOIRE  BECHADE, 


que  à  la  mort  de  Willibrord ,  qu'il  place  en  l'an  838;  et 
il  la  finit  à  l'abbé  Gérard,  qui  succéda  à  Theofroy  en 
IHO.  Comme  il  n'y  est  point  parlé  de  la  déposition  et  de 
la  mort  de  ce  même  Gérard  arrivée  en  -M  22,  ainsi  qu'il  est 
marqué  dans  la  continuation,  il  faut  que  l'auteur  y  ait  mis 
la  dernière  main  avant  l'an  -H  22.  Cette  cbronique  est  d'au- 
tant plus  intéressante  que  les  dates  des  élections,  et  de  la 
mort  des  abbés,  sont  non-seulement  marquées  exactement, 
mais  encore  liées  avec  les  années  du  règne  des  princes 
sous  lesquels  ils  ont  vécu,  et  sont  morts.  On  y  ajoute 
même  quelquefois  les  traits  les  plus  remarquables  de  l'his- 
toire de  ces  princes. 

D.    Martenne  a  publié  sur  un  manuscrit  d'Eternac,    une 

ib.  p.  509-517.  chronique'  qui  est  une  continuation  de  la  précédente,  et 
faite  dans  le  même  goût.  On  y  trouve  la  suite  des  abbés 
de  ce  même  monastère ,  depuis  Rabodon  archevêque  de 
Trêves ,  qui  le  gouverna  huji  ans  en  qualité  d'abbé , 
jusqu'à  Robert  de  Montréal,  mort  l'an  -1 559.  Après  ce 
dernier,  dont  le  gouvernement  fut  très-sage ,  et  très-avan- 
tageux à  l'abbaye  d'Eternac ,  tant  pour  le  temporel  que 
pour  le  spirituel,  on  a  ajouté  ses  successeurs  au  nombre 
de  dix;  mais  on  ne  donne  que  leurs  noms  et  surnoms, 
sans  rien  dire  de  leur  gouvernement.  Il  n'est  pas  douteux 
que  cette  seconde  chronique  ne  soit  de  différentes  mains; 
il  seroit  à  souhaiter  que  toutes  les  chroniques  des  mo- 
nastères fussent  faites  avec  autant  de  goût  et  d'exactitude, 
que  les  deux  dont  nous  venons  de  parler  :  non-seulement 
on  ne  seroit  point  embarrassé  pour  fixer  la  chronologie  des 
abbés,  mais  on  y  trouveroit  encore  des  lumières  et  des  se- 
cours pour  l'histoire  en  général. 

6°.   Autre  Anonyme,   auteur  de  la  chronique  d'Aurillac, 
alors  de  l'ordre  de  saint  Benoît,  au   diocèse  de  Clermont, 

Anal  t.  2,  p.  237  aujourd'hui    collégiale    dans    le    diocèse    de   saint    Flour. 

et8eq  D.    Mabillon    a   jugé   cet    ouvrage   digne   de  voir   le   jour, 

puisqu'il  l'a  inséré  dans  le  deuxième  lome  de  ses  Analectes, 
avec  des  remarques  de  sa  façon.  Cette  chronique  est  écrite 
avec  beaucoup  d'ingénuité,  de  bonne  foi,  et  même  avec 
assez  d'exactitude,  à  quelque  chose  près.  L'éditeur  n'y  re- 
levé que  deux  fautes  dans  ses  remarques.  Elle  est  très- 
intéressante  pour  connoître  la  suite  des  abbés,  qui  ont  gou- 
verné 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  409       X[I  SIECLE. 


verné   ce   monastère  depuis   son   origine,  et    sa    fondation 
par   saint    Gérard. 

L'auteur,  qui  étoit  religieux  d'Aurillac ,  comme  il  pa- 
roît  par  la  petite  préface  qu'il  a  mise  à  la  tête  de  son  ou- 
vrage, avoit  pour  but  d'empêcher  que  la  mémoire  de  ces 
abbés  ne  tombât  dans  l'oubli.  Il  termine  sa  chronique  à 
l'abbé  Pierre  de  Roca ,  dont  il  met  la  mort  en  -H 29.  Cette 
époque  peut  être  regardée  comme  celle ,  à  peu  près ,  où 
il  écrivoit. 

7°.   Anonyme   auteur   de   la    vie    de    sainte    Colombe.  '  Momb.  t.  i,  Le- 
Mombntius  la  fait  imprimer  dans  son  recueil  de  vies   des  472. 
saints.   Les  actes  de  sainte  Colombe  sont  rejettes  par    tous 
les  sçavans  comme  fabuleux.   '  «  Le  culte   de  cette  sainte,  Boii.  t.  7,  jun.  p. 
»  dit  le  P.   Sollier,   dans  ses  observations   sur  le   martyro- 
»  loge  d'Usuard ,  est  fort  étendu  :   on  en  a  même  différons 
»  actes,    soit    manuscrits,    soit   imprimés;    dans   lesquels, 
»  pour  ne  rien  avancer  de  trop  fort,  on  souhaiteroit  trou- 
»  ver    quelques    caractères    de    sincérité.    On    ne    digérera 
»  pas    facilement    d'y   voir ,    que    l'empereur   Aurélien  lui 
»  offrit  son  fils  en  mariage,   fils  inconnu   dans  l'histoire.  » 

Le  culte  de  cette  sainte  étant  si  étendu ,  il  est  à  présumer 
que  ces  actes,  quelque  mauvais  qu'ils  soient,  ont  été  fa- 
briqués avant  le  douzième  siècle;  et  qu'om  n';iura  pas  at- 
tendu si  longtemps  à  en  supposer.  Vie  de  sainte  Colombe , 
Paris  4602,  «i-S°.  Vita  di  santa  Columba,  da  Giovani- 
Battista  Monzini ,  \  604  ,  in-S°, 


Tome.  X.  F  f  f 


XII  SIECLE. 


•'»I0  SAINT  ETIENNE 


SAINT    ETIENNE 

De  Muret. 


§  I. 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 
Mab    act.  sœc.  6.  T71TÏENNE,    fils    du    vicomte    de     Thiers    et    de     Candide 

praef.  2  in  2,  part,     p,  .  -,  ,      ,,         tixio     «    mu-  n 

p.  48.  1  Ban  s.  J-^son  épouse,  vint  au  inonde  1  an  404»  a  Tliiers,  ville 
8efai.BGaiiadchrfstî  ^e  'a  Dasse  Auvergne,  et  fut  élevé  avec  beaucoup  de  soin 
nov.  t.  2,  p.  ci6.  dans  la  piété  et  les  I  tires.  11  n'avoit  <|iic  12  ans,  lorsque 
son  père  l'ayant  mené  avec  lui  eu  Italie,  il  y  tomba  ma- 
lade à  Bénévent.  Le  vicomte  obligé  de  laisser  ce  bis  si 
cher  dans  un  pays  étranger,  eut  la  consoldlion  de  trouver 
dans  la  personne  de  Milon,  un  compatriote,  un  ami,  et 
peut-être  même  un  parent,  qui  voulut  bien  en  prendre 
soin,  et  se  charger  de  son  éducation.  11  y  avoit  pour  lors 
dans  la  Calabre  une  congrégation  de  religieux,  qui  vi- 
voient  dans  une  grande  réputation  de  régularité;  Milon 
qui  connaissoit  leur  vertu,  avoit  coutume  d'en  taire  l'é- 
loge, et  de  les  proposer  pour  modèle.  Dcs-lors  Etienne 
conçut  le  dessein  de  les  imiter  :  il  se  retira  même  parmi 
Mab.  an.  1.  64,  n.  eux,  '  et  y  vécut  quelque  temps,  sans  toutefois  prendre 
leur  habit.  Il  alla  ensuite  à  Rome,  étant  pour  lors  âgé 
de  2i  ans,  et  y  en  passa  quatre  à  la  cour  d'Alexandre  II, 
pour  solliciter  auprès  de  ce  pape  la  permission  d'établir  un 
nouvel  ordre,  sur  !e  modelé  de  la  congrégation  de  religieux 
qu'il  avoit  vue  dans  la  Calabre.  11  ne  put  l'obtenir,  parce 
que  la  foiblesse  de  son  tempérament  faisoit  craindre  que 
l'entreprise  ne  fût  au-dessus  île  ses  forces.  Mais  ayant  re- 
nouvelle ses  instances  sous  Grégoire  VII ,  successeur  d'A- 
lexandre II,  ce  pape  voyant  la  persévérance  d'Etienne, 
se  rendit  à  ses  vœux,  et  lui  accorda  par  une  bulle  donnée 
le  premier  mai,  la  première  année  de  son  pontificat, 
la    permission   d'établir,    comme    il  le   désiroit,    un    ordre 


37. 


DE  MURET.  AU 


XII  SIECLE. 


27,  p.  67. 


monastique,  selon  la  règle  de  saint  Benoît.  La  plupart  de 
ces  faits,  quoique  rapportés  par  l'auteur  de  la  vie  de  saint 
Etienne,  et  adoptes  par  Pollandus,  M.  Baillet  et  au- 
tres, souffrent  beaucoup  de  difficultés.  La  bulle  même 
de  Grégoire  VII  en  souffre  encore  de  plus  grandes. 
Sans  parler  du  style,  qui  ne  ressent  nullement  au  juge- 
ment du  P.  Mabillon,  '  celui  de  la  chancellerie  de  Rome  :  Mab.an^lib. 64,n. 
Qiiod  non  omnino  sapit ,  nt  verum  futcar,  stylum  cancel- 
lariœ  Romance;  elle  énonce  des  faits  qui  sont  combattus 
par  des  autorités  très-graves.  Il  y  est  dit  qu'Etienne  avoit 
demeuré  chez  Mi  Ion  archevêque  de  Bénévcnt  :  Gérard 
assure  qu'il  y  lit  un  séjour  de  42  ans;  qu'il  alla  ensuite  à 
Rome,  après  la  mort  de  Milon,  que  Bollandus  met  l'an  Tom.  3,feb.p.603. 
1070,  et  y  resta  quatre  ans  avant  que  d'obtenir  la  permi- 
sion  d'établir  son  ordre,  qui  lui  fut  accordée  l'an  4  075, 
par  Grégoire  VIL  Or  Milon  n'étoit  point  encore  alors 
archevêque  de  Bénévcnt,  '  et  il  ne  le  fut  que  l'an  4074,  Mab.  ibid.  p.  66. 
selon  la  petite  chronique  de  Bénévcnt,  et  le  témoignage 
de.  d'Ughelli ,  qui  compte  l'année  1074  pour  la  première 
du  pontificat  de  Milon.  Cette  autorité  renverse  également 
ce   que  dit  Gérard  des  douze  années  de  séjour  d'Etienne  à  IW.  sac.  t.  8,  p. 

n'  t  î  ,-r      t    j       \m-i  i    <     n  i       135.|   H.-irt.  ampl. 

Benevent  sous  le    poniihcat  de  Milon,  et  a  Rome   après  la  coll.  t.  o,  p.  1053, 
mort  de   ce  prélat.    Il  faut  donc,  ou    que  Gérard,    auteur  ^ not- 
d'ailleurs  peu  exact,  ou  Ughelli  se  soit   trompé.   Mais  quand 
on  rejettroit  la  méprise  sur  ce  dernier,  le  premier  ne  seroit 
point  pour  cela  justifié.  Ulric ,  ou   Udalric,   prédécesseur  de 
Milon ,  assista  au  concile  de  Rome  l'an  4  059,  ainsi  Milon  n'a 
pu  occuper  ce  siège  avant  l'an  4  060  :  par  conséquent  il  est 
faux  qu'Etienne  ait  demeuré  douze  ans  chez  Milon  arche- 
vêque de  Bénévcnt   avant   que  d'aller    à    Rome.    Il  est  en- 
core faux  '  que  Milon   fût  mort  en  4  070  lorsqu'Eticnne  alla  conc.  t.    10,  p. 
à  Rome,  puisque  les  actes  du  concile  de  Bénévent  de   l'an  1813- 
1075,  nous    apprennent    qu'il    gouvernoit    cette    église   la 
même  année   de    ce  concile.  Enfin  nous    voyons    par  l'acte 
de  la  fondation  du  monastère  de  saint  Florent ,  près  de  Dol  Mab.  ib.  1  item,  1. 
en   Bretagne,    que   Milon    archevêque    de   Bénévent     vivoit  65,  n-29, 
encore  l'an   1078.  Ce  monastère  fut  fondé    eu   cette  année 
par  l'autorité  de  Grégoire  VII,    par  l'entremise  de  Milon, 
qui,  de  doyen  de   l'église  de   Paris,    avoit    été    fait    arche- 
vêque de  Bénévent.  11   est  vrai  que   D.  Malienne   ne   croit 

F  f  f  ij 


XHS.ECLE.     «2  SAINT  ETIENNE 


Ampi.coi.  t.  6,  p.  pas  que  Milon  ait  vécu  jusqu'en  4  078,'  parce  que  Roffrede 
son  successeur,  occupoit  le  siège  de  Bénévent  en  4  076, 
comme  le  démontre  l'ghelli.  A  l'égard  de  l'acte  de  la  fon- 
dation du  monastère  de  saint  Florent,  qui  a  fait  croire  à 
D.  Mabillon  que  Milon  vivoit  encore  en  4  078,  D.  Mar- 
tenne  y  répond  en  disant,  que  Milon  a  pu  s'intéresser 
à  la  fondation  de  ce  monastère  quelques  années  avant 
qu'elle  eût  lieu.  Mais  soit  que  Milon  soit  mort  deux  ans 
plutôt  ou  plus  tard,  la  difficulté  est  toujours  la  même. 
Qui  pourra  concilier  avec  des  monumens  si  autentiques  ce 
que  Gérard,  et  après  lui,  Bollandus,  M.  Baillet ,  et  au- 
tres avancent ,  qu'Etienne  demeura  douze  ans  auprès  de 
Milon  archevêque  de  Bénévent,  qui  n'occupoit  point  en- 
core ce  siège;  et  qu'il  alla  à  Rome  l'an  1070,  après  la 
mort  de  ce  prélat,  qui  vivoit  encore  en  l'an  1075,  comme 
on  le  voit  par  des  actes  authentiques?  Comment  Gré- 
goire VII  auroit-il  pu  dans  une  bulle  datée  de  l'an  4  075, 
donner  le  titre  d'archevêque  de  Bénévent  à  Milon,  qui, 
selon  Ughelli,  ne  commença  à  remplir  ce  siège  que  l'an 
4074.  Ajoutons  à  cela,  que  le  sceau  de  cette  bulle,  qui 
est  sans  exemple,  en  démontre  évidemment  la  fausseté.  Ce 
qui  fait  dire  à  D.  Martenne,  que  si  le  P.  Mabillon  l'avoit 
vu ,  il  n'auroit  pas  balancé  à  rejetter  absolument  cette 
bulle. 

A  travers  de    ces   difficultés,  voici    ce    qui    nous   paroît 

de    plus    vraisemblable,   et  à   quoi  nous  jugeons  qu'il    faut 

s'en  tenir.  Nous  ne   le    donnons   cependant,  avec   D.  Mar- 

T.  6,  coll.  ampi.  tenne ,  '  que    comme  des   conjectures,   dont    nous   laissons 

praef  n.  2ô,  26.       jg   jUgement    aux   sçavans.    Nous    convenons    d'abord,    que 

les  parens  d'Etienne  le  mirent  à  l'âge  de  douze  ans  entre  les 
mains  de  Milon  pour  l'élever.  Nous  remarquons  ensuite , 
que  Milon  n'étoit  point  alors  archevêque  de  Bénévent, 
mais  doyen  de  l'église  de  Paris,  il  signa  en  cette  qua- 
lité, l'an  1071  ,  la  charte  d'une  donation,  faite  par  le  comte 
de  Corbeil,  '  dont  il  est  fait  mention  dans  la  nouvelle 
Gaule  chrétienne,  où  il    est  dit   que  ce  Mi'on   étoit  d'Au- 

t.  7,  p.  194.  vergne,    '  et    qu'il   fut   fait  archevêque    de    Bénévent    l'an 

4074.  L'acte  de   la   fondation  du    monastère  de   saint  Flo- 

Hab.an.  lib.  64,  n.  rent,  préside  Dol,  de  l'an  1078,  '  dont  nous  avons  déjà 
parlé,    porte  expressément    que    Milon,    doyen   de    Paris, 


DE  MURET.  443      ra  siecu. 


fut  ordonné  archevêque  de  Bénévent  par  le  pape  :  Per 
testimonium  Milonis  archiepiscopi ,  qui  prius  decanus  eccle- 
siœ  Parisiensis  ab  Apostolico  ordinatus  est  archiepiscopus 
Beneventanœ . 

'Cela  supposé,  il  est  probable  que  le  jeune  Etienne  Mart.  ibid. 
fut  élevé,  non  à  Bénévent,  mais  à  Paris,  par  Milon 
doyen  de  la"  cathédrale ,  et  qu'il  le  suivit  en  Italie,  lors- 
qu'il fut  fait  archevêque  de  Bénévent  l'an  4  074.  Milon 
étant  mort ,  Etienne  alla  à  Rome,  où  il  passa  quelque 
temps,  et  revint  dans  sa  patrie.  Après  un  séjour  assez 
court  chez  ses  parens,  il  renonça  à  tous  les  biens  et  à 
tous  les  honneurs  de  ce  monde ,  '  pour  s'ensevelir  dans  la 
solitude,  et  se  livrer  à  la  pénitence.  Il  choisit  pour  cet 
effet  le  désert  de  Muret,  près  de  Grandmont  dans  le  ter- 
ritoire de  Limoges.  '  Là  s'étant  fait  une  petite  cabane  avec 
des  branches  d'arbres  entrelassées,  il  se  consacra  à  Dieu 
d'une  manière  toute  particulière,  par  des  formules  ex- 
traordinaires; et  scella  sa  consécration  en  mettant  dans 
son  doigt  un  anneau,  qui  étoit  la  seule  chose  qu'il  se  fut 
réservée  de  tous  les  biens  paternels.  Etienne  vécut  seul 
pendant  la  première  année  de  sa  retraite  sans  aucune  con- 
solation humaine.  La  seconde  année,  deux  compagnons 
se  joignirent  successivement  à  lui.  Mais  leur  exemple  fit 
peu  d'impression,  chacun  se  contentant  de  les  admirer 
sans  penser  à  les  imiter.  Etienne  n'avoit  encore  qu'un  très- 
petit  nombre  de  disciples  lorsqu'il  reçut  l'an  444  4  Hugues 
de  Lacerla,  qui  a  été  le  plus  célèbre.  Cela  fait  voir  qu'on 
ne  peut  guéres  placer  le  commencement  de  l'ordre  de 
Grandmont,  '  que  vers  la  fin  du  onzième  siècle,  ou  au 
commencement  du  douzième.  Vincent  de  Bcauvais ,  Ba- 
ronius,  l'historien,  et  l'annaliste  de  Grandmont,  etc,  en 
fixent  l'établissement  vers  l'an  4  076  ;  mais  il  est  visible  que 
cette  époque  ne  peut  se  concilier  avec  celles  de  la  vie  du 
saint  fondateur  de  cet  ordre.  11  est  certain  qu'il  n':dla  à 
Rome  qu'après  la  mort  de  Milon  arrivée  en  4075,- ou 
4076,  comme  nous  l'avons  fait  voir  :  il  demeura,  à  ce 
qu'on  prétend,  quatre  ans  dans  cette  capitale  du  monde 
chrétien;  ainsi  il  ne  revint  dans  sa  patrie  que  vers  l'an 
4079  ou  4  080  :  il  y  fit  quelque  séjour,  et  se  retira  en- 
suite dans  la   solitude    de    Muret.    Comment  donc  Etienne 


XII  SIECLE. 


414 


SAINT  ETIENNE 


aiiroît— il  jette  les  premiers  fondrmens  de  son  ordre  l'an 
4076,  puisqu'il  ne  s'étoit  pas  même  encore  alors  retiré 
dans  le  lieu ,  qui  en  tut  le  berceau?  Nous  pouvons  en- 
core confirmer  ce  sentiment  par  l'autorité  de  Guillaume  de 
Dandina,  écrivain  fort  exact,  qui  marque  dans  la  vie  de 
Hugues  de  Laccrta ,  que  saint  Etienne  mourut  Ad  ans 
après  sa  conversion.  Or  ce  saint  étant  mort  en  112  5,  sa 
retraite  ne  peut  être  placée  avant  l'an  1078,  et  par  consé- 
quent on  ne  peut  fixer  rétablissement  de  l'ordre  de  Grand- 
mont  en  1070,  à  moins  qu'on  ne  prétende  qu'il  a  précédé 
la  retraite  du  sair.t  instituteur. 

Nous  n'entreprendrons  pas  de  faire  ici  le  détail  des  ac- 
tions de  S.  Etienne,  ni  de  parler  i!e  l'austérité  de  sa  péni- 
tence, de  ses  jeûnes,  de  ses  veilles,  de  son  humilité, 
de  sa  charité,  de  sa  sagesse,  de  sa  prudence,  de  la  soli- 
dité des  instructions  qu'il  donnoit  à  ses  disciples,  des  lu- 
mières que  Dieu  répandoit  dans  son  esprit  pour  les  con- 
duire, des  miracles  par  lesquels  le  Tout-puissant  fit  con- 
noître  la  sainteté  de  son  serviteur  avant  et  après  sa  mort. 
t.  6  ampi.  coll. p.  Le  lecteur  peut  consulter  sa  vie  '  écrite  par  Gérard,  sep- 
tième prieur  de  Grandmont,  et  publiée  par  D.  Marlennc. 
Nous  nous  contenterons  de  rapporter  un  trait  de  la  pro- 
fonde humilité  d'Elienne,  qui  a  du  rapport  avec  celle 
du  saint  précurseur  de  Jesus-Christ.  Quelque  soin  qu'il 
prit  de  vivre  caché  aux  yeux  des  hommes,  sa  réputation 
s'étendit  au  loin  et  lui  attira  ta  visite  de  deux  cardinaux 
légats  en  France ,  célèbres  dès-lors ,  et  qui  le  furent  en- 
core davantage  dans  la  suite  '  par  le  différend  qu'ils  eu- 
rent entr'eux.  l'un  nommé  Grégoire,  ayant  été  pape  sous 
le  nom  d'Innocent  II;  et  l'autre  appelle  Pierre  de  Léon, 
anti-pape  sous  celui  d'Anaclet  II.  Ces  deux  cardinaux 
ayant  demandé  à  Etienne  quel  étoit  le  genre  de  vie  (pi' il 
menoit  dans  ce  désert,  si  c'étoit  celui  de  chanoine,  de 
moine  ou  d'hermite  :  sa  modestie  l'empêchant  de  s'attri- 
buer aucune  de  ses  qualités,  il  leur  répondit,  (pie  la 
grâce  de  Jesus-Christ  les  ayant  tirés  du  monde  et  conduit 
dans  ce  désert ,  ils  y  avoient  embrassé  une  profession  de 
pauvreté  et  d'abaissement ,  qui  leur  avoit  été  imposée  par 
le  pontife  Romain  en  pénitence  de  leurs  péchés.  11  ajouta 
que  leur  foiblesse  ne  leur  permettant  pas  d'atteindre  à  la 


1043  et  suiv. 


Mart.  t    6,  vit.  s 
Stephan.  p.  1062. 


DE  MURET.  4W,       XIISIECLE_ 


perfection  de  ces  saints  hermites,  qui  passoient  autrefois 
les  semaines  entières  dans  la  contemplation ,  sans  pren- 
dre aucune  nouriture  ;  cependant  comme  ils  s'etoient  tant 
soit  peu  éloignés  de  la  voie  large ,  et  tàelioient  d'imiter 
en  quelque  sorte  les  frères ,  qui  servoient  Dieu  dans  la 
Ca labre ,  ils  attendoient  la  miséricorde  de  Jesus-Cbrist  au 
jour  de  son  dernier  jugement.  Les  deux  cardinaux  édifies 
de  la  réponse  d'Etienne  donnèrent  à  sa  prudence  et  à  son 
humilité  les  louanges  qu'elles  mériloient,  et  témoignè- 
rent qu'ils  n'avoient  jamais  rien  vu  de  semblable,  et  que 
le  saint-Esprit  paiioit  par  sa  bouche.  '  Oucbiucs  jours  après  Mart.  p.  1066.  1 

.  ,•        .      -,..  ,        u  11  j-      ■    1        1    •  .    Mab.an.lib.74.  II. 

leur  départ ,  Etienne  tomba  malade  :   ses  disciples  lui  ayant  91. 
demandé    comment,    après    sa    mort,   ils    pomroient  vivre 
dans  une  si  grande  pauvreté,  il  leur   fit  cette  belle  réponse. 
«  Je  vous  laisse  Dieu  seul,  à   qui  tout  appartient,   et  pour 
»  l'amour  duquel  vous  avez  tout  quitté,  jusqu'à    vous   mê- 
»  mes.  Si  en  aimant  la  pauvreté,  vous  vous  attachez  cons- 
»  tament  à  lui  ,   sans   jamais    vous    écarter  du    chemin   de 
»  la  vérité,  sa  providence  aura    soin  de    vous,    et    il    vous 
»  donnera  tout   ce  qu'il  jugera    vous    ctra  avantageux.    Que 
»  si   au   contraire,  ce  qu'à   Dieu  ne  plaise,   en    recherchant 
»  des  biens  temporels ,    vous   vous    éloignez    de  lui ,   je   ne 
»  veux  point  vous  laisser  ce  qui,  en  vous  faisant  subsister, 
»  seroit    des   armes    pour  le    combattre.    »     Le    cinquième 
jour  de  sa  maladie,   il  se   fit   porter  dans    la  chapelle;    où 
après  avoir  entendu    la  messe,    reçu   l'extrème-onction  ,   et 
ensuite  le  corps  et  le  sang  de  Jesus-Christ ,  il  expira  au  mi- 
lieu de   ses   disciples,  en  disant    ces   paroles  :  Seigneur  je 
remets    mon    esprit   entre  vos   mains.    Sa    mort   arriva    le  8 
février  4424.  '  C'est  à  tort  que  Baronius  la  met  en  -M26  ■,  Mab.  an.  ub.  64, 
puisqu'en  l'an   1126,  le  8  février  tomboit  le  lundi,  au   lieu  "    ' 
qu'en   l'an    I12i,  il   tombe  le    vendredi,    jour  auquel    Gé- 
rard   marque    expressément    qu'il     mourut.    Saint    Etienne 
avoit  seulement  l'ordre  de  diacre,  ou  s'il  étoit  prêtre,  com- 
me  le   dit   D.    Mabillon,  il  ne  fit  jamais  à    l'autel    d'autre 
fonction  que  celle  de  diacre.  Dieu    fit  connoîlre  la  sainteté 
de    son    serviteur  par   un    grand   nombre   de    miracles.  Le 
pape  Clément  III  lui  décerna  un  culte  public,  en   le   met- 
tant au   rang  des    saints,    par  une   bulle    du    45   mars  de 
l'an  1489.  Ce  fut  à  cette   occasion   que  Gérard  prieur   de 


XII  SIECLE. 


\ib.  64,  n.  112. 


416  SAINT  ETIENNE 

Grandmont ,   composa  la  vie  de  ce  saint ,  dont  nous   réser- 
vons à  parler  dans  l'article  de  l'auteur. 

§  II. 

SES  ÉCRITS. 

1°  Ajous    croyons    pouvoir     mettre    au    rang    des    écrits 
vu.  s.  steph.  ap.        IN  de    ssini   Etienne    '  l'acte    remarquable,    par    lequel 

mart.  t   6,  coll.  p.    ..  :    _.  T1  ?  .  ».-« 

1056.  i  Mab.  an.  il  se  consacra  a  Dieu.  Il  est  trop  court  et  trop  édifiant, 
pour  ne  pas  le  rapporter  ici  :  «  Moi  Etienne,  je  renonce 
»  au  démon  et  à  ses  pompes  :  je  m'offre  à  Dieu ,  et  me 
»  remets  entre  les  mains  du  Père,  du  Fils  et  du  saint 
>  Esprit,  un  seul  Dieu  en  trois  personnes,  vivant  et  vé- 
»  ritable.  »  Tel  étoit  l'acte  qu'Etienne  écrivit,  après  avoir 
mis  à  son  doigt  un  anneau,  comme  la  marque  de  l'alliance, 
qu'il  vouloit  contracter  avec  Jesns-Christ  :  Puis  le  mettant 
sur  sa  tête,  il  dit  :  «  Dieu  tout-puissant  et  miséricordieux, 
»  Perc ,  Fils  et  saint  Esprit,  un  seul  Dieu  en  trois  perso n- 
»  nés,  qui  vivez  et  régnez  éternellement;  moi  frère  Etienne 
»  je  vous  promets,  que  dès  ce  moment  je  vous  servirai 
»  dans  ce*  désert  dans  la  foi  catholique.  C'est  pour  cela 
»  que  je  mets  cet  acte  sur  ma  tète,  et  cet  anneau  à  mon 
»  doigt,  afin  qu'au  jour  de  ma  mort,  celte  promesse  et 
»  cet  acte  me  servent  de  bouclier  et  de  défense  contre  les 
»  embûches  de  mes  ennemis.  Rendez-moi,  Seigneur,  je 
»  vous  en  supplie,  la  robe  nuptiale;  daignez  me  mettre  au 
»  nombre  des  enfans  de  votre  sainte  église;  et  lorsque  mon 
»  ame  se  séparera  de  mon  corps ,  revètcz-la  de  la  robe  de 
»  votre  charité,  et  faites-la  entrer  dans  la  salle  du  festin 
»  des  noces  de  votre  Fils,  pour  régner  avec  tous  vos 
»  saints.  Sainte  Marie,  mère  de  notre  Seigneur  Jesus- 
»  Christ,  je  remets  à  votre  Fils  et  à  vous,  mon  ame, 
»  mon  corps  et  mon  esprit.  » 

2°.  Saint  Etienne  a  laissé  à  ses  disciples  une  régie  distri- 
buée en  soixante-quinze  chapitres,  à  la  tête  desquels  est 
un  prologue  très-pathétique,  dans  lequel  on  voit  les 
grands  principes  de  religion,  dont  l'auteur  étoit  pénétré  et 
bien  instruit.  Toutes  les  règles  des  divers  ordres  reli- 
gieux, dit-il ,  ne  sont  que  des  ruisseaux  ,  et  non  la  source 

de 


DE  MURET.  À\7 


XII  SIBCLK. 


de  la  religion;  ce  sont  des  feuilles  et  non  la  racine.  Il  y 
en    a   une ,    qui   est   la   régie   des   régies ,    et   l'origine   de 
toutes  les  autres,  qui  est  l'Evangile.  C'est-là  que  tous  les 
fidèles  ont  puisé  et  qu'ils  puiseront  jusqu'à  la  fin  des  siecle9, 
pour  y  trouver  les  moyens   d'observer   les   commandemens 
de  Dieu,    et   d'arriver   à    la    perfection.    Il   veut    que    ses 
disciples  répondent  à   ceux   qui   seront   curieux   de   sçavoir 
quelle  est   la   régie ,   dont    ils    font  profession ,   qu'ils   n'en 
observent  point  d'autre  que  celle  de  l'évangile.  Si  on  leur 
faisoit  voir  qu'il  y   a  quelque  chose  qui  n'y    est  pas  con- 
forme ,   il  veut  qu'on  corrige  sa  régie ,   quoiqu'il  assure  n'y 
avoir  rien  mis  que  par  l'avis  des  docteurs  et  des  personnes 
d'une   grande    piété,    et   après   avoir    consulté    avec    grand 
soin   les   régies  des  pères  pour  s'y  conformer.  '  Cette  régie  c.  1 
contient  plusieurs  statuts  excellens  :  la  pauvreté  et   l'obéis- 
sance  y    sont    recommandées,     comme    étant   le    principal 
fondement  de    la    vie   religieuse.  Le   quatrième    est  remar- 
quable,  par  la  défense  que  le  législateur  fait  à  ses  disciples 
d'avoir  des  églises,  et  de   recevoir  aucune  rétribution  pour 
les    messes.    L'entrée    de  leur    oratoire    est    interdite,    les 
jours   de    dimanche    et  de   fête,  aux    séculiers,  parce   qu'il 
convient  qu'ils  assistent  aux  offices  dans  leurs  églises  pro- 
pres. Tout  commerce  et  tout  procès   sont   défendus  par  le 
quinzième  chapitre.   Le  cinquante-quatrième,   qui    confie  le 
soin  du  temporel  aux  frères  convers ,  a  occasionné  dans  l'or- 
dre de  Grandmont  des  troubles,  qui  ont  failli   le  renverser. 
Dans  le  cinquante-sixième,   on   voit  quelle  étoit  la  charité 
du  saint  instituteur  à  l'égard  des  malades ,  pour  le  soulage- 
ment desquels  il  ordonne  qu'on  vende  même  les  ornemens 
de  l'église.  '  Néanmoins    il  leur   interdit  absolument  l'usage  c.  57 
de    la  viande ,    sans  aucune   exception.    (D.   Mabillon   croit 
que   ce  qui   a  engagé    saint   Etienne  à  interdire   l'usage  de 
la  viande  même  aux  malades,  c'est  pour  éviter  le  reproche 
que   les  Grecs  schismatiques  avoient  fait    sur    ce  sujet  aux 
moines    Latins,     sous     le     pontificat     de    Léon     IX.)     Il 
prescrit  un  jeûne  perpétuel,  depuis  l'exaltation  de  la  sainte 
croix   jusqu'à    Pâques ,   excepté  le  dimanche  et  le   jour  de 
Noël;   avec   cette  différence,  que  pendant   le   carême,   l'u- 
nique   repas  se    faisoit    après   vêpres,    et   dans   les    autres 
temps  après  none   :   depuis  la  fête  de  la  Toussaint  jusqu'à 

2  9     Tome  X.  G  g  g 


An.  1.  64,  n.  113. 


III  SIECLE. 


418  SAINT  ETIENNE 


Noël,  il  prescrit  la  même  abstinence  que  pour  le  carême; 
dans  les  autres  jeûnes   il    permet    les  œufs   et  le  fromage. 

c.  60.  L'élection    du   prieur  de  Grandmont  '  se  devroit  faire  par  le 

concours  de  tout  l'ordre  :  deux  religieux  de  chaque  mo- 
nastère s'étant  rendus  au  lieu  de  l'élection ,  on  en  choisis- 
soit  douze,  six  clercs  et  six  convers,  qui  élisoient  le  prieur. 
Cette  régie  a  été  approuvée  par  plusieurs  papes,  dont 
quelques-uns  y  ont  changé  difiérens  articles  :  elle  a  été 
mitigée  en  particulier  par  Innocent  IV,  l'an  4247,  après 
le  concile  général  de  Lyon  ;  et  par  Clément  V,  l'an  \  309 , 
à  Avignon. 

L'éditeur  de  Rouen ,  qui  a  publié  la  régie  de  saint 
Etienne ,  et  M.  Baillet  dans  la  préface  sur  la  traduction 
des  maximes  de  ce  saint,  avancent  qu'il  se  contenta  d'ins- 
truire ses  disciples  par  ses  paroles  et  son  exemple ,  sans 
jamais  rien  écrire;  et  que  la  régie  a  été  recueillie  en- 
suite par  ses  disciples,  particulièrement  par  Pierre  de  Li- 
moges,  et  mise  dans   la   forme  où  elle    est,    par  Gérard, 

t.  e.  ann.  lib.  74,  septième  prieur  de  Grandmont.  Mais  D.  Mabillon  ,  ou 
plutôt  D.  Martenne ,  dans  une  addition  qu'il  a  faite  au 
manuscrit  de  D  Mabillon,  soutient  que  cette  prétention 
n'est  appuyée  d'aucune  raison  et  d'aucune  autorité;  et 
qu'il  suffit  de  lire  cette  excellente  régie  avec  quelqu'atten- 
tion,  pour  être  persuadé  que  le  véritable  auteur  est  saint 
Etienne,  qui  s'y  découvre  lui-même,  tant  dans  le  prolo- 
gue, que  dans  les   chapitres  9,   \\    et  4  4. 

On  a  douté  autrefois  si  saint  Etienne  de  Muret  et  ses 
premiers  disciples  avoient  fait  profession  de  la  régie  de 
saint  Benoit.  Tritheme,  Yepez,  Haëftenne,  Le  Mire, 
Choppin ,  et  plusieurs  autres  ont  été  pour  l'affirmative; 
le  P.   Mabillon  a   suivi  ce   sentiment  dans  sa  préface  sur  la 

Mab.  an.  iib.  64,  seconde    partie  du    sixième    siècle  des  actes.       Néanmoins 

H    37  ^t  D   112 

c'est  un  sentiment  qu'il  faut  abandonner,  à  l'exemple  du  P. 
Mabillon  lui-même,  qui  ayant  examiné  avec  plus  d'atten- 
tion les  fondemens  sur  lesquels  il  est  appuyé,  en  a  reconnu 
le  peu  de  solidité,  et  toujours  conduit  par  l'amour  du 
vrai,  a  changé  d'avis.  Il  est  inutile  de  rapporter  ici  les 
raisons  qui  font  voir  que  saint  Etienne  de  Muret  n'a  suivi 
ni  la  régie  de  saint  Benoît ,  ni  celle  de  saint  Augustin , 
mais  qu'il  en   a    dressé  une    particulière.    Le  lecteur  peut 


DE  MURET.  449       XII SIECU. 


consulter  ce  que  dit  sur  cette  matière  D.  Martenne  '  dans  la  Ampi.  cou.  t.  6, 
préface  du   sixième   volume  de  sa  grande  collection,   où  il  n-20618^- 
parle  de  l'origine  de   l'ordre  de  Grandmont.   11   nous  suffit 
de  dire  que,    quelle   que  fût  la  régie  de  ce  saint   institu- 
teur,   ses    disciples   firent  l'admiration   et  l'étonnement  de 
leur   siècle    par   leur   sainteté.    Tous   les    écrivains    qui    en 
ont  parlé,    '  ont    dit   des   choses    merveilleuses.     C'étoient  Pet.  Ceii.  ep.  8. 
des  anges  selon  l'expression   de  Pierre  de  Celles,  qui   étoit 
persuadé  que  la  moindre   prière  de  ces  saints  solitaires,  ou 
de  ces  anges,   comme  il   les  appelle,    pouvoit  lui   procurer 
le  secours  du  ciel.  Jean  de  Salisbury  auteur  contemporain ,  Mab.  an.  1.  74,  n. 
nous  les  représente  comme  des  hommes,  qui  s'étant  élevés  92- 
au-dessus  des  nécessités  de  la  vie,  '  étoient  victorieux  non-  saresb.  Poly.  1.  7, 
seulement  de  la  cupidité,   de  l'avarice,  mais  de  la  nature  c'    ' 
même.    Etienne   de    Tournay    n'en    parle    pas    avec  moins 
d'éloges.   Il  les  qualifie  de  bons  hommes;  nom  qui   leur  fut 
donné,    comme    pour    marquer  leur  bonté    et    leur  piété   : 
de  sorte    qu'on    appelloit  boni-hominias  les    maisons  qu'ils 
habitoient.  stepb.Torn.  ep.2. 

La  régie  de  saint  Etienne  a  été  imprimée  à  Dijon  chez 
Pierre  Palliot  l'an  4  645,  en  un  petit  m-42,  sous  ce  titre  : 
Régula  S.    Stephani  confessons,    auctoris   et    fundatoris    or- 
dinis    Grandimontensis.  '  Lipen    en  cite    une    autre    édition  Lip.  bibi.  tnéoi. 
in-4  6,  plus  ancienne   de  deux  ans,   dans   la    même   ville.    '   ' p'    8' 
Albert    Barny    vicaire  général    de    l'ordre    de    Grandmont, 
l'a  fit  imprimer  l'an   4650  en   un  volume  in-4  8,    à  Paris 
chez  Jean  Paslé;  '  et  y  joignit  les  maximes  de  saint  Etienne  Bibi.  s.  vinc  ce- 
recueillies  par  ses  disciples;  les  constitutions  et  statuts  faits  nom* 
dans  le  chapitre  général  de  cet  ordre  tenu  en  4  643;  enfin 
l'office  du  saint  fondateur.   L'an   4  674    la    même  régie   a 
été  imprimée  à  Rouen  par  Eustache  Viret. 

3°  Outre  la  régie  de  saint  Etienne,  nous  avons  de  lui 
des  maximes  et  des  instructions,  qui  n'ont  été  recueillies 
qu'après  sa  mort  par  ses  disciples.  '  M.  Baillet  prétend  que  Pref.  de  la  trad. 
les  disciples  de  ce  saint  «  voulurent  même  que  l'on  prît  p' 
»  ce  recueil  pour  la  régie  de  leur  institut,  qui  selon  lui, 
»  n'en  avoit  effectivement  pas  d'autre  alors  que  l'Evangile , 
»  c'est-à-dire,  la  régie  commune  de  tous  les  disciples  de 
»  Jesus-Christ ,  et  le  testament  laissé  à  tous  ses  enfans.  A 
»  dire  vrai,   ajoute  M.  Baillet,   ces  maximes  ne  sont    au- 

G  g  g  ij 


XII  SIECLE. 


420  SAINT  ETIENNE 

>  très  choses  que  les  maximes  de  l'Evangile  même  ;  et  l'on 
»  peut  juger  que  saint  Etienne  n'avoit  point  eu  intention 
»  de  donner  une  autre  régie  à  ses  disciples,  puisque  sur 
»  la  fin  de  ses  jours,  il  les  exhortoit  encore  à  persévérer 
»  dans  la  régie  qu'il  avoit  prise  de  l'évangile  pour  les  con- 
»  duire  :  Tantùm  in  régula,  de  evangelio  fer  me  suinta, 
»  perseveretis .  »  Ces  paroles  citées  par  M.  Baillet  ne  semblent- 
elles  pas  prouver  le  contraire  de  ce  qu'avance  ce  célèbre 
critique?  Si  Etienne  n'avoit  point  donné  absolument  à 
ses  disciples  d'autre  régie  que  celle  de  l'évangile,  leur 
auroit-il  dit  de  persévérer  dans  celle  qu'il  avoit  prise  de 
l'évangile?  Il  leur  auroit  dit  simplement  de  persévérer  dans 
la  pratique  de  l'évangile;  il  leur  avoit  donc  donné  une 
régie  qu'il  avoit  tirée  de  l'évangile;  per  me  sumta  de  evan- 
gelio. Si  saint  Benoit  avoit  dit  à  ses  disciples  de  persévérer 
dans  la  régie  qu'il  a  prise  de  l'évangile,  comme  il  pouvoit 
le  dire  avec  autant  de  fondement  que  saint  Etienne  de 
Muret,  auroit-on  un  juste  fondement  d'en  conclure  qu'il 
n'a  point  donné  de  régie  particulière  distinguée  de  l'évan- 
gile? D'ailleurs  la  réponse  même,  que  saint  Etienne  veut 
que  ses  disciples  fassent  à  ceux  qui  pourroient  les  interro- 
ger sur  le  genre  de  vie  qu'ils  mcnoient  et  les  blâmer,  est 
une  preuve  qu'ils  avoient  une  régie  particulière.  Cette 
réponse  comprend  une  partie  des  pratiques  prescrites  par  la 
régie,  qui  ne  sont  point  exprimées  dans  l'évangile,  mais 
qui  bien  loin  d'y  être  contraires,  y  sont  très-conformes  : 
Aussi  leur  étoit-il  ordonné  de  répondre,  que  si  ce  qu'ils 
faisoient  n'étoit  point  conforme  à  l'évangile,  ils  étoient 
prêts  à  se  corriger  et  à  le  réformer. 

Il  ne  faut  point  confondre  la  régie  de  saint  Etienne 
dressée  en  particulier  pour  ses  disciples,  dont  nous  avons 
parlé,  avec  les  maximes  dont  il  s'agit  ici,  qui  sont  com- 
munes, et  à  ses  religieux,  et  aux  personnes  qui  venoient 
du  dehors  pour  le  consulter  :  c'est-à-dire,  qui  renferment 
non-seulement  des  pratiques  propres  et  particulières  aux 
disciples  de  saint  Etienne,  mais  encore  des  instructions 
générales  qui  conviennent  à  tous  les  fidèles.  Il  est  vrai 
qu'une  partie  de  ce  qui  est  prescrit  dans  la  régie  se  trouve 
ici  parmi  ces  maximes,  qui  sont  au  nombre  de  -122,  mais 
il  y  a  plusieurs  choses,  qui  regardent  moins  les  disciples  de 


DE  MURET.  421       in  8ŒCLB. 


saint  Etienne,  que  les  personnes  qui  venoient  prendre  ses 
avis,  et  beaucoup  d'autres  qui  sont  propres  à  tous  les 
fidèles.  On  peut  même  dire  en  général  de  ces  maximes, 
ce  que  l'on  a  dit  des  Ascétiques  de  saint  Basile  le  Grand, 
comme  le  remarque  M.  Baillet,  que,  quoiqu'il  semble  y  Pref.  p.  u. 
avoir  eu  principalement  en  vue  l'instruction  des  personnes 
retirées  du  monde,  il  n'y  en  a  presqu'aucune  qui  ne  soit 
à  l'usage  de  tous  les  chrétiens,  de  quelqu'état  et  condition 
qu'ils  soient. 

Guillaume   Dandina   nous  apprend   que  les   maximes   de  vu.   Hug.   apud 
saint  Etienne  de    Muret    furent   recueillies    après   sa    mort  ?oii!p.t'iîw.amp'' 
par  Hugues  de  Lacerta  le   plus    célèbre    de  ses  disciples, 
qui  les   avoit  souvent    entendues  de   la  bouche  de  ce  saint 
homme,   auprès   duquel  il  étoit  toujours  de  son  vivant.  M. 
Baillet  veut  qu'on  les  considère  selon  l'esprit  qui  les  a  pro- 
duites en  les  tirant  de  leur  source  divine,  '  et  selon  le  corps  Bail  pref.  p.  s. 
dont    elles   sont  revêtues,    pour   ne   pas    confondre   ce   qui 
appartient  à  saint  Etienne  avec  ce  qui  n'est  que  de  ses  dis- 
ciples. «  Du  côté   de  l'esprit,    dit-il,    elles  ne   seront   pas 
»  un  petit  sujet  d'admiration  à  ceux  qui  sans  s'arrêter  à  la 
»  surface,  voudront  en  pénétrer  la  profondeur.  On  sera  sur- 
»  pris  d'y  trouver  un  si  grand  sens  et  tant  de  solidité,  joint  à 
»  l'élévation  de  l'esprit  et  à  la  délicatesse  des  pensées.  Le 
»  tour  même  que  le  saint  y  prend ,  pour  exposer  les  grandes  p.  9. 

>  vérités  dans  leur  jour,  et  l'agrément  dont  il  l'accom- 
»  pagne ,  ne  fait  que  trop  entrevoir  une  finesse  de  goût 
»  et  une  politesse,  que  le  renoncement  au  monde  et  l'ha- 
»  bitation  sauvage  des  bois  et  des  montagnes  n'avoient  pu 
»  effacer.  On  y  trouve  un  sel,  une  vivacité,  et  un  bril- 
»  lant  même  qu'on  ne  s'aviseroit  gueres  d'exiger  d'ailleurs 

>  d'un  homme  humilié,  et  pour  ainsi  dire  étouffé  depuis 
»  tant  d'années  sous  les  mortifications  de  l'esprit  et  du 
»  corps. 

Il  y  a  lieu  de  croire  que  ces  maximes  teHes  que  nous  les 
avons,  ne  sont  que  la  moindre  partie  de  ce  qu'on  avoit 
pu  en  recueillir.  Mais  ce  qui  nous  en  reste  montre  une  va- 
riété qui  plaît,  avec  un  air  de  nouveauté,  qui  fait  juger 
de  la  fécondité  et  de  la  beauté  du  génie  de  l'auteur.  On 
trouvera  la  preuve  de  ceci  dès  le  premier  chapitre  dans  la 
proposition  que  le  saint  faisoit  à  ceux  qui  demandoient  à 
2  9  * 


XII    SIECLE. 


422  SAINT  ETIENNE 


être  reçus  au  nombre  de  ses  disciples.  Il  leur  disoit  agréa- 
blement qu'ils  seroient  renfermés  dans  une  prison ,  qui 
n'avoit  ni  trou  ni  porte  pour  en  sortir,  et  qu'ils  ne  pour- 
roient  retourner  au  siècle  que  par  la  broche  qu'ils  y  fe- 
roient  eux-mêmes  :  que  si  ce  malheur  leur  arrivoit,  il  ne 
pourroit  envoyer  après  eux  pour  les  ramener,  parce  que 
tous  ceux  qui  y  étoient,  avoient  les  jambes  coupées  pour 
le  siècle  aussi-bien  que  lui.  Nous  souhaiterions  pouvoir 
nous  étendre  davantage,  et  faire  voir  par  d'autres  exem- 
ples, l'agrément  et  la  solidité  qui  se  trouvent  dans  les 
instructions  que  le  bienheureux  Etienne  donnoit  tant  à 
ses  disciples  qu'aux  personnes  du  dehors,  que  sa  réputa- 
tion attiroit  dans  le  désert  de  Muret.  Quelle  lumière, 
quelle  force  dans  ce  qu'il  disoit  aux  premiers  sur  les  avan- 
c.  3,  4,  5,  6, 7,  8,  tages  de  la  vie  religieuse;  sur  les  tentations  par  les- 
9,  îo,  12,  16.  quelles  le  démon  tâche  de  les  faire  tomber;  sur  les  moyens 
de  s'en  garantir;  sur  la  vaine  gloire  et  les  funestes  effets; 
sur  l'ambition  de  commander  ou  d'enseigner  les  autres; 
sur  la  science  nécessaire  pour  servir  Dieu  de  la  manière 
qu'il  doit  être  servi;  sur  la  miséricorde  que  Dieu  fait  à  celui 
qui  entre  en  religion;  sur  le  centuple  promis  dans  l'évan- 
gile à  ceux  qui  quittent  tout  pour  Jesus-Christ?  On  recon- 
noit  à  chaque  trait  un  homme  rempli  et  pénétré  de  l'es- 
prit de  Dieu,  qui  répand  comme  une  pluie,  selon  l'ex- 
pression de  l'écriture,  les  paroles  de  sa  sagesse.  Là  il  fait 
en.  sentir  au  pécheur,  combien  il  est  horrible  de  se  séparer  de 

c.  i8.  Dieu  :  ici  il  rassure  le  juste,  '  en  lui  montrant  ce  qui  doit 

c.  22.  faire  le  sujet  de  sa  confiance.  '  Il  apprend  aux  fidèles  com- 

ment ils  doivent  se  reposer  des  soins   de  cette  vie  sur  le 
c.  20, 23.  Seigneur    :    '  il   leur   fait    comprendre    la   douceur    de    ses 

commandemens,     comment    ils     sont    doux     et     faciles    à 
observer;    l'obligation    sans    bornes   qu'ils   ont   d'aimer  et 
c.  27, 42.  de   servir   Dieu    sans    fin  ;   '  comment   ils  doivent  posséder 

l'amour  de  Dieu  et  le  faire  prévaloir  sur  toutes  les  autres 
choses.  11  faudroit  transcrire  ces  maximes  en  entier,  si  nous 
voulions  rapporter  tout  ce  qu'elles  renferment  d'utile  et 
d'édifiant  sur  plusieurs  points  importans  de  la  morale  chré- 
tienne. Mais  nous  pouvons  dire  en  général,  qu'il  est  peu 
d'écrits  en  ce  genre  aussi  instructifs,  aussi  lumineux,  et 
aussi  exacts  que  le  recueil  des  sentences  de  saint  Etienne. 


DE  MURET.  423      XII  SIEClB. 


Le  style  de  ces  maximes  ne  répond  nullement  à  la  beauté, 
à  la  justesse  et  à  la  solidité  des  pensées;  ce  qui  donne 
lieu  de  croire  qu'elles  ont  beaucoup  perdu,  en  passant  par 
le  canal  des  disciples  du  bienheureux  Etienne,  qui  ne  les 
auront  point  rendues  dans  la  même  netteté,  la  même  for- 
ce ,  et  la  même  beauté  qu'ils  les  avoient  reçues  de  leur 
saint  instituteur.  Quant  à  la  méthode  qu'on  a  suivie,  et 
l'ordre  dans  lequel  on  les  a  placées ,  il  ne  paroît  pas  qu'on 
en  ait  gardé  d'autres,  que  de  les  ranger  selon  qu'elles  ve- 
noient  à  l'esprit  de  celui,  ou  de  ceux  qui  en  ont  dressé  le 
recueil. 

Il  a  paru  deux  éditions  in-\2  des  maximes  de  saint 
Etienne,  à  Paris,  en  latin  et  en  françois  :  la  première 
l'an  4  704,  chez  Pierre-Augustin  le  Mercier,  et  la  veuve 
Jean  de  saint  Aubin;  la  seconde  en  4707,  chez  Jacques 
Vincent.  L'auteur  de  cette  traduction  est  M.  Baillet,  si 
célèbre  dans  la  république  des  lettres.  Ceux  qui  ignorent 
la  langue  latine,  lui  ont  une  vraie  obligation  de  leur 
avoir  procuré  le  moyen  de  lire  des  instructions,  dont  ils 
peuvent  tirer  beaucoup  de  fruits.  Ceux  même  qui  sçavent 
cette  langue,  tireront  aussi  de  la  traduction  françoise  du 
secours  pour  l'intelligence  de  plusieurs  endroits  obscurs 
dans  le  latin,  dont  le  sens  est  quelquefois  interrompu  ou 
suspendu.  Le  sçavant  traducteur  a  remédié  à  ce  défaut, 
en  suppléant  ce  qui  lui  a  paru  avoir  été  omis  par  ceux  qui 
ont  fait  ce  recueil;  '  en  achevant  des  pensées,  qui  ne  lui  Pref.  p.  12. 
paroissoient  point  finies;  en  déterminant  ou  fixant  quelque- 
fois un  sens  qui  sembloit  être  suspendu;  en  expliquant  enfin 
par  l'addition  de  quelques  mots,  ou  par  des  courtes  phra- 
ses, ce  qui  demandoit  d'être  un  peu  développé.  Mais  pour 
ne  point  manquer  à  la  fidélité  d'une  traduction  exacte,  le 
traducteur  '  a  eu  soin  de  ne  pas  laisser  confondre  avec  le  p.  13. 
texte  de  l'original  les  additions  qu'il  y  a  faites;  et  il  les  a 
renfermées  dans  des   parenthèses  pour  les  distinguer. 

4°.  Nous  trouvons  encore  quelques  autres  maximes  et 
instructions  de  saint  Etienne  de  Muret  dans  une  courte  vie 
de  ce  saint ,  composée  par  les  soins  d'Etienne  de  Lisiac , 
quatrième  prieur  de  Grandmont,  selon  le  témoignage  de 
Bernard    Guidonis.  '  Cette   vie   intitulée   S.    Stephani   dicta  Jiart.  ampi  cou. 

„  ,  ,.   .   ,  .  ,  .    *         ,. ,   .        t. 6. p.l043etsuiv. 

et  facta,     est  divisée  en  seize  chapitres,  qui   ont  ete  in- 


III  SIECLE. 


424  SAINT  ETIENNE 


sérés  dans  la  vie  du  saint  fondateur  de  l'ordre  de  Grand- 
mont  écrite  par  Gérard  Ithier.  D.  Martenne  en  donnant 
au  public  la  production  de  celui-ci ,  s'étant  apperçu  de  cette 
fourrure,  par  la  différence  du  style  et  par  d'autres  raisons, 
a  jugé  que  ces  seize  chapitres  avoienl  été  insérés  mal  à 
propos   dans  l'ouvrage  de  Gérard  après   le  quarante-sixième 

p.  us.  chapitre,  '  et  les  eu  a  retirés  pour  les  imprimer  séparément. 

Parmi  les  maximes  rapportées  dans  ces  seize  chapitres,  il 
y  en  a  quelques-unes  qui  sont  les  mêmes ,  et  dans  les  mê- 
mes termes,  à  peu  près,  qu'elles  se  lisent  dans  le  recueil 
des  cent  vingt-deux.  C'est  ce  qu'on  peut  voir  en  comparant 
le  troisième  chapitre  avec  le  cinquante-septième  du  recueil; 
le  quatrième  avec  le  soixante-troisième,  dans  lesquels  on 
rapporte  les  avis  que  saint  Etienne  donnoit  aux  soldats  sur 
la  manière  dont  ils  pouvoient  se  sauver  dans  leur  profession; 
et  avec  quel  esprit  ils  dévoient  faire  les  exercices  militaires, 
et  servir  Dieu  dans  les  services  qu'ils  rendoient  à  leurs  prin- 
ces. Mais  il  y  en  a  d'autres  dans  les  seize  chapitres,  spé- 
cialement dans  le  huitième  qui  ne  se  trouvent  point  dans  le 

p.  11-22.  recueil.   '  Ce  chapitre  est  ainsi  intitulé  :  Qua  ratione  mere- 

tricibus  et  histrionibus  bona  temparalia  largiebatur .  Saint 
Etienne  vouloit  qu'on  soulageât  ces  sortes  de  personnes  dans 
les  besoins  du  corps ,  pour  avoir  occasion  de  leur  procurer 
les  biens  de  l'ame  «  Si  le  pécheur,  disoit-il,  en  s'adressant 
»  à  nous ,  est  reçu  avec  des  paroles  dures ,  il  croira  que 
>  Dieu  est  cruel,  et  demeurera  plus  attaché  à  son  péché;  au 
»  lieu  qu'il  écoutera  plus  volontiers  ce   qu'on  lui  prescrira 

P.  U23.  >  pour  le  salut  de  son  ame ,  s'il  reçoit  d'abord  les  besoins 

»  du  corps.  »  Le  neuvième  chapitre  porte  ce  titre  :  Qua 
ratione  confraternitates  sœcularium  hominum  vitabat.  Saint 
Etienne  répondoit  à  ceux  qui  lui  proposoient  ces  sortes  de 
confrairics,  que  toutes  les  bonnes  œuvres,  que  lui  et  ses 
disciples  pratiquoient,  étoient  communes  à  tous  les  hom- 
mes, qu'ils  ne  pouvoient  point  ajouter  d'autres  prières  à 
celles  qu'ils  faisoient  chaque  jour  :  après  cela,  il  disoit  à  ses 
disciples  en  particulier,  en  leur  rendant  compte  de  ces 
propositions ,  que  ceux  qui  les  faisoient ,  vouloient  sans  le 
sçavoir ,  sous  le  spécieux  prétexte  d'un  bien ,  les  rendre 
coupables  de  simonie.  Mais,  à  Dieu  ne  plaise,  ajoutoit-il, 
que    nous  vendions  l'office    djvin.   C'est  être   mercenaire, 

que 


DE  MURET.  425      XII SIECLE. 


que  de  prier  lorsqu'on  donne  quelque  chose,  et  de  cesser  de 
prier  lorsqu'on  ne  donne  rien  (4  ). 

5°.   D.   Montfaucon   indique  parmi  les   manuscrits   de   la  Bibi.  p.  1375. 
bibliothèque  de  saint  Victor  de   Paris,   une  lettre  de  sanu 
Etienne  :  Stephani  prirni  patris  Grandimontanorum. 


ARNOUL    ou    ERNULPHE, 

EVESQUE    DE    ROCHESTER, 

ET  AUTRES  ECRIVAINS. 

8  1. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Ernclphe   naquit   à   Reauvais    vers    l'an    -1040,    et    fut 
envoyé  dès  sa  plus  tendre  jeunesse  '  à  la  célèbre  école  Maim.i  î.degest. 
du  Rec,    dont  saint   Lanfranc    avoit  la    conduite.    Après   y  Ponl'  Hoff" 
avoir  fait  de  grands  progrès  dans  la  vertu  et  les  lettres,   il 
revint  dans  sa  patrie ,  et  se  consacra  à  Dieu  dans  le  monas- 
tère de   saint  Lucien    de   Reauvais,  et   non   dans   celui   de 
saint  Symphorien,   '  comme  l'a  cru   Yves  de  Chartres.  On  Yv.ep. 78. 
le  jugea  dès-lors  capable  de  donner  des  leçons  de  grarnmai-  Ans.  ep.  300, 1. 1, 
res  aux  jeunes  religieux,  et  il  fut  chargé  de  cette  fonction.  p-  325, 
Mais  comme  il  vit  certains  abus  qu'il  ne  pouvoit  ni  corri- 
ger, ni  souffrir  en  conscience,   il  forma  le  dessein  de  quit- 
ter ce  monastère  '  pour  se  retirer  dans  un  autre  plus  régu-  Maim.  tbié. 
lier.   Il  en  écrivit  vers  l'an  4  070  à  saint  Anselme,  dont  il 
avoit  éprouvé  les  bontés   pendant  son    séjour  dans  l'abbaye 
du  Rec ,   lui  témoignant  un  grand  désir  d'avoir  quelqu'en- 
tretien  avec  lui  sur  les  mesures  qu'il  auroit  à  prendre.  '  Saint  Ep.  30,  p.  323. 
Anselme  fit   réponse  à   Ernulphe  par  une   lettre  pleine  de 

(1)  Sic  et  sic  admanent  nos,  ignorantes  equidem  sub  specie  bonitatis  fleri  si-   C.  9. 
moniacos  ;  sed  absit  h  nobis  dwinum  vendere  officium.  Opus  est  enim  merct- 
narii  twnc  orare  cùm  aliquid  datur,  et  àprecibus  eessare,  cum  nihil  datur. 

Tome  X.  H  h  h 


xii  siècle       42G  ERM'LPHE  EVESQUE,  etc. 


tendresse,  approuva  son  dessein,  et  l'exhorta  même  à  l'exé- 
cuter, en  supposant  néanmoins  le  consentement  de  son  ab- 
bé, dont  il  veut  qu'il  s'assure.  Mais  il  paroit  surpris  de  le 
voir  enseigner  aussitôt  après  sa  profession  ,  et  dans  un  temps 
où  il  ne  devoit  penser  qu'à  s'instruire  lui-même  des  devoirs 
et  des  obligations  de  l'état  qu'il  avoit  embrassé.  Il  lui  con- 
seille de  n'avoir  aucune  autre  vue  dans  le  changement  qu'il 
médite;  et  de  choisir  un  monastère,  où  loin  d'enseigner  les 
autres  il  ne  travaille  qu'à  sa  propre  instruction.  Nec  locum 
ubi  vos  aliis  prodesse  aliosque  inslruere,  sed  ubi  vos  per 
alios  pruficere,  et  ab  aliis  ad  spiritualem  militiam  instrui 
possitis ,   eliaatis. 

Maim.  ibid.  '  Ernulphe  suivit  ce  conseil ,  et  s'adressa  à  Lanfranc ,   alors 

archevêque  de  Cantorbery.  Après  lui  avoir  ouvert  son 
cœur,  comme  à  un  père,  qui  l'a  voit  élevé,  il  le  consulte 
sur  le  choix  du  monastère,  lui  promettant  de  se  soumettre 
à  tout  ce  qu'il  voudrait  bien  lui  prescrire.  Le  saint  arche- 
vêque lui  offrit  une  place  parmi  ses  religieux,  et  lui  enjoi- 
gnit sur  toutes  choses  de  sortir  sans  différer  d'un  lieu,  où 
il  se  voyoit  exposé  à  se  perdre.  Ernulphe  obéit  prompte- 
ment  à  un  ordre  si  précis,  et  passa  en  Angleterre  vers  l'an 

Ans.  pp.  43,  1. 1,  -1075  ou  -1072.  '  Il  v  trouva  plusieurs  religieux  du  Bec,   qui 

p.  327-55,  p.   331-  .       .  ,  '        e  P       t  b  H. 

60.  p.  334-65,  p.  avoient  accompagne  Lantranc ,  et  ne  pensa  qu  a  suivre  les 
avis  que  lui  avoit  donné  saint  Anselme ,  en  profitant  des 
momens  de  loisir  que  Lanfranc  consacroit  à  son  instruc- 
tion. Mais  bientôt  il  fut  chargé  lui-même  d'exercer  le  ta- 
lent qu'il  avoit  d'enseigner  la  grammaire;  ce  qui  lui  pro- 
cura l'occasion  d'obliger  saint  Anselme  dans  la  personne  de 
ses  élevés,  dont  plusieurs  étoient  tendrement  aimés  du 
ibid.  saint- abbé  du  Bec,    comme  on    le  voit  dans  ses  lettres.' 

Angi.  sacr.  1. 1,  p.  'Henri  prieur  de  Cantorbery,  ayant  été  élu  abbé  du 
caut.  H'St'  pnu'"'  monastère  de  la  Guerre  de  Bello;  et  vulgairement  la  Bataille, 
Ernulphe  fut  jugé  digne  de  le  remplacer,  par  saint  Anselme 
alors  archevêque  de  Cantorbery,  et  il  justifia  le  choix  de  ce 
saint  prélat  par  la  sagesse  de  sa  conduite,  et  par  les  services 
qu'il  lui  rendit  dans  les  circonstances  fâcheuses  où  il  se  trou- 
Ans,  ep.  p.  434,  va  peu  après.  '  On  conserve  dans  les  archives  de  Cantorbery, 
une  charte  d'un  prieur  de  Rochester  appelle  Ernulphe,  qui  a 
fait  croire  que  celui  dont  il  s'agit  dans  cet  article,  avoit  été 
prieur  de  cette  église,  et  qu'il  avoit  succédé  à  Ordwin,  qui  se 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  427      x„  SIECLE. 


démit  en  4089.  Mais  nous  venons  de  voir,  que  notre  Ernulphe 
demeura  toujours  à  Cantorbery  depuis  son  arrivée  en  Angle- 
terre; et  d'ailleurs  on  ne  trouve  aucun  vestige  qu'il  ait  été 
prieur  de  Rochester.  '  Il  est  fait  mention  dans  une  lettre  de  l-  i,  ep.  44,  p. 
S.  Anselme,  d'un  Ernulphe  chapelain  de  Gondulphe  évêque 
de  Rochester  :  ce  chapelain  se  fit  religieux,  eL il  fut  chargé 
de  portera  Cantorbery,  selon  l'usage,  le  bâton  pastoral  de 
Gondulphe  '  après  la  mort  de  ce  prélat  arrivée  l'an  44  08.  *p-  E»dm.  hist. 
Cet  Ernulphe  est  vraisemblablement  le  prieur  de  Rochester 
de  ce  nom,  qu'on  a  mal  à  propos  confondu  avec  celui 
qui  fait  l'objet  de  cet  article. 

Ernulphe,  après  avoir  dignement  rempli  la  place  de 
prieur  de  Cantorbery,  fut  successivement  abbé  de  saint  Angi.  sac.  t.  i,  p. 
Pierre  de  Rurgh  l'an  4-107,  et  évoque  de  Rochester  l'an 
■1444.  Il  tint  ce  siège  neuf  ans  et  quelques  jours,  et  mou- 
rut âgé  de  84  ans,  le  45  de  mars  4  425,  selon  l'ancienne 
manière  de  commencer  l'année,  ou  4  424,  selon  la  nou- 
velle. Yves  de  Chartres  parle  d'Ernulphe  avec  éloge  dans 
sa  soixante-dix-huitieme  lettre.  On  loue  sur-tout  en  lui  la 
probité  et  la  prudence  '  qu'il  fit  paroître  dans  toutes  les  Guiu.  Maim.  ibid. 
places  qu'il  occupa. 

§  H. 

SES  ÉCRITS. 

4°.  T)ARMi  les  manuscrits,  dont  Philippe  évêque  de 
L  Rayeux  fit  présent  à  l'abbaye  du  Rec  sur  la  fin  du 
douzième  siècle,  il  y  avoit  deux  traités  d'Ernulphe  ainsi 
intitulés  :  Liber  Erntdphi  de  incertis  nupliis  :  Item  qua- 
tuor quœstiones  divinœ  scripturœ  solutœ  ab  eo.  Ces  deux  T.  2,  spic.  p  412. 
traités  ne  sont  autre  chose  que  les  deux  lettres  d'Ernulphe, 
publiées  par  D.  Dacheri  sur  un  manuscrit  du  sçavantM.  Ri- 
got,  où  elles  ont  ce  titre  :  Arnulphus  Roffensis  episcopus,  de 
incertis  conjngiis  :  ejusdem  epistola  de  sacramento  altaris. 

2°.  Le  premier  de  ces  deux  ouvrages  est  adressé  à  Va- 
chelin  évêque  de  Winchestre.  Ernulphe  lui  rappelle  une 
conférence,  qu'ils  avoient  eue  ensemble  à  Cantorbery, 
dans  laquelle  ils  avoient  agité  cette  question  :  An  uxor  à 
filïo  conjugis,  non  suo,  adulterium  passa,  a  thoro  conju- 
gis  merito  suo  sit  pontificali   judicio    removenda.    Ernulphe 

H  h  h  i} 


in  siècle.      428  ERNULPHE  EVESQUE,  etc. 

avoit  soutenu  que  dans  un  tel  cas  la  femme  doit  être  sé- 
parée pour  toujours  :  Vauchelin  étoit  d'un  sentiment  op- 
posé :  après  avoir  disputé  long-temps ,  ils  s'étoient  séparés 
sans  rien  décider.  Ernulphe  revenant  à  la  charge  dans  cet 
écrit,  remarque  d'abord  avec  saint  Augustin,  dont  il  cite 
les  paroles,  en  l'appellant  Magnus  ille  doctor,  Augusti- 
num  dico,  que  les  questions  qui  regardent  les  mariages, 
sont  très-difficiles  et  très-obscures;  puis  il  expose  le  sen- 
timent de  Vauchelin,  rapporte  les  autorités  dont  il  l'ap- 
puyoit,  et  y  répond.  Après  quoi  il  soutient  que  selon  les 
loix  et  la  coutume  de  l'église,  les  décrets  des  conciles, 
et  la  doctrine  des  pères,  une  femme  qui  se  trouvoit  dans 
le  cas  proposé,  devoit  être  mise  en  pénitence,  et  séparée 
pour  toujours  de  son  mari.  Notre  auteur  dit  en  finissant 
son  écrit ,  qu'il  n'a  fait  que  rapporter  le  sentiment  de  Lan- 
franc   de  glorieuse    mémoire,   avec    lequel    il    avoit   eu   des 

ib.  p.  431.  entretiens  sur  cette  question. 

2°.  La  deuxième  lettre    d'Ernulphe  est    adressée  à  Lam- 
bert ,    savant    religieux  de  saint  Bei  tin  ,  depuis  abbé  de  ce 

Mart.  thés.  anec.  célèbre  monastère.       Lambert   avoit  proposé    quatre    ques- 
,p'  tions  sur  le  sacrement  de  l'Eucharistie  à  notre  auteur,  qui 

fut  deux  ans  sans  y  répondre,  à  cause  d'une  longue  maladie. 
Lambert  demandoit  en  premier  lieu ,  pourquoi  les  fidèles 
recevaient  le  corps  de  Jesus-Christ  trempé  dans  le  sang, 
au  lieu  que  les  Apôtres  avoient  reçu  séparément  le  corps 
et  le  sang  des  mains  du  Sauveur.  C'étoit  encore  alors, 
comme  on  voit  par  cette  question,  l'usage  de  communier 
sous  les  deux  espèces  :  Id  enim  quotidianus  ecclesiœ  prœten- 
dit  usus,  ut  tribuatur  hostia  sanguine  intincta ,  cùm  à  Do- 
mino prius  corpus,  deinde  sanguis  porrectus  fuisse  memoretur. 
Ernulphe  répond  à  cette  première  question,  que  Jesus- 
Christ,    en   instituant  les  sacremens,    a  laissé   à  l'Eglise   le 

spic.  t.  2,  p.  433.  pouvoir  de  régler  la  manière  de  les  administrer.  '  C'est  pour- 
quoi le  Sauveur  en  disant  à  ses  Apôtres  ;  Faites  ceci  en 
mémoire  de  moi,  ne  leur  prescrivoit  pas  la  manière  de  le 
faire,  et  ne  leur  dit  point,  faites-le  de  cette  manière,  Non 
ait  :  hoc  modo  facite  :  De  même  lorsqu'il  institua  le  sacre- 
ment de  Baptême,  il  dit  à  ses  Apôtres  :  Allez,  baptisez 
toutes  les  nations  au  nom  du  Père,  du  Fils  et  du  saint- 
Esprit.  Ainsi  l'église  dans  sa  naissance  a  eu  des  usages,  qui, 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  429      in8iECLi. 


pour  de  justes  raisons  ont  été  changés  dans  la  suite  des 
temps,  et  auxquels  on  en  a  substitué  d'autres.  Ernulphe 
appuie  ce  qu'il  dit  ici  de  l'autorité  de  saint  Augustin,  qui 
écrivant  à  Jannarius,  enseigne  que  l'église  a  voulu  par 
respect  pour  le  corps  de  Jesus-Christ ,  qu'on  le  reçût  avant 
toute  autre  nourriture ,  quoique  les  disciples  ne  fussent 
point  à  jeun,  lorsqu'ils  le  reçurent  de  la  main  du  Seigneur. 
Ernulphe  répond  ensuite  aux  autres  questions  de  Lambert, 
avec  beaucoup  de  justesse  et  de  solidité,  et  établit  de  la 
manière  la  plus  claire  et  la  plus  précise  la  foi  de  l'église  sur 
l'Eucharistie.  Il  remarque  judicieusement ,  que  ces  sortes 
de  questions  sont  ordinairement  proposées  par  des  per- 
sonnes qui  veulent  passer  pour  sçavans ,  et  aiment  mieux 
se  livrer  à  des  disputes  de  philosophie  que  de  se  soumettre 
humblement  aux  autorités  les  plus  sacrées  et  à  la  discipline 
ecclésiastique.  Il  ne  veut  point  qu'on  mette  en  question  ce 
qui  doit  être  l'objet  de  la  foi ,  parce  qu'il  n'est  point  avanta- 
geux à  une  ame  chrétienne  de  vouloir  discuter  les  mystères 
de  notre  rédemption.  C'est  en  quelque  sorte  ébranler  ce 
qui  est  le  fondement  de  son  salut,  que  de  faire  sur  des 
mystères  de  foi  des  questions  qui  marquent  du  doute  (-1). 

'  3°.   Ernulphe   étant   évêque   de  Rochester ,    fit  une   re-  Ang.  »ac.  t.  î , 
cherche   exacte  des  privilèges,  des  chartes,  des  ordinations  pref'  p'  xxx° 
d'évêques   et  autres  monumens  de  son  église ,  '  depuis  sa  Fabr.  m>.  î.  biw. 
fondation  jusqu'à  son  temps,  et  en  forma  un  recueil  qu'il   atp284- 
intitula   :   Textus  de  ecclesia  Roffensi ,  per  Ernuîphum  epis- 
copum.  Tous  ces  titres  sont   écrits  en  Latin   et    en  Saxon, 
ou  Anglois.   Ernulphe  y  insera  les   loix   d'Hethelbert,  d'Al- 
fred ,    de   Guntrum ,    de   Canut    et   de   Guillaume   I  ,    etc , 
écrites   pareillement   en   Latin   et  en  Saxon.    Il  ajouta  en- 
core à  ce  recueil   des  extraits  des  décrets  des  papes ,  jus- 
qu'au   temps   où    il   vivoit ,    avec    leurs    noms ,    ceux    des 
évêques  de  Jérusalem   et  des   quatre  églises  patriarchales , 
des  archevêques  et   évêques  d'Angleterre  depuis  saint  Au- 
gustin ;  les  jugemens  de   la  ville   de  Londres ,  la  généalo- 
gie   d'Edouard    l'ancien,  et   celle    des  rois   de  l'Eptarchie 

(1)  Bipc  idcircb  dixerim,  ut  quœ  fi.de  sola  intuenda  sunt,  in  questionem  non 
adducatU ,  quia  non  est  utile  animce  christiance  insolitis  disput  ilionibus  dis- 
culrre  mystena  redemptionis  nostrœ  Quoniam  de  sua  salutr  dubitare  videtur, 
qui  de  mytteriis  salulis  quœstwnem  lacère  eognotcitur ;  icriplum  quippe  est  : 
Qui  dubitat,  non  crédit. 


III  SIECLE. 


430  ERNULPHE  EVESQUE,  etc. 


depuis  Ada.  On  conserve  précieusement  ce  recueil  dans 
les  archives  de  Rochester.  On  y  a  ajouté  depuis  Ernulphe, 
les  noms  des  quinze  archevêques  de  Cantorbery ,  et  de 
treize  évêques  de  Rochester.  Tout  le  reste  est  écrit  de  la 
même  main  et  est  du  temps  même  de  l'auteur. 
T.  1,  p.  329,  et  'On  a  imprimé  une  partie  de  ces  mémoires  dans  VAnglia 
8Uiv-  sacra,    c'est-à-dire,    ceux  qui    concernent   l'église  de  Ro- 

chester; Ernuîphi  episcopi  Roffensis  collectanea  de  rébus 
ecclesiœ  Roffensis  à  prima  sedis  fundatione  ad  sua  tempora, 
ex  textu  Roffensi,   quem  composuit   Ernulphus. 

4°.  On  voit  dans  la  bibliothèque  de  saint  Benoît  de 
Cambrige  un  recueil  de  lettres,  liber  epistolarum,  qui 
cat.  mss.  Angi.  commence  ainsi  :  Ernulphus,  Dei  gratiâ ,  etc.  '  Nous  pou- 
part  3.  n.  H80  vong  jjjen  conciure  qU'Une  partie  de  ces  lettres  est  de  l'é- 
vêque  de  Rochester;  mais  nous  ne  pouvons  dire  avec  cer- 
titude qu'il  est  auteur  de  toutes  celles  qui  sont  contenues 
dans  ce  recueil. 

Balœus  attribue  à  Ernulphe  deux  écrits,  l'un  sur  l'ouvrage 
App.  sac.  1. 1,  p.  des  six  jours,  l'autre  sur  les  six  paroles  de  notre  Seigneur 
wion.  1.  2,  p.  sur  la  croix,  de  operibus  sex  dierum,  et  de  sex  verbis  Do- 
i0i-  mini   in   cruce;  mais  ces  écrits  sont   l'un  et   l'autre  d'Ar- 

nold  de  Bonneval.  Possevin  qui  attribue  ces  mêmes   écrits 
à  Ernulphe,    y   joint  encore    des    sermons.    Wion    le    fait 
p.  oie.  '  auteur  d'un  traité  en  vers  sur   les  proverbes  de  Salomon , 

dont  le  P.  le  Long  fait  mention  dans  sa  bibliothèque  sacrée. 

ord.  1. 12,  p.  882.  tjaoul  le  Verd  ,  archevêque  de  Reims,  est  loué  par 
•Tiorderic  Vital  comme  ayant  fait  d'excellentes  études,  et 
l'un  des  prélats  de  son  temps  qui  avoit  le  plus   d'érudition 

Gai.  chr.  noy.t.  9,  et  d'éloquence.   Nous  n'avons  de  lui   que   cinq  ou  six  let- 

p'  très   fort  courtes  et   de  peu  de  conséquence  sur  des  affaires 

particulières,  et  environ  autant  de  chartes.  Ce  prélat  mou- 
rut l'an  ^24,  fut  enterré  dans  l'église  de  l'abbaye  de  saint 
Rémi ,  pour  laquelle  il  avoit  toujours  eu  beaucoup  d'affec- 
tion. Il  y  a  même  apparence  qu'avant  sa  mort  il  embrassa 
dans  sa  dernière  maladie  la  vie  monastique  ;  et  qu'ainsi 
il  exécuta,  quoique  bien  tard,  le  dessein  qu'il  en  avoit 
formé  autrefois  de  concert  avec  saint  Bruno. 

Mab.  an.  lib.  66,  Le  saint  instituteur  des  Chartreux  lui  avoit  même  écrit 
de  sa  retraite  de  Calabre,  pour  le  faire  souvenir  de  sa  ré- 
solution, et  l'engager  à  la    remplir. 


ET  AUTRES  ECRIVAINS.  434       x„  siècle. 


(""(oscelin    doyen    de     l'église    de    Beauvais,    est    auteur 
Jd'une  lettre  à  Raoul  le  Verd,  '  que   D.   Martenne  nous  a  t.  i,  p. 349. 
donnée  dans  ses  anecdotes. 

Jean     de    Cootance    a    composé     un     traité    du    Comput 
ecclésiastique,  '  dont  l'objet  principal  est  de  fixer  la  fêle  Neustr.pia.p.6»o. 
de  Pâques,   suivant  le  cours  du  soleil  et  de  la  lune.  Il  est  rtiistfde'pàrft?" 
précédé  d'un   chapitre   dédicatoire  adressé   à   Geoffroi   abbé  p-  90- 
de  Savigny,   et  à  toute  sa  communauté.   M.   l'abbé  le  Lœuf 
dit  qu'il  l'adressa  vers  l'an  -1 4 20   à  Geoffroi;  ce  qui  ne  peut 
être,   puisque  cet  abbé   ne  commença  à  gouverner  l'abbaye 
de  Savigny  qu'en  l'an  -H  22  :  ainsi  Jean   n'a   composé  son 
traité  qu'après   cette   année,    et  avant    l'année  -H 39,    qui 
fut  celle   de  la  mort   de   Geoffroi.  '  D.  Martenne   a   donné  Thés,  anecd.  1. 1, 
au   public    l'épitre    dédicatoire,    par   laquelle  il  paroît    que  p' 3 
l'auteur  avoit   entrepris  cet  ouvrage   à  la  prière  de  ceux  à 
qui  il   l'adresse.  Il  les  prie  d'y  corriger  ce  qui  méritera  de  ib. 
l'être ,  ou  de  l'en  informer.   Car  je   sçai ,  dit-il ,  qu'il  y  a 
dans  votre  sainte  et  vénérable  communauté    plusieurs  sça- 
vans,  qui  étoient  en  état,  s'ils  avoient  voulu,   de  se  char- 
ger d'un  pareil  travail,  et   de   s'en   bien   acquitter,   et  qui 
pourront  y  faire  les  corrections  nécessaires.  '  Le  P.   Pome-  Pom.  p.  305. 
raye   parle  dans    son   histoire  de   la   cathédrale  de  Rouen, 
d'un    doyen   de   cette    église    nommé     Jean    de    Coutance. 
Mais  comme    celui-ci   n'est   mort  qu'en   4498,  ce  ne  peut 
pas  être   l'auteur  du  Comput  ecclésiastique  dont   il  s'agit. 

Pierre,    chanoine    de  Noyon ,   est   auteur  d'une  lettre   à 
Eustache  abbé  de  saint  Eloi  de  la  même  ville.  '  Elle  con-  Mart.  amp.coii.  t. 
tient  la  relation  de  la  découverte  des  corps  du  père  et  de  la    ' p' 
mère  de  saint  Eloi,  qui  avoient  été  nouvellement  trouvés  dans 
l'église  de  l'abbaye  de  saint  Martin ,  hors  les  murs  de  la  ville 
de  Limoges.  Pierre  qui  se  trouvoit  pour  lors  sur  les  lieux, 
fut  témoin  occulaire  de  tout  ce  qui  se  passa,  et  en  fit  part 
à  Eustache,  '  abbé  de   saint   Eloi   depuis    l'an  4 -H 5   jus-  Mab.  an. I.  71,  n. 
qu'environ  l'an  W25.  Tel  est  le  sujet  de  la  lettre  que  D.   '*' ''  '*'  "• 
Martenne  a  donnée   au  public  sur  un  manuscrit  de  M.   de 
Chauvignieres. 


insncLE.      432  ERNULPHE  EVESQUE,  etc. 

Nous  seroit-il  permis  d'avancer  ici ,  sur  l'auteur  de  cette 
lettre,  une  conjecture  qui  n'est  point  sans  vraisemblance, 
et  de  dire  que  Pierre,  chanoine  de  Noyon,  est  le  même 
que  Pierre  scholastique  de  Limoges,  dont  il  est  parlé  dans 
le  huitième  volume  de  cette  histoire ,  où  on  lui  attribue 
Hist.  un.  i  p.  une  vie  de  saint  Martial  en  vers  ?  '  L'auteur  de  la  lettre  à 
Eustache  se  donne  partout  pour  témoin  oculaire  de  ce 
qui  se  passa  à  Limoges  à  cette  occasion.  Il  parle  comme 
ayant  fait  un  long  séjour  dans  cette  ville,  et  connoissant 
parfaitement  les  lieux,  les  usages,  et  les  habitans  du 
pays.  Il  paroît  surtout  qu'il  avoit  beaucoup  fréquenté  l'ab- 
baye de  saint  Martin.  Il  marque  expressément  qu'il  s'est 
souvent  trouvé  à  la  démolition  de  l'ancienne  église,  où 
reposoient  les  corps  saints  avant  cette  découverte;  et  avoir 
souvent  ouï  dire  à  un  grand  nombre  d'ecclésiastiques,  de 
moines  et  de  laïcs  de  la  ville,  avant  que  les  corps  fussent 
découverts,  qu'ils  y  avoient  été  autrefois  enterrés  par  saint 
Eloi  qui  en  étoit  le  fondateur.  Tout  cela  fait  voir,  que  si 
l'auteur  de  la  lettre  n'étoit  pas  de  Limoges,  il  y  avoit  au 
moins  fait  un  long  séjour,  et  avoit  peut-être  exercé  quel- 
qu'emploi.  Cet  emploi  ne  seroit-il  pas  celui  de  scolastique? 
Il  étoit  certainement  capable  de  le  remplir.  On  sçait  de 
plus,  qu'alors  les  sçavans  enseignoient  souvent  ailleurs 
que  dans  leur  pays. 

L'abbé  de  saint  Martin,  dont  il  est  souvent  parlé  dans 
cette  lettre,  quoiqu'il  n'y  soit  pas  nommé,  n'est  autre, 
selon  D.  Martenne,  que  Gérard  premier,  sous  lequel  le  mo- 
nastère souffrit  une  grande  disette  au  commencement  du 
douzième  siècle.  Or  Pierre  le  scholastique  adresse  son  poëme 
de  saint  Martial  à  un  moine  nommé  Gérard ,  qui  pourroit 
bien  être  le  même  que  l'abbé  de  saint  Martin. 


GUIBERT 


GUIBERT,  ABBÉ  DE  NOGENT.  455      XUSiecl«. 

GUIBERT, 

Abbé  de  Nogent. 


§1. 

HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

GuiBERT      vint    au     monde     la    veille    de    Pâques    de 
l'an  4  055,  dans  le  diocèse  de  Beauvais,  '  et  probable-  Mab.  an.  iu>.  «o, 
ment  dans  la    petite   ville  de  Clermont.    Son  père  nommé 
Evrard,  étoit  un  seigneur  distingué  par  sa  noblesse  et  ses 
richesses.  Sa  mère,  dont  il  ne  nous  apprend  point  le  nom, 
étoit  une    dame  d'une  grande  piété  et  des  plus  chastes  de 
son   temps.   Guibert  fut  consacré  en  naissant  à  Dieu  et  à  la 
sainte  Vierge  par  ses  parens,  conformément  au  vœu  qu'ils 
en  avoient    fait,   pour  obtenir   l'heureuse  délivrance  de  la 
mère,    qui   pendant  le    carême  presqu'entier,    ressentit   les 
douleurs  de  l'enfantement.   A    peine   l'enfant  avoit-il    huit 
mois,   qu'il   perdit   son    père.   Ce  que  Guibert  regarda  de- 
puis comme  un  effet   de  la  divine  providence,  '  persuadé  Guib.  deritasua, 
que  si  Evrard   avoit  vécu,   il  auroit  formé  quelqu  obstacle    *    ' c'   ' '   ' 
aux  desseins  de  Dieu  sur  lui ,  et  à  l'exécution  des  promesses 
que  l'on  avoit  faites  à  son  sujet.  Sa  pieuse  mère  qui  étoit 
pleine  de  religion,  prit  un  soin  particulier  de  son  éduca- 
tion. Aussitôt  qu'il  fut  en  âge,  elle  le  mit  sous  la  conduite 
d'un   précepteur,    homme  sévère  et  de  mœurs  excellentes, 
qui  éleva  le  jeune  Guibert  dans  la  piété  avec  une  attention 
extraordinaire.   Mais  comme  il  étoit  peu  versé  dans  les  let- 
tres, et  d'ailleurs  d'un  caractère   trop   dur,    n'ayant    ni  la 
prudence,   ni  les  ménagemens  qu'exige  un  âge  si   tendre,  '  n>.  c.  6, p.  *«o. 
l'élevé   ût    peu   de  progrès  sous  un  tel  maître.    Cependant 
malgré  les  mauvais   traitemens  qu'il  essuyoit  fréquemment, 
sans  les  avoir  mérités,  '  il  ne  laissoit  pas  d'avoir  pour  lui  ce. 
une   affection  singulière;   ce  qui  est  surprenant  et   prouve 
le  bon  naturel  de  Guibert.  Bien  loin  même  de  s'en   plain- 

3  0     Tome  X.  I  i  i 


xn  SIECLE 


434  GUIBERT, 


dre,   il  résista  à  sa  mère  qui  vouloil  pour  ce  sujet  le  retirer 
c.  7.  des   mains    de    son    précepteur.  '  Quelque    temps   après,    il 

fut  pourvu   d'un    canonicat    par    des   voies    peu    conformes 
aux  saintes  loix  de  l'église;  mais  il  le  garda  peu. 

Les  bonnes  inclinations  du  jeune  Guibert  s'affaiblirent  pour 
un  temps,  et  souffrirent  une  espèce  d'éclipsé,  après  la  re- 
çu, traite  de  sa  mère,  '  qui  s'étoit  retirée  près  du  monastère 
de  Flay,  '  pour  y  vivre  dans  la  solitude;  et  celle  de  son 
précepteur,  qui  avoit  embrassé  la  vie  religieuse  dans  le 
même  monastère.  N'ayant  plus  ces  deux  guides  pour  veiller 
sur  sa  conduite,  et  oubliant  les  bonnes  instructions  qu'il 
en  avoit  reçues;  il  suivit  le  torrent  du  mauvais  exemple, 
et  se  livra  à  la  dissipation  et  aux  amusemens  des  personnes 
de  son  âge.  Sa  pieuse  mère  ayant  appris  ce  triste  change- 
ment, en  fut  si  allarmée,  et  elle  en  conçut  une  si  vive 
douleur,  qu'elle  pensa  mourir.  Mais  Dieu  qui  avoit  des 
desseins  de  miséricorde  sur  lui ,  l'arrêta  sur  le  bord  du  pré- 
cipice; et  elle  eut  la  consolation  d'être  elle-même  l'instru- 
ment dont  le  Tout-puissant  se  servit ,  pour  empêcher  qu'il 
.  n'y  tombât,  et  pour  le  ramener  dans  la  voie  dont  il  com- 
mençoit  à  s'écarter.  Cette  vertueuse  dame  pria  l'abbé  de 
Flay,  autrement  S.  Germer,  de  vouloir  bien  permettre 
que  le  précepteur  de  Guibert  reprit  le  soin  de  sa  conduite  : 
ce  qui  lui  ayant  été  accordé,  elle  fit  venir  ce  fils  qui  lui 
causoit  tant  d'inquiétude,  et  elle  eut  la  satisfaction  de  voir 
le  succès  le  plus  prompt  de  ses  démarches.  Ecoutons  Gui- 
bert lui-même  rapporter  avec  action  de  grâces  le  change- 
ment qui  se  fit  en  lui  au  moment  de  son  arrivée  au  monastère 
ibtd.  de  Flay.  '  «  Vous  m'êtes  témoin,  ô  Dieu,  plein  de  mi- 
»  séricorde,  qui  disposez  de  toutes  choses,  que  dès  le  mo- 
p.  472.  »  ment  que  je  fus  entré  dans  l'église  du  monastère,  et 
»  que  j'eu  vu  les  religieux  qui  y  étoient,  je  conçus  en  les 
»  voyant  un  si  grand  désir  de  la  vie  monastique,  qu'il  ne  se 
»  rallentit  jamais;  et  que  je  n'eus  aucun  repos,  jusqu'à  ce 
»  qu'enfin  j'eusse  satisfait  mon  désir.  »  La  mère  de  Guibert, 
à  qui  il  s'ouvrit  sur  son  dessein,  craignant  qu'il  n'y  eût  de 
la  légerté,  l'en  détourna;  le  précepteur  fit  la  même  chose. 
Alors  il  prit  le  parti  de  dissimuler,  et  d'agir  comme  s'il  eût 
changé  de  résolution.  11  demeura  dans  cet  état  violent, 
depuis  la  Pentecôte  jusqu'à  Noël.  Enfin  impatient  de  satis- 


ABBÉ  DE  NOGENT.  435      nBI(ai. 


faire  ses  désirs ,  animé  par  l'esprit  de  Dieu ,  et  passant  par- 
dessus l'opposition  de  sa  mère  et  la  crainte  de  son  précep- 
teur, il  alla  se  jet  ter  aux  pieds  de  l'abbé  Garnier,  le 
priant  avec  larmes  de  recevoir  un  pécheur.  L'abbé  qui  Mab.  an.  1.  62,  n. 
le  désiroit  lui-même ,  lui  accorda  sa  demande  et  le  revêtit  56' 
deux  jours  après  de  l'habit  religieux  en  présence  de  sa  mère , 
qui  répandoit  beaucoup  de  larmes.  D.  Mabillon  place  cet 
événement  en  l'an  -1 064 ;  ainsi  Guibert  avoit  alors  -12  ans, 
étant  né  en  -1053. 

Guibert  s'appliqua  dès-lors  à  l'étude,  et  y  prit  un  tel 
goût  qu'il  regardoit  comme  perdus  les  jours,  où  il  n'ap- 
prenoit  pas  quelque  chose  de  nouveau.  Il  remercie  Dieu  à 
cette  occasion  d'une  faveur  signalée  qu'il  lui  avoit  faite  au 
moment  qu'il  reçut  l'habit  monastique.  «  11  me  sembla 
»  alors ,  dit-il ,  qu'un  nuage  qui  couvrait  mon  cœur ,  se 
»  dissipa,  et  je  vis  clairement  des  choses,  à  l'égard  des- 
»  quelles  j'étois  dans  l'erreur  et  l'aveuglement.  »  '  Toute-  l.  i,  c.  u,  p. 
fois  dans  ce  commencement,  les  vues  de  Guibert,  en  étu-  473- 
diant,  n'étoient  pas  des  plus  pures.  Le  désir  de  la  gloire, 
l'envie  de  se  distinguer,  s'y  mêlèrent,  H  eut  aussi  contre 
lui  des  amis,  qui  par  leurs  lettres  et  les  louanges  qu'ils  lui 
donnoient,  lui  faisoient  envisager  la  science  jointe  à  sa  no- 
blesse ,  comme  un  chemin  pour  arriver  aux  dignités  ;  ne  se 
souvenant  point  que  Dieu  a  défendu  de  monter  à  l'autel 
par  de  telles  voies.  Les  grands  sentimens  de  piété  que  Dieu 
avoit  mis  dans  le  cœur  de  Guibert  corrigèrent  ces  défauts. 
Il  avoit  dans  cet  âge  une  aussi  grande  horreur  pour  les  plus 
petites  fautes ,  qu'il  auroit  souhaité  de  l'avoir  dans  un  âge 
plus  avancé  pour  les  plus  grands  crimes. 

Les  progrès  que  Guibert  fit  dans  l'étude  lui  ayant  attiré 
l'envie  de  ses  compagnons,  après  avoir  supporté  pendant 
quelque  temps  avec  beaucoup  de  patience  les  mauvaises 
manières  qu'ils  avoient  pour  lui,  il  forma  le  dessein  de  s'y 
soustraire,  en  se  retirant  dans  un  autre  monastère,  du  con- 
sentement de  l'abbé,  et  avec  l'agrément  de  sa  mère.  '  Mais  il  ibid.  c.  h,  p.  475. 
en  fut  détourné  par  une  vision  qu'elle  eut  à  son  sujet,  et  qu'il 
raconte  dans  l'histoire  de  sa  vie.  Il  resta  donc  dans  son  mo- 
nastère, et  continua  de  s'appliquer  à  l'étude.  Le  goût  qu'il 
prit  pour  la  poésie,  et  pour  la  lecture  des  poètes  propha- 
nes,  fut  un  écueil  pour  lui.    Oubliant   sa   profession  et  sa 

I  i  i  ij 


in  SIECLE. 


456  GUIBERT, 


première  ferveur ,  il  se  laissa  tellement  séduire  par  les  char- 
mes trompeurs  de  ces  auteurs ,  qu'il  négligeoit  la  lecture  de 
l'écriture  sainte,  pour  se  livrer  à  la  sote  vanité  de  faire  des 
vers  :    Ita  ut  universœ  divinœ  paginœ  séria  pro  tam  ridicula 

ibid.  c.  16,  p. 476.  vanitate  sepônerem.  '  Il  en  vint  même  au  point,  non-seulement 

de  prendre  plaisir  à  lire  les  poésies  d'Ovide,  mais  même  de 

faire  usage  dans  ses  discours  et  ses  lettres   des  expressions 

libres  et  contraires  à  la  pudeur,  dont  ce  poëte  est  rempli. 

Dieu  qui  avoit  toujours  des  vues  de  miséricorde  sur  Gui- 

Hab.  ib.  n.  98.  bert ,  '  le  tira  de  cet  état  dangereux ,  par  une  maladie  qui 
le  fit  rentrer  en  lui-même.  Le  goût  qu'il  avoit  eu  pour  ces 
inutilités  empoisonnées  s'aiîoiblit  :  et  comme  son  esprit  ne 
pouvoit  demeurer  sans  occupation,  il  fut  comme  par  né- 
cessité forcé  de  reprendre  la  lecture  de  l'écriture  sainte;  il 
en  rechercha  l'intelligence  dans  les  commentaires  des  pères , 
surtout  dans  ceux  de  saint  Grégoire  le  grand,  qui  donne 
la  clef  des  sens  mystiqes.  Ce  fut  saint  Anselme  qui  l'exhorta 
à  cette  étude.  Cet  homme  incomparable,  comme  Guibert 
l'appelle,  visitoit  souvent  le  couvent  de  saint  Germer  étant 
prieur  du  Bec,  et  depuis  qu'il  en  fut  abbé.  Il  y  connut  Gui- 
bert, alors  fort  jeune,  et  ayant  goûté  son  esprit,  il  le 
prit  en  affection,  s'entretenoit  volontiers  avec  lui,  et  se 
plaisoit  à  l'instruire  familièrement,  comme  un  père  au- 
roit  fait  son  propre  fils  :  de  manière  qu'il  paroissoit  ne 
venir  que  pour  lui  dans  l'abbaye  de  saint  Germer.  Ce  fut 
en  suivant  les  conseils  de  ce  saint  docteur  qu'il  se  forma  le 

Guib.  ib.  goût  pour   l'écriture  sainte,  'et  qu'il  apprit  à  l'interpréter 

Mab.  an.  i.  63,  n.  selon  les  divers  sens  que  le  saint  Esprit  y  a  cachés,  et  il 
fit  son  premier  essai  sur  l'ouvrage  des  six  jours  et  le  reste  de 
la  genèse ,  qu'il  dédia  dans  la  [suite  à  Barthelmy  évêque  de 
Laon.   Voici  quelle  en  fut  l'occasion. 

Guibert  s'étant  trouvé  le  jour  de  la  fête  de  la  Madeleine 
avec  son  abbé  dans  un  monastère  voisin,  on  proposa  à  l'abbé 
de  dire  quelques  paroles  d'édification  à  la  communauté  as- 
semblée au  chapitre  :  l'abbé  qui  peut-être  n'avoit  pas  le 
don  delà  parole,  s'en  déchargea  sur  lui,  et  lui  ordonna  de 
parler.  11  obéit,  et  prenant  pour  texte  ces  paroles  de  la  Sagesse; 
Sapientia  vincit  malitiam  attingit  a  fine  ad  finem  fortiter, 
il  fit  un  discours  qui  charma  tous  les  assistans.  Le  prieur 
de  la  maison  en  fut  si  satisfait ,   qu'il  pria  l'orateur  de  vou- 


ABBÉ  DE  NOGENT.  437 


xn  siïcli. 


loir    bien   lui   donner  quelqu'ouvrage    de   sa   façon,    où   il 
pût  trouver  des  pensées  pour  toutes  sortes  de   sujets.   Gui- 
bert qui  prévoyoit  que  l'abbé  pourroit  le   trouver  '  mau-  ibid.  p.  m. 
vais,  ne  voulut  point  s'y  engager  sans  lui  en  demander  la 
permission.    L'ayant  obtenue,    il    commença  l'ouvrage  qu'il 
s'étoit  proposé  de   faire  sur  le  commencement  de  la  Ge- 
nèse, qui  étoit  une  explication  morale  de  l'ouvrage  des  six 
jours.  Mais  l'abbé  ayant  vu  le  commencement  de   son  tra- 
vail,  il  lui  défendit  de  continuer.  '  Guibert  jugeant  que  ce  cuib.  ibid. 
qu'il  écrivoit  ne  pourroit   être  pour  son  abbé  que  des  épines 
dans  ses  yeux,  continua  de  travailler  dans  un  grand  secret, 
afin  qu'il  n'en  eût  aucune  connoissance.  '  Sous  le  gouverne-  Mab.  an.  1.  m,  n. 
ment  d'un  abbé  si  peu  amateur  des  lettres,  lés  travaux  lit-  ""• 
téraires  de  notre  auteur  demeurèrent  cachés,   comme  il  le 
dit  :  mais  cet  abbé  ayant  quitté  sa  dignité  vers  l'an  -1084,  '  Cuib.  p.  m,  m. 
sa  démission   fut  suivie  d'une  vacance  qui   mit  Guibert  en 
état  de  continuer  son  ouvrage,   et  de  l'achever  en  peu  de 
temps.   Ce  qu'il  fit,  et  en  entreprit   encore  d'autres,  dont 
nous  parlerons.  Guibert  eut  pour  cela  toute  la  liberté  qu'il 
pouvoit  désirer  sous  l'abbé  Hugues,  qui  avoit  plus  de  goût 
pour  les  lettres  que   Garnier  son  prédécesseur.  Ce  fut  alors 
qu'il  sentit  en  lui   les  impressions  de  la  cupidité.  Le  progrès 
qu'il  avoit  déjà   fait  dans  les  sciences  ;  les  heureuses  dispo- 
sitions, les  qualités  d'esprit  et  du  corps,  qui  formoient  en 
lui  une  personne  très-propre  pour  le  monde,  les  talens,   la 
noblesse,  les  vives  sollicitations  de  parens  puissans;  '  tout  cuib.  1.  1,  c.  18, 
cela    conspiroit   à   faire   élever   Guibert  à   quelque    dignité  p'  48° 
ecclésiastique;  mais  il  eut  toujours  horreur  d'y  entrer  par 
des  voies  qui  ne  6eroient  pas  canoniques.  Jamais  il  ne  voulut 
se  prêter  aux  mouvemens  et  aux  démarches  de  ses  parens. 
La  crainte  de  Dieu  prévalut  toujours  dans  son  cœur ,  et  il 
étoit  résolu  de  n'accepter  aucune  place ,  à  laquelle  Dieu  ne 
l'auroit  pas  appelle.  Il  lui  demandoit  en  grâce,  que  les  dé- 
msrches,   que  l'on  faisoit  pour  lui,  n'eussent  d'autres  prin- 
cipes que  Dieu  même.  Il  étoit  affligé  d'-en tendre  dire  que 
ses   parens  lui    cherchoient  quelque  dignité  ecclésiastique; 
et  que  les  autres  y  entroient   par  le  choix  de   Dieu,   sans 
employer  aucun  moyen  humain.  '  Car  ses  parens,  qui  tra-  ibid.  coi.  ». 
vàilloient  moins  pour  lui  que  pour  eux-mêmes,   comme  le 
dit  Guibert,   ne  le  consultoient  point.    Ses  amis  tentèrent 

3  0  * 


m  SIECLE. 


438  GUIBERT, 


i 


491 


à  son  inscu  de  le  faire  élire  dans  quelques  abbayes;  mais 
comme  leur  intention  n'étoit  pas  droite,  et  qu'ils  recher- 
choient  moins  la  gloire  de  Dieu  que  leurs  propres  intérêts, 
il  ne  permit  pas  qu'ils  réussissent  dans  leurs  projets.  Gui- 
bert  en  remercia  Dieu ,  et  ennuyé  d'être  le  jooet  de  l'am- 
bition de  ses  parens  et  de  ses  amis ,  il  renonça  à  toute  vue 
d'élévation,  et  ne  songea  qu'à  se  sanctifier  dans  la  vie  privée 
du  cloître.  Il  se  plaisoit  à  se  voir  petit ,  comme   il  le  dit , 

ibid.  p.  481 ,  col.  deïectabar  esse  modicus.  Un  rang  distingué,  une  place  éle- 
vée lui  faisoit  horreur  :  Horrebam  penitus  gradum  potio- 
rem  et  magni  nominis  umbram.  Retiré  en  lui-même,  dé- 
gagé du  tumulte  des  passions ,  son  ame  se  réunissoit  toute 
en  Dieu,   n'ayant   plus  d'autre  objet,   ni   d'autre    ambition 

ib.  lib.  2,  c.  3,  p.  que  celle  de  lui  plaire  '  Il  goûtoit  avec  joie  la  douceur  de 
ce  saint  repos ,  et  se  trouvoit  comme  dans  un  paradis  anti- 
cipé, ainsi  qu'il  le  dit,  lorqu'au  moment  qu'il  y  pensoit  le 
moins,  il  fut  élu  abbé  de  Notre-Dame  de  Nogent  sous 
Couci ,  dans  le  diocèse  de  Laon,  par  le  consentement  una- 
nime des  religieux  de  la  communauté,  qu'il  ne  connoissoit 
point,  et  dont  il  n'étoit  connu  que  de  réputation.  C'est  ce 
qu'il  est  à  propos  de  remarquer  contre  Casimir  Oudin,  qui 
prétend  qu'il  étoit  religieux  de  Nogent  lors  de  son  élection. 
Il  succéda  à  l'abbé  Geoffroi ,  qui  avoit  été  élu  évêque  d'A- 
miens, et  fut  le  troisième  abbé  de  ce  monastère  qu'il  gou- 
verna avec  beaucoup  de  sagesse.  Sa  pieuse  mère  qui  vivoit 
encore,  n'apprit  qu'avec  une  exirême  douleur  l'élection 
de  son  fils.  Elle  lui  avoit  souvent  inspiré  de  l'éloignement 
pour  tout  ce  qui  peut  flatter  l'ambition ,  lui  représentant  les 
dangers  des  dignités,  par  des  discours  si  pleins  de  sagesse 
et  de  lumière,  qu'en  l'entendant  parler,  on  auroit  cru  que 
c'étoit,  non  une  femme  sans  lettres,  mais  un  évêque  qui 
parloit.  Elle  survéquit  deux  ans  à  la  promotion  de  Gui- 
bert ,  et  mourut  aussi  saintement  qu'elle  avoit  vécu,  l'an 
-H06  le  jour  de   l'Annonciation. 

Nous  n'entrerons  point  dans  un  plus  grand  détail   sur  ce 

Mab.  an.  1.  74,  n.  qui  regarde  la  personne  de  Guibert  :  '  en  parlant  de  ses 
écrits,  nous  aurons  occasion  de  parler  de  plusieurs  autres 
actions  importantes  de  sa  vie.  Après  avoir  gouverné  pen- 
dant l'espace  de  vingt  ans  l'abbaye  de  Nogent ,  il  mourut 
l'an  -H 24.  On  ignore  le  jour  de  sa  mort,  et  le  lieu  de  sa 


71 


ABBE  DE  NOGENT.  459       m  SIECLE. 


sépulture.  Trois  ans  auparavant  il  avoit  fondé  un  aniver- 
saire  pour  lui.  '  L'acte  donné  par  l'éditeur  des  œuvres  de  p.  627. 
Guibert ,  porte  excommunication  contre  ceux  qui  employe- 
roient  la  somme  d'argent  destinée  pour  cette  fondation  à 
quelqu'autre  usage.  Chaque  prêtre  devoit  dire  la  messe  au 
jour  marqué,  sçavoir  le  jour  de  la  fête  de  sainte  Luce,  qui 
étoit  peut-être  celui  auquel  il  avoit  reçu  la  bénédiction. 

MI- 
SES ÉCRITS. 

4°.  T  A  vie  de  Guibert  écrite  par  lui-même,  tient  le  der- 
J-^nier  rang  dans  l'édition  de  ses  œuvres  données  par 
D.  Dacheri.  C'est  néanmoins  par  cette  vie  que  nous  com- 
mençons à  rendre  compte  des  écrits  de  cet  auteur.  Elle 
est  divisée  en  trois  Livres  :  le  premier  contient  vingt-quatre 
chapitres;  le  second,  six;  et  le  troisième,  dix-neuf.  La  vie 
de  Guibert  n'est  pas  seulement  une  histoire  de  ce  qui  le  re- 
garde, mais  encore  un  ouvrage  de  piété  et  de  morale, 
composé  à  l'imitation  des  confessions  de  saint  Augustin, 
que  Guibert  semble  s'être  proposé  pour  modèle,  surtout 
dans  le  premier  livre,  'qui  est  proprement  l'histoire  de  sa  Lib.i.c.  î.p.ue. 
vie.  Il  déplore,  à  l'exemple  de  ce  saint  docteur,  les  égare- 
mens  de  sa  vie  passée,  et  rend  grâces  à  Dieu  des  bienfaits 
signalés  qu'il  en  a  reçus.  «  Je  confesse,  ô  mon  Dieu,  en 
»  présence  de  votre  souveraine  majesté,  les  égaremens  infi- 
»  nis  de  ma  vie;  et  je  reconnois  que  mes  retours  fréquens 
»  vers  vous  ont  été  l'effet  de  votre  miséricorde  et  de  vos 
»  inspirations  sécrètes.  Je  confesse  les  misères  de  mon  en- 
»  fance  et  de  ma  jeunesse,  qui  se  font  encore  sentir  dans 
»  un  âge  plus  mur;  et  ces  passions  déréglées  fortifiées  par 
»  l'habitude,  dont  je  ressens  encore  les  mouvemens  dans 
»  un  corps  cassé  par  la  vieillesse. .  Combien  de  fois,  Sei- 
»  gneur,   en  me   rappellant  le  souvenir   de   mes  désordres, 

>  et  le  regret  que  vous  m'en  avez  toujours  inspiré,  admirai- 

>  je  les  entrailles  de  votre  bonté,  et  votre  patience   infinie 

»  à  mon  égard.  »  '  Guibert,  après  avoir  rélevé  la  miséricorde  c.  2. 
de  Dieu  lui  rend  grâces  des  faveurs,  dont  il  l'a  comblé  pré- 
ferablement  à  beaucoup   d'autres;    et  reconnoît   que  l'abus 


m  SIECLE. 


440  GUIBERT, 


p.  457, 458.  qu'il  en  a  fait,  rend  son  ingratitude  plus  criminelle.  '  Il  le 

remercie  spécialement  de  lui  avoir  donné  une  mère  recom- 
mandable  par  sa  vertu,  sa  beauté,  sa  charité,  sa  modestie, 
son  air  grave,  qui  seul  étoit  capable  d'inspirer  du  mépris 
des  vanités  du  monde;  son  amour  pour  la  retraite  et  le  si- 
lence, parlant  peu,  et  se  tenant  toujours  renfermée  dans 
sa  maison,  évitant  de  se  trouver  avec  les  dames  de  son 
rang.  En  faisant  l'éloge  de  sa  mère,  Guibert  déclare  que 
l'amour  qu'il  a  pour  elle  n'y  a  aucune  part,  et  que  les 
louanges  qu'il  lui  donne  sont  fort  au-dessous  de  son  mérite. 
En  parlant  de  sa  beauté,  il  a  soin  d'ajouter  qu'il  seroit  ri- 
dicule de  lui  en  faire  un  mérite,  comme  on  ne  loue  pas  un 
pauvre  de  ce  qu'il  est  jeune,  si  elle  n'avoit  été  jointe  en  elle 

c.3,  p.  458,  coi  2.  avec  une  chasteté  exemplaire.  '  C'est  d'une  telle  mère  que 
Guibert  eut  l'avantage  de  naître  :  aussi  ne  fait-il  point  diffi- 
culté de  dire,  qu'après  Jesus-Christ,  la  sainte  Vierge  et  les 
Saints,  il  fonde  sur  elle  les  principales  espérances  de  son 
salut.  Il  est  persuadé  que,  comme  elle  avoit  de  son  vivant 
pour  lui  une  tendresse  et  une  affection  plus  particulière, 
parce  qu'il  étoit  le  dernier  fruit  de  son  mariage ,  ce  qui  ar- 
rive   assez   ordinairement,   elle   ne    l'oublioit   point   dans  le 

Lib.  î,  cap.  4, 5,  ciel  ;  '   où    elle  étoit    remplie   de    Dieu,    et   connoissoit  les 

îs^ub/i/cap.1!!  misères  de  son  fils.  Il  fait  encore  l'éloge  de  sa  pieuse  mère 
dans  plusieurs  autres  endroits,  et  témoigne  lui  être  rede- 
vable de  ce  qu'il  est  revenu  de  ses  égaremens,  comme 
saint  Augustin  l'a  été  de  sa  conversion  aux  soins  et  aux  lar- 
mes de  sainte  Monique.  Il  est  surprenant  que  Guibert  nous 
ait  laissé  ignorer  son  nom. 

Notre  auteur,  en  écrivant  sa  vie,  n'a  pas  fait  une  simple 
relation  de  ce  qui  lui  est  personnel.  '  Il  y  fait  de  longues 
digressions  sur  différens  sujets.  Il  décrit  dans  le  chapitre 
neuvième  la  conversion  admirable  d'Evrard  comte  de  Bre- 
tueil  :  '  dans  le  dixième,  celle  de  Simon  fils  du  comte 
Raoul,  célèbre  par  ses  grands  exploits;  qui  par  son  exem- 
ple et  ses  prédications,  persuada  une  multitude  de  per- 
sonnes de  l'un  et  de  l'autre  sexe,  de  se  convertir  et  de  faire 
pénitence.  '  Dans  le  onzième,  il  parle  de  la  conversion  de 
saint  Bruno ,  et  garde  un  profond  silence  sur  le  prodige  ou 
plutôt  la  fable,  que  des  écrivains  postérieurs  ont  prétendu 
avoir  été  l'occasion  de  la  retraite  du  saint  instituteur  de  l'or- 
dre 


ABBÉ  DE  NOGENT.  AU      xn  siwxi. 

dre    des    Chartreux.    On    trouve    dans  cet  article   un    trait 
bien  glorieux  aux  rois  de  France.  Guibert  parlant  de  la  mau- 
vaise conduite  et  de  la  tyrannie  de  Manassès  premier,    ar- 
chevêque  de   Reims,    qui   fut    la    véritable    occasion    de    la 
retraite  de  saint  Bruno ,  dit  que  ce   prélat  affectoit   d'imiter 
le  faste  des   rois   des   nations  étrangères.    Puis  il  ajoute    : 
€  Je  dis  des  nations  étrangères;   car   les  Rois  de  France  se 
»  sont  toujours  distingués  par  une  modestie  qui  leur  est  na- 
»  turelle,  '  et  telle   qu'on  peut   dire,    qu'ils    ont    pratiqué  Bel.  c.  sa,  y.  x. 
>  ce  que  dit  le    sage   :   Vous  a-t'on    établi  pour   gouverner 
les  autres?   Ne   vous   en  élevez  point  :  soyez  parmi  eux  com- 
me   l'un   d'entr'eux".    In    Francorum  enim    regibus   ea   viguit 
naturalis  semper  modestia,  ut  illud  sapientis  dictum,  eisi  non 
in  scientiâ  in  actu  tamen  habuerint   •  Principem,   inquit,   te 
constituerunt ,  molli  extolli ,  sed  esto  in  illis  quasi  unus  ex  illis. 
Dans  les  derniers  chapitres,  Guibert  npporte  divers  évé- 
nemens  fâcheux  arrivés  au  monastère  de  saint  Germer  par 
le  feu  du  ciel  ;  l'heureuse  mort  de  quclqu*  s  moines ,   et  la 
fin  funeste  de  quelques  autres.  En  finissant  le  premier  livre , 
notre  auteur  annonce  qu'il  entreprendra  de  donner  l'histoire 
du  lieu  dont  il  a  été  élu  abbé.  C'est  effectivement  ce  qui  fait 
le  sujet  du  second  livre  de  sa  vie.  '  Dans  le  premier  chapitre  cap.  1 ,  p.  487, 
il  raconte  des  choses  admirables  d'un  roi  qui  régnoit  en  An- 
gleterre  avant   que   notre  Seigneur   fût  monté    au   ciel.   Ce 
prince  étoit    habile    dans  la   poésie   et  la   philosophie ,    et 
avoit  de  plus  une  inclination  naturelle    à   faire  du  bien   et 
à  exercer  les  œuvres  de  miséricorde  :  En  réfléchissant  sur 
la   multitude  des    Dieux,    que   les    hommes    adoroient ,     il 
se  convainquit  qu'il  n'y  en  a  qu'un  ,   qui  est  invisible,  qui 
gouverne    toutes  choses  ;    et  qu'il   falloit   l'adorer    lui  seul. 
Comme  il  flottoit  encore  dans  ses  réflexions,    Dieu  lui  ins- 
pira -d'aller  à  Jérusalem ,  pour  y  être  instruit  de  ce  qu'il  de- 
voit  croire.  Il  obéit,  renonce  à  sa  patrie  et  à  sa   couronne, 
passe  en  France;  et  après  avoir  traversé  beaucoup  de  pays, 
il   s'arrête  à  Nogent  sous  Couci ,    dans  le  diocèse  de  Laon. 
On  dit  qu'il  y  avoit  autrefois  dans  ce  lieu  un  temple  dédié     . 
à  une  Vierge*    qui   n'étoit  point  encore  née,   mais  qui   de- 
voit   naître ,   et   qui    devoit   enfanter   un  Dieu  ;  ce  qui  ne 
doit  pas  paraître  plus  surprenant,  dit  Guibert,  que   l'autel 
d'Athènes  dédié  à  un  Dieu  inconnu.    Les  Athéniens"  étoient 
Tome  X.  K  k  k 


XII  S1ECLK. 


442  GUIBERT, 


persuadés  que  ce  Dieu  inconnu  naîiroit  d'une  femme  com- 
me tous  ces  autres  Dieux  qu'ils  adoroient  :  Pourquoi  n'au- 
roient-ils  pas  fait  le  même  honneur  à  la  mcre,  dont  il  de- 
voit  naître?  Le  roi  d'Angleterre  s'étant  reposé  quelque 
temps  dans  ce  lieu,  continua  sa  route  et  arriva  heureuse- 
ment à  Jérusalem ,  peu  après  l'accomplissement  des  mys- 
tères, de  la  mort,  de  la  résurrection,  de  l'ascension  de  notre 
Seigneur,  et  de  la  descente  du  saint  Esprit.  11  n'eut  pas 
de  peine  à  y  trouver  ceux  qu'il  cherchoit;  c'est-à-dire,  les 
apôtres ,  qui  préchoient  publiquement  et  sans  crainte. 
Ayant  donc  trouvé  saint  Pierre  et  les  autres  apôtres,  avec 
la  sainte  Vierge,  il  leur  exposa  le  sujet  de  son  voyage,  et 
les  pria  de  lui  conférer  les  mystères  de  la  nouvelle  régéné- 
ration. Il  apprit  d'eux  ce  qu'il  devoit  croire,  et  reçut  le 
baptême,  dans  lequel  on  lui  donna  le  nom  de  Quilius.  Le 
nouveau  baptisé,  avant  que  de  quitter  Jérusalem,  de- 
manda des  reliques  aux  apôtres ,  qui  lui  donnèrent  quelques 
parties  des  chaînes  avec  lesquelles  noire  Seigneur  avoit  été 
lié  ;  de  la  courronne  d'épines  qu'on  lui  avoit  mise  sur  la 
tête  ;  de  la  croix  à  laquelle  il  avoit  été  attaché;  de  la  che- 
mise ,  dont  la  sainte  Vierge  étoit  revêtue  lorsqu'elle  mit  le 
Sauveur  au  mor:de.  Quilius  mit  ces  reliques  dans  une  pe- 
tite cassette,  et  se  mit  en  route  pour  revenir  en  Occident. 
Etant  arrivé  dans  les  Gaules,  il  tomba  malade  au  même 
endroit,  où  il  s'étoit  arrêté  en  allant,  et  apprit  par  une  ré- 
vélation, qu'il  eut  en  songe,  qu'il  y  mourroit;  et  que  les 
reliques  qu'il  avoit  apportées  de  Jérusalem  seroient  placées 
dans  le  lieu  où  reposeroit  son  corps  :  ce  qui  arriva.  Long- 
temps après,  Dieu  permit  que  la  cassette  fût  découverte, 
et  quelques  fidèles  l'ornèrent  de  lames  ou  de  feuilles  d'or , 
d'un  ouvrage  ancien,  qu'on  conservoit  encore  du  temps  de 
Guibcrt.  Tels  furent  les  commencemens  de  Nogent. 
Not.  p.  616,  coi.  '  Quelqu'extraordinaire  que  paroisse  ce  récit,  léditeur  des 
œuvres  de  Guibert  ne  veut  point  qu'on  l'accuse  d'igno- 
rance ni  de  mauvaise  foi;  parce  qu'outre  qu'il  ne  propose 
point  ces  faits  comme  étant  absolument  certains,  et  n'exige 
point  qu'on  les  croye,  il  ne  les  rapporte  que  sur  l'autorité 
de  monumens,  et  sur  la  foi  d'écrivains  plus  anciens  que  lui. 
Nous  n'accuserons  Guibert ,  ni  d'ignorance ,  ni  de  mau- 
vaise foi  ;  mais  nous  ne  pensons  pas  qu'il  nous  soit  défendu 


i. 


ABBE  DE  NOGENT.  443 


XII  SIECLE. 


de  croire  qu'il  a  été  un  peu  trop  crédule;  et  qu'il  n'a  pas 
fait  usage  de  la  sage  critique  et  du  discernement  que  nous 
voyons  en  lui  dans  d'autres  occasions. 

'Guibert  continuant  son  histoire  de  Nogent,  rapporte  et,  p.  489. 
que  ce  lieu  devint  célèbre  par  plusieurs  miracles  opérés  par 
l'intercession  de  la  sainte  Vierge,  dans  une  église  dédiée  à 
cett>'.  sainte  mère  de  Dieu.  Ce  fut  ce  qui  engagea  des  per- 
sonnes de  piété  à  proposer  d'y  mettre  des  moines,  pour 
célébrer  l'office  divin  et  desservir  l'église,  qui  s'accrut  par 
la  libéralité  des  seigneurs  de  Couci  et  la  piété  des  fidèles  des 
environs.  Henri  abbé  de  saint  Rémi  de  Reims,  qui  l'étoit 
aussi  d'Homblieres  près  la  ville  de  Saint-Quentin  en  Ver- 
mandois,  fut  choisi  pour  avoir  soin  de  cette  nouvelle  ab- 
baye, dont  il  fut  le  premier  abbé.  11  en  fit  consacrer  l'é- 
glise par  Helinand  évêque  de  Laon,  dans  le  diocèse  du- 
quel étoit  l'abbaye  de  Nogent.  Henri  se  voyant  cassé 
de  vieillesse,  pensa  à  se  démettre  du  gouvernement  en  fa- 
veur d'un  neveu,  mais  il  ne  réussit  pas  dans  ses  vues;  et 
l'élection  tomba  sur  Geoffroi  moine  du  Mont  Saint-Quentin 
près  de  Peronne ,  qui  se  conduisit  avec  beaucoup  de  sagesse. 
L'an  -H 04,  Geoffroi  ayant  été  élu  évêque  d'Amiens, 
Guibert  fut  choisi  pour  lui  succéder  dans  l'abbaye  de  No- 
gent. Nous  ne  dissimulerons  pas  qu'il  y  a  de  la  partialité 
dans  le  récit  que  fait  notre  auteur  de  l'élection  de  Geoffroi, 
en  faisant  entendre  qu'il  aspiroit  à  cette  place ,  ou  du  moins  en 
témoignant  du  doute,  s'il  l'avoit  recherchée  ou  redoutée  : 
Utrum  affectabat,  an  verebatur,  novit  Deus.  '  Ce  soup-  Mab.  an.  i.  70,  n. 
çon  nous  paroît  injuste;  ainsi  que  ce  qu'ajoute  encore  Gui- 
bert, que  les  commencemens  de  son  épiscopat  furent 
beaux,  mais  que  la  fin  n'y  répondit  point.  '  Il  est  certain  Guib.  ibid.  p.  491, 
que  l'élection  de  Geoffroi  fut  très-canonique,  ayant  été  co  '  ' 
faite  par  le  clergé  d'Amiens,  agréée  par  le  roi  Philippe,  et 
confirmée  dans  le  concile  de  Troyes  tenu  par  le  légat  Ri- 
chard. Geoffroi  qui  se  trouvoit  à  ce  concile,  fut  le  seul  à 
qui  elle  déplut,  selon  le  témoignage  de  Nicolas,  auteur 
de  la  vie  de  ce  prélat.  Sa  conduite  fut  très-réguliere ,  très- 
édifiante,  et  bien  soutenue  depuis  son  entrée  dans  l'épis- 
copat  jusqu'au  dernier  moment  de  sa  vie,  qu'il  termina  par 
une  mort  précieuse  aux  yeux  du  Seigneur. 

Dans  le    troisième   chapitre,  Guibert  rapporte  de  quelle  p.  491. 

K  k  k  ij 


XII  SIECLE. 


444  GUIBERT, 


manière  il  fut  élu  abbé  de  Nogent,  ce  qui    se    passa  dans 
la  cérémonie  de    son  élection,  le  discours  qu'il  fit  à  cette 
occasion  en  présence  de  sa  communauté,   le    présage    qu'un 
religieux  tira  de  son  bon  gouvernement ,  sur  ce  qu'à  l'ouver- 
ture du  texte  de  l'évangile,  qui  lui   fut  présenté  à  baiser,  il 
avoit  d'abord  fixé  les  yeux  sur  ce  verset  :  lucerna   eorporis 
tui  est  occulus  tuus.  Le  quatrième   chapitre   est  tout   entier 
sur  la  bienheureuse  mort  de  sa  pieuse  mère.  Dans  le  cin- 
quième,   il  parle   d'un    excellent    religieux    de    l'abbaye  de 
saint    Germer,  Juif   de  naissance,   qui    avoit  été    sauvé  du 
carnage  de  ceux  de  sa  nation,  qui  se  fit  à  Rouen  dans  le 
temps  de    la    publication  de   la  croisade  :   ceux    de    cette 
ville ,    qui    se    préparoient  à  cette    expédition ,   voyant    des 
Juifs  ,   se  dirent  les  uns  aux  autres  :   «  Qu'est-il  nécessaire 
»  d'aller  jusqu'en  Orient  pour  attaquer  les  ennemis  de  Dieu, 
>  tandis  que  nous  avons  sous  nos  yeux  des  Juifs ,   qui  sont 
»  ses  plus  grands  ennemis  ?  »  Aussitôt  ils  prennent  les  ar- 
mes,   et    égorgent  tous  les  Juifs  qu'ils   rencontrent,    sans 
distinction  d'âge  ni  de  sexe;  n'épargnant  que  ceux  qui  con- 
sentoient  à  se  faire  chrétiens.  Guillaume  fils  de  la  comtesse 
Helisende    veuve    du   comte  d'Auge,   eut   compassion    d'un 
jeune  enfant,  le  sauva  du  carnage,  et  le  mit  entre  les  mains 
de  la  comtesse  sa  mère,   qui    le  reçut  avec  plaisir,  et  lui 
demanda  s'il  vouloit  être   chrétien.    L'enfant  qui    craignoit 
la  mort,   témoigna  qu'il  le  désirait,    reçut  le   baptême,    et 
fut   appelle    Guillaume ,    du    nom    de    celui    qui    lui    avoit 
sauvé  la   vie.   Guibert  avoit  appris  ce  fait  de   la  comtesse 
Helisende    elle-même,    qui    lui  raconta  à  ce   sujet   un  mi- 
racle singulier  arrivé  lorsque  l'enfant  reçut  le  baptême.  La 
comtesse   prit   soin  de  l'éducation  de  ce  jeune    néophyte, 
et  lui  fit  apprendre  le  latin.  Puis  craignant  que  ses  parens 
ne  le  pervertissent,  comme  ils  l'avoient  tenté  plusieurs  fois, 
elle  le  mit  dans  l'abbaye  de  saint  Germer,   où  il   embrassa 
la  vie  monas'ique  et  devint  un   excellent  religieux.    Il  fit 
tant  de  progrès,  non-seulement  dans  la  pieté,   mais  encore 
dans  les  sciences ,  qui  étoient  alors  florissantes  dans  ce  mo- 
nastère,   qu'il    l'emporta  sur  tous  les  plus  habiles,   qui  y 
p.  494,  coi.  2.        étoient  en  grand   nombre  :  Ibi  Htteratorum   multitudo.  '  Gui- 
bert pour  le  fortifier  dans  la  foi  qu  il  avoit  embrassée ,  lui 
adressa  un  petit  traité,  qu'il  avoit  fait  quatre  ans  aupara- 


ABBÉ  DE  NOGENT.  445      lumctg. 


vant  pour  réfuter  le  comte  de  Soissons,  fauteur  des  Juifs 
et  qui  judaïsoit  lui-même.  '  Guillaume  prit  tant  de  goût  à  ibid. 
la  lecture  de  l'écrit',  que  lui  avoit  envoyé  l'abbé  de  No- 
gent,  qu'il  entreprit  lui-même  quelqu'ouvrage  semblable 
pour  la  défense  de  la  foi  (\).  C'est  ce  que  nous  apprenons 
de  Guibert,  et  ce  que  nous  remarquons  ici,  pour  n'être 
pas  obligés  d'y  revenir  Dans  le  dernier  chapitre,  Guibert 
raconte  l'aventure  d'un  domestique  de  Guescelin  seigneur  de 
Chaulni,  qui  obligé  de  passer  une  rivière  pour  se  rendre  à 
son  poste,  et  ne  trouvant  point  de  barque  pour  le  porter  à 
l'autre  bord,  appella  le  diable  à  son  seconrs.  Le  diable  se 
présente,  lui  offre  de  le  passer,  le  transporte  près  de  Sutry 
en  Italie  ,  et  lui  casse  la  cuisse  en  le  mettant  à  terre.  Son 
maître  qui  revenoit  de  Rome,  où  il  avoit  fait  un  pèlerinage 
de  dévotion,  le  rencontra  le  lendemain  sur  le  chemin;  et 
ayant  appris  son  aventure  (vraie  ou  fausse),  il  le  fit  porter 
à  la  ville  pour  en  avoir  soin.  A  cette  histoire,  ou  si  l'on 
veut  à  cette  fable,  Guibert  ajoute  la  conversion  d'un  clerc 
de  Reims ,  qui  s'étant  lait  chanoine  régu'ier,  quitta  son 
état  pour  rentrer  dans  le  monde  ;  mais  frappé  de  maladie, 
il  revint  à  résipiscence  et  embrassa  la  vie  monastique  dans 
l'abbaye  de  saint  Nicaise  de  Reims,  où  il  finit  heureuse- 
ment ses  jours,  après  avoir  été  tourmenté  longtemps  par 
les  démons. 

Le  troisième  livre  de  la  vie  de  Guibert  '  contient  en  vingt-  Ub.3,  c.i.pwe. 
un  chapitres,  l'histoire  des  événemens  tragiques  arrivés  de 
son  temps  dans  la  ville  de  Laon  ,  dont  il  fait  remonter 
l'origine  jusqu'à  Ascelin ,  surnommé  Adalberon,  qui  par 
une  insigne  trahison  livra  à  ses  ennemis,  comme  un  autre 
Judas ,  le  jour  du  jeudi  saint ,  le  jeune  roi  son  maître , 
auquel  il  avoit  fait  serment  de  fidélité.  Helinand  qui  avoit 
été  chapelain  d'Edouard  roi  d'Angleterre ,  succéda  à  Adalbe- 
ron. '  Il  n'avoit  ni  naissance  ni  lettres,  littératures  pertenuis  ;  ci. 
mais  beaucoup  d'argent  et  une  ambition  démesurée  :  en- 
sorte  que  non  content  de  l'évêché  de  Laon,  il  s'empara  du 
siège  de  Reims  par  ses  intrigues  et  son  argent  ;  mais  le 
pape  l'obligea  de  le  quitter.  Quelqu'un   lui   ayant  un  jour 

(I)  Quem  (  libetlum  )  Ult.  ut  audio.  tantopere  ampltctilw,  ut  de  fidei  ratione 
•liqua  compilante  piè  illud  oputcvlum  mmulelur. 


III  SIECLE. 


446  GUIBERT, 


demandé  pourquoi  il  portoit  si  loin  ses  vues;  il  lui  répondit 
naïvement,  que  s'il  pouvoit  réussir  à  devenir  pape,  il  l'en- 
treprendroit.  Toutefois  Guibert  loue  Helinand  de  sa  libé- 
ralité pour  l'entretien  et  l'ornement  de  son  église,  et  de 
L.  3,  c.  3,  p.  496,  sa  fermeté  à  en  soutenir  les  droits.  '  Il  eut  pour  successeur 

497  . 

lngclramne,  prélat  qui  pouvoit  passer  pour  avoir  de  la  nais- 
sance et  des  lettres  en  comparaison  d'Helinand  ,  mais  sans 
fermeté,  sans  honneur,  et  sans  aucuns  sentimens  de  re- 
ligion. Libre  dans  ses  paroles,  peu  régulier  dans  sa  condui- 
te ,  il  favorisa  ouvertement  les  désordres  d'un  de  ses  parens 
nommé  Ingelramne ,  qui  avoit  enlevé  la  femme  de  Gode- 
froi  comte  de  Namur.  Il  donna  même  secrètement  l'ab- 
solution au  comte  et  à  la  complice  de  son  crime,  qui  avoient 
été  excommuniés  plusieurs  fois  l'un  et  l'autre  par  les  évê- 
ques.  Ingelramne  mourut  misérablement  quelque  temps 
après.  Après  sa  mort,  le  clergé  se  partagea  et  lit  une  dou- 
ble élection  :  les  deux  élus,  nommés  Gautier  et  Ebles,  qui 
étoient  archidiacres,  furent  rejettes  tous  les  deux  par  le 
pape,  à  cause  de  l'irrégularité  de  leur  conduite.  Un  troi- 
sième, chantre  de  cette  église,  étant  venu  en  cour,  sous 
prétexte  de  solliciter  l'é\êché  pour  un  autre,  le  demanda 
pour  lui-même,  et  l'obtint  du  roi,  après  lui  avoir  fait  de 
grands  présens  et  lui  en  avoir  promis  de  plus  grands.  Mais 
il  fut  frappé  de  mort,  le  jour  même  qu'il  attendoit  les  en- 
voyés du  roi  pour  le  mettre  en  possession  du  siège  epis- 
copal.  Il  fut  mis  après  sa  mort  dans  la  chaire  qu'il  avoit  em- 
bitionné;  où  l'on  rapporte  qu'il  creva, 
c.  4,  p.  498.  '  Enfin  le  siège  de  Laon  vacant  depuis  environ  deux  ans, 

fut  rempli  par  Gaudri,  qui  pour  le  malheur  de  la  ville  et 
de  toute  la  province .  fut  élu  à  la  sollicitation  du  roi  d'An- 
gleterre ,  dont  il  étoit  référendaire.  Tous  consentirent  à 
l'élection,  excepté  le  seul  Anselme,  la  lumière  de  toute  la 
France  et  de  toute  l'Eglise  latine.  C'est  l'éloge  que  fait 
de  cet  homme  célèbre,  Guibert,  qui  consentit  lui-même  à 
l'élection  quoiqu'avec  peine.  Gaudri  se  rendit  à  Laon,  puis 
il  se  mit  en  chemin  pour  aller  à  Rome,  avec  les  abbés  de 
saint  Vincent  de  Laon,  de  Ribemont  et  de  Nogent,  qu'il 
avoit  engagés  à  l'accompagner.  Ayant  appris  à  Langres 
que  le  pape  venoit    en  France  (c'étoit  Pascal   II ,  qui   vint 


ABBÉ  DE  NOGENT.  ÂÂ7       ïn  sibcle. 


l'an  -H07,  chercher  un  asyle  dans  ce  royaume,  à  l'exem- 
ple de  ses  prédécesseurs,)  ils  l'attendirent  dans  cette  vills. 
Les  clercs  de  Laon  allèrent  à  Dijon  trouver  le  pape,  qui 
étant  déjà  informé  de  ce  qui  s'étoit  passé,  promit  de  leur 
donner  satisfaction.  Mais  les  personnes  de  sa  cour  sçachant 
que  l'élu  étoit  riche,  ils  applaudirent  et  firent  son  éloge. 
Car,  dit  Guibert,  aussitôt  qu'on  parle  d'or  à  ces  sortes  de 
gens,  ils  s'adoucissent.  Moris  enim  est,  ut  audito  auri  no- 
mine  mansuescant.  Le  pape  discuta  l'élection  dans  une 
assemblée,  à  laquelle  Anselme,  qui  seul  s'y  étoit  opposé, 
se  trouva  :  mais  celui-ci  jugeant  que  son  opposition  seroit 
inutile,  et  que  ce  seroit  entreprendre  d'arracher  la  massue 
de  la  main  d'Hercule,  il  cessa  ses  poursuites ,  et  Gaudri 
fut  confirmé.  Guibert  se  fit  beaucoup  goûter  dans  cette 
occasion ,  où  il  fut  presque  le  seul  qui  parla  :  '  il  en  reçut  p.  «9. 
des  complimens  de  la  part  des  cardinaux,  qui  lui  témoi- 
gnèrent avoir  été  satisfaits  de  l'entendre.  Mais ,  dit  Gui- 
bert, ce  n'étoit  point  tant  mon  éloquence  qui  leur  faisoit 
plaisir,  que  l'argent  dont  Gaudri  étoit  chargé.  Trois  ans 
après  son  ordination,  le  prélat  forma  une  conjuration  con- 
tre Gérard  de  Crecy,  ou  de  Cherisi ,  qui  étoit  un  seigneur 
distingué  dans  le  pays  par  sa  probité  et  son  grand  courage  :  '  c-  5.  p-  50°- 
et  afin  de  ne  pas  paroître  avoir  part  à  cette  conjuration,  il 
alla  à  Rome.  Pendant  son  absence  les  conjurés  massacrèrent 
Gérard  ,  comme  il  faisoit  sa  prière  dans  l'église.  Le  frère 
de  l'évêque  étoit  à  leur  tête,  et  donna  le  premier  coup. 
Gaudri  en  apprit  la  nouvelle  avec  grande  joie  ;  et  trouva 
moyen  par  les  présens  qu'il  fit  à  Rome  de  se  laver  du  soup- 
çon de  ce  crime ,  et  d'obtenir  des  lettres  du  pape  adressées 
au  roi,  aux  évêques,  et  aux  abbés  de  son  diocèse,  par 
lesquelles  il  étoit  déclaré  innocent  du  meurtre  de  Gérard. 
Hubert  évêque  de  Senlis ,  fit  la  cérémonie  de  la  réconci- 
liation de  l'église;  'et  Guibert  prononça  le  discours,  à  la 
prière  d'Anselme  et  du  clergé;  prenant  ces  paroles  pour 
texte  :  Salvum  me  fac,  Deus,  quoniam  intraverunt  aquee 
usque  ad  animam  meam.  '  Guibert  nous  a  conservé  une 
partie  de  son  sermon ,  dans  lequel  il  déclara  que  les  meur- 
triers de  Gérard,  et  tous  les  complices  de  ce  meurtre  étoient 
excommuniés  :  ce  qui  lui  attira  une  haine  implacable  de 
leur  part,  et  en  particulier   celle  de  l'archidiacre  Gautier, 


III  SIICLK. 


448  GUIBERT, 


c.  6,  p.  soi.  qui  étoit  du  nombre  des  conjurés.  '  Cependant  le  roi  per- 
suadé que  Gaudri  éloit  coupable  de  la  mort  de  Gérard,  fit 
saisir  tous  ses  biens  :  ensorle  que  le  prélat  à  son  retour  de 
Rome  ne  put  rentrer  dans  Laon.  Mais  bientôt  à  force  de 
présens,     il    s'accommoda    avec    Louis    le    Gros,    et    ren- 

c.7,  p.  M>3.  tra   triomphant  dans   la    ville.   '   La  corruption    des   mœurs 

des  habitans  étoit  extrême,  tant  dans  le  clergé  que 
dans  le  peuple;  la  licence  y  régnoit  au  point,  qu'on  h'y 
craignoit  ni  Dieu  ni  souverain.  Les  gens  du  roi  même  y 
étoient  insultés  :  on  exerçoit  des  violences  inouies  sur  les 
gens  de  la  campagne  :  ce  n'étoit  que  vols,  que  briganda- 
ges, que  meurtres.  Quiconque  sortoit  la  nuit  étoit  dépouilé , 
maltraité,  et  souvent  mis  à  mort.  Pour  remédier  à  ces  dé- 
sordres, et  en  même-temps  dans  la  vue  de  tirer  de  l'ar- 
gent du  peuple,  le  clergé  et  les  principaux  de  la  ville  lui 
proposèrent  de  l'affranchir  de  la  servitude ,  et  de  former 
ensemble  une  société  pour  leur  sûreté  réciproque,  moyen- 
nant une  somme  d'argent.  Le  peuple  accepta  avec  joie  cette 
offre,  et  donna  les  sommes  qu'exigeoient  le  clergé  et  les 
seigneurs ,  qui  firent  serment  de  le  maintenir  en  liberté. 
Telle  fut  l'origine  de  la  commune  de  Laon  ,  l'une  des  pre- 
mières,  dont  il  soit  fait  mention.  (On  sçait  que  les  com- 
munes, étoient  des  sociétés,  que  formoient  entr'eux  les  ha- 
bitans des  villes  par  la  concession  de  leurs  seigneurs,  pour 
se   défendre  contre   les   violences  des   nobles,    et  se  rendre 

Fleur  Hist  ecci.  justice  eux-mêmes.  '  Ceux  qui  juraient  ces  sociétés,  se 
nommoient  proprement  bourgeois.  Mais  comme  les  habitans 
des  villes  et  des  villages  étoient  encore  serfs  pour  la  plu- 
part, ils  rachetoient  leur  liberté  par  de  grosses  sommes, 
qu'ils  donnoient  aurai,  ou  au  principal  seigneur,  pour 
obtenir  ce  droit  de  commune  et  réduire  à  une  seule  taxe 
toutes  les  redevances  qu'ils  payoient  auparavant.  )  Gaudri 
n'étoit  point  à  Laon  lorsque  la  commune  s'établit;  il  étoit 
allé  en  Angleterre  pour  y  amasser  de  l'argent,  dont  il  avoit 
besoin  pour  se  soutenir.  A  son  retour  il  apprit  l'établisse- 
ment fait  pendant  son  absence,  et  s'y  opposa  d'abord.  Mais 
ensuite  gagné  lui-même  par  l'argent  du  peuple,  il  y  con- 
Guib.  p.  50*.  sentit  et  jura  d'observer  la  commune,  '  qui  fut  aussi  con- 
firmée par  le  Roi  Louis  le  Gros.  Dans  la  suite  Gaudri  se 
repentant  de  ce  qu'il  avoit  fait ,  résolut  de*  rompre  la  com- 
mune. 


ABBÉ  DE  NOGENT.  -  449 


IHSIÏCLE. 


mune.  Ayant  assemblé  dans  son  palais  les  principaux  de  la 
ville  avec  quelques-uns  des  clercs ,  il  concerta  les  moyens 
pour  y  réunir.  Le  succès  répondit  à  ses  vues ,  malheureu- 
sement pour  lui,  car  il  lui  en  coûta  la  vie.  Les  bourgeois 
et  le  peuple  au  désespoir  de  se  voir  réduits  en  servitude  , 
et  exposés  à  mille  vexations  de  la  part  du  prélat,  'jurèrent  Cap.  8,  9, 10. 
sa  perte,  et  le  massacrèrent  le  2o  d'avril  de  l'an  \  112,  qui 
étoit  le  jeudi  de  la  semaine  de  Pâques.  Son  cadavre,  après 
avoir  été  exposé  pendant  plus  de  vingt-quatre  heures  aux 
insultes  et  à  la  rage  d'une  populace  furieuse,  fut  enfin  en- 
levé par  les  soins  d'Anselme,  et  porté  à  l'abbaye  de  saint 
Vincent,  où  on  l'enterra  à  la  hâte.  Guibert  fait  ensuite  la 
description  des  maux  effroyables  qui  suivirent  le  meurtre 
de  Gaudri.  Le  palais  épiseopal,  la  cathédrale  même,  et 
plusieurs  autres  édifices  furent  réduits  en  cendres.  Les 
bourgeois  de  Laon  craignant  la  colère  du  roi,  appellerent 
à  leur  secours  Thomas  de  Marie,  fils  du  seigneur  de  Couci, 
le  plus  cruel  tyran  du  pays;  accoutumé  depuis  sa  jeunesse 
à  commettre  toutes  sortes^  de  crimes,  et  à  exercer  des  bri- 
gandages et  des  cruautés  inouies. 

Après  que  les  troubles  furent  un  peu  appaisés,  on  prit 
des  mesures  pour  réparer  les  désordres.  Le  clergé  demanda 
au  roi  la  permission  de  procéder  à  l'élection  d'un  évèque,  '  Gufl>-  P-  5U. 
mais  ce  prince  nomma  lui-même  Hugues  doyen  de  l'église 
d'Orléans,  qui  ne  tint  le  siège  que  quelques  mois.  Il  eut 
pour  successeur  Barthelemi  chanoine  thrésorier  de  Notre- 
Dame  de  Beims,  qui  fut  élu  canoniquement ,  et  placé 
malgré  lui  sur  ce  siège.  Guibert  remarque  à  l'occasion  de 
ce  prélat,  ainsi  qu'à  celle  de  son  prédécesseur,  et  en  plu- 
sieurs autres,  que  c'étoit  la  coutume  dans  ce  temps,  au  sacre 
des  évèques  et  à  la  bénédiction  des  abbés,  de  consulter 
Lécriture  sainte,  pour  en  tirer  un  pronostic  de  leur  gou- 
vernement. C'est  la  superstition,  que  les  anciens  appel- 
loient  le  sort  des  saints.  On  doit  remarquer  ici  le  peu  de 
fonds  qu'on  pouvoit  faire  sur  ces  sortes  de  pronostics,  puis- 
que ce  furent  les  mêmes  paroles  de  l'écriture  sainte,  tuam 
ipsius  animam  pertransib't  gladius,  qui  servirent  de  pro- 
nostic pour  Gaudri  et  pour  Barthelemi  :  quoique  la  con- 
duite et  la  fin  de  ces  deux  prélats  aient  été  si  différentes. 
Si  Guibert  avoit    survécu  à  Barthelemi,    il  auroit  reconnu 

3  i     Tome  X.  LU 


XII  SIECLE. 


450  GUIBERT, 


l'abus  de  cette  pratique,  et  l'événement  lui  auroit  appns 
que  c'est  mal-àrpropos  qu'il  a  conclu  du  pronostic  de  Bar- 
tlicleini,    (]u'il    devoit    craindre    que   quelque    malheur    ne 

ib.  coi.  2.  lui  arrivât  :   Quid  autem  infortunii   sibi  imminent,  '  viderit 

Deus. 

Pour  reparer  l'église  de  Laon,   on  porta  les  reliques  qui 

p.  512,  513,  514.  avoient  été  sauvées  de  l'incendie,  'dans  différentes  provinces 
de  France,  et  même  jusqu'en  Angleterre.  Dieu  fit  plusieurs 
miracles ,  selon  le  rapport  de  Guibert ,  dans  les  pays  où  ces 
reliques  furent  portées;  ce  qui  produisit  de  si  abondantes 
aumônes,  que  l'église  fut  réparée  en  très-peu  de  temps. 
Notre  auteur  après  avoir  fait  le  détail  des  malheurs  arrivés  à 
la  ville  de  Laon  et  à  la  province,   parle  de  ceux  que  l'éta- 

p.  515.  blissement  '  de  la  commune   occasionna  aussi  à  Amiens,   et 

blâme  fort  l'évêque  d'avoir  consenti  à  cet  établissement, 
qui  eût  des  suites  presqu'aussi  funestes  à  la  ville  d'Amiens 
qu'à  celle  de  Laon.  Nous  avons  déjà  remarqué,  que  Gui- 
bert n'est  pas  assez  équitable  à  l'égard  de  Geoffroi  évêque 
d'Amiens;  il  en  parle  encore  ici  avec  moins  de  ménage- 
ment ,  donnant  une  interprétation  maligne  à  toutes  ses  dé- 

p.  516,  si".  marches;  '  il  l'accuse  même  d'avoir  fait   un   discours    plus 

digne  de  Catilina  que  d'un  ministre  de  Dieu,  en  présence 
du  roi  et  du  peuple,  pour  les  engager  à  attaquer  les  ré- 
beles  qui  s'étoient  retirés  dans  la  tour  d'Amiens.  Il  est  vrai 
que  Guibert  a  raison  de  dire  qu'il  ne  convient  point  à  un 
évêque  d'exhorter  à  répandre   le  sang  humain. 

p.  517.  'Dans    le    seizième   chapitre,    notre    auteur    rapporte    un 

événement  sur  lequel  il  fait  une  réflexion  qui  mérite  d'être 
remarquée.  Un  fameux  voleur  nommé  Ansel,  ayant  pris 
des  croix,  des  calices  d'or,  porta  son  vol  chez  un  marchand 
de  Soissons  pour  le  lui  vendre,  et  lui  fit  promettre  avec 
serment  qu'il  ne  le  déclareroit  point.  Le  marchand  ayant  en- 
suite entendu  prononcer  l'excommunication  dans  les  églises 
de  Soissons  contre  les  complices  de  ce  vol,  vint  à  Laon, 
et  découvrit  la  chose  au  clergé.  Ansel  nie  le  fait  :  le  mar- 
chand lui  propose  de  se  battre  pour  en  décider  :  Ansel  l'ac- 
cepte, et  tue  le  marchand.  II  faut,  dit  sur  cela  Guibert, 
ou ,  que  le  marchand  ait  mal  fait  de  découvrir  un  secret  qu'il 
avoit  promis  avec  serment  de  garder;  ou,  ce  qui  est  beau- 
coup plus  vrai ,  que  la  loi  (de  se  battre  pour  décider  de  l'in- 


ABBE  DE  NOGENT.  451       XII S1ECLE 


nocence  et  de  la  vérité)  est  injuste.  Car  il  est  certain, 
ajoute— t'il ,  qu'il  n'y  a  aucun  canon  qui  autorise  une  telle 
loi. 

Dans  le  dix-septieme  chapitre,  '  il  parle  des  mœurs  cor-  P.  518. 
rompues,  des  impiétés,  et  de  la  mort  malheureuse  de  Jean 
comte  de  Soissons,  contre  lequel  il  avoit  fait  un  écrit  sur 
l'Incarnation,  qu'il  adressa  à  Bernard  doyen  de  Laon.  Ce 
comte  non-seulement  favorisoit  les  Juifs ,  et  judaïsoit  lui- 
même,  mais  il  étoit  encore  attaché  à  des  hérétiques  de 
son  temps,  qui  enseignoient  la  plupart  des  erreurs  des 
Gnostiques,  des  Ebionites,  et  surtout  des  Manichéens; 
et  commettoient  toutes  sortes  d'infamies  dans  des  lieux 
souterrains  et  cachés  où  ils  s'assembloient.  '  Selon  eux,  p.  519. 
l'Incarnation  du  Verbe ,  sa  vie ,  sa  mort ,  sa  résurrection , 
n'avoient  point  été  réelles,  mais  en  apparence.  Ils  rejet- 
toient  le  baptême  que  les  enfans  reçoivent  sur  la  foi  des 
pareins.  Ils  avoient  une  telle  horreur  du  mystère  de  l'Eucha- 
ristie, qu'ils  appelloient  bouche  d'enfer  la  bouche  des  prê- 
tres. Lisiard  évèque  de  Soissons  fit  venir  les  deux  chefs  de 
ces  hérétiques,  nommés  Clémentius  et  Evrard,  qui  étoient 
deux  frères;  et  leur  reprocha  leurs  erreurs  et  leurs  conven- 
ticules.  Ils  convinrent  des  assemblées  secrètes,  mais  du  reste 
leurs  réponses  furent  conformes  à  la  foi  orthodoxe;  Christia- 
nissimè  responderunt ,  conventicula  non  negârunt  :  ensorte 
que  l'évêque  ne  pouvant  tirer  la  confession  de  leurs  erreurs, 
et  les  témoins  étant  absens ,  il  les  condamna  au  jugement 
de  l'eau  exorcisée.  Tandis  qu'on  préparoit  ce  qui  étoit  né- 
cessaire pour  cette  épreuve,  '  Lisiard  pria  Guibert  de  les  p.  520. 
interroger  en  particulier,  pour  tâcher  de  tirer  l'aveu  de 
leurs  hérésies.  Mais  il  ne  put  rien  leur  faire  avouer,  et  fut 
d'avis  qu'on  exécutât  le  jugement  de  l'évêque.  Le  prélat  dit 
la  messe,  à  laquelle  il  communia  les  accusés,  en  disant  : 
Que  le  corps  et  le  sang  de  Notre  Seigneur  soit  aujourd'hui 
une  épreuve  pour  vous.  Puis  il  fit  l'exorcisme  de  l'eau,  dans 
laquelle  on  jetta  Clémentius,  après  qu'il  eut  assuré  avec 
serment  n'avoir  jamais  rien  cru  ni  enseigné  de  contraire  à 
notre  foi.  Loin  d'aller  au  fonds  de  l'eau,  il  surnagea  com- 
me un  roseau  et  fut  tenu  pour  convaincu.  On  le  mit 
en  prison  avec  son  frère,  qui  avoit  confessé  ses  erreurs, 
mais  sans  y  renoncer.   On  arrêta   aussi  deux  autres  héréti- 

L  1  1  ij 


in  SIECLE. 


452  GUIBERT, 

ques  qui  étoient  venus  de  Dormans  à  ce  spectacle.  Ensuite 
Lisiard  et  Guibert  partirent  pour  aller  consulter  les  évê- 
ques  du  concile,  qui  se  tenoit  à  Béarnais,  sur  ce  qu'il  y  avoit 
à  faire.  Mais  le  peuple  de  Soissons  craignant  qu'on  ne  trai- 
tât ces  hérétiques  avec  trop  de  douceur,  courut  à  la  prison, 
et  les  en  ayant  tirés,  il  les  brûla  hors  de  la  ville.  C'est  ce 
qui  nous  a  paru  de  plus  remarquable  dans  les  trois  livres 
de  la  vie  de  Guibert,  qui  mérite  d'être  cru  dans  ce  qu'il 
rapporte  comme  témoin  occulaire,  quoique  d'ailleurs  trop 
crédule  sur  les  faits  merveilleux.  Il  étoit  âgé  lorsqu'il  com- 
posa cet  ouvrage,  puisqu'il  y  marque,  que  son  corps  étoit 
cassé  de  vieillesse.  Il  y  fait  mention  de  la  plupart  des  écrits 
qui  nous  restent  de  lui,  et  dont  nous  allons  rendre  compte. 
2°.  La  première  production  de  Guibert  paroît  être  le 
sermon  qu'il  fit  le  jour  de  la  Madeleine  dans  un  monastère 
étranger,  où  il  avoit  accompagné  son  abbé.  Nous  avons 
déjà  vu  de  quelle  manière  il  s'y  trouva  engagé ,  et  le  suc- 
cès qu'il  eut.  Ce  sermon  n'est  point  un  panégyrique  de  la 
sainte,  mais  un  discours  de  morale,  dans  lequel  l'orateur 
prenant  pour  texte  ces  paroles  de  l'écriture  :  La  malignité 
ne  peut  prévaloir  contre  la  sagesse;  elle  atteint  avec  force 
depuis  mie  extrémité  jusqu'à  Vautre,  et  dispose  de  toutes 
choses  avec  douceur,  il  cherche  quelles  peuvent  être  les 
extrémités  entre . lesquelles  la  sagesse  tient  le  milieu,  et  at- 
teint depuis  l'une  jusqu'à  l'autre.  Il  les  trouve  dans  trois 
paraboles  de  l'évangile  ;  sçavoir ,  la  parabole  du  trésor  ca- 
ché dans  un  champ.  2°.  Celle  d'une  pierre  précieuse  ache- 
tée par  un  marchand.  5°.  Celle  du  filet  jette  dans  la  mer. 
Le  prédicateur,  suivant  le  génie  de  son  siècle,  donne  dans 
l'allégorie,  et  cite  grand  nombre  de  textes  de  l'écriture, 
auxquels  il  donne  presque  toujours  des  sens  figurés.  Il  ex- 
plique les  trois  paraboles  de  Jesus-Christ ,  sur-tout  de  sa 
passion  et  de  sa  "résurrection,  par  lesquelles  il  nous  a  mérité 
tous  les  dons  de  la  sagesse.  11  y  montre  combien  Dieu  est  fort, 
et  en  même  temps  plein  de  douceur;  mais  pour  le  sentir  il  faut 
le  goûter.  Il  parle  des  mystères  de  notre  religion  en  habile 
théologien;  et  de  la  vie  spirituelle  en  homme  d'une  piété 
éclairée  et  solide.  11  y  a  une  grande  abondance  de  pen- 
sées et  d'instructions,  sur  plusieurs  points  très-importants; 
sur  la  confiance  que  nous  devons  avoir  dans  la  médiation 


ABBÉ  DE  NOGENT.  433 


XII  SIECLB. 


de  Jesus-Christ ,  sans  laquelle  la  vue  de  nos  péchés  nous 
feroit  tomber  dans  le  désespoir;  sur  le  souvenir  de  sa  passion; 
sur  la  conformité  que  nous  devons  avoir  avec  lui,  par  la 
pénitence  et  la  mortification  de  nos  corps;  sur  le  renonce- 
ment à  nous-mêmes  et  à  notre  propre  volonté;  «  qui,  dit-il, 
>  dépouille  le  paradis,  et  enrichit  l'enfer;  qui  rend  inutile 
»  le  sang  de  Jesus-Cbrist,  et  soumet  le  monde  à  l'empire 
»  du  démon.  »  Le  prédicateur  finit  par  une  courte  et  belle 
récapitulation  de  son  discours,  où  il  y  a  un  trait  remar- 
quable, et  qui  peut  faire  juger  qu'elle  étoit  sa  charité  pour 
les  malades.  «  L'avarice  s'efforce  de  détruire  la  miséricor- 
»  de,  et  sous  le  spécieux  prétexte  du  bien,  elle  s'oppose  à 
»  ce  qu'on  vende  ce  qui  appartient  au  monastère  pour  sou- 
»  lager  les  malades;  comme  si  les  soulagemens  qu'on  procure 
»  aux  malades,  étoient  capables  de  ruiner  le  monastère.  » 
D.  Mabillon  a  donné  ce  sermon  '  parmi  les  ouvrages  fausse-  t.  »,  p.  701. 
ment  attribués  à  saint  Bernard;  mais  le  sçavant  éditeur  avertit 
qu'il  croit  que  Guibert  de  Nogent  en  est  auteur ,  fondé 
sur  ce  qu'il  dit  lui-même  dans  le  seizième  chapitre  du  pre- 
mier livre  de  sa  vie.  Dans  les  annales  de  l'ordre  de  saint  Be- 
noît, D.  Mabillon  dit  encore  expressément  que  ce  sermon 
est  de  Guibert,  et  que  les  auditeurs  en  furent  si  satisfaits,  '  An.  1.  w,  n.  iîo. 
que  le  prieur  du  monastère  pria  le  prédicateur  de  le  lui 
donner  par  écrit. 

3°.  L'éditeur  des  œuvres  de  Guibert  a  mis  à  la  tête  de 
ses  écrits  un  petit  traité  très-méthodique  et  très-instructif 
sur  la  manière  de  prêcher.  Le  P.  Alexandre  l'a  jugé  si  so- 
lide, qu'il  en  conseille  la  lecture  à  tous  ceux  qui  se  pré- 
parent à  ce  saint  ministère,  ou  qui  sont  chargés  d'annoncer 
la  parole  de  Dieu.  Notre  auteur  remarque  d'abord  qu'il  est 
très-dangereux  à  celui  qui  est  chargé  par  le  devoir  de  sa 
charge  d'annoncer  la  parole  de  Dieu,  de  ne  pas  remplir  ce 
devoir  ;  et  que  comme  c'est  une  chose  damnable  de  don- 
ner mauvais  exemple,  on  n'est  gueres  moins  digne  de  blâ- 
me, de  ne  pas  vouloir  contribuer  à  la  guérison  des  pécheurs 
en  les  instruisant.  Les  hommes,  continue  ensuite  Guibert, 
ont  à  cet  égard  des  vues  différentes.  Il  en  est  qui  s'abstien- 
nent de  prêcher  par  orgueil,  d'autres  par  dégoût,  d'autres 
par  envie.  Les  premiers  ne  veulent  point  passer  pour  prê- 
cheurs, parce  que  c'est  une  qualité  qu'on  méprise.  Il  en 

3  1  * 


xn  SIECLE. 


454  GU1BERT, 


est  cependant  d'autres  qui  prêchent  par  orgueil  et  par  am- 
bition. Si  l'on  compare  ces  deux  sortes  de  personnes,  dont 
les  uns  refusent  de  prêcher  par  orgueil,  et  les  autres  prê- 
chent par  vanité;  ces  derniers  sont  plus  utiles  que  les  pre- 
miers, puisqu'ils  instruisent  et  ne  font  tort  qu'à  eux-mêmes 
par  le  motif  qui  les  conduit  :  au  lieu  que  ceux  qui  s'en 
abstiennent  font  tort,  par  leur  silence,  à  ceux  qu'ils  ne 
veulent   pas  instruire,   et   à   eux-mêmes    par    leur   orgueil. 

Ceux  qui  s'abstiennent  de  prêcher  par  envie,  le  font,  ou 
parce  qu'ils  ne  veulent  pas  contribuer  à  rendre  meilleurs 
par  leurs  instructions  ceux  à  qui  ils  annonceroient  la  parole 
de  Dieu  ;  ou  parce  qu'ils  craignent  qu'en  leur  faisant  part  de 
ce  qu'ils  sçavent,  ils  ne  deviennent  aussi  habiles  qu'eux, 
ou  même  qu'ils  ne  les  surpassent.  11  est  une  autre  sorte 
d'envie,  qui  perte  quelquefois  un  prédicateur  à  s'appliquer 
avec  plus  d'ardeur  à  l'étude,  non  dans  la  vue  d'édifier, 
mais  par  le  désir  de  l'emporter  sur  d'autres  prédicateurs. 
Celui-là  est  un  mauvais  dispensateur  de  la  parole  de  Dieu, 
et  se  perd  en  cherchant  les  autres;  mais  de  quelque  ma- 
nière qu'on  annonce  Jesus-Christ ,  il  faut  s'en  réjouir,  et  on 
ne  doit  point  rejetter  celui  qui  dispense  la  parole  de  Dieu, 
parce  que  le  mercenaire  ne  laisse  pas  d'être  utile  en  beau- 
coup de  choses. 

Enfin  il  en  est  qui  ont  du  dégoût  pour  la  prédication;  ce 
qui  n'est  point  surprenant  dans  ceux  qui  ne  font  aucune 
bonne  action;  mais  il  y  en  a  d'autres  qui  vivent  bien,  dont 
la  conduite  est  édifiante,  et  qui  parce  qu'ils  n'ont  point 
charge  d'ame  dans  l'église,  s'imaginent  qu'ils  n'ont  point 
d'obligation  d'annoncer  la  parole  de  Dieu  à  leurs  frères  : 
ce  qui  est  très-absurde,  dit  Guibert,  qui  soutient  que  tous 
les  chrétiens  qui  ont  quelque  science  de  l'écriture,  sont 
obligés  d'enseigner  la  parole  de  Dieu.  «  Car  si,  selon  saint  Am- 
De offlc.  1. 1, c. 36.  >  broise,  dit-il,  '  celui  qui  n'empêche  pas  qu'on  fasse  injure 
»  à  son  prochain,  lorsqu'il  le  peut,  est  aussi  coupable  que 
»  celui  qui  la  fait;  ne  peut-on  pas  dire  que  celui-là  est  éga- 
»  lement  coupable,  qui  voit  pécher  son  frère  et  qui  ne  veut 
»  pas  le  reprendre?  »  Le  ministre  de  la  parole  ne  doit  rien 
dire  dans  ses  exhortations  qui  ne  vienne  de  Dieu ,  comme 
de  sa  source;  il  ne  doit  avoir  que  Dieu  en  vue,  et  ce  seroit 
un  sacrilège  que  de  chercher  sa  propre  gloire.  Car  si  le  vol 


ABBÉ  DENOGENT.  453       m  SIKCL8. 


est  regardé  parmi  les  hommes  comme  un  crime  très-hon- 
teux, quel  est  le  crime  de  celui  qui  enlevé  à  Dieu  ce  qui 
lui  appartient,  et  se  l'approprie?  Si  furtum  inter  humana 
negotia  probrosissimum  est,  quid  eriminis  esse  putamus,  sua 
subtrahere  Deo ,  et  sibi  arrogare? 

Notre  auteur  veut  que  le  prédicateur  joigne  la  pratique 
des  vertus  à  l'instruction  des  autres,  qu'une  conscience  pure 
soit  comme  le  livre  d'où  il  tire  la  matière  de  son  discours , 
afin  qu'en  prêchant  le  bien  aux  autres,  il  ne  soit  point  tour- 
menté par  le  souvenir  de  ses  crimes,  et  qu'une  secrette  con- 
fusion n'arrête  point  ses  paroles  (-1  ).  La  prière  doit  précé- 
der la  prédication,  afin  que  l'ame  étant  toute  embrasée  de 
l'amour  de  Dieu,  elle  exprime  avec  force  les  sentimens 
qu'elle  a  de  lui,  et  allume  dans  les  cœurs  de  ses  auditeurs 
le  même  feu  dont  elle  brûle  elle-même.  Car  un  discours 
prononcé  d'une  manière  tiède  et  languissante,  n'étant  pas 
même  agréable  à  celui  qui  le  prononce,  ne  peut  plaire  à 
personne.  Ce  seroit  une  merveille,  si  un  discours  prononcé 
par  un  orateur  qui  n'est  point  animé,  étoit  capable  d'animer 
les  autres.  L'expérience  nous  apprend  que  de  tels  dis- 
cours ne  sont  propres  qu'à  accabler  d'ennuis,  et  à  mettre 
l'auditeur  de  mauvaise  humeur.  Un  autre  défaut  que  le  pré- 
dicateur doit  éviter,  est  d'être  ennuyeux  et  à  chfirge  par 
sa  longueur.  On  lit  dans  saint  Ambroise,  qu'un  discours 
ennuyeux  met  en  colère.  C'est  ce  qui  arrive,  soit  lors- 
qu'on répète  les  mêmes  choses,  soit  lorsqu'on  s'étend  trop 
sur  différens  sujets.  Le  prédicateur  ne  doit  pas  trop  se  li- 
vrer à  son  zélé,  quelque  grand  qu'il  soit,  quelque  soit 
son  sujet,  '  quclqu'heureuse  que  soit  sa  mémoire,  quel-  Guib.  p.  4,  coi.  î. 
que  facilité  qu'il  ait  de  parler  avec  grâce  et  éloquence;' 
il  doit  avoir  égard  à  la  foiblesse  de  ses  auditeurs,  et  penser 
qu'il  vaut  mieux  débiter  un  petit  nombre  de  vérités  qui  se- 
sont  reçues  agréablement,  que  de  débiter  une  infinité  de 
choses,  dont  on  n'en  retiendra  aucune.  Il  est  à  propos  qu'il 
finisse  toujours  avant  que  d'ennuyer,  afin  que  lorsqu'il  par- 
lera une  autre  fois,   il  trouve  les  esprits  disposés  à  l'écouter. 

Guibert  ajoute  à  cela  un   avis  très-sage  sur  ce   que  doi- 
vent faire  les  prédicateurs,   pour  se  proportionner  à  la  por- 

(1)  SU  liber  noster,  ex  quo  nostrœ  procédai  textus  orationis,puraconscientia, 
ne  dam  lingua  atiis  bona  annuntiat  peccati  memoria  nos  inius  mordeat,  qum 
locutionis  impetum  occulta  confusione  prœpediat. 


III  SIECLE. 


456  GUIBERT, 

tée  de  leurs  auditeurs.  Ils  en  ont  de  sçavans  et  d'ignorans  : 
il  faut  qu'ils  aient  égard  aux  uns  et  aux  autres.  Pour  cela 
ils  doivent  expliquer  les  choses  aux  ignorans  d'une  manière 
claire  et  intelligible;  et  en  mêler  de  plus  relevées  pour 
les  sçavans.'  Il  dit  qu'il  est  à  propos  de  mêler  des  sentences 
de  l'ancien  Testament  dans  les  sermons,  parce  qu'elles  pa- 
roissent  nouvelles  et  réveillent  les  auditeurs.  Venant  en- 
suite aux  sujets  que  les  prédicateurs  doivent  prendre, 
il  les  réduit  aux  quatre  sens  de  l'écriture;  sçavoir  l'histori- 
que, qui  rapporte  les  événemens;  l'allégorique,  qui  sous 
un  discours  propre  à  une  chose,  en  fait  entendre  une  au- 
tre; le  tropologique,  qui  est  une  expression  morale,  qui 
apprend  à  régler  les  mœurs;  l'anagogique,  ou  mystique, 
qui  élevé  l'esprit  aux  choses  célestes  et  divines  de  la  vie 
future  et  éternelle.  L'auteur  démontre  ces  quatre  sens,  en 
prenant  pour  exemple  le  mot  de  Jérusalem.  Selon  le  sens 
historique,  c'est  une  ville;  dans  le  sens  allégorique ,  il  signi- 
fie l'église;  dans  le  tropologique,  c'est  l'ame  fidèle,  qui 
soupire  après  la  jouissance  de  la  paix  éternelle;  selon  l'a- 
nagogique, il  marque  la  vie  des  citoyens  célestes,  qui  jouis- 
sent dans  le  ciel  du  souverain  bonheur  en  voyant  Dieu. 
De  ces  quatre  sens,  le  plus  utile,  et  celui  auquel  le  prédi- 
cateur doit  plus  particulièrement  s'attacher,  est  le  moral. 
D'ailleurs  il  est  plus  aisé,  et  il  y  a  plus  de  sûreté  à  traiter 
de  la  nature  des  vertus,  que  de  ce  qui  regarde  la  foi.  Car 
en  voulant  quelquefois  trop  approfondir  les  mystères,  on 
donne  occasion  en  en  parlant  à  des  esprits  bornés  de  tom- 
ber dans  l'erreur,  au  lieu  qu'en  traitant  des  matières  de  mo- 
rale, on  en  retire  de  l'utilité.  Ainsi  quoique  le  sens  allégo- 
rique soit  plus  agréable,  et  quoiqu'il  soit  quelquefois  né- 
cessaire de  parler  de  ce  qui  regarde  la  foi  et  l'intelligence 
de  l'écriture,  néanmoins  le  principal  objet  du  discours  doit 
être  les  mouvemens  intérieurs,  c'est-à-dire,  les  passions. 
Ces  mouvemens  et  ces  passions  sont  si  communes  à  tous 
les  hommes,  qu'un  discours  qui  traite  de  cette  matière 
ne  peut  être  obscur,  n'y  ayant  personne,  qui,  réfléchissant 
sur  lui-même,  n'y  apperçoive  comme  écrit  dans  un  livre 
tout  ce  que  peut  dire  le  prédicateur  touchant  les  différentes 
tentations. 

Un  prédicateur  ne  doit  pas  moins  s'appliquer  à  donner 

des 


ABBE  DE  NOGENT.  457      XII  siècle. 


des  avertissemens  sur  la  liaison  des  vices  et  sur  les  moyens 
de  les  éviter,  que  sur  la  pratique  des  vertus  ;  il  peut  faire 
beaucoup  de  fruit,  en  faisant  connoître  de  quelle  manière 
les  vices  naissent  les  uns  des  autres,  et  les  effets  pernicieux 
qu'ils  produisent.  Il  y  a  des  hommes  si  grossiers,  si  char- 
nels, et  si  plongés  dans  la  matière,  qu'ils  n'entendent  et 
ne  comprennent  que  ce  qui  est  sensible ,  et  ce  que  les  bêtes 
mêmes  peuvent  comprendre  :  en  sorte  que  les  vices  du 
corps  et  de  Pâme,  auxquels  ils  sont  sujets,  et  sous  le  joug 
desquels  ils  vivent,  leur  sont  inconnus,  et  qu'ils  les  igno- 
rent jusqu'à  ce  qu'on  les  leur  fasse  connoître.  «  Je  dis  donc, 
»  continue  Guibert,  et  je  dis  vrai,  que  quelquefois  un 
»  discours  de  la  nature  du  vice  n'est  pas  moins  utile  qu'un 
»  discours  sur  la  nature  des  vertus.  Car  si  je  ne  connois  la 
»  laideur  du  vice,  comment  aimerai-je  la  vertu?  Et  com- 
»  ment  fuirai-je  le  vice,  si  je  ne  connois  ce  qui  est  bon,  et 
»  que  je  ne  puis  acquérir,  si  je  ne  fuis  le  vice.  Il  y  a  des  lé- 
»  gumes,  il  y  a  de  la  ciguë;  l'un  est  bon,  l'autre  est  mor- 
»  telle.  »  Il  faut  connoîlre  l'un  et  l'autre,  afin  de  n'être 
point  exposé  à  s'empoisonner,  en  mangeant  de  la  ciguë  avec 
des  légumes.  11  est  donc  nécessaire  de  faire  connoître  le 
vice,  afin  qu'on  l'évite. 

'  Il  n'est  point    de    prédication   plus   utile ,   que  celle   qui  p.  5. 
fait  connoître  l'homme  à  l'homme  lui-même;  et  qui  le  rap- 
pellant  du  dehors  où  il  est  répandu,  le  fait  rentrer  au  dedans 
de  soi,  et  le  représente   comme  dépeint   devant    ses   yeux. 
Pour  traiter  cette  importante  matière  de  l'homme  intérieur, 
Guibert   renvoyé    aux    morales    de    saint  Grégoire,    et   aux 
écrits  de  Jean  Cassien.    Mais  on  l'apprend    surtout    par    sa 
propre  expérience;  et  rien  n'est  plus  utile  à  Pâme,  que  de 
réfléchir  sur  ce  qui  se  passe  en  elle-même.  C'est  par  cette 
expérience  que  l'homme  connoît  les  victoires  qu'il  rempor- 
te  sur    les    tentations,    en    leur   résistant   courageusement; 
ses  affoiblissemens  et  ses  chutes,  lorsqu'il  se  lasse  du  com- 
bat et  qu'il  désespère  de  pouvoir  résister  à  des  attraits,  aux- 
quels son  cœur  étoit  impénétrable;  '  ses  retours  vers  Dieu,  ibid. 
qui  lui  fournissent  différens  moyens  pour  le  relever,  ou  pour  col.  2. 
l'empêcher  de  tomber;  soit  en  lui  inspirant  l'esprit  de  com- 
ponction, c'est-à-dire,  en  lui  faisant  sentir  la  foiblesse  de 
sa  volonté;    soit  en  lui    faisant  entendre  quelque  discours 

Tome  X.  M  m  m 


xn  SIECLE. 


458  GUIBERT, 


de  piété;  soit  en  lui  faisant  lire  quelque  page  de  l'écriture, 
qui  tire  l'esprit  de  sa  langueur;  soit  enfin  par  une  infinité 
d'autres  moyens,  qui  rappellent  l'homme  au  bien.  Gui- 
bert  fait  à  cette  occasion  une  description  pathétique  de  l'é- 
tat des  justes,  qui  travaillant  à  leur  perfection,  sont  expo- 
sés aux  (lots  des  tentations.  Ils  en  sont  agités,  niais  ils  ne 
sont  pas  submergés.  Dans  ces  violens  combats  de  l'esprit 
et  de  la  chair,  qui  se  heurtent  et  se  font  la  guerre,  ils  ne 
cesseit  point  d'agir  et  de  résister  courageusement;  et  loin 
de  tomber  dans  le  désespoir,  ils  tournent  leurs  regards  vers 
Dieu,  et  se  jettent  entre  les  mains  du  Tout-puissant,  qui 
p.  c>.  peut  les  délivrer  des  maux  dont  ils  gémissent.  '  Ceux-là  ont 

vu,  dans  l'abattement  d'esprit,  dans  les  nuages  de  la  ten- 
tation, dans  la  crainte  de  pécher,  c'est-à-dire,  ils  ont 
éprouvé  les  œuvres  du  Seigneur,  et  les  choses  étonnantes 
qu'il  fait  au  milieu  de  l'abîme.  Après  être  sortis  de  ces 
combats,  et  de  ces  dangers,  ils  rentrent  en  eux-mêmes, 
et  considérant  par  quelles  fautes  ils  ont  mérité  d'être  li- 
vrés à  ces  tentations,  et  de  quelle  manière  ils  ont  été  dé- 
livrés, ils  font  des  réflexions  utiles  et  capables  d'instruire 
sans  lettres  et  sans  livre.  Celui  qui  est  chargé  par  état  de 
travailler  à  l'instruction  des  autres,  peut  se  servir  utilement 
de  l'expérience  qu'il  a  acquise  par  lui-même  dans  ces  com- 
bats. Un  homme  qui  n'a  jamais  porté  les  armes,  peut  par- 
ler de  la  guerre,  sur  des  discours  qu'il  aura  entendus,  ou 
des  histoires  qu'il  aura  lues  ;  mais  il  n'en  parlera  jamais  aussi 
pertinemment  que  celui  qui  a  fait  la  guerre  en  personne,  et 
s'est  trouvé  à  plusieurs  batailles.  Il  en  est  de  même  dans 
la  vie  spirituelle. 

Guibert  parlant  de  l'usage  qu'un  prédicateur  doit  faire 
de  l'écriture  dans  ses  sermons,  ne  veut  pas  que  ceux  qui 
ne  sont  pas  exercés  dans  cette  étude,  hazardent  des  allé- 
gories nouvelles.  Il  avertit  sur-tout  le  prédicateur,  que 
s'ils  veulent  faire  du  fruit,  ils  doivent  remplir  leur  minis- 
tère de  telle  sorte  qu'ils  ne  fassent  paroître  d'autre  inten- 
tion que  d'instruire  et  de  procurer  le  salut  de  leurs  audi- 
teurs ,  et  qu'ils  ne  cherchent  point  à  s'acquérir  de  la  gloire 
par  leur  éloquence.  Car  rien  ne  choque  tant  un  auditeur, 
que  de  penser  que  celui  qui  lui  annonce  la  parole  de  Dieu , 
le  fait  par  intérêt  et  par  ostentation.   Celui   qu'on  connoît 


ABBÉ  DE  NOGENT.  459       XII SIECLE. 


pour  tel,  irrite  plutôt  qu'il  n'instruit  ;  et  plus  il  prend  de 
peine  pour  orner  ses  discours,  plus  il  fait  mépriser  sa  per- 
sonne,  et   même  les  choses  qu'il  dit. 

Après  cela,  Guibert  propose  les  principales  matières, 
que  les  prédicateurs  doivent  traiter  dans  leurs  sermons.  Il 
veut  qu'on  représente  aux  pécheurs,  non-seulement  la  ri- 
gueur des  supplices  éternels,  qu'ils  souffriront  sans  aucune 
espérance  d'en  être  jamais  délivrés  ;  mais  encore  les  peines, 
les  inquiétudes,  et  tous  les  maux  qui  accompagnent  le  cri- 
me, même  dans  cette  vie.  Il  en  fait  la  description  d'après 
Boëce,  en  employant  les  paroles  de  ce  célèbre  philoso- 
phe. 

Telles  sont  les  régies  que  prescrit  Guibert ,  et  les  avis 
qu'il  donne  aux  prédicateurs  dans  son  excellent  traité  de  la 
manière  de  prêcher,  qui  sert  de  préface  à  son  commentaire 
sur  la  Genèse,  et  peut-être  d'apologie  à  l'auteur.  En 
effet,  ce  qu'il  dit  pour  prouver  que  tout  chrétien  est  obligé 
de  procurer  tout  le  bien  qu'il  peut,  soit  par  l'exemple, 
soit  par  l'instruction,  la  manière  dont  il  insiste  sur  cette  obli- 
gation, ne  permet  pas  de  douter  que  l'auteur  n'ait  voulu 
se  justifier,  et  combattre  les  préventions  de  l'abbé  Garnier, 
qui  vouloit  l'empêcher  de  composer  son  ouvrage  sur  la 
Genèse. 

4°.  L'ouvrage  de  Guibert  sur  la  Genèse  consiste  en  dix 
livres  de  commentaires  moraux,  qu'il  a  composés  à  l'imi- 
tation de  ceux  de  saint  Grégoire  le  Grand  sur  Job.  Il  nous 
apprend  lui-même  ce  qui  l'engagea  à  s'appliquer  au  sens 
moral  plutôt  qu'à  l'allégorique  ou  à  d'outrés  :  c'est  qu'il 
crut  qu'un  commentaire  de  ce  genre  seroit  plus  utile  dans 
le  temps  où  il  vivo.t,  '  parce  que  la  foi  étoit  saine,  et  que 
les  mœurs  étoient  très-corrompues  (J).  A  l'égard  du  sens  Ub.  1,  vit.  c.  w. 
littéral ,  il  donne  une  raison  particulière  '  pour  laquelle  il  pi-ocem.  p.  i. 
ne  s'y  est  point  attaché;  en  disant  qu'il  y  auroit  eu  de  la 
folie  à  l'entreprendre  après  saint  Augustin,  qu'ainsi  la  crainte 
de  passer  pour  fol  l'en  a  empêché  (2).  L'auteur  a  la  mo-  itod. 

(1)  Porto  in  Geneti,  ideb  potissimum  moralilati  intendi....  Qubd  judicio  meo 
alleijoncis  mnralia  salis  hoc  tempore  utiliora  put  art  m,  fide  tx  Deo  ad  integrum 
fiante,  monbus  pêne  omnium  mult  vlici  vitio  proftigalis. 

(2)  Allendenttum,  quia  B.  Auqvstmo  aut  dUsona.  aut  paria  lexere  insani  tapi- 
Us  notant  terent  jure  tuptrstderim . 

M  m  m  ij 


XII  SIECLE. 


4G0  GLIBERT, 


destie  de  dire,  en  parlant  dans  le  premier  livre  de  sa  vie  de 
ce  commentaire  et  de  ce  qui  y  a  donné  occasion,  qu'il  ignore 
s'il  a  été  utile  à  quelqu'un  :  il  avoue  toutefois  qu'il  a  fait 
plaisir  aux  sçavans,  et  que  pour  lui  il  en  a  retiré  un  grand 
avantage,  en  ce  qu'il  lui  a  fait  éviter  l'oisiveté.  Il  n'est  pas 
possible  de  faire  l'extrait  d'un  semblable  ouvrage  :  nous 
nous  contentons  d'en  donner  quelques  échantillons,  pour 
que  le  lecteur  puisse  s'en  former  une  idée.  Voici  l'explica- 
tion qu'il  donne  du  premier  verset  de  la  Genèse.  Au  com- 
mencement le  Seigneur  créa  le  ciel  et  la  terre.  «  Dans  le 
»  commencement  de  notre  conversion,  nous  sentons  en 
»  nous  un  combat  de  deux  choses,  qui  sont  contraires  l'une  à 
»  l'autre,  et  qui  ne  peuvent  jamais  être  en  paix,  pas  même 
»  un  seul  moment  dans  celui  qui  vit  bien.  Ces  deux  choses 
»  sont  la  chair  et  l'esprit. 

»  L'homme  dans  le  premier  état,  où  Dieu  Pavoit  créé, 
»  étoit  exempt  de  tout  mouvement  déréglé  :  il  y  avoit  entre 
»  l'esprit  et  la  chair  une  concorde  si  j  arfaite,  qu'il  n'éprouvoit 
»  rien  qui  lui  fil  peine,  jusqu'à  ce  qu'ayant  violé  le  comman- 
»  dément  de  Dieu  en  obéissant  au  serpent,  il  sentit  la  ré- 
»  volte  de  la  chair  contre  l'esprit.  Il  étoit  bien  juste  que 
»  l'homme  ne  sentit  aucune  contradiction  en  lui  tant  qu'il 
»  demeura  soumis  à  Dieu;  et  il  n'étoit  pas  moins  juste, 
»  qu'il  ne  fut  plus  maître  de  lui-même,  du  moment  qu'il  se 
s  révolta  contre  Dieu....  Dès-lors  la  concupiscence  régna 
»  en  nous,  et  nous  fit  éprouver  malgré  nous  des  mou- 
»  vemens  déréglés.  »  Notre  auteur  fait  ensuite  l'application 
de  son  commentaire,  à  ce  qui  se  passe  en  nous  au  commen- 
cement de  notre  conversion,  lorsque  nous  renonçons  à  nos 
crimes  pour  retourner  à  Dieu.  Nous  avons  donc,  dit-il, 
en  nous  le  ciel ,  qui  nous  fait  soupirer  après  les  choses  cé- 
lestes ;  et  nous  avons  au  contraire  la  terre  qui  nous  en- 
traîne comme  des  bêtes  vers  les  choses  viles  et  mépri- 
sables, 
r.  12.  '  Sur  le  verset  troisième  :  Que  la  lumière  soit  faite,  et 
la  lumière  fut  faite  :  «  Que  devons  nous  entendre,  dit-il, 
»  par  la  lumière,  sinon  ce  premier  bien,  qui  est  donné  à 
»  ceux  qui  se  convertissent,  en  rentrant  au  fond  de  leur 
»  cœur?  Or  quel  est  ce  premier  bien,  sinon  la  crainte  du 
»  Seigneur,    qui  est  le  commencement  de  la  sagesse 


ABBÉ  DE  NOGENT.  46^ 

Mais  il  faut  examiner  pourquoi  cette  crainte  (4  ) ,  que  nous 
appelions  lumière ,  est  meilleure  que  celle  que  l'on  voit 
dans  des  hommes,  qui  en  se  livrant  à  la  débauche, 
craignent  d'être  découverts.  Il  en  est,  qui  craignent  d'ê- 
tre surpris  dans  leurs  crimes,  et  cette  crainte  est  plus  ca- 
pable de  porter  à  les  commettre  que  d'en  empêcher. 
Car,  comme  le  dit  un  poëte,  plus  on  couvre  le  feu,  plus 
il  s'allume. 

Quoque  magis  tegitur  tectus  magis  aestuat  ignis. 

»  De  même  on  peut  dire ,  que  le  désir  de  commettre  le 
péché  est  d'autant  plus  grand ,  qu'il  se  commet  plus  secrè- 
tement  Il  y  en  a  donc  quelques-uns,  qui  craignent 

d'être  découverts  et  surpris,  mais  parce  que  cette  crainte 
ne  vient  point  de  la  grâce,  et  quelle  ne  renferme  point 
l'amour  de  Dieu,  elle  n'arrête  point  le  désir  du  péché  (2). 
Les  enfans  d'Israël  craignoient  les  peines  portées  par  la 
loi,  mais  ni  cette  crainte,  ni  les  récompenses  charnelles 
qui  leur  étoient  promises,  ne  pouvoient  les  empêcher  de 
violer  la  loi ,  parce  qu'ils  ne  s'appliquoient  à  bien  faire 
par  aucun  amour  de  Dieu,  n'agissant  en  tout  que  par  con- 
trainte, comme  des  esclaves,  et  non  par  l'esprit  d'adop- 
tion. La  crainte,  que  Guibert  appelle  lumière,  est  celle 
qui  dissipe  les  nuages  des  mauvaises  pensées,  et  qui  porte 
à  l'amour  de  la  vertu.  Celui  donc  qui,  dans  le  com- 
mencement, n'avoit  qu'une  douleur  infructueuse  de  sa 
langueur,  et  ne  pouvoit  s'en  délivrer,  parce  qu'il  n'avoit 
point  la  lumière  de  la  grâce  céleste,  conçoit  une  douleur 
qui  n'est  plus  vaine,  parce  qu'elle  est  jointe  à  l'onction  du 
saint  Esprit,  qui  le  fortifie  et  l'instruit  de  toutes  cho- 
ses. » 
Nous  pouvons  dire  en  général,  qu'il  y  a  un  grand  fonds 

d'instructions    très-solides    dans    les    commentaires    moraux 

de  Guibert  sur  la   Genèse ,  et  que  l'auteur  y  montre   par- 
ti) Timenf  ilaqut  deprehendi,  timent  proditioni,  etiam  suœ  aliqui,  ttd  quia 

ex  gratia  Dei  non  e$t,  quia  ex  amore  non  cunst.it,  vitiorum  ardorem  non  supe- 

rut. 
(4)  Filii  Israël  pœnat,  quas  lex  minabatur,  timentes,  nec  metu  panarum, 

nec  carnalium  prœmio  promissorum  à  legis  prœvarteatione  teneri  p.. feront  quia 

nullo  Dei  amore  ad  bine  agendum  animos  applicabant,  ted  tofum  coacti  servi- 

liter,  non  spiritu  adopiionU  agebant. 


in  SIECLE. 


m  siècle.      ^62  GUIBERT, 

tout  beaucoup  de  lumières  et  de  piété,  et  un  grand  atta- 
chement à  la  doctrine  des  saints  Pères,  dans  la  lecture 
desquels  il  paroît  très-versé.  «  11  n'y  a  point  d'erreur  plus 
»  dangereuse,  que  de  s'écarter  des  régies  et  des  sentimens 

p.  10.  coi  î.  >  des  saints  pères,  dit-il,  '  en  parlant  de  la  nécessité  qu'il 
»  y  a  de  consulter  lorsqu'on  étudie  l'écriture.  Qu'on  s'atta- 
»  che  donc  ajoute-t'il,  aux  sentimens  de  ceux,  qui  nous  ont 
>  appris  dans  leurs  écrits  de  quelle  manière  il  faut  recher- 
»  cher  les  sens  obscurs  de  l'écriture  sainte  (4). 

La  préface  de  ce  commentaire,  par  laquelle  l'auteur  le 
dédie  à  Barthelemi  évêque  de  Laon,  qui  fut  placé  sur  ce 
siège  l'an  \  \\  5 ,  pourroit  faire  croire ,  que  c'est  approchant 

An.  Ub.  72,  n.  55.  le  temps  où  Guibert  l'a  composé.  '  Le  P.  Mabillon,  sans 
en  fixer  l'époque,  se  contente  de  dire,  qu'il  a  été  fait  avant 
\  \\  6  ,  parce  que  l'auteur  y  parle  avec  éloge  du  célèbre  An- 
selme de  Laon,  qui  mourut  cette  année.  Mais  Guibert  lui- 
même  nous  apprend  qu'il  l'avoit  composé  long-temps  au- 
paravant. 

Il  commença  sous  l'abbé  Garnier ,  c'est-à-dire ,  avant 
l'année  1084  ,  qui  fut  celle  où  Garnier  se  démit  de  l'abbaye 
saint  Germer;  et  après  sa  démission,  qui  fut  suivie  de 
deux  années  de  vacances,  notre  auteur  profita  de  ce  temps, 
comme  il  le  dit,   pour  continuer  son  ouvrage,  qu'il  acheva 

Guib.  p.  478.  en  peu  de  temps.  '  Nactus  occasionem,  dura  pastore  locus 
ille  vacaret ,  impegi  tandem  et  brevi  opus  explevi ,  quod 
decem  libris  complexum,  etc.  Ainsi  l'époque  de  la  démis- 
sion de  Garnier,  que  D.  Mabillon  place  en  ^84,  fixe 
celle  des  commentaires  moraux  de  Guibert  sur  »la  '  Genèse , 
ayant  été  achevés  dans  le  cours  des  deux  années  de  vacance 
qui  la  suivirent.  Guibert  a  fait  encore  d'autres  commentai- 
res sur  différens  livres  de  l'écriture,  dont  les  uns  ont  été  pu- 
bliés par  D.  Dacheri,  d'autres  sont  encore  manuscrits  dans 
quelques  bibliothèques;  et  quelques-uns  sont  perdus,  ou 
du  moins  n'ont  point  été  découverts  jusqu'à  présent. 

5°.  Les  commentaires  tropologiques  sur  les  prophètes 
Osée  et  Amos,  et  sur  les  lamentations  de  Jérémie ,  pa- 
roissent  avoir  été  composés   par  Guibert,    long-temps  après 

(1)  Nusquam  entm  periculosiut  erratur,  quùm  si  à  regulis  et  semitis  vatrum 
veterum  recedatur.  Teneatur  ergo  enrum  usquequaque  senleniia,  qui  de  tacri 
eloquii  obscurlt,  qualiter  estent  inquirenda  scripserunt. 


ABBÉ  DE  NOGENT.  465 


XII  SIECLE. 


les  commenlaires  sur  la  Genèse,  et  dans  un  âge  fort  avancé. 
Car  l'auleur  en  s'excusant  sur  ce  qui  ponrroit  déplaire  dans 
son  ouvrage,  et  n'être  point  assez  exact  ni  assez  poli,  allè- 
gue pour  raison ,  qu'il  ne  peut  se  servir  ni  de  sa  main ,  ni 
de  ses  yeux,  et  qu'il  est  obligé  d'avoir  recours  à  une  main 
étrangère,  ayant  perdu  la  vue  par  l'habitude  d'écrire  sola 
voce  sine  manu,  sine  oculis.  Guibcrt  les  dédia  à  saint  Nor- 
bert, avec  lequel  il  éloit  lié,  tant  à  cause  du  voisinage  des 
deux  abbayes,  qu'à  cause  des  sentimens  d'estime  et  de  vé- 
nération qu'il  avoit  pour  le  saint  instituteur  de  Prémontré. 
Il  le  comble  de  louanges,  non-seulement  dans  la  préface 
ou  l'épitre  dédicatoire,  mais  encore  à  la  fin  de  ces  com- 
mentaires, qu'il  soumet  à  son  jugement.  D.  Mabillon  a 
recueilli  les  louanges  que  Guibert  donne  à  saint  Norbert, 
avec  d'autant  plus  de  soin  qu'elles  font  plus  d'honneur  à  ce 
saint,  surtout  venant  de  la  part  d'un  écrivain  plus  accou- 
tumé à  critiquer  qu'à  louer  :  '  Quod  profecta  sint  ab  Mo  auc-  An.iib.  73,  n.  103. 
tore,  qui  mordere  potius  quàm  laudare  consuevit. 

'  Guibert  s'excuse  d'abord  de  ce  qu'il  entreprend  un  ou-  Guib.  prœm.  p. 
vrage  qui  a  paru  très-difficile  à  saint  Jérôme,  et  que  ce 
docteur  avoue,  que  les  plus  sublimes  génies,  tels  qu'O- 
rigene,  Apollinaire,  Eusebe  de  Gésarée  et  Didime  mê- 
me ,  ont  entrepris  sans  pouvoir  l'achever.  Notre  auteur 
se  justifie  du  reproche  de  témérité  qu'on  pouvoit  lui  faire , 
en  disant  que  son  but  est  différent,  et  qu'il  a  seulement 
dessein  de  chercher  les  sens  allégoriques  et  moraux ,  ce  qui  est 
beaucoup  plus  facile  que  ce  qu'avoient  entrepris  ces  grands 
hommes.  Car,  dit-il,  il  y  a  beaucoup  plus  de  sûreté  à 
traiter  de  la  nature  des  passions,  que  nous  éprouvons  au- 
dedans  de  nous-mêmes,  qu'à  parler  des  mystères  de  Jesus- 
Christ  et  de  l'église,  sur  lesquels  il  est  aisé  de  tomber  dans 
quelques  écarts,  si  on  n'use  d'une  grande  circonspection. 
Les  commenlaires  suivans  ne  sont  donc  que  des  explica- 
tions tropologiques ;  c'est  le  nom  qu'il  leur  donne,  pour  ne 
pas  répéter  celui  qu'il  avoit  donné  à  son  ouvrage  sur  la 
Genèse.  Ils  sont  divisés  en  cinq  livres,  dont  les  trois  pre- 
miers sont  sur  le  prophète  Osée.  '  Notre  auteur  donne  une  03.  c.  7,  t.  h 
explication  remarquable  de  ces  paroles  du  prophète;  ils  ne 
méditoient  que  sur  U  bled  et  le  vin ,  et  ils  se  sont  écartés  de 
moi.  «  Ils  ruminent  sur  le  bled  et  le  vin ,  dit  Guibert,  '  lors-  cuib.  p.  103 


III  SIECLE. 


464  GUIBERT, 

»   qu'ils  disputent  de  nouveau  sur  la  doctrine  céleste  et   la 

>  science  spirituelle.  Car  ruminer,  c'est  faire  revenir  dans 
»   la  bouche  ce  que  l'on  a  mangé,  pour  le  remâcher.   Ceux- 

>  là  ruminent  donc,  qui  ayant  élé  une  fois  instruits  des  dog- 
»  mes  de  l'église,  ont  la  hardiesse  de  les  examiner,  et  de 
»  mettre  en  dispute ,  comme  si  c'étoit  quelque  chose  de 
»   nouveau ,  ce  que  Dieu  a  enseigné  aux  hommes  et  ce  que 

»  les  pères  ont  décidé C'est  ce  que  nous  voyons  au- 

»  jourd'hui  dans  les  disputes  de  certains  grammairiens,  qui 

>  n'étant  que  des  aveugles ,  veulent  faire  briller  leur  esprit 
»  en  disputant  non-seulement  sur  les  divines  écritures,  mais 
»  encore  sur  tous  nos  célestes  mystères  (-1  ).  »  Ces  gram- 
mairiens, dont  parle  Guibert,  sont  sans  doute  les  Nomi- 
naux qui  faisoient  grand  bruit  dans  les  écoles.  On  voit  ici 
le  zélé  et  l'attachement  de  notre  auteur  pour  la  foi  de  l'é- 
glise, et  la  force  avec  laquelle  il  s'éleva,  comme  tous  les 
grands  hommes  de  son  temps,  et  en  particulier  saint  Ber- 
nard, contre  les  abus  naissans  de  la  mauvaise  scholastique. 
Le  plus  grand  de  tous  est  de  traiter  nos  mystères  comme  s'ils 
n'avoient  rien  de  certain,  et  de  les  soumettre  à  la  raison.  La 
subtilité  des  raisonnemens  humains  a  toujours  été  l'écueil 
de  la  foi,  s'ils  ne  sont  guidés  par  la  foi  même.  L'église  n'est 
point  une  école  de  philosophie,  où  chacun  ait  la  liberté 
de  débiter  les  imaginations  de  son  esprit.  Dans  les  choses  de 
la  foi ,  la  raison  humaine  est  un  guide  trompeur  et  infi- 
dèle, qui  nous  livre  à  l'erreur  et  à.  l'illusion.  C'est  une  folie 
extrême  de  vouloir  mesurer  la  puissance  de  Dieu  sur  la  pe- 
titesse de  l'esprit  humain,  de  prétendre  soumettre  Jesus- 
Christ  à  la  censure  des  Philosophes,  de  Platon  et  d'Aristote, 
et  établir  une  science  toute  divine  sur  un  fondement  tout 
humain.  C'est  cependant  ce  que  font  ceux  qui  veulent  ju- 
ger des  choses  de  la  foi  par  les  principes  de  la  raison.  L'é- 
vangile est  une  philosophie  chrétienne,  supérieure  à  toutes 
les  sciences  et  à  toutes  les   traditions  humaines,  dont  elle 

(1)  Super  Iriticum  et  vinum  ruminant,  dum  super  doctrina  eœlesti  et  spiritua- 
li  icienlia  disputandn  rétractant.  Ruminare  enim  este  bum  commasticutum  ad 
ora  reducere  denuo  cnmmolendum.  Ergo  ruminant  qui  dogma  eccli  iinsticinn, 
qwid  semel  eombiberint.  discuter?  et  examinnre  prœtvmunt  et  defflnit-i  à  Deo.  et 

patribus,  a*  si  nova  aliqua  revocare  ad  médium Quod  hoauque  in   quu- 

rumdam  grammaticorum  contrai  trsiis  pervidemus.  qui  non  solum  in  divmo 
eloqvio,  $td  ttiam  in  quolibet  c^eiesti  wysttrm  cœci*  nculi*  teintiltare  confon- 
dant. 

ne 


ABBÉ  DE  NOGENT.  465      XII SIECLE 


ne  peut  recevoir  la  loi.  Rien  n'est  plus  opposé  à  la  simplicité 
de  la  foi  et  de  la  parole  de  Dieu,  qui  en  est  le  fondement, 
que  la  fausse  subtilité  des  Sophistes.  Tel  est  l'abus  contre  le- 
quel s'élevoit  Guibert  de  son  temps;  et  plût  à  Dieu  que  nous 
n'en  vissions  pas  de  semblables  de  nos  jours  !  jours  malheu- 
reux, auxquels  «  on  diroit,  que  le  puits  de  l'abîme  infernal 
»  est  ouvert,  '  et  qu'il  en  est  sorti  un  tourbillon  et  un  orage,  censure  de  sorb. 
»  qui  infecte  l'égl  se  de  Jesus-Christ  au  long  et  au  large,  et  préde.. 
»  la  couvre  d'une  noirceur  horrible  et  empestée.   '  Dans  les  voyez  les  Mande- 

./   .  /    ,,  .,     ,     .    /,      ,    ,       ,  ,   /  .  .  .  mens  de  M  de  Pa- 

»  siècles  precedens,  il  s  est  eleve  des  heres.es,  qui  essayoïent  ris,  et  de  m  dAu- 
»  de  renverser  quelques  dogmes  de  la  religion  catholique;  ™lmé thèse™  la 
»  dans  le  nôtre,  l'impiété  en  fureur  se  déchaîne  contre  la 
»  religion  toute  entière,  et  dans  tout  ce  qu'elle  est.  Elle  ne 
»  connoît  plus  de  frein,  ni  de  pudeur  capable  de  l'arrêter. 
»  La  foi,  à  laquelle  il  appartient  de  captiver  tout  entende- 
>  ment,  sous  l'obéissance  qui  est  due  à  Jesus-Christ,  est  sou- 
»  mise  à  l'empire  de  l'esprit  humain,  aveugle  et  superbe;  et 
»  l'impiété  ne  propose  plus  rien  à  croire ,  que  sur  le  rapport 
»  des  sens  et  de  la  raison.  »  Tels  sont  les  excès,  où  la  phi- 
losophie et  une  mauvaise  scholastique  ont  conduit  des  hom- 
mes téméraires ,  qui ,  comme  le  dit  Guibert,  ont  la  har- 
diesse de  vouloir  mettre  en  question  les  dogmes  de  notre 
sainte  religion. 

Pour  revenir  à  notre  Auteur,  le  quatrième  livre  d'expli- 
cations tropologiques ,  est  sur  le  prophète  Amos,  et  le 
cinquième  sur  les  Lamentations  du  prophète  Jérémie. 

Il  y  a  à  la  tête  du  quatrième  une  petite  préface,  dans  la- 
quelle l'auteur  prie  S.  Norbert,  d'y  retrancher  et  d'ajouter 
tout  ce  qu'il  jugera  à  propos.  Dans  le  prologue,  qui  précède 
le  commentaire  sur  les  Lamentations  de  Jérémie,  l'auteur 
6e  propose  de  faire  voir  dans  la  description  que  le  saint  pro- 
phète fait  de  la  ruine  et  de  la  désolation  des  villes  de  la  Ju- 
dée, '  la  perte  des  âmes.  In  defectu  ergo  urbium,  ruinas  me-  Guib.  p.  213. 
ditemur  animorum.  Donnons  un  exemple  de  la  manière 
dont  il  exécute  son  projet.  Comment,  dit  Jérémie,  cette  ville 
si  pleine  de  peuples,  est-elle  maintenant  si  solitaire  et  si  dé- 
solée ?  La  maîtresse  des  nations  est  devenue  comme  veuve,  la 
reine  des  provinces  a  été  assujettie  au  tribut.  «  La  ville  pleine 
»  de  peuples,  devenue  solitaire,  est  l'âme,  qui  environnée 
»  d'une  foule  de  pensées,  est  seule,  livrée  à  elle-même, 
3  2     Tome  X.  N  n  n 


XII  SIECLE. 


466  GUIBERT, 

»  ne  médite  point  la  doctrine  salutaire,  et  n'a  aucune  force 

>  pour  dissiper  le  trouble  qui  l'agite,  et  rétablir  le  calme  en 

»   elle-même La  reine  des  provinces  est  assujettie  au 

»  tribut,  lorsque  celle,  qui    devroit  êlre  maîtresse  des  sens 

»  extérieurs,  que  l'évangile  désigne  sous  la  parabole  des  cinq 

>  villes,  est  elle-même  assujettie  au  pécbé  :  c'cst-là  ce  tri— 
»  but,  dont  il  est  dit  dans  l'Ecriture,  délivrez-moi  des  maux 

»  qui   m'accablent De   tous   ceux  qui   lui  étoient  chers, 

»  il  n'y  en  a  pas  un  qui  la  console.    De  tous  ceux  qui    nous 

»  étoient  cbers,  il  n'y  en  a  aucun  qui  nous  console,  lorsque 

»  de  toutes  les  vertus,  qui  sont  la  seule  chose  qui  doive  nous 

>  être  chère,  il  ne  nous  en  reste  aucune  qui  ranime  notre 
»  espérance.   » 

Les  cinq  livres  de  commentaires  tropologiques  sur  Osée, 
Amos",  et  les  Lamentations  de  Jérémie,  sont  terminés 
par  un  épilogue,  dans  lequel  Guibert  adresse  la  parole  à 
S.  Norbert,  et  se  félicite  d'avoir  choisi  pour  apprécier,  ou 
plutôt  pour  examiner  son  ouvrage,  une  personne  qui  ne 
juge  des  choses  qu'avec  la  plus  grande  équité,  et  le  plus  sé- 
rieux examen  ;  et  qui  est  plus  capable  que  tout  autre  d'en 
juger,  par  la  connoissance  qu'il  a  de  l'homme  intérieur,  et 
par  son  grand  discernement.  Il  se  repose  entièrement  sur  le 
jugement  qu'en  portera  cet  homme  spirituel,  qui  examine 
tout,  et  juge  de  tout  d'une  manière  spirituelle,  dont  la  vie 
est  toute  divine.  En  conséquence,  il  renouvelle  la  prière 
qu'il  lui  a  déjà  faite,  d'y  faire  toutes  les  corrections  et  addi- 
tions qu'il  jugera  à  propos,  et  l'assure  qu'il  lui  en  aura  obli- 
gation. 

6°.  Outre  les  commentaires   imprimés  dont  nous  venons 
Le  Long,  Bibi.sac.  de  parler,  '  Guibert  en  a  encore  composé  sur  tous  les  autres 

t.  2  p.  756.  ,.\  ,    ,,  ,  ,  ,     ,'   .,.,,., 

petits  prophètes,  qui  ont  échappe  a  I  Editeur  de  ses  œu- 
vres, et  qu'on  trouve  manuscrits  dans  les  bibliothèques  de 
Vauclair  et  de  Pontigny.  Le  commentaire  sur  Abdias,  est 
dédié  à  Geo  ff  roi ,  abbé  de  S.  Médard  de  Soissons ,  et  à 
Alard,  abbé  de  Florenne.  Dans  le  prologue  que  dom  Ma- 
billon  a  inséré  dans  l'appendice  du  sixième  tome  de  ses  an- 
Mai),  ann.  ap.  p.  nales,  sur  le  manuscrit  de  Pontigny,  '  Guibert  dit  aux  deux 
abbés,  auxquels  il  dédie  son  ouvrage,  qu'il  le  leur  adresse, 
tant  à  cause  de  leur  grand  savoir,  qu'à  cause  de  la  sainteté 
de  leur  vie.  Il  espère  qu'ils  le  protégeront  contre  les  cen- 


ABBE  DE  NOGENT.  467       XII  siècle. 


seurs,    d'autant   plus   volontiers,    qu'ils    connoissent    mieux 

ses  intentions.  Le  P.  Hommey  '  a  publié  sur  un  manuscrit  du  suppi.  pp. p.  488, 

collège  de  Navarre ,  qui  avoit  été  à  l'usage  du  célèbre  car-  489' 490' 

dinal  Pierre  d'Ailly,  une  lettre  de  Gnibert  de  Nogent  à  Saint 

Norbert,  qui  est  comme  l'épilogue,  ou  la  conclusion  de  ses 

commentaires  sur  les  douze  petits  prophètes. 

Nous  pouvons  encore  placer  ici  parmi  les  écrits  de  Guibert 
sur  l'Ecriture  Sainte,  celui  qu'il  avoit  composé  sous  ce  titre  : 
Capitularis  libellas  de  diversis  evangeliorum  et  propheticorum 
voluminum.  Il  en  fait  mention  lui-même  dans  le  premier 
livre  de  sa  vie  ,  chapitre  iG;  mais  cet  écrit  est  demeuré  jus- 
qu'à présent  caché  dans  la  poussière  de  quelque  bibliothè- 
que; ou  peut-être  même  a-t'il  été  supprimé  par  l'auteur,  qui  Pra-f. 
n'y  avoit  pas  mis  la  dernière  main ,  comme  dom  Dachcry  le 
conjecture,  après  l'avoir  cherché  inutilement  dans  tous  les 
endroits  où  il  a   cru  pouvoir  le   trouver. 

7°.  En  parlant  de  la  vie  de  Guibert  écrite  par  lui-même,  '  Ecrit  contre  les 
nous  avons  dit  un  mot  de  l'écrit  qu'il  composa  sur  llncar-  Juls' 
nation  contre  les  Juifs;  mais  il  mérite  que  nous  en  parlions 
un  peu  plus  au  long.  L'Auteur,  après  avoir  résisté  deux  ans 
aux  sollicitations  de  Bernard,  doyen  de  l'église  de  Soissons, 
entreprit  enfin  cet  ouvrage,  qui,  dit-il,  auroit  pu  effrayer 
les  Grégoires  et  les  Jérômcs,  et  il  le  dédia  à  celui  qui  l'avoit 
engagé  à  le  composer.  Il  est  partagé  en  trois  livres,  dont 
le  premier  contient  six  chapitres,  le  second  en  contient 
cinq,  et  le  troisième  onze.  Ce  traité  est  fait  contre  Jean, 
comte  de  Soissons,  qui,  quoiqu'élevé  dans  la  religion 
chrétienne,  et  en  faisant  même  profession  extérieurement, 
étoit  cependant  fauteur  des  Juifs,  et  judaïsoit  lui-même. 
C'est  ce  qui  donne  occasion  à  Guibert  de  dire,  que  c'est 
une  chose  supportable  en  quelque  sorte,  de  voir  outrager 
notre  foi,  par  ceux  qui  n'ont  jamais  fait  profession  du  chris- 
tianisme; mais  que  c'est  une  chose  qui  fait  sécher  de  dou- 
leur les  gens  de  bien,  lorsqu'ils  la  voyent  attaquée  par  ceux 
mêmes,  '  qui  paroissoient  réconciliés  par  la  grâce  de  Jésus-  l.  i.  c.  î.  p.  264. 
Christ.  La  vie  du  comte  de  Soissons  n'étoit  qu'une  suite 
continuelle  de  toutes  sortes  de  crimes,  et  Guibert  est  per- 
suadé, que  ce  sont  ces  crimes  qui  l'ont  conduit  à  celui  de 
blasphémer  contre  la  religion  :  il  rapporte  quelques-uns  de 
ces  blasphèmes,    qui  sont,   dit-il,    puisés  dans  les  sources 

N  n  n  ij 


XII  SIECLE. 


468  GUIBERT, 


impures  des  Juifs.  C'est  pourquoi  il  attaque  en  même-temps 

p.  265.  les  Juifs  qu'il  ne  ménage  point,  '  et  celui  qui  publie  leurs 

blasphèmes.  On  en  peut  juger  par  le  début  : 

<  0  Dieu,  à  qui  nul  n'est  semblable,  s'écrie  Guibert,  ne 
»  demeurez  point  dans  le  silence,  n'arrêtez  pas  plus  long- 
»  temps  l'effet  de  votre  puissance;  mais  couvrez  d'ignomi- 
»  nie  le  visage  de  celui  qui  outrage  votre  nom.  »  Il  examine 
ensuite  les  objections  des  Juifs  et  du  comte  de  Soissons, 
contre  l'Incarnation ,  et  les  réfute  en  détail  avec  beaucoup 
de  précision  et  de  solidité.  Il  fait  voir  qu'il  n'y  a  aucun  in- 
convénient, qu'un    Dieu  se  soit  incarné  dans   le  sein  d'une 

Liv  î.  c.  2,3,4,  Vierge.  Il  dit  que  Dieu  ne  seroit  pas  tout-puissant,  '  s'il  n'a- 
voit  pas  pu  se  revêtir  de  la  nature  humaine,  par  un  effet  de 
sa  miséricorde,  pour  racheter  l'homme  qu'il  avoit  créé;  que 

Cap.  3.  c'est  en  vain  qu'on    objecte,  '  que  le  sein  d'une  Vierge  est 

quelque  chose  de  vil  et  d'indigne  de  la  Majesté  Divin,",  qu'à 
la  vérité,  s'il  s'agit  de  dignité,  il  n'y  a  rien  dans  la  créature 
qui  soit  digne  du  Créateur;  que  la  nature  des  Anges  même 
n*a  rien  digne  de  lui;  et  qu'en  ce  sens,  toutes  les  créatures 
en  étant  également  indignes,  il  convenoit  mieux  qu'il  se 
revêtît  de  la  nature  humaine;  que  du  reste,  il  n'y  a  rien  dans 
l'homme  ,  que  Dieu  puisse  avoir  en  horreur ,  sinon  le  pé- 
ché; qu'il  ne  peut  avoir  horreur  de  la  nature  de  l'homme 
qu'il  a  créé,  sans  avoir  horreur  de  son  propre  ouvrage;  que 
Dieu  est  esprit,  qu'il  n'aime  que  la  vertu,  et  que  rien  ne  lui 
déplaît  que  le  vice;  qu'ainsi  il  n'a  pu  avoir  horreur  du  sein 

cap.  4.  d'une  Vierge,  '  dans  l'ame  de  laquelle  il  avoit  généralement 

versé  toutes  sortes  de  biens.  Car  qui  d'entre  vous,  dit— il, 
pourroit  l'accuser  de  péché  (a)  :  Qu'il  n'y  a  donc  que  l'indi- 
gnité de  la  nature  du  sexe  qu'on  puisse  objecter;  que  c'est 
en  cela  même  que  Dieu  a  signalé  sa  bonté  ;  que  les  hom- 
mes ne  pourront  jamais  rendre  assez  d'actions  de  grâces 
à  Dieu,  de  s'être   ainsi  donné  tout  entier  pour  leur  salut; 

c.  6.  qu'en  s'incarnant,  '  il  n'a  contracté  aucune  souillure ,  com- 

me le  soleil  n'en  contracte  point,  quoique  ses  rayons  pé- 
nétrent les  choses  les  plus  sales  ;  que  rien  n'est  si  instructif 
pour  les  hommes ,  que  l'exemple  d'humilité  que  Jésus- 
Christ  leur  a  donné  par  son  Incarnation.  Il  parle  à  cette  oc- 

(a)  Quis  verb  ex  vobis  pûtes t  ipsam  fœminam  arguere  de  peccalo  T 


ABBÉ  DE  NOGENT.  469       m  SIECLI. 


casion  du  péché  originel,  dont  on  étoit  autrefois  purifié  par 
la  circoncision,  '  soit  par  la  foi  de  ceux  qui  la  recevoient,  soit  cap.  2. 
par  celle  des  parens,  plutôt  que  par  la  Circoncision,  ou  par 
les  cérémonies  légales;  autrement  il  faudroit  dire,  qu'il  n'y 
avoit  point  de  salut  pour  les  personnes  du  sexe  parmi  les 
Juifs.  Quiconque  a  donc  été  sauvé  anciennement,  soit  dans 
la  Circoncision,  soit  sans  la  Circoncision,  l'a  été  par  sa  foi, 
ou  par  celle  de  ses  parens  (b).. . .  Dans  la  nouvelle  loi  même, 
les  Sacremens  n'ont  point  leur  effet  sans  la  foi.  Notre  Au- 
teur relevé  ici  l'éminente  sainteté  de  la  sainte  Vierge,  qui 
par  sa  foi  se  rendit  digne  de  recevoir  un  Dieu  '  dans  son  sein.  c.  2. 
(c)  Guibert  '  témoigne  qu'il  rougit  des  détails  où  il  est  obligé  c.  5. 
d'entrer  pour  les  réfuter  ;  puis  il  se  reprend  et  condamne 
cette  honte,  en  disant  que  celui-là  n'est  pas  chrétien ,  qui 
écoute  de  sang  froid,  les  outrages  que  l'on  fait  à  notre  divin 
Rédempteur,  et  à  sa  très-sainte  Mère.  Il  déclame  vivement 
contre  les  impies,  qui  disputent  sur  l'Incarnation,  et  veu- 
lent mesurer  nos  divins  mystères  sur  leurs  idées  grossières  et 
charnelles  ;  qui  ne  faisant  attention  qu'à  des  usages  hon- 
teux, ne  reconnoisscnt  point  la  gloire  d'une  Vierge,  qui 
a  enfanté  le  Sauveur,  sans  que  sa  virginité  ait  été  blessée. 
Il  leur  demande,  '  pourquoi  Adam  et  Eve  se  couvrirent  de  ibid. 
feuillss  après  leur  désobéissance  ?  Auparavant  ils  étoient 
nuds,  et  ne  rougissoient  point.  D'où  venoit  donc  cette  hon- 
te? Il  étoit  juste  que  nos  premiers  pères  n'éprouvassent  au- 
cune révolte  dans  leur  corps ,  tant  qu'ils  obéirent  à  Dieu  ; 
et  qu'au  moment  qu'ils  violèrent  son  commandement ,  ils 
fussent  livrés  à  des  mouvemens  honteux.  Ce  sont  ces  mouve- 
mens  qui  transmettent  le  péché  originel  dans  les  âmes  et  les 
corps  des  enfans  qui  naissent.  Adam  et  Eve  eurent  donc 
raison  de  rougir,  lorsqu'ils  sentirent  la  rébellion  de  leurs 
membres,  et  qu'ils  n'en  étoient  plus  les  maîtres  (rf).  Guibert 
marchant  sur  les  traces  de  Saint  Augustin,  ou  plutôt  suivant 
les  lumières  de  la  foi,  enseigne  ici  bien  clairement,  que  la 
honte,  dans  l'état  de  la  nature  corrompue,  naît  de  la  rebel- 

(b)  Ergn  quicumque.  vel  in  Cirrumcitione.  «eu  prœputio,  tune  (emporte  snlva- 

tanlu  .  )lde  meruerunl  sua.  parentumvt  ralvari Sine  /We,  etiam  in  Bapli- 

$mo,  calera  Sncramen'a  cassantur. 

(c)  Vxrgo  igitur  patilura  Deum,  /Ide  tibi  munéiciam,  ut  Deum  eueetperet  com- 
paratif 

(d)  Meritoque  xtnque  erubuerunt,  qui  iam  membrorum  euorvm  domino*  ee 
non  eut  senserunt. 

3  2  * 


in  SIECLE. 


470  GUIBERT, 


lion  des  membres,  qui  est  une  suite  du  péché.  Cet  homme 
éclairé  est  bien  éloigné  de  penser  que  nos  premiers  pères, 
Hist.  du  peuple  de  avant    leur   prévarication,   '    n'avoient   encore  aucune   con- 
i.'eédit. ,   '  P'     '  noissance,   ni  spéculative,  ni   expérimentale   des   raisons    de 
pudeur,  qui  obligent  de  se  couvrir  ;  comme  si  Adam  et  Eve 
avoient   été  créés  dans  un  état   indécent  et  deshonnête,    et 
eussent  dû  en  rougir.  Il  est  bien  éloigné  de  regarder  les  mou- 
vemens  qu'ils  éprouvèrent  après  leur  péché,  comme  le  maî- 
tre qui  les  avertit  des  règles  de  bienséance ,  et  des  précau- 
tions que  la  modestie  auroit   inspirées  dans  l'état  d'innocen- 
Aug.  i.  5,  cont.  ce,    comme  elle   fait   encore   depuis    le  péché'  (comme  si 
•»  •  n.    ,  p.   •  .  ^am  et  gve  avojent  ignoré  les  règles  de  la  bienséance,  et  ne 
les  eussent  connues  que  lorsqu'ils  devinrent  prévaricateurs), 
Guibert ,   dis-je ,  est  bien  éloigné  de  penser  avec  les  Pela— 
giens,  comme  Saint  Augustin  le  reproche  (e)  à  un  de  leurs 
chefs,  qu'Adam  et  Eve  ont  appris  à  l'école  du  péché,  les 
raisons    de   pudeur    qui    les    obligeoient   de   se  couvrir,    et 
qu'ainsi  ils  furent  redevables  à   leur  crime,    de  leur  avoir 
appris  à  rougir  de  leur  nudité  ;  que  le  péché  les  corrigea  de 
ce  vice ,  et  le  sens  réprouvé  de  la  prévarication  devint   en 
eux    le  docteur    de    la    pudeur.    Ecoutons    encore   Guibert  : 
Adam  et  Eve,  dit-il,  n'éprouvoienl  pas  (f)  de  tels  mouve- 
mens  dans  l'heureux  état  où  ils  étoient ,  et  ils  ne  rougissoient 
pas  de  leur  nudité.   Mous  voyons   encore,  ajoute— t'il ,  quel- 
que chose  de   semblable  dans  les  enfans ,  qui  ne  rougissent 
pas   de  leur   nudité ,   dont   ils  rougiraient    cependant ,    s'ils 
sentoient    les    saillies   de   la   concupiscence.    Heureux   donc 
l'état  de  nos  premiers  pères,  heureuse  aussi  l'ignorance  des 
enfans. 
c.  «.  '  Guibert  fait  ensuite  une  question  ,  savoir,  si  Adam  et  Eve, 

en  persévérant  dans  l'état  d'innocence,  auraient  engendré  des 
enfans,  ou  s'ils  auraient  gardé  le  célibat;  mais  il  n'ose  la 
décider,  et  s'écrie  :  ô  bon  Jésus,  quoique  nous  ayons  mé- 
rité des  avantages  beaucoup  plus  considérables  par  votre 
médiation,  quelle  pureté,  quelle  trjnquillité  n'avons-nous 
pas  perdues  par  le  péché  de  notre  premier  père  ? 

(e)  Verùm  et  hîc  si  pudor  adsit neq"aquam  pemuadere  conaberis  homi- 

nes  piimns  peccato  magUtro  isla  pudoris  officia  didicisse. 

(f  )  Adfltn  igiiur  et  Era,  unie  pree-varxcationem  his  vacantes  motibus,  bea- 
tissime  impudentes  fuerunt. 


ABBE  DE  NOGENT.  474       XII SIECLE. 


Dans   le    second    livre,    Guibert   continue    de    traiter  de 
l'Incarnation  de  Jesus-Christ  '  qui  a  pris  la  nature  humaine,  c.  1.2. 
et  s'est  rendu  semblable  à  nous  en  tout,  à   l'exception  du  pé- 
ché. 11  prouve  qu'il  est  né  d'une  Vierge,  'par  la  prophétie  c.  3.  t. 
d'Isaïe  ;' que  la  plénitude  de  la  divinité  habite  en  lui;  que  is.  7.  u. 
devant  naître  de  la  bienheureuse  Vierge  Marie,  il  a  dû   lui 
donner   une   pureté   par   excellence,    qui    est   comparable  à 
celle  de  nos  premiers  pères  dans  leur  état  d'innocence. 

Dans  le  troisième  livre,  '  il  traite  de  la  vie  de  Jesus-Christ  lu>.3. ci.p.aes. 
sur  terre,  et  des  mystères  de  sa  passion,  de  sa  mort  et  de 
sa  résurrection.  Il  prouve  solidement  contre   les  Juifs,   par 
l'autorité  de  l'Ecriture,  et  surtout  par  les  prophéties  d'Isaïe,  '  is.  c.  53.  t- *■  etc. 
que  Jesus-Christ  est  le  véritable  Messie,  «  que  les  caracte- 
»   res  par  lesquels  les  prophètes  l'ont  dépeint,  lui  convien- 
»   nent;  qu'il  n'y  a  qu'un  Dieu  qui  ait  pu  faire  ce  qui  étoit 
»   prédit  de  lui  dans  les  prophètes;  qu'il   a   pris  véritable— 
»   ment  nos  langueurs  sur  lui  ;  qu'il  s'est  chargé  lui-même 
»   de  nos  douleuis;  qu'il  a  été  percé  de  plaies  pour  nos  ini- 
»   quités,  et  brisé  pour  nos  crimes;  que  le  châtiment  qui 
»   devo'.t  nous  procurer  la  paix,  est  tombé  sur  lui  ;  que  nous 
»   avons  été   guéris   par  ses   meurtrissures.   »    Il  falloit  que 
Jesus-Christ  fut  Dieu,  '  pour  pouvoir  se  charger  de  nos  pé-  c.  2.  p.  269 
chés,  un  pur  homme  n'étant  point  capable  de  satisfaire  pour 
ses  propres  péchés,  bien  loin  de  pouvoir  se  charger  de  ceux 
des  autres.   Moïse  même  n'a  pu  entrer   dans  la    terre   pro- 
mise.  D'ailleurs,   si  on  considère  la  nature  du  péché,  il  n'y 
en  a  point  de  léger,  à  cause  du  mépris  de   Dieu  qu'il  ren- 
ferme. Or  qui  peut  faire  une  satisfaction  suffisante  à  un  Dieu 
qu'il  a  offensé,  si  ce  Dieu  offensé  ne  se  rend  lui-même  mé- 
diateur? Jesus-Christ  étant  homme,   pouvoit  mourir  comme 
homme  pour  le  salut  du  genre  humain;  étant  sans  péché, 
il  pouvoit  se  charger  des  nôtres  ;  étant  Dieu ,  il  pouvoit  ré- 
concilier l'homme  avec  Dieu.   Jesus-Christ  '  ayant  uni  sans  cap. 3. 
aucune  confusion   en  une  seule  personne,  les  deux   natures 
divine   et  humaine,  il   s'est  rendu    mortel  comme   homme, 
afin  que  comme  la  mort  est  entrée  par  le  péché,  il  délivrât 
ceux  qui  l'avoient  méritée  ,  en  la  souffrant  lui-même ,  quoi- 
qu  il  fût  sans    péché.  Nulle  autre  nature  que  celle  qui  avoit 
péché,  ne  pouvoit  satisfaire  pour  elle.  Il  ne  convenoit  point 
que  ce  fût  un  Ange  qui  expiât  le  péché  que  la  nature  hu- 


XII  SIECLE. 


472  GUIBERT, 


maine  avoit  commis.  Ainsi  il  étoit  juste,  qu'un  homme  in- 
nocent se  chargeât  auprès  de  Dieu ,  de  la  cause  de  tous 
les  autres ,  qui  étoient  coupables.  Après  avoir  expliqué  assez 

c.  4.  p.  274.  au  long  la  prophétie  de  Daniel,  '  il  passe  dans  le  chap  ire  sui- 
vant à  la  résurrection,  et  à  la  vocation  des  Gentils  :  il  prouve 
par   l'autorité  des    saintes    Ecritures,    que    Dieu    a    abrogé 

c.  5.  p.  î76.  l'ancienne  loi ,  '  et  en  a  substitué  une  nouvelle  plus  parfaite. 

Il  presse  vivement  les  Juifs,  en  leur  faisant  voir  par  l'état 
présent  de  leur  nation,  que  leur  loi  ne  subsiste  plus,  puis- 
qu'il n'y  a  plus  parmi    eux,   ni  temple,   ni  sacerdoce;   que 

e.  7.  p.*77.  le  Messie  est  arrivé;  que  ce  Messie  est  Jesus-Christ,  '  qu'il  est 

Dieu,  n'y  ayant  qu'un  Dieu  qui  ait  pu  faire  ce  qu'il  a 
fait. 

Il  répond  ensuite  à  deux  reproches  que  les  Juifs  faisoient 
aux  Cbrétiens.  Le  premier  est  sur  le  culte  qu'ils  rendent 
aux  images  de  Jesus-Cbrist,  et  au  bois  de  la  Croix,  que 
les  .  Juifs  traitoient  d'idolâtrie.  2°.  Ils  accusoient  les 
Chrétiens  d'adorer  trois  dieux.  Sur  le  premier  reproche, 
Guibert  répond,  que  nous  n'adorons  que  Dieu,  et  que  si 
nous  rendons  quelque  culte  à  des  choses  sensibles,  notre 
culte  ne  se  rapporte  point  à  ce  que  l'on  voit;  mais  à  ce    qu'il 

c». p. 379.00I  t.  représente.   «  '  Nous  adorons  donc,  dit-il,   dans  des  signes 

>  visibles,  des  choses  invisibles  qu'elles  signifient;  ou  plu- 

>  tôt  nous  arrêtons  notre  esprit  errant  et  vagabond  à  la  con- 

>  templation  des  choses  invisibles,  par  la  vue  des  peintu- 
»  res  qui  nous  servent  comme  d'avertissement  (a).  Pour- 
»  quoi,  dit-il  aux  Juifs,  avoit-on  exposé  à  vos  regards  le 
»  serpent  d'airain  que  vous  avez  adoré  depuis,  sinon  pour 
»   vous  donner  occasion  de  rechercher  ce  qu'il  signifioit?  » 

A  l'égard  de  la  seconde  accusation ,  Guibert  répond , 
qu'il  est  vrai  que  les  Chrétiens  distinguent  trois  personnes 
en  Dieu,  le  Père,  le  Fils  et  le  Saint-Esprit;  mais  ils  n'a- 
Guib.  c.  il.  p. 280.  dorent  pas  pour  cela  trois  dieux.  '  Enfin  il  termine  son  traité, 
par  le  récit  d'un  miracle  fait  au  nom  de  Jesus-Cbrist,  pour 
prouver  la  vérité  de  la  religion  chrétienne  à  un  Juif  qui 
la  coinbattoit.  Le  Juif  en  fut  frappé;  mais  sans  se  convertir, 
et  traita  le  miracle  de  prestige. 

(a)  Adoramus  ilaque  in  visibilibtts  tiffnit,  quœ signi/icantur  invisibilia  ,-  imb  va- 
çubundum  animum  piclurarum  repenlino  contuitu,  quasi  quodam  commonito- 
rio  ad  interna  cohibemu*. 

7°.  Le 


ABBÉ  DE  NOGENT.  473 


XII  SIECLE. 


8°.  Le  septième  écrit  de  Guibcrt,  est  une  lettre  ou   un 
petit  traité  sur  le  morceau  de  pain  trempé,  '  que  Noire  Sei-  Ecrit  sur  le  mor- 

,  >     ,     ,         s\     i  .  i,  eeau  de  pain  trem- 

gneur  donna  a   Judas.   Quelques-uns    soutenoient    sur    1  au-  pé  donne  a  judas. 

torité  de  S.  Augustin  et  de  S.  Léon,  que  Judas  avoit  reçu  An- llb-  73-!n-41- 
l'Eucharistie   comme   les   autres   Apôtres,   dans  la  dernière 
cène  ;    d'autres    prétendoient    qu'il    ne    l'avoit    point    reçue, 
persuadés  que  Jesus-Christ  n'auroit    point  donné  ce  Sacre- 
ment,  à  celui   qui    devoit  le   trahir,  s'il  avoit  contenu   son 
corps  et  son  sang.  C'est  le  sentiment  de  S.   Hilaire  de  Poi- 
tiers:  c'étoit  celui    de   l'abbé  Rupert,   qui    fut    même  fort 
maltraité  par  ceux  qui  étoient  d'un  sentiment  opposé,  sur- 
tout à  cause  de  la  réponse  qu'il  avoit  faite  à  l'objection  tirée 
de  &.  Augustin,   en   disant  que   l'autorité  des  écrits  de  ce 
saint  Docteur,  n'étoit  pas  aussi  grande  que  celle  des  livres 
canoniques  (a).   Sigefroid,   prieur   de  S.   Nicolas  aux  Bois, 
près  de  Laon,  puis  abbé  de  S.  Vincent  dans  la  même  ville, 
consulta   l'abbé  Guibert    sur  cette  dispute,   et  lui  fit  deux 
questions  :   4°.  si  Judas  reçut  l'Eucharistie  -comme  les  au- 
tres Apôtres,  2°.  si  l'Eucharistie  est  plutôt  un  signe,  com- 
me quelques-uns    le    prétendoient ,    que    la    vérité    même. 
Dom  Mabillon  remarque  ,  '  que  si  la  lettre  que  Sigefroid  en-  ibid. 
voya  à  Guibcrt,  étoit  de  ce  prieur,  il  ne  l'écrivit  que  pour 
apprendre  de  lui  la  réponse  qu'il  falloit  donner  à   ces  ob- 
jections;  '  et   qu'il  ne  les   faisoit  pas  de  lui-même,   pour  cuib.p.  282. 
combattre  la  vérité  de  cet  auguste   Sacrement.   Guibert  sa- 
tisfit le  prieur  de  S.  Nicolas    dans  un  petit  traité    partagé 
en   cinî}  chapitres,  qu'il   lui  adressa  sous  le  titre  de  lettre 
sur  le  morceau  de  pain  donné  à  Judas,   et  sur  la  vérité  du 
corps  de  Jesus-CJirist.  Sur  le  premier  article ,  '  notre  auteur  cap.  î. 
dit  nettement ,  que  ceux  qui  ont  disputé  ou    qui  disputent 

'  (a)  Ce  Sigefroid  est  vraisemblablement,  selon  dom  Mabillon, celui  que  l'abbé  Ru-  Mab.  ib.  Hup.  op. 
pert  ne  désigne  que  par  la  qualification  d'un  cerlain  sen tactique,  quoique  moine  d'un  t.  2,  p.  953. 
grand  nom,  et  d'une  grande  réputation  Rupert  avoit  eu  avec  ce  scolaslique  nue 
dispute  tres-vive,  peniwlestum  certumen,  sur  le  Sacrement  du  corps  et  du  sang 
de  Notre  Seigneur  L'exposé  qu'il  eu  fait,  n'est  autre  ebose  que  les  deux  ques- 
tions auxquelles  Guibert  répond  ici.  C'est  pourquoi  on  ne  peut  pas  douter  que  le 
scolastique,  moine  de  grande  réputation,  dont  parle  Rupert  sans  le  nommer,  ne 
soit  Sigefroid,  prieur  de  S.  Nicolas  aux  Bois,  fait  abbé  de  S.  Vincent  de  Laon, 
l'an  1120 ,  et  mo  t  le  7  Mars  1130. 

La  remarque  que  nous  faisons  ici,  '  nous  dispensera  de  parler  ailleurs  de  cet  abbé.'    Mab.  lb    n.  102. 
qui  étoit  un  homme  de  lettres  et  d'une  grande  réputation,  quoiqu'il  ne  nous  reste   Gall.    Cbr.    nor. 
aucune  production  de  sa  plume.  Nous  n'avons  pas  même  la  lettre  qu'il  écrivit  à   t.  9,  p.  577. 
Guibert  de  Nogent,  et  qui  donna  occasion  au  petit  traité  dont  il  est  ici  question. 


Tome  X.  0  o  o 


XII  SIECLE. 


474  GUIBERT, 


sur  ce   sujet,   soit  anciens,   soit    modernes,    n'ont  pas    fait 
Math.c.  2G.  1 26,  assez  d'attention  à  ce  que  les  Evangélistes  ont  écrit,  '  et  aux 

27.1    Marc,   14.  T.       .  ,i  ,  r,     ■    .      ,.. 

23.  !  Luc,  c.  22.  y.  circonslanccs  qu  ils  nous  apprennent;    que  Jesus-Christ   dit 
14-  à  ses  Disciples ,  snns  en  excepter  aucun    :  prenez  et  mangez, 

buvez-en  tous  ;  et  que  tous  en  burent  :  biberunt  ex  Mo  omnes. 
Ain.si  Guibert  décide  que  Judas  reçut  le  corps  et  le  sang  de 
Jesus-Christ,  comme  les  autres  Apôtres.  Pour  ce  qui  est 
du  morceau  de  pain  trempé  que  Jesus-Christ  lui  donna , 
c'étoit  seulement  un  signe  pour  faire  connoîtrc  celui  qui 
alloit  le  trahir,  et  non  un  Sacrement  ou  un  signe  sacré.  Ve- 
c.  s.  p.  283.  nant  ensuite  à  la  seconde  question,  '  il  s'élève  avec  force  con- 

tre l'erreur  de  ceux  qui  prétendoient ,  que  le  corps  de  Jesus- 
Christ  n'est  qu'en  figure  dans  l'Eucharistie  :  «  S'il  n'y  est, 
»  dit-il,  qu'en  figure,  et  non  en  réalité,  nous  retombons 
»  dans  les  figures,  et  notre  état,  sous  la  nouvelle  loi,  est 
»  pire  que  celui  des  Juifs  sous  l'ancienne  [a).  Si  les  bœufs, 
»  les  béliers,  les  chèvres,  les  tourterelles,  les  colombes, 
j>  les  passereaux,  qu'on  immoloit  autrefois  pour  acquérir  une 
»  pureté  légale ,  n'étoient  pas  capables  de  purifier  la  cons- 
»  cienoe  de  ceux  qui  rendoient  à  Dieu  ce  culte;  combien 
»  bien  moins  l'ame  pourra-t'elle  recevoir  du  secours  d'un 
»  petit  morceau  de  pain  si  méprisable  par  lui-même,  et  tel, 
»  que  si  nous  le  mangeons,  nous  n'en  aurons  rien  de  plus 
»  devant  Dieu,  ni  rien  de  moins,  si  nous  ne  le  mangeons 
»  pas;  combien  moins,  dis-je,  un  petit  morceau  de  pain, 
s  si  vil  par  lui-même,  pourroit-il  être  de  quelque  secours 
»  pour  l'ame,  si  ce  n'est  qu'une  figure  du  corps  de  Jesus- 

»  Christ,  et  non  la  réalité  ? Assurément  si  cela  étoit, 

»  la  loi  ancienne  remporterait  sur  la  nouvelle.  » 
Traité  des  louan-  '  9°.  Guibert  ne  s'est  point  contenté  de  faire  l'éloge  de  la 
Marie,  p.' 287.1' rge  Sainte  Vierge  en  diffé-ens  endroils  de  ses  écrits,  il  a  en- 
core fait  un  traité  particulier  des  louanges  de  cette  sainte 
Mcre  de  Dieu  :  de  laude  Sanctœ  Mariée.  Les  louanges  qu'il 
donne  à  la  Vierge,  la  plus  parfaite  de  toutes  les  créatures, 

(ai  Si  vmbra  est  et  non  corpus .  in  umhram  de  umbra  decidimus .  imb  in  dé- 
tériora valde  deueiiimus.  Si  baves.  nnei.es,  caprœ  turtures ,  calumbœ.  olim 
peccatnm  fverunl  hoslia  videlwet  pro  pecoato,  ila  ut  enrnis  justiliœ  rocjrvn- 
lur ,  et  secundum  ci/nscientiom  salvum  non  passent  facere  servienlem.  Quanta 
minus,  si  speaes  creditnr,  et  non  res ,  illa  tantilli  panis  adeb  miserabilis  qunn- 
titas.omni  anima rum  remedio  indigna.de  quo  si  manducaverimus,  non  ahun- 

dabimus,  si  non  manducicerimus,  non  utique  deficiemus Et  certè  relu* 

alio  quoque  modo  prœvalere  probabitur. 


ABBÉ  DE  NOGENT.  475       X1I SIECLE. 


si  l'on  en  excepte  Jesus-Christ  comme  homme,  ne  sont  pas 
des  déclamations  excessives  d'un  orateur  qui  se  livre  à  son 
imagination;  elles  sont  fondées  sur  les  sublimes  vertus,  et 
les  dons  extraordinaires  dont  Dieu  combla  une  Vierge , 
dans  le  sein  de  laquelle  son  Fils  devoit  s'inc;rner.  Ce  sont 
les  vertus  mêmes  de  la  Vierge,  qui  font  la  matière  de  son 
éloge.  L'excellence  de  sa  foi,  par  laquelle  elle  mérita  de  deve- 
nir mère  du  Fils  de  Dieu,  y  tient  le  premier  rang.  '  Notre  au-  cap.  2. 
teur  regarde  cette  foi  comme  un  miracle,  au-dessus  non- 
seulement  de  la  portée  de  l'esprit  de  l'homme,  mais  même 
d'un  Ange  ;  n'étant  point  compréhensible  qu'une  Vierge  ait 
pu  croire  avec  tant  de  promptitude,  les  choses  extraordi- 
naires qui  lui  furent  annoncées  par  lAnge,  dont  l'Ecriture 
et  les  siècles  préeédeus  ne  fournissoient  aucun  exemple.  Il 
falloit  assurément,  pour  avoir  une  foi  si  prompte,  que  la 
Vierge  eût  été  élevée  et  instruite  à  l'école  du  Saint-Esprit. 
La  réponse  qu'elle  fit  à  l'Ange  en  ces  termes,  comment  cela 
se  fera-t'il,  car  je  ne  connois  point  d'homme?  fait  voir  qu'el- 
le avoit  consacré  sa  virginité  à  Dieu.  Effectivement ,  com- 
me elle  devenoit  le  principe  d'une  nouvelle  grâce,  il  con- 
venoit  qu'elle  levât  l'étendart  d'un  nouveau  genre  de  vie, 
elle  qui  devoit  mettre  au  monde ,  d'une  manière  toute  nou- 
velle ,  l'Auteur  de  toute  sainte  nouveauté  (a).  Dieu  pen- 
dant cette  vie ,  donne  aux  autres  Saints  une  certaine  me- 
sure de  dons  célestes  ;  mais  il  ne  donne  rien  avec  mesure  à 
celle  qui  a  porté  dans  son  sein  celui  qui  est  tout  entier  en 
Dieu  (b).  C'est  un  avantage  que  la  Sainte  Vierge  a  sur  tous 
les  autres  Saints,  d'avoir  possidé  Dieu  substantiellement  en 
elle.  C'est  ce  qui  fait  dire  à  notre  Auteur,  que  l'état  de  la 
Sainte  Vierge  dans  sa  vie  mortelle,  lorsqu'elle  portoit  le 
Verbe  dans  son  sein  ,  '  a  été  plus  relevé  et  plus  excellent ,  cap  2,  p.  288. 
que  ne  l'est  l'état  glorieux  dans  lequel  elle  règne  présente- 
ment avec  son  Fils. 

L'écrit  de  Guibort  contient  quantité  d'autres  éloges  de 
la  Sainte  Vierge,  sur  sa  sagesse,  sa  puissance,  la  gloire  dont 
elle  jouit,  sa  profonde  humilité,  'sa  tendresse  pour  les  pé-  ci,  p.  298. 

(a)  Quia  enim  novœ  graliœ  principium  ipaa  erat  :  plané  competens  fueral,  ut 
nm'œ  specialilatem  prufessionis  haberet,  quw  novo  gignendi  génère  auctorem 
tohus  8ancl(B  novilatis  expnneret. 

(b)  /psi  plané  nihil  ad  mensuram  est  pnrbitum ;  cùm  eum  qui  apud  pjtrem 
lotus  erat,  Virgo  mirabilis  intia  septa  uteri  tulit  totum. 

0  0  0  ij 


XII  SIECLE. 


476 


GUIBERT, 


Cap.  10,  11,  12. 


Traité  de  la  Virgi 
nité,  p.  311. 


cheurs,  etc.  Il  explique  dans  un  sens  moral,  l'Evangile 
qui  se  dit  à  la  messe  le  jour  de  son  Assomption  :  Jésus  entra 
dans  un  certain  château,  parce  que  plusieurs  avoient  cou- 
tume de  demander,  pourquoi  on  lisoit  en  ce  jour  cet  Evan- 
gile, '  qui  ne  paroissoit  nullement  y  convenir.  11  fait  l'his- 
toire de  plusieurs  miracles  opérés  par  son  intercession ,  et 
termine  son  écrit  par  une  hymne  en  prose  en  son  honneur, 
et  en  celui  du  disciple  bien-aimé. 

'10°.  Le  traité  des  louanges  de  la  Vierge,  est  suivi  d'un 
autre  sur  la  virginité,  que  Guibert  composa  étant  fort  jeu- 
ne, à  la  prière  d'un  de  ses  amis  nommé  Salomon.  Il  est 
précédé  d'une  épître  dédicatoire,  dans  laquelle  l'Auteur 
fait  paroître  beaucoup  de  modestie  et  d'humilité.  La  petite 
préface  qui  suit,  a  été  ajoutée  par  l'Auteur,  long-temps 
après  avoir  composé  cet  écrit,  qu'il  nous  apprend  être 
une  production  de  sa  jeunesse.  C'est  pourquoi  il  veut  que  le 
Lecteur  attribue  à  cet  âge,  les  défauls  qu'il  y  pourra  trou- 
ver, et  à  Dieu  ,  ce  qu'il  y  a  de  bon.  On  auroit  peine  à 
croire,  que  Guibert  a  composé  dans  sa  jeunesse  l'écrit  dont 
nous    parlons,     si    lui-même     ne    nous    l'assuroit.     Subje- 

Prœf  p  3U, col. 2.  ctum  valde  in  '  tenera  admodum  adolescentia  positus  pe- 
rçai opusculum  :  ce  qu'il  dit  de  l'excellence  de  la  virgi- 
nité, des  moyens  de  la  conserver,  des  vertus  qui  doivent 
l'accompagner,  des  vices  qui  lui  sont  opposés;  l'usage  qu'il 
fait  de  l'Ecriture  Sainte,  la  critique  et  le  discernement  qu'il 
y  montre;  nous  porteroient  plutôt  à  penser,  que  cet  écrit 
a  été  composé  dans  un  âge,  où  Guibert  recueilloit  les  fruits 
des  études  de  sa  jeunesse,  et  d'un  long  exercice  de  la  vertu. 
Dans  cet  ouvrage ,  notre  auteur  se  déclare  contre  le  senti- 
ment d'Eusebe  de  Césarée,  qui  a  prétendu  que  S.  Paul 
avoit  été  marié,  et  que  c'est  de  la  femme  île  cet  Apôtre, 
qu'il  faut  entendre  ce  qu'il  dit  lii-même,  en  écrivant  aux 
Corinthiens  :  «  '  N'avons-nous  pas  le  pouvoir  de  mener  par- 
»  tout  avec  nous  une  femme  ,  qui  soit  notre  sœur  en  Jesus- 
>  Christ?»  Guibert  traite  d'absurde  cette  prétention  d'Eu- 
sebe, et  la  rejette,  ainsi  que  la  prétendue  lettre  de  Jesus- 
Cbrist    à    Agbar,    qu'Eusebe    a    insérée    comme    véritable 

c»p.  12,  p.  322,  dans  son  histoire  Ecclésiastique.  Guibert,  '  en  répondant 
aux  objections  que  quelques-uns  faisoient  contre  le  céli— 
Lat,  «lit  que  la  virginité  est  un  état  plus  parfait,  dont  on 


1.  Cor.  9,  v.  5. 


col.  *. 


ABBE  DE  NOGENT.  477      xnsrecLB. 


trouve  le  modèle  dans  la  naissance  et  la  vie  du  Sauveur , 
qu'il  étoit  digne  du  Fils  de  Dieu ,  de  faire  voir  au  monde 
quelque  chose  de  plus  grand  que  le  mariage;  qu'il  n'en  a 
cependant  pas  fait  une  loi  ;  que  la  piété  chrétienne  l'a  em- 
brassé volontairement,  à  l'exemple  de  Jesus-Christ  ;  que  le 
mariage  est  bon  et  légitime;  qu'il  est  même  meilleur  pour 
quelques-uns  de  se  marier,  «  pourvu  que  leur  profession  n'y 
i>  mette  pas  obstacle,  ni  le  vœu  qu'ils  auroient  fait  eux-mêmes, 
»  ou  que  leurs  païens  auroient  fait  pour  eux;  je  dis  le  vœu 
»  des  parens,'  ajoute  Guibert  (a),  les  conciles  ayant  décidé 
»  qu'ils  pouvoient  le  faire  jusqu'à  l'âge  de  douze  ans.  C'est 
»  un  grand  sacrilège  pour  ces  personnes,  de  ne  point  ac- 
»  complir  leurs  vœux.  »  On  voit  ici,  que  l'usage  dans  le- 
quel les  parens  ont  été  d'engager  leurs  enfans,  et  de  les 
consacrer  à  Dieu,  subsistoit  encore  du  temps  de  Guibert, 
et  qu'on  regardoit  comme  un  crime  de  ne  point  remplir 
ces    engagemens. 

'•H0.  De  tous  les  écrits  de  Guibert,  celui  où  il  montre  Traité  des  relique* 
plus  de  critique,  est  son  traité  des  gages,  ou  des  reliques  es  Samt9'  p' 3ï7' 
des  Saints,  de  pignoribus  Sanctorum.  L'Auteur  le  dédia  à 
Odon  ,  abbé  de  S.  Symphorien  de  Beauvais;  depuis  évê- 
que  de  la  même  ville,  par  une  lettre,  dans  laquelle,  sans 
s'arrêter  à  lui  faire  aucun  compliment ,  il  entre  d'abord  en 
matière,  et  lui  expose  la  raison  qui  l'a  engagé  à  écrire  sur 
cette  matière  :  il  s'y  justifie  sur  une  expression  qu'il  avoit 
avancée,  sçavoir,  que  l'Eucharistie  tient  lieu  de  Jesus- 
Christ,  expression  à  laquelle  un  critique  avoit  trouvé  à  re- 
dire, prétendant  que  ce  qui  tient  heu  d'une  chose,  est 
moins  que  la  chose  même.  Guibert  répond ,  que  si  son 
critique  avoit  fait  quelqu'attention  à  ses  paroles,  il  ne  lui 
auroit  point  fait  de  reproche  sur  l'expression  dont  il  s'étoit 
servi.  11  explique  dans  la  même  lettre,  ce  qui  est  dit  des 
impies  au  livre  de  la  Sagesse,  qu'ils  seront  touchés  de  re- 
gret,  pœnitentiam  agentes  ;  pour  répondre  à  un  autre  re- 
proche qui  lui  avoit  été  fait ,  d'avoir  dit  que  les  réprouvés 
avoient   et  auroient  toujours  un  cœur  impénitent  :   il  fait 

(a)  Meliùs  sanè  nubere  quam  uri,  fcilicelillis  quitus  neque  prefessio  obviai, 
neque  vntum  oui  suvm,oul  cvjuspiam  parentis  nbligot.  Volum  pareiitis  dico, 
stcundùm  qund  cawmes  usque  ad  duodecimum  fieri  posse  sanxerunt.  Bos  à 
voto  resilire  sacnlegium  permaximum  est. 


XII  SIECLE. 


478  GUIBERT, 


voir  que  son  expression  n'a  rien  de  con'raire  à  celle  du  sage; 
et  que  le  regret  que  les  impies  auront  dans  l'enfer,  n'empê- 
chera point  qu'ils  ne  persévèrent   toujours  dans  la  dureté, 
l'impénitence  et  l'obstination  de  leur  cœur. 
Not.  nd  Guib.  op.      '  Avant  que  de  donner  l'analyse  de  cet  important  écrit  de 
p.  562,  coi.  2.       Guibert ,   il  est  à  propos  de  rapporter  la  judicieuse  réflexion 
de  l'Editeur:  «  Ne   soyez  point  surpris,  dit-il,  de  voir  que 
»   Gu:bert  ait  fait   tant   d'invectives  contre  ceux  qui   fabri— 
»  quoient  de  fausses  reliques,  et  qui  sous  prétexte  de  piété, 
»   les  exposoient   à  la   vénération   du    peuple.   Car  dans   ce 
»   temps,  il  s'étoit  glissé  tant  de  différentes  et  pernicieuses 
»   erreurs ,  et  les  eculésiastiques  et  les   moines  avoient  une 
»   si  détestable  passion  de  s'enrichir,  et  de  rendre  leurs  égli- 
»   ses  célèbres,  qu'il   n'est  pas  surprenant  que  Guibert  ait 
>   repris  avec  tant  de  force  cet  aveuglement  en  plusieurs  en- 
»   droits  de  ce  traité.  Mais  d'ailleurs,  il  est  bien  éloigné  de 
j>  rejetter  le  culte  des  reliques;  au  contraire,  il  reconnoît 
»   qu'il  contribue  beaucoup  à  l'accroissement,  et  à  la  gloire 
»   de  la  Religion.  »  Une  réflexion  si  sage  et  si  judicieuse,  et 
qui  marque  tant  d'impartialité  dans  celui  qui  l'a  fait,  auroit 
bien  dû   modérer  le  zélé  amer  du  fameux   M.   Richard  ,   et 
lui  inspirer  des   sentimens  un   peu  plus  équitables. 
Liv.  i,  ci, p.  329.      '  L'ouvrage  de  Guibert  sur  les  reliques  des  Saints,  est  di- 
visé en  trois  livres.    Dans   le   premier,    l'Auteur   traite  du 
culte  des  Saints  ,  de  leurs  reliques  ,  et  des  abus  qui  s'y  com- 
mettent. 11  enseigne,  \°,  qu'il  y  a  des  coutumes  différentes 
dans  les  églises,  qui  ne  regardent  que  la  discipline,  et  n'in- 
téressent point  la  foi  ;  comme  sur  les  jeûnes ,  sur  les  offi- 
ces;  que  ceux   qui   croyent  leurs   pratiques  plus  parfaites, 
ne  doivent  point  pour  cela  y  astraindre  ceux  qui  en  ont  de 
différentes;  que  de  l'entreprendre,  ce  seroit  être  schismati- 
que.  2°.  Il  y  a  des  choses  qui  sont  générales  et  communes  à 
toutes  les  églises,  sans  lesquelles  la  foi  ne  peut  subsister;  il  don- 
ne pour  exemple,  le  Baptême  et  l'Eucharistie,   avec  cette 
différence   néanmoins,   qu'on    ne  peut   être  Chrétien,    sans 
le  Baptême  d'eau  ou  de  sang  ,  au   lieu  qu'on  peut   l'être  , 
sans    avoir    reçu    actuellement    l'Eucharistie,    pourvu    tou- 
tefois  qu'on  persiste   constamment  dans   la  foi    de  ce  Sa- 
crement :  c'est  ce  qu'on  voit  dans  plusieurs  martyrs  et  so- 
litaires, dont  les  uns  n'ont  jamais   reçu  l'Eucharistie,  les 


ABBE  DE  NOGENT.  479      Xu  siècle. 


autres  ne  l'ont  reçu  qu'une  fois,  ou  très-rarement,  et  se 
sont  sanctifiés  dans  leur  retraite  par  les  bonnes  œuvres.  Il 
en  est  de  même  des  préceptes,  en  sorte  que  la  foi  sans  les 
œuvres,  '  su I fi t  pour  le  salut  :  ce  qui  fait  dire  à  l'Apôtre,  Rom. t, 5. 
que  «  lorsqu'un  homme,  sans  faire  des  œuvres,  croit  en 
»  celui  qui  justifie  le  pécheur,  sa  foi  lui  est  imputée  à  justice.  » 
La  charité  a  néanmoins  une  prérogative  particulière,  puis- 
qu'elle est  préférée  à  la  foi  et  à  l'espérance,  '  qu'elle  seule  iwd.  coi.  2. 
est  considérée  comme  renfermant  tout  le  reste ,  et  qu'elle 
seule  est  appell.'e  œuvre ,  comme  par  antonomasie  (a\ 

Guibert  venant  ensuite  à  son  but,  dit  qu'il  y  a  des  pra- 
tiques,  qui,  quoiqu'elles  ne  soient  pas  du  nombre  de  celles 
qui  sont  nécessaires  au  salut ,  s'observent  cependant  dans  les 
églises,  comme  le  culte  des  reliques  des  Saints,  et  des  cho- 
ses qui  leur  ont  servi.  «  Nous  les  respectons,  dit-il,  et  nous 
»  les  honorons,  pour  suivre  leur  exemple,  et  obtenir  leur 
»  protection.  »  '  Il  veut  que  l'on  ne  regarde  comme  Saints,  r.  330. 
que  ceux  dont  la  sainteté  est  constatée  (b)  par  une  tradition 
ancienne,  et  par  des  relations  certaines,  et  non  appuyée 
sur  l'opinion,  et  sur  de  fausses  relations;  qu'on  lise  avec 
précaution  leurs  actes;  qu'on  n'invoque  que  ceux,  de  la 
sainteté  desquels  on  est  assuré  :  Antequam  erejo  eum  deprecer, 
necesse  est  ut  de  veritate  sanctitatis  illius  altercer.  C'est  aux 
pasteurs  à  prendre  toutes  les  précautions  nécessaires,  pour 
qu'il  ne  se  commette  point  d'abus,  et  que  la  piété  du  peu- 
ple soit  réglée  selon  la  science.  11  ne  croit  pas  que  les  mi- 
racles seuls  soient  une  preuve  décisive  de  sainteté  ;  sur  quoi 
il  confirme  la  créance  établie  dès-lors,  que  le  roi  de  France 
guérissoit  des  écrouelles  :  '  il  témoigne  avoir  vu  lui-même  p.  331, col. 1. 
une  foule  de  malades  accourir  auprès  de  Louis  le  Gros,  '  u>.  c.  2,  §.  1. 
pour  être  guéris.  Il  distingue  plusieurs  sortes  de  personnes, 
par  lesquelles  Dieu  opère  des  miracles.  Les  uns  sont  com- 
me des  canaux  ou  d^s  instrumens,  dont  Dieu  se  sert  pour 
faire  des   prodiges,  qui   sont  ut  les  aux  autres,   et  inutiles 

ta)  Idem  est  et  in  prœ<~eptis.  ut  vacanlibus  cœteris.  /ides  ad  salutem  sufficiens 
tenenda  doceutur.  Undè  Apostolat  ait  :  Ei  ailtem,  qui  non  opi-ratur,  fides  reputa- 
tnr  ad  jusliliain.  Amplior  nihilominus  cantati  prœroQuttva  tribinlur.  dum  fi,- 
dei  speique  prœponitur,  dum  sula  pro  omnibus  œstxmatur,  dum  solaopus  quasi 
onomasticè  prœdicatur. 

(b)  In  quibus  ea  sota  authentiqua,  ratio  habenda  esset,  ut  is  duntaxat  diceretur 
sanctus,  quem  non  opinio  suœ  velustatis,  aut  scriptorum  veracium  traditio 
certa  firmaret. 


XII  SIECLE. 


480  GUIBERT, 


à  eux-mêmes;  c'est  ce  que  l'on  voit  ck.ns  l'anesse  qui  parle, 
et  dans  la  prophétie  de  Balaam ,  ainsi  que  dans  celle  de  Caï- 
phe.  Il  en  est  à  qui  Dieu  fait  des  grâces  qu'ils  n'ont  point 
méritées,  et  qu'il  couronne  sans  qu'ils  y  ayent  concouru 
de  leur  part  par  leur  soin  et  leur  travail.  Tels  ont  été  les 
SS.    Innocens  :  la  raison  que  Guibert  en   donne ,   c'est  que 

Rom.  9,2i.  <  le  potier  a  le  pouvoir  de  faire  de  la  même  masse  d'argile,  ' 

>  un  vase  destiné  à  des  usages  honorables,  et  un  autre  des- 

p.  33î,c.  2.  g.  3.  »  tiné  à  des  usages  vils  et  honteux.  »  Il  en  est  d'autres,  'à  qui 
Dieu  accorde  des  grâces,  pour  récompenser  leur  foi  et  leur 
justice;  tels  sont  ceux,  à  qui  Jésus— Christ  dit  dans  l'Evangile, 
votre  foi  vous  a  sauvés.   Guibert  veut  qu'on  punisse  sévére- 

p.  333,  S-  5.  ment  ceux  qui  supposent  de  faux  miracles  ,  '  parce  qu'en  attri- 
buant à  Dieu  ce  qu'il  n'a  pas  fait,  ils  le  font  mentir  autant 
qu'il  est  en  eux. 

p.  334,  c.  3.  '  Notre    auteur    examine   qui    sont    ceux    que   l'on    doit 

honorer  comme  Saints.  Les  martyrs  tiennent  le  premier 
rang;  mais  il  faut  qu'il  soit  constant  qu'ils  ont  été  marty- 
risés pour  la  foi  de  l'église.  Pour  ce  qui  est  du  confesseur, 
il  veut  qu'on  n'honore  en  cette  qualité,  que  ceux  qui  ont 
été  d'une  sainteté  éminente,  et   du  salut  desquels  on  a  une 

335.  certitude    morale.   '    Quelle   protection    peut-on   espérer    de 

celui,  dont  on  ignore  tout  ce  qu'il  faudroit  sçavoir,  pour 
avoir  confiance  en  lui,  dont  on  ne  sçait  que  le  nom.  11  se 
plaint  de  ce  que  des  vieilles,  et  toutes  sortes  de  femmes 
de  basse  condition,  chantent  en  filant,  et  en  faisant  leur 
toile,  les  louanges  de  tels  patrons,  qui  n'ont  d'autre  fon- 
dement que  des  fables,  sans  que  le  clergé  dise  mot;  et  si 
quelqu'un  veut  les  en  empêcher,  elles  le  chargent  non- 
seulement  d'injures,  mais  elles  le  menacent  de  le  percer 
de  leurs  instrumens  (a).  N'y  a-t'il  pas  de  la  folie  à  rendre 
un  culte  à  celui,  sur  l'état  duquel  on  n'a  aucune  assurance  ? 
C'est  pécher,  que  de  prier  quelqu'un,  sans  sçavoir  s'il  est 

ibid.  Saint  :  Si  enim  oras  quem  sanctum  nescias ,  '  in  eo  ipso  pec- 

cas  quo  veniam  impetrare  debueras  :  c'est  irriter  Dieu ,  bien 
loin  de  l'appaiser. 

Guibert    propose   à  cette   occasion    la   sage    et  prudente 

(a)  Tacenle  clero  anu*  et  muliercularum  vilium  grèges  lalium  palronorum 
commentatas  hUlorias  canlitmt  ;  et  si  quis  eorum  dicta  refellat,  pro  deftnsione 
ipsorum  non  modo  conviriis,  setl  te  tant  m  radns  in'tant. 

conduite 


ABBÉ  DE  NOGENT.  481 


XII  SIECLE. 


conduite  de  l'Eglise,  et  sa  retenue  sur  les  faits  incertains; 
en  ce  qu'elle  n'ose  assurer,  que  le  corps  de  la  Vierge  soit 
ressuscité  et  glorifié,  n'ayant  pas  de  raisons  convaincantes 
pour  le  prouver  (a).  Quoiqu'il  ne  soit  pas  permis  de  croire, 
que  le  corps  de  la  Vierge  la  plus  parfaite  de  toutes  les  créa- 
tures après  son  Fils,  c'est-à-dire,  ce  vase  qui  a  renfermé  le 
souverain  maître  de  toutes  choses,  ait  éprouvé  la  cor- 
ruption ;  surtout  Jesus-Christ  ayant  dû  faire  pour  le 
corps  de  sa  sainte  Mère ,  ce  qu'il  a  fait  pour  le  sien  qui  en  a 
été  formé;  nous  n'osons  cependant  pas  dire  qu'il  a  été  res- 
suscité, n'ayant  pas  des  preuves  suffisantes  pour  l'assurer. 
En  un  mot ,  quoiqu'il  y  ait  dés  raisons  de  le  penser ,  et  que 
nous  pui-sions  croire  qu'elle  a  été  glorifiée,  ces  raisons  ne 
sont  pas  assez  fortes  et  assez  évidentes  pour  le  prouver.  Gui- 
bert,  après  en  avoir  rapporté  quelques-unes  en  faveur  de 
la  résurrection  du  corps  de  la  sainte  Vierge,  finit  en  disant, 
qu'il  ne  nous  est  pas  défendu  de  le  croire,  mais  qu'il  ne  nous 
est  pas  permis  de  l'assurer.  Latenter  qu'idem  id  minime  sen- 
tire  vetamur,  quia  tamen  testimonia  non  adjacent,  asserere 
prohibemur. 

Guibert  rejette  absolument  les  Saints  inconnus,  'et  tou-  p.  335,  col.  2. 
tes  les  vies  fabuleuses.  Il  nous  apprend  qu'on  s'est  adressé 
plusieurs  fois  à  lui ,  pour  l'engager  à  écrire  des  vies  de  quel- 
ques Saints,  dont  on  vantoit  l'antiquité,  sur  quoi  il  dit  : 
«  Je  me  trompe  dans  les  choses  même  que  je  vois  de  mes 
»  yeux;  comment  donc  pourrois-je  dire  la  vérité  sur  des 
»  choses  que  personne  n'a  jamais  vues  (b).  »  '  Passant  en-  ibid. 
suite  des  Saints  inconnus  et  incertains,  à  ceux  dont  la  sain- 
teté est  constante,  il  dit  qu'il  y  a  aussi  beaucoup  d'erreurs  à 
l'égard  de  ceux-ci ,  c'est-à-dire  par  rapport  à  leurs  reliques. 
Par  exemple,  les  habitans  de  Constautinople,  et  les  moines 
de  S.  Jean  d'Angeli ,  se  vantent  également  d'avoir  la  tête  de 

(a)  Sed  quid  in  Us  diù  versor,  cùm  tanta  si'f  in  totius  sanctœ  ecclesiœ  ore  pu- 
dicitia  ut  etiam  Matris  Dominvœ  corpus  resurrectione  glorificatum  dicere 
non  audt.at,  ob  hnc  videlicel  quod  necessarvs  argumenlis  comprobare  non 
valeal?  El  cùm  vas  illud  omni  creaturâ  pnsl  Filium  prœclarius.  quod  Domi- 
nant mnjestatis  universorum  contulil.  quod  nunquam  ulli,  ne  angelicœ  quidem 
natures  licuerit.  irremuneratum  iahonoratumve  dimisisse  adexperientiam  cor- 
ruplionis  credere  nefarmm  sit  (prœxerlim  cùm  quod  corpori  suo  gloriflciindo 
dehuerit,  materno  corpori,  ex  quo  est  quod  est,  redhibere  obnoxius  sit)  ressu- 
tcilatum  nequaquam  dicere  audeamu*  ,•  nec  ob  aliud  profecto,  nisi  quodproba- 
bilibus  indiciis  id  asseverare  non  possimus. 

(b)  Ego  autem  in  Us,  quœ  obtuttbus  subjacent,  fallor,  et  de  Us  quœ  nemo  un- 
quam  viderit,  quidveri  profiteorf 

3  3     Tome  X.  Ppp 


XII  SIECLE. 


482  GUIBERT, 


p.  336.  S.  Jean,  '  comme  si  ce  Saint  en  avoit  eu  deux;  mais  à  quoi 

bon,  ajoute-t'il,  parler  du  chef  de  S.  Jean-Baptiste?  J'ap- 
prens  tous  les  jours  de  nouvelles  découvertes,  qu'on  fait 
d'une  infinité  de  corps  de  Saints.  Il  rapporte  que  Geoffroi 
son  prédécesseur,  évêque  d'Amiens,  prétendoit  avoir  le 
corps  de  S.  Firmin  martyr,  et  avoit  fait  mettre  cette  ins- 
cription :  Firmin  martyr,  évêque  d'Amiens,  quoiqu'il  n'y 
eût  aucun  indice  que  ce  fût  le  corps  du  saint  martyr  :  sa 
prétention  fut  combattue  par  les  moines  de  S.  Denis  en 
France  ,  qui  prétendoient  aussi  avoir  le  même  corps  :  ceux- 
ci  avoient  pour  eux  une  inscription  qu'on  trouva  dans  la 
châsse,  portant  que  c'étoit  le  corps  de  Saint  Firmin  mar- 
tyr, évêque  d'Amiens.  Ainsi  ce  que  Geoffroi  avoit  fait 
inscrire  sur  une  lame  de  plomb,  doit  être  rejette  comme 
faux,  n'étant  appuyé  d'aucune  autorité,  au  lieu  que  les 
moines  de  S.  Denis  avoient  quelque  fondement.  Notre  au- 
teur ajoute  ces  paroles  remarquables,  qu'il  y  a  toujours 
beaucoup  de  danger  d'honorer  ce  que  l'on  ne  connoît  point, 
quand  bien  même  ce  scroit  quelque  chose  de  saint;  etsi 
Sanctum  quid  sit  ;  mais  si  ce  n'est  point  quelque  chose  de 
saint,  il  déclare  nettement  que  c'est  un  énorme  sacrilège  : 
si  aliàs  in  enormi  multum  sacrilegio;  la  raison  qu'il  en 
donne,  c'est  que  ceux  qui  honorent  de  fausses  reliques, 
donnent  lieu  à  un  faux  culte  (a).  Guibert ,  pour  confirmer 
ce  qu'il  a  dit  sur  Ja  multitude  des  fausses  reliques,  rapporte 
qu'Odon  évêque  de  Bayeux,  frère  de  Guillaume  le  Con- 
quérant, ayant  acheté  le  corps  de  S.  Exupere ,  l'un  de  ses 
prédécesseurs;  celui  avec  qui  il  avoit  fait  marché,  lui  donna 
à  la  place  des  reliques  du  Saint,  dont  ils  étoient  convenus,  le 
corps  d'un  païsan  nommé  Exupere ,  qui  fut  placé  sur  l'autel. 
Il  y  a  tant  de  fraudes  et  de  tromperies  en  matière  de  reli- 
ques, que  Guibert  avoue,  que  le  temps  et  les  forces  lui  man- 
quent pour  en  rapporter  tous  les  exemples,  que  sa  mémoire 
pourroit  lui  fournir.  11  s'en  commet  surtout  beaucoup  dans 
la  distribution  particulière  des  reliques,  en  faisant  passer  tou- 
tes sortes  d'ossemens  pour  des  ossemens  de  corps  saints  (b). 

(a)  Quiergo  veneranlur  quodnesciunt,  etsi  sanclum  quod  sit,  numquam  ta- 
lhid.  p.  335.             men  sine  magno  periculo  sunt.  '  Si  aliàs,  in  enormi  multum  periculo.  Quid  enim 

magis  sacritegum,  quam  pro  divino  eicolere  non  divinum?  Quœ  Deo  pertinent, 
divina  sunt. 

(b)  Dùm  ossa  vulgariapro  sanctorum  pignoribus  venundanda  dispertiant. 


ABBE    DE  NOGENT.  485  ^^^^ 

Ce  désordre  vient,  de  ce  qu'où  lieu  de  laisser  les  corps  des 

Saints  dans  la  terre,  on  les  en  tire  pour  les  mettre  dans  des 

châsses  d'or  et  d'argent.  Notre  auteur  blâme  cet    usage,    et 

dit  qu'il  eût  été  plus  à  propos   de  leur  laisser  subir  l'arrêt 

prononcé  contre  tous  les  hommes  :   vous  êtes  terre,   et  vous 

retournerez  en  terre.  «  Assurément,  dit-il,   si   les  corps  des 

»   Saints  fussent  restés  dans  les  lieux  où  '  on  les  avoit  mis  se-  Cap.4,p.337.coi.i. 

»  Ion  l'ordre  de  la  nature,  c'est-à-dire  dans  leurs  tombeaux, 

»   on  ne  seroit  point  tombé  dans   tous  les  inconvéniens  dont 

»  j'ai  parlé.  Car  cela  n'arrive  que  parce  qu'on  les  tire  de 

»   terre,  qu'on  les  coupe  par  morceaux,  et  qu'on  les  porte 

»  de  côté  et  d'autre.  C'est  à  la  vérité,  par  piété  qu'on  l'a 

>   fait  d'abord  ;  mais  bientôt  la  cupidité  s'en  est  mêlée,  et 

»   a  corrompu  ce  qui  se  faisoit  par  simplicité  (a),  '  Qu'on  en  ibid.  coi.2. 

»  pense  ce  qu'on  voudra,  dit  encore  Guibert,  pour  moi  j'a- 

»   vance  hardiment,  que  ce  ne  fut  jamais  une  chose   agréa- 

»   ble  à  Dieu  et  à  ses  Saints,  d'ouvrir  leurs  tombeaux,   d'en 

»   tirer  leurs  corps,  et  d'en  diviser  les  membres  (b).    »   Il 

oppose  à  cette  pratique,  le  respect  que   les  Payens    même 

avoient  pour  les  sépultures  :  il  rapporte  qu'une  Impératrice 

ayant  demandé  à  S.  Grégoire  le  Grand  le  chef  de  S.   Paul, 

ce  saint  Pape  lui  fit  réponse,  qu'il  n'osoit  pas  le  lui  envoyer, 

par  la  crainte  d'encourir  l'indignation  de  l'Apôtre ,  et   d'être 

puni  comme  l'avoient  été  quelques  personnes ,   pour    avoir 

seulement  regardé  sans  le  sçavoir,   son  corps   et   celui   de 

S.  Laurent.  Si  on  avoit  laissé  les  Saints  dans  1  urs  tombeaux, 

il  n'y  auroit  point  de  dispute  sur  leurs  reliques ,  et  il  ne  s'y 

commettrait  point  de  fraude. 

Guibert  se  fait  après  cela  une  question;  '  sçavoir,  s'il  y  a  P-  338. 
quelque  péché  d'honorer  des  reliques,  qui  ne  sont  pas  cel- 
les d'un  Saint,  dont  on  les  croit  :  il  répond,  qu'il  ne  croit 
pas  qu'il  y  en  ait;  il  avoue  même,  que  ceux  qui  honorent 
de  fausses  reliques,  sans  le  sçavoir,  et  les  croyant  de  quel- 
que Saint ,  ne  pèchent  pas  ;  et  que  celui  qui  invoque  quel- 

ia)  Certè  si  sanctorum  corpora  suajutta nalurœ  debitum  loca,  id  est  sepulchra. 
servassent  hujusmodi  quos  rec  nsm  errores  vacassent.  Per  hoc  enim  quod  è 
tumulis  eruunlur.  mew bratim  hue  illucque  ferwtur;  et  cum  pieiatis  obtentus 
occasin  circumlationis  ex'iierit.  ad  hoc  subeunte  nequitia,  detotqueri  cœpta  est 
intention»  reclitudo,  ut  penè  quœ  simpticiter  fieri  consueverant  eorrumperet 
univtrsa  cupido. 

(b)  Dical  quisque  quod  sentit,  securus  plané  ego  inferam,  non  Deo,  non  san- 
ctis  ipsit  unquain  placitum  fuisse,  ut  eorum  cujuspiam  debuerit  reserari  sepui- 
ehrum,  aut  iiritni  per  [rusta  corpusculum. 

P  P  P  i j 


XII  SIECLE. 


484  GUIBERT, 


qu'un  qui  n'est  pas  Saint ,  mais  de  la  sainteté  duquel  il  est 
persuadé ,  peut  être  exaucé  de  Dieu ,  qui  a  égard  à  sa  bonne 
intention.  Ce  sont-là  les  principaux  points  que  Guibert  traite 
dans  son  premier  livre  des  gages  des  Saints,  qui  est  selon 
lui,  comme  le  prélude  de  ceux  qui  suivent. 

Liv.  2.  Après  avoir  parlé  des  reliques  des  Saints,  '  il  entreprend 

de  réfuter  ceux  qui  prétendoient  avoir  des  reliques  de  Notre 
Seigneur,  comme  une  de  ses  dents,  le  superflu  de  son 
nombril ,  son  prépuce.  Pour  cela ,  il  traite  du  mystère  de 
l'Eucharistie,  dans  le  second  livre  qu'il  intitule  ainsi  :  de 
corpore  Domini  bipertito ,  principali  scilicet  ac  mystico 
Il  soutient  que  Jesus-Christ  nous  ayant  donné  son  corps   tout 

c.2,  p.  339.  entier  dans  l'Eucharistie,  '  en  mémoire  de  lui,  et  pour  exer- 

cer notre  foi,  il  ne  nous  a  laissé  aucune  partie  séparée  de 
son  corps;  et  que  s'il  en  avoit  laissé,  cela  seroit  contraire 
au   but  qu'il    s'est   proposé  en  instituant    ce  Sacrement.    11 

P.  34i.  enseigne  que  l'on  reçoit  Jesus-Christ  '  tout  entier  dans  l'Eu- 

charistie, c'est-à-dire,  sa  divinité  et  son  humanité;  que  les 

p.  342.  bons  en  le  recevant  dignement,   '  s'unissent    plus  étroite- 

ment à  leur  chef,  et  lui  sont  incorporés,  illico  commembris 
efficitur ;  que  les  médians  en  le  recevant  indignement, 
se  condamnent  eux-mêmes,  et  mangent  pour  leur  con- 
damnation le  corps  du  Seigneur,  qui  toutefois  ne  souffre 
pas  de  l'insulte  qu'ils  lui  font.  Notre  auteur  en  habile  con- 
troversiste,  se  propose  ici  plusieurs  objections  contre  son 
sentiment,   en   faveur  de   celui    de   quelques-uns,    qui    fai- 

ibid.  §.  2.  sant  dépendre  la  validité  des  Sacremens  '  de  la  foi  de  ceux 

qui  les  reçoivent  et  les  administrent,   prétendoient  que  les 

cap.  4.  médians  ne  reçoivent  pas   le  corps  de  Jesus-Christ  '  dans 

l'Eucharistie.  11  est  vrai,  dit  Guibert,  que  l'Eucharistie  est 
proprement  la  nourriture  de  la  vraie  foi;  mais  prétendre 
qu'elle  n'est  pas  un  Sacrement  pour  les  impies,  c'est  ce 
qu'il  entreprend  de  réfuter  par  l'autorité,  et  par  la   raison 

cap.  î,  §.  î.         même,   '   qui   au   défaut  de   l'autorité  lui   suffiroit.    Il   sou- 

p.  3i5,  §.  2.  tient  donc,       que  les   méchans  comme  les  bons  reçoivent 

le     Sacrement     de     l'Eucharistie;     avec    cette    différence, 

p.  3i6.  que  les   bons  reçoivent   le    Sacrement    et    la    '  grâce,    Sa- 

crametitum  et  res  Sacramenli  dignis  ;  et  les  méchans 
ne  reçoivent  que  le  Sacrement,  sans  en  recevoir  la  grâce  : 
sine  re  autem  Sacramenti  simphx  Sacramentum    constat  in- 


ABBÉ  DE  NOGENT.  485      m  SIECLB, 

àignis.  Il  peul  même  être  mangé  par  les  rats,  '  et  par  d'antres  u»d.  %. 3.  coi. s. 

animaux,  sans  qu'il  en  arrive  rien  qui  soit  indigne  de  Jesus- 

Christ  :  il  n'est  pas  plus  indigne  de  lui  d'être  mangé  par  les 

rats,  et  d'entrer  dans  leurs  ventres,  que  d'être  mangé  par 

les  impies.  'La  corruption  et  les  autres  changemens  qui  pa-  rbid. 

roissent  à  nos  yeux,   n'arrivent  qu'aux  espèces,  et  non  au 

corps  même  de  Jesus-Christ  :  '  son  corps  est  le  même  dans  ibid.  s.  4. 

l'Eucharistie    et    dans    le  ciel,    immortel    et   incorruptible. 

C'est  une   extravagance  que   tous  les    fidèles   doivent  avoir 

en  horreur,   de  croire    que  Jesus-Christ  soit  crucifié    tous 

les  jours  dans  l'Eucharistie  :  le  corps  de  Jesus-Christ  est  dans 

l'Eucharistie,   non   dans  un  état  de   mort  ou    de   crucifié, 

comme  l'avançoit  un    ignorant,    que   notre   auteur   retute  ; 

mais  en  '  état  de  vivant,  tel  qu'il  fut  après  sa  résurrection,  ce,  p.  348,  §.1,2,3. 

tel  qu'il  est  dans  sa  gloire. 

Guibert,  après  avoir  ainsi  traité  dans  son  second  livre, 
du  sacrement  de  l'Eucharistie,  où  Jesus-Christ  se  donne 
tout  entier  aux  fidèles,  '  revient  à  ce  qu'il  a  dit  de  la  dent  et  S-  *,  P-  349. 
du  nombril  du  Sauveur,  que  quelques-uns  prétendoient 
avoir,  et  il  entreprend  de  combattre  ces  fausses  reliques, 
qu'il  appelle,  non  les  reliques,  mais  les  blasphèmes  de 
ceux  contre  lesquels  il  écrit  :  '  contra  eorxim,  non  reliquias,  350. 
sed  blasphemias  accingimur.  Tel  est  le  sujet  du  troisième 
livre  des  gages  des  Saints.  L'auteur  avant  que  d'entrer  en 
matière,  enseigne  cette  excellente  maxime,  qui  est  pleine 
de  lumière  et  de  sagesse.  «  On  doit,  '  dit-il,  approuver  la  ibid.  c.  1. 
»  dévotion  envers  Dieu  et  les  Saints  ;  mais  tant  qu'elle  ne 
»  s'écarte  pas  des  régies  de  la  vraie  Religion  ;  autrement  il 
»  pourrroit  arriver  que  le  dévot,  bien  loin  de  recevoir  la 
»  récompense  de  son  action,  mériteroit  d'être  puni  de  l'er- 
»  reur  pernicieuse  dans  laquelle  il  seroit  tombé.  Car,  lors- 
»  qu'on  dit  quelque  chose  de  Dieu,  ou  qu'on  lui  rend  un 
»  culte  contraire  aux  témoignages  de  la  vérité,    on  pèche 

>  d'autant  plus  dangereusement,  que  l'erreur  est  plus  dif— 
»  ficile  à  corriger,  la  piété  en  étant  le  prétexte.  Car  il 
»  n'est  pas  d'état  pire  que  celui  d'un  homme  qui  fait  le 
»  mal,  et  regarde  le  mal  qu'il  fait  comme  une  bonne 
»  œuvre.  Comment  corriger  une  erreur,  si  non  seulement 

>  on  ne  croit  pas  que  ce  soit  une  erreur ,  mais  qu'on  soit 
»  encore  persuadé  que  c'est  une  action  qui  mérite  récom- 
3  3  * 


m  siècle.      486  GUIBERT, 

>  pense  (al.  >  Après  ce  sage  et  judicieux  début,  Guibert 
attaque  les  moines  de  S.  Médard  de  Soissons,  qui  se  van- 
toient  d'avoir  une  dent  de  Notre  Seigneur,  et  il  ne  les 
épargne  pas.  11  leur  demande  si  Jesus-Christ  est  ressuscité 
tout  entier?  Or  s'il  est  ressuscité  tout  entier,  il  doit  avoir 
repris  les  parties  de  son  corps  qu'ils  prétendoient  avoir. 
Celui  qui  a  promis  qu'il  ne  périroit  pas  un  cbeveu  de  notre 
tête,  n'auroit-il  pas  accompli  en  lui ,  ce  qu'il  a  assuré  qu'il 
feroit  pour  tous  les  hommes?  Penser  de  la  sorte,  c'est  dé- 
truire ses  promesses.  Supposons,  leur  dit-il,  que  vous  ayez 
réellement  la  dent  du  Sauveur,  à  quel  corps  sera-t'elle 
réunie,  lors  de  la  résurrection  générale?  J'en  dis  autant  de 
son  nombril,  et  des  autres  parties  de  son  corps.  Où  les  pla- 
cera—t'on  ?  Le  corps  glorieux  de  Notre  Seigneur  manque- 
ra-t'il  d'une  de  ses  dents?  Cette  dent  de  son  enfance  convien- 
droit-elle  à   un  corps  parfait?  Où    placerez-vous  son  nom- 

cap.  2,  r- 353.  bril?  '  Guibert  se  propose  ensuite  tout  ce  que  pouvoient  dire 
les  moines  de  S.  Médard,  pour  appuyer  leurs  prétentions, 
et  le  réfute.  La  principale  raison  qu'il  apporte,  pour  com- 
battre   en    général    ceux    qui    prétendoient    avoir    quelques 

cap.3,  p.  354,355.  parties  du  corps  du  Sauveur ,  '  c'est  qu'il  n'est  pas  vraisem- 
blable qu'on  ait  gardé  en  ce  temps-là,  les  cheveux,  les 
dents,  le  prépuce  et  les  autres  choses  qui  tomboient  du 
corps  de  l'enfant  Jésus  :  il  fait  voir  qu'il  n'y  a  aucune  ap- 
parence, que  qui  que  ce  soit  les  ait  conservées,  ni  la  sainte 
Vierge  elle-même.  Instruite  par  le  S.  Esprit,  par  l'opéra- 
tion duquel  elle  avoit  conçu,  elle  ne  pouvoit  ignorer 
que  celui  qu'elle  avoit  mis  au  monde,  devoit  le  remplir  par 
l'éclat  de  sa  majesté;  et  que  les  parties  de  son  corps  qu'on 
prétendoit  avoir,  étoient  aussi  inutiles  pour  relever  l'éclat 
de  son  fds ,  qu'une  chandelle  l'est  en  plein  midi.  Il  se  moque 
du  lait  de  la  Vierge,  qu'on  se  vantoit  d'avoir  à  Laon ,  et 
fait  sentir  le  ridicule  de  cette  prétention,    qui   est  si   con- 

ta)Penès  Deum  ne  snnetos  ejus  omnimodis  est  approbandn  devotio  sed  cùm  S'bi 
lanlum  devntm  arrogat  qunnium  nuttalenus  Religtonis  rutio  suhmiiii-tral. undi 
pius  quihbet  divinorum  cid:or  prœmxum  opperit  putueral  sit  miserabile  qvid- 
4am,  ul  indè  pijennm  ncqw*ttmi  croris  insumat.  Cùm  enim  de  Deo  nul  cnitur, 
oui  dictlur  aliquid  qund  ipsius  verilatis  tesiinumiis  hand  dnbir  oblnclfiur,  nt- 
mirum  neciditur  tanto  delerius.  qunnto  incorrigibilxus  ment  exorare  probe lur  ; 
dû  m  sub  ptelati*  chlore  per.calur.  Nihil  enim  peju*  qu'im  mala  ngere  tl  hâte  ipsa 
quceincnnsultè  i/eruntur  pro  exercit  o  boni  operis  œ-limare.  L'mii  erg"  et  qunndo 
error  nie  corrigitur  qui  non  solùm  error  non  creditur,  sed  etxam  dwince  dtgna- 
tionit prorogative  putatur? 


ABBÉ  DE  NOGENT.  487       m 


traire  à  la  modestie  et  à  l'humilité  de  la  Mère  de  Dieu.  Gui- 
bert  s'objocte  encore  les  miracles,  'que  les  moines  de  saint  cap.5,p.357,§. 2. 
Médard  alléguoient  en  faveur  de  leur  relique ,  et  il  répond 
que  cette  dent  pouvoit  être  celle  de  quelque  Saint,  ou  que 
ces  miracles  avoient  été  accordés  à  la  foi  de  ceux  qui 
croyoient  honorer  une  relique  de  Jesus-Christ  (a).  '  Notre 
auteur  cite  dans  cet  écrit,  ceux  dans  lesquels  il  a  donné  lui- 
même  sa  vie,  ce  qui  montre'  qu'il  est  postérieur,  et  qu'ainsi  Ub.  i,c.3,  p.334, 
il  l'a  composé  étant  fort  âgé. 

Dans  l'ouvrage  qui  suit  les  trois  livres  de  pignoribus  Traité  du  monde 
Sanctorum,  sous  ce  titre,  livre  quatrième  du  monde  inté-  lllt  neur'  p  359' 
rieur,  de  interiori  mundo ,  l'auteur  traite  des  visions  et  des 
apparitions.  11  enseigne  que  le  monde  intérieur  n'ayant  rien 
de  matériel,  rien  qui  frappe  les  sens,  l'imagination  ne 
peut  se  représenter  l'état  de  ce  monde;  '  et  qu'il  n'y  a  que  ci,  S- 1. 
la  force  de  l'entendement,  qui  puisse  y  atteindre  :  les  vi- 
sions et  les  apparitions  dont  il  est  parlé  dans  les  livres  de 
l'Ecriture  Sainte,  étoient  seulement  des  signes  et  des  figu- 
res, sous  lesquels  Dieu  apparoissoit  aux  prophètes.  Il  n'y 
a  rien  dans  toutes  ces  visions,  qui  convienne  à  l'Etre  sou- 
verain, selon  la  pureté  et  la  simplicité  de  son  essence,  '  que  Exod.  c.  3,  y.  u. 
ce  qui  est  dit  de  lui  dans  ces  paroles  :  Je  suis  celui  qui  est.  Celui 
qui  est,  m'a  envoyé  vers  vous.  Il  en  est  à  peu  près  de  même 
des  visions  que  l'apôtre  S.  Jean  a  eues,  et  dont  il  fait  la 
description  dans  son  Apocalypse.  Le  glaive  à  double  tran- 
chant, les  chandeliers,  les  étoiles,  les  cheveux  blancs 
comme  la  neige,  les  pieds  semblables  à  l'airain;  toutes 
ces  expressions  employées  par  l'écrivain  sacré,  n'expriment 
rien  qui  marque  quelque  chose  d'essentiel  à  Dieu;  et  s'il 
y  a  quelque  chose,  il  est  couvert  du  voile  de  l'allégorie. 
Tout  ce  qui  y  est  prédit  de  l'état  de  la  sainte  église,  est  en- 
veloppé dans  des  discours  figurés;  et  quoique  celui  qui  a 
eu  ces  visions,  témoigne  avoir  été  ravi  en  esprit,  il  n'em- 
ployé néanmoins  que  des  choses  matérielles  et  corrupti- 
bles, pour  fiire  connoître  les  spirituelles,  cachées  sous 
les    visions  qu'il   a   eues.   Notre    Seigneur   dans  l'évangile, 

(a)  Sancti  ergo  eujuspiam  dens  Me  credalur.  cujus  meritb  forsan  taie  quid 
conctdatur ,  et  si  certè  nullius  sancti  esset.  vel  fides  plané  credentium  exigtret, 
ut  tjiwd  speraretur,  obtingeret.  Multa  enim  /ieripossunt,  non  tam  ejus  merito, 
per  quem prœrogatur ,  quàm  illius,  cui  impenditur. 


XII  SIECLE. 


488  GUIBERT, 


se  sert  lui-même  de  ce  qui  est  corporel  et  sensible,  pour 
faire  connoître  ce  qui  se  passera  dans  le  monde  intérieur. 
C'est  ainsi,  que  pour  marquer  quelle  sera  la  punition  du 
pécheur,  il  représente  celui  qui  étoit  entré  au  festin  sans 
avoir  la  robbe  nuptiale,  jette  dans  les  ténèbres  extérieures, 

ibid.  §.  5,  t.  360.  où  il  n'y  a  que  larmes  et  que  grincemens  de  dents.  '  Assu- 
rément, ditGuibert,  ce  ne  seroit  pas  traiter  spirituellement 
les  choses  spirituelles,  comme  l'Apôtre,  que  de  croire 
que  les  âmes  qui  ont  péché,  seront  punies  du  même  supplice 
matériel  que  les  corps.  Cela  lui  donne  occasion  de  parler 
des  peines,  des  fatigues,  des  dangers,  des  tourmens  mê- 
mes auxquels  les  hommes  s'exposent  volontairement,  et 
qu'ils  souffrent  avec  joie ,  par  l'espérance  de  quelques 
avantages;  d'où  l'auteur  conclut,  que  si  l'a  me  soutenue 
.    par  l'espérance,  peut  être  dans  la  joie,   tamlis  que  le  corps 

P.  36i.  est  accablé  ■  e  maux,  '  elle  peut  aussi  être  accablée   de  tris- 

tesse elle-même ,  quoique  le  corps  ne  soit  affligé  d'aucun 
mal.  De  cette  sorte,  à  raison  du  lieu  et  du  temps,  l'un 
porte  souvent  sa  croix  sans  l'autre,  c'est  ce  que  l'on  voit 
dans  les  saints  martyrs,  qui  se  réjouissoient  intérieurement 
des  douleurs  que  souffroit  l'homme  extérieur. 

ibid.  c.  2.  Notre   auteur  examine  ensuite  '  quelle  différence  il  y  a  , 

entre  les  supplices  des  âmes  et  des  corps,  <t  pourquoi 
Notre  Seigneur  et  les  Saints  en  ont  parlé  d'une  manière  si 
grossière,  quant  aux  expressions.  Je  dis,  quant  aux  ex- 
pressions, car  s'il  s'agit  de  leurs  sens,  les  sens  prophétiques 
étoient  beaucoup  plus  relevés  et  plus  spirituels,  que 
les  prophètes  ne  pouvoient  et  ne  dévoient  l'insinuer  à  leurs 
auditeurs.  Car  s'ils  l'avoicnt  pu,  ils  auroient  publié  ce 
qu'ils  sçavoient  de  la  naissance  du  Sauveur,  et  des  mystères 

Ps.  50,  s.  de  l'église.  C'est  ce  qui  fait  dire  à  David  :  '  Vous  m'avez  ré- 

2.  cor.  12,  ?•  4.  vêlé  les  secrets  et  les  mystères  de  la  sagesse,  et  à  S.  Paul  : 
J'ai  entendu  des  paroles  ineffables,  qu'il  n'est  pas  permis 
à  un  homme  de  rapporter.  Si  l'esprit  qui  inspire  les  prophè- 
tes, ne  les  retenoit  pas,  les  mystères  qu'il  leur  fait  connoî- 
tre, ne  seroient  plus  mystères.  Ainsi  ils  ne  pouvoient  pu- 
blier ce  qui  leur  étoit  confié  sous  le  sceau  d'un  si  grand 
maître  :  prodere  sanè  non  poterant  quod  sub  tanti  dictatoris 
sigillo  tenuerant.  Car  comme  il  ne  dépend  pas  de  l'homme, 
et  qu'il  n'est  pas  en  son  pouvoir,   d'avoir  à  son   gré    la 

connoissance 


ABBÉ  DE  NOGENT.  489      Xn  siècle. 


connoissance  de  Dieu  et  des  saintes  écritures  ;  ainsi  il  n'é- 
toit    pas   libre    aux    prophètes    d'avoir    des    mystères    telle 
connoissance    qu'ils    vouloient,    ni   même   de  pénétrer    tout 
ce  qu'ils  en  disoient.  Tout  ce  que  les  prophètes  ont  dit  de 
Dieu,    en   se  servant  de  comparaisons  tarées  des  choses  ma- 
térielles, ils  l'ont  dit  pour  condescendre  à  la  foiblesse  de  l'es- 
prit humain,   n'ayant  point  trouvé  de    ternies  pour   expri- 
mer l'essence  divine,   et   parce  que  les  hommes  n'auroient 
pu  comprendre  ce  qu'ils  leur  auroient  dit.  C'est  pour  quoi , 
en  se  proportionnant  à  leur   foiblesse,  ils  se   servent  même 
quelquefois   de  comparaisons  qui  paraissent  basses  et  indi- 
gnes de  Dieu ,  '  comme  lorsqu'ils  le  comparent  à  un  hom-  Ps.  il,  65. 
me  fort ,  qui  s'éveille  après  son  yvresse  :  dùm  potentem  cra- 
pulatum  à  vino  dicunt.  Ainsi  les  prophètes  étant   hommes, 
et  parlant  à  des  hommes,  et  les  Saints  qui  ont  eu  des  vi- 
sions,  n'ont  pu  parler   de  ce  qui  regarde   le   monde   inté- 
rieur, qu'en   employant  des  comparaisons   tirées  des  choses 
matérielles   et   sensibles.    S.   Jean  dans  l'Apocalypse,   vou- 
lant donner  une  idée  de  la  gloire  dont  les  Saints  jouissent,  '  Apoc  7, 9. 
nous   les  représente   vêtus   de   robes   blanches,    tenant   des 
palmes  en  leurs  mains,  (n  signe  de  leur  victoire,   et  ayant 
sur    leurs    têtes   des   couronnes    d'or    qui     marquent    leur 
royauté. 

Il  faut  entendre  de  la  même  manière,  '  ce  qui  est  dit  p.  362,  col.  2. 
des  peines  des  réprouvés  ;  ainsi  lorsque  nous  lisons  dans 
l'écriture  (a),  que  les  âmes  sont  livrées  aux  flammes  et  à 
d'autres  supplices,  le  sens  de  ces  paroles  est,  que  les  âmes 
souffrent  spirituellement,  ce  que  les  coupables  souffrent 
corporellement.  Ces  comparaisons  sont  nécessaires,  pour 
nous  donner  l'idée  de  ce  que  nous  ne  pourrions  autrement 
comprendre.  Guibert  déclare  nettement,  qu'il  ne  croit  pas 
que  des  âmes  pures  (c'est-à-dire,  qui  ne  sont  point  unies 
aux  corps)  '  puissent  être  punies  par  des  supplices  corpo- 
rels. Corporalibus  suppliais  animas  puras  coerceri  posse 
non  credimus  :  '  il  avoue  que  le  démon  et  ses  anges  sont  ibid.  s.  3. 
répandus  dans  ce  monde  visible;  '  qu'ils  y  seront  jusqu'au  cap.  3,  p.  303. 

(a)  Nam  ciim  ignibus  crcbr'o  animas  secundum  scripturas.  rideoniur  aduri 

non  atiud  >unt  qu'uni  quud  corporalitrr  reis  solet  ni/ligi,  hoc  spiritualité*  pa- 

tiuntur Owi'i  ergo  spirilualtm  illum  tiuguam  quâ  spirit'  atia  spirilibus  re- 

spondent.  audire  non  possumns.  ex  corporalium  nolilia  quasi  lucosintelteetua- 
iitatis  exprimtmus,  et  ex  iis  undè  constat  corpora  profligari,  animas  animad- 
vertimus  coarctari. 

Tome  X.  Q  q  q 


ni  siècle.      490  GUIBERT, 

jour  du  jugement,  pour  y  exereer  sur  les  réprouvés  leur 
cruauté,  selon  la  puissance  qu'ils  en  ont  reçue  de  Dieu; 
qu'après  ce  jour ,  ils  n'auront  plus  la  liberté  de  se  répandre 
dans  le  monde,  qui  sera  d'autant  plus  pur,  que  rien  de 
souillé  n'y  passera.  Alors  Dieu  ayant  créé  un  ciel  nouveau, 
et  une   terre   nouvelle,   l'un   et   l'autre  monde,    tant    inté- 

ibid.cap.  4.  rieur  qu'extérieur,  sera  le  séjour  des  saints  qui  l'habiteront. 

Guihert   revient  encore  à  la  question   qu'il    s'est  déjà  pro- 

Note  sur  le  feu  de  posée  sur  les  peines  des  réprouvés,  '  sçavoir  si  elles  sont 
corporelles  ou  spirituelles,  et  se  fait  une  semblable  ques- 
tion sur  la  gloire  des  élus.  Il  y  répond ,  en  soutenant  qu'elle 
n'a  rien  que  de  spirituelle,  ne  pouvant  y  avoir  aucun  plaisir 
corporel  dans  la  possession  de  Dieu ,  qui  est  la  seule  chose 
qu'on  demande  dans  le  ciel  et  sur  la  terre.  Or,  si  tout  est 
spirituel  dans  la  récompense  que  Dieu  accorde  aux  élus, 
il  s'ensuit  que  tout  est  aussi  spirituel  dans  les  peines  dont  il 
punit  (a)  les   réprouvés.    Les   larmes   et  les   grincemens  de 

S-  2.  dents  dont  l'écriture  parle,  '  marquent  la  douleur  et  la  fu- 

reur des  âmes  qui  sont  livrées  à  une  misère  éternelle  ;  et 
que  les  passions  sont- d'autant   plus  violentes,   qu'elles  sont 

creg.  Diai.  c.  29.  plus  spirituelles  '.  Guibcrt  s'objecte  l'autorité  de  saint  Gré- 
goire,  qui  enseigne  dans  le  quatrième  livre  de  ses  dialo- 
gues, que  les  âmes  sont  tourmentées  par  le  feu  matériel, 
ce  qu'il  explique  de  la  douleur  que  ressent  l'ame  d'être  dam- 
née (b).  Toutefois,  pour  marquer  son  profond  respect  pour 
ce  saint  pape,  il  ajoute,  que  comme  c'est  un  crime  de  ne 
pas  suivre  le  sentiment  d'un  si  grand  maître,  non  assentire 
tanto  magistro  nefarium  ducimus,  et  que  d'ailleurs  il  ne 
peut  mêler  ensemble  les  choses  temporelles  et  spirituelles; 
il  laisse  au  jugement  de  Dieu ,  ce  que  nous  ne  connoissons 
p^s  sur  ce  sujet  par  aucune  expérience. 

Guibert    continuant  de  parler    de  l'état  des  élus  et   des 

Cap. s, §.i, p. 364.  réprouvés,  '  dit,  que  comme  les  Saints,  lorsqu'ils  sont 
parvenus  à  la  jouissance  de  Dieu,  ressentent  une  douceur 
ineffable  qui  croît  toujours;  de  même  les  âmes  des  réprou- 
vés étant  unies  à  leur  chef,  elles  ont   un   désir  de  pécher, 

(a)  Si  igitur  tolum  spirituale  est.  quidquid  in  Dei  prœmio  esl   consequens  mi- 

hi  xidelur,  uc idipsum  quoqur  quod  puniendis  yravorum  spiritibus  altinet, 

etiam  spirituale  putelur. 

(b)  Quod  totum  et!,  quia  damnatum  te  aspicit,  animi  sœva  exacerbatione  dt- 
coquitur. 


ABBÉ  DE  NOGENT.  494       XIISIECLE. 


accompagné  de  tourment  ,  d'autant  plus  violent,  qu'il  est 
plus  conforme  à  celui  du  démon  ;  et  comme  les  saints , 
en  jouissant  de  la  vue  de  Dieu ,  ont  regret  de  n'avoir  pas 
plus  travaillé  à  l'acquérir  ;  ainsi  les  réprouvés  ont  du  cha- 
grin de  ne  s'être  pas  plus  livrés  à  leurs  mauvaises  volontés.  '  ibid.  §.  2. 
Guibert  trouve  la  parabole  du  mauvais  riche  fort  propre  à 
éclaircir  l'état  du  monde  intérieur.  Si  ce  riche  ne  demanda 
pas  à  Abraham  d'être  renvoyé  dans  sa  maison ,  c'est  qu'il 
sentoit,  que  quand  bien  même  il  lui  seroit  accordé  de  re- 
venir dans  le  siècle,  il  ne  se  corrigeroit  point,  qu'il  conser- 
veroit  toujours  la  mauvaise  volonté  dans  laquelle  il  étoit 
mort ,  et  qui  l'accompagnoit  au  milieu  des  tourmens  ;  et  il 
n'ignoroit  pas  d'un  autre  côté ,  qu'il  seroit  livré  à  des  pei- 
nes cent  fois  plus  rigoureuses ,  si  après  avoir  été  renvoyé, 
dans  ce  monde ,  il  ne  s'étoit  point  corrigé.  La  crainte  que 
le  mauvais  riche  témoignoit  avoir  ,  que  ses  frères  ne  vins- 
sent dans  le  lieu  de  tourmens  où  il  étoit ,  n'étoit  pas  l'effet 
d'une  bonne  volonté  pour  ses  frères  ;  mais  elle  venoit  de 
ce  qu'il  prévoyoit  que  leur  arrivée  augmenteroit  son  sup- 
plice. 

Si  l'on  objecte  à  Guibert  les  expressions  de  l'écriture ,  '  ibid.  cap.  6,  7,  }. 
qui  représentent  les  peines  des  damnés ,  par  un  ver  qui  ne.  65' 
meurt  point,  un  feu  qui  ne  s'éteint  point,  etc.,  il  répond 
qu'il  n'y  a  pas  de  plus  cruel  tourment,  que  le  désespoir  des 
réprouvés,  qui  ont  perdu  sans  ressource  un  Dieu  si  bon. 
En  un  mot ,  comme  la  béatitude  des  élus  consiste  dans  la 
vue  de  Dieu ,  qui  seule  suffit  pour  les  rendre  heureux  ; 
ainsi  la  principale  ,  et  même  la  peine  singulière  des  dam- 
nés, est  le  déplaisir  cuisant  d'être  privés  éternellement  de 
la  vision  de  Dieu  (a).  '  Dans  le  dernier  chapitre,  Guibert  cap.  8,  p.  366. 
s'applique  à  prouver  que  les  âmes  sont  spirituelles ,  et  qu'el- 
les n'ont  point  de  figures.  Il  finit  son  traité  par  ces  paroles, 
qui  sont  une  preuve  de  sa  modestie  :  heee  sine  p-œjudicio 
melioris  sententice  hue  usqve  decursa,  non  verbornm  ambitu, 
sed  sola  fide  munimus.  Quoique  cet  ouvrage  soit  placé  à  la 
suite  des  trois  livres  sur  les  reliques  des  Saints,  il  paroît  que 
l'auteur   l'avoit   composé   avant   ces   trois   livres.  C'est   une 

(al  VI  soin  bealiludini  savetorum  sufpc.iat  Dei  Visio  sempiterna  ;  guis  contra 
irevel  obniti  amical,  principalcm  immb  singulnrem  damnatorum  calamitatis 
esse  causant,  quia  tint  œternaliter  U  Da  conlemplalione  seclusi. 


XII  SIECLE. 


492 


GUIBERT, 


P.  327. 


GestaDeiperFran- 
cos,  p.  367. 


P.  368. 


Voy.  Mir.  auct.  de 
scrip.eecles.c.358. 
D.  8.  I  Le  Long, 
bibl.  p.  314.  |  Du 
Chesne,  "t.  4,  p. 
774  et  775.  I  VOSS. 
hist  Lai. lib. 3,  cap. 
6.  i  Sand  not.  in 
Voss.  hist.  Lat.  I 
Fabr.  bibl.  med. 
et  inf.  Lat.  lib.  7, 


conjecture  fondée  sur  les  paroles  de  l'auteur,  '  dans  l'épître 
dédicatoire  à  l'abbé  de  saint  Symphorien,  auquel  il  adressa 

son    écrit  sur  les    reliques    :   Quod satis  in  eodern , 

quem  de  interiori  mundo  vocaverim  ,  Ubro  probasse  me  me- 
mini.  On  voit  que  Guibert  y  fait  mention  de  l'écrit  sur  le 
monde  intérieur ,  comme  d'un  ouvrage  composé  quelque 
temps  auparavant. 

\\°.  Nous  avons  de  Guibert  '  une  histoire  de  la  première 
croisade,  sous  le  titre  de  Gesta  Dei  per  Francos.  Bongars 
qui  a  publié  un  recueil  des  historiens  de  te  guerre  sainte , 
a  mis  ce  titre  même  à  la  tète  de  sa  collection,  ne  croyant 
pas  qu'on  pût  en  trouver  un  meilleur ,  et  plus  propre  que 
celui  dont  Guibert  s'étoit  servi  :  quo  excogitari  aliud ,  nec 
aptius  potest ,  nec  venus.  L'ouvrage  est  dédié  à  Lisiard, 
évêque  de  Soissons  ,  par  une  courte  lettre  ,  dans  laquelle 
l'auteur  loue  ce  prélat  sur  sa  noblesse,  sa  science,  sa  mo- 
destie, et  ses  autres  vertus.  Il  avertit  qu'on  ne  doit  pas  être 
surpris  de  la  différence  du  stile  de  cette  histoire,  et  de  ses 
autres  écrits ,  tels  que  ses  commentaires  sur  la  Genèse. 
La  raison  qu'il  en  donne ,  est  que  l'histoire  exige  les  orne- 
mens  de  l'éloquence  ,  au  lieu  que  les  mystères  renfermés 
dans  les  livres  saints  ,  doivent  être  traités  avec  la  simplicité 
ecclésiastique.  '  L'épître  dédicatoire  est  suivie  d'une  pré- 
face, dans  laquelle  l'auteur  rend  compte  de  son  entreprise, 
et  de  la  manière  dont  il  l'a  exécutée.  Il  avoue,  qu'après  la 
prise  de  Jérusalem,  ayant  entendu  des  récits  de  cette  expé- 
dition par  ceux  qui  s'y  étoient  trouvés ,  il  avoit  dès-lors  eu 
dessein  d'en  écrire  l'histoire  ;  mais  différens  obstacles  qui  sur- 
vinrent, l'en  empêchèrent  :  enfin  la  Providence  permit  qu'il 
exécutât  son  dessein.  Il  y  fut  encore  excité  par  plusieurs  per- 
sonnes, dont  le  plus  grand  nombre  auroit  souhaité  qu'il  eût 
écrit  cette  histoire  en  vers,  sçachant  qu'il  s'étoit  autrefois 
appliqué  à  la  poésie  ;  mais  il  ne  crut  pas  devoir  déférer  au 
goût  de  ceux-ci.  '  Guibert  composa  son  histoire  sur  une  au- 
tre, suppléant  à  ce  qui  y  manquoit ,  et  ajoutant  ce  qu'il 
sçavoit  d'ailleurs ,  et  ce  qu'il  avoit  appris  de  ceux  qui  s'é- 
toient  trouvés  à  cette  célèbre  expédition.  Il  assure,  qu'ayant 
souvent  conféré  ce  qu'il  avoit  appris  de  ceux  qui  avoient 
vu  les  choses,  avec  l'histoire  qui  lui  servoit  de  modèle ,  il 
avoit    toujours   éprouvé  qu'il   n'y   avoit   aucune  différence. 


ABBÉ  DE  NOGENT.  495      In  SIECll!. 


L'ouvrage  est  divisé  en  huit  livres,  dans  l'édition  qu'en  a  p.  362,  et  seq. 
doné  D.  Dachery,  et  en  sept  dans  la  collection  de  Bon- 
gars  ,  qui  a  réuni  le  septième  et  huitième  en  un  seul.  Le 
neuvième  qui  se  trouve  dans  l'une  et  l'autre  édition,  est 
d'un  autre  auteur.  Les  huit  livres  contiennent  l'histoire 
de  cinq  ou  six  années  depuis  la  publication  de  la  croisade, 
dans  le  concile  de  Clermont  ,  tenu  en  \  095 ,  jusqu'à  la 
première  année  de  Baudouin  I,  qui  succéda  au  célèbre 
Godefrôi  de  Bouillon  son  frère ,  et  fut  couronné  roi  de 
Jérusalem  le  25  décembre  de  l'an  -H  00.  Le  neuvième  livre 
qui  n'est  point  de  notre  auteur,  renferme  ce  qui  se  passa 
dans  la  Palestine  en  l'an  \\\ 2. 

A  l'égard  du   temps   auquel  Guibert  écrivit   son  histoire, 
il  est  fixé  d'une  manière  assez  précise  à  la  fin  du  sixième  livre , 
où  l'auteur  dit  qu'il  le  finissoit  près  de  deux  ans  après  Ma- 
nassés  II ,   archevêque   de    Reims.  '  Or   Manassés   mourut ,  An.  1. 7i,  n.  12. 
selon    D.    Mabillon  ,   le  4  8    septembre    de    l'an  -I  \  06  ;   par 
conséquent  Guibert  finissoit  ce  sixième  livre  en  -H08.il  faut 
néanmoins  remarquer,  qu'il  n'y  mit  la  dernière  main,  com- 
me on  le  voit  dans  son   dernier  livre,  qu'après  la  mort  de 
Bocmond ,  prince    d'Antioche  ,  arrivée     en    HH;  mais   il 
est  certain  qu'il  le  publia  avant  celle  de  Gaudri  évêque    de 
Laon ,  '  qui  fut  massacré  en  l'an  H-I2,  puisque  ce  prélat,  Guib.iib.3, de vita 
qui   faisoit  beaucoup  de  cas  de  tous  les   écrits  de  Guibert,  55\C.'*l,P'6U' 
et  qui  avoit   témoigné  en   particulier  beaucoup  d'empresse- 
ment pour  celui-ci,  ayant  vu  le  nom  de  Lisiard  de  Soissons 
à  la  tête ,  ne  voulut  pas  le   lire. 

Nous  avons  déjà  remarqué ,  que  Guibert  écrivit  son 
histoire  sur  une  autre  plus  ancienne,  dont  le  stile  lui  avoit 
paru  trop  simple  :  quœ  erat  verbis  contexta  plus  œquo  simpli- 
cibus.  Cette  histoire  plus  ancienne,  est  vraisemblablement 
l'ouvrage  de  l'anonyme,  qui  est  à  la  tête  du  recued  de  Bon- 
gars,  et  dont  on  a  parlé  à  la  fin  du  huitième  volume  de 
l'Histoire  Littéraire.  Guibert,  en  suivant  cet  historien  , 
le  corrige  en  plusieurs  endroits,  il  ajoute  beaucoup  de  cho- 
ses qu'il  avoit  apprises  de  témoins  fidèles,  comme  il  le  dit, 
et  tâche  d'éviter  les  défauts  de  stile  qu'il  lui  reproche.  'Il  cbop.  1. 1,  de  sac. 
paroît  par  le  jugement  qu'en  porte  René  Chopin,  que  ce  p0  ' 
ne  fut  pas  sans  succès.  Cet  auteur  rapportant  un  texte  de 
l'histoire  de  Guibert ,  a  soin  de  dire  qu'il  n'y   change   pas 


in  srccLE.      M*  GUIBERT, 

un  seul  mot  ;  parce  qu'il  y  trouvoit  une  éloquence  propre 
à  ce  temps  ,  et  une  façon  d'écrire,  qui  avoit  quelque  chose 
de  je  ne  sçai  quoi,  qui  lui  paroissoit  plus  grave  (a).  Guibert 
n'avoit  pas  encore  perdu  le  goût  de  la  poésie,  lorsqu'il  écri- 
vit son  histoire  de  la  croisade ,  car  il  mêle  de  temps  en  temps 
quelques  vers,  ou  petites  pièces  de  poésie  à  sa  prose.  Quoi- 
que le  lecteur  n'attende  pas  que  nous  lui  donnions  une 
analyse ,  ou  des  extraits  d'un  ouvrage  de  la  nature  de  ce- 
lui-ci, et  que  ce  que  nous  en  avons  dit,  paroisse  suffisant, 
nous  croyons  néanmoins  devoir  lui  en  rapporter  quelques 
traits,  afin  qu'il  puisse  s'en  former  une  idée.  Nous  pou- 
vons dire  en  général,  sans  faire  injure  aux  historiens  de  la 
croisade,  que  de  tous  ceux  qui  ont  écrit  l'histoire  de  cette 
célèbre  expédition,  il  n'y  en  a  point  qui  eut  plus  de  talent 
que  Guibert  ;  et  si  quelqu'un  d'entr'eux  passe  pour  avoir 
mieux  réussi ,  si  toutefois  il  y  en  a  ,  ce  n'est  que  parce  qu'il 
a  eu  plus  de  secours.  Notre  auteur  a  de  plus  un  avantage 
sur  tous  les  autres,  en  ce  qu'il  est  celui  de  tous  les  anciens 
historiens  de  la  guerre  sainte,  qui  reprenne  sa  narration  de 
plus  haut  H  la  commence  aux  propres  que  la  secte  de  Ma- 
homet avoit  faits  dans  l'Orient,  lorsqu'on  entreprit  la  pre- 
mière croisade;  et  à  la  lettre  qu'Alexis,  empereur  de  Cons- 
tantinople ,  écrivit  à  Robert  le  vieux,  comte  de  Flandres, 
pour  implorer  le  secours  des  princes  chrétiens  contre  les 
Musulmans.  Cette  lettre  est  écrite  avant  le  concile  de  Cler- 
mont,  où  la  croisade  fut  publiée.  Notre  auleur  trouve 
Lib.  1,  cap  1,  p.  mauvais  qu'on  vante  les  actions  des  anciens,'  et  qu'on  ra- 
baisse celles  des  modernes.  Qu'on  relevé,  à  la  bonne  heure, 
les événemens  des  siècles  passés;  mais  ceux  de  notre  temps, 
où  le  monde  est  dans  sa  viellesse,  ne  méritent  pas  moins 
de  l'être.  On  admire  ce  que  les  historiens  nous  racontent 
des  guerres  de  Philippe  contre  les  Grecs,  d'Alexandre  con- 
tre les  Perses;  on  est  dans  l'étonnement  d'entendre  parler 
de  cette  multitude  innombrable  de  soldats,  qui  compo- 
soient  les  armées  de  Xerxès  et  de  Darius.  Ce  qu'on  lit  des 
guerres  des  Egyptiens,  des  Caldéens,  et  des  autres  peu- 
ples d'Asie,  ne  cause  pas  moins  d'admiration  :  il  en  est  de 

(a)  En  tibi  genuina  scriptoris  ipsius  historici  (Guiberti)p'irasw,  cujusnevocu- 
lum  quidem  mutandum  censui,  quod  suœ  et  pnscœ  œtati  constiterit  eloquentia,  et 
sermoniê  genus  hoc  plus  nescio  quo  pacto  videatur  habere  gravualis. 


ABBÉ  DE  NOGENT.  495 


XII  SIECLE. 


même  de  ce  que  l'histoire  nous  apprend  des  Romains.  Gui- 
bert  prétend,  que  si  l'on  veut  ouvrir  les  yeux,  et  consi- 
dérer ce  qui  se  passe  de  son  temps ,  dans  l'expédition  de  la 
terre  sainte,  on  reconnoitra  que  le  plus  petit  de  nos  doigts 
est  plus  gros  que  le  dos  de  nos  ancêtres. 

On  trouve  dans  le  second  chapitre  du  premier  livre,  '  un  c. 2, p. 371. 
portrait  très-désavantageux  des  Orientaux ,  même  depuis 
le  christianisme.  11  nous  les  représente  comme  étant  tou- 
jours chancelans  dans  la  foi,  toujours  portés  à  la  nouveau- 
té ,  s'écartans  toujours  de  la  règle  de  la  foi ,  et  de  la  doc- 
trine des  Pères  :  il  attribue  ce  caractère  de  légèreté  et  d'in- 
constance,  au  tempérament  des  Orientaux,  et  au  climat 
du  pays.  Abusant  de  leurs  talens  et  de  la  vivacité  de  leur 
génie,  ils  se  sont  livrés  à  des  questions  inutiles,  ont  aban- 
donné la  doctrine  de  leurs  ancêtres,  et  ont  donné  nais- 
sance à  une  infinité  d'hérésies  monstrueuses  ;  en  sorte  que 
l'Orient  en  a  plus  produit,  qu'on  ne  voit  de  ronces  et  d'or- 
lies  dans  une  terre  inculte.  Qu'on  lise,  dit-il,  les  cata- 
logues des  hérésies;  qu'on  parcoure  les  ouvrages  faits  pour 
les  combattre,  à  peine  trouvera-t'on  que  les  Latins  en 
ayent  avancé  aucune;  elles  ont  toutes  pris  naissance  dans 
l'Orient  et  dans  l'Afrique.  Qu'il  seroit  à  souhaiter  que  l'Oc- 
cident eût  conservé  ce  précieux  avantage  !  Mais  on  a  vu 
dans  les  siècles  qui  ont  suivi  celui  où  Guibert  parloit  de  la 
sorte ,  que  les  Latins  comme  les  Orientaux  pouvoient  être 
livrés  à  l'esprit  d'erreur.  Tant  de  royaumes  et  de  provinces 
de  l'Occident,  séparées  de  l'église  par  l'hérésie  et  le  schis- 
me de  Luther  et  de  Calvin ,  tant  de  monstres  d'erreurs  qui 
ont  déchiré  et  déchirent  encore  l'épouse  de  Jesus-Christ , 
en  sont  une  preuve  bien  sensible.  Il  avoue  qu'il  a  lu  quelque 
part,  que  Pelage  étoit  Breton  :  puis  il  ajoute,  qu'on  ne 
peut  compter  le  nombre  des  hérésies  et  des  hérétiques  de 
l'Orient.  Arius,  Manès,  Ennomius,  Entiche,  Nestorius, 
étoient  Orientaux;  en  un  mot  on  îes  compte  par  milliers  : 
monstrorum  millia  texam.  Il  leur  reproche  aussi  leur  in- 
docilité et  leur  infidélité  à  l'égard  de  leurs  souverains;  en 
sorte  que ,  tel  qui  est  aujourd'hui  sur  le  trône ,  sera  non 
seulement  dépouillé  de  sa  couronne  le  jour  suivant,  mais 
même  obligé  de  quitter  sa  patrie ,  et  d'aller  en  exil  dans  une 
terre  étrangère.  Notre  auteur  n'épargne  pas  les  Grecs,  aux- 


III  SIECLE. 


496  GUIBERT, 


quels  il  reproche  leurs  erreurs,  leur  peu  de  respect  pour 
le  siège  apostolique,  leur  haine  contre  les  Latins.  C'est  en 
punition  de  ces  crimes,  que   leur  terre  les  a  rejettes  avec 

ib.  coi.  2.  hoireur  hors  de  son  sein,'  et  que  Dieu  a  perm.s,   que  tant 

de  villes  et  tant  de  provinces  de  l'Asie  fussent  livrées  à  des 
nations  barbares,  et  retombassent  même  dans  le  paganis- 
me. Cela  conduit  naturellement  Guibert  à  parler  de  Ma- 
homet ,  dont  il  fait  l'histoire.  Il  termine  son  premier  livre 
par  la  lettre  que  l'empereur  Alexis  écrivit  à  Robert  le 
vieux,  pour  lui  demander  du  secours  contre  les  Maho- 
métans,  et  donne  des  extraits  de  cette  lettre,  dont  il  fait 
quelquefois  la  critique.  Comme  l'empereur  marquoit  au 
comte  de  Flandres,  qu'il  avoit  à  Constantinople  le  chef 
de  saint  Jean-Baptiste,  couvert  de  sa  peau  et  de  ses  che- 
veux, Guibert  ne  manque  pas  d'en  prendre  occasion  de 
faire  une  sortie  sur  les  moines  de  saint  Jean  d'Angcly ,  qui 
prélendoient  avoir  ce  chef.  Il  n'en  demeure  pas  là  ;  il  blâme 
et  condamne  l'usage  de  tirer  les  corps  saints  de  leurs  tom- 
beaux, pour  les  mettre  dans  des  châsses  d'or  et  d'argent, 
ou  plutôt  il  blâme  l'abus,  le  dérèglement  et  l'avarice  qui 
s'étoit  introduit  dans  cet  usage,  auquel  il  avoue  que  la 
piété  avoit  donné  naissance ,  en  portant  les  fidèles  à  orner 
d'or  et  d'argent  les  reliques  des  saints.  On  voit  que  ce 
premier  livre  n'est  proprement  qu'une  introduction  aux 
suivans. 

Uv.2,c.  i,  p.376.  Dans  le  second,'  Guibert,  en  parlant  d'Urbain  II,  qui 
étoit  venu  solliciter  du  secours  en  France,  remarque  que 
c'étoit  depuis  longtemps  l'usage  des  papes,  de  venir  cher- 
cher de  la  protection  en  France,  lorsqu'ils  étoient  attaqués 
par  quelques  nations  voisines  (a).  Il  relevé  à  ce  sujet  l'at- 
tachement inviolable  des  François  pour  le  saint  siège.  Il 
croit  que  Dieu  les  avoit  choisis  pour  la  glorieuse  expédition 
de  la  croisade,  surtout  parce  que  depuis  que  cette  nation 
avoit  reçu  la  foi  par  le  ministère  de  saint  Rémi,  elle  n'avoit 
jamais  été  infectée  d'aucune  erreur,  pas  même  pour  un 
moment.  Les  François,  selon  lui ,  dans  le  temps  même 
qu'ils  éloient  payens,  et  qu'ils  pilloient  les  terres  des  Gau- 
lois alors  chrétiens,   n'ont  jamais  maltraité,  ni   fait  mourir 

(a)  Apostolicce  nempé  sedit  pontificibus  ab  antiquo  consueludinarium  fuit,  si 
quam  $unt  passi  à  /initima  gente  molestiam,  atucilia  semper  expetere  à  Fran- 
cit. 

personne 


ABBE  DE  NOGENT  .  497      XII  SIECLE 


personne  pour  cause  de  religion;  et  dans  la  suite,  par  une 
générosité  qui  leur  est  naturelle,  ils  ont  enchâssé  dans  l'or 
et  l'argent,  et  orné  de  pierres  précieuses,  les  reliques  de 
ceux  que  les  Romains  avoient  mis  à  mort  pour  la  foi  (a). 
Guibert ,  après  avoir  ajouté  encore  plusieurs  choses  glo- 
rieuses aux  François,  termine  leur  éloge,  en  disant  que 
leur  nom  est  un  titre  honorable  ,  qu'on  le  donne  quelque- 
fois aux  personnes  de  mérite,  quoique  d'une  autre  nation; 
ensorle  que  ,  pour  leur  faire  honneur ,  on  dit  d'eux ,  que 
ce  sont  des  hommes  francs  (b). 

Enfin  Guibert  vient  au  concile  de  Clermont,  '  dans  lequel  L.  2,  c  2,  p.  377. 
la  croisade  fut  publiée  par  Urbain  II.  Il  entre  dans  le  détail 
de  ce  qui  s'y  passa ,  et  rapporte  fort  au  long,  les  raisons  que 
ce  pape  employa  pour  engager  les  François  à  cette  entre- 
prise ,  et  les  effets  que  sa  prédication  produisit  dans  les  es- 
prits. On  vit  dès  ce  moment  cesser  les  troubles  et  les  divi- 
sions qui  déchiroicnt  le  royaume.  '  Quoique  ce  fût  une  année  c.3,  p.380. 
d'une  grande  disette ,  l'abondance  régna  tout-à-coup  ;  le 
riche  ouvrit  ses  trésors  et  ses  greniers  au  pauvre  ;  chacun  ne 
pensa  qu'à  faire  les  préparatifs  de  son  voyage.  '  Une  grande  c.  4. 
multitude  se  joignit  à  Pierre  l'Hermite,  qui  étoit  en  si  grande 
réputation  de  sainteté ,  que  Guibert  témoigne  n'avoir  ja- 
mais vu  faire  tant  d'honneur  à  qui  que  ce  soit ,  qu'à  cet  her- 
mite.  Mais  l'armée  qui  s'étoit  attachée  à  lui,  ne  laissa  pas 
de  commettre  beaucoup  de  désordres  dans  les  pays  où  elle 
passa,  surtout  dans  la  Hongrie;  et  comme  il  n'y  avoit  ni 
ordre  ni  discipline  parmi  ces  croisés,  ils  périrent  presque 
tous,  et  ne  servirent ,  selon  l'expression  de  notre  historien  ,  '  c.  5,  p.  383. 
qu'à  inspirer  plus  d'audace  aux  Turcs  (c).  Le  succès  d'une 
autre  armée,  commandée  par  Godefroi ,  fut  plus  heureux, 
quoiqu'elle  eût  pris  la  même  route  que  la  première.  Ce  sont 

(a)  Ex  quo  fidri  signum  ,  beato  Remigio  tradente ,  sumserunt  (  Franci) ,  nullius 
unquam  perfi.di.ee  suxcipere  conUigium.  vel  ad  horam  acquieverunt  . .  .  Bi  sunt, 
qui  dùm  adkuc  sub  errore  gentili  positi ,  Gatlorum ,  sed  Chris lianorum  arva 
pugnaciintentione  subigerent.  nemini  unquam  pro  Ctiristi  fide  ,  autpwnasin- 
iulerunt  aut  murtem  :  sed  eos  quos  Romuna  severilas  ferro  ignique  punierat , 
avro  argeiitoque  recondidit ,  gemmis  electroque  contexit  ingenita  hbtralilas . 
gentis.  ■» 

(b)  Quibus  proprium  cilm  sit  nomen,  quarumeumque  nationum  homines, 
mutualo  imm'o  prœslito  ipsorum  agnomine  honorantur.  Quns  enim  Brilones, 
Anglos,  Ligures,  si  bonis  eos  moribus  vtdeamus.  non  illico  Francos  homines 
appellemus  ? 

(c)  Comiiiœ  Pétri  heremitœ  talis  fuit  exitus ;  cujus  histonam  ideo  svne 
alterius  materim  interstitio  prosecuti  sumus,  ut  cain  aliis  nullam  impendisse 
opein,  sed  Turcis  addidisse  audaciam  monslraremus. 

3  4    Tome  X.  R  r  r 


XII  SIECLE. 


498  GUIBERT, 


les  exploits  de  cette  armée,  qui   font  le  grand  objet  de  Gui- 
c.7,  p.  38i.  bert  dans  la  suite  de  l'histoire  dont  nous  parlons.  '  Il  compte 

parmi  les  princes  et  les  grands  seigneurs  qui  prirent  part  à 
celte  expédition,  Hugues  le  Grand,  frère  de  Philippe  roi 
de  France;  Etienne  comte  de  Blois  ;  Robert  comte  de 
Flandres;  Robert  duc  de  Normandie;  Raimond  comte  de 
saint  Gilles  ;  Boéïnond ,  Tancrede ,  etc.  Non  seulement 
Guibert  nous  apprend  quels  furent  les  princes  qui  entre- 
•  prirent  le  voyage  de  la  terre  sainte ,  il  en  fait  encore  des 
portraits  qui  nous  instruisent  de  leurs  bonnes  et  mauvaises 
qualités.  Il  les  suit  dans  leur  route  ,  raconte  leurs  exploits 
particuliers,  la  part  qu'ils  ont  eu  aux  grandes  expéditions, 
soit  dans  les  sièges  des  villes,  soit  dans  les  combats  qui  se 
sont  livrés.  Tous  ces  sièges  et  ces  combats  sont  décrits  dans 
un  grand  détail,  et  avec  des  circonstances  qui  attirent 
l'attention  du  lecteur,  et  font  lire  cette  histoire  avec 
plaisir.  L'auteur  l'a  continuée,  comme  nous  l'avons  déjà 
dit ,  jusqu'au  règne  de  Baudouin  I ,  dont  il  se  contente  de 
raconter  les  premiers  exploits,  quoiqu'il  n'ait  mis  la  der- 
nière main  à  son  ouvrage ,  que  vers  la  douzième  année  de 
ce  prince,  sous  le  règne  duquel  il  le  composa.  En  le  fi- 
nissant, il  assure  qu'il  n'a  rien  écrit,  que  sur  le  témoignage 
de  personnes  de  la  plus  grande  sincérité.  Si  on  ne  trouve 
pas  dans  son  histoire  tous  les  détails  que  l'on  voit  dans  les 
anciens  historiens ,  qui  rapportent  ce  qui  s'est  passé  dans 
l'action  ,  ce  qui  a  fait  pencher  la  victoire  d'un  côté  plutôt 
P. «5.  que  de   l'autre,'  la  part  que  la  cavalerie  ou  l'infanterie  y  a 

eue  ,  le  nombre  des  morts  de  part  et  d'autre;  si,  dis-je,  il 
n'entre  point  dans  tous  ces  détails,  il  s'en  excuse  sur  ses 
occupations,  et  ajoute,  que  n'ayant  point  vu  les  choses 
par  lui-même,  cela  l'a  rendu  plus  timide  et  plus  réservé. 
C'est  pourquoi ,  si  on  lui  reproche  d'avoir  omis  plusieurs 
choses,  il  répond  qu'il  a  mieux  aimé  être  concis  que  trop 
diffus  :  ego  malui  minor  esse  quàtn  nimius.  Au  surplus, 
ceux  qui  sçavent  des  faits  qu'il  a  ignorés ,  peuvent  les 
écrire  ,  et  en  faire  part  au  public. 
cuib.pr<rf.iniib.      '  ^2°.  11    semble   que  Guibert,   avant  eu  dans  sa  jeunesse 

de  Vir  in.  p   311  t  ,  .     n  .  "  •      j, 

Le  Bœuf,  diss.  sur  une   grande    passion  pour    les    vers,    et    ayant    appris  a  un 

2,"p! ûï?  Paris' ''  b°n  poëte  à  versifier,  comme  il  le  dit   lui-même,  il  auroit 

dû  nous  laisser  plusieurs  productions  de  sa  plume  dans  ce 


ABBE  DE  NOGENT.  499  _^^^_ 

genre  d'écrire;  cependant  il  ne  nous  en  reste  aucune,  si  ce  Guib.  1.1,  vit.  c. 
n'est  quelques  petites  pièces  de  poésies,  qu'il  a  insérées  dans  u'V-i13- 
son  histoire  de  la  croisade.  Peut-être  les  aura-t'il  suppri- 
mées ,  ne  les  jugeant  pas  dignes  d'être  transmises  à  la  posté- 
rité. Nous  voyons  que  son  maître  F  exhortait,  lors  même 
qu'il  eut  embrassé  la  profession  religieuse  dans  l'abbaye  de 
Flay,  ou  de  saint  Germer,  à  composer  des  proses  ou  sé- 
quences, et  à  faire  des  vers,  prosulas  versiculosque  componere  ; 
néanmoins  nous  n'avons  de  lui,  qu'une  prose  en  l'honneur 
de  saint  Germer,  qui  se  chantoit  encore  il  y  a  trente  ans, 
le  jour  de  la  fêle  de  ce  saint.  Elle  commence  ainsi  :  Adest  prœ- 
cipua ,   fratres ,    matériel  :  dici   consona   date  prœconia,   etc. 

Ce  sont  là  tous  les  écrits  de  Guibert  dont  nous  ayons 
connoissance  ;  car  nous  ne  croyons  pas  devoir  lui  attribuer 
l'ouvrage  intitulé,  Elucidarium ,  sive  dialogus  summam  to- 
tius  christianœ  religionis  complectens ,  quoiqu'il  porte  son 
nom  dans  quelques  manuscrits.  Nous  examinerons  ailleurs, 
quel  est  le  véritable  auteur  de  cet  abrégé  sommaire  de  la 
religion  chrétienne,  '  qui  a  été  attribué  faussement  à  Magn.  bibi.  eceies. 
saint  Anselme  par  quelques-uns,  et  par  d'autres  à  Guil-  uttM.' 9?p!  443.' 
laume  de  Conventry  carme,  et  à  Honoré  d'Autun.  On 
a  déjà  parlé  de  cet  ouvrage  dans  le  volume  précédent  de 
l'Histoire  Littéraire. 

André  du   Chesne  cite,   parmi   les  preuVes  de   son  his- 
toire des  maisons  de  Guisnes,  '  d'Ardres,  etc.,  sous  le  nom  p.  321,  322,  323, 
de   Guibert   de  Nogent,   deux  fragmens  d'un    traité  de   la  325>3d0- 
mort  de   Gualdric,   évêque   de   Laon.    Ce    traité    n'est    au- 
tre chose,  que  l'histoire  des  troubles  de  la  ville   de  Laon, 
et  du  meurtre  de  ce  prélat,  qui  sont  rapportés  fort  au  long 
dans   le  troisième   livre  de  la  vie   de  Guibert,   par  lui-mê- 
me. Il  y   a  encore  lieu  de  croire,  que  c'est  le  même  ou- 
vrage  que  M.   du  Chesne   cite   sous  ce  titre,    dans  sa   bi- 
bliothèque   des    historiens    de    France  :  '   Gisleberti    abbatis  p.  248. 
de  Novigento  historia  ecelesice   Laudunensis.  Mss.   Car  il   n'y 
a   point  d'abbé  de  Nogent,   qui   ait  porté   le   nom  de  Gis— 
lebert,   ni   d'autre  histoire  de  Laon  composée  par  Guibert, 
que   celle   qu'on   trouve   dans  le  troisième  livre  de  sa  vie. 

D.  Dachery  ,  bénédictin  de  la  congrégation  de  saint 
Maur,  a  fait  imprimer  chez  Bilaine,  et  publié  l'an  1651, 
les    ouvrages  de  Guibert,    qui  n'avoient    pas  encore  vu  le 

R  rr  ij 


xii  siècle.      500  GUIBERT,  ABBÉ  DE  NOGENT. 


jour  jusqu'alors  ,  à  l'exception  de  son  histoire  de  la  croi- 
sade,  qui  fait  partie,  et  tient  le  huitième  rang  dans  la 
collection  que  Bongars  a  donnée  au  public  l'an  \  64  \ .  L'é- 
diteur ne  s'est  point  contenté  de  consulter  tous  les  ma- 
nuscrits qu'il  a  pu  découvrir,  pour  donner  le  texte  de 
l'auteur  dans  sa  pureté  ;  il  y  a  encore  joint  de  sçavantes 
notes  pour  l'éclaircir,  et  de  longues  ol  servations ,  dans 
lesquelles  il  rapporte  une  quantité  de  monumens  anciens, 
et  fait  l'histoire  de  diverses  abbayes. 

Guibert    est   sans    contredit  un   des  meilleurs  auteurs  de 
son    siècle.    H  étoit    très-versé    dans   la   lecture  des   livres 
saints,    comme  on  le  voit  par  l'usage  fréquent  qu'il  en   fait 
en   écrivant.    Il   ne    l'étoit   pas  moins  dans  celle  des  écrit» 
des   SS.   Pères,    surtout  de  saint   Grégoire   le  Grand,   dont 
il  a  imité  la  manière  d'interpréter  l'écriture  dans  les  com- 
mentaires qu'il  nous  a  laissés.   Il  écrit  avec  justesse  et  so- 
lidité, et  montre  de  l'érudition,  tant  sacrée  que  prophane. 
A    l'égard    de    son    stile,    quoique    M.    Dupin    assure    que 
cet  auteur,   ayant  donné  beaucoup   de    temps   à  l'étude  de 
la   grammaire   et    de  la  poésie,   il  écrivoit   assez  purement, 
nous    ne    nous    sommes    point    apperçus    de    cette    pureté 
de  stile    en  lisant  ses   écrits.    Au  contraire,  il  nous  a  paru 
dur,    embarrassé,   souvent  obscur,    et   rempli    d'expressions 
An. i.  74, n.  7i.      barbares;    et    c'est  avec  raison  que  D.  Mabillon  '  a  dit  de 
lui   :    multa  ille  scripsit  non  ineruditè,  sed  scabroso  stilo.  On 
voit   néanmoins  qu'il   avoit  lu  les  auteurs  de   la  bonne  la- 
tinité, mais  il  n'a  pas  formé  son  stile  sur  celui  de  ses  ha- 
biles  maîtres.    Il   est   vif  et   mordant,    quelquefois   un   peu 
trop  crédule,   et  d'autres  fois  assez  bon  critique.  Ses  qua- 
tre    livres     de    pujnoribus     sanctorum,   ne     sont     propre- 
ment   qu'un    ouvrage     de    critique  ,    et    même  d'une  cri- 
tique très-sensée    et    très-judicieuse.   Il   donne  encore   ail- 
leurs des   preuves  de  son   discernement;  et    on   est   étonné 
de  voir  un  auteur  du  douzième  siècle,  relever  et  avec  fon- 
opnsc.  devirs.  c.  dément,  '  Eusebe  de  Césarée.  Si   l'on  fait   attention  au  ju- 
vitasÙa'.llb'2'de  gcmcnt  que  Guibert  porte   sur   cette   quantité  de  tombeaux 
et   d'urnes    sépulcbrales,    qu'on   découvroit    tous   les   jours 
de  son   temps    dans   son   monastère,   on   conviendra  encore 
qu'il  étoit  assez  habile  antiquaire  pour  le  siècle  où   il  vivoit. 


CLARIUS,  MOINE  DE  S.  PIERRE  LE  VIF.  SOI 

GLARIUS, 

Moine  de  S.  Pierre  le  Vif. 


XII  SIECLE. 


HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

Clartos    avoit    embrassé    la    profession   monastique    dans 
l'abbaye    de   saint    Benoît   sur    Loire,    comme   il    le  dit 
lui-même  dans  sa  chronique;  '  mais  il  ne  nous  apprend  point  spic.  t.  2,  p. 754. 
la  raison  pour  laquelle  il  passa  de  l'abbaye  de  saint  Benoît , 
dans  celle  de  saint  Pierre-le-Vif  de  Sens.  Parmi  les  moines 
de  cette  abbaye,   '  qui  furent  présens   l'an   -1101,   lorsque  Gaii.  chr.  t.  4,  p. 
Lambert   évêque   de  Langres   donna    une    charte   en   faveur 
de  l'abbaye   de  Molesme,   on  trouve  un  Clarius,  qui  vrai- 
semblablement n'est  autre  que  celui  qui  fait  le  sujet  de  cet 
article.  L'an  4  1 07,  il  assista  à  la  cérémonie  d'une  transla- 
tion des  reliques  de  saint  Benoît,  qui  se  fit,  de  la  nef  de 
l'église  au  chevet,  en  présence  de  Louis  le  Gros,  alors  dé- 
signé roi,  et  des  évoques  d'Orléans  et  d'Auxerre.  Le  même 
jour  que  se  fit  la  cérémonie,  c'est-à-dire  le  20  mars,  les  re- 
ligieux de  saint  Benoît  élurent  abbé  Boson,  en  présence  des 
mêmes  évêques,  de  l'abbé  de  saint  Laumer  de  Blois,  et  de 
Clarius  :  Et  me,  '  dit-il,  qui  monachus  ipsius  loci  sum.  Mon-  ibid. 
sieur  de  la  Saussaye ,  '  dans    ses   annales  de   l'église  d'Or-  An.  ecci.  Aurei. 
léans ,  semble  avoir  conclu  de  ces  paroles,    que  l'auteur  de    '   '  p' 
cette  courte  histoire  de  la  translation  de  saint  Benoît,  étoit 
moine   de  saint  Laumer  de  Blois,   parce  qu'immédiatement 
après  avoir  nommé  l'abbé  de    saint  Laumer,  il    ajoute,   Et 
me,  qui  monachus  ipsius  loci  sum;  '  comme  s'il  avoit  voulu  Hïst.  lat.  iib.3, c 

,-,      /      •  i-    •  j  1    w  ir        •  «    5,  p.  698. 

marquer  qu  il  etoit  religieux  de  saint  Laumer.  Vossius  est 
tombé  dans  la  même  méprise,  en  avançant  qu'un  anonyme 
moine  de  saint  Laumer,  a  écrit  l'histoire  de  la  translation  de 
saint  Benoît,  '  qui  se  fit  l'an  \  107.  Ce  prétendu  anonyme  est  Bibl.  Chart.p.a. 
Clarius,  qui  étoit  réellement  moine  de  saint  Benoît,  mona- 
chus ipsius  loci ,  et  avoit  passé  dans  l'abbaye  de  saint  Pierre 

3  4  * 


III  SIECLE. 


502  CLAJUUS, 


spic.  ibid.  |  Ma-  le  Vif.  L'an  -H 20,  Daïmbert  archevêque  de  Sens,  'et  Ar- 
se°%.  fil  idr<dé  nauld  abbé  de  saint  Pierre  le  Vif,  ne  pouvant  se  rendre  au 
verasen.  ong.  c.  concjie  indiqué  à  Beauvais  par  le  légat  Conon,   ils  députè- 
rent Clarius  pour  y  faire  leurs  excuses.  Le  député  s'acquitta 
de  sa  commission ,  avec  tout  le  succès  que  pouvoicnt  atten- 
dre de  sa  capacité,  ceux  qui  avoient  fait  choix  de  sa  per- 
sonne. La  date  de  ce  concile  n'est  pas  exacte  dans  la  chro- 
nique de  Clarius,  où  il  est  marqué,  le  28  septembre,  au  lieu 
qu'il  se  tint  depuis  le  4  7  ou  4  8  jusqu'au  28.  Peut-être  pour- 
roit-on  concilier  Lisiard  qui  le  fixe  au  47,  avec  Clarius  qui 
le  met  le  28  de  septembre,  en  disant  que  Lisiard  a  indiqué 
le  pr°mier  jour  que  le  concile  se  tint,  et  Clarius  celui  où  il 
fut   terminé  ;    ce   concile  s'étant    effectivement    tenu    depuis 
le  4  7  jusqu'au  28  septembre.  Mais  il  reste  une  autre  difficulté 
plus  grande   que  la  première,  c'est  que  Lisiard  évêque  de 
Soissons,   qui   avoit  assisté  au  concile  de  Beauvais,  nomme 
Daïmbert  archevêque  de  Sens,    parmi  les  prélats  qui  com- 
posèrent cette  assemblée.  Mais  Lisiard  n'a-t'il  pas  pu  parler 
de  la  sorte,  puisque  Daïmbert  avoit  assisté  à  ce  concile  par 
Ad  an.  1120,  n.  23.  son  député?  Le  P.  Pagi  conclut  de-là,  '  que  Clarius  n'est  pas 
auteur  de  la  chronique  de  saint  Pierre  le  Vif,  qui  va  jusqu'à 
l'an  4  4  79,  n'étant  pas  vraisemblable  que  cet  auteur  ait  écrit 
soixante  ans  après  la  tenue  d'un  concile,  auquel  il  avoit  as- 
sisté.   Nous    conviendrons  volontiers   avec  ce  critique,    que 
Clarius  n'a  pas  écrit  soixante;  ans  après  avoir  assisté  au  con- 
cile de    Beauvais,    et   qu'il  n'a   pas  continué  sa   chronique 
jusqu'en  4  4  79 ,  mais  nous  soutenons  qu'il  est  auteur  de  cet 
ouvrage  jusqu'à  l'an  4420,  et  même  jusqu'à  l'an  4424.  C'est 
à   peu   près  l'année,   où    nous  croyons  qu'on   peut  fixer  sa 
mort. 

La  chronique  de  saint  Pierre  le  Vif,  est  un  ouvrage  estimé 
des  savans,  et  important  pour  l'histoire  de  France  en  parti- 
culier. Bobert  d'Auxerre,  auteur  de  la  chronique  de  saint 
Marien,  en  a  fait  tant  de  cas,  qu'il  l'a  souvent  copiée,  sur- 
tout dans  ce  qui  regarde  la  ville  de  Sens.  Elle  a  été  connue 
et  citée  avant  qu'elle  ait  été  rendue  publique  par  l'impres- 
sion. On  en  trouve  un  fragment  parmi  les  preuves  de  l'his- 
toire des  comtes  de  Poitou,  de  Jean  Besly,  p.  495.  D.  Luc 
spic  t.  2,  p.  705.  Dachery,  en  donnant  cette  chronique  au  public,  '  a  cru  de- 
voir en  retrancher  tout  ce  qui  précède  l'établissement  de  la 


MOINE  DE  S.  PIERRE  LE  VIF.  505       mmcix. 


monarchie  Françoise,  et  qui  a  été  si  souvent  répété  par 
Grégoire  de  Tours,  Sigebert,  etc.  L'auteur  est  peu  exact 
dans  les  époques  des  temps  qui  ont  précédé  celui  où  il  écri- 
voit.  C'est  un  défaut  qui  lui  est  commun  avec  la  plupart  des 
historiens  de  son  temps.  Il  est  aisé  de  juger,  en  lisant  cette 
chronique  avec  quelque  attention,  qu'elle  est  l'ouvrage  d'un 
seul  et  même  auteur,  depuis  l'année  503  jusqu'en  4  425. 
On  voit  partout  le  même  dessein  bien  soutenu,  et  le  même 
style.  11  n'est  pas  moins  évident  que  c'est  un  religieux  de  saint 
Pierre  le  Vif  qui  y  parle,  et  qui  est  toujours  attentif  à  rap- 
porter tout  ce  qui  concerne  son  monastère,  jusqu'à  copier 
en  entier  les  diplômes  donnés  en  sa  faveur.  On  y  trouve 
aussi  beaucoup  de  choses  concernant  l'histoire  de  l'église 
de  Sens,  surtout  la  succession  de  ses  évêques,  et  plusieurs 
traits  de  l'histoire  de  France.  Elle  commence ,  dans  l'édi- 
tion que  dom  Dachery  a  publiée  ,  à  l'an  446 ,  que  Clarius 
prétend  être  la  seconde  année  du  pontificat  de  saint  Léon  le 
Grand,  quoique  ce  soit  la  sixième,  ce  saint  pape  ayant  été 
consacré  le  29  septembre  de  l'an  440;  et  elle  finit  à  l'an 
44  84.  Mais  ce  n'est  plus  l'ouvrage  de  Clarius  depuis  l'an 
4  424.  Ce  qui  suit  depuis  cette  année,  jusqu'à  la  fin  de  la 
chronique  ,  est  d'un  autre  auteur ,  ou  même  de  deux. 

'  D.     Mabillon    croit    que    la    chronique    de    saint    Pierre  Annal,  tom.  2,  p. 
le  Vif  n'a  pas  été  composée  plus  de  dix  ans  après  la  mort  491, 
de  Berenger,  c'est-à-dire  vers  l'an  4  098.   Il  peut  être  vrai 
que   Clarius  a  commencé   à   mettre  la  main  à  son    ouvrage 
dès   l'an    4  098  ,   comme   le  dit  le  P.  Mabillon,'  et   après  Ad  an.  îoss,  n  n. 
lui  le  P.  Pagi  ;  mais  il  n'est  point  vrai ,  comme  ce  dernier 
l'insinue   ,    que  tout  ce  qui  suit  depuis  4  098,  soit  des  ad-  ibtd. 
ditions  faites  à  l'ouvrage  de  Clarius  par  d'autres  mains.  Le 
P.    Pagi  n'a   pas  fait  attention,   que   Clarius  lui-même,  en 
parlant    de    Daïmbert ,    successeur   de   Richer   sur  le  siège 
archiépiscopal  de  Sens,  'fait  mention  de  la  onzième  année  spic.t.  2,  p.  74». 
du   gouvernement   de  ce    prélat ,    dont    il   souhaite    que  la 
fin   soit  aussi  heureuse  que    le    commencement.   Or  la  on- 
zième année   de   Daïmbert,   qui  quoiquelu   l'an  4  096,   ne 
monta   sur  son  siège  que  le  4  8  d'avril  de  l'an  4  098,  doit 
remonter  jusqu'à  l'an  4108  ou  4409.  Ainsi  Clarius,  qui  vi- 
voit  et  écrivoit  alors ,    aura  continué  sa   chronique  jusque 
cette  année;  mais  il  l'a  encore  continuée  plus  loin,  '  c'est-  ibid.  p.  772. 


XII  SIECLE. 


504    CLARIUS,   MOINE  DE  S.   PIERRE  LE  VIF. 


à-dire  jusqu'à  l'an  4120,  où  il  paroît  l'avoir  terminée  par 
la  doxologie  qui  marque  la  fin  de  son  ouvrage.  Nous  ne 
douions  pas  même,  que  ce  qui  se  lit  sur  les  années  4122 
et  -1123,  ne  doive  lui  être  attribué,  puisqu'il  est  écrit  de 
la  même  main  dans  le  manuscrit  que  l'on  conserve  dans 
l'abbaye  de  saint  Pierre  le  Vif,  et  qu'on  croit  êlre  l'ori- 
ginal de  Clarius.  C'est  une  addition  qu'il  aura  faite  après 
coup ,  pour  marquer  la  mort  de  l'archevêque  Daïmbert , 
et  surtout  pour  transmettre  à  la  postérité  le  zélé  admira- 
ble d'Arnauld  ,  abbé  de  saint  Pierre  le  Vif,  pour  procurer 
à  son  abbaye  des  livres  ;  les  peines  qu'il  se  donna  pour 
faire  transcrire  eeux  qui  étoient  nécessaires  pour  l'office  di- 
vin; enfin  les  précautions  qu'il  prit  pour  les  conserver, 
jusqu'à  excommunier  ceux  qui  les  vendroient  ou  les  dis— 
siperoient.    L'auteur    fait   l'énumération   de   ces  livres,    qui 

p.  774.  étoient   au   nombre  de  vingt    volumes.   '  A   l'égard  des    au- 

tres additions  faites  à  la  chronique  de  saint  Pierre  le  Vif, 
depuis  l'an  H24  ,  jusqu'en  \  \  84  ,  elles  sont  d'un  ou  de 
deux  autres  auteurs,  comme  nous  l'avons  dit.  Nous  n'a- 
vons pas  d'autre  édition  de  celte  chronique,  que  celle  que 
dora  Dachcry  a  publiée  dans  son  spicilége.  D.  Bouquet 
en  a  extrait  et  inséré  plusieurs  morceaux  détachés  dans  les 
différens    volumes    de    sa    grande    collection   des    historiens 

Bouq.  t.  6,  pr.  p.  de  France.  '  Il  remarque  que  Clarius  a  tiré  ce  qui  regarde 
l'histoire  de  France,  de  la  chronique  d'un  auteur  incer- 
tain,   publiée   par   Duchesne    dans  son    troisième    tome   des 

P.  349.  historiens  François,  '  et  qu'il    a   aussi   emprunté    beaucoup 

de  choses  de  la  chronique  d'Odoran. 


13-14,  n.  31. 


CALLISTE   II, 


CALLISTE  II,   PAPE.  505      Xh  siècle. 


G  A  L  L  I  S  T  E     II 

PAPE. 


SI- 
HISTOIRE  DE  SA  VIE. 

F,    cinq    fils   que  Guillaume   comte   de  Bourgogne,   sur- 


D 


'nommé  Tête-hardie,  '  eut  de  Gertrude  de  Mâcon  son  Mir.  chron.  an. 
épouse,  Gui,  depuis  pape  sous  le  nom  de  Calliste  II,  étoit 
le  plus  jeune.  Rainald  et  Etienne,  les  deux  aines,  furent 
successivement  comtes  de  Bourgogne.  Hugues  le  troisième 
fut  archevêque  de  Besançon,  et  Raimoud  le  quatrième, 
comte  de  Galice.  Gui  avo.t  aussi  plusieurs  sinus,  qui  furent 
toutes  mariées  à  des  princes,  ou  à  de  grands  seigneurs.  Ma- 
l:aut  ou  Malhilde  le  fui  à  Eudes  I  duc  de  Rourgogne;  Gi- 
selle  à  Humbert  II  comte  «le  Maurienne,  qui  eut  d'elle  la 
princesse  Adélaïde,  femme  de  Louis  le  Gros.  Ermengarde 
épousa  le  comte  de  Bar  et  de  Moulbeliard;  Clémence,  Ro- 
bert comte  de  Flandres;  et  Berthe,  Alphonse  VI,  roi  de 
Léon,  donl  elle  fut  la  quatrième  épouse. 

'Gui  embrassa  l'état  ecclésiastique.  I).  Hugues  Menard,  m™,  mart.  bened. 
sur  l'autorité  d'un  écrivain  de  l'ordre  de  Cîteaux,  le  fait 
bénédîetin;  mais  cela  ne  nous  paroît  pas  certain.  Vers  l'an 
1083,  il  fut  placé  sur  le  siège  de  Vienne,  il  gouverna  celle 
église  avec  beaucoup  de  sagesse  l'espace  de  trente-six  ans.  Il 
s'y  lit  aimer,  estimer  el  respecter,  plus  encore  par  la  pureté 
de  ses  mœurs,  par  son  zélé  cl  sa  fermeté,  que  par  l'éclal  de 
sa  naissance.  11  fui  égalemenl  honoré  des  petits,  des  grands 
et  des  princes,  dont  il  étoil  parcnl  ou  allié.  '  C'csl  le  lémoi-  Pet.  yen.  suger. 

■  ■  Clir.  Gass. 

gnage  que  lui  rendent  les  auteurs  contemporains. 

'L'an  1096,  il  assista  avec  l'archevêque  de  Rcsançon  son  ffist.  Lang.  t.  2,  L 
frere,  au  concile  que  le  pape  Urbain  II  tint  dans  la  ville  de 
Nîmes.  Les  deux  frercs  y  prirent  la  défense  d'Isarn,  évo- 
que de  Toulouse,  contre  les  clercs  réguliersde  saint Sernin, 
qui  lui  contestoient  la  quatrième  partie  des  oblations  dans 
Tome  X.  S  s  s 


XII  SIECLE. 


506 


CALLISTE  II, 


Angl.  Sac.  t.  2,  p 
268. 


leur  église,  et  ils  soutinrent  ses  intérêts  avec  tant  de  zélé, 
que  le  p;ipe,  quoique  prévenu  en  faveur  des  clercs,  n'osa 
décider  l'affaire.  L'an  -1098,  '  Gui  invita  saint  Anselme  qui 
étoit  alors  à  Lyon,  à  venir  officier  dans  son  église  le  jour  de 
saint  Maurice.  Deux  ans  après,  l'archevêque  de  Vienne  re- 
çut le  même  honneur  à  Cantorberi  en  Angleterre,  où  le  pape 
Pascal  II  l'avoit  envoyé  en  qualité  de  légat.  Son  arri- 
Ead.hist.noy.i.3,  vée  surprit  dans  ce  royaume,  '  où  l'on  ne  connoissoit  point 
Maim.iFi.hist.ee-  d'autre  légat  que  le  seul  archevêque  de  Cantorberi  :  il  fut 


cles.  lit».  65,  p.  22. 


T.  X.  Conc.  Pasc. 

Ep.  24,  p.  651. 


néanmoins  reçu  avec  la  distinction  due  à  un  prélat  de  son 
mérite  et  de  sa  naissance  ;  mais  le  roi  ne  permit  pas  qu'il  exer- 
çât aucune  fonction  de  sa  légation,  de  sorte  qu'il  fut  obligé 
de  repasser  la  mer,  sans  avoir  pu  exécuter  les  ordres  du 
pape.  Gui  perdit  cette  année  4J00,  Rainald  son  frère  aîné, 
qui  fut  tué  en  Syrie  dans  un  combat  contre  les  infidèles. 
Etienne  eut  le  même  sort  l'année  suivante.  Hugues  arche- 
vêque de  Besançon,  qui  avoit  entrepris  ce  voyage,  étoit 
mort  dans  la  roule.  Enfin  Raimond,  le  quatrième  frère  de 
notre,  prélat,  mourut  l'an  \  108  en  Espagne.  Y  étant  passé 
l'an  J087,  il  se  distingua  tellement  par  sa  valeur,  en  diffé- 
rens  combats  contre  les  Mahomélans,  qu'Alphonse  VI,  roi 
de  Léon,  pour  reconnoître  ses  services,  lui  donna  la  prin- 
cesse Urraque  sa  fille  unique  en  mariage,  et  le  fit  souverain 
de  Galice  :  Raimond  laissa  un  fils  âgé  seulement  de  deux 
ans,  qui  dans  la  suite  fut  roi  de  Léon  et  de  Castille,  sous  le 
nom  d'Alphonse-Raimond.  Ce  fut  ce  qui  engagea  l'arche- 
vêque de  Vienne  à  faire  un  voyage  en  Espagne,  où  il  trouva 
le  roi  de  Léon  inconsolable  de  la  perle  qu'il  avoit  faite  par 
la  mort  de  Raimond,  et  mêla  ses  larmes  avec  celles  de  ce 
prince,  qui  lui  fit  beaucoup  d'accueil,  et  l'assura  que  son 
neveu  jouiroit  du  comté  de  Galice,  qu'il  avoit  accordé  à 
son  père,  et  le  fit  reconnoître  en  présence  du  prélat.  Gui 
étant  revenu  en  France,  se  transporta  presque  aussi-tôt  dans 
l'abbaye  de  Cluni,  pour  donner  la  bénédiction  abbatiale  à 
Pons  de  Melgueil,  qui  la  reçut  le  9  mai  \  109. 

'  Le  traité  que  le  pape  Pascal  H  fit  l'an  \\\\  avec  l'empe- 
reur Henri  V,  donna  occasion  à  l'archevêque  de  Vienne  de 
signaler  son  zélé,  et  d'écrire  directement  au  pape  lui-même, 
pour  lui  témoigner  la  surprise  que  lui  avoit  causé  un  pareil 
traité.  Cette  lettre  est  perdue.  Le  pape  sans  se  choquer,  lui 


PAPE.  507      XIIS1ECLE. 


rendit  compte  de  sa  conduite,  en  rapportant  de  quelle  ma- 
nière les  choses  s'étoient  passées  ;  et  ajouta  qu'il  cassoit  et 
annulloit ,   '  et  déclaroit  de  nulle  valeur  tout  ce  qui  avoit  été  Conc.  u>.  p.724. 
arrêté  touchant  les  investitures.  Ce  que  le  même  pape  con- 
firma l'année  suivante  dans  le  concile  de  Latran  tenu   le  4  6 
mars.  '  Notre  prélat   se  trouva  à  ce  concile  ,  et    incontinent  Bar.  ad  an.  1112. 
après  ,  il  en  convoqua  un  de  sa  province  ,  qui  se  tint  à  Vienne 
le    4  6    septembre   de  la  même    année.    L'investiture    donnée 
par  des  mains  laïques,  y  fut  qualifiée  d'hérésie  par  les  pré- 
lats; le  privilège  extorqué  par   le  roi  Henri  V,   condamné, 
et  ce  prince  anathématisé  jusqu'à  ce  qu'il  eût  fait  une  pleine 
satisfaction ,    en   quoi  les  pères  de  ce  concile  allèrent    plus 
loin  que  le  pape.   '  On  fut  fort  choqué  en  Allemagne,  et  iisperg.  an.  1112. 
non  sans  sujet,  de  la  manière  outrageante  dont  l'empereur 
avoit  été  traité  dans  ce  concile,  qui  le  retrancha  de  la  com- 
munion des  fidèles,    comme  un    nouveau  Judas.    '  Comme  vu  s.Godefr.  ap. 
l'archevêque  avoit  de  la  peine  à  s'énoncer,   il  eut  la  gêné-  Surt-5-c-7- 
ros  té  d'y  faire  présider  Geofroi  évêque  d'Amiens,  qui  étoit 
fort  éloquent.  Après   le  concile,  Gui  écrivit  au  pape,    pour 
l'informer  de  ce  qui  s'y  étoit  passé,   et  lui  en  demanda  la 
confirmation    :   il  maltraite  fort  l'empereur  dans  sa  lettre,'  T.  x.  conc.  ib.  p. 
quoiqu'il    fût  son  proche  parent;  et  il  ne  lui   épargne  pas 
même    l'odieuse    qualification    de  cruel    tyran,    crudelissimi 
tyranni.  11  déclare  nettement  au  pape,  que  s'il  ne  confirme 
ce  qu'ils  ont  décidé,  il  les  mettra  dans  le  cas  de  ne  lui  point 
obéir.   Propitius   sit   Dens ,  quia  nos  à  vestra  subjectione  et 
obedientia  repelletis. 

'Pascal  ne  tarda  pas  de  faire  réponse  à  cette  lettre,  et  de  conc.  ib. p.  786. 
confirmer  ce  qui  avoit  été  décidé  dans  le  concile  de  Vienne, 
sans  toutefois  faire  aucune  mention  de  l'empereur.  Le  silen- 
ce du  pape  sur  cet  article  déplut  à  l'archevêque,  '  et  il  ib.  p.  808. 
poursuivit  une  confirmation  plus  étendue  de  son  concile, 
dans  celui  que  Pascal  tint  quelques  années  après  à  Latran. 
La  lettre  du  pape  ,  datée  du  20  octobre ,  a  été  donnée  au 
public  par  le  père  Sirmond,  sur  un  manuscrit  de  l'abbaye 
de  saint  Pierre  de  Châlon. 

'L'an   4445,    notre   prélat    tint,  par  ordre  du  pape,   un  ib.p.  812. 
concile    à    Tournus,   pour  y  décider    la   grande  affaire   des 
églises  de  saint  Jean  et  de  saint  Etienne  de  Besançon ,   qui 
se  disputaient   le  titre  d'église  métropolitaine.    Nous  avons 

S  s  s  ij 


XII  SIECLE. 


Ann.  Cist.  t.  1,  c. 
3,  an.  1117,  p.  93. 
Let  79.  Conc.  t.  x. 
p.  691. 


508 


CALLISTE  II, 


Ih.  p.  94. 


Usp.  an.  1119. 


Cbron.  Nang.l  Ba- 
ron. ILabbe,  t.  x. 
conc.  p.  825.1  Cia- 
con. 


parlé  ailleurs  de  cette  dispute,  qui  a  été  très-animée,  et 
n'a  pu  être  terminée  que  par  la  réunion  des  deux  églises  en 
une  seule.  '  Après  le  concile  de  Tournus,  Gui  rendit  com- 
pte à  Pascal  de  ce  qui  s'y  étoit  passé ,  '  par  une  lettre  qui 
ne  nous  est  connue  que  par  la  répoi.se  de  ce  pape,  datée 
du  28  août.  Notre  prélat  tint  encore  l'année  suivante,  ou 
l'an  1117,  à  Dijon  un  autre  concile,  dont  la  chronique  de 
Bonneval  nous  donne  connoissance.  L'auteur  des  annales 
de  Citeaux  croit  que  saint  Etienne  y  assista.  La  bonne  odeur 
que  répandoient  les  religieux  de  ce  nouveau  monastère,  et 
la  réputation  de  leur  saint  abbé,  y  attirèrent  l'archevêque 
de  Vienne.  Il  l'ut  si  édifié  de  leur  vie  pauvre  et  austère,  et 
de  leurs  pieux  exercices,  qu'il  conçut  le  dessein  d'en  éta- 
blir une  colonie  dans  son  diocèse.  11  s'en  ouvrit  à  saint 
Etienne,  et  lui  demanda  des  religieux  avec  tant  d'empres- 
sement, que  le  saint  abbé  ne  put  lui  en  refuser,  et  l'accom- 
pagna même  jusqu'à  Vienne,  pour  choisir  mi  lieu  conve- 
nable à  l'exécution  de  ce  projet.  Telle  est  l'origine  de  l'ab- 
baye de  Bonneval,  le  premier  monastère  de  Liteaux,  qui 
ait  été  fondé  dans  le  Dauphiné.  On  en  rapporte  la  fondation 
à  l'an  I  I  17.  Gui  le  fit  bâtir  à  ses  dépens,  mais  plusieurs  sei- 
gneurs contribuèrent  à  ce  nouvel  établissement,'  en  don- 
nant des  fonds  considérables.  Parmi  les  fondateurs,  on 
trouve  Guillaume  abbé  de  saint  Thierry,  dont  l'Annaliste 
de  Liteaux  cherche  inutilement  le  monastère  dans  le  Dau- 
phiné. Le  savant  auteur  ne  s'est  point  apperçu  que  cet 
abbé,  qu'il  reconnoit  lui-même  avoir  été  de  l'ordre  de  saint 
Benoît,  est  le  célèbre  abbé  de  saint  Thierri  près  de  Reims, 
qui  fut  dans  la  suite  si  attaché  à  saint  Bernard,  et  devint 
même  son  disciple. 

Le  pape  Gelase  II,  successeur  de  Pascal,  étant  passé  en 
France  l'an  1  119,  Gui  le  reçut  avec  de  grands  honneurs  à 
Vienne.  '  L'auteur  de  la  chronique  de  Saxe  a  avancé  que 
le  pape  tint  un  concile  dans  cette  ville;  ce  qui  n'a  aucun 
fondement,  si  ce  n'est  que  notre  prélat,  ayant  peut-être  in- 
vité les  évêques  et  abbés  de  sa  province  et  des  environs, 
à  venir  à  Vienne  rendre  leurs  devoirs  au  pape,  cet  écrivain 
en  a  conclu  qu'il  y  avoit  ttnu  un  concile.  '  La  plupart  des 
auteurs  qui  ont  écrit  depuis,  l'ont  suivi  sans  examen.  Pagi 
semble  être  le  premier  qui  ait  remarqué  cette  méprise.  Peu 


PApE-  509      IIISIECLB. 


après  le  départ  de  Gelase ,  Gui  alla  à  Cluni  pour  l'y  rejoin- 
dre, comme  il  le  lui  avoit  promis;  mais  il  arriva  trop  tard, 
le  pape  étoit  mort  deux  jours  avant  son  arrivée,  et  en  mou- 
rant il  avoit  désigné  notre  prélat  pour  son  successeur.  Ce 
choix  qui  avoit  été  suggéré  par  Conon  évêque  de  Palestrine, 
fut  applaudi  par  tous  les  cardinaux  ,  prélats  et  seigneurs  de 
la  suite  de  Gelase.  '  Gui  fut  étonné  de  se  voir  salué  comme  onuphr.  in  chron. 
pape  à  son  arrivée,  il  voulut  s'en  défendre,  protestant  qu'il  ulb " îof  reg'  Ual' 
étoit  indigne  d'une  si  haute  dignité.  Malgré  sa  résistance, 
il  fut  élu  à  la  manière  ordinaire ,  le  premier  février  -H  4  9. 
Le  cardinal  Rocimanne  religieux  du  mont  Cassin ,  en  porta 
la  nouvelle  à  Rome  à  Pierre  cardinal  évêque  de  Porto , 
vicaire  de  la  ville,  de  qui  tout  dépendoit  pour  la  notifier 
aux  cardinaux  et  à  tout  le  clergé,  et  demander  leur  consen- 
tement. Il  est  remarquable  que  les  cardinaux-évêques  écri- 
virent en  même-temps  aux  cardinaux-évêques,  les  prêtres 
aux  prêtres,  les  diacres  aux  diaeres.  Nous  ne  connoissons 
ces    lettres   que  par  les  réponses  que  D.  Martenne  '  a  pu-  Mart.  1. 1,  p.  644.1 

Ecc&rd      d      297 

bliees  dans  sa    grande  collection,    et    par   M.    Eccard  dans  298,  t.2. 
son  recueil  des  auteurs  du  moyen  âge.  Cependant   Gui  re- 
fusoit  toujours  de  se  soumetttre,  et  vouloit  au  moins  atten- 
dre le  consentement  de  cardinaux  d'Italie  et  du  clergé  Ro- 
main. Mais  enfin  la  triste  situation  où  il  voyoit  l'église,  'et  la  Faico.  chron  Be- 
nécessité  de  tenir  au  plutôt  le  concile   que  Gelase  avoit  in-  nov'.  i.  6. 
diqué  à  Reims,  jointe  aux  pressantes   sollicitations,   le  dé- 
terminèrent à  donner  des  ordres  pour  son  sacre,  qui  fut  in- 
diqué à   Vienne.   Le  prélat  y  fut  sacré  par  Lambert  évêque 
d'Ostie,  le  dimanche  de  la  Quinquagésime,  qui  cette  année 
-H -19,  tomboit  le  9  de  février,  et  prit  le  nom  de  Calliste  IL 
Il  écrivit  aussi-tôt  après  son  sacre,  '  des  lettres  circulaires  t.x.  conc.p.  827 
aux    archevêques,   évêques  et    autres   prélats.    L'auteur    de 
la  chronique  de  Saxe,   nous  a  conservé  celle  qu'il  adressa  à 
Adalbert  archevêque  de  Mayence.    C'est  la    première    dans 
les  collections  des  conciles;  mais  elle  est  imparfaite. 

Le  cardinal  Rocimanne  arriva  à  Vienne  avec  la  réponse 
du  vicaire  de  Rome,  dans  laquelle  il  témoigne  qu'il  a  sa- 
tisfait avec  empressement  à  ce  qu'on  souhaitait  de  i  lui,  et 
que  l'élection  de  Gui  avoit  été  confirmée  par  les  cardinaux 
et  le  clergé,  qui  s'y  éloient  tous  portés  de  bonne  grâce. 
En  effet,  l'élection  avoit  été  approuvée  unanimement  dans 


XII  SIECLE. 


!H0  CALLISTE  II, 


ib 


une  assemblée  tenue  le  \  mars.  Jean  archiprêtre  de  l'église 

Mart.  ib.|Eccard.  titulaire  de  saint  Sauveur,  et  un  autre  député,  '  qui  arri- 
vèrent quelques  jours  après,  en  donnèrent  encore  des  preu- 
ves plus  positives,  en  représentant  les  lettres  des  card.naux- 
évêqnes,  prêtres  et  diacres.  Crescent  évêque  de  Sabine, 
et  Vital  évêque  d'Albano,  écrivant  au  nom  des  cardinaux- 
évêques,  prioient  leurs  confrères  d'engager  le  pape  à  tenir 
au  plutôt  un  concile,  pour  procurer  la  paix  à  l'é^lrse.  Celui 

Mart.  t.  3,  amp.  que  Gelase  avoit  indiqué  à  Reims,  '  fut  remis  à  l'automne. 

co    p'  D.  Martenne  a  publié  la  lettre  circulaire  d'invitation,  adres- 

sée aux  archevêques  de  Reims,  Rouen,  Sens,  Bourges, 
Tours,  Dol,  Bourdeaux,  Ausch.  Les  cardinaux-prêtres, 
au  nombre  de  dix,  mandoient  à  ceux  de  leur  ordre,  que 
ne  pouvant  par  le  malheur  du  temps,  qu'ils  regardoient  com- 
me la  fin  des  siècles,  se  conformer  aux  décrets  des  saints 
pontifes,  en  élisant  le  pape  à  Rome  ou  dans  les  environs, 
et  en  le  choisissant  dans  le  clergé  Romain,  selon  l'usage 
ordinaire,  ils  approuvoient  et  confirmoient  dans  un  esprit 
de  charité,  et  par  une  inspiration  divine,  l'élection  qu'ils 
avoient  faite  de  l'archevêque  de  Vienne.  On  voit  ici ,  <|ue 
Gui  n'étoit  point  cardinal ,  comme  quelques-uns  l'ont  avan- 
cé sans   fondement. 

iccard.  ib.  'Lorsqu'on  eut  appris  à  Rome  la  nouvelle  de  son  sacre, 

les  cardinaux-évêques  écrivirent  des  lettres  circulaires,  pour 
exhorter  à  reconnoitre  Calliste  pour  légitime  pape.  Il  l'étoit 
déjà  par  les  Allemans,  qui  venoient  de  lui  rendre  obéissance 
dans  la  célèbre  assemblée  de  Tibur,  où  l'auteur  de  la  chro- 
nique de  Saxe  rapporte  qu'il  y  eut  des  envoyés  de  Rome , 
d'Allemagne  et  des  autres  églises,  qui  y  firent  confirmer 
l'élection.  Ceux  d'Allemagne  étoient,  le  célèbre  Guillaume 
de    Champeaux,    évêque   de    Châlon    sur  Marne,   et  Pons, 

Mart.  ib.  p.  619  i  abbé  de  Cluni.  '  Les  partisans  de  l'antipape  Bourdin,    voyant 

ECC.  t.    2,  p.  298.  i  '    !•  i-  «.    <    1»    u'- 

que  toutes  les  églises  particulières  se  soumettoient  a  1  obéis- 
sance de  Calliste,  prirent  le  parti  de  le  reconnoitre.  S'étant 
assemblés,  ils  confirmèrent  son  élection,  par  un  acte  expédié 
au  nom  des  cardinaux  de  saint  Eusebe,  et  des  saints  Apô- 
tres, et  de  l'abbé  de  saint  Pancrace,  les  chefs  du  parti, 
et  souscrit  par  la  plus  grande  partie  du  clergé  schismati- 
que. 
Mart.  ib.  p.  250.     '  Calliste  alla  de  Vienne  au  Puits ,  d'où  il  écrivit  une  let- 


PAPK-  »«  III  SIECLE. 


tre ,  datée  du  \  6  avril ,  à  Frédéric  archevêque  de  Cologne , 
dans  laquelle  il  l'exhorte  à  combattre  avec  courage,  '  com-  Mart.  u>.  p.  650. 
me  il  avoit  fait,  l'assurant  de  la  puissante  protection  de  celui 
qui  commande  à  la  mer  et  aux  vents  :  «  Je  n'ignore  pas,  lui 
»  dit-il,  que  les  ennemis  de  l'église  peuvent  aboyer  et  la 
»  menacer.  >  Il  lui  marque  ensuite,  que  pour  mettre  les  sim- 
ples fidèles  à  l'abri  de  la  séduction,  il  invite  ceux  qui  croyent 
avoir  sujet  de  se  plaindre  de  l'église,  à  venir  au  concile  qu'il 
doit  tenir  à  Reims  l'automne  prochain.  Il  est  visible  que 
cette  lettre  est  une  réponse  à  Frédéric,  qui  lui  avoit  pro- 
posé ses  difficultés.  Celle  de  ce  prélat  est  perdue. 

'Le  pape  étant   à   Soussilange  dans  le   Forez,  accorda   le  conc.  t.  x,ep.  n, 
-10  mai  VI 20,  indiction  ni,  selon  le  calcul  Pisan,  une  bulle  p'  841- 
à  Francon  abbé  de  Tournus.  A  sa  nt  Julien  de  Brioude,    il 
confirma  les  privilèges  et  les  biens  de  celte  collégiale,  '  par  g&ii.   chr.   nov. 
une  bulle  du  \  de  juin  suivant.  En  passant  par  Maguelonne,   h'is8t  ,Lan'gPt.63l! 
il  donna   le  28  du  même  mois  une  bulle ,    par    laquelle  il  pr- p- 408- 
défendit  à  l'abbé  de  saint  Gilles,  d'aliéner  les  fonds  de  son 
monastère,   encore  moins  d'engager  le  trésor.  Le  séjour  que 
le  pape  Gelase  avoit  fait  à  saint  Gilles  avec  toute  sa  cour, 
en   arrivant   d'Italie,    éloit  sans  doute  ce  qui  avoit    réduit 
l'abbé  à  celte  extrême  nécessité,  par  les  dépenses  qu'il  fut 
obligé  de  faire  pour  le  recevoir  :   Calliste  alla  lui-même  le 
lendemain   dans  cette   maison ,   et  y  accorda  un  privilège  à 
l'abbé,  et  aux  religieux  d'Alet.  '  Etant  retourné  à  Mague-  ih.  p.  409. 
lonne ,  '  il  confirma  la  séparation  des  deux  manses  des  églises  conc.  t.  x,  p.  834. 
de  saint  Jean  et  de  saint  Etienne  de  Besançon ,  par  une  bulle 
datée  du   dernier  jour  du  mois  de  juin  4-120,  selon  le  calcul 
Pisan,  ainsi   que  les  précédentes. 

'Au  mois  de  juillet  suivant,  Calliste  se  rendit  à  Toulouse,  Wst.  Lang.  t.  a,i. 
où  il  avoit  indiqué  un  concile,  et  invité  les  archevêques, 
évêques  et  abbés  de  Gothie ,  d'Espagne,  de  Gascogne,  de 
la  Bretagne  citérieure.  Le  concile  fut  ouvert  le  6  juillet. 
On  y  dressa  dix  canons,  '  par  lesquels  il  est  défendu  de  con-  cône.  t.  x,  p.  856. 
férer  des  bénéfices  comme  par  droit  d'héritage;  de  donner 
de  l'argent  pour  l'ordination;  de  conférer  la  dignité  d'ar- 
chiprêtre,  de  doyen,  de  prévôt,  à  qui  que  ce  soit  qui  ne 
soit  pas  prêtre;  ni  celle  d'archidiacre,  à  celui  qui  n'est  pas 
diacre.  Il  y  a  d'autres  canons  touchant  les  oblations,  les 
dîmes,   etc.   On   condamna  aussi  dans  ce  concile,    certains 


XII  SIECLE. 


542 


CALLISTE  II, 


Hist  Lang.  t.  2, 
p. '409. 

T.  x  conc.  p.  aî8. 
[b  Mariae  de  Gor- 
diano. 


Gall.     Ctar,     nov. 
Instr.  p.  428. 


Hist.  Lang.  liv.  16, 
npt.  49,  p.  639.  | 
Bàluz  mise.  t.  2, 
p.  192. 


Mart.   tljcs.  amp. 
Slaudt.  1,  p.  347. 


Hist.  Lang.  1.   16. 

Gall.   Chr.    nouv. 
iustr.  t.  1.  p.  4y2. 


Ib.  p.  362. 


lb. 


Gall.  Ch.  t.  x,  pr. 
p.  210. 


hérétiques  qui  rejettoient  l'Eucharistie,  le  Baptême  des 
enfans,  le  sacerdoce,  et  les  autres  sacremens  de  l'église. 
Dans  le  manuscrit  de  Rome,  d'où  sont  tirés  ces  canons,  le 
concile  est  daté  de  l'an  4420,  indiction  xii.  L'éditeur  croyant 
qu'il  y  avoit  erreur  dans  la  date  de  l'année,  a  marqué  en 
marge  <119;  mais  il  est  visible  que  le  copiste  Romain,  ou 
plutôt  le  chancelier,  qui  avoit  rédigé  les  canons  du  concile, 
a  suivi  selon  sa  coutume  le  calcul  Pisan,  comme  le  Père  Pagi 
l'observe.  '  Calliste  dans  cette  même  assemblée,  confirma 
à  l'abbé  et  aux  religieux  d'Alet,  la  possession  de  l'abbaye  de 
saint  Polycarpe,  que  l'abbé  de  la  Grasse  leur  contestoit.  '  Il 
rendit  encore  le  4  5  juillet  une  sentence  en  faveur  des  reli- 
gieux d'Aniane,  ausquels  ceux  de  la  Chaise-Dieu,  et  l'ar- 
chevêque d'Arles,  contestoient  un  prieuré.  Le  même  jour, 
il  confirma  la  concession  que  les  clercs  de  sainte  Livrade 
avoient  faite  de  leur  église  à  Etienne  abbé  de  la  Chaise- 
Dieu. 

'Le  concile  fini,  Calliste  partit  le  \1  juillet  de  Tou- 
louse, et  alla  dans  la  petite  ville  de  Fronton,  dont  il  dédia 
l'église.  En  passant  par  saint  Theodard,  aujourd'hui  Mon- 
tauban ,  il  donna  à  Berenger  abbé  de  la  Grasse ,  l'église  de 
saint  Pierre  de  Valeriis,  dépendante  du  saint  siège,  pour 
en  rétablir  le  temporel  et  le  spirituel.  La  donation  est  du 
20  de  juillet.  '  Le  même  jour  il  écrivit  à  une  illustre  dame, 
nommée  Jussolme,  protectrice  de  cette  église,  une  lettre 
de  remerciement,  par  laquelle  il  la  prie  de  continuer  de  la 
protéger.  Vers  la  fin  du  mois,  '  il  se  rendit  à  Cahors,  où  il 
dédia  le  maître  autel,  et  vint  de-là  à  Perigueux.  '  Gui  abbé 
de  Tourtoires  y  obtint  une  bulle  datée  du  5  d'août ,  qui 
confirme  les  biens  et  les  privilèges  de  son  monastère.  Cal- 
liste continuant  sa  route,  '  arriva  à  Poitiers,  et  y  accorda  le 
28  du  même  mois  un  privilège  à  l'abbesse  de  la  Trinité , 
nommée  Elizabeth. 

L'évêque  ayant  invité  sa  Sainteté  à  aller  visiter  la  célèbre 
abbaye  de  Fontevraud,  située  à  l'extrémité  de  son  diocèse, 
Calliste  s'y  transporta,  '  y  fit  le  31  la  dédie  ce  de  l'église, 
qui  étoit  nouvellement  bâtie,  bénit  le  cmetiere,  y  prêcha 
selon  l'usage  ordinaire,  '  et  confirma  les  constitutions  de 
Petronille  première  abbesse.  Il  alla  ensuite  dans  l'abbaye 
de  saint  Florent,  et  y  acorda  le  3  septembre,  un  privilège  à 

Baudouin , 


P-*PE.  *>1o         XII  STECLE. 


Baudouin ,   abbé  de  saint  Vincent  de  Senlis. 

'Pierre   diacre   rapporte,   que  le  cardinal  Roclmane  enga-  chron.  1.  4,  c.  6i. 
gea  le  pape  à  aller  à  l'abbaye  de  saint  Maur,  dont  ce  cardi- 
nal étoit  religieux,    laquelle  dépendoit  alors  du   mont    Cas- 
sin  ;  que  sa  Sainteté  en  dédia  l'église  à  la  prière  de  l'abbé  Gi- 
rard ,  et  y  transféra  les  corps  des  saints  Antoine  et  Constan- 
tiuien,  disciples  de  saint  Maur.   Etant  ensuite  allé  à  Angers, 
il  y  consacra  le  7  du  mois  de  septembre  '  le  maître  autel  de  oai.  ctir.  vet.  t. 
l'abbaye  de  Ronceray ,  et  prêcha  sur  la  tombe  du  cimetière    ' p' 
de  saint  Laurent.   Le  lendemain,  il  écrivit  aux  évoques  du 
Mans  et  d'Avranches,  au  comte  de  Mortagne ,  '  et  aux  chà-  Mart.  ampl.coll.  t. 
telains   de  Fougères ,   de   Mayenne  et  de  saint  Hilaire ,  en    '  p'  °59' 
faveur  de  Vital  abbé  de  Savigny  ,   et  de  son  monastère,   qu'il 
déclare  avoir  pris  sous  sa   protection.   Callisle  n'ayant  pas  eu 
le  loisir,   étant  à   Fontevraud ,   de   confirmer  par  une  bulle 
les  privilèges  qu'il  avoit  accordés  le  jour  de  la  dédicace,  il 
en  fit  expédier  le  16  septembre  ,  '  dans  l'abbaye  de  Marmou-  Gaii.  chr.  t.  2,  p. 
tiers,  une  très-ample,  où  il   fait  une  mention  honorable  de  13  4' 
Robert  d'Arbrissel,  approuve   son   institut,    et  confirme   les 
biens  du  monastère.   En  passant  par  Morigny  près  d'Etam- 
pes,  '  il  dédia  l'église  le  5  d'octobre  (H 20,  selon  l'auteur  chron.  Maur. Gai. 
de  la  chronique  de  ce  monastère,  qui  suit  ici  le  calcul  Pisan  ,  c  on'  ve  ' 
(ce  qu'on  ne  peut  trop  observer  pour  éviter  la  confusion.) 
La  cérémonie  fut  très-auguste ,  le  roi   et  la  reine  s'y  trouvè- 
rent. Leurs   majestés  qui  étoient  apparemment  venues   au- 
devant  du  pape,  l'accompagnèrent  sans  doute  jusqu'à  Paris. 
Dans  ces  entrefaites,   Guillaume    de    Champeaux    évèque 
de  Châlon   sur  M'rne,    et   Pons  abbé  de   Cluni ,   arrivèrent 
de  Strasbourg,    où    ils  avoient   traité   avec  l'empereur,    et 
rapportèrent  que  ce  prince    consentoit  à  tout    ce    qu'ils  lui 
avoient  proposé,  '    qu'il  en  avoit  fait   serment    entre  leurs  Eceard.t.2,script. 

1     r    ..  p       >  .  1  «•  1  '    »       i      •  med.  aevi,  p.  301, 

mains ,  et  avoit  confirme  tous  les  articles  par  un  écrit  signe  et  suiv. 
de  la  sienne,  et  souscrit  par  l'evêque  de  Lausanne,  le  comte 
Palatin,  et  autres  seigneurs  de  sa  cour.  Sur  cela,  le  pape  dé- 
puta à  l'empereur,  Lambert  cardinal  évèque  d'Ostie,  le 
cardinal  Grégoire,  l'évcque  de  Châlon,  et  l'abbé  de  Cluni, 
puis  il  partit  pour  Reims,  où  il  arriva  le  14  ou  le  15  d'octo- 
bre. '  Sa  Sainteté  fut  agréablement  surprise  de  voir  quatre  ib. 
ou  cinq  jours  après  arriver  ses  députés,  et  lui  annoncer 
qu'ils  avoient  joint  l'empereur  entre  Metz  et  Verdun,  et 
3  5    Tome  X.  T  1 1 


XII  SIECLE. 


5U 


CALLISTE  II, 


Eadm.  liist.   nov 
I.  5,  p.  94. 


que  ce  prince  avoit  promis  avec  serment  de  se  rendre  à 
Mouzon  le  25  du  mois,  pour  confirmer  et  exécuter  le 
traité. 

Calli.-te  sacra  le  20  dans  l'église  de  saint  Rémi,  Turstin, 
élu  archevêque  d'Yorck  dès  l'an  4  115,  ce  qui  déplut  beau- 
coup au  roi  d'Angleterre,  qui  avoit  pris  toutes  les  mesures 
possibles  pour  l'empêcher,  et  qu;  n'avoit  même  permis  au 
prélat  de  venir  au  concile,  qu'à  la  condition  qu'il  n'y  rece- 
vrait pas  l'ordination.  Le  lendemain  21  ,  le  pape  fit  l'ouver- 
ture du  concile  dans  l'église  de  Notre-Dame,  par  les  priè- 
res accoutumées,  et  un  discours  sur  l'état  présent  de  l'é- 
glise. L'évèque  de  Palestrine  en  fit  un  autre  sur  le  verset  38 
du  trente-unième  chapitre  de  la  Genèse,  dans  lequel  il  ex- 
horta les  pasteurs  à  imiter  la  vigilance  du  patriarche  Jacob, 
conc.  t.  x,  p.  855.  dans  la  conduite  de  leurs  troupeaux.  '  Alors  Louis  le  Gros 
entra  dans  l'assemblée,  quoique  malade;  et  s'étant  assis  à 
côte  du  pape,  il  fit  de  grandes  p'aintes  contre  le  roi  d'An- 
gleterre. L'archevêque  de  Rouen  et  ses  sulTragans  voulurent 
répondre;  mais  il  s'éleva  un  si  grand  tumulte,  qu'il  leur  fut 
impossible  de  se  faire  entendre.  Le  pape  ayant  reçu  d'autres 
plaintes,  en  prit  occasion  d'exhorter  à  la  prière,  et  proposa 
la  trêve  de  Dieu ,  qui  avoit  été  ordonnée  au  concile  de 
Clcrmont  ,  dont  il  confirma  les  décrets.  Il  déclara  ensuite 
qu'il  étoit  résolu  d'aller  à  Mouzon  joindre  l'empereur,  qui 
l'y  altcndoit  pour  conclure  le  traité  dont  on  étoit  convenu 
à  Strasbourg.  Il  partit  effectivement  le  25 ,  et  y  arriva  le 
lendemain.  Ayant  appris  que  l'empereur  étoit  à  quelque 
distance  de-là  .  à  la  tète  de  50000  hommes,  il  s'enferma 
rt.ns  un  château  appartenant  à  l'archevêque  de  Reims,  de 
l'avis  des  prélats  de  sa  suite,  qui  allèrent  trouver  le  prince. 
Celui-ci  nia  qu'il  eût  rien  promis,  et  ne  donna  que  des  ré- 
punses  vagues,  qui  firent  juger  qu'il  méditoit  quelque  mau- 
vais dessein  ;  c'est  pourquoi  on  jugea  que  le  seul  parti  qu'il 
y  avoit  à  prendre,  étoit  de  se  retirer. 

Néanmoins,  comme  l'empereur  avoit  dit  en  dernier  lieu 
qu'il  délibérerait  pendant  la  nuit,  et  donnerait  sa  dernière 
réponse,  le  comte  de  Troyes  et  les  éveques  conseillèrent 
au  pape  de  l'attendre,  afin  de  ne  lui  donner  aucun  sujet  de 
plainte;  mais  ce  fut  inutilement,  et  le  pape  craignant,  non 
sans  fondement,  de  la  part  de  ce  prince,  quelque  chose  de 


PAPE*  Ï5lj         XII  SIECLE. 

semblable  à  ce  qui  ctoit  arrivé  à  son  prédécesseur,  il  se  ré- 
fugia dans  un  château  du  comte  de  Troyes.  11  en  partit  le 
dimanche  27,  et  lit  tant  de  diligence,  qu'il  arriva  à  Reims 
d'assez  bonne  heure,  quoiqu'il  eût  fait  vingt  lieues,  pour 
y  officier  et  ordonner  Frédéric  évoque  de  Liège.  Le  len- 
demain, l'évèque  d  :  Crcme  exposa  au  concile  le  mauvais 
succès  de  la  négociation.  Le  [tape  se  trouva  incommodé, 
tant  de  la  fatigue  du  voyage,  que  de  la  crainte  dont  il  a\oit 
été  saisi.  Cependant  le  concile  avançoit,  et  on  dressa  les 
canons  qui  furent  lus  le  50  en  présence  de  sa  Sainteté.  Le 
premier  condamne  les  simoniaques;  le  second,  les  investi- 
tures données  par  les  laïques  ;  le  troisième ,  ceux  qui  s'em- 
parent des  biens  de  l'église  ;  le  quatrième  renouvelle  le 
huitième  du  concile  de  Toulouse,  et  défend  de  rien  exiger 
pour  les  baptêmes,  le  saint  crème,  les  saintes  huiles,  et 
pour  la  sépulture  ;  le  cinquième  et  dernier  défend  aux  prê- 
tres et  diacres  de  se  marier.  On  prétend  que  ce  décret  fit  tant 
d'impression  en  Angleterre  et  en  Allemagne,  comme  émané 
d'un  pape  inflexible,  qu'aucun  ecclé  iastique  n'osa  contrac- 
ter de  mariage,  ce  qu'on  n'avoit  pu  obtenir  depuis  plus  de 
soixante  ans ,  quoique  la  même  défense  eût  été  faite  en  plu- 
sieurs conciles.  '  Ce  fut  ce  qui  donna  lieu  à  ces  vers.  cent.  Magd.  cent. 

1  Xll.     1093,     1094, 

1291,  1391. 

0  bone  Calliste ,  nunc  clerus  oditte. 
Olim  presbyteri  poterant  uxoribus  uti, 
Hoc  sustulisti,  quando  tu  papa  fuisti ,  etc. 

Le  jeudi  suivant  34  octobre,  le  pape  excommunia  l'em- 
pereur, l'anti-pape  Bourdin  et  leurs  adhérens.  Ainsi  finit  le 
concile  de   Reims.   '  Calliste  y   termina  plusieurs  différends,  Batuz.  mise.  t.  2, 

p   91 

dont  nous  ne  parlerons  pas  ici.  Le  \  de  novembre,  il  ac- 
corda un  privilège  à  Gérard  abbé  de  Josaphat.  Le  lendemain 
il   écrivit  à  Geofroi    évêque  de  Chartres,  '  qui  lui  avoit  en-  souch.not.  in  ep. 

,  i  132     Yv    Carnot 

voyé  un  règlement  ou  décret  sur  la  réception  des  chanoines  p.  231. 
de  son  église,  tendant  à  en  extirper  la  simonie  :  le  pape  l'ap- 
prouva et  le  confirma.  Etant  à  Laon ,  il  recommanda  fort 
à  Barthelemi  évêque  de  cette  ville,  saint  Norbert  qui  y 
jettoit  les  premiers  fondemens  de  son  ordre,  et  répandoit 
une  bonne  odeur  dans  tout  le  diocèse. 
'Calliste  prit  ensuite  la  route  de  Gisors,  où  le  roi  d'An-  Gaii . c hr . no v . t  x , 

r  instr.  p.  162,  163. 

T  t  t  ij 


XII  SIECLE. 


516  CALLISTE  II, 


gleterre  devoit  se  trouver.  Lorsqu'il  passa  par  Beauvais, 
Alard  abbé  de  Cheminon,  abb  ye  de  chanoines  réguliers, 
depuis  de  l'ordre  de  Citeaux,  située  au  dioeèse  deChàlon, 
vinl  lui  porter  des  plaintes  de  ce  que  Guillaume  de  Cham- 
peaux  le  troubloit  dans  la  possession  de  ses  privilèges.  Le 
pape  ne  termina  point  alors  celte  affaire,  mais  il  le  fit  étant 
dans  l'abbaye  de  Cluni,  où  il  fit  expédier  le  5  de  janvier 
suivant,  une  bulle  qui  confirme  les  privilèges  de  Cheminon  ; 
mais  avec  les  modifications  et  les  réserves  ordinaires  à  l'é- 
vêque  diocésain,  qui  avoient  donné  lieu  à  la  contestation. 
Les  auteurs  du  Gallia  Christiana,  trompés  par  la  date  de 
celte  bulle,  dans  laquelle  li3  chancellier  suit  le  calcul  Pi- 
san  ,  ont  cru  que  ceci  s'étoit  passé  au  concile ,  que  Conon 
évéque  de  Palestrine  tint  à  Beauvais  sur  la  fin  de  l'an  4420, 
où  certainement  le  pape  ne  se  trouva  point  ;  d'ailleurs  ,  il 
n'alla  à  Beauvais,  que  pour  se  rendre  à  Gisors,  où  il  dut 
arriver  vers  la  mi-novembre  de  l'an  \\  19. 
Earfm.  1.  5,  nov.  '  A  l'égard  de  l'entrevue  que  Calliste  eut  dans  cette  ville 
avec  le  roi  d'Angleterre,  on  sçait  seulement  qu'il  s'y  agit 
d'affaires  très-importantes,  et  que  l'année  suivante,  la  paix 
qui  en  étoit  le  principal  objet,  fut  conclue  entre  la  France 
et  l'Angleterre.  Le  pape  confirma  les  anciens  usages  et  cou- 
tumes de  Normandie.  Sur  la  fin  des  conférences,  il  pressa 
le  roi  de  rendre  ses  bonnes  grâces  à  l'archevêque  d'Yorck, 
mais  il  ne  put  rien  obtenir, 
chron.  Maurin.  'Le  pape  pensant  à  retourner  en  Italie,  passa  par  Paris 
sans  s'y  arrêter,  et  se  rendit  à  Melun ,  où  le  roi  et  la  reine 
avec  toute  la  cour,  et  grai  d  nombre  de  prélats  l'attendoient, 
chron.  s.  Pétri,  pour  lui  souhaitter  un  heureux  voyage.  '  En  passant  par  Sens, 
Arnaud  abbé  de  saint  Pierre  le  Vif,  lui  porta  des  plaintes 
contre  les  abbés  de  .Molême  et  de  Moutiers  saint  Jean,  qui 
conc.  t.  x,p.  834,  s'étoicnt  emparés  '  de  quelques  fonds  de  son  monastère.  Sa 
Sainteté  chargea  l'évêque  de  Langres  de  cette  affaire,  lui 
enjoignant  de  rendre  prompte  justice  à  l'abbé  Arnauld. 
Ann.  cist.  chron.  '  Calliste  continuant  sa  roule,  arriva  à  Saulieu,  où  il  confirma 
cist.  t.  i,p.  3c.  ]cs  prein;ers  griots  de  Cîteaux,  par  ses  lettres  datées  du  22 
conc.  ib.  p.  328.  décembre.  Il  célébra  la  fêle  de  Noël  à  Autun;  '  Brunon  ar- 
Mart.  1. 1,  p.  660.  chcvèquc  de  Trêve,  qui  éloit  venu  l'y  joindre,  '  l'accom- 
pagna jusqu'à  Cluni,  où  le  pape  lui  accorda  un  privilège 
que  D.  Marlenne  a  publié  dans  sa  grande  collection. 


PAPE.  517      XIISIECLE. 


'Pendant   le    séjour   que   Calliste   fit   dans   cette    abbaye,   Hist.dEsp.de Fer- 
Hugues    évoque    de     Porto    en    Portugal,     et    auparavant  d^rm.1"^^8  p.' 
archidiacre    de    saint    Jacques    en    Galice,    vint    se   plain-  348- 
drc    de    l'archevêque    de    Bragues    son    métropolitain,    et 
de     l'évèque     de    Coïmhre,    qui    avoicnt    usurpé    quelques 
églises  de  son  diocèse.   11  étoit  aussi  chargé  de  solliciter  l'é- 
rection de  saint  Jacques  en  métropole,  ce  qu'il  obtin'.  La 
bulle  en  fut  expédiée  à  Cluni,   et   par  conséquent  avant  le 
4  4  janvier  1120,   et  publiée  le  25  juillet  suivant  à  Com- 
postelle.   Le  pape  manda  en  même-temps  au  nouveau  mé- 
tropolitain   D.    Diegues    Gelmires,    qu'il    établit    aussi    son 
légat   dans   la   province  de  Bragues,  de  célébrer  incessam- 
ment un  concile  à  Compostelle,  '  pour   y  faire  la  fonction  ib.  351. 
de  légat  et  de  métropolitain  :  ce  qu'il  exécuta  au  mois  de 
mars  1121.  Le  P.   Pagi  et  Baronius  ont  placé  mal-à-propos 
cet  événement  en  l'an  1123;  peut-être  auront-ils  pris  pour 
la  bulle  d'érection  de  l'église  de  Compostelle  en   métropole, 
une  bulle  qui  est  réellement  du  29  novembre  1123,  adres- 
sée à  D.  Diegues ,  '  par  laquelle  le  pape  annexe  pour  tou-  ib.  360. 
jours  à  l'église  de  saint  Jacques,  la  province  de  Merida. 

De   Cluni,    Calliste   alla    à  Mâcon ,    et  recommanda   fort  n>.  is,  conc.  t.  x, 
à  l'évêque,   ainsi  qu'à  celui   de  Châlon ,  de  tenir  la  main,  p'  842- 
qu'on  n'exerçât  aucune  violence   dans   l'enceinte  de  l'église 
de    Tournus   qu'il    venoit    de    consacrer.   Les  chanoines  de 
Mâcon  obtinrent  le  même  jour  des   lettres  contre  quelques 
seigneurs,   '  qui  ravageoient   un  village  dépendant  de  leur  ib.  ep.  31,  t.  %, 
église.   Umbaut    archevêque   de   Lyon,  '  fut  ensuite    chargé  PD.  ep.  32. 
de  faire  cesser  ces  violences,   par  une  commission  datée  de 
Vienne  le  10  février.  Le  4  de  ce  mois,  '  Calliste  avoit  écrit  Bainz.  mise,  t.  2, 
à    Marbode   évêque  de  Rennes,   au   sujet  d'une  excommu-  p' 596 
nication,    que    l'abbé    et    les    religieux    de    saint    Melaine 
avoient  encourue.   Il  paroit  qu'ils  avoient  eu  quelque  diffé- 
rend avec   les  chanoines  de  la  cathédrale,   et  que   l'affaire 
ayant  été  portée  au  saint  siège,   ils  ne  s'étoient  pas  soumis 
à  sa  décision. 

'Avant  que  de  quitter  Vienne,  Calliste  qui  avoit  comllé  de  Ep.  3.  t.  io,  conc. 
biens  cette  église  pandant  les  trente-six  ans  qu'il  l'avoit  gou-  p'  858" 
vernée,  voulut  lui  donner  encore  des  marques  de  son  ten- 
dre attachement,   en  lui  accordant  la  primatie  sur  les  sept 
provinces,    qui    faisoient    un   corps   séparé   sous   le   règne 

3  5  * 


ÏII  SIECLE. 


S^  CALLISTE  II, 

d'Honoré,     et     qui      comprenoient     l'ancienne    Narbonoise 

avec     l'ancienne    Aquitaine,     sçavoir,     Vienne,      Bourges, 

Dissert,  ad  conc.  Bourdeaux  ,  '  Ausch  ,  Narbonne  ,    Aix  ,  Emlirun.   Il   se   fon- 
Claroni.  an.  1005.     ,•,.,.,,.,  ,  ,•         . 

doit  ,   dit   M.   de   Marca  ,   sur   la    notice  des  provinces,    ou 

celle  de  Vienne  et  sa  métropole ,  civitas  Viennensium ,  est 
la  première  des  sept,  cousine  la  province  de  Lyon  est  la 
première  des  Lyonnoiscs  ;  se  persuadanl  que  si  ses  prédé- 
cesseurs a  voient  pu  pour  celle  raison  les  soumettre  à  l'ar- 
chevêque de  Lyon,  et  l'en  établir  primat,  il  pou  voit  de 
même  soumettre  les  sept  à  l'archevêque  devienne;  et  pour 
éviter  les  difficultés  qui  pouvoient  naître  de  la  part  des  ar- 
chevêques de  Narbonne  et  de  l'ourgcs,  qui  se  disoient 
aussi  primats,  il  établit  celui  de  Vienne,  légat  du  saint  siège 
dans  ces  provinces;  ce  qui  donna  lieu  dans  la  suite  aux  ar- 
chevêques de  Vienne ,  de  prendre  le  titre  de  primat  des 
primats  ;  mais  ils  ne  purent  jamais  jouir  d'un  privilège  si  nou- 
veau ,  dit  l'historien  de  Languedoc,  et  si  extraordinaire, 
qui  n'étoit  fondé  que  sur  des  actes  supposés.  Calbste  ajouta, 
de  plus  aux  six  suffragans  de  Vienne,  l'archevêché  de  Ta- 
ran taise  ,  exempta  l'archevêque  de  la  jurisdiction  de  tout 
légat,  qui  ne  seroit  ni  cardinal,  ni  à  lut  ère ,  et  confirma 
enfin  par  la  même  bulle  tous  les  privilèges  de  l'église  de 
Vienne  ,  les  églises  et  les  monastères  qui  en  dépendoient. 
Elle  ne  fut  expédiée  que  le  25  février,  le  pape  étant  alors 
à  Valence.  L'église  collégiale  de  Romans  que  Calliste  sou- 
meltoit  à  Vienne,  et  qui  se  prélendoit  exempte,  put  être 
cause  que  la  bulle  ne  fut  pas  plutôt  expédiée;  il  semble 
même  que  le  pape  voulut  aller  sur  les  lieux,  et  voir  par 
lui-même  les  titres  sur  lesquels  cette  église  s'appuyoit  : 
Visis  tamen  prœdecessorum  nostrorum  privilegiis,  etc. 

Marra,  iiisp.  p.  'Calliste  y  donna  deux  bulles;  la  première,  adressée  aux 
religieux  et  religieuses  de  saint  Culgat,  S.  Curufutis ,  est 
du    \".\   février;  et  la  deuxième,  aux  chanoines  de  saint  Jean 

Conc  t.  x,  p.  835.  de  Besançon  ,  du  jour  suivant.  '  Le  P.  P.igi  observe  fort  bien 
sur  la  date  de  la  première,  qui  est  ainsi  conçue  :  DatumRo- 

Bp.  13.  mœ  wii  cal.  mart.  qu'il  faut  lire,  datum  Romanis  xvi  ,  etc. 

Mais  il  est  surprenant ,  que  rapportant  avec  assez  d'exacti- 
tude la  route  que  le  pape  tint  de  Paris  à  Romans ,  il  ne 
l'ait  pas  fait  passer  par  Vienne,  où  il  fit  cependant  un  séjour 
assez  long. 


P  A  P  K  v>  \  9 

r  A  '   Ej"  01î*         XII  SIECLE. 


De  Romans,  Calliste  alla  à  Valence;  il  témoigna  sa  re- 
connoissanee  à  Pons  abbé  de  Cluni ,  des  grands  services  qu'il 
lui  avoit  rendus  ,' par  une  bulle  très-honorable  à  son  mo-  ib.  ep.  22,  p  845. 
na stère.  Il  y  confirme  tous  les  privilèges  accordés  à  cette 
célèbre  abbaye  par  ses  prédécesseurs,  depuis  Jean  XI.  Trois 
jours  après,  le  privilège  de  l'église  de  Vienne  fut  enfin 
expédie.  Cnlliste  l'adressa  au  doyen  et  aux  chanoines  de  Vien- 
ne, le  siège  n'étant  pas  encore  rempli  par  Pierre,  qui  suc- 
céda immédiatement  à  Gui.  11  partit  le  même  jour  pour 
Viviers ,  dont  il  dédia  l'église  le  26  ou  27 ,  et  alla  à 
Gap. 

'  Turstin    qui   avoit    toujours  accompagné   le    pape   depuis  Eadm.  hist.  nov.i. 
la  conférence  de  Gisors,    obtint  la    permission    de    retourner    '  p' 
à  son  diocèse.  Le  pape   l'avoit  exempte  de  la  jurisdiction  de 
Rodolphe  son    primat,   qui    s'opposoit  à  son    retour,    s'il  ne 
lui  prêloit  pas  le  serment  ordinaire.  '  11  confirma  cette  exern-  Thom.  stab.   ap. 

■  •  1        1    1  1    .'  j      n  1       -     J  1  Seld.  t.  2,  p    1716. 

plion  par  des  lettres  datées  de  Gap  le  o  de  mars,  par  les- 
quelles il  enjoignoit  à  Rodolphe,  sous  peine  d'interdiction 
•de  toutes  fondions  ,  de  recevoir  Turstin  sans  exiger  de  ser- 
ment.  11  écrivit  aussi  au  roi  d'Angleterre  en   sa  faveur. 

Enfin  le  pape  voulant  passer  en  Italie,  se  rendit  à  iMont- 
pcllitr,  de-là  à  saint  Gilles;  et  ayant  traversé  la  Provence 
sans  s'y  arrêter,  il  arriva  aux  pieds  des  Alpes,  prit  sa  route 
par  Suze,  et  arriva  à  la  petite  ville  de  saint  Ambroise,  près 
de  laquelle  est  située  la  célèbre  abbaye  de  l'Ecluse.  Les 
fidèles  accouroient  de  toutes  parts  sur  sa  route,  pour  se  pros- 
terner devant  le  vicaire  de  Jcsus-Christ.  On  vit  le  même 
empressement  dans  les  villes  de  Lombardie.  L'archevêque 
de  Milan  alla  au-devant  de  sa  Sainteté,  et  l'accompagna 
jusqu'à  Tortonne,  l'informant  de  la  route  qu'il  devoit  tenir, 
pour  éviter  les  embûches  des  schismatiques.  On  lui  rendit 
de  grands  honneurs  à  Plaisance,  à  Loques,  à  Pise,  où  il  fit 
la  dédicace  de  l'église  cathédrale.  En  passant  par  Volterre, 
il  dédia  l'église  de  saint  Pierre,  '  et  fit  présent  de  quelques  Faico.chron. 
reliques  du  saint  Apôtre  et  de  saint  Paul 

A  la  première  nouvelle  qu'on  eut  à  Rome  que  le  pape 
approehoit,  Pierre  évêque  de  Porto,  vicaire  de  la  ville,  alla 
au-devant  accompagné  des  autres  cardinaux,  du  clergé, 
des  corps  de  ville,  '  et  d'un  peuple   infini.  Eginon  abbé  de  Epist.  •  Egin.  ap. 

r  '  r      r  o  Malniesb.  et  Bar. 

saint    Udalric,    qui    s  y    trouva,   rapporte   qu  on   envoya    a  ad  1120. 


III  SIECLE. 


520  CALLISTE  11, 

plus  de  trois  journées  le  recevoir.  Il  arriva  à  Rome  le  3  de 
juin  1120  indiclion  xm.  Son  entrée  fut  telle,  qu'on  ne  se 
souvenoit  pis  d'en  avoir  vu  aucune  de  ses  prédécesseurs, 
aussi  magnifique  et  aussi  auguste. 

L'antipape  Bourdin  s'étoit  prudemment  retiré  à  Sutri, 
place  forte,  distante  de  Rome  de  vingt-cinq  mille,  d'où  il 
désoloit  tous  les  environs.  Pour  arrêter  ses  violences,  Cal- 
liste  fut  obligé  de  sort;r  de  Rome,  et  d'aller  dans  la  Pouille 
demander  du  secours  au  duc  et  autres  seigneurs  Normands. 
Il  partit  donc  de  Rome,  accompagné  du  cardinal  Hugues, 
gouverneur  de  Bén:vent,  alla  d'abord  au  mont  Cassin ,  où  il 
fit  un  assez  long  séjour,  et  arriva  à  Bénévent  le  8  d'août.  Son 
entrée  y  fut  aussi  magnifique  qu'à  Home,  et  la  joie  égale. 
Guillaume  duc  de  la  Pouille,  Jordan  comte  de  Capouë, 
et  les  autres  seigneurs,  lui  prêtèrent  serment  de  fidélité, 
et  satisfirent  pleinement  à  ses  demandes. 
Mart.  amp.  coll.     'Le  5  de  décembre  1120,  Calliste  écrivit   de  saint   Ger- 

t.l.  6  p.  Gl.lGall.  .       ,    „T1  i        *  j       n  c  j  u 

chr.  nov.  t.  2,  p.  main  a  ulgnn  archevêque  de  Bourges,  en   laveur  des   cha- 

174-  noines     réguliers,    que  Léger    son    prédécesseur    avoit   in- 

troduits dans  l'abbaye  de  Cbarenton,  après  en  avoir  dis- 
persé les  religieuses  qui  étoient  très-dérangées.  Léger  étant 
mort,  les  chanoines  de  saint  Etienne  avoient  rappelle  les 
religieuses  pendant  la  vacance ,  et  expulsé  les  chanoines 
réguliers.  Le  pape  enjoint  à  Wlgrin  de  les  rappeller,  ce 
qui  ne  paroit  pas  avoir  été  exécuté ,  les  religieuses  étant 
demeurées  en  possession  de  leur  monastère. 

Mart.  amp.  cou.  t.  'Calliste  étant  revenu  à  Rome  sur  la  fin  de  l'année,  son 
premier  soin  fut  de  rétablir  le  siège  épiscopal  de  Cisterne, 
qui  ne  subsistoit  plus  depuis  la  ruine  de  cette  ville  par  les 
Sarrasins.  Mais  comme  elle  avoit  été  rebâtie  depuis,  et 
étoit  très-peuplée,  il  jugea  à  propos  de  lui  donner  un 
évoque,  qui  fut  le  cardinal  Jean.  La  bulle  est  datée  du  1 4 
janvier  1121  ,  la  deuxième  de  son  pontificat. 

Cette  année  fut  glorieuse  à  Calliste,  par  la  prise  de  Sutri 
qu'il  emporta  sur  les  schismatiques  avec  le  secours  des  Nor- 

conc  t.  x,  p.  894.  mans ,  '  et  par  celle  de  l'antipape  Bourdin  leur  chef.  Il  fit 
aussitôt  part  de  cette  heureuse  nouvelle  aux  archevêques, 
évéques,  abbés,  et  fidèles  de  France,  par  une  lettre  datée 
du  27  avril.  II  écrivit  aussi  au  roi  Louis  le  Gros,  qui  lui 
avoit   fait  de  vives  plaintes,  sur  ce    qu'il  avoit    confirmé  à 

l'archevêque 


"AIE.  b-1       XII SIECLE 


l'archevêque  de  Lyon  le  droit   de  primatie,  qu'il  prétendoit 
avoir  sur  celui  de  Sens.  Calliste  ,  après  avoir  fait  le  récit  de 
la  prise    de  Bourdin ,  mandoit  au  roi  qu'il  avoit  suspendu, 
à   sa   considération  ,  l'exécution  de  ce  privilège.  Le  roi    peu 
satisfait  de  cette   lettre  qui  est  perdue,  et  regardant  l'assujé- 
tissement  de  l'archevêque  de  Sens  à  celui  de  Lyon,  connue 
un  outrage  fait  à  lui-même,  répliqua  au  pape,  qu'il  souffri- 
roit    plutôt    l'embrasement   général   de  son   royaume,  qu'un 
tel  affront  :  Sustinerem  potiùs  regni  noslri  totius  incendium, 
etc.  Ainsi  il  demanda  la  révocation  de  ce  privilège,  '  en  re-  ib.  855. 
présentant  les    grands   services  que  la   France  avoit  rendus 
de  tout  temps  au  saint  siège ,  et  ceux  qu'il  lui  avoit  rendus 
personnellement. 

'Après  l'heureuse  expédition  de  Sutri  ,  Calliste  entra  Panduiph.j Faico.l 
triomphant  à  Rome,  l'antipape  Bourdin  marehoit  devant,  Gros!"'  n° 
revêtu  d'une  peau  de  chèvre  ou  de  brebis  toute  ensanglan- 
tée, monté  à  rebours  sur  un  chameau,  dont  il  tenoit  la 
queue  entre  ses  mains,  comme  pour  lui  servir  de  bride.  Il 
passa  en  cet  équipage  à  travers  la  ville,  exposé  aux  insultes 
de  la  populace,  qui  l'auroit  mis  en  pièces,  si  le  pape  l'eût 
abandonné  à  sa  fureur.  Ce  triomphe  mémorable  fut  peint 
avec  cette  inscription,  '  rapportée  par  Otlon  de  Frisingûe,  ou.  chron.  1. 7,  c 
et  qu'Onuphre  témoigne  avoir  lue  dans  le  palais  de  La- 
tran. 


16. 


Ecce  Calistus  honor  patria;,  decus  impériale, 
Burdixiim  nequam  damnai  pacemque  reformât. 

Sugcr  rapporte  que  Calliste  étoit  représenté  foulant  aux 
pieds  l'antipape  Bourdin.  Ce  malheureux  fut  relégué  dans 
le  monastère  de  Cave ,  d'où  on  le  transféra  l'année  suivante 
à  Janula  près  saint  Germain.  Honoré  III,  successeur  de  Cal- 
liste, l'en  lira  l'an  -H:2i,  el  le  fit  enfermer  dans  le  fort  de 
Fumone,  qui  servit  dans  la  suite  îles  temps,  de  prison  au 
saint  pape  Célestin.  Bourdin  y  finit  ses  jours  dans  un  âge  fort 
avancé,  sans  donner  aucune  marque  de  repentir. 

Pour  revenir  à  Calliste ,  ce  pape  profitant  de  ses  avanta- 
ges, fit  démolir  à  Rome  la  forteresse  de  Cencius  Frangipa- 
nes, attaqua  le  comte  et  autres  seigneurs  Romains,  qui 
avoient  envahi  les  biens  de  l'église,  les  poursuivit  vivement, 

Tome  X.  V  u  u 


XII  SIECLE. 


S22  CALLISTE  II, 

et   extermina   la  plupart  de  ces  petits  tyrans. 

Le  6  juillet,  Calliste  envoya  le  pallinm  à  Guarimond, 
François  de  nation ,  élu  patriarche  de  Jérusalem  après  la 
mort  d'Arnoul  II  écrivit  à  l'archevêque  de  Césarée,  aux 
évoques,  abbés,  prieurs  de  la  province;  à  Baudouin  roi 
de  Jérusalem,  aux  princes,  au  clergé,  au  peuple  de  la  sainte 
cité,  pour  les  féliciter  de  ce  que  leur  élection  avoit  été  una- 
nime. Il  confirma  le  même  jour  par  une  bulle  l'établisse- 
ment des  chanoines  réguliers  de  saint  Augustin  ,  dans  l'é- 
glise du  saint  Sépulcbre ,  fait  par  le  prédécesseur  de  Gua- 
rimond. Cette  bulle  étoit  adressée  à  Gérard  prieur,  et  à 
ses  frères,  y  faisant  profession  de  la  vie  régulière.  Si  ce  Gé- 
rard est,  comme  il  y  a  lieu  de  le  croire,  l'instituteur  de 
l'ordre  des  chevaliers  de  saint  Jean ,  on  a  tort  de  mettre  sa 
mort  on  1118  ou  I  120  ,  comme  on  l'a  fait  jusqu'à  présent, 
sur  l'autorité  de  la  chronique  de  Maillczais  ,  puisque  Cal- 
liste  lui  adresse  une  bulle  datée  du  6  juillet  de  l'an  1122,  la 
troisième  de  son  pontificat.  Les  trois  lettres  dont  nous  ve- 
nons de  parler,  qui  n'ont  point  encore  été  publiées,  sont 
datées  du  6  juillet  ;  l'année  n'est  marquée  que  dans  la  bulle, 
et  selon  le  calcul  Pisan,  1  122  pour  1121 . 

Vers  le  mème-temps  ,  Calliste  envoya  deux  cardinaux 
en  Allemagne ,  pour  concerter  avec  Adalbert  archevêque 
de  Maycncc ,  les  moyens  de  réduire  l'empereur.  Ce  prélat, 
faute  de  consulter  l'évangile ,  n'en  trouva  point  d'autres 
(pic  de  soulever  toute  la  Saxe  et  les  autres  provinces,  et 
(l'aller  attaquer  ce  prince.  Ce  dessein  fut  d'abord  exécuté 
avec  vivacité  ;  mais  Dieu  ayant  touché  les  cœurs ,  dans 
le  moment  que  les  armées  étoient  en  présence  ,  et  se  dis— 
posoient  à  en  venir  aux  mains,  on  réfléchit  sur  les  suites 
fâcheuses  d'une  guerre  injuste;  on  mit  bas  les  armes;  et 
pour  conclure  la  paix  ,  on  indiqua  une  diète  à  Wirsbourg 
au  29  septembre.  Les  cardinaux  envoyés  par  le  pape ,  s'en 
étoient  retournés  après  leur  négociation  ,  et  arrivèrent, 
comme  le  remarque  Pandulphe ,  dans  le  temps  qu'il  se 
disposoit  à  faire  un  second  voyage  en  Pouille.  Il  avoit  pour 
objet,  d'engager  Roger  comte  de  Sicile,  à  abandonner  la  Ca- 
labre,  où  il  avoit  fait  une  irruption  ,  et  de  confirmer  le  traité 
qu'il  avoit  fait  avec  ce  comte,  et  avec  Guillaume  duc  de 
Pouille.  Calliste  arriva  le  5  septembre  à  Bénévent;  le  45, 


PAPE-  323      XIIS1ECLE> 


il   sacra    Romuald,  cardinal-diacre,    qui  avoit   été  élu  évo- 
que à  la  place  d'Alfanc,  mon   le  29  août.  Ce  cardinal  est 
différent  de   l'auteur  de  la  chronique,  connue  sous  le  nom 
de   Romuald  de  Salerne.    De   Bcncvcnl,    le   pape    envoya    le 
cardinal    Pierre    de    Léon  '  légat    en    France    et  en   Angle-  Maim.  îib.  12. 
terre;  mais  le  roi  Henri  ayant  refusé  de  le  recevoir,   il  re-  Splc' l" 3'  p-  146' 
passa  en   France.  Gérard  d'Angoulême    fut  aussi   nommé  lé- 
gat  des  provinces  de  Bourges,    Bourdeaux,    Auch ,    Tours, 
et  de  la  Grande  Bretagne.    Les  lettres  que  le   pape    écrivit 
à  ce  sujet  aux  prélats  de  ces  provinces,  '  sont  datées  de  Bé-  t.  x,  conc.  p.85i. 
névent  le  i6  octobre.    Il   y    est    marqué    que    Gérard    avoit 
déjà  été  légat  sous  Pascal  II,    ce  qui  a  donné  lieu  de  croire, 
non  sans  fondement,   que   Gelase  l'avoit  révoqué. 

'Nous  voyons  cette  même  année  le  cardinal  Boson  en-  Hist.  d'Esp.t.  3,  p. 
voyé  en  Espagne,  y  célébrer  un  concile  à  Sabagun.  Le 
pape  informé  par  ce  légat ,  des  excès  ausquels  Urraque 
reine  de  Léon  s'étoit  portée  contre  l'archevêque  de  C0111- 
postelle,  qu'elle  avoit  fait  enfermer,  lui  écrivit,  ainsi  qu'à 
Bernard  archevêque  de  Tolède,  aux  autres  prélats,  au  roi 
et  à  la  reine.  Il  enjoignoit  de  tenir  un  concile,  et  démet- 
tre le  royaume  en  interdit,  si  la  reine  ne  mettoit  le  pri- 
sonnier en  liberté,  et  ne  lui  rendoit  ses  biens,  dont  elle  s'é- 
toit emparée  ;  mais  cette  alfaire  étoit  terminée,  le  prélat 
ayant  été  relâché  après  huit  jours  de  prison. 

Celle  pour  laquelle  le  pape  étoit  allé  en  Pouille ,  n'eut 
pas  un  heureux  succès.  Le  cardinal  Hugues  qu'il  avoit  en- 
voyé au  comte  Roger,  aussitôt  qu'il  fut  arrivé  à  Bénévcnt, 
ne  put  rien  gagner  sur  son  esprit ,  en  conséquence  Calliste 
prit  la  résolution  de  le  réduire  à  la  raison  :  l'entreprise  étoit 
difficile.  Étant  à  Bitonto,  Suger  religieux  de  saint  Denis, 
vint  le  trouver  de  la  part  de  Louis  le  Gros,  qui  l'avoit  char- 
gé d'affaires  importantes.  Après  s'être  acquitté  de  sa  com- 
mission,  il  partit  pour  revenir  en  France,  malgré  les  pres- 
santes sollicitations  que  lui  fit  le  pape  pour  le  retenir  quel- 
que temps  auprès  de  lui.  Suger  étant  en  route,  apprit  qu'A- 
dam abbé  de  saint  Denis  étoit  mort,  et  qu'on  l'avoit  élu  pour 
lui  succéder.  Il  fut  ordonné  prêtre  le  dimanche  de  la  passion  , 
qui  cette  année  -H  22  tomboit  le  -H  de  mars,  et  reçut  le  len- 
demain la  bénédiction  abbatiale.  Cela  fixe  le  temps  de  la 
légation   de  Suger,    que  Baronius    place    mal-à-propos  en 

V  u  u  ij 


XII  SIECLE. 


524 


CALL1STE  II, 


1  120.  Ceux  qui  la  mettent  en  1123,  se  trompent  également. 

C  :lliste  tomba  dangereusement  malade  en  Calabre, 
et  fut  obligé  d'en  sortir  à  petit  bruit,  après  avoir 
perdu  le  cardinal  Hugues ,  et  plusieurs  autres  personnes 
distinguées ,  avec  un  grand  nombre  d'officiers  qui  lui 
étoient  très-attachés.  On  le  transporta  dans  une  litière,  pre- 
mièrement à  Salerne,  ensuite  à  Bénévent ,  où  il  étoit  le 
25  février,  et  enfin  à  Rome. 

Le  4  9  mars  H 22,  Calliste  rendit  un  jugement  définitif 
en  faveur  des  chanoines  de  saint  Jean  de  Besançon,  contre 
les  chanoines  de  saint  Etienne,  qui  leur  disputoient  le  droit 
de  métropole ,  et  déclara  ceux-ci  déchus  de  leurs  préten- 
tions ,  et  les  condamna  à  lui  remettre  incessamment  les  let- 
tres de  Pascal  II,  le  seul  titre  qu'ils  eussent,  quoiqu'il  fût 
manifeste  qu'ils  l'avoient  surpris  par  intrigues  en  H  15.  Il 
t.  s,  conc.  p.  836.  écrivit  trois  lettres  sur  ce  sujet  :  '  la  première  adressée  à  An- 
seric  archevêque  de  Besançon,  contient  toute  la  suite  de 
cette  affaire  depuis  son  origine.  Elle  est  datée  du  xiv  des 
calendes  d'avril  ,  iudiction  xv  :  la  deuxième,  adressée  aux 
chanoines  de  saint  Etienne,  n'est  connue  que  par  la  troi- 
sième, dans  laquelle  le  pape  fait  part  de  sa  décision  aux  évê- 
ques  et  aux  abbés  de  la  province,  leur  enjoignant  de  re- 
garder l'église  de  saint  Jean,  comme  la  seule  métropolitaine. 
La  date  de  cette  lettre  ainsi  exprimée,  datum  Tarenti ,  xv 
idûs  novembris,  est  fort  suspecte:  car  il  paroit  très-vraisem- 
blable qu'elle  fut  écrite  au  palais  de  Latran ,  comme  la  pre- 
mière et  le  même  jour. 

'  Vers  le  mois  d'avril  de  cette  année ,  Pons  abbé  de  Cluni 
fit  la  démission  de  son  abbaye  entre  les  m  .ins  de  Calliste  qui 
la  reçut  avec  peine ,  ayant  toujours  reconnu  de  grandes 
qualités  dans  cet  abbé,  et  un  zélc  ardent  pour  son  service. 
En  conséquence  il  écrivit  aux  religieux  de  Cluni ,  de  fa.re 
l'élection  d'un  nouvel  abbé.  Sur  la  fin  de  juin  ,  il  invita  les 
archevêques  et  évêques  au  concile  général ,  qu'il  se  propo- 
soit  de  tenir  l'année  suivante  dans  l'église  de  Latran.  '  Dom 
JVJartennc  a  donné  au  public  la  lettre  qu'il  écrivit  à  l'arche- 
vêque de  Dol  le  25  de  juin. 

Dans  ces  entrefaites,  l'évêque  de  Spire  et  l'abbé  de  Ful- 
de  arrivèrent  à  Rome  ,  pour  demander  la  paix  de  la  part 
de  l'empereur  et  des  princes  d'Allemagne.   Ils  priereut   sa 


Chron.  Clun.  ann. 

1122. 


Mart.  anecd.  t.  3, 
285. 


PAPE-  ^2^         XIISIECLB. 


Sainteté  d'envoyer  avec  eux  les  cardinaux,  qui  avoient  déjà 
travaillé  avec  tant  de  sui  ces  à  disposer  les  esprits,  ce  qui 
leur  fut  accordé.  La  paix  fut  conclue  à  Wonns,  'dans  une  Anseim.  Gembi. 
diète  tenue  au  mois  de  septembre.  On  y  convint ,  après 
plusieurs  conférences,  que  l 'empereur  renonceroit  aux 
investitures  par  l'anneau  et  le  bâton  pastoral,  qu'il  restituc- 
roit  les  droits  régaliens,  et  les  biens  enlevés  à  l'église  pen- 
dant le  schisme  ;  qu'il  donneroit  enfin  une  paix  solide  au 
pape  ,  et  l'aideroit  toutes  les  fois  qu'il  en  seroit  requis. 

Le  pape  de  son  côté  consentoit  que  l'empereur  assistât 
à  l'élection  des  évêques  et  abbés  du  royaume  Teutonique  ; 
qu'il  connût  des  différends  qui  y  surviendroient ,  et  les 
décidât  de  l'avis  du  métropolitain,  et  de  la  plus  saine  partie 
des  évêques  de  la  province  ;  enfin  qu'il  donnât  à  l'élu  les 
droits  régaliens  par  le  sceptre  ;  mais  toute  élection  devoit 
être  libre  et  exempte  de  simonie.  Telles  furent  les  condi- 
tions de  la  paix  entre  le  pape  et  l'empereur.  Ces  engage- 
mens  réciproques  furent  rédigés  en  deux  écrits  séparés, 
l'un  pour  le  pape,  l'autre,  pour  l'empereur,  et  lus  hors  la 
ville  devant  un  peuple  infini,  '  qui  s'etoit  rassemblé  de  conc.  t.  x,  p.  001. 
toutes  les  provinces  de  l'empire.  Le  traité  de  Worms  est 
rapporté  par  la  plupart  des  auteurs,  et  se  trouve  dans  la 
collection  des  conciles. 

L'écrit  de  l'empereur  que  Pandulphe  appelle  le  privilège 
de  son  serment ,  '  privilegium  sacramenti  imperatoris ,  parce  Baron, 
qu'il  fit  serment  d'en  observer  tous  les  articles ,  fut  signé  de 
lui  et  des  princes  de  l'empire  ecclésiastiques  et  laïques,  et 
se  conserve  dans  les  archives  du  Vatican  muni  d'un  sceau 
d'or.  L'écrit  du  pape  est  daté  du  23  septembre  -M  22,  ce  qui 
fixe  le  temps  que  ce  traité  si  désiré  fut  signé  et  publié  avec 
tant  de  solemnité.  Le  pape  en  annonça  la  nouvelle  par  des 
lettres  circulaires,  où  il  in^iquoit  un  concile  général  à  Ro- 
me, pour  le  mois  de  mars  de  l'année  suivante. 

'Au    commencement    de    novembre,    Calliste    envoya     le  Ep  33,  t.  x,  conc. 
pallium   à    Bernard   archevêque    de    Tolède,    confirma     les 
privilèges  accordés  à   son  église  par  les  papes  Urbain   II  et 
Pascal   11 ,   'et  lui    soumit    les  évêchés  d'Oviedo ,   de  Léon  Ep-  34. 
et  de  Palence  (saint  Jacques   de  Compostelle  fut  excepté). 
Il  écrivit  en  même-temps  aux  évêques  d'Oviedo,   'de  Léon  in-  854, ep. 35. 
et  autres  prélat»  d'Espagne ,  d'obéir  à  Bernard  comme    à 


in  SIECLE. 


526  CALLISTE  II, 


leur  primat,   qu'il  avoit  de  plus  établi  son  légat  dans  leur 

Msp.  dEsp.  t.  3,  province;  '  mais  ceci  n'eut  pas  grand  effet,  comme  le   re- 

p'  marque    M.    d'Hermilli.    Celte  même  année,   Pelage  arche- 

vêque de  Brague  ayant  été  constitué  prisonnier,  par  ordre 
de  Thérèse  comtesse  de  Portugal,  le  pape  manda  à  l'arche- 
vêque de  saint  Jacques,  qu'il  avoit  fit  son  légat,  d'excom- 
munier la  comtesse,  et  de  jelter  l'interdit  sur  ses  terres,  si 
elle  ne  relâchoit  pas  le  prélat,  ce  qui  lui  fil  recouvrer  la 
liberté. 

usp.  '  Les  princes  de  l'empire  qui  n'avoient  pu  se  trouver  à  la 

diète  de   Worms,   ratifièrent   le   traité  dans  l'assemblée    qui 

conc.  ib.  p.  894.  se  tint  à  Bamberg  le  jour  de  la  saint  Martin.  '  Alors  l'empe- 
reur écrivit  au  pape,  et  lui  envoya  des  députés  chargés  de 
riches  présens.  La  lettre  n'est  pas  venue  jusqu'à  nous,  mais 
nous  avons  la  réponse  du  pape  qui  en  fait  ment  on.  '  C'est 
la  cinquième  dans  la  collection  des  conciles,  où  l'on  voit, 
comme  dans  toutes  les  lettres,  que  l'éditeur  ne  suit  pas  l'or- 
dre chronologique. 

ft.  p.  830.  'L'an  -H23,   Calliste  tint  dans  l'église  de  saint  Jean    de 

Latran,  le  concile  qu'il  y  avoit  indiqué.  L'ouverture  s'en 
fit  le  troisième  dimanche  de  Carême,  qui  cette  année  étoit 
le  48  de  mars.  Il  n'y  eut  q'ie  deux  sessions  tenues  le  lundi  et 
le  mardi,  dans  lesquelles  on  fit  plusieurs  canons  contre  les 
ordinations  simoniaques,  le  concubinage  des  prêtres,  et 
contre  différens  abus  qui  s'étoient  introduits  dans  l'église. 
Les  ordinations  faites  par  l'antipape  Bourdin,  depuis  qu'il 
avoit   été    retranché  de  l'église,   y   furent  déclarées   nulles. 

Bar.  ann.  1122.  L'onzième  canon  est  en  faveur  des  croisés.  '  Il  y  en  a  vingt- 
deux  dans  la  collection  des  conciles.  Baronius  ne  parle  que 
de  dix-sept,  qu'il  avoit  tirés  d'un  manuscrit  du  Vatican. 
Cet  annaliste  observe,  qu'ils  sont  la  plupart  dans  le  décret 
de    Gratien,    qui    travailloit   alors  à    son    ouvrage.   Le  père 

Aiex.hist.ecci.t.6.  Alexandre  s'est  fort  étendu  sur  ces  canons ,  '  et  a  fait  des 
remarques  dan.--  sa  quatrième  dissertation  sur  les  onze  et  dou- 
zième siècles,  qui  méritent  d'être  lues.  Les  envoyés  de  l'em- 
pereur furent  reçus  avec  grande  joie  par  les  pères  du  con- 
cile,  qui  les  regardèrent  comme  des  anges  de  paix,  et  les 
écoutèrent  avec  applaudissement.  Ils  présentèrent  les  ar- 
ticles que  ce  prince  avoit  juré  d'observer  ;  et  après  qu'on 
en  eut  fait  la  lecture ,  ainsi  que  des  canons ,  le  pape  donna 


PAPE-  527       m  SIECLE. 


une  absolution  générale  de  l'excommunication  qu'il  avoit 
prononcée  dans  le  concile  de  Reims  contre  l'empereur 
et  ses  adliérans.  Ainsi  finit  le  concile  de  Latran ,  qu'on 
regarde  comme  le  premier  œcuménique  d'Occident. 

Il   y   fut  arrêté,  qu'on  célébrerait  tous  les  ans  dans  l'é-  Libnitz,  scrip. 
glise,   la    mémoire  du  bienheureux    Conrad    d'Altorf,    évê-  suw.      ' P    ,e 
que    de    Constance.    Odalric    qui    occupoit   alors    ce    siège, 
avoit  écrit  sa   vie ,  et  l'avoit   envoyée    au   pape   de   concert 
avec  son  clergé  et  son  peuple.  Nous    avons   leur   lettre  et 
la    réponse    du    pape,    qui    peut   être    regardée   comme   la 
bulle  de  canonisation  de  ce  saint.  '  Elle  est  adressée  à  Odal-  conc.  ii>.  p.  848. 
rie  évêque,  au  clergé  et    au  peuple   de  Constance,    et  da- 
tée du  28  mars. 

Le  même  jour,  Calliste  écrivit  à  Girbert  évêque  de 
Paris,  qui  s'étoit  apparemment  plaint  de  quelques  abbés 
qui  refusoient  de  lui  obéir,  '  et  lui  avoit  de  plus  demandé,  Conc.  u>.  p.  848. 
si  les  clercs  et  chanoines  de  son  église,  qu'on  élevoit  à 
l'épiscopat,  ou  auxquels  on  conferoit  quelqu'autres  béné- 
fices, pouvoient  encore  jouir  de  leur  prébende.  Calliste 
répond,  que  tout  clerc  et  abbé  de  sa  dépendance  devoit 
lui  obéir,  comme  les  membres  au  chef;  qu'à  l'égard  des 
chanoines  élevés  à  l'épiscopat,  et  transférés  à  quelqu'é- 
glise  ou  bénéfice,  ils  dévoient  cesser  de  jouir  do  leurs  ca- 
nonicats  et  autres  émolumens.  C'est  la  vingt-quatrième 
lettre  dans  la  collection  des  conciles. 

Vers  ce  même  temps,  Oldegaire  évêque  de  Tarragone, 
qui  avoit  assisté  au  concile  de  Latran,  fut  envoyé  à  l'ar- 
mée des  croisés  d'Espagne,  en  qualité  de  légat  à  latere. 
Le  pape  prévenu  de  l'état  déplorable  où  éloit  alors  cette 
armée ,  écrivit  une  lettre  circulaire  aux  princes  de  l'Eu- 
rope et  aux  fidèles,  pour  les  exhorter  à  les  secourir.  L'his- 
torien des  comtes  de  Bareelonne  a  publié  cette  lettre 
sur  l'original  que  l'on  conserve  dans  les  archives  de  la  ville  : 
les  Bollandistes  l'ont  insérée  dans  la  vie  de  saint  Olde- 
gaire; '  enfin  D.  Marlenne  l'a  donnée  dans  sa  grande  col-  Mart.  1. 1,  p.  650. 
lection. 

L'an  -H  24,  Calliste  reçut  des  lettres  d'Otton  évêque 
de  Bamberg,  par  lesquelles  ce  prélat  l'informoit,  que  Bo- 
leslas  duc  de  Pologne  demandoit  de  vertueux  prêtres  pour 
instruire  des  mystères  de  la  religion  ,  les  peuples  de  Pomé- 


XII  SIECLE. 


528  CALLISTE  II, 


ranie ,  dont  il  venoit  do  faire  la  conquête,  et  que  ce  prin- 
ce le  prioit  expressément  de  venir  travailler  en  personne 
à  la  conversion  de  ces  peuples  barbares.  Otton  avoit  fait 
un  long  séjour  en  Pologne,  et  s'y  étoit  acquis  une  grande 
estime  avant  que  d'être  élu  évêque  de  Bamberg;  mais  il 
étoit  persuadé  qu'il  ne  pouvoit  s'engager  dans  cette  en- 
treprise ,  sans  avoir  le  consentement  du  pape ,  et  sans  être 
muni  de  ses  pouvoirs.  Boleslas  dit  qu'il  avoit  déjà  pourvu 
à  son  diocèse,  comme  à  plusieurs  abbayes  de  moines, 
et  à  des  prieurés  où  demeuraient  des  chanoines  réguliers , 
etc    dont  il   demandoit   la  confirmation.   Le    pape    ne   tarda 

conc  t.  x,  p.  831.  pas  de  consentir  à  des  demandes  si  justes,  '  et  confirma  tou- 
tes ces  fondations  par  deux  privilèges  autentiqties  ,  qui 
sont  les  lettres  septième  et  huitième  dans  les  conciles. 

Pour  ce  qui  est  des  lettres  de  la  mission  du  saint 
évêque  ,    elles  ne  sont    pas  parvenues   jusqu'à   nous.  L'au- 

Ad  ann.  îi-ïi.  teur  de  la  chronique  de  Saxe  eu  parle,  '  et  assure  qu 'Ot- 
ton partit  celle  même  année ,  et  que  Dieu  répandit  d'a- 
bord une  grande  bénédiction  sur  ses  travaux.  Calliste  n'eut 
pas  la  satisfaction  d'en  être  informé,  étant  mort  avant  que 
la  première  nouvelle  en  fût  portée  à  Rome,  ce  qui  a  fait 
dire  à  l'auteur  de  la  vie  d'Otton ,  qu'il  avoit  été  envoyé 
en  Pologne  par  Honoré  II  ;  mais  le  témoignage  de  l'au- 
teur de  la  chronique  de  Saxe ,  qui  écrivoit  alors  ce  qui 
se  passoit  sous  ses  yeux,  doit  être  préféré. 

Sur  la  fin  de  son  pontificat,  Calliste  confirma  une  sen- 
tence d'excommunication ,  prononcée  par  le  cardinal  Jean 
de  Crème,  son  légat  en  France,  contre  Guillaume,  fils 
de  Robert  duc  de  Normandie,  qui  avoit  épousé  la  fille 
de  Foulques  comte  d'Angers  ,  sa  proche  parente.  En  vain 
on  remontra  au  pape,  que  cette  alliance  mettoit  Guil- 
laume en  état  de  retirer  des  mains  du  roi  d'Angleterre , 
Robert  son  père,  qui  y  étoit  prisonnier;  loin  de  se  relâcber  , 

Let  29. conc. t. x,  il  écrivit  le  26  août  aux  évêques  de  Chartres,  'd'Orléans 
et  de  Paris,  de  faire  exécuter  cette  sentence  dans  leurs 
diocèses,  et  de  défendre  qu'on  célébrât  les  saints  mystè- 
res partout  où  ce  prince  se  trouveroit,  jusqu'à  ce  qu'il 
eût  renoncé  à  ce  mariage  incestueux.  Cette  affaire  eut  des 
suites  fâcheuses  ,  qui  auroient  donné  beaucoup  de  chagrin 
à  ce   pape,  si   Dieu  ne  l'avoit    retiré  de   ce  monde.  11  fut 

attaqué 


PAPE.  529      XIIS1Et;LE. 


attaqué  au  commencement  de  décembre ,  d'une  fièvre  qui 
l'emporta  le  4  5  de  ce  mois,  après  cinq  ans,  dix  mois  et  dou- 
ze jours  de  pontificat.  Il  fut  inhumé  dans  l'église  de  Latran, 
auprès  de  Pascal  II  son  prédécesseur.  '  Son  cœur  est  à  Ci-  Gaii.ciir.t. 4,nov. 
teaux,  dans  une  châsse  placée  derrière  le  grand  autel  à  côté  e  '  '  p'  ' 
de  l'épitre.  Il  y  avoit  une  inscription ,  qui  a  tellement  été  al- 
térée par  la  suite  des  temps,  qu'il  n'étoit  plus  possible  de  la 
lire  en  4  667,  c'est  pourquoi  on  y  a  substitué  celle  qui  suit  : 

Ecce  hic  est  cor  nobile  dornini  Calmsti  papœ. 

Ciaconius,  Pandulphe,  Duchesne,  nous  ont  donné  fort 
au  long  la  vie  de  ce  pape,  dont  presque  tous  les  anciens  écri- 
vains font  mention,  et  parlent  très-avantageusement.  Suger, 
dans  la  vie  de  Louis  le  Gros,  dit  que  Calliste  tiroit  sa  nais- 
sance du  san*  impérial  et  royal  ;  mais  que  quelqu'illustre  qu'il 
fut  par  sa  haute  noblesse,  il  l'étoit  encore  plus  par  sa  probité 
et  ses  mœurs.  '  Pierre  le  Vénérable  en  parle  dans  les  mêmes  Pet.  Yen.  1.2,  Mir. 

.         f    c   12 

termes  en  plusieurs  endroits.   L'historien  du  mont  Cassin,     Lib.  4, c.  86. 
(Pierre  diacre)  le  loue  sur  son  habileté  dans  les  affaires  poli- 
tiques, ses  grandes  connoissances  dans  la  science  ecclésias- 
tique, ses  excellentes  qualités  jointes  à  la  plus  haute  naissan- 
ce. '  D.  Hugues  Menard  n'a  pas  fait  difficulté  de  lui  donner  19  déc.  p. 779. 
place  dans  le  martyrologe  Bénédictin. 

§  II. 

SES  ÉCRITS. 

\°.    Nous  n'avons  de  ce  pape  que  des  décrets,  des  let- 
tres, et  quelques  discours.  La  plupart  des  décrets  furent  re- 
cueillis du  temps  même  qu'il  vivoit,  ou  peu  après  sa  mort,  par 
GraLen.  '  On  en  trouve  dans  la  chronique  de  saint  Pierre  le  sum.  hist.  gpart. 
Vif,  lom.  2,  Spic.  p.  769-770,  dans  saint  Autonin,  dans  un  vkm^b^pA'sl, 
recueil  des  décrets  des  p;ipes,   imprimés  à  Cologne,  et  dans  153- 
divers  canonistes.   Nous    remarquerons   ici ,  après  M.    Bul- 
teau    dans    son    histoire    d'Orient,   que   le    canon  huitième, 
Presbybteris ,  '  dist.  27,  appartient  à  Calliste  II,  et  non  à  Buit.  uv.  2,  n.  8. 
Calliste  I,  comme  un  Moderne  l'a  cru. 

'  2°.  Le  père  Labbe  a  inséré  dans  sa  grande  collection  des  conc  t  x,  p.  866, 

868,  874,  o77. 


3  6 


Tome  X.  X  x  x 


XII  SIECLE. 


830 


CALLISTE  II, 


Lud.  Jacob. à  S. 
Carolo  lib  l,p.37. 
Lip.  bib.  tbeol.  t. 
1,  p.  600. 


Mart.  amp.  col.  t. 
1,  p.  60U. 


T.  X.p.  832. 

IpiT.  t     3,   thés. 
auecd.  p.  G15. 


Gall.     Clir.     nov. 
app.   t.  5,  p.  415. 


conciles  les  discours  qu'il  fit  au  concile  de  Reims.  C'est 
tout  ce  que  nous  ayons  en  ce  genre  qui  soit  vérit;iblement  de 
lui  On  pourroit  y  joindre  un  fragment  de  celui  qu'il  fit  dans 
l'abbaye  de  Cluni ,  qu'Yepqs  rapporte  dans  son  4e  volume. 
3°.  A  l'égard  des  lettres,  nous  sommes  en  droit  de  nous 
plaindre  du  peu  de  soin  qu'on  a  eu  de  nous  les  transmettre.  Il 
est  certain  que  Callisle  ayant  ligure,  comme  nous  l'avons  vu 
par  sa  vie,  pendant  trente-six  ans  sur  le  siège  de  Vienne,  et 
pendant  près  de  six  années  dans  la  chaire  de  saint  Pierre,  il 
doit  avoir  écrit  et  reçu  une  quantité  de  lettres;  néanmoins 
nous  n'en  avons  qu'un  petit  nombre  :  le  père  Labbe  n'en  a 
recueilli  que  trente-cinq,  dont  plusieurs  sont  des  bulles  ou 
des  privilèges  accordés  à  différentes  églises.  11  est  vrai  que, 
si  ce  laborieux  écrivain  eût  fait  de  plus  grandes  recherches, 
il  auroit  pu  trouver  de  quoi  augmenter  son  petit  recueil  des 
lettres  de  Calliste  de  plus  des  deux  tiers,  en  y  faisant  seu- 
lement entrer  les  lettres  et  privilèges  qui  se  trouvent  dans 
plusieurs  écrivains  anciens  et  modernes,  surtout  dans  les 
collections  de  D.  Daehery,  de  M.  Baluze,  etc.  Trithême 
semble  avoir  vu  un  recueil  des  lettres  de  Calliste ,  rédigé  en 
un  livre.  L'auteur  de  la  bibliothèque  des  papes,  croit  que 
ce  livre  se  conserve  au  mont  Cassin  :  '  hic  liber  asservatur  in 
bibliotheca  Cassinensi.  '  Lipen  indique  une  édition  des  let- 
tres de  Calliste  de  l'an  -1 603 ,  à  Ingolstad,  sans  spécifier  le 
nombre.  Binius  en  a  seulement  imprimé  huit  dans  sa  collec- 
tion; ce  sont  les  huit  premières  de  l'édition  du  père  Labbe. 
Il  nous  reste  peu  de  chose  à  dire  des  lettres  de  Calliste  et  de 
ses  bulles,  ayant  fait  mention  dans  sa  vie  de  toutes  celles  qui 
nous  restent,  excepté  quelques-unes  dont  nous  n'avons  pas 
eu  occasion  de  parler.  '  Nous  les  indiquerons  ici.  Une  bulle 
de  l'an  4H9,  indiction  xii,  \  juillet,  à  Rodolphe  abbé  de 
saint  Victor  de  Marseille.  Un  privilège  du  8  octobre  de  la 
même  année,  en  faveur  de  Geofroi  abbé  de  Vendôme;  ' 
c'est  la  dixième  lettre  dans  la  collection  des  conciles.  '  Un 
ample  privilège  accordé  au  commencement  de  novembre 
-M  19,  à  Lambert  abbé  de  saint  Bertin.  '  L'an  H20,  privi- 
lège accordé  aux  chanoines  réguliers  de  Marbach  en  Alsace. 
Il  est  remarquable  que  ce  privilège  est  précédé  de  deux  vers 
de  la  composition  de  ce  pape,  qui  en  contiennent  le  précis; 
ils  sont  adressés  à  Gerunge   prévôt  de  Marbach.  Lettre    à 


PAPE-  »W   _iniim:E_ 

Berard  évêque  de  Mâcon,  '  du  9  janvier  \\1\  ,  indiction  xrv,  Mart.  t.  1,  tues. 
par  laquelle  il  l'interdit,  jusqu'à  ce  qu'il  ait  réparé  les  dom-  anecd'  p'  347, 
mages  qu'il  avoit  causés  à  l'abbaye  de  Cluni.  Du  27  mars, 
même   année,    à    Otton  de  Frins.ngue,   seigneur  Allemand, 
par  laquelle  il  lui  permet  de  bâtir  un  monastère  dans  une  de 
ses  terres; 'c'est  la  vingt-cinquième  lettre  dans  la  collection  conc.  ib.  p.  848. 
des  conciles.   Du  29  mars,  à  Gison  abbé  de  saint  Clément  '  spic.  t.  5,  p.  485. 
dans  l'Abbruze.  Du  6  .-ivril,  à  Geofroi  de  Vendôme;  c'est  la 
neuvième  lettre  dans  les  conciles.   Du  9  mai,    à  Eberquin, 
chanoine  régulier,  et  prévôt  de  saint  Jean  et  de  saint  Mar- 
tin, au  diocèse  de  Strasbourg;  '  c'est  la  vingt-septième  lettre  ib.  p.  850. 
de  Calliste  dans  les  conciles.  Deux  privilèges  du  4  8  mai,  à 
Francon   abbé   de  Tournus;  '  ce  sont  les  lettres  dix-neuf  et  ib.  p.  842-843. 
vingt  dans  le  père  Labbe.   Le  50  septembre,   à   Louis  VI, 
roi   de   France,  '  pour  lui    recommander  le  légat  Pierre  de  ib.  p.  847 
Léon;  c'est  la  vingt-troisième  dans  les  conciles.  Le  9  décem- 
bre, à  Louis  VI,  '  par  laquelle  il  le  prie  de  confirmer  l'union  *nn.  de  Noyon, 
des  deux  évêchés  de  Noyon  et  de  Tournai.  Autre  lettre  du  p' 
-19  février  -H  23  '  au  même  prince.  Le  30  mars,  privilèges  de  Bai.  mise.  t.  7,  p. 
l'abbaye  de  sainte  Croix  de  Bordeaux  confirmés.  Le  M  avril,    3  '    8 
à  l'abbé  de  saint  Victor  de  Marseille,   '  auquel  il  confirme  le  GaU-    cbr.   nov. 
monastère  de   saint  Sauveur   de   Lodève.  Le   22   du  même     '  '  p' 
mois,  à  Alton   archevêque  d'Arles,  '  à  Raimond  comte  de  Hist.  Lang.  t.  2, 
Barcelonne,     à    Gaufred   Porcelet,    seigneur  Provençal,    en  p 
faveur  des  religieux  de  saint  Gilles,  qui  avoient  été  chassés  de 
leur    monastère    par   Alphonse  comte    de  Toulouse.  Quatre 
lettres  écrites  en  faveur  du  mont  Cassin,  '  que  Baronius  té-  Bar.  ad.  an.  1123. 
moigne  avoir  vues.  A  Otton  prévôt,   et  aux  chanoines  ré- 
guliers de  saint  Sauveur  et  de  saint  Martin  de  Benriès,  au 
diocèse  d'Ausbourg;  '  cette  lettre,  par  laquelle  Calliste  con-  conc.  t.  x,  p.  849. 
firme  la  fondation  de  leur  monastère ,  est  la  vingt-sixième  dans 
le  père  Labbe.  A  Pelage  archevêque  de  Brague,  '  cette  let-  p.  830. 
tre   sans  date  est  la  sixième  dans  la  collection  des  conciles. 
L'an  4124,  lettre  à  Aldelhelme  abbé  d'Engelberg,  ordre  de 
saint  Benoît,  '  par  laquelle  il  confirme  la  fondation  du  mo-  Gaii.  ch.nov. t. 5, 
nastere  :   on  peut  y  remarquer,   que  ce  fut  Calliste  qui  lui  p'515' 
donna  le   nom  d'Engelberg,   c'est-à-dire,  mont  des  Anges. 
L'auteur  de  la  chronique  de  saint  Bertin ,  '  publiée  par  D.  Thés,  anec  t.  3, 
Martenne ,    fait   mention   de  deux   privilèges   accordés  cette  p-  6I9' 
même  année  à  Jean  abbé  de  ce  manastere. 

X  x  x  ij 


XII  SIECLE. 


532  CALLISTE  II, 

§  III. 

OUVRAGES  SUPPOSÉS. 

\°.  Plusieurs  écrivains,  même  anciens,  c'est-à-dire  dès  le 
treizième  siècle,  ont  attribué  à  Callistc  un  livre  des  miracles 

spec. hist  1. 26. c  de  saint  Jacques,  '  à  la  têle  duquel  est  une  lettre  qui  porte 
le  nom  de  ce  pape.  Vincent  de  Bcauvais  l'a  inséré  presqu'en- 
tier  dans  son  miroir  historial;  les  manuscrits  qu'on  en  trouve, 

Ab.  an.  lus.       sont  la  plupart  de  la  même  antiquité.  '  Alberic  en  parle  assez 

Ant.  sum.  i  ist.  2.  au  long  dans  sa  chronique.  On  continua  dans  les  siècles  sui- 
vans,   de  faire  Calliste  auteur  du  livre  des  miracles  de  saint 

Trith.descrip.ee-  Jacques.  S.  Antonio  en  a  donné  plusieurs  extraits.  '  Trithe- 
me  en  parle  avec,  éloge ,  et  dit  que  Calliste  avoit  fait  cet  ou- 
vrage avec  soin,  et  d'un  stile  élégant  :  Scripsit  expolito  ser- 
mone  et  maximâ  diligentiâ;  il  ajoute  que  l'auteur,  qui  étoit 
alors  étudiant,  scholaris,  avoit  vu  ou  lu,  ou  entendu  racon- 
ter les  miracles  qu'il  rapporte.  Ues  Centuriateurs  de  Magde- 
bourg  n'ont  pas  manqué  d'en  prendre  occasion  de  calomnier 
ce  pape,  et  de  l'accuser  d'avoir  inventé  de  faux  miracles, 
pour  autoriser  l'idolâtrie  (c'est  ainsi  qu'ils  traitent  le  culte 
que  l'église  rend  aux  reliques  des  saints)  en  faveur  de  l'église 

cent. m, p.  1307-  de  Composlclle ,  '  qu'il   venoit  d'ériger  en  métropole   :  Com- 

1398  •  ■ 

postellanam  ecclesiam  m  archiepiscopatum  subhmavtt,  et  pro 
confirmanda  Ma  idololatria  de  eonfietis  sancti  Jacobi  mira— 
culis  librum  consafeinavit.  Ces  écrivains,  en  parlant  de  la 
sorte,  n'ont  pas  fait  attention  que  le  désir  de  calomnier 
les  a  fait  tomber  en  contradiction.  Ils  avancent  que  Calliste 
composa  cet  écrit ,  après  avoir  élevé  Compostelle  à  la  dignité 
de  métropole;  si  cela  est,  comment  donc  l'a-t'il  pu  compo- 
ser étant  écolier?  Cum  esset  adhuc  scholaris. 

Il  est  inutile  de  nous  arrêter  à  faire  l'énumération  de  tous 
les  écrivains  anciens  et  modernes,  qui  ont  attribué  à  Calliste 
le  livre  des  miracles  de  saint  Jacques  :  nous  avouons  que  le 
nombre  en  est  grand;  mais  quelque  grand  qu'il  soit,  il  n'en 
est  pas  moins  certain  que  cet  écrit  ne  fut  jamais  une  produc- 
tion de  la  plume  de  Calliste.  Ce  qui  a  fait  illusion  là-dessus, 
est  la  lettre  qui  est  à  la  tête  du  livre;  mais  tout  le  monde  lit- 
téraire convient  aujourd'hui ,  que  cette  lettre  a  été  fabriquée 


PAPE.  533      xnsiEClE_ 


par  un  imposteur  ignorant,  qui  a  même  interpolé  en  plu- 
sieurs endroits   le  livre  sur  les    miracles    de   saint  Jacques. 

C'est  le  jugement  que  les  continuateurs  de  Bollandus  en  Bon.  îsjuU.  p.  43, 
portent  eux-mêmes.  Mais  si  la  lettre  est  supposée,  et  fausse-  eli,eq' 
meut  attribuée  à  Calliste,  comme  on  ne  peut  en  douter,  on 
ne  peut  se  dispenser  de  porter  le  même  jugement  du  livre , 
qui  ne  lui  a  été  attribué  qu'en  conséquence  de  la  lettre,  dont 
on  le  croyoit  auteur. 

Originairement  il  étoit  sans  nom  d'auteur,  comme  il  est 
aisé  de  le  démontrer  par  l'exemplaire  de  ce  livre,  que  Gui- 
bert  abbé  de  Gemblou  ,  trouva  dans  l'abbaye  de  Marmou- 
tiers  du  temps  de  l'abbé  Hervé  ,  qui  se  démit  en  \\ 87.  '  Nous  t.  i,  p.  923. 
avons  dans  la  grande  collection  de  D.  Martenne,  une  lettre 
que  ce  Guibert  écrivit  à  Hervé  et  à  ses  religieux,  pour  les  re- 
mercier de  ce  qu'ils  lui  avoient  permis  de  tirer  une  copie  du 
livre  des  miracles  de  saint  Jacques  :  il  n'y  nomme  point  l'au- 
teur ,  '  et  ne  l'attribue  point  à  Calliste.  Est-il  croyable  qu'il  Mab.  anaiect.  t.  2, 
eût  manqué  de  le  faire,  si  la  lettre  en  question  avoit  été  à  la 
tête  de  l'écrit?  Ne  leur  auroit-il  pas  témoigné  la  satisfaction 
qu'il  auroit  eu  ,  en  découvrant  dans  leur  bibliothèque  un  ou- 
vrage de  ce  grand  pape ,  dont  il  n'avoit  auparavant  aucune 
connoissance ?  Guibert  ajoute,  qu'il  avoit  transcrit  sur  le  mê- 
me manuscrit  l'histoire  de  Charlemagne  par  Turpin  ,  et  du 
martyre  du  célehre  Roland.  Voici  sans  doute  ce  qui  aura 
donné  occasion  d'attribuer  à  Calliste  le  livre  des  miracles  de 
saint  Jacques.  On  sçavoit  que  ce  pape  avoit  érigé  en  métro- 
pole l'archevêché  de  Compostelle  ;  les  relations  qu'il  avoit 
eues  avec  le  nouvel  archevêque  étoient  connues.  On  sça- 
voit encore  qu'il  avoit  fait  un  voyage  à  saint  Jacques.  Tout 
cela  a  servi  de  fondement  à  la  fiction ,  et  de  matière  à  l'im- 
posteur qui  a  fabriqué  la  lettre  ;  c'est  même  ce  qui  persuade 
encore  aujourd'hui  à  plusieurs ,  que  Calliste  avoit  une  dévo- 
tion singulière  pour  l'apôtre  saint  Jacques.  Ce  préjugé  uni- 
quement fondé  sur  la  lettre  supposée,  a  empêché  les  conti- 
nuateurs de  Bollandus,  '  de  regarder  le  livre  dont  nous  par-  ib. 
Ions,  comme  une  pièce  faussement  attribuée  à  Calliste,  et 
les  a  portés  à  croire  ,  qu'étant  sur  le  siège  de  Vienne ,  ou  mê- 
me dans  sa  jeunesse,  ayant  une  dévotion  particulière  pour 
saint  Jacques,  il  avoit  pu  faire  un  recueil  de  quelques-uns 
des  miracles  de  ce  saint  apôtre  :  Non  infidor,  dit  un  de  ces 

3  6  * 


III  SIECLE. 


554  CALLISTE  II. 


critiques,  à  Calisto  cùm  forte  Viennensem  cathedram  obtine- 
ret ,  aut  etiam  junior  esset ,  pro  singulari  suo  erga  sanctum  Ja- 
cobum  affectu ,   aliqua  ipsius  miracula   collecta   fuisse.    Nous 
avons  vu  dans  la  vie  de  ce  pape  ,  quel  fut  le  sujet  de  son  voya- 
ge en  Espagne.  S'il  érigea  dans  la  suite  l'évêché  de  Compos- 
telle  en  archevêché,  ce  ne  fut  point  par  une  dévotion  parti- 
culière pour  saint  Jacques;  mais  il  le  fit  à  la  sollicitation  du 
roi  de  Léon  ,  de  Pons  abbé  de  Cluni  ,  des  cardinaux  légats  en 
Espagne,  et  des  seigneurs  de  Galice.  De  plus,  on  ne  voit  au- 
cun vestige  de  cette  dévotion  singulière  de  Calliste,  ni  dans  sa 
vie  écrite  par  Pandulphe ,  ni  dans  aucun  auteur  contempo- 
rain. Il  y  auroit  plus  de  fondement  à  lui  attribuer  une  dévo- 
tion singulière  envers  les  saints,  en  l'honneur  desquels  il  con- 
sacra des  églises,  qu'il  combla  ensuite  de  privilèges.  Les  au- 
teurs de  l'histoire  de  Composlelle ,  dont  les  Bollandistes  relè- 
vent le  manuscrit,  et  qui  ont  écrit  peu  d'années  après  la  mort 
de  Calliste  ,  gardant  un  profond  silence  sur  le  recueil  des  mi- 
racles de  saint  Jacques,  quoiqu'ils  soient  d'ailleurs  fort  exacts 
à  rapporter  tout  ce  que  ce  pape  a  fait  en  faveur  de  l'église  de 
Composlelle  ;   ce  silence  ,   qu'Ambroise  Morales  a  remarqué  , 

Amb.  Mor.  chron.  est  une  preuve  décisive,  selon   cet   historien  Espagnol,  '  que 

if  c".  ïîSp.  241.1'  '  Calliste  n'a  point  fait  de  recueil  des  miracles  de  saint  Jacques. 

Nous  ne  parlerons  pas  du  manuscrit  de  Compostelle ,    qui 

est  rempli  de  tant  de  fautes,  d'anachronismes  et  d'absurdités  , 

Bou. ib.  n.  176,  p.  que  ce  seroit  au  jugement  des  Bollandistes,  '  faire  injure  à 
Calliste  ,  de  le  faire  auteur  de  tout  ce  qu'il  contient.  A  l'égard 
du  recueil  que  Guibert ,  abbé  de  Gcnblou  ,  avoit  vu  et  trans- 
crit dans  l'abbaye  de  Marmoutiers ,  on  pourroit  douter 
avec  beaucoup  de  fondement,  qu'il  ait  été  composé  avant  la 
mort  de   Calliste  ,    puisque  Guibert  abbé  de  Nogent ,  qui  vi- 

Lib.  s,  mon.  c.  8.  voit  du  temps  de  ce  pape,  '  et  est  mort  la  même  année,  pa- 
roît  n'en  avoir  eu  aucune  connoissance,  dans  le  récit  qu'il  fait 
d'un  miracle  de  saint  Jacques. 

Nous  serions  assez  portés  à  croire,  que  le  bienheureux  Jean , 

Ann.  cist.    ann.  premier  abbé  de  Bonneval ,  et  ensuite  évêque  de  Valence  , 

anii/im, p.P96.  '  est  auteur  du  recueil.  Il  avoit  fait  un  pèlerinage  à  S.  Jacques, 
et  eut  toute  sa  vie  une  vénération  particulière  pour  ce  saint 
apôtre  ;  ce  sont  des  faits  constans.  L'auteur  de  cet  écrit,  veut 
qu'il  soit  lu,  non  seulement  dans  les  églises,  mais  encore  aux 

Bou.  ib.  p. 47.       réfectoires  des  religieux,  'ce  qui  forme  un  préjugé  qu'il  étoit 


44. 


PAPE-  *5»      xn  siècle. 


religieux  lui-même.  Du  reste,  nous  ne  donnons  ceci  que 
comme  une  conjecture.  C'est  assez  d'avoir  démontré  que  Cal- 
liste  n'est  point  auteur  du  recueil  des  miracles  de  saint  Jac- 
ques, qui  ne  lui   a  été  attribué  que  dans  le  treizième  siècle. 

'  A  la  suite  de  ce  recueil,  se  trouvent  plusieurs  autres  ou-  Boii.  u>. 
vrages  dans  les  manuscrits,  sçavoir  l'histoire  du  martyre  du 
saint  apôtre,  passio  saneti  Jacobi,  celle  de  sa  translation,'  la  Baron,    not.    in 
vie  de  Charlemagne  par  le  faux  Turpin.  C'est  ce  qui  a  fait  jSiwtyr'  Rom'  25 
tomber  le  cardinal  Baronius  dans  une  assez  grande  bévue.  Cet 
écrivain  ,  faute  d'examiner  de  près  ces  différens  écrits,  et  ne 
faisant  attention  qu'au  titre  du  recueil,  de  miraculis  saneti  Ja- 
cobi ,  a  cru  et  a  avancé  qu'il  y  avoit  cinq  livres  des  miracles. 
Les  continuateurs  de  Bollandus  n'ont  pas  daigné  insérer  ces 
écrits  dans  leur  grande  collection,  ne  les  jugeant  pas  dignes 
de  voir  le  jour  ;  ils  se  sont  contentés  de  rapporter  un  fragment 
de  l'histoire  de  la  translation  de  saint  Jacques,'  pour  faire  re-  Boii.  ib. 
marquer  les  absurdités  qui  y  sont  répandues.  Ce  n'est  pas  néan- 
moins que  ces  auteurs  ayent  dessein  d'infirmer  la  tradition 
d'Espagne  sur  ce  sujet,  ils  en  sont  très-éloignés,'  et  font  mê-  Tiiiem.  t.  1,  not. 
me  tous  leurs  efforts,  pour  dissiper  les  doutes  de  M.  de  Til-  628%tc.q'  p'  °27" 
lemont  sur  la  validité  des  preuves  dont  on  appuyé  cette  tra- 
dition. Ils  indiquent  la  bulle  de  Léon  III,   que  ce  sçavant 
critique  n'avoit  trouvée  nulle  part,  et  qui  existe  dans  le  bré- 
viaire d'Evora,  imprimé  à  Lisbonne  en  11  548,  divisée  en  qua- 
tre leçons  pour  l'office   du  jour.   Nous  n'entrerons  point  sur 
cet  article  dans  des  discussions,  qui  passeroient  les  bornes  que 
nous  nous  sommes  prescrites.  Pour  revenir  aux  écrits  qui  sui- 
vent le  livre  des  miracles  de  saint  Jacques,  nous  souscrivons 
au  jugement  que  portent  là-dessus  les  Bollandistes,  et  nous 
convenons  avec  eux,  que  Calliste  ne  les  a  ni  composés  ni  ap- 
prouvés. Il  n'est  même  personne  aujourd'hui,  pour  peu  qu'il 
ait  de  critique,  qui  pense  différemment. 

Outre  les  écrits  dont  nous  venons  de  parler,  on  a  encore 
attribué  à  ce  pape  quatre  sermons  sur  saint  Jacques,'  qu'on  Lip.  bm.  theol. t. 
a  supposé  avoir  été  prêches  à  Compostelle  ou  à  Rome,  aux    '  p' 
jours  de  la  translation  ou  des  autres  fêtes  de  cet  apôtre  ;  mais 
ils  portent  les  mêmes  caractères  de  supposition.'  Baronius  en  Bar.25jui.p.309. 
fait  mention  dans  son  martyrologe.  Ils  ont  été  imprimés  à 
Cologne  en  \  64  &,  '  et  depuis  on  les  a  insérés  dans  la  biblio—  Bibi.  rp.  t.  20,  p. 
théque  des  Pères  imprimée  à  Lyon. 

Tome  X.  Y  y  y 


XII  SIECLE. 


556  CALLISTE  II.  PAPE. 


i°sse288n  app'  ''  Parm'  les  ouvrages,  dont  les  bibliographes  et  autres  écri- 
vains, font  auteur  le  pape  Calliste,  il  s'en  trouve  encore  deux 
autres  dont  il  faut  dire  un  mot.  Le  premier,  qui  porte  ce  ti- 

Fnfbrial'3'im3d'et  tre''  ^e  °^tu  et  v*ta  sanctmm>  est  Ie  même,  comme  Fabri- 
89Ï.  oud.  t.  2,  p'.  cius  le  remarque  après  Oudin,  qui  a  été  si  long-temps  attri- 
bué à  saint  Isidore  de  Séville,  '  de  vit  a  et  morte  sanctorum. 
Cet  écrit  est  la  production  d'un  imposteur,  qui  a  voulu  auto- 
riser de  deux  noms  respectables  les  fables  ridicules  qu'il  y  a 
entassées.  Wion  en  a  eu  quelques  fragmens  entre  les  mains. 
On  peut  consulter  la  quinzième  dissertation  du  père  Alexan- 
p- 158-  dre  '  sur  l'histoire  ecclésiastique  du  premier  siècle. 

Le  second  ouvrage  est  un  traité  des  remèdes,  connu  sous 
ce  titre,  Thésaurus  pauperum.  Nous  ne  voyons  pas  sous  quel 
prétexte  on  a  pu  le  donner  à  Calliste,  son  vrai  auteur  étant 

3a!i  ni329Angl' l  Jean  XIX'  ou  Jean  XXI',(lui  s'appelloit  Pierre-Julien,  ou 
autrement  Pierre  d'Espagne,  Pet  rus  Hispanus  :  c'est  sous  ce 
nom,  qu'il  est  désigné  dans  un  manuscrit  de  la  bibliothèque 
publique  de  Cambridge  :   Thésaurus  pauperum  éditas  à  Petro 

Lib.  î,  p.  138.        Hispano.'  Son  article  se  trouve  dans  la  bibliothèque  des  pa- 

id.  ib.  p.  36-37.  pes,  par  le  père  Louis-Jacob  de  saint  Charles,  '  qui  rap- 
porte les  différentes  éditions  de  cet  écrit.  Il  y  a  lieu  d'être 
surpris,  que  ce  même  auteur  l'ait  inséré  dans  la  liste  des  ou- 
vrages de  Calliste,  comme  étant  l'ouvrage  de  ce  pape.  On 
trouve  dans  cette  liste,  un  livre  de  la  découverte  du  corps  de 
Turpin,  archevêque  et  martyr,  qu'on  ne  doit  point  craindre 
de  mettre  au  rang  des  écrits  supposés. 

Ib-  '  Le  même  bibliographe  parle  encore,  sur  l'autorité  de  Mo- 

lanus,  d'un  autre  écrit  sous  ce  titre  :  de  contractibus  illicitis. 
Il  ne  nous  est  pas  connu  d'ailleurs. 

Bon.  îe  janv.  p.  '  Bollandus  nous  a  donné  une  vie  imparfaite  de  saint  Jac- 
ques,  premier  évêque  de  l'église  de  Tarantaise,  et  il  croit 
que  cette  vie  peut  être  de  Calliste,  mais  sans  en   donner  de 

Hist.^ecei.  t. jra,  preuve.  '  M.  de  Tillemont  qui  sçait  apprécier  les  choses  à  leur 
juste  valeur,  méprise  cette  production,  qui  fait  peu  d'honneur 
à  son  auteur,  quel  qu'il  soit. 


Fin  du  Tome  X. 


5-28. 


not.  §.   9,  p.  183. 


TABLE 


DES     AUTEURS 


ET  DES  MATIERES 


\belard  a  étudié   sous  Guillaume   de 
-ft-Champeaux,  vers  l'an  1100,   307. 

Âchard,  Ecolâtre  de  l'église  d'Arras, 
accompagne  Lambert  évêque  à  Ro- 
me, 46. 

Adam,  disciple  de  Raoul  de  Laon,  fut 
«econd  abbé  de  saint  Josse  aux  Bois, 
ou  de  Dammartin,  ordre  de  Prémon- 
tré,  191. 

Adam,  abbé  de  saint  Denis  en  Fran- 
ce, est  mort  en  1122,  523. 

Adèle,  comtesse  de  Chartres,  de  Blois 
et  de  Meaux,  avoit  la  réputation  d'une 
femme  sçavante,  298,  elle  meurt  en 
1137,  301. 

Additions  et  corrections  au  tome  VIII, 
564  ;— au  tome  IX,  567. 

Adelere.  moine  de  Fleuri,  recueille 
les  miracles  de  saint  Benoit,  89. 

Adrevald,  moine  de  Fleuri,  recueil- 
le les  miracles  de  saint  Benoit  au  neu- 
vième siècle,  89. 

Adson,  abbé  de  Montier-en-Der,  peut 
être  auteur  d'un  écrit  intitulé,  de  Anti- 
christo,  parce  que  le  copiste,  n'ayant 
trouvé  dans  son  original,  que  la  pre- 
mière lettre  de  son  nom  ,  A,  l'aura 
donné  à  Anselme  plutôt  qu'à  Adson, 
188,  189. 

Agnès,  sœur  de  Petronille,  religieuse 
de  Fontevraud,  158. 

Agnès,  autre  que  la  sœur  de  Petro- 
nille ,  supérieure  du  monastère  d'Or- 
sant,  dépendant  de  Fontevraud,  158. 

Aimon,  moine  de  Fleuri,  recueille  les 
miracles  de  saint  Benoit,  89. 


Alard,  abbé  de  Florenne,  Guibert  de 
Nogent  lui  dédie  son  commentaire  sur 
le  Prophète  Abdias,  466. 

A  lard,  abbé  de  Cheminon,  ordre  de 
Cîteaux,  516. 

Alberic,  moine  de  Moleme,  sous  saint 
Robert  en  1075,  3. 

Alberic,  abbé  de  Cîteaux,  reçoit  du 
pape  Pascal  II,  une  bulle  qm  confirme 
l'établissement  de  son  abbaye,  228. 

ALBERIC,  chanoine  et  gardien  de  l'é- 
glise d'Aix,  Aquensis,  en  Provence, 
c'est  le  même  qu'Albert;  il  a  fait  l'his- 
toire de  la  première  croisade,  est  mort 
vers  1119,  277. 

Albert,  le  même  qu' Alberic ,  cha- 
noine d'Aix. 

Ambroise ,  moine  de  saint  Ouen , 
écrit  en  prose  et  en  vers  la  vie  de  sain- 
te Agnès,  vierge  et  martyre,  264. 

Andilly  ,  (M.  Arnaud  d')  a  donné 
la  vie  de  saint  Lesin  évêque  d'Angers, 
parce  qu'elle  lui  a  paru  très-édiflante, 
364. 

André,  moine  de  Fleuri,  recueille 
les  miracles  de  saint  Benoit,  89. 

ANDRÉ,  grand  prieur  de  Fontevraud, 

108. 

ANONYMES.  Divers  auteurs.— 28et  404. 

Anonyme,  auteur  de  la  vie  de  saint 
Ansaric  ou  Anseric,  évêque  de  Sois- 
sons,  405. 

Anonyme  ,  auteur  de  la  chronique 
d'Aurillac,  alors  de  l'ordre  de  saint 
Benoît,  diocèse  de  Clermont,  aujour- 
d'hui collégiale  au  diocèse  de  saint 
Flour,  408. 

Anonyme,  auteur  de  la  vie  de  sainte 
Colombe,  409. 

Yyy  ij 


558 


TABLE  DES  MATIERES. 


Anonyme,  auteur  de  la  chronique 
d'Eternac,  407. 

Anonyme,  poète  traducteur  des  ac- 
tes de  saint  Etienne  :  ajoutez  à  son  ar- 
ticle du  tome  VIII,  ce  qui  est  dit  aux 
additions,  564. 

Anonyme,  auteur  d'un  fragment  de 
l'histoire  de  France,  30.  On  a  déjà 
parlé  de  lui  au  tome  VIII,  son  ouvrage 
a  été  publié  par  MM.  Pithou  et  Du- 
chesne,  32. 

Anonyme,  auteur  de  la  vie  de  saint 
Gilbert,  évéque  de  Meaux,  404. 

Anonyme,  auteur  d'une  relation  d'un 
miracle  opéré  par  l'intercession  de  saint 
HiTMirland,  abbé  d'Aindre  au  diocèse 
de  Nantes,  203,  204. 

Anonyme,  auteur  de  l'écrit  intitulé, 
Lemovicenses  episcopi  usquead  annum 
1118,  252. 

Anonyme,  auteur  d'un  manuscrit  qui 
porte  gesta  episcoporum  Lemovicen- 
sium  usque  ad  annum  1138,  252. 

Anonyme,  auteur  d'un  livre  intitulé , 
opus  in  duos  libnts  divisum,  quorum 
primus  agit  de  litteris,  de  voce,  de  ver- 
bo,  etc.  252. 

Anonyme ,  auteur  du  Martyrologe, 
ou  plutôt  du  Nécrologe  de  saint  Be- 
Digne  de  Dijon,  404. 

Anonyme ,  auteur  d'un  sermon  de 
saint  Médard  évoque  de  Noyon  ;  ce  ser- 
mon est  tout-à-fait  historique,  406. 

Anonyme,  auteur  d'un  sermon  de 
saint  Médard  et  de  saint  Gildard  son 
frère,  407. 

Anonyme,  auteur  de  la  vie  de  s.  Odul- 
phe,  29.  Edit.  de  cette  histoire,  30. 

Anonyme,  auteur  d'une  histoire  abré- 
gée de  Pascase  Ratbert,  28. 

S.  Ansaric  ou  Anseric,  évéque  de 
Soissons  en  625,  405. 

Anse,  petite  ville  du  diocèse  de  Lyon  : 
il  s'y  tient  un  concile  contre  les  inves- 
titures, 148. 

Ansel,  est  le  même  qu'Anselme,  184. 

Anselle,  ou  Anceau,  chanoine  de  la 
cathédrale  de  Paris,  400. 

Anselme,  évéque  de  Beauvais,  écrit  à 
Lambert  évéque  d'Arras,  52. 

Anselme,  chanoine  de  Paris,  et  chan- 
tre du  saint  Sépulcre  à  Jérusalem  ;  ses 
lettres  en  1109,  écrites  à  Galon  évéque 
de  Paris,  et  aux  chanoines,  98,  il  leur 
envoie  une  portion  de  la  vraie  Croix , 
qui  est  encore  conservée  à  N.   D.  98. 

ANSELME  de  Laon,  histoire  de  sa  vie, 
surnommé  le  scolastique,  170,  passe 
pour  premier  auteur  de  l'Université  de 
Paris,  171.  Ses  écrits,  180. 


Arnauld,  abbé  de  saint  Pierre-le-Vif 
à  Sens  en  1120,  502. 

Arnoul,  de  Rohés,  élu  patriarche  de 
Jérusalem  par  ses  intrigues  en  1111  jus- 
qu'à 1118,  400. 

S.  Arnoul,  évéque  de  Soissons,  est 
canonisé  au  concile  de  Beauvais  en 
1120,  310. 

ARNOUL  ou  Ernulphe,  évéque  de 
Rochester,  histoire  de  sa  vie,  425.  Sa 
mort  en  1124,    ses  écrits,  427. 

Arnould,  abbé  de  Sarlat,  engage 
Hugues  de  sainte  Marie,  moine  de 
Fleuri,  à  écrire  la  vie  de  saint  Saeer- 
dos,  304. 

Arras,  cet  évéché  qui  étoit  uni  à 
celui  de  Cambrai  depuis  500  ans  au 
moins,  en  est  séparé  en  1004,  40. 

Artaud,  abbé  de  Vezelai,  obtient 
la  levée  de  la  défense  que  l'évêque 
d'Autun  avoit  faite  de  visiter  son  mo- 
nastère par   dévotion,    de   Pascal   II, 

244. 

Assomption  de  la  sainte  Vierge,  ce 
qu'en    pensoit     Guibert    de     Nogenl, 

481. 

Aurillac,  anciennement  abbaye  de 
saint  Benoit,  diocèse  de  Clermont, 
aujourd  hui  collégiale  au  diocèse  de 
saint  Flour,  408. 

Autun,  il  s'y  tient  un  concile  vers 

1095,  40. 


B 


Barnabites,  établis  à  Paris,  100. 
Darthelemi ,   évéque   de  Laon,    Cal- 
liste  II  lui  recommande  saint  Norbert, 
515. 

Barthelemi,  chanoine  et  trésorier  de 
la  cathédrale  de  Rheims,  est  élu  cano- 
niquement,  et  malgré  lui,  évéque  de 
Laon,  449. 

BAUDOUIN  I,  du  nom,  roi  de  Jé- 
rusalem, histoire  de  sa  vie  :  il  étoit 
frère  du  célèbre  Godefroi  de  Bouillon, 
chef  de  la  première  croisade,  204.  Sa 
mort,  son  épitaphe,  207,  ses  écrits, 
209. 

Baudri,  abbé  de  Bourgueil,  il  s'in- 
téresse pour  Robert  abbé  de  saint  Rémi 
de  Reims,  324. 

Beatrix,  mère  de  Rotrou,  comte  du 
Perche,  donne  à  Bernard  un  fonds  dans 
la  forêt  pour  y  fonder  une  abbaye, 
213. 

Beaugenci.  concile  qu'y  tient  le  légat 
Richard,  évéque  d'Albane,  56. 

Beaugendre,  Dom,  Bénédictin  de  la 
congrégation  de  saint  Maux,  a  voulu 


TABLE  DES  MATIERES. 


559 


ravir  à  saint  Yves  de  Chartres  son  dé- 
cret, qu'il  attribue  faussement  à  Hil- 
debert  évêque  de  Mans,  puis  archevê- 
que de  Tours,  153. 

Iieauvais,  il  s'y  tient  un  concile  en 
1114,  280;  item,  un  autre  concile 
pour  la  canonisation  de  saint  Arnoul, 
évêque  de  Soissons  en  1120,  310. 

BECHADE  (Grégoire),  du  château  de 
Lastours  en  Limousin;  il  fait  un  poëine 
envers  Limousins,  sur  la  prise  de  Jéru- 
salem par  les  François, 403.— Noie,  502. 

Benoit,  moine  François  de  saint  Ger- 
main d'Auxerre,  est  abbé  de  Seleliie  en 
Angleterre  qu'il  avoit  construit  ;  il 
avoit  emporté  furtivement  un  doigt  de 
saint  Germain  d'Auxerre,  pour  le  met- 
tre dans  une  église  qu'il  bâtit  sous  le 
nom  de  ce  saint  en  1096,  17. 

Bérard,  évêque  de  Mâcou,  est  inter- 
dit parCalliste  II  en  janvier  1121.  pour 
les  dommages  qu'il  a  causés  à  l'abbaye 
de  Cluni,  521. 

BERNARD  II,  vicomte  de  Bearn  et 
de  Bigorre,  20,  fait  recueillir  les  an- 
ciennes coutumes  de  ses  états,  21 , 
22;  sa  mort  avant  1114,  23. 

Bernard,  patriarche  latin  d'Antio- 
che,  obtient  du  pape  Pascal  II,  la  ré- 
vocation de  sa  Lettre,  qui  soumettoit 
toutes  les  villes  que  les  François  pren- 
draient, à  la  jurisdiction  du  patriarche 
de  Jérusalem,  209. 

BERNARD,  abbé  de  Tyron,  histoire  de 
sa  vie,  210.  Pascal  II  ne  voulant  pas 
lui  rendre  justice,  il  en  appella  au  tri- 
bunal de  Dieu,  et  y  cita  le  Pape  :  Pa- 
pam  ad  divinum  judicium  provocavit, 
213,  meurt  le  25  avril  1118,  214,  ses 
écrits,  215. 

Bernard  de  Tolède  reçoit  une  bulle 
de  Pascal  II ,  qui  lui  confirme  le  droit 
de  primatie  en  Espagne,  228. 

Bernard,  doyen  de  l'église  de  Sois- 
sons,  a  fait  quelques  vers  sur  saint 
Géoffroi  évêque  d'Amiens. 

Bernard,  frère  de  Richard ,  arche- 
vêque de  Narbonne  et  cardinal,  éloil 
abbé  de  saint  Victor  de  Marseille  ;  sa 
mort  en  1076,  son  frère  Richard  lui 
succède  dans  cette  abbaye,  dont  il  étoit 
moine,  316. 

Bernard,  abbé  de  Marmouliers ,  ex- 
communie Robert,  abbé  de  saint  Rémi 
de  Reims,  qui  avoit  été  son  religieux  , 
323. 

Bernard,  préchantre  de  sainte  Gene- 
viève ,  porte  une  lettre  de  Galon  évê- 
que de  Paris  et  de  son  chapitre,  à  Ansel 
à  Jérusalem,  402. 

Bertrand  évêque  de  Narbonne,  est 
déposé  en  1106,  317. 

Bethléhem  érigée  en  évêché  par  Pas- 


cal II,  sous  Baudouin  roi  de  Jérusa- 
lem en  mo,  210. 

Bethune  (Robert  de),  évêque  d'Her- 
fort ,  étudia  à  Paris  sous  Guillaume  de 
Champeaux,  307. 

Beze ,  monastère  de  saint  Benoît , 
fondé  par  le  duc  Amalgaire  en  600 , 
276. 

Beuf  (M.  le),  doute  qu'Anselme  de 
Laon  soit  auteur  de  la  glose  interli- 
naire  ;  il  dit  qu'il  y  en  a  qui  l'attribuent 
à  Gilbert ,  diacre  d'Auxerre ,  page 
181. 

Bonne  ame  (  Guillaume  )  archevêque 
de  Rouen,  51. 

Boson  cardinal ,  envoyé  en  Espagne 
par  Calliste  II,  pour  délivrer  l'arche- 
vêque de  Compostelle  qui  étoit  en  pri- 
son, 523. 

Boulay  (M.  du)  donne  de  grandes 
louanges  aux  deux  frères  Anselme  et 
Raoul  de  Laon  ,  189  ,  dit  mal-à-propos 
Gislebert  Crispin  né  Anglois  ;  il  se  mé- 
prend encore  en  lui  donnant  Ansel- 
me de  Laon  pour  maître,  au  lieu  d'An- 
selme de  Cantorberi,  194. 

Bourdin  antipape ,  pris  par  Calliste 
II ,  marche  devant  lui  monté  à  rebours 
sur  un  chameau ,  revêtu  d'une  peau  de 
brebis  toute  ensanglantée  ;  est  conduit 
au  travers  de  Rome,  fut  relégué  au 
monastère  de  Cave,  et  transféré  par  le 
pape  Honoré  III  au  fort  de  Fumone 
où  il  mourut,  521. 

Bruts  (  Pierre  de  )  hérésiarque ,  pa- 
triarche des'  Zuingliens  et  des  Calvi- 
nistes ,  pourquoi  on  n'en  fait  pas  men- 
tion dans  l'Histoire  littéraire ,  v  de 
l'Avertissement. 

Brunon  évêque  de  Signi,  et  abbé  du 
Mont-Cassin,  écrit  une  lettre  fort  vive 
au  Pape,  sur  le  traité  qu'il  avoit  fait 
avec  l'empereur  Henri  V  au  sujet  des 
investitures,  223,  se  démet  de  son 
abbaye,  et  se  retire  dans  son  évêché, 
224. 

Brunon,  Eusebe,  évêque  d'Angers, 
243. 


nalcxU    Pisan    avance   toujours  d'un 
"an  sur  le  calcul  ordinaire,  516. 

CALLISTE  II,  pape,  histoire  de  sa  vie, 
505,  sa  mort,  ses  écrits,  529  jus- 
qu'en  536.    Ses    ouvrages   supposés, 

532. 

Cave,  reconnoit  que  Gislebert  Cris- 
pin  abbé  de  Westminster,  étoit  né  en 
Normandie  et  non  en  Angleterre, 
194. 


MO 


TABLE  DES  MATIERES. 


CHAMPEAUX  (Guillaume  de),  sa  nais- 
sance, sa  vie,  307,  se  retire  à  saint 
Victor  de  Paris  en  1108,  y  fonde  l'ab- 
baye de  ce  nom,  ibid.  sa  mort  en  11-21, 
311,  ses  écrits,  322,  325.  Etant 
évoque  de  ChAlons  sur  Marne,  fut  en- 
voyé en  Allemagne,  y  fit  un  trailé 
avec  l'empereur  Henri  V,  513 

CiteauT.  abbaye  célèbre,  fondée 
par  S.  Robert  de  Moleme  en  1098, 
elle  est  dans  le  diocèse  de  Châlon  sur 
Saône,  4  et  5.  Ce  nouveau  monas- 
tère est  confirmé  par  une  bulle  de  Pas- 
cal II,  qui  est  comme  le  premier  titre 
de  cette  illustre  abbaye,  219. 

CLAR1US,  moine  de  saint  Pierre-le- 
Vif.  histoire  de  sa  vie,  501,  ses 
écrits,  501  et  504. 

Clermont,  Urbain  II  y  tient  un  con- 
cile contre  la  simonie  en  1095.  19; 
le  légat  Richard,  évêque  d'Albane, 
en  tient  un  en  1110,  56. 

Colan,  hermitage  situé  entre  Ton- 
nere  et  Chabli,  4. 

Conciles  tenus  à  Anse,  petite  ville  du 
diocèse  de  Lyon  en  1112,  contre  les  in- 
vestitures, 148.  A  Autun,  vers 
1095,  40.  A  Beaugenci,  en  1101  , 
56.  A  Clermont,  en  1110,  56.  ibid. 
en  1095  contre  la  simonie,  19.  A 
Fleuri  ou  saint  Benoît  sur  Loire,  en 
1110,  56.  A  saint  Omer ,  en  faveur 
de  la  trêve  de  Dieu ,  en  1099 ,  42 
A  Poitiers,  vers  1106,  43,  et  un 
autre  ibid.  en  1110  ,  54.  Un  concile 
à  Reims,  pour  séparer  Arras  du  dio- 
cèse de  Cambrai,  en  1093,  39.  Item, 
au  même  heu,  un  concile  en  1094, 
40.  Item,  en  1115  et  1119,  d'autres 
conciles  à  Reims ,  262,  310.  A  Tou- 
louse ,  un  concile  en  1110 ,  56.  A 
Tours,  en  1096,  106  et  345.  A 
Tournus ,  en  1115,  152.  A  Troyes  , 
en  1104,  56,  et  un  autre  par  Pascal 
H  en  1107,  222.  A  Valence  en  Dau- 
phiné ,    en  1100  ,  76. 

Concile  de  Latran,  qui  est  regardé 
comme  le  premier  œcuménique  de 
l'Occident,  a  été  tenu  par  Calliste  II 
en  1123  -.  il  n'y  eut  que  deux  séances, 
où  on  fit  17  ou  22  canons,   526. 

Conon  ,  évêque  de  Palestrine ,  légat 
en  Palestine,  excommunie  Henri  V  à 
Jérusalem ,  lorsqu'il  eut  appris  la  vio- 
lence qu'il  avoit  faite  au  pape  Pascal 
II  ,  226. 

Cran:  (Martin),  un  des  premiers 
Imprimeurs  de  Paris ,  qui  vint  s'y  éta- 
blir en   1470,  329. 

Crescent,  évêque  de  Sabine  et  cardi- 
nal, 510. 


D 


j\achery  (Dom  Lucj  a  publié  une 
■L'Iettre  très-importante  d'Anselme  de 
Laon  à  Heribrand ,  abbé  de  saint  Lau- 
rent de  Liège,  186. 

Daïmbert,  patriarche  de  Jérusalem, 
ayant  fait  sa  paix  avec  Baudouin  I,  le 
couronne  en  1100,  207. 

Daïmbert,  archevêque  de  Sens,  assis- 
te à  l'absolution  que  Lambert  évêque 
d'Arras  donne  à  Philippe  I  roi  de 
France,  pour  son  mariage  incestueux 
avec  Bertrade  en  1105,  43.  Ne  pouvant 
se  trouver  en  1120  au  concile  de  Beau- 
vais,  tenu  par  le  légat  Conon,  y  en- 
voyé Clarius,  religieux  de  saint  Pierre 
le  Vif,  pour  s'excuser,  502. 

Dalmace,  moine  de  Quoi,  est  élu 
évêque  de  saint  Jacques  en  Galice  en 
1089,  217. 

Discours  sur  le  septième  Siècle  ;  on 
y  a  omis  l'école  du  monastère  de  Tho- 
lei,  voyez  les  Additions,  au  tome  IX. 

DROGON,  moine  de  saint  André  de 
Bruges,  sa  vie,  -253,  ses  écrits, 
251. 


E 


EBREMAR  ou  Evermer,  patriarche  de 
Jérusalem,  394  et  400. 

Eremburge,  veuve  ;  elle  donne  à  Ro- 
bert d'Arbrissel  le  vallon  de  Fonte- 
vraud  en  1101, 158. 

Erlebolde,  doyen  de  l'église  de  Cam- 
brai, fort  habile  dans  l'intelligence  de 
l'Ecriture  Sainte,  a  fait  plusieurs  ser- 
mons, 270. 

Ernulphe,  voyez  Arnoul. 

Etampes.  il  s'y  tient  un  concile  en 
1099,  106. 

S.  Etienne,  martir,  sa  vie 
en  anciens  vers  françois,  Additions, 
564. 

Etienne,  abbé  de  Beze  ;  Pascal  II 
confirme  les  biens  de  cette  abbaye, 
dont  il  fait  le  détail,  245. 

Etienne ,  abbé  de  la  Chaise-Dieu  en 
1108,  365  ;  il  reçoit  quelques  biens 
des    clercs    de    sainte    Livrade,   512. 

ETIENNE  (S.)  de  Muret,  fondateur  des 
Grandmontains,  histoire  de  sa  vie, 
410,  sa  mort  en  1124,  415.  Ses  écrits, 

416,  425. 

Etienne,  disciple  de  S.  Robert  de  Mo- 
leme en  1075  ,  3. 


TABLE  DES  MATIERES, 


ETIENNE  ,  abbé  de  Notre-Dame 
dTorck,  peut  passer  pour  bas- Breton 
ou  Normand  ;  il  se  fait  religieux  en 
1078  à  Witeby,  i4.  sa  mort,  ses 
écrits,   18. 

Eudes  I  du  nom,  duc  de  Bourgogne, 
donne  aux  religieux  de  Cîteaux,  toute 
la  partie  du  terrain  que  le  vicomte  de 
Baune  s'étoit  réservée  en  dédomma- 
geant le  proprié  taire  ;  c'est  ce  qui  l'a 
fait  regarder  comme  fondateur  du  nou- 
veau monastère,  5. 

Evermer,  voyez  Ebremar. 

Evrard,  comte  de  Breteuil  :  sa  con- 
version est  décrite  par  Guibert  de  No- 
gent,  140. 

Eustache,  ab.  de  s.  Eloi  de  Noyon,  431. 

Eustorge,    évêque   de   Limoges    en 
.1106,  meurt  en  1137,  404. 

Ezelon,   voyez  Hezelon. 

Excommunication.  Belle  lettre  du 
clergé  de  Liège,  sur  l'excommunication 
lancée  par  le  pape  Pascal  H,  contre 
l'empereur  Henri  IV,  229  et  suiv. 


Fleuri,  ou  saint  Benoît  sur  Loire  ;    le 
légat  Richard  ,   évoque   d'Alhane ,  y 
tient  un  concile  en  1110,  56. 

S.  Florent,  monastère  prés  de  Dol, 
fondé  en  1078. 

Fontevraud,  abbaye,  chef  d'ordre,  fon- 
dée par  Robert  d'Arbrissel,  au  commen- 
cement du  XIe  siècle. 

Foulcher  rapporte  CommentBaudotlin 

a  acquis  la  principauté  d'Edesse,  205. 

Francon  .  abbé  de  Tournus  ,  reçoit 
des  privilèges  de  Callistc  II,  351. 

Frangipane  Censius,  sa  forteresse  à 
Rome  est  détruite  par  ordre  du  pape 
Calliste  II,  521. 

FREDERIC,  évêque  de  Liège,  histoire 
de  sa  vie,  319,  meurt  de  poison  en 
1121,  320.  H  n'a  écrit  qu'une  lettre 
pleine  de  feu,  de  justesse  et  d'éloquen- 
ce, 321,  322. 

Fukherede,  moine  de  saint  Martin  de 
Séez,  et  abbé  de  Scrobesburi  en  An- 
gleterre,   est     mort    en    1120,   268. 


GALON,  évêque  de  Paris ,  histoire 
de  savie ,  94,  reçoit  une  croix  faite 
du  bois  de  la  vraie  Croix  qu'Anselme 
lui   envoyé    de    Jérusalem ,   401 .    Sa 


B41 

ses  écrits,  99, 


mort    en    1116, 
101. 

Garnier.  seigneur  de  Château-pont, 
arrête  prisonnier  Lambert  évoque  d'Ar- 
ras,  qui  alloit  au  concile  de  Clermont  en 
1095,  41. 

Garnier,  abbé  de  saint  Germer, 
donne  l'habit  monastique  en  1064  à 
Guibert,  qui  n'avoit  que  douze  ans, 
435. 

GARNIER    ou    Warnier    l'homiliaire , 

religieux  de  Westminster,  probable- 
ment étoit  François  ou  Normand , 
23,  24  ■  ses  écrits ,  24  ,  25  ,  édition 
de  ses  ouvrages  ,  25  :  on  lui  attribue 
faussement  le  fasciculus  temporum,  25. 

Gauceran,  archevêque  de  Lyon, 
voyez  Josceran. 

Gaudri,  élu  évêque  de  Laon  a  la 
sollicitation  du  roi  d'Angleterre,  dont 
il  étoit  référendaire,  446,  il  passe 
pour  être  l'auteur  du  meurtre  de  Gé- 
rard ,  seigneur  de  Crecy ,  447 ,  est 
massacré  par  les  bourgeois  en  1112. 
449,  493. 

Gaullier,  évêque  do  Châlon,  donne 
le  bâton  pastoral  à  saint  Robert  de  Mo- 
leme,    élu  abbé  de  Citcaux  en  1098,  4. 

S.  Gaultier,  abbé  et  chanoine  d'Es- 
terp  dans  le  Limousin,  est  mort  en 
1070  :  sa  vie  a  été  écrite  par  Marbode, 
suivant    les     Bollandistes ,    365,     366. 

Gautier,  archidiacre  de  Laon,  est  du 
nombre  des  conjurés  qui  assassinèrent 
Gérard  seigneur  de  Crecy  dans  la  ca- 
thédrale; il  hait  Guibert  de  Nogent , 
447,  418. 

Gebehard,  évêque  de  Constance .  est 
confirmé  par  Pascal  II,  dans  la  léga- 
tion d'Allemagne ,  218. 

Gelmires,  (D.  Diégues)  est  le  pre- 
mier métropolitain  de  saint  Jacques  en 
Galice  .   517. 

Geoffroi  I,  évêque  de  Chartres  ,  deux 
fois  déposé  pour  simonie,  renonce  a  l'é- 
piscopat  en  1090  ou  1091 ,  103. 

Geoffroi,  archevêque  de  Rouen,  a 
obligation  à  saint  Yves  de  Chartres, 
qui  le  remet  bien  dans  l'esprit  de  Pas- 
cal II,  110. 

Geoffroi  II ,  évêque  de  Chartres  en 
1119  ,  515. 

Geoffroi,  évêque  de  Beauvais  en 
1105,  97. 

Geoffroi  d'Auxerre  et  plusieurs  au- 
tres ,  donnent  beaucoup  de  louanges  a 
Anselme  et  Raoul  de  Laon  ,  189. 

Geoffroi  (Guillaume),  comte  de 
Poitiers ,  fonde  l'abbaye  de  Montier- 
neuf  ;  il  est  mort  en  1080,  203. 

Geoffroi,  abbé  de  saint  Haixent,  Pas- 


542 


TABLE  DES  MATIERES. 


cal  II  prend  cette  abbaye  sous  sa  pro- 
tection, 245. 

S.  Geoffroi,  abbé  de  Nogent.  puis 
évêque  d'Amiens,  est  mort  en  1118, 
est  auteur  d'une  lettre  à  Baudri  évêque 
de  Noyon  ,  267,443. 

Geoffroi,  abbé  de  Beze  en  1253  et 
1255,  276. 

Geoffroi ,  abbé  de  Savigny ,  mort  en 
1139,  431. 

Geoffroi,  abbé  de  saint  Médard  de 
Soissons,  Guibert  de  Nogent  lui  dédie 
son  commentaire  sur  le  Prophète  Ab- 
dias,   466. 

Geoffroi,  abbé  de  Vendôme,  reçoit 
de  Calliste  II  un  privilège ,  le  8  octobre 
1119  ,  530. 

S.  Gérard ,  moine  de  saint  Aubin 
d'Angers  ,  célèbre  par  sa  pénitence  et 
par  sa  sainteté, 19. 

Gérard  II ,  évêque  de  Cambrai  et 
d'Arras,  mort  en  1092,  38. 

Gérard,   évêque  de  Térouanne,  47# 

Gerard ,  disciple  de  Raoul  de  Laon  , 
fut  le  premier  abbé  de  saint  Nicolas  de 
Clairfont,  191. 

Gérard ,  seigneur  de  Crecy,  est  mas- 
sacré dans  la  cathédrale  de  Laon  ,  à  la 
sollicitation  de  Gaudri  qui  en  étoit 
évêque,   447. 

Gérard,  abbé  de  Josaphat,  obtient 
en  1120  un  privilège  du  pape  Calliste 
II,  515. 

Gérard  d'Angoulême ,  est  nommé 
par  Calbste  II ,  légat  des  provinces  de 
Bourges ,  Bourdeaux  ,  Auch ,  Tours  , 
et   de  la  Grande  Bretagne,  523. 

Geraud,  second  abbé  de  Chezal-Be- 
nolt,  diocèse  de  Bourges,  268. 

Gerauld  de  la  Venne  écrit  la  vie  de 
saint  Robert ,  fondateur  de  la  Chaise- 
Dieu  ,  dont  il  étoit  disciple  :  cet  ou- 
vrage est  perdu,  364. 

Gerberon  (D.).  religieux  Bénédic- 
tin, attribue  quelques  ouvrages  d'An- 
selme de  Laon  à  Hervé,  sçavant 
moine  de  Bourg-Dieu  en  Berri  *  184. 
lia  publié  sous  le  nom  de  Gislebert  Cris 
pin.  une  dispute  intitulée,  disputa'io 
Judœi  cvm  Chrisliano,  de  fide  chri- 
stianâ.  C'est  a  tort  qu'on  l'a  imprimée 
sous  le  nom  de  Guillaume  de  Cham- 
peaux  ,  elle  est  de  Gislebert  Crispin, 
199. 

Gering  (Ulric),  un  des  premiers 
imprimeurs  de  Paris,  qui  vint  s'y  éta- 
blir en   1470 ,  329. 

Gervais,  compagnon  de  Bernard  de 
Tyron ,  a  été  abbé  de  saint  Savin , 
211. 


Gervin,  évêque  d'Amiens,  écrit  deux 
lettres  à  Lambert  d'Arras,  52. 

Gibelin  patriarche  de  Jérusalem,  meurt 
le  6  avril  1112,  209. 

Gibelin,  archevêque  d'Arles',  envoyé 
légat  ii  Jérusalem  par  le  pape  Pascal  II, 
397. 

S.  Gilbert,  évêque  de  Meaux,  mort 
vers  1015,  après  vingt  ans  d'épiscopat , 
404. 

Gilon  ,  moine  de  Cluni,  ses  écrits , 
64,  65. 

Girard,  prieur  de  saint  Etienne  ,  en- 
voyé à  Rome  avec  Milon,  cardinal,  évê- 
q'ie  de  Palestrine  en  1093,  19. 

Girard,  évêque  de  Sées ,  mort  en 
1091,  341. 

Girbert.  évêque  de  Paris  en  1116, 
98,  se  plaint  en  1123  de  quelques  abbés 
qui  relusoient  de  lui  obéir ,  527. 

Anonyme,  évêque  d'Evreux,  a  fait  l'o- 
raison funèbre  de  Guillaume  le  Con- 
quérant, suivant  Ordiic  Vital,  18. 
11  est  mort  en  1112,  19. 

GISLEBERT  Crispin,  moine  du  Bec,  puis 
abbé  île  Westminster  en  Angleterre; 
histoire  de  sa  vie,  192,  son  épitaphe. 
194,  ses  écrits,  195. 

Godefroi  (S.)  évêque  d'Amiens, 
écrit  à  Lambert  d'Arras  ,-52. 

Gortmond  de  Pequigny  proche 
Amiens,  est  fait  patriarche  de  Jérusalem 
en  1120,  400. 

Goscelin.  doyen  de  l'église  de  Beau- 
vais,  auteur  d'une  lettre  à  Raoul  le 
Verd,  archevêque  de  Reims,  p.  431. 

Grimolde ,  abbé  de  saint  Vanne  de 
Verdun  en  1075,  82. 

Grégoire  cardinal,  député  par  le  pape 
Calliste  II ,  vers  l'empereur  Frideric 
V,  513. 

Guarinwnd,  patriarche  de  Jérusa- 
lem, reçoit  le  palliuni  du  pape  Calliste 
II  ,  522.' 

Gui,  évêque  d'Amiens,  fait  la  trans- 
lation du  corps  de  saint  Paschase  Ra- 
debert,  de  l'église  de  saint  Jean,  en  la 
grande  église  de  l'abbaye  de  Corbie, 
en  1073 ,  28. 

Gui,  archidiacre  de  Verdun,  60, 
61,  meurt  vers  1115,  évêque  d'Albane 
sans  en  avoir  joui,  et  sans  être  sacré  ; 
son  écrit,  62. 

Gui,  archevêque  de  Vienne,  va  en 
Angleterre  en  qualité  de  légat,  sans 
pouvoir  exercer  sa  légation,  parce  que 
les  Anglois  ne  rîconnoissoient  pas 
d'autre  légat  que  l'archevêque  de 
Cantorberi,  218.  Pascal  II  lui  con- 
firme les  droits  de  métropolitain,  246. 


TABLE  DES  MATIERES. 


543 


GUI,  chancelier  et  trésorier  de  l'é- 
glise de  Noyon  ,  a  composé  une  décla- 
ration sommaire  de  son   église,    279. 

S.  Guibert,  fondateur  de  Gemblou. 
est  levé  de  terre  en  1110  ,  par  Otbert 
évêque  de  Liège  ,  et  exposé  à  la  véné- 
ration publique,  261. 

GUIBERT,  abbé  de  Nogent,  est  né  dans 
le  diocèse  de  Beauvais  en  1053,  his- 
toire de  sa  vie ,  433,  ses  écrits , 
439,  jusqu'à  500;  D.  Dacheri  a  fait 
imprimer  ses  ouvrages,  499. 

GUILLAUME  de  Champeaux,  évoque 
de  Chalons  sur  Marne,  sa  \ie  et  ses 
écrits  ,  307-315. 

GUILLAUME  deChester'en  Angleterre, 
peut  avoir  été  moine  du  Bec  ;  il  fait  un 
poème  à  la  louange  de  saiut^Anselme  , 
archevêque  de  Cantorberi  en  1093, 
12. 

Guillaume  de  Ros,  abbé  de.Fecamp, 
visite  et  console  saint  Yves  de  Chartres 
dans  sa  prison  du  Puiset  en  1092 , 
105. 

Guillaume  f  archevêque  de  Roui'ii , 
Pascal  II  lui  conseille  d'éloigner  de  lui 
ceux  qui.  par  mauvais  conseils,  lui 
ont  fait  faire  beaucoup  de  fautes , 
249.  Il  tient  un  concile  pour  l'élection 
d'un  évêque  de  Sées,  341. 


H 


Haules-Itruyeres ,  abbaye  de  reli- 
gieuses de  l'ordre  de  Fontevraud.  a  été 
fondée  par  Yves  de  Chartres,  111.  Le 
monastère  a  été  bâti  par  ordre  de  Louis 
le  Gros  pour  la  reine  Bertrade,  103. 

Henri  II,  tlls  d'Eudes  I  du  nom,  duc 
de  Bourgogne,  se  fait  religieux  à  Ci- 
leaux,   5. 

Henri  .  abbé  de  saint  Rémi  de  Reims 
et  d'Homblieres  ,  près  la  ville  de  saint 
Quentin  en  Vermandois,  443. 

HERBERT,  évêque  de  Norwick,  sur- 
nommé Lozingua ,  2C5 ,  sa  mort  en 
1119,  ses  écrits,  267. 

Heribrand,  abbé  de  saint  Laurent  de 
Liège,  reçoit  une  lettre  importante 
d'Anselme'  de  Laon\  186. 

Herluin  (le  bienheureux  ),  abbé  du 
Bec  ,  mort  en  1078  .  19  ,  sa  vie  a  été 
écrite  incontestablement  par  Gislebert 
Crispin,  abbé  de  Westminster,  qui 
n'étoit  alors    que  moine  du  Bec,  196. 

S  Hermeland,  abbéd'Aindre  au  dio- 
cèse de  Nantes  :  miracle  qui  s'opère 
par  son   intercession  en  1117,  203. 

Hermengarde,  comtesse  de  Bretagne, 
est  une  des  premières  religieuses  de 
Fontevraud,  158. 

Tome  X. 


Hersende  de  Champagne  ou  de  Clair- 
vaux,  veuve  de  Guillaume  de  Mont- 
Soreau,  s'attache  à  Robert  d'Arbrissel, 
158. 

îlervé  de  la  Trinité ,  ainsi  nommé  à 
cause  qu'il  étoit  moine  de  la  Trinité  de 
Vendôme ,  étoit  compagnon  de  Ro- 
bert d'Arbrissel,    157. 

Hervé,  scavant  moine  de  Bourg- 
Dieu  en  Béni,  D.  Gerberon  lui  attri- 
bue quelques  ouvrages  ,  qui  sont  au 
dire  de  bien  des  scavans ,  d'Anselme 
de  Laon ,  184. 

HEZEL0N  ou  Ezelon,  moine  de 
Cluni,  63,  ses  écrits,  64,  66. 

Hildebert ,  compagnon  de  Bernard 
de  Tyron  ,  a  été  abbé  du  Bourg  Dieu , 
et  ensuite  archevêque  de  Bourges, 
210. 

Hildibert,  évêque  du  Mans  ,  on  croit 
qu'il  a  reçu  des  lettres  de  Bernard  de 
Tyron  ,  215. 

Hilduin,  premier  abbé  de  saint  Vic- 
tor de  Paris ,  309. 

Iloel,  évêque  du  Mans,  s'employe 
avec  le  pape  Urbain  en  1092 ,  pour  dé- 
livrer de  prison  saint  Yves  de  Char- 
tres, 105. 

Honoré  III,  Pape,  successeur  de  Cal- 
liste  II,  retire  l'antipape  Bourdin  du 
monastère  de  Cave,  el  le  met  en  pri- 
son dans  le  fort  de  Fumone  en  1124, 
521. 

Hubert,  évêque  de  Senlis,  fait  la  cé- 
rémonie de  réconcilier  l'église  de  Laon, 
après  le  meurtre  de  Gérard  de  Crecy. 
Il  a  obligation  à  saint  Yves  de  Char- 
tres des  services  qu'il  lui  a  rendus  au- 
près du  pape  Pascal  II,  214-446. 

Hugues,  archevêque  de  Lyon,  légat 
du  saint  Siège,  permet  à  saint  Robert 
de  Moleme  de  se  retirer  dans  un  lieu 
où  il  pût  observer  la  règle  de  saint  Be- 
noît dans  toute  la  rigueur  avec  ses 
compagnons,  4. 

Hugues  de  Picrrefons ,  évêque  de 
Soissons,  écrit  plusieurs  lettres  à  Lam- 
bert ,   évêque  d'Arras ,   52. 

Hugues  I,  comte  de  Champagne, 
fait  une  donation  à  l'abbaye  de  Moleme 
en  1103,  8. 

HUGUES ,  archevêque  dTdesse  ,  né 
dans  la  seconde  Belgique  ,  sa  lettre  à 
Raoul  le  Verd,  archevêque  de  Reims, 
sa  mort  après  1114,  60. 

HUGUES,  abbé  de  Flavigni,  histoire 
de  sa  vie,  73,  ses  écrits,  79,  85. 

Hugues,  abbé  de  saint  Gilles,  situé 
dans  la  vallée  Flavienne ,  204. 

HUGUES  de  sainte  Marie,  moine  de 
Fleuri,  histoire  de  sa  vie,  285,  ses 
écrits,  285  et  suiv.  —  Note,  660. 

Zzz 


544 


TABLE  DES  MATIERES. 


Hugues,  doyen  de  l'église  d'Orl ■■,. 
en  est  nommé  évêque  par  le  roi  Louis 
le  Gros  :  il  ne  Uni  ce  siège  que  quel- 
ques mois ,   449. 

Hugues,  évêque  de  Porto  en  Portu- 
gal, suffragant  de  Brague.  obtient  de 
Calliste  II  l'érection  de  saint  Jacques 
en  Galice  en   métropole,  517. 


larenton,  abbé  de  saint  Bénigne  de 
"Dijon,  reçoit  charitablement  les  reli- 
gieux de  saint  Vanne,  persécutés  par 
I'évêque  de  Verdun,  74,  est  mort  en 
1111,  404. 

Jauceranne,  archevêque  de  Lyon. 
Voyez  Josceran. 

Jean,  disciple  de  saint  Robert  de 
Moleme,  4. 

S.  Jean  en  Vallée,  abbaye  à  la  porte 
de  Chartres,  a  été  fondée  par  saint 
Yves,  évêque  de  cette  ville,  pour  des 
chanoines  réguliers,  111. 

JEAN,  diacre  et  moine  de  saint  Ouen, 
est  secrétaire  du  concile,  tenu  à  Reims 
par  Calliste  H  en  1119,  26.!.  Il  écrit 
la  vie  de  saint  Nicolas,   etc.  263,   264. 

JEAN,  moine  de  Beze,  sa  vie,  270, 
ses  écrits,  272. 

Jean  de  Crème  est  auteur  d'un  traité 
du  comput  ecclésiastique  qu'il  adresse 
à  Geoffroi  abbé  de  Savigny ,  431 , 
528. 

Jean,  comte  de  Soissons,  quoiqu'é- 
levé  dans  la  nUgion  Chrétienne,  étoit 
fauteur  des  Juifs,  et  judaisoit  lui-mê- 
me, 467. 

ILDEBOLDE,  compagnon  de  saint  Ro- 
bert de  Moleme,  fut  un  des  premiers 
religieux  de  Cîteaux  ;  il  est  envoyé  en 
1100  par  le  bienheureux  Alberic,  sol- 
liciler  auprès  du  pape  Pascal  II,  la  con- 
firmation de  l'établissement  de  Cî- 
teaux, 11. 

Imprimeurs.  Les  premiers  qui  s'éta- 
blirent à  Paris  en  1470.  Ulric  Gering, 
Martin  Crantz ,  et  Michel  Tribulge , 
329. 

Interdit  que  l'archevêque  de  Reims 
veut  faire  observer  dans  toutes  les  égli- 
ses de  sa  métropole,  pour  une  injure 
faite  à  I'évêque  de  Châlons  sur  Marne, 
49. 

JOSCERAN,  archevêque  de  Lyon  en 
llll,  98,  histoire  de  sa  vie,  177  ,  ses 
écrits,   150. 

Juillilsous  Raviere,  prieuré  de  reli- 
gieuses," conduites  par  les  reUgieux 
de  Moleme,  depuis  la  fondation  de 
cette  abbaye,  jusqu'au  quinzième   siè- 


cle, que  ce  prieuré  a  été    détruit,  3. 


y  AMBERT,  évêque  d'Arras,  histoire 
J-Me  sa  vie,  38,  sa  mort  en  1115,  et 
son  épitaphe,  43.  ses  écrits,  44, 
59. 

LAMBERT  ,  abbé  de  Poutieres,  de  l'or- 
dre de  saint  Benoit  au  diocèse  de  Lan- 
gres  .  assiste  au  concile  de  Troyes  en 
1104,  251. 

Lambert,  évêque  de  Tournay  et  de 
Noyon,  mort  en  1121,  écrit  une  lettre 
à  Secard ,  abbé  de  saint  Martin ,   269. 

Lambert,  évêque  de  Langres ,  donne 

m harte  en  faveur  de  l'ahbave   de 

Moleme  en  1101,    501. 

Lambert ,  évêque  d'Ostie  et  cardinal, 
député  du  pape  Calliste  II  vers  l'empe- 
reur Frideric  V  ,    513. 

Lambert,  abbé  de  saint  Bertin,  ob- 
tient du  pape  Calliste  II  un  ample  pri- 
vilége  en  novembre  1119,  530. 

Landulphe,  prêtre  de  l'église  de  Mi- 
lan ,  se  rend  disciple  de  Guillaume  de 
Champeaux,   307. 

Lanzon,  succède  immédiatement  à 
Odelric  ,  en  qualité  d'abbé  de  saint 
Michel  en  Lorraine,  63. 

LEGER,  archevêque  de  Bourges  , 
transporte  le  corps  de  Robert  d'Ar- 
brissel,  d'Orsan  à  Fontevraud  en  1117, 
p.  166.  histoire  de  sa  vie,  ses  écrits, 
meurt  le  31  mars  1120,  280. 

Léon,  moine  d'Hanaw  :  ajoutez  à 
son  article,  tome  VIII,  ce  qui  en  est 
dit  aux  Additions,  562. 

Letbert,  abbé  de  saint  Ruf  :  ajou- 
tez a  son  article ,  tome  IX ,  570  ,  ce 
qui  est    dit    aux    Additions. 

liège,  le  clergé  répond  à  une  lettre 
de  Pascal  II,  sur  une  excommunica- 
tion lancée  contre  l'empereur  Henri 
IV,  229  et  suit». 

Liégeois,  répondent  fortement  à  une 
lettre  que  Pascal  II  écrit  à  Robert,  com- 
te de  Flandres,  pour  lui  ordonner  de 
leur  faire  la  guerre,  à  cause  de  leur 
fidélité  pour  l'empereur  Henri  IV,  p. 
229,  etc. 

Lisiard,  archidiacre  de  Beauvais, 
écrit  à  I'évêque  d  Arras,  54. 

Lisiard,  évêque  de  Beauvais  ,  310  , 
il  est  a  croire  que  c  est  le  même  que 
l'archidiacre  ci-dessus. 

Lisiard,  évêque  de  Soissons,  décou- 
vre des  Manichéens,  451. 

Litard,  disciple  de  saint  Robert  de 
Moleme,  4. 


TABLE  DES  MATIERES. 


545 


Long  (le  P.  le)  attribue  mal-à-pro- 
pos à  Anselme  de  Laon  un  commen- 
taire sur  les  épitres  de  saint  Paul  ;  il  est 
d'Hervé  ,  religieux  du  Bourg-Dieu  eu 
Berri,  185. 

Ludolphe,  premier  prieur  du  monas- 
tère de  Saint  André  de  Bruges,  est  au- 
teur d'une  lettre  sur  l'origine  de  saint 
André,  268. 


M 


Madelme,  abbé  de  sainte  Sophie  près 
Bénévent,  obtient  de  Pascal  II,  la 
confirmation  de  tous  les  biens  de 
cette  abbaye,  243. 

Mariasses  I,  archevêque  de  Reims, 
sa  mauvaise  conduite  et  sa  tyrannie  a 
été  l'occasion  de  la  retraite  de  saint 
Bruno,  suivant  Guibert  de  Notent, 
441. 

Mariasses  II,  archevêque  de  Reims  , 
tient  un  concile  à  saint  Orner,  p.  42, 
veut  faire  observer  par  ses  suffragans 
un  interdit,  parce  qu'on  avoit  mis  en 
prison  l'éveque  de  (hâlons,  p.  49,  sa 
mort  le  18  septembre  1106,  suivant 
D.  Mabillon,  p.  493. 

Marbode,  fait  l'épitaphe  de  Milon, 
cardinal,  évêque  de  Palestrine,  20. 

MARBODE,  évêque  de  Rennes,  histoi- 
re de  sa  vie,  243 ,  meurt  en  1123  à  88 
ans,  347,  ses  écrits,  350  jusqu'à 
387  ,  écrits  qu'on  lui  a  supposés ,  son 
génie,  389,  392. 

Mar  ligné- Briant  (  Rainaud  de  )  élu 
évêqr.e  d'Angers  en  1101 ,  puis  arche- 
vêque de  Reims ,  a  été  disciple  de  Mar- 
bode à  Angers  ,  344. 

MARTIN  .  moine  de  Monstier-neuf  à 
Poitiers ,  écrit  l'histoire  de  la  fonda- 
tion de  son  monastère,  suivant  ce  que 
lui  en  a  dit  le  moine  Robert,  qui  en 
avoit  été  témoin  oculaire,  202. 

Mathieu,  évêque  d'Albaue  ,  né  de  pa- 
rens  nobles  au  territoire  de  Reims, 
pourquoi  on  n'en  parle  pas  dans  l'His- 
toire Littéraire,  m  de  l'Avertisse- 
ment. 

Mathilde  (la  comtesse)  morte  le  24 
juillet  1115,   225. 

Mathilde  Impératrice  ,  épouse  Henri 
T  en  1114,  301. 

Maurice ,  évêque  de  Porto  ,  est  en- 
voyé légat  en  Palestine  par  Pascal  II , 
pour  régler  les  affaires  ecclésiastiques 
dans  les  nouvelles  conquêtes  des  Croi- 
sés, 218. 

Mauvoisin  (Samson  de)  archevêque 
de  Reims ,  étoit  élevé  de  saint  Yves  de 
Chartres. 

3  7 


Miyeux  (Yves)  évêque  de  Rennes, 
fait  faire  une  édition  de  divers  ouvra- 
ges de  Marbode,  un  de  ses  prédéces- 
seurs, 391. 

Micrvlogue  sur  les  rits  ecclésiastiques, 
dont  il  est  parlé  au  tome  VIII  de  cet 
ouvrage ,  doit  être  attribué  à  saint 
Yves  de  Chartres ,  suivant  les  nouvel- 
les connoissances  qu'on  en  a  eu  depuis, 
143,  144. 

Milesine,  une  des  premières  religieu- 
ses de  Fontevraud,  158. 

MILON,  cardinal,  évêque  de  Pales- 
trine ,  étoit  moine  de  saint  Aubin  d'An- 
gers ,  19,  assiste  au  concile  de  Cler- 
mont  en  1095,  sa  mort  en  1112,  ses 
écrits,  20;  il  a  été  légat  en  France, 
son  éloge  par  Marbode,  387. 

Milon ,  archevêque  de  Benevent  en 
1074.  11  avoit  été  doyen  de  l'église  de 
Paris,  412. 

Moleme,  abbaye  de  l'ordre  de  saint 
Benoit ,  fondée  par  saint  Robert  en 
1075  ,  au  diocèse  de  Langres  ,  2. 

Monstier-neuf.  abbaye  de  Bénédictins, 
fondée  vers  1076,  203. 

Morlagne  (Gautier  de),  disciple  de 
Raoul  de  Laon ,  fut  premier  abbé  de 
saint  Martin  de  Laon,  et  ensuite  évê- 
que de  cette  ville  ,  191. 

N 


\ncola$  (S.)  d'Angers,  son  église  dé- 
iN  diée  par  Urbain  H  en  1096,  155. 

Nidoyseau,  monastère  dépendant  de 
Fontevraud,  fondé  par  Salomon,  com- 
pagnon de  Robert  d'Arbrissel ,  157. 

S.  Norbert,  reçoit  dejBarthelemi  de 
Vire ,  évêque  de  '  Laon  ,  la  solitude  de 
Prémontré ,  pour  y  bâtir  un  monastère, 
190. 

Norgaud,  évêque  d'Autun,  a  un  dif- 
férend avec  Hugues  abbé  de  Cluni,  au 
sujet  des  privilèges  de  cette  abbaye, 
20  ,  il  persécute  Hugues  de  Flavigny, 
75.  . 


0 


0 


de  (S.)   ou  Oden-Rode,  exposée  à 

la  vénération  publique  dans  l'église  de 
Rode,  1102.  _ 

Odelric  ou  Ulric ,  autrement  Udel- 
ric ,  sa  lettre  à  Urbain  II ,  63 ,  est 
abbé  de  saint  Michel  en  Lorraine, 
63. 

Odon,  disciple  de  saint  Robert  de 
Moleme  ,4. 

Z  z  z  ij 


546 


TABLE  DES  MATIERES. 


Odon,  chantre  de  l'église  d'Arras, 
il  accompagne  Lambert  son  évêque  à 
Rome,  46. 

Odon,  chanoine  régulier ,  et  abbé  de 
saint  (juenlin  de  Béarnais,  écrit  une 
longue  lettre  à  saint  Yves  de  Chartres , 
110  ,  mort  en  1105  ,  97. 

Odon,   évêque   de  Cambrai ,    51. 

Odon,  évoque  d'Ostie,  sacra  a  saint 
Pierre  Pascal  II,  le  14  août  1099,  217. 

Odon,  évéque  de  Bayeux  ,  étoit  frère 
de  Guillaume  le  Conquérant,  duc  de 
Normandie,  404.  11  avoil  acheté  le 
corps  des.  Exupere,  l'un  de  ses  prédé- 
cesseurs ;  mais  on  lui  ;donna  le  corps 
d'un    païsan    nommé    Exupere  ,   482. 

Odon,  abbé  de  saint  Symphorien  de 
Beauvais,  et  depuis  évêque  de  la  même 
ville,  Guibert  de  Nogent  lui  dédie  son 
traité  des  reliques  des  saints,  477. 
p  Odulphe  (S.),  curé  d'Utrecbt  ou  de 
Stavercn,  30. 

Oaier  le  Danois,  son  roman  au  to- 
me VIII ,  594  ,  595  :  corrigez  ce  qui 
est  porté  aux  Additions. 

Oldegaire  ,  évêque  de  Tarragone , 
fut  envoyé  légat  à  latere  à  l'armée  des 
croisés  d'Espagne  en  11-23,  523. 

Olric,  vidame  de  Milan,  et  ensuite 
archevêque  de  cette  ville,  est  venu  à 
Paris  étudier  sous  Guillaume  de  Cham- 
peaux,  307. 

S.  Orner,  Manassé  II,  archevêque  de 
Reims,  y  tient  un  concile  en  faveur 
de  la  trêve  de  Dieu,  42. 

Saints  Ordres,  les  sept  ordres  ecclé- 
siastiques :  Portier,  Lecteur,  Exorciste, 
Aeolythe,  Soudiacre,  Diacre,  Prêtre. 
Yves  de  Chartres  prétend  que  Jesus- 
Christles  a  exercés  en  quelque  sorte 
lui-même  en  personne,  pendant  sa  vie 
mortelle,  134. 

OTBERT  ou  Obert,  évêque  de  Liège, 
histoire  de  sa  vie,  258,  sa  mort  en 
1118,  ses  écrits,  2G1. 

Otlon,  évêque  de  Bamborg,  va  con- 
vertir les  peuples  nouvellement  con- 
quis par  Boleslas  duc  de  Pologne  en 
1124,  527. 


pASCAL  II  ,  histoire  de  sa  vie, 
I  21fi  ;  permet  à  Anselme,  vu  la  quan- 
tité des  fils  de  prêtres  en  Angleterre , 
d'élever  aux  ordres  ceux  qui  en  se- 
roient  dignes  par  leur  science  et  leurs 
mœurs,  246,  sa  mort  en  janvier 
1118,  ses  écrits,  227. 

Pelage  ,   archevêque   de  Brague,  est 


fait  prisonnier  par  ordre  de  la  comtesse 
de  Portugal  en  1122,  526. 

Petronille,  veuve  du  seigneur  de 
Chemillé,  fut  la  première  abbesse  de 
Fontevraud,  158. 

Philippe,  évêque  de  Troyes  en  1101, 
8,  étuii  frère  de  Garnier ,  seigneur 
de  Château-pont ,  41. 

Philippe  deTaun  .-  corrigez  à  son  arti- 
cle, tome  IX,  173,  190,cequi  est  marque 
aux  Additions. 

Pibon,  moine  de  saint  Mansui  de 
Toul  en  Lorraine,  auteur  du  traclalus 
de  translalione  secundâ  sancti  Man- 
sueti,    269. 

Pierre ,  disciple  de  saint  Robert  de 
Molenie,  4. 

Pierre  Guillaume,  moine  île  saint 
Gilles  .  est  auteur  d'un  livre  des  mira- 
cles de  saint  Gilles  ;  il  dédie  son  livre 
à  D.  Hugues  son  abbé,  vers  1117, 
204. 

Pierre,  chanoine  de  Noyon,  auteur 
d'une  lettre  à  Eus  tache,  abbé  de  saint 
Eloi  de  Noyun,  431. 

Pierre,  évêque  de  Porto,  vicaire  de 
Rome,  va  au-devant  du  pape  Calliste 

11,510. 

Pierre  de  Léon,  cardinal ,  envoyé 
légat  en  France  et  en  Angleterre  par 
Calliste  11,  523. 

Poitiers.  Les  légats  Jean  et  Benoît  y 
tiennent   un   concile   vers    1106 ,   43. 

Pons ,  abbé  de  Cluni ,  propose  au 
pape  Pascal  I,  de  la  part  de  l'empe- 
reur Henri  V  des  conditions  de  paix , 
mais  sans  succès ,  226.  Ce  Pape  lui 
accorde  l'usage  des  ornemens  pontili- 
caux  dans  la  célébration  île  la  Messe, 
240.  Il  rewent  d'Allemagne,  après 
avoir  traité  avec  l'empereur  Henri  V 
sur  les  investitures ,  513.  Il  remet 
son  abbaye  au  pape  Calliste  II  en  1122  , 

524. 

Popon,  évêque  de  Metz  ,  5. 

S.  Prcjet  de  Fercheres.  abbaye  au 
diocèse  d'Arras.  que  l'abbé  do  saint 
Prejet  du  ^diocèse  de  Noyon,  revendi- 
quoil,  48.  ' 

Progom  de  Troyes,  auteur  d'un  ou- 
vrage peu  estimé,  suivant  Jean  de  Sa- 
lisburi,  268. 

Pustella  (Anselme  de),  qui  a  été 
évêque  de  Milan  ,  est  venu  à  Paris  étu- 
dier sous  Guillaume  de  Champeaux  , 
307. 


TABLE  DES  MATIERES. 


347 


R 


■nadbode  ou  Radbodon,  évêque  de 
nNoyon  et  de  Tournay,  est  mort  en 
1098,    254. 

R  ADULPHE  ou  Raoul  de  Laon,  frère  du 
célèbre  Anselme  le  scholastique,  fut 
son  collègue  dans  le  gouvernement  de 
l'école  que  ce  grand  homme  ouvrit  à 
Laon  vers  la  fin  du  onzième  siècle. 
Histoire  de  sa  vie  ,  189  :  il  paroît 
qu'il  avoit  succède  à  son  frère  Ansel- 
me, dans  la  charge  de  Chancelier  de 
l'église  de  Laon  ,  190. 

•Raynaud  (Théophile)  donne  mal-à- 
propos  à  Guillaume  d'Auvergne  ,  évo- 
que de  Paris  ,  mort  en  1218 ,  le  com- 
mentaire sur  saint  Mathieu,  qui  est 
d'Anselme  de    Laon  ,  185. 

Raynauld,  abbé  illustre  de  saint  Cy- 
prien,  étoit  disciple  de  saint  Robert, 
fondateur  de  la  Chaise -Dieu ,  page 
210. 

Ranul,  archevêque  de  Tours,  assiste 
à  l'absolution  que  Lambert  évêque 
d'Arras ,  donne  à  Philippe  I  roi  de 
France,  au  sujet  de  son  mariage  avec 
Bertrade  en  1105,  43. 

Raoul  le  Verd,  archevêque  de  Reims, 
50 ,  il  a  écrit  cinq  ou  six  lettres  ;  il 
étoit  fort  éloquent ,  il  est  mort  en  1124, 
il  est  enterré  à  saint  Rémi  de  Reims , 
430. 

RAOUL  de  Caën  ,  historien  de  la 
Croisade,  histoire  de  sa  vie,  67,  ses 
écrits,  07,  69,  73. 

RAOUL  TORTAIRE,  moine  de  Fleuri, 
histoire  de  sa  vie ,  85 ,  ses  écrits , 
89,   94,  édition  de   ses   ouvrages,  89. 

Raoul,  abbé  de  saint  Quentin  de 
Beauvais,   élu    en    1105,   97. 

RAOUL,  archevêque  de  Cantorberl, 
étoit  né  en  Normandie ,  il  se  lit  moine 
à  saint  Martin  de  Sées  en  1079,  336, 
sa  mort  en  1122 ,  338 ,  ses  écrits , 
340. 

Reginald ,  moine  de  saint  Augustin 
de  Cantorberi,  étoit  François ,  ses 
écrits  ,  sa  mort  probablement  en  1122, 
335. 

Reims  :  il  s'y  tient  un  concile  pour 
séparer  Arras  du  diocèse  de  Cambrai, 
qui  y  étoit  réuni  depuis  plus  de  500 
ans  ;  item,  un  autre  concile  en  1094, 
40  ;  item,  en  1115  et  1119. 

Renaud,  vicomte  de  Beaune,  donne 
à  saint  Robert  de  Molême,  dans  la  fo- 
rêt de  Cîteaux ,  autant  de  terrain  qu'il 
en  falloit  pour  bâtir  un  monastère ,  et 

{iour  en  faire  subsister  les  religieux  en 
e  cultivant,  4. 


Renaud  du  Bellai ,  archevêque  de 
Reims  en  1093,  39. 

Renaud  ,  seigneur  de  Craon,  donne 
une  partie  considérable  de  sa  forêt  de 
Craon,  pour  y  fonder  l'abbaye  de  la 
Roè,   155. 

Richard,  religieux  du  Bec,  est  fait 
premier  abbé  du  monastère  de  sainte 
Walhtirge,  dans  le  comté  de  Chester 
en  Angleterre,  en    1092,   12. 

Richard  de  Grandpré ,  évêque  de 
Verdun  en  1107,  61. 

Richard  (le  bienheureux),  disciple 
de  Raoul  de  Laon ,  fut  abbé  de  Pont-  à- 
Mousson,  191. 

RICHARD,  cardinal,  archevêque  de 
Narbonne,  histoire  de  sa  vie,  316,  sa 
mort  en  1121,  ses  écrits,    318. 

Richer  ,  évêque  de  Verdun  en  1098, 
63. 

Richer  ,  archevêque  de  Sens  ,  refuse 
de  reconnoître  saint  Yves  pour  évêque 
de  Chartres,  parce  qu'on  avoit  déposé 
Geofl'roi  son  prédécesseur  sans  sa  par- 
ticipation  en   1091,  103,  104. 

Rivallon,  archidiacre  de  Rennes, 
392. 

Rivallon ,  archidiacre  de  Nantes, 
392. 

Rivallon,  archidiacre  de  saint  Malo^ 
392. 

Riverie  (Attelais),  fille  d'Eremberge 
donne  à  Robert  d'Arbrissel,  le  vallon 
de  Fontevraud,   158. 

ROBERT  (S.),  fondateur  de  Molême 
né  en  Normandie,  sa  vie,  1.  Il  se 
fait  religieux  Bénédictin  à  Moulier  la 
Celle,  2,  en  est  lait  prieur,  abbé  de 
saint  Michel  de  Tonnerre  ;  Alexandre 
II  le  charge  de  gouverner  les  hermites 
de  Colan;  jette  les  fondemens  du  mo- 
nastère de  Molême  en  1075 ,  quitte  ses 
religieux  peu  dociles ,  et  se  retire  à 
Hauz ,  3 ,  y  retourne  par  ordre  du 
Pape,  quitte  Molême,  et  va  s'établir 
à  Citeaux,  4 ,  en  est  élu  abbé  en 
1098,  5,  retourne  à  Molême  par 
ordre  du  pape  Urbain  II ,  sans  en  plus 
sortir,  6,  sa  mort  en  1110,  8, 
ses  écrits,  9,   11. 

.Robert,  évêq.  de  Langres  entH0l,  8. 

ROBERT,  abbé  de  saint  Rémi;  de 
Reims.  48,  sa  vie,  323,  sa  mort  en 
1122,  325 ,  ses  écrits ,  326  ,  les  différen- 
tes éditions  ,  328  :  on  l'appelloit  aussi 
Rupert.  —  Notes,  561. 

Robert  d'Arbrissel,  fondateur  de  l'or- 
dre de  Fontevraud,  153,  sa  mort  le 
25  février  1117,  165. 

Robert  de  Loudun  partant  pour  Jéru- 
salem ,  met  une  somme  d'argent  con- 


548 


TABLE  DES  MATIERES. 


sidérable  entre  les  mains  de  Petronille  , 
première  abbesse  de  Fontevraud,  168. 

Robert,  comte  de  Flandres,  reçoit 
ordre  du  pape  Pascal  11,  de  faire  la 
guerre  à  l'empereur  Henri  V ,  excom- 
munié en  plusieurs  conciles  ,  229. 

Robert ,  abbé  de  Vezelai ,  Pascal  I 
le  prend  sous  la  protection  du  saint 
siège,  244. 

Robert ,  doyen  de  l'église  de  Noyon  , 
279. 

Robert,  abbé  de  saint  Martin  de  Sées 
meurt  en  1089,  336. 

ROBERT,  1  du  nom,  religieux  de  Cluni, 
prieur  de  saint  Sauve  de  Valenciennes, 
335,  ses  écrits,  sa  mort  vers  1122, 
336. 

S.  Robert,  fondateur  et  premier  abbé 
de  la  Cbaise-Dieu  :  sa  vie  a  été  éciite 
par  Marbode,  évéque  de  Rennes,  364. 

Rociwanne,  cardinal,  religieux  du 
Mont-Cassin ,  porte  à  Rome  la  nou- 
velle de  l'élection  de  Calliste  II, 
509. 

Rodolphe  ,  abbé  de  saint  Victor  de 
Marseille,  reçoit  une  bulle  de  Calliste 
II  en  1119,  530. 

Rodulphe ,  abbé  de  saint  Vannes  à 
Verdun  en  1077,  73. 

Roë  (la)  abbaye  fondée  par  Robert 
d'Arbrissel  en  1096,  155. 

Roger,  archidiacre  de  Beauvais, 
écrit  à  Lambert  d'Arias,  54. 

Rogo  Fretellus  a  fait  un  ouvrage  sous 
ce  titre  :  Fretellus  de  locis  sanctis,  270. 

Romuald,  cardinal;  diacre,  élu  évé- 
que de  Rénévent  vers  11-2  :  il  est  dif- 
férent  de   Romuald   de    Salerne,  523. 

Rolhard  ,  archevêque  de  Mayenee, 
243. 

Rupert,  abbé  de  saint  Rémi  de  Reims, 
voyez  Robert  ci-dessus. 


aamson,   évêque  de  Winchester ,    fut 
^disciple   de   Marbode  à  Angers  ,   344. 

Sarisberi  (Jean  de),  donne  de  gran- 
des louanges  à  Anselme  et  Raoul  de 
Laon,  frères,    189. 

Savigni,  abbaye  de  Bernardins,  fon- 
dée par  Vital  en  1105  ,  332. 

S,  Sauve,  évêque  d'Amiens  :  ajoutez 
à  ses  articles,  tome  IV,  150 ,  et  to- 
me VIII ,  451 ,  ce  qui  est  dit  dans  les 
Additions. 

Seguin,  abbé  de  la  Chaise-Dieu  vers 
1090,  365. 


SERLON,  évêque  de  Sées  en  1091,  ses 
écrits,  sa  mort  en  1122,  342. 

Sigefroid,  prieur  de  saint  Nicolas  aux 
Bois,  est  abbé  de  saint  Vincent  de  Laon 
en  1120,  meurt  en  1130;  il  étoit  hom- 
me de  lettres,  quoique  nous  n'ayons 
rien  de  lui,  473. 

Simon,  fils  du  comte  Raoul,  Guibert 
de  Nogent  écrit  sa  conversion,  440. 

Suger  est  élu  abbé  de  saint  Denis  en 
1122,  en  revenant  d'Italie,  où  Louis 
le  Gros  l'avoit  envoyé  vers  Calliste  II, 
523. 

S.  Sulpice,  monastère  fondé  par  Ni- 
velon  II,  seigneur  de  Pierrefont,  sous 
la  dépendance    de    Marmoutiers ,     52. 


rrhendard  (S.),  évêque  de  Mastricht  : 
1  ajoutez  à  son  article,  tome  IX,  554. 
ce  qui  est  dit   aux  Additions. 

THEODGER  ou  Dietger ,  évêque  de 
Metz,  histoire  de  sa  vie,  sa  morl  en 
1120,  ses  écrits,   284. 

Thérèse,  comtesse  de  Portugal,  fait 
emprisonner  Pelage  archevêque  de  Bra- 
gue,  et  le  délivre  en  1122,  526. 

Thierri,  évêque  de  Verdun,  favori- 
sant le  parti  de  l'antipape  Guibert, 
persécutoit  les  religieux  de  saint  Van- 
nes, 73. 

THOMAS  II ,  archevêque  d'Yorck , 
histoire  de  sa  vie,  32,  sa  mort  en 
1114,  son  épitaphe,  35,  ses  écrits,  36. 

Tir on ,  abbaye  fondée  par  le  bien- 
heureux Bernard,  moine  de  saint  Cy- 
prien  de  Poitiers,  et  Yves  de  Chartres, 
111  et  214. 

Toulouse,  concile  tenu  par  Richard 
légat,   évêque  d'Albane,  56. 

Tournus  (Gui)  archevêque  de  Vien- 
ne, légat  du  saint  Si.  ge,  y  tient  un 
concile,  pour  terminer  le  différend  sur 
la  prééminence  entre  les  églises  de 
saint  Jean  et  de  saint  Etienne  de  Bezan» 
çon,  152,  153. 

Tours,  Urbain  II  y  tient  un  concile 
en  1096,  106. 

Tribulge  (  Michel  ),  un  des  premiers 
imprimeurs  de  Paris,  qui  s'y  établit 
en  1470,  329. 

Troyes  ,  Richard ,  évêque  d'Albane  , 
et  légat,  y  tient  un  concile  en  1104, 
56  ,  et  un  autre  par  Pascal  II  en  1107, 
222. 

Turstin ,  archevêque  d'Yorck ,  est 
sacré  en  1120  par  Calliste  II.  dans  l'é- 
glise de  saint  Rémi  de  Reims  ,    514. 


TABLE  DES  MATIERES. 


549 


Valence    en    Dauphiné ,    il    s'y 
un  concile  par  les  légats  Jean  et 
uoît  en    1100,  76. 


tient 
Be- 


Odelrie. 


Udalric,    voyez 

S.  Victor  de  Paris  ,  abbaye  fondée  en 
1113  par  lettres  patentes  de  Louis  VI , 
et  confirmée  en  1114  par  Pascal  II . 
308. 

Vienne ,  Calliste  II  lui  accorde  la 
primatie  sur  les  sept  provinces ,  Vien- 
ne ,  Bourges  ,  Bourdeaux  ,  Auch  ,  Nar- 
bonne,   Aix   et  Embrun,     517,    518. 

Vire  (  Barthelemi  de  )  ,  évêque  de 
Laon  ,  donne  à  saint  Norbert  la  solitu- 
de de  Prémontré  ,  pour  y  bâtir  un  mo- 
nastère ,  190. 

VITAL,  abbé  de  Savigni  en  jette  les 
fondemens  en  1105,  332  :  il  étoit 
grand  prédicateur,  333.  —  Note,  561. 

Vital ,  évêque  d'Albane  et  cardinal , 
610. 

Vlric,  voyez  Odelric. 

Vmbaut ,  archevêque  de  Lyon , 
517. 

Vrraque ,  reine  de  Léon,  fait  arrêter 
l'archevêque  de  Compostelle ,  et  le 
met  en   prison ,   523. 


w 


xuarimbert ,  évêque  de  Soissons , 
vv  et  abbé  de  saint  Médard,  a  fort  vexé 
celte  abbaye ,  407. 

WARNIEH,  religieux  du  monastère  du 
Christ ,  ou  de  saint  Sauveur  de  Cantor- 
beri,  autre  que  Warnier,  ou  Garnier 
l'homiliaire  ,  va  à  Rome  en  1114,  pour 
faire  confirmer  l'élection  de  Radulphe, 
successeur  de  saint  Anselme  sur  le  siège 
de  Cantorberi,   26. 

Warnier  ,    ou    Garnier  l'homiliaire  , 
voyez  Garnier. 

Wlgrin,  archevêque   de  Bourges  en 
1120,    520. 


yVES  (S.),  évêque  de  Chartres,  his- 
toire de  sa  vie,  102,  ses  écrits, 
116,  sa  mort  en  1116  ou  1117. 
éditions  de  ses  ouvrages ,  depuis 
116,  jusqu'à  146.  Comme  ce  saint 
favorisoil  l'établissement  de  l'abbaye 
de  Tyron,  il  y  célébra  la  première 
Messe.  le  jour  de  Pâques,  dans  la  cha- 
pelle de  bois,  214. 


FIN    DE    LA    TABLE    DES    MATIERES. 


3  7  * 


NOTES 

ET    OBSERVATIONS    DIVERSES 
SDR    LE     TOME     DIXIEME. 

I. 

Hugues  ,  moine  de  Fleury.  —  Pages  285-506. 

En  parlant  de  l'histoire  de  Louis  le  Débonnaire,  com- 
posée par  Hugues,  moine  de  Fleury,  nous  avons  dit  que 
les  écrivains  postérieurs  n'ont  peut-être  fait  que  transcrire 
et  insérer  dans  leurs  écrits  celui  de  Hugues,  comme  il  se- 
roit  facile  de  le  faire  voir  ;  il  faut  ajouter  :  si  nous  avions 
l'ouvrage  de  cet  auteur.  Il  est  certain,  par  exemple,  qu'Albé- 
ric,  qui  a  composé  sa  chronique  de  toutes  celles  qui  ont 
précédé  la  sienne ,  a  tiré  beaucoup  de  choses  de  Hugues 
de  Fleuri.  En  effet ,  cet  écrivain ,  qui  ne  manque 
presque  jamais  d'indiquer,  au  commencement  ou  à  la 
fin  de  chaque  article  la  source  où  il  a  puisé ,  cite  sou- 
vent Hugo.  Il  est  vrai  que  Hugo  peut  designer  Hugues 
de  Saint  Victor,  ce  qui  cause  de  l'embarras;  mais  il  est  levé 
par  l'attention  d'Albéric,  en  citant  Hugues  de  Saint  Victor, 
à  lui  donner  le  titre  de  maître,  magister  Hugo,  et  d'ajouter 
même  encore  quelquefois  de  Sancto  Victore.  Enfin,  ce  qui 
ne  permet  pas  de  douter  qu'Albéric  n'ait  puisé  dans  l'ou- 
vrage de  Hugues  de  Fleury,  c'est  qu'à  la  page  -104,  on 
trouve  deux  articles,  l'un  sous  le  nom  de  magister  Hugo  de 
Sancto  Victore,  l'autre  sous  celui  de  Hugo  Floriacensis.  C'est 
à  M.  de  Foncemagne  que  le  lecteur  est  redevable  de  cette  re- 
marque. (DD.  Poncet,  Colomb,  Clémencet  et  Clément,  t.  XI, 
4759.  Avertissement,  p.  xxxii,  xxxm.  ) 

Tome  X.  A  a  a  a 


552  NOTES. 

—  Une  continuation  de  l'ouvrage  de  Hugues,  moine  de 
Fleuri.  De  gestis  modernorum  regum  Franciœ,  de  949  à  44  08, 
d'après  un  manuscrit  de  l'abbaye  de  Saint-Tron,  se  trouve  à 
la  fin  du  tome  XII  des  Historiens  de  France  ,  publié  en 
4781,  p.  792-799.  Les  éditeurs  dans  leur  préface,  p.  m 
et  iv,  traitent  de  la  patrie  de  l'auteur  qu'ils  croient  nor- 
mand. (V.  Leclerc,  4  844.  botes  des  nouveaux  éditeurs 
du  tom.  XI,  p.  xxxin.  ) 

II. 

Robert,  Abbé  de  Saint-Remi.  — Pages  525-554. 

—  P.  529.  Il  s'est  glissé  une  faute  d'impression  qui  mé- 
rite d'être  corrigée  :  Michel  Tribulge;  il  faut  lire  :  Michel 
Trifurges.  (DD.  Poncet,  Colomb,  Clémencet,  et  Clément,  t.  XI, 
4  759.  Avertiss.,  p.  xxxm.) 

III. 

Vital,  Abbé  de  Savigny.  —  Pages  554-556. 

—  P.  552.  Dans  l'article  de  ce  saint  abbé,  nous  avons  dit 
qu'il  vint  au  monde  dans  le  village  de  Tierceville,  près  de  Mor- 
tain,  d'où  lui  vint  le  surnom  de  Vital  de  Mortain.  Les  habitans 
de  Tierceville,  près  Bayeux,  nous  ont  porté  à  ce  sujet  des 
plaintes  par  le  canal  d'une  personne  respectable,  prétendant 
que  nous  leur  avons  enlevé  la  gloire  d'avoir  pour   patriote 
le  bienheureux  Vital.  Nous  sommes  édifiés  de  leurs  plaintes, 
et  disposés  à  leur  donner  toute  la  satisfaction  qu'ils  peuvent 
désirer.  Nous  n'avons  point  eu  dessein  de  leur  enlever  leur 
saint  patriote,  et  nous  ne  le  leur  avons  point  enlevé,  puisque 
n'y  ayant  point  d'autre  village  du  nom  de  Tierceville  que  celui 
qui  est  proche  de  Bayeux,  en  faisant  naître  le  bienheureux  Vital 
à  Tierceville,  il  est  nécessaire    qu'il    leur   appartienne.    La 
plainte  de  ces  pieux  habitans  ne  peut  donc  plus  tomber  que 
sur  ce   que   nous   plaçons    Tierceville   près  de  Mortain,    au 
lieu  de  le  mettre  près  de  Bayeux.  Nous  nous  sommes  expri- 
més de  la  sorte ,  parce  que  les    écrivains   qui    parlent    du 
bienheureux  Vital,  placent  le  lieu  de  sa  naissance,  dans  le 


NOTES.  553 

territoire  de  Mortain.  Ex  his  unus  erat  Vitalis  nomine,  dit 
D.  Mabillon,  in  villa  Tigerii  apud  Bajocas  oriundus,  et  quidem 
pago  Mqritomi.  —  Inpago  Moritonii  natus,  dit  D.  Martenne,  un- 
dè  appellatur  de  Moritonio.  Enfin  pour  ne  laisser  aucun  sujet 
de  plaintes,  nous  convenons  qu^  le  lieu  de  la  naissance  du 
bienheureux  Vital  est  Tierceville,  proche  de  Bayeux.  (DD.  Pon- 
cet,  Colomb,  Clément  et  Clémencet,  t.  XI,  474-1.  Avertiss., 
p.  xxxiii,  xxxrv.) 

IV. 

Grégoire  Bechade.  —  Pages  303,   304. 

— P.  424.  Nous  nous  sommes  contentés  de  parler  en  peu  de 
mots  de  cet  auteur  et  de  son  ouvrage,  sans  entrer  dans  la  dis- 
cussion du  texte  de  Geoffroi  qui  en  fait  mention.  M.  de  Fon- 
cemagne  nous  a  communiqué  des  observations  dont  le  public 
nous  saura  gré  de  lui  avoir  fait  part.  Commençons  par  mettre 
le  texte  sous  ses  yeux  : 

Gregorius ,  cognomento  Beehada ,  de  Castro  de  Turribus , 
professione  miles,  subtilissimi  ingérai  vir ,  aliquantulum  im- 
butus  litteris ,  horum  gesta  prœliorum ,  materna ,  ut  ita 
dixerim,  lingua,  rhytmo  vulgari,  ut  populus  pleniter  intelligeret, 
ingens  volumen  decenter  composuit.  Et  ut  vera  et  faceta  ver- 
ba  proferret,  duodecim  annorum  spatio  supra  hoc  opus  operam 
dédit.  Ne  vero  vilesceret  propter  verbum  vulgare,  non  sine  prœ- 
cepto  episcopi  Eustorgii.  .  .  hoc  opus  aggressus  est. 

Ce  texte  ayant  été  cité  dans  la  dispute  littéraire  entre  M. 
de  la  Ravalliere  et  D.  Rivet,  M.  de  Foncemagne  consulta 
l'extrait  et  la  discussion  qu'il  en  avoit  faite  avant  la  dis- 
pute ;  et  il  lui  parut  qu'il  n'étoit  pas  bien  entendu  par 
ceux  qui  l'employoient.  Il  observa  dabord  que  le  manus- 
crit de  Saint-Germain  des  Prés,  au  lieu  de  ces  mots  :  ma- 
terna, ut  ita  dixerim,  lingua,  porte  :  materna,  ut  itam  di- 
cam,  lingua,  dixerim  ritiùs  (rectiùs)  vulgari.  Cette  leçon,  toute 
corrompue  qu'elle  est,  indique  peut-être  la  véritable.  Pour 
la  rétablir,  il  ne  s'agit  que  de  transposer  un  seul  mot,  et  de  lire 
ainsi  •  materna,  ut  itam  dicam,  lingua,  rectiùs  dixerim  vul- 
gari. L'écrivain,  limousin  d'origine,  n'aura  pas  voulu  res- 
treindre à -sa  patrie  l'usage  de  la  langue  que  Bechade  avoit  em- 

A  aaa  ij 


554  NOTES. 

ployée,  et  aura  expliqué  materna  par  vulgari  ;  ou  plutôt, 
il  aura  voulu  donner  à  entendre  que  non  seulement  Bechade 
avoit  écrit  dans  sa  langue  maternelle,  mais  qu'il  s'étoit 
même  servi  du  patois  le  plus  populaire.  En  ce  cas,  le  terme 
rhytmo  disparoit;  le  sens  sera  que  Bechade  écrivit  en  ro- 
mans, et  Geoffroi  n'aura  point  énoncé  si  l'ouvrage  étoit  en 
prose  ou  en  vers. 

Toutefois  M.  de  Foncemagne  n'insiste  point  sur  cette 
conjecture ,  le  manuscrit  de  Saint-Germain  n'étant  pas 
d'une  assez  grande  autorité  pour  pouvoir  lui  servir  de  fon- 
dement. Mais  ce  qu'il  trouve  de  plus  remarquable  dans 
le  passage,  et  ce  qu'il  soupçonne  avoir  échappé  aux  savans 
qui  l'ont  cité,  c'est  qu'il  faut  le  diviser.  En  le  divisant,  on 
voit  que  Bechade  donna  deux  éditions  de  son  ouvrage  ;  il 
le  composa  d'abord  pour  le  peuple  en  langue  populaire,  en 
roman,  materna  lingua ,  at  populus  intelligent.  Ce  premier 
ouvrage  fut  fait  sans  doute  à  la  hâte  et  publié  au  retour 
de  la  croisade,  dans  le  temps  où  les  esprits  étoient  pleins 
du  succès  de  cette  entreprise.  Dans  la  suite,  il  songea  à  le 
rendre  plus  utile  et  plus  agréable,  en  recueillant  des  faits 
vrais  et  interessans;  il  employa  douze  années  à  ce  travail. 
Et  ut  vera  et  faceta  verba  proferret,  duodecim  annorum  spa- 
th supra  hoc  opus  operam  dédit.  Ces  derniers  mots  donnent 
à  entendre  qu'il  travailla  de  nouveau  un  ouvrage  déjà  fait. 
Supra  hoc  opus  operam  dédit.  Bechade  jugea  que  des  maté- 
riaux amassés  avec  tant  de  soin  méritoient  d'être  mis  en 
œuvre,  dans  une  forme  plus  noble;  ne  vilesceret  propter  ver- 
bum  vulgare.  Et  comme  il  étoit  lettré ,  aliquantulum  litteris 
imbutus,  il  entreprit  par  le  conseil  d'Eustorge,  d'écrire  pro- 
bablement en  latin ,  ou  du  moins  en  prose  romane  plus 
correcte,  non  sine  prœcepto  Eustorgii  hoc  opus  aggressus 
est. 

La  distinction  de  ces  deux  ouvrages  nous  est  indiquée  par 
la  particule  adversative  :  vero  (ne  vilesceret),  et  par  la  cir- 
constance des  ordres  d'Eustorge,  qui  [ne  tombent  point  sur 
la  première  composition  de  Bechade.  Sans  cette  distinction, 
le  texte  de  Geoffroi  n'est  pas  intelligible.  Est-il  vraisem- 
blable qu'il  ait  voulu  désigner  un  seul  et  même  ouvrage  par 
des  caractères  qui  se  contrarient?  Materna  lingua,  rhytmo 
vulgari,  hoc  opus  composuit.  Ne  vero  vilesceret  propter  ver- 


NOTES.  855 

bum  vulgare,  hoc  opus  aggressus  est.  L'ordre  même  dans  lequel 
se  trouvent  les  deux  termes  composuit  et  aggressus  est,  jus- 
tifie la  conjecture. 

Dans  cette  supposition ,  Bechade  écrivit  dabord  en  ro- 
man,  soit  en  prose,  soit  en  vers,  une  relation  de  la  croi- 
sade, à  l'usage  du  peuple;  et  douze  ans  après,  il  publia 
une  histoire  complète ,  soit  en  latin ,  soit  en  prose  ro- 
mance plus  châtiée.  M.  de  Foncemagne  termine  ses  obser- 
vations, en  disant  que  €  de  quelque  façon  qu'on  explique 
le  passage  dont  il  s'agit,  la  conséquence  qu'on  en  a  tirée 
contre  le  système  de  M.  de  la  Ravalliere  subsiste  égale- 
ment dans  toute  sa  force  (DD.  Poncet,  Colomb,  Clémencet 
et  Clément,  tome  IX,  -1759.  Avertiss. ,  pp.  xxxrv-xxxvi.) 

—  Il  est  permis  de  contester  le  mérite  de  cette  addi- 
tion ,  faite  sans  doute  pour  répondre  au  vœu  de  M.  de  Fon- 
cemagne :  elle  nous  semble  reposer  sur  une  correction 
douteuse  et  sur  une  interprétation  erronée  du  texte  de 
Geoffroi ,  prieur  du  Vigeois. 

Pour  la  correction ,  Foncemagne ,  au  lieu  des  mots 
materna,  ut  ita  dixerim  lingua,  rhytmo  vulgari ,  voudroit 
qu'on  lût  :  materna ,  ut  itam  dicam ,  lingua,  rectiùs  dixe- 
rim vulgari,  parce  qu'un  seul  des  cinq  manuscrits  connus 
de  la  chronique  de  Geoflroi  ,  celui  de  Saint-Germain , 
porte  :  materna  ut  ita  dicam ,  lingua  dixerim  ritiùs  vul- 
gari. Mais  il  faut  convenir  que  ce  mot  ritiùs,  mis,  sui- 
vant Foncemagne ,  pour  rectiùs ,  se  rapproche  autant  pour 
le  moins  de  rytmo ,  ou  rhythmo  des  quatre  leçons  consul- 
tées par  le  P.  Labbe ,  (  Bibliotheca  nova  mss.  t.  II,  p. 
279-342.)  D'ailleurs,  les  mots  qui  précédent,  horum  gesta 
prœliorum,  devroient  seuls  trancher  la  question  en  faveur 
de  la  forme  poétique  de  l'ouvrage  de  Bechade  ;  car  l'ex- 
pression gesta  employée  comme  substantif ,  a ,  dans  les  au- 
teurs latins  et  françois  contemporains  du  Prieur  du  Vigeois, 
le  sens  de  narration  rimée. 

L'interprétation  que  propose  ensuite  Foncemagne  de  la  se- 
conde phrase  citée,  nous  paroît  encore  plus  facile  à  combattre. 
On  veut  en  conclure  que  Bechade  donna  deux  éditions  de 
son  ouvrage,  et  l'on  avance  que  la  première  «  fut  faite  sans 
doute  à  la  hâte?  »  Cependant  le  texte  est  formel  :  ingens  vo- 


556  ADDITIONS,  ETC. 

lumen  decenter    composuit.   Puis    Foncemagne   ajoute  :   «  Et 
comme  il  étoit  lettré,  aliquantulum  imbutus  litteris ,  il   en- 
treprit, par  le  conseil   de   l'evêque  Eustorge,  de   refaire  son 
travail   et  de  l'écrire   probablement  en  latin  ,   ou  du  moins 
en  prose  romance  plus  correcte.  »  Or,  en  admettant  ici  comme 
exacte  la  traduction  des  mots  aliquantulum  imbutus  litteris, 
l'explication  de  Foncemagne  ne  pourroit  encore  se  maintenir, 
que   par   la    suppression   d'un    membre    de   phrase    dans  le 
texte,  lequel  auroit  dû  être  cité  complet  :  non  sine  prœcepto 
Eustorgii  episcopi ,  et  consilio    Gauberti   Normanni ,  hoc  opus 
aggressus  est.  N'est-il  pas  singulier  que  Foncemagne  ait  ici 
négligé  de  mentionner  les  avis  de  ce  Gaubert  normand  ?  On 
ne  peut  guères ,   dans   une   pareille   question ,  suspecter  sa 
bonne  foi  ;  peut-être,  lorsqu'il  voulut  redresser  l'opinion  des 
continuateurs  de  D.  Rivet,  n'avoit-il  devant  les  yeux  qu'un 
extrait  de  la  chronique,  dans  lequel  ce  membre   de  phrase 
n'avoit  pas   été   conservé.   S'il    avoit    eu   le    texte    présent 
à  la  mémoire,  nous  ne  pensons  pas  qu'il  eût  fait  usage  de 
ses  observations;  et  dans  tous  les  cas,  elles  ne  peuvent  modifier 
en  rien  ce  qu'on  a  dit  de"  Grégoire  Bechade  dans  ce  tome  Xe. 
D.   Rivet   en   avoit  déjà    parlé   t.   VII,  et   t.  IX,    p.  148. 
(P.  Paris.  Réimpression  du  tome  XI,  484-1.  Notes  des  nou- 
vaux  éditeurs,  p.  13  et  44.) 


ADDITIONS  AU  TOME  VIII. 
i. 

LÉON,  MOINE  D'HANAW. 

Nous  sommes  redevables   à   M.  Schepflin  de  nous  avoir 

indiqué  dans   son  histoire  d'Alsace,   imprimée  à  Colmar  en 

joum.  des  sçav.  \  751 ,  '  un  auteur  qui  nous  est  inconnu  ;  mais  malheureuse- 

avriin52,  p.  211.  mcnt  gon  ouvrage  est  per(iu.  On  regrettera  longtemps,   dit 

M.  Schepflin,   la  perte  d'un  précieux  manuscrit,  dans  lequel 
Léon,   moine  de  Hanaw,   avoit  rassemblé  en  1079  plus  de 


ADDITIONS,    ETC.  557 

mille  actes  de  donations  d'Adelbert  et  de  Luidfrid,  et  d'au- 
tres ducs  et  comtes  antérieurs  au  régne  de  Charlemagne. 
On  ne  retrouve  plus  ce  manuscrit  qui  subsistoit  encore  au 
commencement  du  siècle  dernier.  (DD.  Poncet,  Clément, 
Colomb  et  Clémencet,  t.  X,  Addit.  et  Corrections,  p.  lxvii.  ) 

ANONYME,  POÈTE, 
Traducteur  des  Actes  de  saint  Etienne. 

M.  le  Beuf  remarque  dans  un  mémoire  '  qui  a  pour  ti-  Mem.  de  îAcad. 
tre,  Recherches  sur  les  plus  anciennes  traductions  en  langue  714-717.' 
Françoise,  que  lorsqu'on  reçut  dans  l'église  Gallicane  la  litur- 
gie Romaine,  on  commença  à  lire  à  l'office  de  nuit  les  Actes 
des  saints,  qui,  dans  l'observation  du  rit  Gallican,  se  lisoient  à 
la  messe.  La  nuit  n'étant  pas  un  temps  propre  à  la  prédica- 
tion, on  ne  songea  plus  à  expliquer  au  peuple,  comme  on 
faisoit  auparavant,  les  actions  des  saints  dont  on  solemni- 
soit  la  fête.  Ceux  de  saint  Etienne,  étant  les  seuls  qui  fussent 
lus  à  la  messe  selon  la  liturgie  Romaine,  parce  qu'ils  sont 
tirés  des  livres  saints,  furent  aussi  les  seuls  qui  perpétuèrent 
l'ancien  usage  Gallican,  de  lire  les  actes  des  martyrs  avant 
la  célébration  des  saints  mystères.  Et  comme,  selon  un  autre 
article  de  la  liturgie  Romaine,  l'évêque  ou  le  prêtre  ne  pou- 
voit  monter  en  chaire,  qu'après  la  lecture  de  l'évangile, 
pour  en  donner  l'explication,  il  est  vraisemblable  que  ce 
fut  dans  ces  conjonctures,  qu'on  statua  que  la  vie  de  saint 
Etienne,  qui  se  trouvoit  prononcée  en  latin  à  la  messe, 
seroit^ussi  expliquée  en  langage  vulgaire  au  peuple,  et  chan- 
tée en  cet  état  avant  la  célébration  des  saints  mystères. 
Voilà  pourquoi  on  trouve  les  actes  de  saint  Etienne, 
premier  martyr,  en  langage  vulgaire,  dans  des  livres  de 
presque  tous  les  siècles,  depuis  le  neuvième.  '  M.  l'Abbé  le 
Beuf  renvoyé  à  son  traité  historique  sur  le  chant  ecclésiasti- 
que,  pour   apprendre  de  quelle  manière  cela  se  pratiquoit. 

Comme  on  pourroit  être  curieux  de  voir  quelque  frag- 
ment de  ces  traductions  ou  paraphrases,  faites  du  Latin  en 
François,  il  observe  que  l'un  des  anciens  manuscrits,  où  il 
s'en  trouve  des  morceaux,  est  cité  dans  la  nouvelle  édition 


558  ADDITIONS,  ETC. 

de  du  Cange,  au  mol  Farsia,  col.  547  :  mais  comme  il  y 
est  avec  les  mêmes  fautes  qui  ont  échappé  à  l'imprimeur  de 
D.  Martene,  qui  l'a  imprimé  le  premier,  sur  un  manuscrit 
de  saint  Gatien  de  Tours ,  M.  le  Beuf  a  cru  devoir  le  faire 
reparoître  d'une  manière  plus  exacte,  en  séparant  mieux 
les  mots,  distinguant  les  lignes ,  afin  que  l'on  vît  que  ce 
sont  des  vers.  Voici  la  paraphrase  du  titre  . 

Lectio  Actuum   Apostolorum. 

Por  amor  de  vo  pri  saignos  Barun 
Si  ce  vos  tuit  escoster  la  lecim 
De  saint  Esteuve  le  glorieux  Barrun  ; 
Escotet  la  par  bonne  entention  , 
Qui  a  ce  jor  reçu  la  passion. 

ib.  p.  tic.  '  Tous  ces  vers  sont  en  rime  masculine  ,  selon  la  remar- 

que de  M.  le  Beuf;  ce  qui  les  rendoit  plus  faciles  à  être 
mis  en  chant.  11  estime  que  c'est  un  fonds  de  traduc- 
tion des  actes  de  saint  Etienne,  faite  au  neuvième  siècle, 
ou  environ,  et  écrite  de  nouveau  dans  le  onzième,  avec 
quelque  changement  dans  le  langage,  et  même  quelques 
fautes  de  copistes.  Plusieurs  des  termes  qui  composent 
une  partie  de  ce  fragment,  sont  presque  aussi  éloignés  du 
Latin ,  et  de  ce  que  nous  appelions  aujourd'hui  le  François , 
que  le  sont  ceux  du  serment  de  Louis  le  Germanique  ,  rap- 
porté par  Nithard.  Si  cependant  il  paroissoit  à  quelqu'un 
que  ce  langage  vulgaire  n'est  pas  aussi  ancien,  il  n'en  seroit 
pas  moins  vraisemblable  que  l'usage  de  traduire  les  actes 
de  saint  Etienne  en  langue  vulgaire ,  pendant  les  saints 
mystères,  n'a  pu  commencer  que  dans  le  temps  où  le  rit 
de  la  liturgie  changea  de  face  en  France;  parce  que  dans  un 
autre  temps  l'introduction  de  cette  nouveauté  auroit  pu 
être  combattue  vivement,  et  n'auroit  peut-être  pas  réussi. 
Celte  réflexion  paroit  faire  une  preuve  du  sentiment  de  M. 
le  Beuf,  sçavoir ,  que  le  fonds  de  la  traduction  est  du  neu- 
vième siècle ,  mais  qu'elle  a  été  retouchée  au  onzième.  Il  est 
vrai  que  D.  Martene  ne  donne  que  600  ans,  ou  environ 
d'antiquité,  au  manuscrit  où  se  trouve  cette  pièce;  mais 
n'a-t'elle  pas  pu ,  comme  on  sçait  que  cela  est  souvent  ar- 
rivé ,  être  tirée  d'un  livre  plus  ancien  de  deux  ou  trois  siè- 
cles 


ADDITIONS,   ETC.  539 

clés  que  le  manuscrit,  dans  lequel  elle  se  trouve  aujour- 
d'hui? C'est  une  chose  si  commune,  qu'elle  n'a  pas  besoin 
de  preuves. 

Nous  pourrions  encore  rapporter  plusieurs  autres  traits 
intéressans  du  mémoire  de  M.  le  Beuf,  mais  le  lecteur  peut 
y  avoir  recours.  (DD.  Clément,  Poncet,  Colomb  et  Clémencet, 
t.  X,  Addit.  et  Corrections,  pp.  lxix  et  lïx.) 

— ■  Nous  croyons  qu'on  verra  volontiers  la  suite  de  cette  cu- 
rieuse citation,  telle  que  les  Bénédictins  continuateurs  de  Du 
Cange  ,  D.  Martene  et  l'abbé  le  Beuf  l'ont  donnée  ,  mais  en  la 
débarrassant  de  fautes  évidentes  des  éditeurs  ou  de  l'ancien 
copiste  : 

Por  amor  Do,  vos  pri  saignor  barun, 
Seet  vos  tuit  escotet  la  leçun 
De  saint  Estevre  le  glorius  barun 
Qui  à  ce  jor  reçut  la  passiun  ; 
Escotet  la  par  bonne  eutenciun. 

Saint  Estevres  fu  pleins  de  grant  bonté, 
Emma  lot  cels  qui  creïnent  en  Deu  ; 
Feseit  miracles  o  non  de  Deumendé, 
As  cuntrat  et  as  ces  à  tos  dona  santé, 
Force  baierent autant li  Judé. 
Encontre  lui  se  dressèrent  tresluit, 
Disrent  ensemble  :  mauvais  mos  [de]  cestui, 
Il  adcable  qui  parole  à  lui,  etc. 

Au  reste,  le  texte  que  Martene,  Du  Cange  et  l'abbé  le  Beuf 
avoient  trouvé  dans  le  missel  de  S.  Catien  de  Tours,  nous  semble 
appartenir  à  une  date  beaucoup  moins  ancienne.  Il  a  été  pu- 
blié en  4862,  dans  la  revue  anglo-franco-germanique  (Tar- 
buch  fur  romanische  und  enqlische  literaturj,  par  Gaston  Pa- 
ris. Leipsig,  p.  345.  (N.  E.) 


Tome  X.  B  b  b  b 


560  ADD1TFONS,    RTC 


ADDITIONS  AU  TOME  IX. 


i. 

Page  450.  Quoique  le  discours  sur  l'état  des  scien- 
ces dans  le  douzième  siècle ,  soit  d'une  étendue  qui  semble  ne 
rien  laisser  à  désirer  ,  nous  nous  flattons  cependant  que  le  lec- 
teur lira  avec  plaisir  l'addition  suivante  touchant  le  comte 
de  Guignes  et  les  traductions  qu'il   fit   faire.  D.  Rivet  en  a 

LeB.  t.  2,  part.  2,  parlé,  page  150  de  son  discours  ,  '  mais  en  peu  de  mots,  se 
contentant  de  ce  qu'il  en  a  trouvé  dans  une  dissertation  de 
M.  l'abbé  le  Beuf ,  sur  l'histoire  ecclésiastique  et  civile  de 
Paris. 

Il  faut  aller  à  la  source  même  ,  et  y  puiser ,  c'est-à-dire , 
dans  l'histoire  des  comtes  de  Guignes  ,  écrite  au  commence- 
ment du  treizième  siècle  par  Lambert,  prêtre  de  Péglige 
d'Ardres,  dont  André  Duchesnc  a  donné  des  fragmens  con- 
sidérables dans  ses  preuves  de  l'Histoire  Généalogique  des 
maisons  de  Guignes,  d'Ardres,  etc. 

Hist.deGuig.t.2,  '  Beàudouin ,  qui  devint  comte  de  Guignes  en  -4  4  69  par 
la  mort  d'Arnould  son  père ,  quoique  sans  lettres  et  sans  étu- 

ib.  pr.  p.  lu.  des,  se  rendit  très-habile  dans  la  philosophie,  les  arts  libé- 
raux, les  saintes  écritures,  etc.  en  conversant  avec  des  sça- 
vans  qu'il  attiroit  et  retenoit  auprès  de  sa  personne  par  ses 
libéralités  et  l'accueil  gracieux  qu'il  leur  faisoit.  11  disputoit 
avec  eux,  leur  faisoit  des  questions,  répondoit  aux  leurs 
d'une  manière  que  les  plus  sçavans  étoient  surpris  qu'un  Sei- 
gneur ,  qui  n'avoit  fait  aucune  étude,  pût  proposer  des  diffi- 
cultés si  solides,  et  résoudre  avec  tant  de  justesse  celles 
qu'on  lui  faisoit.  11  avoit  un  extrême  désir  d'apprendre  tout 
ce  qu'il  voyoit  que  d'autres  sçavoient ,  et  ne  négligeoit  rien 
pour  réussir.  Ne  pouvant  retenir  dans  sa  mémoire  tout  ce  que 
les  savans,  dont  il  étoit  environné,  lui  apprenoient,  il  fit  faire 
des  traductions.  Il  engagea ,  n'étant  encore  que  comte  d'Ar- 
dres, Landri  de  Wallanio,  personnage  très-sçavant,  à  lui 
traduire  de  latin  en  romance  le  Cantique  des  Cantiques,  non- 


ADDITIONS,    ETC.  564 

seulement  à  la  lettre ,  mais  aussi  selon  le  sens  spirituel  et  mys- 
tique, et  il  se  le  faisoit  lire  très-souvent.  Le  même  Walla- 
nio  lui  traduisit  aussi  plusieurs  évangiles,  surtout  celles  des 
dimanches,   avec  les  sermons  qui  y  avoient  rapport. 

Maître  Godefroi  fit  présent  au  comte  Baudouin  d'une  très- 
grande  partie  de  la  physique  traduite  en  romance.  Alfrius 
traduisit  pour  l'usage  du  même  comte  la  vie  de  saint  An- 
toine. Le  vénérable  père  de  Guignes ,  Simon  de  Boulo- 
gne ,  lui  présenta  la  traduction  en  romance  de  l'ouvrage  de 
Solin,  sur  la  nature  des  choses.  Ce  fut  à  la  sollicitation  de 
Baudouin  que  Vautier  Silens  ou  Sileaticus  composa  un  ou- 
vrage qu'il  intitula  de  son  nom  le  Silence,  ou  le  roman  du 
silence.  Enfin  ce  comte  amassa  un  si  grand  nombre  de  livres, 
qu'il  sembloit  égaler  Augustin  et  Denis  l'Aréopagite,  pour 
la  théologie ,  et  Thaïes  de  Milet ,  pour  la  philosophie.  Il 
joignit  encore  aux  écrits  dont  nous  avons  parlé,  tout  ce  qu'il 
put  trouver  d'autres  ouvrages  en  romance,  soit  d'histoire, 
soit  de  fables,  soit  de  chansons,  soit  de  romans.  Cette  biblio- 
thèque a  échappé  à  D.  Rivet  parmi  celles  dont  il  a  fait  l'é- 
numération  dans  son  discours  fur  le  douzième  siècle.  Hasard 
d'Aldehem ,  à  qui  le  comte  avoit  confié  la  garde  de  ses  livres, 
les  lut  tous,  et  devint  aussi  très-habile.  C'étoit  une  espèce 
de  prodige  de  voir  deux  laïcs  si  versés  dans  les  lettres  ;  et  on 
auroit  eu  de  la  peine  à  le  croire ,  selon  l'historien  Lambert, 
si  on  ne  l'avoit  pas  vu  soi-même.  Le  comte  Baudouin  mou- 
rut le  2  janvier  420*5  ou  4206,  selon  le  nouveau  style. 
(DD.  Poncet,  Clément,  Colomb  et  Clémencet,  t.  X,  Avertiss., 
pp.  lxx-lxxi.) 

—  Ce  passage  de  Lambert  d'Ardres  est  trop  important  pour  ne 
pas  en  rapporter  ce  que  nos  Bénédictins  n'en  ont  pas  entière- 
ment cité.  Nous  suivrons  l'excellente  édition  qu'a  donnée  de 
cet  historien  M.  Godefroy,  marquis  de  Menilglaise,  Paris,  8°, 
4855,  p.  479  :  «  Cornes  studiosissimus,  omnium  indagator, 
»  nullius  sapientiœ  minervam  intactàm  reliquit.  Et  licet  omni- 
»  no  laicus  esset  et  illiteratus,  liberalium  tamen  omnino  ignarus 
»  artium,  liberalibus  sœpe  et  sœpius  usus  instruments,  non  re— 
p  frœnans  linguam  suam  aut  cohibens,  contra  artium  doctores  dis- 
»  putabat.  »  Il  ajoute  qu'en  échange  des  lumières  qu'il  tiroit 
de  la  conversation  des  clercs,  il  les  initioit  dans  la  connoissance 
3  *  B  b  b  b  ij 


562  ADDITIONS,    ETC. 

des  agréables  compositions  des  jongleurs.  «  Ab  Mo  enim  acce- 
»  pit  divinum  eloquium  et  eis,  quas  a  fahilatoribus  gentilium 
»  accepit  nœnias,  vicario  modo  communie avit  et  impertivit.  » 
Il  faut  tenir  compte,  dans  l'histoire  littéraire  du  XIIe  siècle,  de 
ce  Landry  de  Walhain ,  Wauban  ou  de  Walban  ,  (et  non  de 
Wallanio)  traducteur  françois  du  Cantique  des  Cantiques;  de  cet 
Aufroi  traducteur  d'une  vie  de  saint  Antoine  ;  de  ce  maître  Go- 
defroy,  traducteur  de  la  plus  grande  partie  du  livre  de  physique 
de  Simon  de  Boulogne,  que  l'ancien  traducteur  de  Lambert  dit 
natif  de  Guines,  qui  traduisit  pour  le  comte,  le  livre  de  So- 
lin ,  et  le  lui  lut  publiquement  ;  enfin  de  ce  Gautier  Silens  ou 
Taisant,  auteur  du  roman  du  Silence,  qui  reçut  en  récompense 
vêtemens,  chevaux,  etc.  Baudouin  fournit  d'orgues  la  maison  des 
religieuses  de  Guines.  «  Organicœ  musicœ  artis  instrumenta.  »  Il 
connoissoit  mieux  que  personne  les  contes  vulgaires,  les  chan- 
sons de  geste,  les  récits  de  nobles  aventures,  les  fabliaux  des 
gens  du  peuple.  «  In  nœniis  gentilium,  in  cantilenis  gestoriis, 
sive  in  eventuris  nobilium,  sive  etiam  in  fabellis  ignobilium,  jo- 
culatores  quosque  nominatissimos  œquiparare  putaretur.  »  A  son 
exemple,  Hasard  de  Aldehem,  illétré  comme  lui,  apprit  à  lire,  et 
si  bien  qu'il  lut  et  comprit  tout  ce  que  contenoient  les  traductions 
françoises  de  la  bibliothèque  dont  il  lui  avoit  confié  le  soin.  «  Ha- 
»  sardus,  tum  eomitis  bibliothecam  retinens  et  custodiam,  ovines 
»  ejus  libros  de  latino  in  romanam  linguam  interpretatos  legit  et 
»    intelligit.    » 

D.  Bivet  a  nommé  Simon  de  Boulogne,  t.  VII,  p.  80;  t.  IX, 
p.  450.  Ginguené  lui  a  consacré  une  courte  et  déplorable  notice 
dans  le  tome  XV,  p.  500-502.  Parce  que  le  catalogue  de  Char- 
les V  mentionnoit  un  volume  «  des  faits  de  Troyes,  desBomains, 
de  Thebes,  d'Alexandre  le  Grand  ,  escript  en  lettre  bolonnoise, 
lequel  le  Boy  prit  quand  il  alla  au  mont  S.  Michel,  »  Ginguené, 
confondant  le  Pirée  avec  le  nom  d'un  homme,  attribue  cet  ou- 
vrage à  Simon  de  Boulogne  !  La  lettre  bolonoise  étoit  une  écriture 
ronde,  assez  semblable  à  la  lettre  de  forme.  Assurément  elle 
n'avoit  rien  de  commun  avec  Simon  de  Boulogne.  C'est  pour- 
tant la  méprise  de  Ginguené  qui  a  entraîné  celle  de  Boquefort, 
Glossaire,  t.  II,  p.  756,  et  celle  d'Arthur  Dinaux,  Trouvères 
cambrésiens,  p.  -H  7,  et  Trouvères  artésiens,  p.  459.  (N.  E.) 


ADDITIONS,    ETC.  563 

II. 

PHILIPPE  DE  THAUN. 

Pages  ^  75—190.  Le  nom  de  Thaùn  a  embarrassé  D.  Ri- 
vel,  et  c'est  apparemment  ce  qui  lui  a  fait  soupçonner  qu'au 
lieu  de  Taonensis,  il  faut  lire  Toarcensis,  qui  signifie  de 
Thouars;  mais  ce  soupçon  n'a  aucun  fondement.  La  singu- 
larité du  nom  de  Thaun  n'est  pas  une  raison  légitime  de  le 
changer,  et  de  lui  substituer  celui  de  Thouars  en  Poitou. 
D'ailleurs  quelqu'extraordinaire  que  paroisse  ce  nom,  il  se 
trouve  dans  une  charte  d'Arculphe,  Seigneur  de  Combourg, 
publiée  par  D.  Martene.  '  La  charte  est  sans  date,  mais  elle  Mari,  anecd.  1. i, 
paroit  avoir  été  donnée  après  le  milieu  du  douzième  siècle.  p' 
Parmi  les  Seigneurs  qui  l'ont  souscrite,  on  trouve  la  signa- 
ture d'un  appelle  Thomas  D.  Thaiïn.  Voilà  donc  en  France, 
et  probablement  en  Bretagne,  une  famille  portant  le  nom  de 
Thaùn.  Il  y  a  lieu  de  croire  que  le  poète  Philippe  de 
Thaùn  étoit  de  cette  famille,  et  peut-être  le  père  ou  l'ayeul 
de  celui  qui  a  signé  la  charte  d'Arculphe.  La  terre  de  Com- 
bourg, au  diocèse  de  saint  Malo ,  située  entre  Rennes  et 
Dol,  n'étant  pas  fort  éloignée  de  la  Normandie,  il  a  été  fa- 
cile à  notre  poète  de  trouver  accès  auprès  de  la  comtesse 
Adèle,  duchesse  de  Normandie,  en  faveur  de  laquelle  il  fit, 
vers  l'an  -H25,  un  Traité  de  la  nature  des  bêtes.  Nous  n'a- 
vons rien  à  ajouter  sur  ce  poète,  qui,  selon  les  apparences, 
étoit  Breton  ;  mais  la  charte  d'Arculphe ,  qui  nous  a  donné 
occasion  de  faire  cette  addition  ou  correction,  mérite  que 
nous  en  disions  un  mot.  Elle  renferme  plusieurs  choses  re- 
marquables. Arculphe  s'y  dit  seigneur  de  Combourg,  par  la 
grâce  de  Dieu,  et  porte-enseigne  de  S.  Samson.  Harculpbus, 
Dei  gratiâ,  dominus  Comburnii,  et  signifer  sancti  Samso- 
nis.  Il  y  prétend  que  l'administration  de  toutes  les  affaires 
de  l'évêché  de  Dol  lui  appartient,  le  siège  vacant;  en  sorte 
que  pendant  la  vacance  il  peut  disposer  des  terres  et  des 
vassaux  de  l'évêché,  comme  s'il  étoit  archevêque.  (DD.  Pon- 
cet,  Clément,  Colomb  et  Clémencet,  t.  X,  Addit.  et  Correc- 
tions, pp.  liXIl.) 


564  ADDITIONS,   ETC. 

—  Cette  correction  est  judicieuse  ;  seulement  ce  n'est  pas  à 
la  duchesse  Adèle  de  Normandie,  mais  à  la  reine  Alix  d'An- 
gleterre, femmede  Henry  II,  que  Philippe  de  Thaun  avoit  offert 
son  livre.  (Voyez  la  notice  que  Ginguené  lui  a  consacrée,  t.  XIII, 
p.  60-62.)  M.  Th.  Wright  a  donné  une  précieuse  édition  du 
Bestiaire  de  Philippe  de  Thaun  en  1 841 .  (Popular  Treatises 
on  Science...)  (N.  E.) 

III. 

Page  491.  Dans  une  note  qui  est  au  bas  de  la  marge,  D. 
Rivet  avance  ce  qui  suit  :  «  Quoique  dès  lors  on  enseignât  la 
»  médecine  à  Paris,  cette  école  n'y  fut  cependant  érigée 
»  en  faculté  que  vers  \  472.  »  Ce  qui  a  fait  parler  de  la  sorte, 
ou  si  l'on  veut,  ce  qui  a  fait  tomber  D.  Rivet  dans  cette  mé- 
prise, c'est  que  la  faculté  de  médecine  n'a  acquis  un  terrein, 
et  n'a  bâti  des  écoles  publiques  que  vers  4472.  Mais  la  fa- 
culté est  en  état  de  prouver,  par  des  monumens  certains, 
qu'elle  existoit,  et  étoit  faculté  en  corps,  longtemps  avant 
l'an  \  472.  C'est  ce  que  l'on  voit  par  des  statuts  faits  en  4550, 
rédigés  sur  d'autres  statuts  qui  étoient  déjà  anciens  en  4  350. 
Voici  ce  que  portent  ces  statuts  :  Hœc  sunt  statuta  faculta- 
tis  medicinœ  Parisiis,  ex  statutis  antiquis  collecta  breviter  et 
correcta  tempore  magistri  Adœ  de  Francovilla  decani  dictœ 
facultatis,  anno  4  550,  mensis  octobris  die  M ,  prœsentibus 
ad  hœc  inferius  nominatis.  Suivent  après  cela  les  statuts,  à  la 
fin  desquels  on  lit  qu'ils  ont  été  faits  dans  l'assemblée  de  la 
faculté,  en  présence  de  plusieurs  maîtres  convoqués  pour 
ce  sujet.  Acta  fuerunt  hœc  anno  et  die  prœdictis ,  in  congre— 
gatione  facultatis,  prœsentibus  pluribus  magistris  specialiter 
vocatis ,  videlicet  magistro  Joanne  de  Caniliaco ,  magistro 
Petro  du  Slontibus ,  etc.  On  voit  par  ces  statuts  faits  dans  le 
milieu  du  quatorzième  siècle,  sur  des  statuts  encore  plus 
anciens,  que  les  médecins  de  Paris  formoient  un  corps  re- 
vêtu de  tout  les  caractères  de  ce  qu'on  entend  aujourd'hui 
par  faculté  de  médecine.  Par  conséquent  l'école  de  méde- 
cine de  Paris  étoit  érigée  en  faculté  plus  d'un  siècle  avant  l'é- 
poque que  D.  Rivet  a  prétendu  fixer  de  son  établissement. 


ADD1TL0NS,    ETC.  565 

IV. 

Page  524 .  En  parlant  des  écrits  de  Géofroi  Babion,  nous 
avons  conjecturé  que  le  commentaire  latin,  que  l'on  con- 
serve dans  l'abbaye  de  Cîteaux ,  sous  ce  titre  :  Gaufridi  Ba- 
buini  super  Matthœum,  pourrait  bien  être  de  lui.  Notre 
conjecture  se  trouve  justifiée  par  un  manuscrit  de  la  biblio- 
thèque du  Roi,  '  dans  lequel  le  commentaire  se  trouve  cat.mss  Bibi.Reg. 
sous  le  nom  de  Babion,  Babionis  expositio  in  Matthœum.  cod'52'.  '  '  '  ' 
Ainsi ,  on  doit  le  regarder  comme  le  véritable  auteur  de 
cet  écrit.  (DD.  Poncet,  Colomb,  etc.,  pp.  lxxi-lxxm.) 

V. 

VIE  DE  SAINT  THÉODARD, 

EVESQDE    DE    MASTRICHT. 

Page  554.  D.  Rivet  a  parlé,  pages  554  et  555  du  neuvième 
volume,  de  la  vie  de  saint  Théodard,  évêque  de  Mastricbt, 
retouchée  par  Sigebert.  '  Les  continuateurs  de  Bollandus  Bon  10  sept  p. 
ont  publié  dans  leur  grande  collection  au  4  0  de  septem- 
bre, avec  un  commentaire  et  des  notes,  la  vie  de  ce  saint 
prélat  écrite  par  un  ancien  auteur  ,  après  l'an  724 .  Les 
mêmes  éditeurs  ont  donné  à  la  suite  une  autre  vie  plus  am- 
ple, déjà  publiée  par  Surius;  ils  ne  doutent  pas  que  ce  ne 
soit  celle  de  l'ancien  auteur,  polie  et  augmentée  par  Sige- 
bert ,  mais  qui  n'en  est  pas  meilleure  pour  le  fonds.   (Ib.) 

VI. 

LETBERT  ABBÉ  DE  SAINT  RUF. 

Page  570.  D.  Rivet  a  rendu  à  l'église  de  saint  Pierre  de 
l'Jsle  en  Flandres,  cet  écrivain  que  M.  le  Beuf  avoit  voulu 
lui  enlever.  Un  respectable  abbé,  qui,  animé  du  même  esprit 
que  Letbert,  a  quitté  comme  lui  l'église  de  l'Isle,  où  il  possé- 
dait une  dignité  considérable  pour  vivre  dans  la  retraite,  nous 
a  communiqué  un  mémoire  de  sa  façon  dans  lequel  il  appuyé, 


580-592. 


566  ADDITIONS,    ETC. 

par  des  raisons  très-solides,  le  sentiment  de  D.  Rivet,  et  prou- 
ve que  ce  Letbert  étoit  chanoine  de  l'Isle,  avant  que  d'em- 
brasser l'institut  des  chanoines  réguliers.  Le  nom  de  Letbert 
se  trouve  flans  la  liste  des  premiers  chanoines  de  l'église  de 
l'Isle,  fondée  en  4055,  et  dont  la  dédicace  se  fit  en  4066. 
Cette  liste,  qui  a  ce  titre,  Nomina  fratrum  Illensis  ecclesiœ  à 
prima  constitutione,  est  à  la  tète  du  plus  ancien  cartu- 
laire  de  l'église  de  saint  Pierre,  lequel  est  du  douzième  siè- 
cle, et  précède  le  titre  de  fondation,  qui  y  est  copié  avec 
plusieurs  autres  bulles,  titras  originaux  de  donation  de  dix— 
mes  et  d'acquisitions ,  etc.  La  liste  contient  les  noms  de 
quarante  chanoines,  dix  prêtres,  dix  diacres, dix  soudiacres, 
dix  acolytes.  Le  dernier  de  ces  acolytes,  et  sans  doute  le 
plus  jeune,  est  Lietbert,  Lietbertus.  L'amour  de  la  retraite 
et  le  désir  d'une  plus  grande  perfection  lui  firent  quitter 
cette  église. 

2°.  La  lettre  que  Gautier,  évêque  de  Maguelone,  écri- 
vit au  chapitre  de  l'Isle,  en  lui  envoyant  l'ouvrage  de  Let- 
bert, est  une  preuve,  sans  réplique,  qu'il  avoit  été  chanoi- 
ne de  cette  église.  Elle  est  adressée  au  prévôt,  qui  s'appel- 
loit  Robert ,  dont  le  nom  n'est  désigné  que  par  la  lettre  ini- 
tiale R.  dans  le  manuscrit  des  Dunes  sur  lequel  D.  Mabillon 
l'a  publiée.  M.  le  Reuf  a  trouvé  un  autre  manuscrit  du 
livre  Flores  psalmorum ,  en  trois  volumes  in-folio,  qu'il 
juge  être  du  douzième  siècle,  dans  lequel  le  nom  de  ce 
Prévôt  se  trouve  tout  au  long,  Roberto.  Le  chapitre  de 
l'Isle  en  a  fait  l'acquisition.  M.  l'abbé  Valory  dit  agréable- 
ment dans  le  mémoire  qu'il  nous  a  communiqué,  que  M.  le 
Reuf  semble  avoir  été  persuadé  qu'il  devoit  cette  sorte  de  ré- 
paration à  l'église  de  l'Isle,  en  lui  procurant  l'ouvrage  d'un 
de  ses  plus  anciens  chanoines,  flb.  ) 

VIL 

Page  572.  D.  Rivet  avance  que  V évêque  Gautier  en 
avoit  été  prévôt,  (de  la  collégiale  de  l'Isle  en  Flandres) 
avant  que  de  passer  au  siège  de  Maguelone.  Les  recherches 
que  M.  l'abbé  Valory  a  faites  sur  l'origine  de  cette  église 
et  de  ses  prévôts,  ne  lui  permettent  point  d'être  d'accord 
avec  D.  Rivet  sur  cet  article.  II   est  persuadé  que   le   titre 

de 


ADDITIONS,   ETC.  567 

de    prévôt    donné    à    Gautier,    ne    lui    convient   point,  et 
qu'il   a   été   simplement  chanoine   avant  que  de  parvenir  à 
l'épiscopat.  Dans  la  liste  des  chanoines,  il  s'en  trouve  deux 
du    nom    de    Gautier   parmi   les  dix   soudiacres,   dont  l'un 
est  le  premier,  et  l'autre   le  dernier.  L'évêque  de  Mague- 
lone   peut    avoir   été    l'un   des    deux,  ce    qui    suffit    pour 
justifier  ce  qu'il  dit  dans  sa  lettre  au  prévôt  Robert,    qu'il 
a  demeuré  à   l'Isle  ;  mais  il  n'a  point  été,   et  n'a  pu  être 
le  Gautier  prévôt.  Cela  est  évident  par  la  suite  des  prévôts 
de  la    collégiale   de  l'Isle.  Le  premier  prévôt  de  cette  égli- 
se est  Foulcard,  qui  posséda  cette  dignité  jusqu'à  sa  mort, 
arrivée    le   4  d'avril  Ï080,   comme  le  marque  le  nécrologe 
ancien  de  saint  Pierre.  Foulcard  eut  Gautier  pour  successeur, 
cui  successit  Galterus,    dit    le    même    nécrologe!    Ce   Gau- 
tier successeur   de    Foi'lcard    dans   la  prévôté   de  l'Isle,  et 
qui  étoit  outre   cela    archidiacre  de    Tournai,    dignité   que 
les  premiers  prévôts  ont  possédée,  et   même   la  chancelle- 
rie de   l'église  de  Tournai  ;   ce  Gautier,  dis-je,  mourut  le 
M   de  novembre  4095,  comme  il  est  prouvé  par  le  même 
nécrologe    de  saint  Pierre.   A    Gautier    succéda  Robert,  fils 
de  Roger  châtelain    de  l'Isle,  qui    remplit    cette  place  jus- 
qu'en -M  55.   Gautier   cvêque    de   Maguelone    fut 'placé  sur 
ce  siège  en  H05,    et  est  mort    en   4429.  En  quel  temps 
auroit-il  pu   être  prévôt  de  l'église?   Il  est  bien  vrai  qu'il 
y  a  eu  un  prévôt  de  l'Isle,   nommé    Gaultier,    auquel    est 
adressée  une  lettre  du  prévôt  d'Arras  ;  mais  jamais  ce  pré- 
vôt de  l'Isle  mort  en   4  095    ne    fut   évêque  de  Maguelone, 
comme   jamais   l'évêque    de   Maguelone  ne   fut  prévôt   de 
l'Isle.  (Ib.J 


FIN    DES    ADDITIONS    KT    CORRF.CTIONS. 


Tome  X.  i'.  r  ♦•  i 


LE    PU». —  TYPOGRAPHIE    M. -P.    MARCHESSOL. 


Date  Due 

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YORK 

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110820